{"id":9593,"date":"2021-08-22T07:30:17","date_gmt":"2021-08-22T05:30:17","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/entretien-avec-sophie-de-mijolla-mellor-2\/"},"modified":"2021-10-07T20:09:10","modified_gmt":"2021-10-07T18:09:10","slug":"entretien-avec-sophie-de-mijolla-mellor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/entretien-avec-sophie-de-mijolla-mellor\/","title":{"rendered":"Recherches en psychanalyse"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Vous dirigez l\u2019\u00c9cole Doctorale de Recherches en Psychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris 7 Denis Diderot. Pourriez-vous nous d\u00e9finir ce qu\u2019est une \u00e9cole doctorale et comment une telle \u00e9cole fonctionne&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9coles doctorales sont n\u00e9es d\u2019un projet minist\u00e9riel restructurant les \u00e9tudes de troisi\u00e8me cycle en op\u00e9rant des regroupements pluridisciplinaires au sein des Universit\u00e9s. Il s\u2019agit, dans l\u2019esprit de cette r\u00e9forme, de faire appara\u00eetre les p\u00f4les forts de la recherche et de permettre \u00e0 chaque Universit\u00e9 de montrer ainsi ses sp\u00e9cialit\u00e9s et ses champs de comp\u00e9tence. La vis\u00e9e est multiple&nbsp;: clarification tout d\u2019abord vis-\u00e0-vis des nombreuses petites unit\u00e9s de recherche ou laboratoires existant, plus ou moins actifs selon les cas, mais aussi et \u00e0 l\u2019inverse, possibilit\u00e9 de faire \u00e9merger des entit\u00e9s nouvelles face \u00e0 des gros laboratoires qui auraient eu tendance \u00e0 se figer et enfin, surtout, mise en acte d\u2019un v\u00e9ritable projet pluridisciplinaire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00c9cole Doctorale se pr\u00e9sente comme une \u00e9cole sup\u00e9rieure&nbsp;: on y entre apr\u00e8s une s\u00e9lection stricte sur dossier, en \u00e9tant titulaire d\u2019une ma\u00eetrise ou d\u2019un DESS de pr\u00e9f\u00e9rence dans notre cas. La premi\u00e8re ann\u00e9e correspond \u00e0 l\u2019ann\u00e9e de DEA; elle pr\u00e9voit un enseignement qui repr\u00e9sente une formation th\u00e9orique de haut niveau dont les contenus, diff\u00e9rents selon les DEA, sont d\u00e9termin\u00e9s en fonction de leur intitul\u00e9. C\u2019est donc une premi\u00e8re sp\u00e9cialisation, qui se compl\u00e8te par la production d\u2019un m\u00e9moire de recherche assez cons\u00e9quent (100 pages environ), ce qui permet au futur doctorant de tester ses aptitudes et son go\u00fbt pour la recherche. Si l\u2019exp\u00e9rience est concluante, il poursuit en seconde ann\u00e9e en s\u2019inscrivant en th\u00e8se mais, les trois ann\u00e9es suivantes ont un enseignement th\u00e9orique beaucoup plus r\u00e9duit pour laisser le temps n\u00e9cessaire \u00e0 la recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Le principe de la r\u00e9forme qui a conduit \u00e0 la cr\u00e9ation des \u00e9cole doctorales est donc triple&nbsp;: meilleure lisibilit\u00e9 de la recherche, r\u00e9organisation autour de p\u00f4les forts, dit p\u00f4les d\u2019excellence, et enfin pluridisciplinarit\u00e9. Ce point est particuli\u00e8rement important sur le plan \u00e9pist\u00e9mologique. Prenons le cas de la psychanalyse&nbsp;: elle \u00e9tait pr\u00e9sente dans diverses universit\u00e9s aussi bien \u00e0 Paris-\u00cele de France qu\u2019en province. On aurait pu imaginer un regroupement s\u2019\u00e9tendant sur toute la France, de toutes les anciennes formations doctorales en psychanalyse. C\u2019est un autre choix qui a \u00e9t\u00e9 fait, puisque les \u00e9coles doctorales sont li\u00e9es \u00e0 un site g\u00e9ographique particulier.