{"id":9980,"date":"2021-08-22T07:31:04","date_gmt":"2021-08-22T05:31:04","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/petite-metapsychologie-de-lecoute-analytique-2\/"},"modified":"2021-10-08T01:17:29","modified_gmt":"2021-10-07T23:17:29","slug":"petite-metapsychologie-de-lecoute-analytique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/petite-metapsychologie-de-lecoute-analytique\/","title":{"rendered":"Petite m\u00e9tapsychologie de l&rsquo;\u00e9coute analytique"},"content":{"rendered":"\n<p>La situation analytique met \u00e0 la disposition du sujet un espace unique pour raconter ses v\u00e9cus et, dans un deuxi\u00e8me, voire troisi\u00e8me temps, les repr\u00e9sentations conscientes et inconscientes associ\u00e9es. Cette \u00e9coute analytique n\u2019a \u00e9t\u00e9 que peu syst\u00e9matis\u00e9e, t\u00e2che \u00e0 laquelle ce texte s\u2019att\u00e8le. Avec le d\u00e9veloppement de la m\u00e9thode analytique -parole libre du patient, attention \u00e9galement suspendue de l\u2019analyste-, Freud avait cr\u00e9\u00e9 quelque chose de radicalement nouveau&nbsp;: le patient est invit\u00e9 \u00e0 se laisser aller \u00e0 ses id\u00e9es spontan\u00e9es pour, comme le dit Freud, \u00ab&nbsp;palper la surface de sa conscience&nbsp;\u00bb (Freud, 1924, OeC, XVI, p. 338). Selon ce proc\u00e9d\u00e9, l\u2019analyste, dans un premier temps, se met tout simplement \u00e0 \u00e9couter son patient. Comme le dit le psychanalyste anglais Christopher Bollas&nbsp;: \u00ab&nbsp;Commen\u00e7ons par d\u00e9terminer ce que Freud ne demande pas. Il ne cherche pas \u00e0 obtenir du patient de sombres secrets enfouis. En effet, c\u2019est au contraire l\u2019inverse qui est vrai (&#8230;). Dans le r\u00e9cit qu\u2019il fait du quotidien, l\u2019analysant parle librement, car rien d\u2019apparemment significatif ne se produit. Alors que les analysants h\u00e9siteront \u00e0 aborder des sujets g\u00eanants et se d\u00e9fendront contre des contenus mentaux inqui\u00e9tants, l\u2019ironie est que s\u2019ils devaient se pr\u00e9munir contre le r\u00e9cit de mat\u00e9riel g\u00eanant en parlant \u00e9ventuellement d\u2019autre chose (et, en particulier, de quelque chose sans le moindre rapport apparent), ils r\u00e9v\u00e9leraient, avec le temps, leur pens\u00e9e inconsciente, et ce du fait de leur propre parole&nbsp;\u00bb (Bollas, 2006, EPF Bulletin 60, p 148).<\/p>\n\n\n\n<p>Avec nos patients, nous concluons un contrat&nbsp;: parole libre dans un cadre pr\u00e9cis en assurant la discr\u00e9tion et la neutralit\u00e9, en esp\u00e9rant qu\u2019il pourra nous raconter ainsi non seulement ce qu\u2019il sait, mais aussi ce qu\u2019il ne sait pas (encore), comme l\u2019\u00e9crit Freud (Freud 1938). Pour permettre l\u2019expression libre, il faut un cadre pr\u00e9cis. Le cadre analytique favorise chez le patient une r\u00e9gression topique, temporelle, objectale, formelle et libidinale, ce qui lui permettra un retour au pass\u00e9, plus sp\u00e9cifiquement \u00e0 des d\u00e9sirs pr\u00e9coces et leurs destins. Dans ce contexte, nous pouvons parler d\u2019une \u00ab&nbsp;relance pulsionnelle&nbsp;\u00bb et d\u2019une \u00ab&nbsp;reprise \u00e9volutive&nbsp;\u00bb de ce qui a \u00e9t\u00e9 tenu en lisi\u00e8re. On pourrait dire aussi que le cadre analytique, avec sa proposition transf\u00e9rentielle, remet en branle la \u00ab&nbsp;machine d\u00e9sirante&nbsp;\u00bb du patient, ce qui am\u00e8nera des mouvements transf\u00e9rentiels plus sp\u00e9cifiques qui seront \u00e0 leur tour moteur de changement. L\u2019\u00e9coute \u00e9galement suspendue favorise aussi une r\u00e9gression formelle chez l\u2019analyste ce qui lui permet de mettre son activit\u00e9 psychique au service de l\u2019\u00e9coute de ce que le patient dit, mais surtout de ce qu\u2019il ne dit pas.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9coute retenue favorise l\u2019\u00e9mergence de \u00ab&nbsp;cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es&nbsp;\u00bb chez le patient. Si l\u2019analyste ne s\u2019engage pas dans une situation d\u2019entretien, le patient exprimera d\u2019abord une chose, en \u00e9voquera ensuite une autre&nbsp;; entre-temps, il se tait peut-\u00eatre, et passe ainsi d\u2019un sujet \u00e0 l\u2019autre au cours d\u2019une m\u00eame s\u00e9ance. De telles cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es m\u00e8nent vers les pens\u00e9es latentes. L\u2019\u00e9vocation verbale des pens\u00e9es latentes leur conf\u00e8re un poids nouveau, une r\u00e9alit\u00e9 autre, et am\u00e8ne ainsi au changement et \u00e0 un nouvel am\u00e9nagement du monde interne et de ses objets.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais pr\u00e9senter une vignette clinique pour illustrer le d\u00e9ploiement de cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es qui ne peuvent \u00e9merger que suite \u00e0 l\u2019\u00e9coute retenue de l\u2019analyste et qui seraient infailliblement interrompues par ses interventions. Il s\u2019agit d\u2019un jeune homme d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es qui vient me voir car il se sent inhib\u00e9 dans divers secteurs de sa vie. Dans le premier entretien, il me parle d\u2019un p\u00e8re autoritaire et me d\u00e9crit sa m\u00e8re comme victime de ce p\u00e8re hautain, exigeant, parfois carr\u00e9ment sadique. Le d\u00e9but de la cure est marqu\u00e9 par une reviviscence de souvenirs d\u2019enfance, d\u2019o\u00f9 \u00e9merge l\u2019image d\u2019une m\u00e8re d\u00e9prim\u00e9e, repli\u00e9e sur elle-m\u00eame, qui ne montrait que peu d\u2019empathie pour ses enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, au fil des s\u00e9ances et de l\u2019\u00e9nonciation de ses cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es \u00e9merge une autre image de sa m\u00e8re. Il se souvient que celle-ci ne se levait jamais le matin pour pr\u00e9parer le petit d\u00e9jeuner de ses enfants&nbsp;; elle pr\u00e9f\u00e9rait faire la grasse matin\u00e9e, et les enfants ont d\u00fb