{"id":9974,"date":"2021-08-22T07:31:04","date_gmt":"2021-08-22T05:31:04","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/les-troubles-des-conduites-alimentaires-a-laide-de-la-psychologie-projective-2\/"},"modified":"2021-09-19T23:48:13","modified_gmt":"2021-09-19T21:48:13","slug":"les-troubles-des-conduites-alimentaires-a-laide-de-la-psychologie-projective","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/les-troubles-des-conduites-alimentaires-a-laide-de-la-psychologie-projective\/","title":{"rendered":"Les troubles des conduites alimentaires \u00e0 l&rsquo;aide de la psychologie projective"},"content":{"rendered":"\n<p>La r\u00e9flexion psychopathologique sur les troubles des conduites alimentaires (anorexie mentale et boulimie) s\u2019est orient\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es pour de nombreux cliniciens sur les concepts de conduites addictives et de d\u00e9pendance. Comme le souligne P. Jeammet (2009), \u00ab&nbsp;ce sont toutes des conduites agies pour lesquelles la dimension comportementale, motrice, pr\u00e9domine sur celle de l\u2019activit\u00e9 mentale, repr\u00e9sent\u00e9e, intra-psychique&nbsp;\u00bb. Un parall\u00e8le entre la notion d\u2019<em>addictions<\/em> et la notion d\u2019<em>\u00e9tats limites<\/em> a tr\u00e8s souvent \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli et cette notion peut \u00eatre abord\u00e9e selon des axes th\u00e9oriques diff\u00e9rents. Notre propos est ici de montrer comment l\u2019interpr\u00e9tation psychanalytique des \u00e9preuves projectives peut nous aider \u00e0 comprendre les particularit\u00e9s de ces troubles, poser des indications th\u00e9rapeutiques et permettre un travail approfondi de recherche clinique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le diagnostic d\u2019addiction est pos\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1990 de fa\u00e7on assez syst\u00e9matique dans la psychiatrie nord-am\u00e9ricaine rejointe par la psychiatrie fran\u00e7aise, notamment pour \u00e9voquer les troubles des conduites \u00e0 l\u2019adolescence comme la toxicomanie, ou les troubles des conduites alimentaires, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019anorexie mentale et la boulimie. Actuellement, avec les classifications du DSM et de la CIM, un m\u00eame diagnostic au sens des descriptions comportementales peut inclure des conduites qui seraient addictives et d\u2019autres qui ne le seraient pas, puisqu\u2019il s\u2019agit de cr\u00e9er une entit\u00e9 en dehors des consid\u00e9rations sur l\u2019ensemble de la personnalit\u00e9 ou l\u2019histoire du sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me de l\u2019extension de la notion d\u2019addiction aux troubles des conduites alimentaires et \u00e0 l\u2019anorexie en particulier n\u2019est pas seulement de consid\u00e9rer qu\u2019il \u00e9vite toute compr\u00e9hension sur le sens des sympt\u00f4mes mais surtout, comme le souligne M. Corcos (2011), qu\u2019il sous-valorise les \u00e9v\u00e8nements int\u00e9rieurs au profit des \u00e9v\u00e8nements de vie et des comportements. Comment d\u00e8s lors \u00eatre attentif \u00e0 la notion de troubles des conduites sans risquer une surm\u00e9dicalisation des sujets, une psychiatrisation \u00e0 outrance&nbsp;? M. Corcos remarque que de nouveaux syndromes rebaptis\u00e9s \u00ab&nbsp;addictions&nbsp;\u00bb vont \u00eatre ajout\u00e9s dans le dans le futur DSM-V. Presque tout le monde pourrait alors se voir attribuer un trouble mental et donc relever d\u2019un traitement potentiel (notons \u00e0 ce propos que le DSM \u2013II en 1968 comptait 180 cat\u00e9gories de maladies mentales, le DSM-III- R en comptait 292 et le DSM-IV en 1994, 350). Selon B. Brusset (1984), dans une perspective psychanalytique, l\u2019anorexie mentale, pathologie essentiellement f\u00e9minine, pourrait