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la plupart du temps, les formations doctorales ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9es \u00e0 faire un travail de regroupement et d\u2019interconnexion pour cr\u00e9er des \u00e9coles doctorales pluridisciplinaires dans l\u2019id\u00e9e \u00e0 la fois de constituer des p\u00f4les num\u00e9riquement significatifs (en fonction du nombre de directeurs de recherche et du nombre de th\u00e8ses effectivement soutenues) et de faire sortir les disciplines de l\u2019enfermement dans leurs particularismes respectifs. Certaines se sont engag\u00e9es tr\u00e8s rapidement dans cette voie, comme par exemple l\u2019\u00c9cole Doctorale que dirige Julia Kristeva \u00e0 Paris 7 intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Langue, Litt\u00e9rature, Image&nbsp;\u00bb et qui regroupe, comme son titre l\u2019indique, ces divers axes, mais aussi un important secteur d\u2019\u00e9tudes anglophones (Institut Charles V). D\u2019autres, et c\u2019est le cas de notre \u00c9cole Doctorale \u00ab&nbsp;Recherches en Psychanalyse&nbsp;\u00bb, ont eu \u00e0 op\u00e9rer des refontes importantes qui ont n\u00e9cessit\u00e9 un temps d\u2019\u00e9laboration plus long.<\/p>\n\n\n\n<p>Si j\u2019en viens maintenant au fonctionnement des \u00e9coles doctorales, il d\u00e9coule des principes qui sont \u00e0 l\u2019origine de leur constitution. Qui dit pluralisme implique un fonctionnement f\u00e9d\u00e9ratif avec des petites unit\u00e9s autonomes interconnect\u00e9es. Toutes les \u00e9coles doctorales sont g\u00e9r\u00e9es par un Directeur, assist\u00e9 d\u2019un Directeur Adjoint et d\u2019un Conseil. Ce dernier comprend, selon des proportions d\u00e9finies, un ensemble de Directeurs de recherches, repr\u00e9sentants des unit\u00e9s de recherche composantes et des DEA, de personnalit\u00e9s scientifiques ext\u00e9rieures, de repr\u00e9sentants \u00e9lus des \u00e9tudiants (DEA et Doctorat) et des personnels administratifs travaillant pour l\u2019\u00e9cole doctorale. Pour une meilleure repr\u00e9sentation, Paris 7 a \u00e9galement pr\u00e9vu dans ses \u00e9coles doctorales, la pr\u00e9sence d\u2019un Comit\u00e9 Consultatif Enseignant, ce qui est judicieux pour permettre que chacun puisse prendre part aux d\u00e9cisions. C\u2019est une machine assez lourde \u00e0 faire fonctionner, ce qui implique que les projets viennent bien de la \u00ab&nbsp;base&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des unit\u00e9s constituantes elles-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quel est l\u2019historique de cette \u00e9cole&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut le replacer dans celui de l\u2019UFR de Sciences Humaines Cliniques, ce qui est d\u2019ailleurs un projet de recherche historique en cours que j\u2019ai, avec quelques coll\u00e8gues, mis en place pour les ann\u00e9es \u00e0 venir. Cela m\u2019int\u00e9resse particuli\u00e8rement puisque j\u2019y ai \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e presque d\u00e8s le d\u00e9but, comme charg\u00e9e de cours en 1971, puis nomm\u00e9e assistante sur poste en 1973. L\u2019UFR de Sciences Humaines Cliniques date de 1969, mais il a fallu attendre la r\u00e9forme du troisi\u00e8me cycle de 1975 pour que soit structur\u00e9 le \u00ab&nbsp;Laboratoire de Psychanalyse et Psychopathologie&nbsp;\u00bb dirig\u00e9 par Jean Laplanche. Celui-ci pr\u00e9cisait sa \u00ab&nbsp;d\u00e9termination explicite non seulement de ne pas dispenser un enseignement technique de la psychanalyse, mais aussi de ne pas en propager la th\u00e9orie comme un corps de doctrine dogmatiquement constitu\u00e9&nbsp;\u00bb (Psychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, d\u00e9c. 1975, tome I, p. 214). La contrepartie de ce projet, qui est toujours celui de notre \u00e9cole doctorale, est n\u00e9cessairement celle d\u2019un enseignement