apprendre, d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge, \u00e0 se d\u00e9brouiller seuls. Il se souvient aussi d\u2019un apr\u00e8s-midi pass\u00e9 dans le jardin de la maison familiale au cours duquel sa m\u00e8re avait jet\u00e9 une b\u00fbche sur deux chats en train de copuler. Par le simple fait de se raconter, les imagos parentales changent et il commence \u00e0 \u00e9tablir un lien entre ses inhibitions, ses parents et son rapport aux femmes&nbsp;; il d\u00e9couvre \u00e0 quel point il a du mal \u00e0 se sentir homme car l\u2019image du p\u00e8re est tellement n\u00e9gative&nbsp;; il d\u00e9couvre aussi qu\u2019il a beaucoup de difficult\u00e9 \u00e0 aimer son corps et lie cette difficult\u00e9 au rejet de sa m\u00e8re par rapport \u00e0 la sexualit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait petit gar\u00e7on et adolescent. J\u2019\u00e9coute ses descriptions avec une attention \u00e9galement suspendue, sans que j\u2019aie \u00e0 dire quoi que ce soit. L\u2019\u00e9coute retenue, qui n\u2019est pas \u00e0 confondre avec le seul silence de l\u2019analyste, d\u00e9ploie alors ses effets puisque le patient, se sentant \u00e9cout\u00e9, se voit encourag\u00e9 ou press\u00e9 de continuer \u00e0 parler. L\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste, d\u2019une fa\u00e7on structurelle, a un effet d\u00e9stabilisant, au moins <em>a minima<\/em>. Ainsi pour l\u2019analysant, le fait de se laisser aller tout simplement \u00e0 raconter ses id\u00e9es sans que j\u2019aie \u00e0 faire des interpr\u00e9tations, am\u00e8ne d\u2019autres aspects de son imago maternelle. Par exemple, quand il se souvient que sa m\u00e8re ne s\u2019\u00e9tait jamais lev\u00e9e le matin pour pr\u00e9parer le petit d\u00e9jeuner de ses enfants, il se demande en s\u00e9ance ce qu\u2019elle pouvait bien faire pendant ce temps-l\u00e0. Il imagine que, sans doute, elle aimait faire la grasse matin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voyons ici une premi\u00e8re allusion \u00e0 ses fantasmes encore inconscients quant \u00e0 la vie interne de sa m\u00e8re. Et quand lui revient \u00e0 l\u2019esprit le souvenir de cet apr\u00e8s-midi d\u2019\u00e9t\u00e9 o\u00f9 sa m\u00e8re jette une b\u00fbche sur deux chats en train de copuler dans le jardin, l\u2019analysant se sent quelque peu effray\u00e9 de se repr\u00e9senter cette sc\u00e8ne en s\u00e9ance et \u00e0 haute voix, car elle met en danger l\u2019imago de sa m\u00e8re. Je pense que mon \u00e9coute retenue l\u2019a aid\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer et \u00e9laborer cette nouvelle repr\u00e9sentation. A la repr\u00e9sentation d\u2019une m\u00e8re absente, car d\u00e9pressive, s\u2019ajoute celle d\u2019une femme habit\u00e9e par une \u00e9trange passion sexuelle. Et \u00e0 la repr\u00e9sentation d\u2019une m\u00e8re plut\u00f4t froide et d\u00e9vou\u00e9e au p\u00e8re s\u2019ajoute celle d\u2019une femme ayant une activit\u00e9 auto\u00e9rotique, une vie bien \u00e0 elle \u2013 au moins le matin dans son lit.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne manquait plus qu\u2019un petit pas pour que le patient \u00e9tablisse une relation entre l\u2019imago maternelle qu\u2019il avait eue jusqu\u2019alors \u2013 la m\u00e8re victime du p\u00e8re \u2013 et son inhibition g\u00e9n\u00e9rale, ainsi que celle plus sp\u00e9cifique dans ses rapports aux femmes. Il d\u00e9couvre que ses difficult\u00e9s \u00e0 se sentir bien dans sa peau d\u2019homme provenaient d\u2019une sc\u00e8ne originaire qu\u2019il avait construite en noir et blanc&nbsp;: le p\u00e8re sadique, maltraitait une m\u00e8re soumise. Dans ce sens, il avait toujours li\u00e9 son inhibition \u00e0 l\u2019image n\u00e9gative de son p\u00e8re. A pr\u00e9sent, il prend conscience que le rejet de la m\u00e8re pour tout ce qui avait trait \u00e0 la sexualit\u00e9 a contribu\u00e9 \u00e0 construire la mauvaise image qu\u2019il a de lui comme homme, et de tous les hommes en g\u00e9n\u00e9ral. Cette nouvelle perspective lui permet petit \u00e0 petit de surmonter sa conviction que les femmes sont les victimes des hommes comme sa m\u00e8re aurait \u00e9t\u00e9 victime de son p\u00e8re. Ainsi s\u2019est ouverte une premi\u00e8re br\u00e8che vers un nouveau positionnement dans la sc\u00e8ne originaire. J\u2019insiste encore sur le fait qu\u2019aucune interpr\u00e9tation verbale n\u2019a d\u00fb \u00eatre \u00e9nonc\u00e9e pour aider ce patient \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 un premier changement des imagos parentales. Mon \u00e9coute retenue a renvoy\u00e9 celui-ci au latent en sollicitant des cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es, ce qui a permis d\u2019\u00e9largir ses repr\u00e9sentations.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la th\u00e9orisation de l\u2019attitude de l\u2019analyste, il me semble important de diff\u00e9rencier \u00ab&nbsp;silence&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;\u00e9coute&nbsp;\u00bb. M\u00eame si l\u2019attitude de l\u2019analyste semble \u00eatre la m\u00eame \u2013 il reste plus ou moins silencieux \u2013 la diff\u00e9rence de l\u2019accent est de taille. \u00ab&nbsp;Silence&nbsp;\u00bb implique que ce que l\u2019analysant exprime n\u2019est pas (encore) l\u2019essentiel, \u00ab&nbsp;\u00e9coute&nbsp;\u00bb implique plut\u00f4t l\u2019id\u00e9e que pourrait se dire (encore) davantage. \u00ab&nbsp;Ecoute&nbsp;\u00bb \u00e9voque une r\u00e9ceptivit\u00e9 active de l\u2019analyste, \u00ab&nbsp;silence&nbsp;\u00bb plut\u00f4t l\u2019abstinence ou le refus de suivre le patient l\u00e0 o\u00f9 il est.