{"id":9972,"date":"2021-08-22T07:31:04","date_gmt":"2021-08-22T05:31:04","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/le-secret-en-psychiatrie-2\/"},"modified":"2021-10-07T20:06:30","modified_gmt":"2021-10-07T18:06:30","slug":"le-secret-en-psychiatrie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/le-secret-en-psychiatrie\/","title":{"rendered":"Le secret en psychiatrie"},"content":{"rendered":"\n<p>La question se pose-t-elle encore&nbsp;? Il appara\u00eet malheureusement que oui.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pass\u00e9 inaper\u00e7u aupr\u00e8s d\u2019aucun psychiatre, d\u2019aucun psychologue, et\/ou psychanalyste, de Service Public, que depuis le d\u00e9cret du 27 Juillet 1994, le syst\u00e8me d\u2019informations m\u00e9dicales a apport\u00e9 de nombreuses modifications au recueil des donn\u00e9es en psychiatrie (pour ce qui nous concerne ici). Le PMSI en psychiatrie a fait couler beaucoup d\u2019encre, d\u2019ailleurs les divers syndicats de psychiatres appellent \u00e0 la gr\u00e8ve de celui-ci. <em>Le Carnet Psy<\/em> a consacr\u00e9 un tr\u00e8s bon num\u00e9ro \u00e0 cette question (Juin 1999, num\u00e9ro 46).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, \u00e0 lire et relire les textes de Loi, les diff\u00e9rentes r\u00e9actions des coll\u00e8gues, \u00e0 consid\u00e9rer les \u00e9ch\u00e9ances auxquelles nous nous trouvons confront\u00e9s (obligation de recueil des donn\u00e9es du PMSI Psychiatrie d\u00e8s janvier 2002, faute de quoi notre activit\u00e9 ne sera pas prise en compte), nous devons dire notre profond d\u00e9saccord et notre r\u00e9volte tant par rapport aux autorit\u00e9s de tutelle que par rapport \u00e0 nos coll\u00e8gues. Nul en effet n\u2019a manifest\u00e9 sa d\u00e9sapprobation et sa volont\u00e9 de ne pas obtemp\u00e9rer \u00e0 l\u2019obligation qui nous est faite de fournir au DIM (D\u00e9partement d\u2019Information M\u00e9dicale) de chaque \u00e9tablissement hospitalier&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>l\u2019identit\u00e9 du patient et son lieu de r\u00e9sidence;<\/li><li>les modalit\u00e9s selon lesquelles les soins ont \u00e9t\u00e9 dispens\u00e9s&nbsp;;<\/li><li>l\u2019environnement familial ou social du patient&nbsp;;<\/li><li>les modes d\u2019entr\u00e9e et de sortie&nbsp;;<\/li><li>les unit\u00e9s m\u00e9dicales ayant pris en charge le patient&nbsp;;<\/li><li>les pathologies et autres caract\u00e9ristiques m\u00e9dicales de la personne soign\u00e9e. (D\u00e9cret n\u00b0 94-666 du 27 juillet 1994).<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>De quoi s\u2019agit-il&nbsp;? De fournir au DIM des fichiers nominatifs de patients accol\u00e9s aux diagnostics, dossiers qui seront centralis\u00e9s par les DIM, rentr\u00e9s dans la machine informatique, puis transmis aux autorit\u00e9s de tutelle sous forme anonymis\u00e9e (RSAc&nbsp;: R\u00e9sum\u00e9s de sortie anonymes cha\u00eenables). Il va de soi que nous devons fournir aux resposables gestionnaires nos relev\u00e9s d\u2019activit\u00e9 et les justificatifs de ces activit\u00e9s. Il devrait \u00e9galement aller de soi que nous ne pouvons travailler avec nos patients que dans le respect d\u2019une confidentialit\u00e9 qui n\u2019existe plus d\u00e8s lors que l\u2019on parle de secret partag\u00e9 par de si nombreux \u00ab&nbsp;acteurs&nbsp;\u00bb, dont l\u2019informatique. Point n\u2019est besoin, je l\u2019esp\u00e8re d\u2019en faire ici la d\u00e9monstration\u2026 pourtant&nbsp;! La plupart des coll\u00e8gues ne semble nullement s\u2019inqui\u00e9ter de cette disposition en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique. Les oppositions au PMSI se sont manifest\u00e9es pour des raisons essentielles, sp\u00e9cifiquement quant aux crit\u00e8res diagnostics. Nul n\u2019ignore en effet que rien de satisfaisant ne peut \u00eatre esp\u00e9r\u00e9 dans l\u2019imm\u00e9diat \u00e0 ce sujet, mais le souci majeur des praticiens hospitaliers rejoint la pr\u00e9occupation gestionnaire, pourquoi pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comment comprendre que la question de la confidentialit\u00e9, de l\u2019espace du secret indispensable pour pouvoir penser, et donc soigner, ne soit jamais mise au premier plan des revendications&nbsp;? Serions-nous, pour les psychanalystes, \u00e0 ce point cliv\u00e9s que dans notre pratique publique nous puissions envisager de ne pas respecter le patient dans son identit\u00e9, de ne pas exiger pour lui et pour nous-m\u00eames les conditions de travail, le cadre, que nous sommes en droit d\u2019attendre d\u2019une autorit\u00e9 qui devrait \u00eatre tut\u00e9laire et non seulement de tutelle&nbsp;? Quelles que soient les r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques et cliniques la question se pose aussi dans les m\u00eames termes, sauf \u00e0 vouloir exclure l\u2019entretien de suivi dans la rencontre avec le patient et \u00e0 faire purement et simplement des prescriptions de m\u00e9dicaments \u00ab&nbsp;formule distributeur&nbsp;\u00bb en guise de soins.