th\u00e9orique et d\u2019une recherche au niveau le plus \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la suite, ce laboratoire a \u00e9volu\u00e9 au rythme des r\u00e9formes universitaires s\u2019appelant successivement CRPP (Centre de Recherches en Psychanalyse et Psychopathologie) dirig\u00e9 par Jean Laplanche, puis Formation Doctorale de Psychopathologie Fondamentale et Psychanalyse dirig\u00e9e par Pierre F\u00e9dida. L\u2019actuelle \u00ab&nbsp;\u00c9cole Doctorale de Recherches en Psychanalyse&nbsp;\u00bb est issue de cette derni\u00e8re, \u00e0 la fois par scissiparit\u00e9 et par extension. L\u2019ancienne Formation Doctorale avait une \u00ab&nbsp;surface&nbsp;\u00bb suffisante pour constituer \u00e0 elle seule une \u00e9cole doctorale, puisqu\u2019elle d\u00e9livrait tous les ans environ cinquante dipl\u00f4mes DEA et quarante dipl\u00f4mes de th\u00e8se, ce qui est consid\u00e9rable. Mais elle \u00e9tait structur\u00e9e en deux unit\u00e9s, finalement assez peu distinctes&nbsp;: le Laboratoire de \u00ab&nbsp;Psychopathologie Fondamentale et psychanalyse&nbsp;\u00bb dirig\u00e9 par Pierre F\u00e9dida et le Laboratoire de Psychanalyse dirig\u00e9 par Maurice Dayan, et elle n\u2019avait qu\u2019un seul DEA portant le m\u00eame titre que la Formation Doctorale et dirig\u00e9 l\u00e0 aussi par Pierre F\u00e9dida.<br>L\u2019impact de la demande minist\u00e9rielle de r\u00e9organisation en \u00e9cole doctorale nous a d\u2019abord amen\u00e9s \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir en commun sur ce qui constituait les \u00e9l\u00e9ments actifs de notre recherche en termes d\u2019unit\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire de regroupement de chercheurs enseignants et \u00e9tudiants, sur des p\u00f4les communs. Cette d\u00e9marche n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment simple, car ces th\u00e9matiques ne sont pas n\u00e9cessairement identiques \u00e0 nos th\u00e9matiques de recherche individuelle d\u2019une part et, d\u2019autre part, nous pouvons, en tant que chercheurs, nous sentir concern\u00e9s par plusieurs th\u00e9matiques \u00e0 la fois. Nous sommes parvenus \u00e0 distinguer trois axes majeurs&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Psychopathologie et Psychanalyse.<\/li><li>Psychanalyse, M\u00e9decine et Sciences du Vivant.<\/li><li>Psychanalyse et Sciences de l\u2019Homme-sociales.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Le premier axe est bien s\u00fbr central. Il correspond au CEPP (Centre d\u2019\u00c9tudes en Psychopathologie et Psychanalyse, sous la responsabilit\u00e9 de Jacques Andr\u00e9), mais c\u2019est en fait lui aussi une f\u00e9d\u00e9ration de quatre \u00e9quipes internes (\u00ab&nbsp;Clinique et th\u00e9orie des processus psychiques&nbsp;\u00bb, Michel Tort&nbsp;; \u00ab&nbsp;Interactions de la psychanalyse&nbsp;\u00bb, Sophie de Mijolla-Mellor&nbsp;; \u00ab&nbsp;Le traitement psychique&nbsp;\u00bb, Jacques Andr\u00e9&nbsp;; \u00ab&nbsp;Recherches sur l\u2019adolescence&nbsp;\u00bb, Fran\u00e7ois Richard), regroupant de deux \u00e0 huit Directeurs de recherche selon les \u00e9quipes en question et, bien s\u00fbr, un nombre correspondant de doctorants, ainsi que de chercheurs universitaires. Deux DEA y sont associ\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Psychoses et \u00e9tats-limites&nbsp;\u00bb (dirig\u00e9 par F. Richard et auquel je participe) et \u00ab&nbsp;Les sexualit\u00e9s&nbsp;: procr\u00e9ation, p\u00e9rinatalit\u00e9, parentalit\u00e9&nbsp;\u00bb (dirig\u00e9 par Michel Tort et auquel Jacques Andr\u00e9 participe).