s\u2019apparenter \u00e0 une \u00ab&nbsp;toxicomanie sans drogue&nbsp;\u00bb. L\u2019anorexie mentale serait donc une addiction en tant que processus caract\u00e9ristique d\u2019un fonctionnement psychique o\u00f9 la d\u00e9faillance des r\u00e9gulations narcissiques est au premier plan. Cette conception, d\u00e9velopp\u00e9e \u00e9galement par P. Jeammet (1991), va permettre de poser la question du statut de l\u2019objet dans l\u2019addiction, le mod\u00e8le freudien trouvant ici sa limite car il suppose des instances intra-psychiques bien diff\u00e9renci\u00e9es. Les travaux de Winnicott peuvent nous servir d\u2019\u00e9clairage pour comprendre le r\u00f4le de l\u2019objet dans la relation th\u00e9rapeutique sp\u00e9cifique \u00e0 ces pathologies.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le note J.L. Pedinielli (1997), la d\u00e9finition m\u00eame de l\u2019addiction pose de nombreux probl\u00e8mes&nbsp;: <em>to be addict to<\/em> signifie en anglais \u00ab&nbsp;s\u2019adonner \u00e0&nbsp;\u00bb, ce qui implique une dimension d\u2019activit\u00e9 et donne un sens diff\u00e9rent aux termes fran\u00e7ais de <em>d\u00e9pendance<\/em> et <em>assujettissement<\/em>, marqu\u00e9s par la passivit\u00e9 et l\u2019abandon. En France, J. Bergeret (1982) reprend le terme d\u2019addiction en vieux fran\u00e7ais, \u00ab&nbsp;donner son corps en gage pour une dette impay\u00e9e&nbsp;\u00bb, et montre que, bien avant l\u2019apparition des sympt\u00f4mes addictifs, la psychopathologie addictive est intra-psychiquement active. Dans le cas de l\u2019anorexie mentale, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la contrainte sur le corps nous permet de penser l\u2019addiction comme une lutte du sujet avec une partie de lui-m\u00eame et non comme une contrainte externe. Les travaux de Margaret Little (1981) nous semblent int\u00e9ressants car ils condensent la pens\u00e9e de Winnicott et de Balint et nous permettent de penser les addictions. En effet, Margaret Little soutient l\u2019id\u00e9e que lorsque l\u2019unit\u00e9 de base n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 normalement v\u00e9cue, il persiste une non-int\u00e9gration primaire qui va se traduire par les ph\u00e9nom\u00e8nes de dissociation d\u00e9crits par Winnicott (1974) comme \u00e9tant \u00e0 l\u2019origine d\u2019angoisses de type psychotique, angoisses indicibles li\u00e9es \u00e0 la crainte de l\u2019effondrement. Il existe donc pour Winnicott une inversion du processus individuel de maturation. La crainte clinique de l\u2019effondrement, nous dit Winnicott, serait la crainte d\u2019un effondrement qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9. L\u2019\u00e9prouv\u00e9 de la perception int\u00e9rieure doit \u00eatre reconnu pour ne pas \u00eatre envahi par une angoisse qui peut s\u2019av\u00e9rer \u00e0 tonalit\u00e9 psychotique car sans possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e. Catherine Chabert (2003) parle d\u2019un refus dans l\u2019anorexie de la source interne de la pulsion d\u00e8s les premiers instants de vie&nbsp;; celui-ci ne permet pas la liaison entre pulsion et trace mn\u00e9sique et conduit l\u2019anorexique \u00e0 effacer tout ce qui rappelle le corps dans ses sensations et ses perceptions.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si comme l\u2019\u00e9crit B. Brusset, la p\u00e9riode d\u2019exaltation dans l\u2019anorexie est rapidement suivie, tout comme dans la toxicomanie, par un d\u00e9ni des affects et des d\u00e9sirs renfor\u00e7ant la nostalgie de la p\u00e9riode de restriction alimentaire et agissant comme une forme de \u00ab&nbsp;toxicomanie endog\u00e8ne&nbsp;\u00bb. Ainsi, la contrainte qui s\u2019exerce \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur est per\u00e7ue comme venant de l\u2019ext\u00e9rieur, signifiant un objet externe tyrannique