{"id":9684,"date":"2021-08-22T07:30:28","date_gmt":"2021-08-22T05:30:28","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/travail-psychanalytique-et-maladie-grave-2\/"},"modified":"2021-10-08T01:26:30","modified_gmt":"2021-10-07T23:26:30","slug":"travail-psychanalytique-et-maladie-grave","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/travail-psychanalytique-et-maladie-grave\/","title":{"rendered":"Travail psychanalytique et maladie grave"},"content":{"rendered":"\n<p>Au contraire de l\u2019approche psychosomatique m\u00e9dicale qui envisage le malade \u00e0 partir de sa maladie, l\u2019approche psychanalytique l\u2019envisage \u00e0 partir du rep\u00e9rage, dans son fonctionnement psychique, d\u2019un processus de somatisation. Ainsi la clinique psychosomatique ne se d\u00e9gage-t-elle qu\u2019au travers du filtre de la relation qu\u2019\u00e9tablit le psychanalyste avec son patient malade. Un processus de somatisation est une cha\u00eene d\u2019\u00e9v\u00e9nements psychiques qui favorisent le d\u00e9veloppement d\u2019une affection somatique. On distingue habituellement deux modalit\u00e9s de processus de somatisation&nbsp;: le processus de somatisation par r\u00e9gression et le processus de somatisation par d\u00e9liaison pulsionnelle. Ces deux mouvements psychiques s\u2019opposent par la qualit\u00e9 de la mentalisation sur laquelle ils se d\u00e9veloppent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quelques concepts fondamentaux pour la clinique psychosomatique<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le concept de Mentalisation<\/h3>\n\n\n\n<p>II s\u2019agit d\u2019une notion utilis\u00e9e classiquement par les psychanalystes psychosomaticiens et qui recouvre tout le champ de l\u2019\u00e9laboration psychique. La mentalisation concerne donc principalement l\u2019activit\u00e9 repr\u00e9sentative et fantasmatique de l\u2019individu. Dans la mesure o\u00f9 le travail de liaison des repr\u00e9sentations s\u2019op\u00e8re dans le syst\u00e8me pr\u00e9conscient, l\u2019\u00e9valuation de la qualit\u00e9 de la mentalisation et celle de la qualit\u00e9 du pr\u00e9conscient sont quasi \u00e9quivalentes. Pour P. Marty, la mentalisation s\u2019appr\u00e9cie selon trois axes, chacun repr\u00e9sentant l\u2019une des dimensions de l\u2019activit\u00e9 des repr\u00e9sentations&nbsp;: son \u00e9paisseur, sa fluidit\u00e9 et sa permanence. L\u2019\u00e9paisseur concerne le nombre de couches de repr\u00e9sentations accumul\u00e9es et stratifi\u00e9es au cours de l\u2019histoire individuelle. La fluidit\u00e9 concerne la qualit\u00e9 des repr\u00e9sentations et leur circulation, aussi bien \u00e0 travers les diff\u00e9rentes \u00e9poques qu\u2019actuellement. La permanence concerne la disponibilit\u00e9, \u00e0 tout moment, de l\u2019ensemble de ses repr\u00e9sentations aussi bien sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif. \u00c0 ces trois crit\u00e8res, il faut en ajouter un quatri\u00e8me, celui de la domination de l\u2019activit\u00e9 de repr\u00e9sentation par le principe de plaisir-d\u00e9plaisir ou par l\u2019automatisme de r\u00e9p\u00e9tition. Ainsi faut-il distinguer une activit\u00e9 de repr\u00e9sentation libre d\u2019une suractivit\u00e9 de repr\u00e9sentation li\u00e9e \u00e0 une contrainte imp\u00e9rieuse de r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les Processus de somatisation par r\u00e9gression<\/h3>\n\n\n\n<p>II s\u2019agit d\u2019un processus qui conduit habituellement \u00e0 des crises somatiques b\u00e9nignes et r\u00e9versibles. Ainsi en est-il, par exemple, des crises d\u2019asthme, des crises c\u00e9phalalgiques ou rachialgiques, des crises ulc\u00e9reuses, colitiques ou des crises hypertensives. Il s\u2019agit de somatisations qui reviennent souvent sous la m\u00eame forme chez un m\u00eame individu. Ces somatisations surviennent en g\u00e9n\u00e9ral chez des sujets dont le fonctionnement psychique est organis\u00e9 sur un mode n\u00e9vrotico-normal. Leur mentalisation est habituellement satisfaisante ou peu alt\u00e9r\u00e9e. Ici, les somatisations surviennent au d\u00e9cours de variations du fonctionnement psychique que P. Marty qualifiait d\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 du fonctionnement mental.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019Irr\u00e9gularit\u00e9 du fonctionnement mental<\/h3>\n\n\n\n<p>On qualifie ainsi de discrets changements de r\u00e9gime du fonctionnement mental, habituels et r\u00e9versibles, qui transforment momentan\u00e9ment l\u2019\u00e9conomie psychosomatique. Ces variations laissent la place \u00e0 des activit\u00e9s sublimatoires ou perverses, des traits de caract\u00e8re ou de comportement ou des somatisations b\u00e9nignes.