<\/p>\n\n\n\n<p>Le second axe correspond au CRPM (Centre de Recherches Psychanalyse et M\u00e9decine), initiative de Dani\u00e8le Brun qui le dirige et qui comprend \u00e0 son tour deux \u00e9quipes internes, l\u2019une ax\u00e9e sur la m\u00e9thode psychanalytique (Pierre F\u00e9dida et Alain Vanier) et l\u2019autre sur les effets de l\u2019inconscient depuis l\u2019enfance (Dani\u00e8le Brun). Ce Centre s\u2019associe au DEA \u00ab&nbsp;M\u00e9decine Scientifique, Psychopathologie et Psychanalyse&nbsp;\u00bb dirig\u00e9 par Alain Vanier et Bernard Golse auquel Dani\u00e8le Brun participe et qui fonctionne en collaboration avec l\u2019UFR Necker-Enfants Malades (Paris V), par l\u2019interm\u00e9diaire de Bernard Golse.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me axe enfin, comme le pr\u00e9c\u00e9dent, proc\u00e8de davantage de l\u2019extension que de la scissiparit\u00e9. Il s\u2019agit de la dimension qui a toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente dans la recherche et l\u2019enseignement de l\u2019UFR de Sciences Humaines Cliniques, mais qui est ici consid\u00e9rablement renouvel\u00e9e par la participation de l\u2019UMR (Unit\u00e9 Mixte de Recherche) CNRS \u00ab&nbsp;Psychanalyse et Pratiques Sociales&nbsp;\u00bb, dirig\u00e9e par Markos Zafiropoulos. Ce dernier, en liaison avec Paul-Laurent Assoun, a mis sur pied une approche anthropologique sensiblement diff\u00e9rente de celle qui existait auparavant et qui vise une \u00ab&nbsp;\u00e9pist\u00e9mologie du symbolique&nbsp;\u00bb. Un quatri\u00e8me DEA li\u00e9 \u00e0 cet axe a demand\u00e9 son habilitation pour la rentr\u00e9e prochaine.<\/p>\n\n\n\n<p>On parvient donc \u00e0 un ensemble qui r\u00e9pond au projet pluridisciplinaire en \u00e9quilibrant l\u2019axe central d\u2019un c\u00f4t\u00e9 avec les Sciences du Vivant et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 avec les Sciences de l\u2019Homme. Bien entendu, ces structures ne sont pas rigides et elles sont appel\u00e9es \u00e0 \u00e9voluer avec le temps, mais en conservant l\u2019id\u00e9e de petites unit\u00e9s f\u00e9d\u00e9r\u00e9es, avec des objectifs bien d\u00e9limit\u00e9s et travaillant en interaction les unes avec les autres.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Il est devenu courant de dire actuellement que la psychanalyse a perdu de son influence dans le champ universitaire&nbsp;; quel est pour vous l\u2019enjeu de cette nouvelle \u00e9cole doctorale en psychanalyse&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en partie exact, \u00e0 la fois dans le domaine de la formation universitaire des psychiatres et dans celle des psychologues et c\u2019est la raison pour laquelle la cr\u00e9ation de cette nouvelle \u00c9cole Doctorale, qui porte le titre de \u00ab&nbsp;Recherches en Psychanalyse&nbsp;\u00bb est importante, surtout dans sa perspective pluridisciplinaire qui devrait, je l\u2019esp\u00e8re, s\u2019accro\u00eetre avec les ann\u00e9es. En fait, il me semble que l\u2019\u00ab&nbsp;int\u00e9r\u00eat de la psychanalyse&nbsp;\u00bb au sens o\u00f9 l\u2019entendait Freud dans son article de 1913, trouve une reconnaissance institutionnelle universitaire avec cette \u00e9cole doctorale. Nous n\u2019en sommes encore qu\u2019au d\u00e9but, si on consid\u00e8re le vaste programme de Freud qui comprenait un dialogue de la psychologie avec les sciences du langage, la philosophie, la biologie, l\u2019histoire de l\u2019\u00e9volution, celle de la civilisation, l\u2019esth\u00e9tique, la sociologie et la p\u00e9dagogie! Mais il me semble que c\u2019est la voie de l\u2019avenir pour la pr\u00e9sence de la psychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 et, \u00e0 ce titre, le projet minist\u00e9riel qui poussait au d\u00e9cloisonnement des disciplines ne peut que le favoriser. Mais il ne faut pas se leurrer, l\u2019entreprise n\u2019est pas simple et elle requiert une vraie rigueur \u00e9pist\u00e9mologique pour \u00e9viter aussi bien l\u2019application pure et simple de la psychanalyse, que les pseudo-dialogues qui sont en fait des dialogues de sourds!