<\/p>\n\n\n\n<p>Christopher Bollas souligne le fait que la logique des cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es ne se r\u00e9v\u00e8le que dans l\u2019apr\u00e8s-coup. Par ailleurs, il rappelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;les tissus conglutinants des libres associations r\u00e9sidaient dans les liens inconscients entre des contenus manifestes qui \u00e9taient apparemment sans suite. Pour atteindre cela, l\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste doit se faire avec l\u2019esprit ouvert. Si l\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste est bloqu\u00e9e par un fait s\u00e9lectif, si l\u2019analyste est \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de la moindre occasion de faire une interpr\u00e9tation de transfert dans l\u2019ici-et-maintenant, par exemple, il ne sera non seulement jamais en mesure d\u2019entendre les associations libres, mais, qui plus est, il les d\u00e9truira. En empi\u00e9tant sur ses interpr\u00e9tations, l\u2019analyste brisera la cha\u00eene des associations et emp\u00eachera l\u2019analysant de penser librement&nbsp;\u00bb (Bollas, 2006, EPF Bulletin 60, p 146). D\u2019apr\u00e8s les exp\u00e9riences de Bollas en tant que superviseur, \u00ab&nbsp;le probl\u00e8me le plus r\u00e9pandu est que l\u2019analyste trop actif d\u00e9truit la possibilit\u00e9 de l\u2019association libre, en particulier par des interpr\u00e9tations propos\u00e9es en d\u00e9but de s\u00e9ance&nbsp;\u00bb (op.cit. p 155).<\/p>\n\n\n\n<p>Comment expliquer que la signification centrale de l\u2019\u00e9coute pour la d\u00e9tection des repr\u00e9sentations inconscientes soit devenue si peu pr\u00e9sente dans la th\u00e9orisation du processus analytique de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies&nbsp;? \u00ab&nbsp;Avec le temps&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Bollas, \u00ab&nbsp;ce qui s\u2019est pass\u00e9, c\u2019est que les analystes ont chang\u00e9 les r\u00e8gles du jeu&nbsp;: ils travaillent \u00e0 pr\u00e9sent sur la base de mod\u00e8les qui pr\u00e9supposent que la conscience de l\u2019analyste peut observer, saisir et interpr\u00e9ter <em>in situ<\/em> l\u2019inconscient de l\u2019analysant. Je pense que cela n\u2019est psychologiquement possible qu\u2019\u00e0 condition de d\u00e9barrasser nos esprits de la th\u00e9orie de l\u2019inconscient&nbsp;\u00bb (op.cit., p 152). C\u2019est surtout l\u2019introduction des hypoth\u00e8ses portant sur les d\u00e9ficits psychiques dans la relation \u00e0 l\u2019objet pr\u00e9coce qui a contribu\u00e9, \u00e0 mon avis, \u00e0 ce changement. Freud avait compris l\u2019\u00e9tat psychique de l\u2019individu comme r\u00e9sultat d\u2019un processus, d\u2019enjeu de forces psychiques&nbsp;: entre l\u2019inconscient et la conscience, entre le surmoi, le moi et le \u00e7a. Selon lui, le patient pr\u00e9sente un compromis n\u00e9goci\u00e9 par la d\u00e9fense&nbsp;: dans le meilleur des cas, une n\u00e9vrose structur\u00e9e, ou bien une psychose avec la n\u00e9o r\u00e9alit\u00e9 auto-cr\u00e9\u00e9e. Mais si on con\u00e7oit la souffrance psychique, au plan m\u00e9tapsychologique, surtout en lien avec un d\u00e9ficit, alors la fonction du Moi comme g\u00e9rant des r\u00e9sistances et des m\u00e9canismes de d\u00e9fense n\u2019est que peu pr\u00e9sente, aussi bien pour la n\u00e9vrose que pour les troubles narcissiques. En quoi nous d\u00e9barrassons-nous de la th\u00e9orie de l\u2019inconscient si -comme le soutient Bollas- nous croyons pouvoir saisir l\u2019inconscient du patient <em>in situ<\/em>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s Freud, dans l\u2019analyse, nous n\u2019avons jamais affaire \u00e0 l\u2019enfant traumatis\u00e9 d\u2019autrefois. Nous savons que chaque exp\u00e9rience, qu\u2019elle soit traumatique ou pas, sera reprise en apr\u00e8s-coup dans le monde repr\u00e9sentatif de l\u2019individu, conf\u00e9rant alors \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience originaire une nouvelle signification. Ainsi, une exp\u00e9rience traumatique peut \u00eatre sexualis\u00e9e dans l\u2019apr\u00e8s-coup, ce qui semble \u00eatre une explication majeure de la compulsion \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition, si r\u00e9pandue et si souvent de tonalit\u00e9 masochiste. Dans l\u2019analyse, si nous croyons avoir affaire \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019enfant dans l\u2019adulte&nbsp;\u00bb, nous sommes alors bien \u00e9loign\u00e9s des conceptions freudiennes des processus inconscients. Selon Freud, le fonctionnement psychique et les repr\u00e9sentations que nous pr\u00e9sente le patient ne peuvent \u00eatre que le produit de processus en apr\u00e8s-coup du patient adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, les \u00e9motions exprim\u00e9es en s\u00e9ance seraient \u00e0 manier avec prudence, puisqu\u2019elles peuvent cacher des affects et des repr\u00e9sentations inconscients. Dans une perspective freudienne, on peut poser la question critique suivante aux analystes qui soulignent la valeur de l\u2019\u00e9change \u00e9motionnel entre analyste et analysant&nbsp;: comment \u00e9valuer la \u00ab&nbsp;v\u00e9racit\u00e9&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e9motion consciemment \u00e9prouv\u00e9e puisque, selon Freud, celle-ci -tout comme la repr\u00e9sentation inconsciente- est le produit de d\u00e9formation&nbsp;? L\u2019\u00e9motion accessible et consciente peut voiler un affect inconscient sous-jacent.<\/p>\n\n\n\n<p>Souvent, on avance que l\u2019association libre et l\u2019interpr\u00e9tation de la logique psychique de cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es peuvent bel et bien fonctionner avec des patients de structure n\u00e9vrotique&nbsp;; par contre, avec des patients souffrant de troubles narcissiques, limites ou psychotiques, ce proc\u00e9d\u00e9 ne serait pas op\u00e9rationnel car ces derniers ne seraient pas capables d\u2019association libre, c\u2019est-\u00e0-dire incapables de constitution de cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es sens\u00e9es. Cet argument \u00e9quivaut, selon Christopher Bollas, \u00e0 un diagnostic de mort c\u00e9r\u00e9brale. Chaque schizophr\u00e8ne, ainsi que tout autre patient souffrant de maladies psychiatriques, pense bien \u00e9videmment, tout comme le n\u00e9vros\u00e9, en forme de cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es. Vue de pr\u00e8s, la