<\/p>\n\n\n\n<p>En raison d\u2019une surcharge du travail de liaison du Moi au sein du pr\u00e9conscient, la libido est conduite \u00e0 r\u00e9gresser vers ses sources somatiques. Le surinvestissement libidinal de la fonction organique qui en r\u00e9sulte g\u00e9n\u00e8re un trouble somatique dans le sens d\u2019un hyperfonctionnement ou d\u2019un hypofonctionnement. Ce processus de r\u00e9gression soulage momentan\u00e9ment le travail psychique qui peut, apr\u00e8s un certain d\u00e9lai de temps, retrouver son efficience habituelle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les Processus de somatisation par d\u00e9liaison pulsionnelle<\/h3>\n\n\n\n<p>II s\u2019agit d\u2019un processus psychique qui aboutit habituellement \u00e0 des maladies \u00e9volutives et graves pouvant conduire \u00e0 la mort. Ainsi en est-il en particulier des maladies auto-immunes et des maladies canc\u00e9reuses. Ce processus se d\u00e9veloppe en g\u00e9n\u00e9ral soit chez des sujets pr\u00e9sentant une organisation non n\u00e9vrotique du Moi, soit chez des sujets ayant subi des traumatismes psychiques qui ont r\u00e9activ\u00e9 des blessures narcissiques profondes et pr\u00e9coces. Dans tous les cas, la dimension de perte narcissique est pr\u00e9sente et fait le lit d\u2019un trouble de la mentalisation, momentan\u00e9 ou durable. Cette dimension de perte narcissique g\u00e9n\u00e8re un \u00e9tat de d\u00e9liaison pulsionnelle qui modifie l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9quilibre psychosomatique du sujet. Au cours de l\u2019\u00e9volution, on voit se d\u00e9velopper dans un premier temps des modifications psychopathologiques puis, dans un second temps, les modifications physio-pathologiques \u00e9nonc\u00e9es plus haut. Sur le plan psychique, on observe un certain nombre de sympt\u00f4mes regroup\u00e9s sous le nom de vie op\u00e9ratoire&nbsp;: une certaine qualit\u00e9 de d\u00e9pression, la d\u00e9pression essentielle, et une certaine qualit\u00e9 de pens\u00e9e, la pens\u00e9e op\u00e9ratoire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La d\u00e9pression essentielle<\/h2>\n\n\n\n<p>II s\u2019agit d\u2019une modalit\u00e9 d\u00e9pressive caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019absence d\u2019expressions symptomatiques. Elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite par P. Marty en 1966 et se d\u00e9finit par un abaissement g\u00e9n\u00e9ral du tonus de vie, sans contrepartie \u00e9conomique. On ne retrouve, en effet, dans le v\u00e9cu d\u00e9pressif essentiel ni tristesse ni sentiment de culpabilit\u00e9 ni auto-accusation m\u00e9lancolique. La d\u00e9pression essentielle se r\u00e9v\u00e8le ainsi par sa n\u00e9gativit\u00e9 symptomatique. Les patients se sentent \u201cvides\u201d, sans r\u00eaves et sans d\u00e9sirs. Du point de vue m\u00e9ta-psychologique la d\u00e9pression essentielle est le t\u00e9moin d\u2019une perte libidinale aussi bien narcissique qu\u2019objectale et repr\u00e9sente, en n\u00e9gatif, la trace du courant autodestructeur de la d\u00e9liaison pulsionnelle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La pens\u00e9e op\u00e9ratoire<\/h2>\n\n\n\n<p>Elle est un mode de pens\u00e9e actuelle, factuelle, non m\u00e9taphorique et sans lien avec une activit\u00e9 fantasmatique ou de symbolisation. Elle accompagne les faits plus qu\u2019elle ne les repr\u00e9sente. Il s\u2019agit, en r\u00e9alit\u00e9, d\u2019une non-pens\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 elle a perdu ses liens avec sa source pulsionnelle. Elle est \u00e0 distinguer d\u2019une pens\u00e9e obsessionnelle. Du point de vue m\u00e9tapsychologique, le surinvestissement du perceptif, sur lequel elle repose, vise \u00e0 d\u00e9fendre le sujet des effets de la carence de la r\u00e9alisation hallucinatoire du d\u00e9sir et de la d\u00e9tresse traumatique que celle-ci est amen\u00e9e \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer dans son appareil psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>La vie op\u00e9ratoire peut s\u2019installer dans la chronicit\u00e9 ou prendre la forme d\u2019\u00e9tat critique, momentan\u00e9 et r\u00e9versible. Elle repr\u00e9sente habituellement une modalit\u00e9 fragile et instable d\u2019\u00e9quilibre psychosomatique. Dans les formes prononc\u00e9es de vie op\u00e9ratoire, on observe souvent une d\u00e9gradation de la qualit\u00e9 du Surmoi et sa substitution par un puissant syst\u00e8me id\u00e9alisant, que P. Marty qualifiait de Moi id\u00e9al. Le Moi id\u00e9al de toute puissance narcissique, selon