et une perte de contr\u00f4le. Le risque dans la relation th\u00e9rapeutique est toujours pr\u00e9sent d\u2019une fuite ou bien d\u2019une recrudescence du sympt\u00f4me, ou encore, \u00e0 l\u2019inverse, d\u2019un cadre th\u00e9rapeutique surinvesti en tant que \u00ab&nbsp;contenant&nbsp;\u00bb vid\u00e9 de ses contenus. L\u2019intol\u00e9rance au travail d\u2019introjection et \u00e0 l\u2019expression des affects \u00e9prouv\u00e9s comme manifestation d\u2019un lien de d\u00e9pendance poussent le sujet \u00e0 la conduite addictive. Celle-ci s\u2019offre comme une solution qui permet d\u2019\u00e9viter la d\u00e9pression narcissique ou, dans certains cas, la dimension sensitive voire pers\u00e9cutoire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Int\u00e9r\u00eat des tests projectifs dans les troubles des conduites alimentaires<\/h2>\n\n\n\n<p>Il n\u2019existerait pas de structure psychique stable dans les troubles des conduites alimentaires, le recours aux notions de <em>pathologies limites<\/em> ou d\u2019<em>\u00e9tats-limites<\/em> traduit bien cette difficult\u00e9 nosographique. Cependant, la dimension comportementale mise au premier plan permet difficilement de rep\u00e9rer le fonctionnement intrapsychique de ces sujets en entretien. Les \u00e9preuves projectives, en sollicitant une expression verbale \u00e0 partir d\u2019un mat\u00e9riel non figuratif (au Rorschach) et figuratif (au TAT), donnent la possibilit\u00e9 pour les sujets d\u2019une mise en \u00e9vidence de leurs capacit\u00e9s de repr\u00e9sentation et de symbolisation. Les modalit\u00e9s de fonctionnement aux tests projectifs sont diff\u00e9rentes selon les modes d\u2019expression des conduites alimentaires, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une part selon qu\u2019il s\u2019agit d\u2019anorexie ou de boulimie, et d\u2019autre part, selon les deux types d\u2019anorexie, anorexie restrictive et anorexie boulimique. Compte tenu de la chronicisation plus fr\u00e9quente de ces conduites, nous nous int\u00e9resserons particuli\u00e8rement aux protocoles des \u00e9preuves projectives des patientes anorexiques restrictives qui sont marqu\u00e9s par l\u2019inhibition et la pauvret\u00e9 associative, alors que ceux des patientes anorexiques boulimiques t\u00e9moignent d\u2019une productivit\u00e9 associative riche et de m\u00e9canismes de projection massifs. Nous proposons l\u2019hypoth\u00e8se que certains \u00ab&nbsp;\u00e9tats dissoci\u00e9s du moi&nbsp;\u00bb d\u00e9crits par Winnicott correspondent \u00e0 un fonctionnement comparable \u00e0 ces conduites anorexiques restrictives. Les tests projectifs pass\u00e9s par des adolescentes \u00e2g\u00e9es de 14 \u00e0 19 ans hospitalis\u00e9es pour une anorexie mentale s\u00e9v\u00e8re mena\u00e7ant leur vie par une perte de poids importante (Indice de Masse Corporelle &lt; 17) ont \u00e9tay\u00e9 notre propos. Les consignes, celle d\u2019imaginer au Rorschach \u00e0 partir d\u2019un mat\u00e9riel concret non figuratif, et celle de mettre en sc\u00e8ne une histoire au TAT \u00e0 partir d\u2019un mat\u00e9riel figuratif, font appel \u00e0 la fois aux m\u00e9canismes perceptifs et projectifs \u00e0 savoir aux investissements en termes de r\u00e9alit\u00e9 externe et interne. Le Rorschach interroge plus les limites dedans-dehors et la repr\u00e9sentation de soi, le TAT la qualit\u00e9 des investissements objectaux dans l\u2019\u00e9tude de l\u2019organisation \u0153dipienne et la probl\u00e9matique d\u00e9pressive. Les processus de pens\u00e9e et la prise en compte de l\u2019objet en tant que diff\u00e9rent de soi se fondent sur une dialectique dedans-dehors et une prise en compte de la r\u00e9alit\u00e9. Il est donc int\u00e9ressant de rep\u00e9rer, avec ces adolescentes, le niveau d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, la perception du corps