<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 en 1990 une \u00e9quipe de recherches intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Interactions de la psychanalyse&nbsp;\u00bb, c\u2019\u00e9tait bien dans la vis\u00e9e d\u2019une confrontation critique des mod\u00e8les propres aux champs du savoir consid\u00e9r\u00e9s vis-\u00e0-vis de la psychanalyse comme th\u00e9orie et comme m\u00e9thode. C\u2019est donc une question qui m\u2019int\u00e9resse, je dirais me taraude, depuis longtemps. Certaines th\u00e8ses de valeur ont \u00e9t\u00e9 produites dans cette \u00e9quipe sur des th\u00e9matiques comme Droit et Psychanalyse, Anthropologie et Psychanalyse et bien s\u00fbr, tout le domaine des interactions avec l\u2019Histoire, l\u2019Art et la Litt\u00e9rature. Je ne dirai donc pas que la psychanalyse a perdu son influence dans le champ universitaire, mais qu\u2019elle doit trouver les moyens non d\u2019une h\u00e9g\u00e9monie du discours comme on l\u2019a trop souvent pratiqu\u00e9e, mais d\u2019une v\u00e9ritable interaction, un \u00ab&nbsp;inter-esse&nbsp;\u00bb, \u00eatre dans, parmi les autres disciplines.<\/p>\n\n\n\n<p><em>D\u2019un point de vue \u00e9pist\u00e9mologique, la notion de recherche en psychanalyse est tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle utilis\u00e9e dans le champ des sciences dites fondamentales. Comment se situe-t-elle dans le paysage \u00e9pist\u00e9mologique?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette question rejoint celle souvent pos\u00e9e, de la scientificit\u00e9 de la psychanalyse et il y a eu d\u00e9j\u00e0 beaucoup de tentatives de r\u00e9ponses que je n\u2019\u00e9voquerai pas, me situant sur un terrain strictement universitaire. Il me para\u00eet certain que la psychanalyse a tout \u00e0 perdre \u00e0 vanter son extra-territorialit\u00e9 scientifique et tout \u00e0 gagner \u00e0 montrer quels apports originaux elle peut offrir aux champs du savoir par lesquels elle se laisse interroger. Freud d\u00e9j\u00e0, en s\u2019adressant \u00e0 Th\u00e9odor Reik, relativisait les craintes que l\u2019on pourrait d\u00e9sormais transposer \u00e0 l\u2019\u00e9gard des neurosciences. \u00ab&nbsp;J\u2019entends, \u00e9crivait-il, derri\u00e8re nous r\u00e9sonner les pas de l\u2019endocrinologie, elle va nous rattraper et nous d\u00e9passer. Mais m\u00eame alors la psychanalyse sera encore tr\u00e8s utile. Car l\u2019endocrinologie sera un g\u00e9ant aveugle qui ne sait o\u00f9 aller, tandis que la psychanalyse sera le nain qui lui montre o\u00f9 aller.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je voudrais aussi r\u00e9pondre de mani\u00e8re moins th\u00e9orique et plus personnelle, \u00e0 partir de mon exp\u00e9rience de Directeur de recherche en psychanalyse. Dans une certaine mesure, j\u2019ai souvent l\u2019impression de fonctionner \u00e0 l\u2019inverse de mon attitude d\u2019analyste, c\u2019est-\u00e0-dire que, dans un premier temps, j\u2019aide le doctorant \u00e0 multiplier les balises th\u00e9oriques, \u00e0 prendre du recul (donc des m\u00e9canismes de d\u00e9fense) vis-\u00e0-vis d\u2019un sujet toujours tr\u00e8s investi et donc toujours apte \u00e0 se transformer en un monstre intouchable. On pr\u00e9pare ainsi une aire transitionnelle \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de laquelle l\u2019intime va pouvoir lancer petit \u00e0 petit ses pseudopodes vers l\u2019autre, jusqu\u2019au moment final qui sera celui de la soutenance. C\u2019est une aventure \u00e0 chaque fois passionnante qui rel\u00e8ve pour le doctorant de l\u2019auto-construction d\u2019une image de soi. \u00c0 travers les r\u00e8gles m\u00e9thodologiques, l\u2019exigence de rigueur, le maniement de la relation entre clinique et th\u00e9orie, il s\u2019agit d\u2019un travail cr\u00e9atif qui, de ce fait, sollicite des angoisses profondes et vis-\u00e0-vis duquel le directeur doit s\u2019interdire la suggestion, tout en maintenant aussi fermement que possible le cadre et permettre au doctorant de prendre lui-m\u00eame conscience des manques pour sortir des impasses.