la d\u00e9finition de P. Marty, est un trait de comportement d\u00e9fini par sa d\u00e9mesure. Il repose sur des exigences in\u00e9puisables du sujet, vis-\u00e0-vis de lui-m\u00eame comme vis-\u00e0-vis des autres. L\u2019int\u00e9r\u00eat majeur du rep\u00e9rage d\u2019un Moi id\u00e9al chez un patient r\u00e9side dans l\u2019absence de capacit\u00e9s r\u00e9gressives et de passivit\u00e9 psychique qu\u2019il implique et qui constituent un risque d\u2019effondrement tant psychique que somatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois install\u00e9e, la vie op\u00e9ratoire d\u00e9pend de la qualit\u00e9 de l\u2019environnement faste qui entoure le patient et en particulier de la mise en place d\u2019un cadre de traitement psychanalytique adapt\u00e9. Il faut aussi la consid\u00e9rer comme \u201cun fonctionnement de survie\u201d. Compte tenu de la r\u00e9duction des capacit\u00e9s mentales d\u2019int\u00e9gration des \u00e9v\u00e9nements traumatiques qu\u2019elle suppose, elle repr\u00e9sente toujours un risque majeur de d\u00e9sorganisation somatique. C\u2019est pourquoi l\u2019\u00e9volution peut toujours s\u2019ouvrir vers le d\u00e9veloppement d\u2019une affection somatique grave.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cet expos\u00e9 th\u00e9orique n\u00e9cessaire mais sans doute fastidieux, des th\u00e8ses essentielles de l\u2019<em>\u00c9cole de Paris<\/em>, je donnerai quelques convictions plus personnelles. Dans la section III de <em>La Philosophie de la Nature<\/em>, Hegel a cette formule \u00e9tonnante&nbsp;: \u201cune pierre ne tombe pas malade\u201d, organisme mort dont l\u2019existence n\u2019est qu\u2019objective, la pierre ne peut pas \u00eatre malade puisqu\u2019elle s\u2019annule dans sa propre n\u00e9gation, elle est ou se d\u00e9compose&nbsp;; elle diff\u00e8re de l\u2019\u00eatre dou\u00e9 de subjectivit\u00e9 que la maladie affecte dans son \u00eatre au monde et son identit\u00e9. Dans ce sens, il n\u2019y a pas \u00e0 mes yeux, de maladies psychosomatiques, c\u2019est l\u2019\u00eatre humain qui est, par d\u00e9finition, une unit\u00e9 somatopsychique. Vouloir penser la maladie comme affectant le seul <em>soma<\/em> et donc sans retentissement sur le psychisme me semble aberrant. La question des causalit\u00e9s est plus complexe. Il n\u2019y a pas \u00e0 mon avis de maladie somatique purement psychog\u00e9n\u00e9tique. Une maladie somatique, qu\u2019elle soit grave ou b\u00e9nigne est la r\u00e9sultante d\u2019une infinit\u00e9 de facteurs, h\u00e9r\u00e9ditaires, g\u00e9n\u00e9tiques, organiques environementaux et psychiques, or elle survient \u00e0 un moment donn\u00e9 de la vie d\u2019un sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>La flexibilit\u00e9 du programme g\u00e9n\u00e9tique de l\u2019humain est telle que, m\u00eame un cancer g\u00e9n\u00e9tiquement programm\u00e9, ne peut pas \u00eatre chronologiquement pr\u00e9vu. Dans ce dernier cas, les \u00e9v\u00e9nements de la vie, la fantasmatique, l\u2019histoire psychique du sujet et ses capacit\u00e9s d\u2019\u00e9laboration mentale seront \u00e0 mon sens des facteurs soit d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration, soit de retardement des processus d\u2019\u00e9closion. Or, l\u2019apparition d\u2019un cancer du sein \u00e0 35 ans ou bien \u00e0 60 ans fait de cette maladie un tout autre \u00e9v\u00e9nement. Je citerai ici un neurobiologiste, A. Prochiantz, qui, dans son livre <em>La construction du cerveau<\/em>, s\u2019\u00e9l\u00e8ve contre le formalisme cybern\u00e9ticien pour penser qu\u2019avant de penser le cerveau comme un complexe sophistiqu\u00e9 \u00e0 traiter l\u2019information, il nous faut le voir comme une r\u00e9alit\u00e9 vivante, r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9volution de l\u2019esp\u00e8ce comme de l\u2019histoire individuelle. Qu\u2019un certain type de d\u00e9pression, dite essentielle et plus haut d\u00e9crite, facilite la d\u00e9sorganisation somatique du sujet me semble une \u00e9vidence. Je n\u2019irai certes pas jusqu\u2019\u00e0 affirmer que toute d\u00e9pression essentielle m\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9tat de maladie, et encore moins \u00e0 faire de la d\u00e9pression essentielle un facteur causal, comme on peut parfois le lire ou l\u2019entendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Personnellement, la question de l\u2019\u00e9tiologie m\u2019int\u00e9resse peu, et en tous les cas, beaucoup moins que celle des processus de gu\u00e9rison ou d\u2019aggravation en cours. L\u2019\u00e9tude et l\u2019analyse de ces derniers me semblent devoir \u00eatre le