au Rorschach et les m\u00e9canismes de d\u00e9fense mis en jeu, notamment le d\u00e9ni et le clivage. Si dans ces protocoles de tests projectifs les m\u00e9canismes d\u2019inhibition sont majeurs, la question de la d\u00e9pression ne peut \u00eatre abord\u00e9e de fa\u00e7on directe. L\u2019\u00e9tayage sur le clinicien est central pour permettre une repr\u00e9sentation au Rorschach (notamment \u00e0 travers l\u2019enqu\u00eate qui suit la passation spontan\u00e9e) ou l\u2019histoire racont\u00e9e au TAT. Les r\u00e9ponses donn\u00e9es au Rorschach sont le plus souvent \u00e0 tonalit\u00e9 destructrice, avec des contenus anatomiques (l\u2019int\u00e9rieur du corps) plus que des contenus humain ou animal&nbsp;; l\u2019enveloppe y joue un r\u00f4le central dans une dimension essentiellement pulsionnelle archa\u00efque. Les d\u00e9rapages perceptifs sont notables et l\u2019aspect pers\u00e9cutif bien rep\u00e9rable. Ainsi les orifices (les yeux et la bouche) sont souvent d\u00e9crits dans les lacunes des planches du Rorschach de fa\u00e7on n\u00e9gative mettant en cause l\u2019int\u00e9grit\u00e9 corporelle ou mettant en \u00e9vidence un v\u00e9cu pers\u00e9cutif. La tentative de contr\u00f4le ne permet pas d\u2019\u00e9viter les r\u00e9ponses destructrices quand il s\u2019agit du corps maternel.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous soutenons l\u2019id\u00e9e que la clinique projective permet de mettre en \u00e9vidence des potentialit\u00e9s de changement non rep\u00e9rables en entretien clinique du fait des m\u00e9canismes de d\u00e9ni et de clivage \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez ces sujets. Tout se passe comme si les projectifs repr\u00e9sentaient alors un indicateur des processus de changements et pouvaient permettre un accrochage, voire une alliance th\u00e9rapeutique lors des passations. Ainsi la dynamique de la passation du test peut \u00eatre source d\u2019une certaine gratification narcissique dans le plaisir pris \u00e0 associer verbalement et \u00e0 imaginer sans que l\u2019adolescente se sente engag\u00e9e avec le clinicien dans une relation de d\u00e9pendance qu\u2019elle ne contr\u00f4lerait plus.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut remarquer cependant que la menace d\u2019envahissement par l\u2019objet-test mobilise l\u2019adolescente dans une lutte contre tout engagement associatif et se traduit par une vigilance accrue pendant la passation, des d\u00e9fenses renforc\u00e9es, par l\u2019inhibition et le conformisme des r\u00e9ponses. En effet, l\u2019investissement du clinicien, souvent massif et id\u00e9alis\u00e9, am\u00e8ne parfois une fuite de l\u2019adolescente d\u00e8s lors que l\u2019on propose d\u2019embl\u00e9e lors d\u2019un premier entretien une psychoth\u00e9rapie individuelle. Le TAT, interrogeant particuli\u00e8rement l\u2019organisation \u0153dipienne et la probl\u00e9matique d\u00e9pressive, nous informe sur la capacit\u00e9 de l\u2019adolescente \u00e0 tol\u00e9rer une relation th\u00e9rapeutique individuelle. S. Vibert (2012) pr\u00e9cise que les donn\u00e9es obtenues au Rorschach et au TAT peuvent permettre chez ces patientes anorexiques de rep\u00e9rer la qualit\u00e9 du narcissisme \u00e0 travers l\u2019investissement des limites dedans \/dehors, la qualit\u00e9 de la repr\u00e9sentation de soi et le registre des positions identificatoires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La passation des projectifs en tant que premier \u00ab&nbsp;espace th\u00e9rapeutique&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Qu\u2019apporte la passation des projectifs&nbsp;? La m\u00e9diation offerte par les projectifs, comme le pr\u00e9cise Catherine Chabert, et \u00ab&nbsp;l\u2019espace transitionnel que la passation propose&nbsp;\u00bb, autoriseraient l\u2019adolescente \u00e0 investir sans