th\u00e9orie freudienne de l\u2019association libre est en soi une th\u00e9orie de la pens\u00e9e consciente et inconsciente. Une autre question pourtant, importante, se pose quant \u00e0 la capacit\u00e9 d\u2019utiliser les cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es de fa\u00e7on productive dans l\u2019analyse. En effet, nos analysants sont plus ou moins capables de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 leurs propres pens\u00e9es, de leur donner de la place, de leur conc\u00e9der un droit d\u2019existence, de les observer et, enfin, de les comprendre. La fa\u00e7on d\u2019\u00e9couter de l\u2019analyste joue un r\u00f4le d\u00e9cisif dans ce contexte. S\u2019il pense que les cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es du patient vont r\u00e9v\u00e9ler ce qui est important et qu\u2019il prend une attitude correspondante, le patient sera plus \u00e0 m\u00eame de le concevoir de son c\u00f4t\u00e9 aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019illustrer, je voudrais montrer \u00e0 travers une autre vignette clinique l\u2019effet de l\u2019\u00e9coute sur des patients tr\u00e8s fragiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une chanteuse, apparemment tr\u00e8s dou\u00e9e, avec un fonctionnement toujours proche de la psychose. Elle vient me voir depuis plus de dix ans, de fa\u00e7on fort irr\u00e9guli\u00e8re et toujours \u00e0 sa demande. Elle souffre beaucoup de ses relations aux hommes qui se soldent le plus souvent par un \u00e9chec. Sa fille pr\u00e9-pub\u00e8re subit depuis de longues ann\u00e9es les altercations, parfois violentes, de sa m\u00e8re avec ses divers partenaires. Dans le grand appartement qu\u2019elle occupait, ma patiente h\u00e9bergeait des sous-locataires afin de pouvoir payer le loyer. Pour retrouver une certaine intimit\u00e9, elle devait toujours se retirer dans sa chambre \u00e0 coucher, voire dans son lit. Apr\u00e8s des ann\u00e9es de tergiversations, et gr\u00e2ce au soutien financier de son p\u00e8re, elle finit par acheter un plus petit appartement pour elle et sa fille. Toute seule, mais soutenue par des amis et par son p\u00e8re, elle organise la r\u00e9novation des lieux et le d\u00e9m\u00e9nagement. Deux jours avant celui-ci, elle vient me voir, \u00e0 sa demande, tout \u00e0 fait \u00e9puis\u00e9e. Elle pleure beaucoup et dit \u00eatre compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9e et vivre un v\u00e9ritable <em>breakdown<\/em>. J\u2019attends, je l\u2019\u00e9coute, m\u00eame quand elle se tait bri\u00e8vement, puisque -\u00e0 part compatir- je ne vois pas quoi dire pour que le latent voie le jour. \u00ab&nbsp;La force active du silence&nbsp;\u00bb, selon Reik, \u00ab&nbsp;laisse para\u00eetre le superficiel des paroles et contraint le patient \u00e0 aller plus loin que ce qu\u2019il avait l\u2019intention de faire&nbsp;\u00bb (Reik, S. 141, ma traduction). Dans le d\u00e9cours de la s\u00e9ance, puisque la patiente attend bien s\u00fbr une r\u00e9action de ma part, elle se sent incit\u00e9e \u00e0 continuer \u00e0 parler et raconte que, contrairement \u00e0 ses habitudes, elle a accept\u00e9 des engagements professionnels suppl\u00e9mentaires durant la semaine du d\u00e9m\u00e9nagement.<br>Je ne souhaite pas m\u2019attarder sur les m\u00e9canismes psychiques sp\u00e9cifiques qui l\u2019ont amen\u00e9e \u00e0 ce tour de force, mais souligner que seule mon \u00e9coute retenue a permis de r\u00e9v\u00e9ler la contribution active de ma patiente \u00e0 sa situation d\u00e9sastreuse. Je n\u2019avais m\u00eame pas besoin d\u2019interpr\u00e9ter. L\u2019\u00e9nonciation de ses actes suffisait \u00e0 ce qu\u2019elle se rende compte de sa responsabilit\u00e9 dans son \u00e9puisement extr\u00eame et ainsi d\u2019ouvrir la porte vers une exploration de son fonctionnement psychique et les repr\u00e9sentations sous-jacentes. Malgr\u00e9 mon silence et l\u2019absence d\u2019expressions empathiques de ma part, l\u2019effet apaisant ressenti peut \u00eatre compris par le ph\u00e9nom\u00e8ne que Th\u00e9odor Reik d\u00e9crit de la fa\u00e7on suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le plus souvent, le silence a un effet apaisant, bienfaisant. Le patient l\u2019interpr\u00e8te de fa\u00e7on pr\u00e9consciente comme un signe d\u2019attention silencieuse, d\u2019une attention qui lui appara\u00eet comme un exemple de sympathie&nbsp;\u00bb (Reik, op.cit., p.&nbsp;139, ma traduction). Bleger (1981), dans le m\u00eame sens, d\u00e9crit le cadre silencieux dans la th\u00e9rapie analytique comme un \u00e9quivalent de la m\u00e8re primaire. L\u2019interpr\u00e9tation implicite qui \u00e9tait contenue dans mon \u00e9coute retenue visait le fonctionnement latent de la dynamique psychique de ma patiente&nbsp;: son omnipotence infantile de tonalit\u00e9 masochiste, sa contribution, sous le sceau de la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition, \u00e0 son \u00e9tat d\u2019extr\u00eame fatigue. Ceci sur l\u2019arri\u00e8re-fond d\u2019une int\u00e9gration manquante d\u2019une fonction maternelle apaisante, int\u00e9gration contre laquelle elle luttait d\u2019une fa\u00e7on quasi chronique. Le b\u00e9n\u00e9fice secondaire \u00e9tait un niveau d\u2019excitation consid\u00e9rable, qui lui servait sans doute dans son travail artistique. C\u2019est l\u2019explication que je me suis donn\u00e9e de son refus de s\u00e9ances r\u00e9guli\u00e8res qui auraient pu repr\u00e9senter justement cette fonction apaisante.