v\u00e9ritable objet de recherche du psychanalyste-psychosomaticien, psychanalyste classique mais ayant accept\u00e9 de se confronter \u00e0 des patients souffrant d\u2019affections somatiques. Le neurobiologiste A. Prochiantz montre bien que cette grande flexibilit\u00e9 du programme g\u00e9n\u00e9tique chez l\u2019homme, en fait \u201cun individu extr\u00eame, et en m\u00eame temps le plus individuel et le plus social des animaux\u201d, irr\u00e9ductible \u00e0 une programmation quelconque qui ne saurait rendre compte de l\u2019affect et du fantasme. Les maux du <em>soma<\/em> font partie des \u00e9v\u00e9nements d\u2019une vie, or quand bien m\u00eame inscrits dans les g\u00e8nes ou la structure neuronale du cerveau, les d\u00e9sordres ou les plaisirs de l\u2019humain sont d\u2019une infinie diversit\u00e9 et aussi soumis \u00e0 l\u2019al\u00e9atoire parce qu\u2019assujettis \u00e0 une histoire toujours singuli\u00e8re.<br>De ces histoires singuli\u00e8res, ou la maladie d\u2019abord v\u00e9cue comme un opaque coup du destin devient gr\u00e2ce au travail psychanalytique un objet d\u2019\u00e9laboration psychique, je donnerai un exemple en \u00e9voquant Makiko.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Makiko<\/h2>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9nom que je lui ai choisi me vient de Mishima. Dans <em>Chevaux \u00e9chapp\u00e9s<\/em>, le tome II de sa derni\u00e8re \u0153uvre (<em>La mer de la fertilit\u00e9<\/em>), Makiko appara\u00eet comme une \u00e9minence grise plut\u00f4t qu\u2019une h\u00e9ro\u00efne. Il s\u2019agit d\u2019une jeune et belle femme, fille d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral proche des milieux imp\u00e9riaux. Elle a divorc\u00e9 parce qu\u2019elle refusait la soumission demand\u00e9e aux \u00e9pouses. Elle retourne donc vivre aupr\u00e8s de son p\u00e8re et devient l\u2019\u00e9g\u00e9rie d\u2019un groupe de jeunes gens, r\u00e9volt\u00e9s et pr\u00eats \u00e0 commettre le <em>Seppuku<\/em> rituel plut\u00f4t que d\u2019accepter l\u2019ordre social. Je rappellerai ici que Mishima s\u2019est lui-m\u00eame suicid\u00e9 apr\u00e8s avoir termin\u00e9 cette fresque superbe qu\u2019est <em>La mer de la fertilit\u00e9<\/em>, \u00e9crivant simplement qu\u2019il y avait tout dit.<\/p>\n\n\n\n<p>Celle que j\u2019ai donc surnomm\u00e9e Makiko m\u2019est adress\u00e9e par un \u00e9minent coll\u00e8gue psychosomaticien qui me pr\u00e9cise qu\u2019elle est japonaise, qu\u2019elle a un cancer du colon et qu\u2019on l\u2019entend difficilement. Il attribue cette g\u00eane de l\u2019\u00e9coute \u00e0 son \u00e2ge \u00e0 lui et \u00e0 la voix sourde de la jeune femme. Makiko vient donc me voir, en ville, et d\u00e8s le premier entretien s\u2019installe une habitude \u00e9trange qui deviendra un rituel entre nous&nbsp;: elle entre, sur le pas de la porte s\u2019incline l\u00e9g\u00e8rement et me dit&nbsp;: \u201cBonjour Madame, comment allez-vous&nbsp;?\u201d, et je m\u2019entends lui r\u00e9pondre sur-le-champ&nbsp;: \u201cBien, je vous remercie, et vous-m\u00eame&nbsp;?\u201d. J\u2019ai compris ensuite la n\u00e9cessit\u00e9 imm\u00e9diate de lui renvoyer une formule de politesse de m\u00eame longueur que la sienne, plus li\u00e9e au rythme de la phrase qu\u2019au choix des mots eux-m\u00eames. Et en effet, d\u00e8s qu\u2019elle se met \u00e0 me parler, je suis saisie par la m\u00e9lop\u00e9e de son discours. Les mots sont fran\u00e7ais mais j\u2019entends une musique japonaise gutturale et scand\u00e9e, effectivement difficile \u00e0 \u00e9couter alors que son fran\u00e7ais est excellent. Dans des moments d\u2019attention flottante, j\u2019entends des sons japonais et je perds le sens des phrases. Je note cette difficult\u00e9 contre-transf\u00e9rentielle qui m\u2019a parue \u00e9clairante car Makiko me dira plus tard qu\u2019il y a eu des moments o\u00f9 elle a perdu \u201cle sens de tout\u201d lors de sa d\u00e9pression.<\/p>\n\n\n\n<p>Des premiers temps de ce travail psychanalytique men\u00e9 en ville, deux fois par semaine et en face \u00e0 face je vous dirai peu de choses, sauf que ce fut difficile. Makiko venait parce qu\u2019elle acceptait les avis de son canc\u00e9rologue, du psychanalyste de son mari qui avait conseill\u00e9 une psychoth\u00e9rapie avec un psychosomaticien, et du consultant. Mais elle-m\u00eame ne comprenait pas pourquoi des mots pouvaient l\u2019aider \u00e0 gu\u00e9rir. Elle me donnait peu d\u2019informations et je fus amen\u00e9e \u00e0 la solliciter beaucoup, \u00e0 lui faire des propositions de conversation. A cette \u00e9poque, elle a 45 ans mais on pourrait lui en donner 28 ou 38, elle est petite et fr\u00eale, le visage lisse, elle a un <em>look<\/em> d\u2019adolescente et porte blue-jeans et tee-shirt.