danger un espace th\u00e9rapeutique et \u00e0 accepter la relation objectale. Cependant, tout changement \u00e0 l\u2019adolescence est un moment d\u00e9licat et la premi\u00e8re rencontre peut d\u00e9finir le destin d\u2019un travail th\u00e9rapeutique ult\u00e9rieur. La question va \u00eatre celle de la capacit\u00e9 du clinicien \u00e0 am\u00e9nager la s\u00e9paration et \u00e0 \u00ab&nbsp;r\u00e9gresser&nbsp;\u00bb. Lors de cette premi\u00e8re rencontre, les \u00e9prouv\u00e9s inattendus doivent \u00eatre pris en compte par le patient et par le th\u00e9rapeute notamment dans le face \u00e0 face o\u00f9 la question du regard peut engendrer \u00e0 la fois un besoin de contr\u00f4le de la situation et une impression de menace pour le sujet. L\u2019adolescente peut \u00eatre dans une position dans laquelle la fragilit\u00e9 des limites internes et externes se conjugue avec des angoisses d\u2019intrusion, comme le souligne M. Emmanuelli (2009) \u00e0 propos des aspects n\u00e9gatifs du narcissisme \u00e0 l\u2019adolescence. La perception du clinicien par l\u2019adolescente peut alors, au travers de ses attitudes, de son regard, \u00eatre v\u00e9cue comme des excitations susceptibles d\u2019\u00e9veiller des sensations de vide, ou des mouvements pers\u00e9cutifs. L\u2019affect irrecevable peut laisser place \u00e0 des \u00ab&nbsp;sensations corporelles&nbsp;\u00bb insupportables que seule la perception dans le r\u00e9el peut calmer. Dans ce contexte, le th\u00e9rapeute ne peut pas interpr\u00e9ter les propos du sujet et doit tenir compte de la fonction apaisante du cadre th\u00e9rapeutique en se contentant de verbaliser les affects et en ayant \u00e0 l\u2019esprit \u00ab&nbsp;le travail du n\u00e9gatif&nbsp;\u00bb mis en \u0153uvre, pour reprendre l\u2019expression d\u2019A. Green. Nous revenons ici sur l\u2019importance de l\u2019environnement pour la mise en place des th\u00e9rapies et les d\u00e9faillances de la relation avec les premiers objets \u00e0 travers ce que P. Jeammet (2002) appelle \u00ab&nbsp;la contrainte d\u2019un accrochage aux objets perceptifs externes au d\u00e9triment de la satisfaction hallucinatoire du d\u00e9sir&nbsp;\u00bb. Enfin, nous soulignons que la passation est effectu\u00e9e par un psychologue clinicien qui n\u2019est pas le th\u00e9rapeute du patient. Celui-ci ne rencontrera le sujet qu\u2019une ou deux fois pour la passation et la restitution des tests. Il pourra ensuite proposer un suivi th\u00e9rapeutique, s\u2019il pense qu\u2019il est n\u00e9cessaire, par un autre psychoth\u00e9rapeute.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Apport des \u00e9preuves projectives pour la recherche<\/h2>\n\n\n\n<p>La pratique de la recherche avec l\u2019apport des \u00e9preuves projectives nous recentre sur la question du type de recherche qui serait \u00e0 mener afin que recherche scientifique et recherche psychanalytique puissent \u00eatre conciliables. A. Green (2003) reprend la question de Freud dans l\u2019<em>Abr\u00e9g\u00e9<\/em> \u00e0 propos des rapports entre le soma et la psych\u00e9. \u00ab&nbsp;Peut-on relier les d\u00e9couvertes sur les processus c\u00e9r\u00e9braux et les activit\u00e9s psychiques&nbsp;?&nbsp;\u00bb et nous rappelle que le probl\u00e8me n\u2019est pas l\u2019origine des influences mais leur r\u00e9sultat dans la vie mentale de l\u2019individu et la relation de celui-ci \u00e0 sa vie int\u00e9rieure. Ce qui est exprim\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et observable n\u2019est pas la traduction de ce qui nous arrive dans le monde int\u00e9rieur inconscient. Ce que nous pouvons observer ce sont les ph\u00e9nom\u00e8nes psychiques. Le mat\u00e9riel \u00e9tant symbolique, le dispositif doit poss\u00e9der des qualit\u00e9s symboliques. Pour D. Widl\u00f6cher (2001), l\u2019observation clinique s\u2019adresse aux chercheurs, elle