<br>Je voudrais souligner six aspects li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9coute, \u00e0 sa fonction et ses effets&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1 \u2013 L\u2019\u00e9coute retenue d\u00e9clenche l\u2019expression de cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es &#8211; l\u2019association libre<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans mes vignettes cliniques, j\u2019ai montr\u00e9 comment l\u2019\u00e9coute retenue de l\u2019analyste a d\u00e9clench\u00e9 des cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es et ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le latent. Si l\u2019analyste r\u00e9agit de fa\u00e7on plut\u00f4t silencieuse au discours du patient, un vide \u00e9mergera que dans la plupart des cas et de fa\u00e7on spontan\u00e9e, le patient tendra \u00e0 vouloir combler. De ce fait, la cha\u00eene d\u2019id\u00e9es est d\u00e9clench\u00e9e. Or, la d\u00e9stabilisation <em>a minima<\/em> due \u00e0 l\u2019\u00e9coute retenue de l\u2019analyste peut rendre mal \u00e0 l\u2019aise et l\u2019analyste et le patient. Pourtant une telle d\u00e9stabilisation est la condition <em>sine qua non<\/em> pour que l\u2019\u00e9quilibre trouv\u00e9 \u2013 plus ou moins nuisible \u2013 de l\u2019analysant soit \u00e9branl\u00e9. Par contre, si, lors des premiers entretiens, on constate que l\u2019\u00e9coute retenue a surtout pour effet de d\u00e9clencher de l\u2019angoisse chez le patient et ne suscite pas l\u2019expression de cha\u00eenes d\u2019id\u00e9es, on dispose d\u2019un \u00e9l\u00e9ment important pour l\u2019indication \u00e0 une th\u00e9rapie adapt\u00e9e. Enoncer des pens\u00e9es \u00e0 voix haute provoque une r\u00e9troaction sur le locuteur. \u00ab&nbsp;Souvent, le patient est l\u00e9g\u00e8rement effray\u00e9 de ce qu\u2019il vient de dire, mais soulag\u00e9 en m\u00eame temps puisqu\u2019il l\u2019a dit. Ici, le silence de l\u2019analyste a un effet encourageant et a plus d\u2019impact que l\u2019auraient des mots&nbsp;\u00bb (Reik, S. 142). En parlant de sa m\u00e8re qui jetait une b\u00fbche sur les chats en train de copuler, mon patient ressentait de l\u2019effroi. Ce souvenir ne s\u2019articulait pas \u00e0 l\u2019image d\u2019une femme soumise, humili\u00e9e, qu\u2019il avait port\u00e9e si longtemps en lui. Son effroi n\u2019\u00e9tait pas seulement d\u00fb \u00e0 cette nouvelle vision des choses, mais aussi au fait que, d\u2019une fa\u00e7on implicite, il formulait une accusation contre sa m\u00e8re en raison de sa cruaut\u00e9. Il s\u2019agissait l\u00e0 d\u2019un premier mouvement de tonalit\u00e9 agressive envers sa m\u00e8re. Aucune intervention n\u2019aurait eu sa place ici, l\u2019effet silencieux r\u00e9troactif des \u00e9nonc\u00e9s \u00e9tant largement suffisant. Nous avons tous probablement d\u00e9j\u00e0 pu faire cette exp\u00e9rience qu\u2019une situation change radicalement une fois la chose dite&nbsp;! Le mot \u00e9nonc\u00e9 a un effet r\u00e9troactif sur le locuteur. Le silence de l\u2019analyste intensifie cette r\u00e9action, fonctionnant comme une caisse de r\u00e9sonance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2 \u2013 L\u2019\u00e9coute retenue renvoie le patient \u00e0 des repr\u00e9sentations latentes et \u00e0 l\u2019agir qui peut les accompagner<\/h2>\n\n\n\n<p>D\u00e8s l\u2019\u00e9nonciation de la r\u00e8gle fondamentale&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dites tout simplement ce qui vous vient&nbsp;\u00bb, nous signifions \u00e0 nos patients que nous n\u2019allons pas nous contenter de ce qu\u2019ils \u00e9voquent dans un premier temps, mais que nous mettons entre parenth\u00e8ses le sympt\u00f4me ou le conflit pr\u00e9sent\u00e9 pour donner toute la place \u00e0 l\u2019exploration plus g\u00e9n\u00e9rale de leur r\u00e9alit\u00e9 psychique. Tout au long de la th\u00e9rapie, notre attente signifie au patient que tout n\u2019est jamais dit, mais qu\u2019il reste toujours du latent et des non-dits derri\u00e8re les mots \u00e9nonc\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette position d\u2019attente et d\u2019\u00e9coute constitue une garantie pour que l\u2019analyste et le patient ne tombent pas trop vite d\u2019accord sur ce qui serait vraiment le probl\u00e8me du patient, voire ses \u00e9motions&nbsp;; nous savons que tout conflit ou \u00e9motion est surd\u00e9termin\u00e9. Derri\u00e8re chaque \u00e9motion exprim\u00e9e peuvent se cacher des affects et des images inconscients. C\u2019est la raison pour laquelle une empathie active envers le patient a pour effet de passer bien souvent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du conflit inconscient. En soi, le silence rev\u00eat un caract\u00e8re interpr\u00e9tatif puisque les choses restent ouvertes, ce qui d\u00e9clenche une suite de paroles et la permanence du d\u00e9sir, sans qu\u2019une signification soit arr\u00eat\u00e9e. Par contre, les interventions de l\u2019analyste ont in\u00e9vitablement l\u2019inconv\u00e9nient d\u2019interrompre les associations libres du patient et d\u2019emp\u00eacher l\u2019apparition de nouvelles significations.<\/p>\n\n\n\n<p>A ceci s\u2019ajoute que le discours du patient ne s\u2019adresse qu\u2019en apparence au th\u00e9rapeute. Une retenue quant aux interventions permet un effacement de l\u2019analyste en tant que personne pr\u00e9sente&nbsp;; c\u2019est la condition pour l\u2019\u00e9mergence d\u2019un espace virtuel au sein duquel une pens\u00e9e cr\u00e9ative et des fantasmes -notamment transf\u00e9rentiels- peuvent s\u2019exprimer. Il s\u2019agit de signifier au patient que l\u2019analyste ne se consid\u00e8re pas comme le destinataire privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019un message, mais qu\u2019il est l\u00e0 pour permettre l\u2019\u00e9mergence \u00e9ventuelle de mouvements transf\u00e9rentiels qui s\u2019adressent inconsciemment aux objets primaires. Le discours du patient est de toute fa\u00e7on soutenu par le transfert qui \u00e9merge de l\u2019attente de reconnaissance, d\u2019amour, de compr\u00e9hension, l\u2019 \u00ab&nbsp;attente croyante&nbsp;\u00bb, comme Freud l\u2019a appel\u00e9e. Par contre, lorsque l\u2019analyste intervient beaucoup, il se propose in\u00e9vitablement comme objet r\u00e9el et sort du mouvement transf\u00e9rentiel du patient.