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe pourtant quelques associations qui n\u2019ont pas tard\u00e9 \u00e0 r\u00e9agir, et qui continuent \u00e0 se battre (DELIS, Ligue des Droits de l\u2019Homme, Collectif Informatique, Fichiers, Citoyennet\u00e9, Collectif pour les droits du citoyen face \u00e0 l\u2019informatisation de l\u2019action sociale), de m\u00eame bon nombre de psychologues et quelques m\u00e9decins, essentiellement p\u00e9dopsychiatres. Aujourd\u2019hui la question est simple, l\u2019anonymat des malades atteints de maladies infectieuses (Sida, h\u00e9patite B, tuberculose\u2026) est enfin garanti par une anonymisation \u00e0 la source, et ce par la technique de hachage, nous ne voyons en aucune fa\u00e7on pourquoi il ne pourrait en \u00eatre ainsi en psychiatrie. Il est \u00e0 nos yeux indispensable que nous exigions pour nos patients (nos premiers \u00ab&nbsp;payeurs&nbsp;\u00bb), et pour nous-m\u00eames, que nos conditions de travail soient assur\u00e9es et respect\u00e9es. Nous avons tous en t\u00eate le spectre du tant de s\u00e9ances de th\u00e9rapie pour telle pathologie, ce n\u2019est pas en livrant nos patients en p\u00e2ture aux gestionnaires que nous \u00e9chapperons \u00e0 ce risque bien r\u00e9el; c\u2019est bien plut\u00f4t en maintenant un cap \u00e9thique, d\u00e9ontologique que nous pourrons encore nous regarder en face.<\/p>\n\n\n\n<p>Hannah Arendt<sup>1<\/sup> a soutenu avec force (certes dans un tout autre contexte puisqu\u2019il s\u2019agit du proc\u00e8s Eichmann) que le probl\u00e8me de la banalit\u00e9 du mal n\u2019est pas une question d\u2019intelligence mais de pens\u00e9e, avec en corollaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et il se souvenait parfaitement qu\u2019il n\u2019aurait eu mauvaise conscience que s\u2019il n\u2019avait pas ex\u00e9cut\u00e9 les ordres&nbsp;\u00bb. Combien sa d\u00e9marche et son enseignement nous sont pr\u00e9cieux en toutes circonstances pour avoir le minimum de recul pour penser l\u2019implication et la responsabilit\u00e9 de l\u2019individu dans le politique et le social. Nous devrions savoir aujourd\u2019hui que la force ne vient pas seulement d\u2019en haut mais de la base, une base bien silencieuse sur cette question. Ne serait-ce qu\u2019en tant que citoyens, nous nous devons d\u2019interroger la loi sur ce qui constitue un risque r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel th\u00e9rapeute peut dire \u00e0 son patient&nbsp;: \u00ab&nbsp;vous pouvez dire ce que vous voulez, rien ne sera retenu contre vous, par contre vous serez fich\u00e9 et enregistr\u00e9 nominativement dans un dossier informatique avec le diagnostic que je vous attribuerai&nbsp;? Ceci sera centralis\u00e9 (pour l\u2019instant) au sein de chaque h\u00f4pital&nbsp;\u00bb. Est-il pensable de pouvoir fonctionner avec une injonction de clivage&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Piera Aulagnier<sup>2<\/sup>, dans son remarquable article \u00ab&nbsp;Le droit au secret&nbsp;: condition pour pouvoir penser&nbsp;\u00bb, a bien mis en \u00e9vidence combien pour ne pas \u00eatre dans le registre de la psychose il est indispensable d\u2019avoir \u00e0 sa dispositions cet espace de secret, et combien il est tout aussi indispensable pour travailler avec des patients psychotiques de pouvoir avec eux retrouver ou trouver cet espace, ce qui concerne bien s\u00fbr \u00e9galement les patients \u00ab&nbsp;non psychotiques&nbsp;\u00bb. Nous allons, si cela continue, en \u00eatre bien loin. Quelles en seront les cons\u00e9quences sur les psych\u00e9s individuelles? Ce n\u2019est pas parce que \u00ab&nbsp;seul&nbsp;\u00bb (!) le nom, etc. seront informatis\u00e9s que nous conserveront nos capacit\u00e9s th\u00e9rapeutiques et qu\u2019il n\u2019y aura pas une tr\u00e8s grande toxicit\u00e9, voire destructivit\u00e9, du cadre th\u00e9rapeutique.<br>Certes ces probl\u00e8mes se posent \u00e0 ce jour dans tout le syst\u00e8me de soins, via les r\u00e9seaux, la carte Vitale etc. Mais si nous avons encore quelques espoirs dans la possibilit\u00e9 de conserver notre humanit\u00e9, il y a urgence en psychiatrie. Seul un travail en confiance avec tous les intervenants, y compris les gestionnaires, nous permettra de poursuivre notre cheminement avec et contre la souffrance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Arendt Hannah, <em>Eichmann \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em>, 1963, Paris, Gallimard, 1997.<\/li><li>Castoriadis-Aulagnier Piera, \u00ab&nbsp;Le droit au secret. Condition pour pouvoir penser&nbsp;\u00bb, in <em>Nouvelle Revue de Psychanalyse<\/em>, 1976, 14, p141-157.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9972?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question se pose-t-elle encore&nbsp;? Il appara\u00eet malheureusement que oui. 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