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9cueils sont nombreux entre l\u2019investissement id\u00e9alis\u00e9 et la menace de se transformer en un mauvais objet, une torpille au sens socratique du terme. Il y a indiscutablement une sp\u00e9cificit\u00e9 de la recherche en psychanalyse et donc une sp\u00e9cificit\u00e9 de la direction de th\u00e8se qui ne s\u2019apparente jamais \u00e0 une simple compilation savante, mais implique toujours profond\u00e9ment son auteur. Pour le directeur, il s\u2019agit bien de diff\u00e9rencier clairement sa position d\u2019analyste et sa fonction ma\u00efeutique dans la direction de la th\u00e8se, mais il ne s\u2019agit pas pour autant d\u2019un clivage et la pratique en tant qu\u2019analyste ailleurs et autrement aide \u00e0 comprendre et donc \u00e0 aider contre les inhibitions qui jalonnent l\u2019activit\u00e9 de recherche.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quelle doit \u00eatre selon vous la place de la psychanalyse au sein de la recherche clinique?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00e9pondrai \u00e0 votre question en la formulant un peu diff\u00e9remment, soit en inversant l\u2019ordre des th\u00e8mes&nbsp;: quelle est la place de la clinique dans la recherche en psychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9&nbsp;? C\u2019est une place toujours difficile pour un psychanalyste qui s\u2019interroge sur un point de th\u00e9orie \u00e0 partir de sa clinique propre et c\u2019est encore plus difficile lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un doctorant \u00e0 l\u2019Universit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a en effet deux possibilit\u00e9s&nbsp;: le doctorant a une pratique de l\u2019analyse d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9e et il h\u00e9sitera \u00e0 en faire usage, alors qu\u2019il se poserait probablement moins de questions s\u2019il devait faire \u00e9tat de tests ou de toute forme de clinim\u00e9trie. La raison ne me semble pas seulement d\u2019ordre d\u00e9ontologique, mais elle est li\u00e9e au fait que la th\u00e8se est suppos\u00e9e constituer quelque chose d\u2019abouti, sinon de d\u00e9finitif, qui s\u2019oppose \u00e0 l\u2019expos\u00e9 d\u2019un cas clinique au niveau du degr\u00e9 de certitude. Le deuxi\u00e8me cas est celui du doctorant qui a, soit une pratique d\u2019analyste d\u00e9butante, soit le plus souvent une exp\u00e9rience de la psychoth\u00e9rapie relativement r\u00e9cente, parfois m\u00eame limit\u00e9e \u00e0 des stages. Dans ce cas, la clinique ne va pas intervenir directement dans sa th\u00e8se, mais elle est en revanche pr\u00e9sente dans la mani\u00e8re dont il s\u2019empare des questions th\u00e9oriques, voire dont il rend compte de cas cliniques d\u00e9velopp\u00e9s par d\u2019autres. L\u2019analyse personnelle, bien que l\u2019on s\u2019interdise d\u2019en rien conna\u00eetre, m\u00eame l\u2019existence, joue l\u00e0 un r\u00f4le fondamental.