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3 \u2013 Dans le cadre analytique, l\u2019\u00e9coute retenue est inconsciemment \u00e9quivalente \u00e0 la fonction maternelle primaire<\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9 en quoi l\u2019\u00e9coute retenue de l\u2019analyste met \u00e0 la disposition du patient un espace silencieux, une caisse de r\u00e9sonance qui, de fa\u00e7on inconsciente, est v\u00e9cue comme une m\u00e8re contenante, qui aide \u00e0 endurer et \u00e0 temp\u00e9rer l\u2019excitation interne. Dans le silence, on peut localiser le niveau de la relation pr\u00e9verbale et la fonction structurante, bienfaisante, qui y est li\u00e9e. Ainsi, le cadre silencieux a donn\u00e9 \u00e0 ma patiente artiste, comme si souvent au cours de nos s\u00e9ances, l\u2019occasion de faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un environnement maternel non-excitant, ni surtout surexcitant.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, la position de l\u2019analyste est -entre autres- comparable \u00e0 celle de la m\u00e8re de la toute petite enfance&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019une position r\u00e9ceptive qui n\u00e9cessite de la r\u00e9serve, la capacit\u00e9 de rester silencieux, d\u2019admettre la passivit\u00e9&nbsp;; une position d\u2019attente qu\u2019on trouve aussi dans l\u2019attention \u00e9galement suspendue. Une telle r\u00e9ceptivit\u00e9 est le r\u00e9sultat d\u2019une r\u00e9gression psychique qui rend l\u2019analyste sensible au mat\u00e9riel inconscient du patient. Elle est aussi n\u00e9cessaire pour pouvoir tol\u00e9rer des s\u00e9quences incompr\u00e9hensibles, voire confuses, qu\u2019il convient souvent, dans un premier temps, d\u2019\u00e9couter telles quelles. Toutes ces positions correspondent \u00e0 celles de la m\u00e8re \u00ab&nbsp;suffisamment bonne&nbsp;\u00bb d\u00e9crite par Winnicott. L\u2019analyste et son \u00e9coute retenue ont la qualit\u00e9 d\u2019une ombre qui r\u00e9veille et r\u00e9v\u00e8le des fonctionnements psychiques inconnus. A cette repr\u00e9sentation de la m\u00e8re primaire est li\u00e9e la capacit\u00e9 du patient de se penser seul en pr\u00e9sence de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4 \u2013 L\u2019\u00e9coute retenue favorise la capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul en pr\u00e9sence de la m\u00e8re<\/h2>\n\n\n\n<p>Depuis les travaux de Winnicott, nous savons que la capacit\u00e9 de l\u2019individu \u00e0 \u00eatre seul est \u00ab&nbsp;un des signes les plus importants de la maturit\u00e9 du d\u00e9veloppement affectif&nbsp;\u00bb (Winnicott, 1965, p.&nbsp;205). Winnicott \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le fondement de la capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre seul est donc paradoxal puisque c\u2019est l\u2019exp\u00e9rience d\u2019\u00eatre seul en pr\u00e9sence de quelqu\u2019un d\u2019autre&nbsp;\u00bb (ibid, p.&nbsp;206). Nombre de nos patients manifestent une difficult\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;\u00eatre seuls&nbsp;\u00bb et ont besoin de l\u2019autre, de sa pr\u00e9sence r\u00e9elle et de ses valorisations, pour le maintien de leur \u00e9quilibre narcissique. Nous entendons des phrases comme&nbsp;: \u00ab&nbsp;je ne le comprends pas&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;je ne le sais pas&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;ne pensez-vous pas aussi&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Si l\u2019analyste accompagne cette recherche en \u00e9coutant de fa\u00e7on bienveillante, le patient se laissera, avec le temps, davantage aller \u00e0 ses pens\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 pouvoir \u00eatre seul en pr\u00e9sence de l\u2019analyste. \u00ab&nbsp;Lorsqu\u2019un patient pose une question explicite, ce dont il parle juste apr\u00e8s r\u00e9pond presque syst\u00e9matiquement \u00e0 la question&nbsp;\u00bb (Bollas, p.&nbsp;154). On peut d\u00e9montrer ceci \u00e0 l\u2019analysant et l\u2019introduire de cette fa\u00e7on \u00e0 son propre inconscient et surtout au fait que les r\u00e9ponses \u00e9mergent de lui-m\u00eame.<br>Pour Winnicott, la relation maternelle est matrice de tout transfert. \u00ab&nbsp;C\u2019est seulement lorsqu\u2019il est seul (c\u2019est-\u00e0-dire en pr\u00e9sence de quelqu\u2019un) que le petit enfant peut d\u00e9couvrir sa vie personnelle. L\u2019alternative pathologique est une existence fausse, construite sur des r\u00e9actions \u00e0 des excitations externes. Quand il est seul, dans le sens o\u00f9 j\u2019emploie ce mot, et seulement quand il est seul, le petit enfant est capable de faire l\u2019\u00e9quivalent de ce qui s\u2019appellerait se d\u00e9tendre chez un adulte. Il est alors capable de parvenir \u00e0 un \u00e9tat de non-int\u00e9gration, \u00e0 un \u00e9tat o\u00f9 il n\u2019y a pas d\u2019orientation&nbsp;; il s\u2019\u00e9bat et, pendant un temps, il lui est donn\u00e9 d\u2019exister sans \u00eatre soit en r\u00e9action \u00e0 une immixtion ext\u00e9rieure, soit une personne active dont l\u2019int\u00e9r\u00eat et le mouvement sont dirig\u00e9s. Le terrain est pr\u00eat pour une exp\u00e9rience (\u00ab&nbsp;pulsionnelle&nbsp;\u00bb, SW) instinctuelle. Arrive une perception ou une pulsion&nbsp;: dans ce cadre, la perception ou la pulsion sera ressentie comme r\u00e9elle et constituera vraiment une exp\u00e9rience personnelle&nbsp;\u00bb (Winnicott, 1958, p.