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire qu\u2019elle me raconte reste longtemps pour moi myst\u00e9rieuse, pleine de trous. Elle a quitt\u00e9 le Japon \u00e0 28 ans, brusquement, pour faire des \u00e9tudes d\u2019art en France. Elle ne savait pas le fran\u00e7ais, mais parlait anglais. Pourquoi la France&nbsp;? Parce que la peinture fran\u00e7aise l\u2019int\u00e9ressait plus \u00e0 cause de la perspective\u2026 Elle ne sait pas pourquoi il lui fallait quitter son pays, mais en parle comme d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 interne et puissante. Quand je lui demande si 28 ans n\u2019est pas un \u00e2ge o\u00f9 une fille serait cens\u00e9e se marier au Japon, elle est tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9e et me dit&nbsp;: \u201cPeut-\u00eatre que je ne voulais pas \u00eatre une femme, ni une m\u00e8re japonaise\u2026 je n\u2019y avais jamais pens\u00e9\u2026\u201d Elle vient donc en France et tr\u00e8s vite rencontre son mari. Ils se sont compris tout de suite, malgr\u00e9 la barri\u00e8re linguistique, ils \u201csentent tout pareil\u201d et communiquent parfaitement. Il est actuellement en analyse et Makiko pense qu\u2019il est en conflit avec ses propres parents, bien qu\u2019elle les trouve gentils et qu\u2019elle ressente comme tr\u00e8s \u00e9trange que l\u2019on puisse avoir de la col\u00e8re contre des \u201cgens \u00e2g\u00e9s.\u201d Elle a termin\u00e9 ses \u00e9tudes, elle est peintre mais a des difficult\u00e9s en ce moment et ne travaille plus. Elle travaillait comme vendeuse \u00e0 mi-temps, dans un magasin de mode de luxe, ce qui lui rapportait un peu d\u2019argent. Comme je m\u2019\u00e9tonne de ce choix pour une femme aussi dipl\u00f4m\u00e9e qu\u2019elle, et trilingue de surcro\u00eet, elle me r\u00e9pond que les Japonais n\u2019ont pas le m\u00eame sens des valeurs sociales que nous et que ce m\u00e9tier ne lui posait aucun probl\u00e8me tant qu\u2019il lui rapportait de quoi payer son atelier.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me dis qu\u2019elle ne mettait pas d\u2019enjeu narcissique dans ce \u201cjob\u201d. Et pourtant, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019un jour une remarque d\u00e9plaisante mais anodine d\u2019une coll\u00e8gue plus \u00e2g\u00e9e&nbsp;: \u201cVous n\u2019\u00eates pas vraiment une bonne vendeuse\u201d, la plonge dans un d\u00e9sespoir et un d\u00e9sarroi profonds. Elle donne sa d\u00e9mission le lendemain et sombre dans un \u00e9tat d\u00e9pressif incompr\u00e9hensible aux yeux de tous. Lors de la s\u00e9ance, elle pleure et son chagrin est encore renforc\u00e9 par ce qu\u2019elle ressent d\u2019incommunicable. M\u00eame son mari n\u2019a pas compris. Elle m\u2019interroge&nbsp;: \u201cVous madame, est-ce que vous me comprenez?\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis perplexe, et lui dis&nbsp;: \u201cJe pense qu\u2019il est tr\u00e8s difficile pour nous de comprendre ce qu\u2019est un code de l\u2019honneur japonais.\u201d Les mots \u201ccode de l\u2019honneur\u201d, l\u2019\u00e9meuvent, elle y reconna\u00eet quelque chose et me r\u00e9pond que son p\u00e8re est un Samoura\u00ef, d\u2019une famille tr\u00e8s noble, appauvrie et qu\u2019il est placier en assurances. A partir de ce moment-l\u00e0, elle parle de sa famille d\u2019une fa\u00e7on qui me permet des repr\u00e9sentations. Elle est fille unique, sa m\u00e8re est cor\u00e9enne d\u2019origine paysanne, d\u2019une lign\u00e9e de pr\u00eatres shinto\u00efstes. D\u00e8s que je souligne quelque chose de l\u2019ordre d\u2019un conflit possible&nbsp;: Japon et Cor\u00e9e (les Japonais sont ha\u00efs des Cor\u00e9ens qu\u2019ils consid\u00e8rent comme appartenant \u00e0 une sous-culture)&nbsp;; bouddhisme et shinto\u00efsme&nbsp;; samoura\u00ef et paysans\u2026 Makiko me r\u00e9pond invariablement qu\u2019il n\u2019en est pas ainsi au Japon o\u00f9 diff\u00e9rentes religions coexistent dans un respect mutuel, o\u00f9 les classes sociales sont certes marqu\u00e9es mais sans rejet, m\u00e9pris, ou rivalit\u00e9\u2026 Dans un premier temps, je l\u2019\u00e9coute, puis un jour je me mets \u00e0 la contredire en m\u2019appuyant sur la litt\u00e9rature japonaise et sur des \u0153uvres comme <em>Le dit du Genji<\/em> ou sur Arioshi, un auteur qu\u2019elle conna\u00eet et se met alors \u00e0 relire. Nous avons ainsi des \u00e9changes tr\u00e8s int\u00e9ressants au cours desquels elle finit par accepter l\u2019id\u00e9e qu\u2019il existe au Japon &#8211; \u201cpuisqu\u2019ils