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Au sein de cette \u00e9cole doctorale prend place un DEA cohabilit\u00e9 par l\u2019UFR Sciences Humaines Cliniques de Paris 7 (Alain Vanier et Danielle Brun) et l\u2019UFR Necker-Enfants Malades de Paris (Bernard Golse), ce qui signifie la r\u00e9inscription de la psychanalyse au sein d\u2019une Facult\u00e9 de m\u00e9decine. Quel symbole y voyez-vous&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas \u00e0 proprement parler d\u2019une r\u00e9inscription de la psychanalyse au sein d\u2019une Facult\u00e9 de m\u00e9decine, car elle ne s\u2019en est pas v\u00e9ritablement effac\u00e9e auparavant, du moins \u00e0 Paris-VII. Dans l\u2019enseignement du PCEM 1 \u00e0 Bichat par exemple, je dirige un module d\u2019enseignement de la psychologie con\u00e7u comme une initiation aux notions de base de la psychanalyse, depuis maintenant plus de six ans. Cet enseignement fait partie du concours tr\u00e8s s\u00e9lectif \u00e0 l\u2019issue de cette premi\u00e8re ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, le DEA \u00ab&nbsp;M\u00e9decine scientifique, Psychopathologie, Psychanalyse&nbsp;\u00bb inaugure l\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de recherches impliquant conjointement m\u00e9decine et psychanalyse, non seulement sur le plan th\u00e9matique, mais aussi sur le plan institutionnel, puisqu\u2019il associe des enseignants-chercheurs de psychopathologie et des enseignants-chercheurs de m\u00e9decine. Les pratiques d\u00e9velopp\u00e9es sur le terrain depuis une quarantaine d\u2019ann\u00e9es trouvent d\u00e9sormais la possibilit\u00e9 d\u2019une homog\u00e9n\u00e9isation des crit\u00e8res de recherches tels que l\u2019Universit\u00e9 tente de les promouvoir. De ce point de vue, il ne s\u2019agit pas d\u2019un symbole mais de la prise en compte, par le Minist\u00e8re, d\u2019une demande fond\u00e9e sur une r\u00e9alit\u00e9 de terrain (la pr\u00e9sence de psychiatres et de psychologues de formation analytique depuis les ann\u00e9es soixante) et exigeant d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9e d\u2019objectifs scientifiques et professionnels. Des enseignants-chercheurs de Paris-7 et de Paris-5 (UFR Necker-Enfants Malades) se sont associ\u00e9s \u00e0 Dani\u00e8le Brun pour soutenir ce projet de formation doctorale.<\/p>\n\n\n\n<p>Du fait de ses avanc\u00e9es en biologie comme en g\u00e9n\u00e9tique, la m\u00e9decine d\u2019adulte et d\u2019enfant rencontre aujourd\u2019hui la psychiatrie et la psychanalyse sur des bases in\u00e9dites. La mise en relief de ce qui diff\u00e9rencie et de ce qui rapproche les pratiques de ces disciplines alimente le d\u00e9bat th\u00e9orico-clinique en stimulant la recherche fondamentale et appliqu\u00e9e. Les objectifs du Centre (CRPM) visent \u00e0 faire reconna\u00eetre de droit, eu \u00e9gard aux crit\u00e8res en vigueur dans la recherche hospitalo-universitaire, les fruits et les mod\u00e8les d\u2019une collaboration entre somaticiens et psychanalystes qui se pratique, tant bien que mal de fait sur le terrain, depuis trente-cinq ans. Le travail s\u2019effectue en collaboration avec le Centre d\u2019\u00e9tudes du Vivant, dans le cadre de l\u2019Universit\u00e9 Paris 7, sous la direction de Pierre F\u00e9dida, o\u00f9 se sont tenus, au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es, de nombreux colloques, s\u00e9minaires, qui font collaborer des biologistes, des m\u00e9decins et des psychanalystes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que ce DEA soutenu par Alain Vanier, Dani\u00e8le Brun et Bernard Golse, apporte une relance et une extension souhaitable de ces travaux en commun.