&nbsp;210). C\u2019est justement ce fonctionnement qui pourrait \u00eatre favoris\u00e9 par l\u2019attente silencieuse dans la s\u00e9ance analytique. Dans ce sens-l\u00e0, l\u2019\u00e9coute retenue permet au patient un processus de subjectivation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">5 \u2013 L\u2019\u00e9coute retenue permet au patient un processus de subjectivation, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019\u00e9tablir un lien entre des \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus et la r\u00e9alit\u00e9 psychique interne<\/h2>\n\n\n\n<p>La notion de \u00ab&nbsp;subjectivation&nbsp;\u00bb ne fait pas partie du vocabulaire freudien, raison pour laquelle je souhaite la d\u00e9finir&nbsp;: transformer, s\u2019approprier des v\u00e9cus en r\u00e9alit\u00e9 subjective&nbsp;; faire un lien entre des \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus et la r\u00e9alit\u00e9 interne&nbsp;; s\u2019approprier les v\u00e9cus suite \u00e0 leur transformation \u00e0 travers un processus narratif. La subjectivation est donc le r\u00e9sultat de la capacit\u00e9 psychique \u00e0 pouvoir clarifier les relations entre la r\u00e9alit\u00e9 externe, le fonctionnement propre, ses mouvements psychiques internes et ses repr\u00e9sentations. Seul le discours du patient peut faire \u00e9merger une telle symbolisation des v\u00e9cus et des pens\u00e9es, des fantasmes et des affects qui y sont li\u00e9s. Attendre, en \u00e9coutant, signifie que les r\u00e9ponses ne pourront pas venir de l\u2019analyste mais \u00e9mergeront du processus analytique, c\u2019est-\u00e0-dire du patient lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>En aucune autre circonstance de la vie, il ne nous est donn\u00e9 la possibilit\u00e9 de parler aussi librement que dans une analyse ou une th\u00e9rapie analytique o\u00f9 nous nous retrouvons avec quelqu\u2019un \u00e0 qui nous pouvons tout dire de nous, qui repr\u00e9sente une pr\u00e9sence silencieuse, retenue, qui n\u2019exprime ni suggestions et ni opinions, qui \u00e9coute avec attention et qui ne retiendra rien, directement ou indirectement, contre le locuteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette situation privil\u00e9gi\u00e9e et unique, le patient peut laisser derri\u00e8re lui le combat quotidien, pour se consacrer \u00e0 une nouvelle libert\u00e9 de pens\u00e9e et de repr\u00e9sentation, sans plus s\u2019occuper du \u00ab&nbsp;qu\u2019en dira-t-on&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Il aura amplement l\u2019occasion de revisiter des lieux et des temps de son pass\u00e9, de laisser \u00e9merger des sentiments et des fantasmes d\u2019autrefois et d\u2019aujourd\u2019hui tenus en lisi\u00e8re jusqu\u2019alors. Avec l\u2019aide de l\u2019analyste, qui donnera, bien s\u00fbr, lui aussi, une version de ce qu\u2019il croit avoir entendu, mais peut-\u00eatre m\u00eame sans cette version, il d\u00e9couvrira de nouveaux liens qui lui permettront d\u2019avoir une autre vision de sa vie, de sa condition humaine, et qui feront appara\u00eetre ce qui en \u00e9tait exclu ainsi que la compr\u00e9hension de la raison pour laquelle cette exclusion avait \u00e9t\u00e9 si importante.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul Ric\u0153ur comprend ces processus comme \u00ab&nbsp;narratifs&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Parler de soi, en psychanalyse, c\u2019est alors passer d\u2019un r\u00e9cit inintelligible \u00e0 un r\u00e9cit intelligible. Si l\u2019analysant vient en psychanalyse, ce n\u2019est pas simplement parce qu\u2019il souffre, mais parce qu\u2019il est troubl\u00e9 par des sympt\u00f4mes, des comportements, des pens\u00e9es qui n\u2019ont pas de sens pour lui, qu\u2019il ne peut coordonner dans un r\u00e9cit continu et acceptable&nbsp;\u00bb (Ric\u0153ur 1978, p.&nbsp;109). <em>Last but not least<\/em>, le plaisir que l\u2019on acquiert \u00e0 penser en s\u00e9ance, en pr\u00e9sence de l\u2019analyste, peut \u00eatre vu comme l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un auto-\u00e9rotisme r\u00e9ussi, qui aura \u00e0 son tour un effet bienfaisant sur le narcissisme de l\u2019analysant et son autonomie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">6 \u2013 L\u2019\u00e9coute retenue permet l\u2019\u00e9coute de l\u2019\u00e9coute c\u00f4t\u00e9 patient<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous devons cette expression \u00e0 Hayd\u00e9e Faimberg, expression tout particuli\u00e8rement heureuse, \u00e0 mon avis, pour d\u00e9signer l\u2019attitude de l\u2019analyste, celle d\u2019\u00eatre extr\u00eamement attentif aux effets que ses interpr\u00e9tations et ses silences suscitent du c\u00f4t\u00e9 du patient&nbsp;: de quelle fa\u00e7on les interpr\u00e9tations de l\u2019analyste sont-elles entendues par le patient, les supporte-il ou pas, de quelle mani\u00e8re les d\u00e9forme-t-il&nbsp;? Leur cheminement dans l\u2019appareil psychique du patient est ici au c\u0153ur de l\u2019attention. Pour \u00e9couter cette \u00e9coute, nous sommes encore une fois confront\u00e9s au pro-cessuel et ainsi \u00e0 la contrainte de miser sur l\u2019attente, l\u2019attention \u00e9galement suspendue et l\u2019\u00e9coute retenue pour, pr\u00e9cis\u00e9ment, observer les effets des paroles et des silences sur le monde interne de l\u2019analysant. Cette \u00e9coute nous permet non seulement de m\u00fbrir une \u00ab&nbsp;bonne interpr\u00e9tation&nbsp;\u00bb -toujours relative, bien entendu- mais aussi d\u2019en \u00e9valuer le <em>timing<\/em>. La plus juste interpr\u00e9tation, nous le savons, ne suscite que des r\u00e9sistances lorsqu\u2019elle n\u2019est pas donn\u00e9e au bon moment et surtout lorsqu\u2019elle tombe trop t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de la d\u00e9finition de Faimberg, je crois que l\u2019expression de \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9coute de l\u2019\u00e9coute&nbsp;\u00bb peut aussi couvrir une partie du travail contre-transf\u00e9rentiel&nbsp;: comme nous le savons, faire travailler le contre-transfert ne se borne nullement \u00e0 \u00eatre empathique ou \u00e0 se rendre compte de ses \u00e9prouv\u00e9s. Les affects sont certes au rendez-vous en s\u00e9ance c\u00f4t\u00e9 analyste -et parfois de fa\u00e7on massive-&nbsp;; \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9coute de l\u2019\u00e9coute&nbsp;\u00bb peut aussi \u00eatre l\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste sur sa fa\u00e7on \u00e0 lui d\u2019\u00e9couter le patient, et ainsi nous serions au c\u0153ur du travail contre-transf\u00e9rentiel.