sont d\u00e9crits dans la litt\u00e9rature\u201d- des sentiments, des \u00e9tats d\u2019\u00e2me qu\u2019elle ne voulait pas voir. C\u2019est dans ce contexte que nous allons aborder la maladie et les r\u00eaves. De son cancer elle m\u2019avait dit peu de choses, elle se montre r\u00e9ticente devant l\u2019aspect psychique d\u2019une atteinte somatique. Elle a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9e et est encore sous chimioth\u00e9rapie&nbsp;; elle me raconte n\u00e9anmoins que c\u2019est au cours de sa d\u00e9pression -six mois apr\u00e8s sa d\u00e9mission- qu\u2019a \u00e9t\u00e9 fait le diagnostic. Elle a \u00e9t\u00e9 tout de suite mieux, comme si \u201cle cancer me rendait ma dignit\u00e9 et un sens\u201d. La maladie a pris valeur d\u2019objet interne qui lui rend son code de l\u2019honneur perdu, lui dis-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre chose qu\u2019elle note au passage&nbsp;: son mari (jumeau-double), avait \u00e9t\u00e9 longuement hospitalis\u00e9 pour une op\u00e9ration de hernie discale pendant les mois o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9prim\u00e9e&nbsp;; elle \u00e9tait donc seule, sans travail, a cess\u00e9 d\u2019aller \u00e0 l\u2019atelier et pleurait sans arr\u00eat, elle me d\u00e9crit un \u00e9pisode quasi m\u00e9lancolique. Un jour, \u00e0 propos d\u2019un livre, il s\u2019agit des <em>Belles Endormies<\/em> de Kawabata, roman o\u00f9 des hommes vont -pour r\u00eaver- dormir aupr\u00e8s de belles jeunes filles qu\u2019ils ne touchent pas, Makiko me dit&nbsp;: \u201cVous m\u2019aviez demand\u00e9 si je r\u00eavais et je vous ai dit non&nbsp;; pourtant, avant je r\u00eavais beaucoup.\u201d Avant, c\u2019est il y a tr\u00e8s longtemps, bien avant le cancer, elle ne sait plus\u2026 Ses r\u00eaves \u00e9taient tr\u00e8s color\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>A la s\u00e9ance suivante, elle vient avec une d\u00e9couverte&nbsp;: \u201cJ\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 votre question\u2026 J\u2019ai cess\u00e9 de r\u00eaver depuis que j\u2019ai perdu le japonais\u201d. Elle m\u2019explique longuement, avec application, que la transcription d\u2019une image de r\u00eave en r\u00e9cit est diff\u00e9rente en japonais parce que les caract\u00e8res et le mode d\u2019\u00e9criture sont autres. Ne parlant plus que le fran\u00e7ais, elle ne pouvait pas se raconter ses r\u00eaves et ils ont disparu. \u201cLes mots n\u2019appellent pas les m\u00eames images, les images pas les m\u00eames mots\u201d. Je suis stup\u00e9faite et \u00e9merveill\u00e9e de cet <em>insight<\/em> au cours duquel elle me para\u00eet d\u00e9crire avec beaucoup de finesse la r\u00e9gression formelle du r\u00eave. Ceci me permettra d\u2019aborder avec elle et la vie onirique et la r\u00e9gression, ou plut\u00f4t son refus de la r\u00e9gression et de la passivit\u00e9. Elle qui ne voulait pas \u00eatre une femme japonaise\u2026 Au point o\u00f9 nous en sommes, Makiko me para\u00eet diff\u00e9rente, elle prend plaisir \u00e0 ses s\u00e9ances, y r\u00e9fl\u00e9chit longuement, elle s\u2019habille d\u2019une fa\u00e7on plus f\u00e9minine et se maquille. Elle a recommenc\u00e9 \u00e0 peindre et me parle longuement de sa recherche sur les formes et les couleurs. Ses r\u00e9cits sont plus vivants et incarn\u00e9s. Pourtant, quelque chose qui me reste opaque m\u2019inspire une prudence infinie \u00e0 son endroit. Je me demande aussi pourquoi j\u2019\u00e9voque souvent par devers moi Mishima, apparemment si loin de son texte \u00e0 elle. Sur ces entrefaites, Makiko qui semble accorder un int\u00e9r\u00eat toujours accru au visuel raconte souvent des films et c\u2019est ainsi que lui revient, lors d\u2019une s\u00e9ance, l\u2019image d\u2019un r\u00eave d\u2019enfant qui n\u2019\u00e9tait pas vraiment un r\u00eave mais une vision \u00e9veill\u00e9e qui s\u2019imposait \u00e0 elle&nbsp;: elle se plante doucement un couteau dans le ventre et remonte la lame vers le haut. Il m\u2019a sembl\u00e9 que nous \u00e9tions l\u00e0 face \u00e0 un mat\u00e9riel quasi hallucinatoire, de l\u2019ordre de la r\u00e9gression formelle de la pens\u00e9e qui, sans le frein du travail pr\u00e9conscient, peut aboutir \u00e0 l\u2019hallucination chez des non-psychotiques. L\u2019hypercondensation de ce \u201cr\u00eave\u201d&nbsp;: p\u00e9n\u00e9tration, viol et <em>Seppuku<\/em> que seuls les Samoura\u00efs ont le droit de commettre, mais non les femmes et les shinto\u00efstes, fit l\u2019objet de plusieurs s\u00e9ances.