enrichit les connaissances de ceux qui partagent le m\u00eame type d\u2019exp\u00e9rience. L\u2019observation clinique a une valeur explicative dans la mesure o\u00f9 elle peut confirmer l\u2019hypoth\u00e8se par un effet th\u00e9rapeutique. \u00ab&nbsp;L\u2019intention est de montrer par un cas exemplaire l\u2019existence d\u2019un \u00e9tat mental ou d\u2019un m\u00e9canisme inconnu ou qui n\u2019est pas assez pris en consid\u00e9ration&nbsp;\u00bb (Widl\u00f6cher, 2001). On pourrait ainsi penser la passation des tests projectifs dans le cadre de la recherche comme une interaction entre sujet et clinicien, comme une co-pens\u00e9e ou une co-cr\u00e9ation. Le clinicien est amen\u00e9 \u00e0 associer sur le mat\u00e9riel rapport\u00e9, comme une confrontation d\u2019interpr\u00e9tation associative, la psychanalyse proposant de partager avec autrui les formes de la pens\u00e9e qui se mobilisent en nous. Les concepts sont des outils qui nous aident \u00e0 comprendre ce que l\u2019exp\u00e9rience clinique nous fait voir. En effet, comme le souligne Freud, \u00ab&nbsp;c\u2019est que ces id\u00e9es ne sont pas le fondement de la science, sur lequel tout repose&nbsp;: ce fondement au contraire, c\u2019est l\u2019observation seule&nbsp;\u00bb (Freud, 1914). Pour Roger Perron (2007), ce qui compte c\u2019est la structuration de l\u2019\u00e9v\u00e9nement par la pens\u00e9e, il n\u2019y a pas besoin qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019\u00e9v\u00e9nements identiques, il suffit qu\u2019ils prennent place de fa\u00e7on coh\u00e9rente dans l\u2019ensemble. L\u2019ensemble des passations des \u00e9preuves projectives pourrait \u00eatre d\u00e9fini comme des syst\u00e8mes de rep\u00e9rage et de notation syst\u00e9matis\u00e9e de certains aspects du fonctionnement psychique pour en \u00e9valuer l\u2019\u00e9ventuelle modification au fil d\u2019un traitement. La psychologie projective dans le cadre des pathologies des conduites alimentaires de l\u2019adolescence s\u2019av\u00e8re un outil de recherche clinique tout autant qu\u2019un outil th\u00e9rapeutique pour les psychologues cliniciens.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9974?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9flexion psychopathologique sur les troubles des conduites alimentaires (anorexie mentale et boulimie) s\u2019est orient\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es pour de nombreux cliniciens sur les concepts de conduites addictives et de d\u00e9pendance. Comme le souligne P. Jeammet (2009), \u00ab&nbsp;ce sont toutes&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1214,1215],"thematique":[231,654],"auteur":[1716],"dossier":[655],"mode":[61],"revue":[656],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9974","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-bilan","thematique-projectifs","auteur-genevieve-brechon","dossier-linterpretation-des-epreuves-projectives","mode-gratuit","revue-656","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9974","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9974"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9974\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14502,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9974\/revisions\/14502"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9974"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9974"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9974"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9974"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9974"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9974"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9974"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9974"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9974"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}