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pour conclure<\/h2>\n\n\n\n<p>Pourquoi sommes-nous souvent amen\u00e9s \u00e0 trop parler&nbsp;? Mes exp\u00e9riences en supervision me confrontent souvent au ph\u00e9nom\u00e8ne qui indique \u00e0 quel point la tentation est grande de se laisser entra\u00eener par le patient dans une situation qui ressemble trop \u00e0 un entretien, et ce par le simple fait que l\u2019\u00e9coute retenue est v\u00e9cue par l\u2019analyste lui-m\u00eame comme insuffisante&nbsp;; aussi souhaite-t-il faire rapidement de nouvelles propositions sur la fa\u00e7on de voir les choses. En intervenant ainsi, le th\u00e9rapeute fait obstacle \u00e0 la pens\u00e9e inconsciente du patient puisqu\u2019il ne lui laisse pas le temps n\u00e9cessaire pour que les choses puissent \u00e9merger et se d\u00e9ployer. De fait, analysant et analyste se retrouvent alors dans une situation de r\u00e9sistance contre l\u2019\u00e9mergence de l\u2019inconscient.<\/p>\n\n\n\n<p>Bollas pense qu\u2019un grand nombre de psychanalystes ne savent pas \u00e9couter \u00ab&nbsp;la logique s\u00e9quentielle, de sorte que c\u2019est la finalit\u00e9 m\u00eame de la m\u00e9thode des libres associations qui est perdue. C\u2019est quelque chose que vous pouvez observer vous-m\u00eames \u00e0 la simple lecture de textes analytiques&nbsp;: voyez avec quelle fr\u00e9quence la logique s\u00e9quentielle est \u00e9voqu\u00e9e. Cette derni\u00e8re \u00e9tait absolument essentielle au mode d\u2019\u00e9coute de Freud ainsi qu\u2019\u00e0 sa th\u00e9orie de la technique mais il est tr\u00e8s rare de la voir mentionn\u00e9e dans la litt\u00e9rature analytique&nbsp;\u00bb (Bollas, p.&nbsp;159).<\/p>\n\n\n\n<p>Theodor Reik, d\u00e9j\u00e0, avait fait la m\u00eame exp\u00e9rience. \u00ab\u00a0Mon exp\u00e9rience m\u2019a montr\u00e9 que, apr\u00e8s la phase initiale de l\u2019analyse, pendant laquelle nous prenons connaissance de la personnalit\u00e9 du patient, de ses v\u00e9cus, de ses conflits, sympt\u00f4mes, inhibitions et angoisses, suit souvent un temps de confusion et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, une sorte de vide chaotique. Nous p\u00eachons en eau trouble et ne pouvons pas voir o\u00f9 nous allons. Nous ne sommes pas seulement confus et d\u00e9sempar\u00e9s, mais facilement impatients et peut-\u00eatre m\u00eame un peu angoiss\u00e9s, m\u00eame si nous arrivons \u00e0 camoufler ces sentiments silencieux. Nous sommes impatients face \u00e0 l\u2019analysant parce que nous sommes impatients nous-m\u00eames. Pourquoi se comporte-t-il de fa\u00e7on si irraisonnable\u00a0? Pourquoi s\u2019enfuit-il dans ses sympt\u00f4mes n\u00e9vrotiques au lieu de regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face et de surpasser ses difficult\u00e9s comme un adulte le ferait\u00a0? Pourquoi ces idiosyncrasies et bizarreries, ces angoisses superflues, ces pens\u00e9es torturantes, ces phobies et ces obsessions\u00a0? Quel g\u00e2chis d\u2019\u00e9nergie \u00e9motionnelle et intellectuelle qui pourrait \u00eatre bien mieux utilis\u00e9e\u00a0! Nous ne le comprenons pas et devenons impatients. Nous sommes dans l\u2019incertitude et bien loin de conna\u00eetre les r\u00e9ponses. Notre sympathie initiale pour le patient semble \u00eatre mise en danger, tellement nous aspirons \u00e0 le comprendre\u00a0\u00bb ( Reik, p 147, ma traduction). \u00ab\u00a0Le psychanalyste doit apprendre comment l\u2019un parle \u00e0 l\u2019autre sans mot. Il doit apprendre \u00e0 \u00e9couter avec une \u00ab\u00a0troisi\u00e8me oreille\u00a0\u00bb. Il n\u2019est pas vrai qu\u2019il faut crier pour \u00eatre entendu. Si on veut \u00eatre entendu, il faut chuchoter\u00a0\u00bb (<em>ibid<\/em> p.\u00a0165).<br>Partager sa souffrance ne veut pas seulement dire la communiquer et trouver de la compr\u00e9hension. Partager veut aussi dire\u00a0: d\u00e9limiter ce qui vient de la r\u00e9alit\u00e9 psychique et ce qui nous est impos\u00e9 par la r\u00e9alit\u00e9 humaine et historique. Pour ce travail, il faut du temps, un temps qui sera ouvert par l\u2019attitude d\u2019attente du th\u00e9rapeute. Le \u00ab\u00a0vouloir aider\u00a0\u00bb, le soutien actif, vus de pr\u00e8s, ne font que dresser des barri\u00e8res contre l\u2019\u00e9mergence de l\u2019inconscient ainsi que des barri\u00e8res contre le nouveau qui pourrait \u00e9merger. En tant qu\u2019analystes, nous pourrions nous en tenir \u00e0 ce mot de la sagesse chinoise\u00a0: \u00ab\u00a0Si tu es press\u00e9, fais un d\u00e9tour\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Bleger J. (1981), <em>Symbiose et ambigu\u00eft\u00e9<\/em>, PUF, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Bollas, C. (2006), \u00ab&nbsp;Travail de l\u2019inconscient, transformation de l\u2019inconscient&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em>&nbsp;: <em>F\u00e9d\u00e9ration Europ\u00e9enne de Psychanalyse, Bulletin<\/em> 60, 139-168.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S. (1895), <em>Etudes sur l\u2019hyst\u00e9rie<\/em>, OeC I., (1912), <em>Conseils au m\u00e9decin dans le traitement psychanalytique<\/em>, OeC XI. (1924) <em>Psychanalyse<\/em>, OeC XVII., (1938) <em>Abr\u00e9g\u00e9 de Psychanalyse<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Reik, T. (1948), <em>H\u00f6ren mit dem dritten Ohr<\/em>, Hamburg, Hoffmann &amp; Campe, 1976.<\/p>\n\n\n\n<p>Ric\u0153ur, P. (1978), \u00ab&nbsp;Image et Langage en psychanalyse&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em>: <em>Ecrits et conf\u00e9rences 1, Autour de la psychanalyse<\/em>, Paris, Seuil, 2008.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott, DW. (1958), \u00ab&nbsp;La capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em>&nbsp;: <em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse, Payot<\/em>, 1989, 205-213.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9980?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La situation analytique met \u00e0 la disposition du sujet un espace unique pour raconter ses v\u00e9cus et, dans un deuxi\u00e8me, voire troisi\u00e8me temps, les repr\u00e9sentations conscientes et inconscientes associ\u00e9es. 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