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin d\u2019abr\u00e9ger, je me limiterai ici \u00e0 deux moments-clefs du processus\u00a0: les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9 approchent et elle projette un court voyage au Japon. A ce propos, elle me demande si je vais dans mon pays car, me dit-elle, elle a toujours su que j\u2019\u00e9tais moi aussi \u00e9trang\u00e8re. Cette information m\u2019apporte un \u00e9clairage nouveau sur des notes transf\u00e9rentielles qui m\u2019avaient \u00e9chapp\u00e9es. A peu pr\u00e8s au m\u00eame moment, elle parle brusquement de Hiroshima. Je suis litt\u00e9ralement sid\u00e9r\u00e9e d\u2019apprendre que c\u2019est la ville de son p\u00e8re et qu\u2019elle y a toujours v\u00e9cu. Boulevers\u00e9e je lui rappelle qu\u2019elle est n\u00e9e en 1945, l\u2019ann\u00e9e de la bombe atomique. Tr\u00e8s calme, presque froidement, Makiko m\u2019explique qu\u2019elle est n\u00e9e en Cor\u00e9e o\u00f9 sa m\u00e8re, qui s\u2019\u00e9tait rendue aupr\u00e8s de sa propre m\u00e8re, a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9e ou prot\u00e9g\u00e9e par sa naissance. Je ne m\u2019appesantirai pas sur la suite de ce travail. Apr\u00e8s la bombe que fut pour moi l\u2019annonce \u201cHiroshima, mais c\u2019est la ville de mon p\u00e8re\u201d, les mouvements de la cure devaient \u00eatre scand\u00e9s par un retour massif des affects li\u00e9s \u00e0 des images terribles de l\u2019enfance jusque l\u00e0 vid\u00e9es de leur contenu \u00e9mot1ionnel. Je pus donner sens \u00e0 sa sublimation\u00a0: la perspective en peinture s\u2019av\u00e8re \u00eatre le contraire de l\u2019\u00e9crasement par la liqu\u00e9faction sur place. Makiko me d\u00e9crivit un banc conserv\u00e9 intact dans la cour de son \u00e9cole, pierre devenue lave. Un important travail, reliant des cha\u00eenes associatives multiples, nous permit de corr\u00e9ler la bombe, son cancer dans le ventre, le choc de ses premi\u00e8res r\u00e8gles, le <em>Seppuku<\/em> rituel r\u00e9serv\u00e9 au Samoura\u00ef et le fait qu\u2019elle n\u2019avait jamais m\u00eame pens\u00e9 avoir un enfant. L\u2019image d\u2019une m\u00e8re \u00e9trang\u00e8re et m\u00e9sestim\u00e9e ouvrit la voie \u00e0 la culpabilit\u00e9 mais donnait sens \u00e0 son refus d\u2019identification \u00e0 une femme \u201cjaponaise\u201d.<br>Pour finir, je ne citerai que quelques mots de Makiko qui me firent r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019\u00e9mergence du transfert\u00a0: \u201cJ\u2019ai regard\u00e9 une carte et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 contente de voir qu\u2019Ath\u00e8nes (ville d\u2019origine de l\u2019auteur, <em>NDLR<\/em>) est \u00e0 mi-chemin entre la France et le Japon\u2026\u201d, paroles stup\u00e9fiantes dans la bouche d\u2019une femme aussi pr\u00e9cise car si ce calcul \u00e9tait enti\u00e8rement faux, ces paroles d\u00e9finissaient tr\u00e8s exactement la bonne distance que nous avions su trouver, lors de cette psychoth\u00e9rapie, entre la Cor\u00e9e \u00e9trang\u00e8re, trop proche, et la France si lointaine. La mention de l\u2019\u00e9quidistance entre Ath\u00e8nes, Paris et Hiroshima m\u2019a sembl\u00e9 faire partie des \u201cerreurs par le transfert\u201d. Elle signe \u00e0 mon sens l\u2019instauration de virtualit\u00e9s r\u00e9gressives au sein d\u2019une organisation psychique o\u00f9 le refus de r\u00e9gression est li\u00e9 \u00e0 l\u2019in\u00e9laboration traumatique des tendances et des satisfactions passives. Le travail autour de la r\u00e9gression formelle du r\u00eave dans l\u2019apr\u00e8s-coup des s\u00e9ances me semble avoir \u00e9t\u00e9 central\u2026<br>Cette r\u00e9flexion sur la r\u00e9gression formelle, pr\u00e9cieuse chez l\u2019analyste et favoris\u00e9e pour Makiko par ses ancrages professionnels dans le champ du visuel, a pu induire l\u2019abord des deux autres modes de r\u00e9gression\u00a0: temporelle et topique. L\u2019abord psychosomatique qui est le mien est fond\u00e9 sur l\u2019approche, essentiellement \u00e9conomique, de l\u2019<em>\u00c9cole de Paris<\/em>, il se situe donc dans une perspective qui s\u2019int\u00e9resse plus aux mouvements psychiques qu\u2019au symbolisme des contenus. Pourtant la question d\u2019un symbolisme organique se pose ici. Son cancer est dans le ventre, elle a eu des fantasmes d\u2019\u00e9clatement du colon, or elle n\u2019a \u201cm\u00eame jamais pens\u00e9 \u00e0 \u00eatre m\u00e8re\u201d, elle avait r\u00eav\u00e9 du <em>seppuku<\/em>, nous avons reli\u00e9 la \u201cbombe de son cancer\u201d \u00e0 Hiroshima. Toute la probl\u00e9matique de Makkiko peut \u00eatre relue sous l\u2019angle d\u2019un sens pr\u00e9alable du sympt\u00f4me somatique, pr\u00e9-inscrit dans le corps. N\u00e9anmoins cela impliquerait soit d\u2019assimiler la maladie \u00e0 une forme d\u2019hyst\u00e9rie (A. Garma, J.-P. Valabrega,) soit \u00e0 un <em>acting<\/em> de type psychotique dans le <em>soma<\/em> (J. McDougall). Ces th\u00e9ories me semblent s\u00e9duisantes mais ne me convainquent pas. Pour moi le sens est crucial mais peut survenir apr\u00e8s coup dans et par le travail de la cure, permettant ainsi la r\u00e9int\u00e9gration de l\u2019\u00e9v\u00e9nement somatique dans les cha\u00eenes associatives et l\u2019\u00e9laboration psychique. En cela la survenue du sens devient facteur de gu\u00e9rison.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Aisenstein M.<\/strong> (2002), Une pierre ne gu\u00e9rit pas\u2026 in Monographies de la RFP <em>Quelle gu\u00e9rison, quelle normalit\u00e9<\/em>&nbsp;? Paris, Puf.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aisenstein M., Smadja C.<\/strong> (2001), <em>De la psychosomatique comme courant essentiel de la psychanalyse contemporaine<\/em>, in RFP, hors s\u00e9rie, Puf.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Botella C. et S<\/strong>, <em>La probl\u00e9matique de la r\u00e9gression formelle de la pens\u00e9e et de l\u2019hallucinatoire<\/em>, Paris, Puf, 1990, 63-90&nbsp;; La psychanalyse, questions pour demain, coll. des Monographies de la RFP.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Braunschweig D., Fain M.<\/strong> (1975), <em>La nuit, le jour<\/em>, Paris, Puf.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud S.<\/strong> (1900), <em>L\u2019interpr\u00e9tation des r\u00eaves<\/em>, Paris, Puf, 1975.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud S. (1905), <em>Trois Essais sur la th\u00e9orie de la sexualit\u00e9<\/em>, Paris, Gallimard, 1987.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud S.<\/strong>, 1910, <em>Un trouble psychog\u00e8ne de la vision<\/em>, SE 11, 211.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud S.<\/strong> (1913), \u201cLa pr\u00e9disposition \u00e0 la n\u00e9vrose obsessionnelle\u201d, <em>in N\u00e9vrose, psychose et perversion<\/em>, Paris, Puf, 1973.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud S.<\/strong> (1914), \u201cPour introduire le narcissisme\u201d, <em>in La vie sexuelle<\/em>, Paris, PUF, 1969.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud S.<\/strong> (1917), <em>M\u00e9tapsychologie<\/em>, Gallimard, coll. \u201cId\u00e9es\u201d, 1968.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud S.<\/strong> (1917), <em>Introduction \u00e0 la Psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1973.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud S.<\/strong> (1920), \u201cAu-del\u00e0 du principe de plaisir\u201d, <em>in Essais de psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1981.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud S.<\/strong> (1924), \u201cLe probl\u00e8me \u00e9conomique du masochisme\u201d, <em>in N\u00e9vrose, psychose et perversion<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud S.<\/strong> (1926), <em>Inhibition sympt\u00f4me et angoisse<\/em>, Paris, Puf, 1965.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud S.<\/strong> (1933), <em>Nouvelles conf\u00e9rences d\u2019Introduction \u00e0 la psychanalyse<\/em>, Paris, Gallimard, 1984.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Green A.<\/strong> (1984), <em>La pulsion de mort<\/em>, Paris, Puf, 1986.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Green A.<\/strong> (1993), <em>Le travail du n\u00e9gatif<\/em>, Paris, Ed. de Minuit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Marty P.<\/strong> (1980), <em>L\u2019ordre psychosomatique<\/em>, Paris, Payot.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Hegel G.W.F.<\/strong> (1818), Pr\u00e9cis de l\u2019encyclop\u00e9die des sciences philosophiques, \u201cLa physique organique\u201d, Paris, Vrin, 1952.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Prochiantz A.<\/strong> (1989), <em>La construction du cerveau<\/em>, Paris, Hachette.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rosenberg B.<\/strong> (1991), <em>Masochisme mortif\u00e8re et masochisme gardien de la vie<\/em>, Paris, Puf.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9684?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au contraire de l\u2019approche psychosomatique m\u00e9dicale qui envisage le malade \u00e0 partir de sa maladie, l\u2019approche psychanalytique l\u2019envisage \u00e0 partir du rep\u00e9rage, dans son fonctionnement psychique, d\u2019un processus de somatisation. 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