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quelle place voyez-vous au contenu de cette \u00e9cole doctorale dans le cursus des futurs psychanalystes&nbsp;? \u00c0 quel titre le travail universitaire fait-il partie de la formation du psychanalyste&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00e9pondrai d\u2019abord \u00e0 la seconde partie de votre question, car il ne me semble pas que le travail universitaire de recherche fasse partie de la formation du psychanalyste, au sens o\u00f9 il serait une partie int\u00e9grante et n\u00e9cessaire de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on consid\u00e8re la th\u00e8se en dehors des avantages professionnels qu\u2019on peut en attendre (qui vont de la sp\u00e9cialisation dans un domaine de la clinique \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019enseignement sup\u00e9rieur auquel elle devrait permettre d\u2019acc\u00e9der), on pourrait se demander pourquoi consacrer tant d\u2019ann\u00e9es et de travail \u00e0 cet exercice, qui n\u2019est apr\u00e8s tout nullement n\u00e9cessaire dans le cadre de l\u2019exercice professionnel. On en vient naturellement \u00e0 une question qui m\u2019est ch\u00e8re, celle du besoin de savoir que tout sujet porte en lui depuis l\u2019enfance, mais que le chercheur conserve intacte \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Je pense que chaque doctorant vient, au travers d\u2019un sujet de th\u00e8se plus ou moins difficilement cern\u00e9, travailler avec nous sur une question qui est sa question. Arriver \u00e0 l\u2019aider \u00e0 l\u2019exprimer, \u00e0 la travailler et \u00e0 la rendre communicable, est l\u2019une des fonctions de cette \u00e9cole doctorale.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, et parall\u00e8lement, le doctorant va y trouver des enseignements de haut niveau et surtout, des lieux o\u00f9 des chercheurs plus exp\u00e9riment\u00e9s vont t\u00e9moigner de leur d\u00e9marche, leurs difficult\u00e9s et leurs hypoth\u00e8ses. J\u2019ai organis\u00e9 au DEA, pendant plusieurs ann\u00e9es, un cycle de conf\u00e9rences sur \u00ab&nbsp;la recherche en psychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9&nbsp;\u00bb, o\u00f9 des coll\u00e8gues non universitaires venaient parler, non pas du contenu de leurs livres, mais de leur d\u00e9marche de recherche et d\u2019\u00e9criture, ce qui \u00e9tait tr\u00e8s formateur et tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 par les \u00e9tudiants.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dirai donc que si la recherche universitaire n\u2019est pas une partie int\u00e9grante du cursus d\u2019analyste, n\u00e9anmoins l\u2019Universit\u00e9, de par sa tradition et ses exigences, est seule \u00e0 pouvoir offrir aux futurs analystes un lieu de r\u00e9flexion critique, \u00e9pist\u00e9mologique et historique aussi largement ouvert. Ceci, avec l\u2019apport pluridisciplinaire de l\u2019\u00e9cole doctorale, devait encore \u00eatre renforc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Par rapport aux autres instances qui promeuvent des actions de recherche comme celles des SPP, API, APEP, APF, IV<sup>e<\/sup> Groupe, etc., quels sont les liens avec ces diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s et quelle est votre sp\u00e9cificit\u00e9&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les liens de l\u2019\u00e9cole doctorale avec les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019analyse passent par les appartenances des directeurs de recherche. A ce titre, nous faisons preuve d\u2019un \u0153cum\u00e9nisme salutaire puisque presque toutes les principales \u00e9coles sont repr\u00e9sent\u00e9es. De m\u00eame, les coll\u00e8gues qui nous font le plaisir d\u2019intervenir comme conf\u00e9renciers dans les divers cycles que nous organisons sont d\u2019origines vari\u00e9es. Il me semble, mais je peux me tromper, que la m\u00e9fiance des soci\u00e9t\u00e9s de psychanalyse \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Universit\u00e9 est moins importante qu\u2019elle ne l\u2019a \u00e9t\u00e9, notamment en ce qui nous concerne, du fait de notre constant rappel que les dipl\u00f4mes universitaires ne sont nullement qualifiants pour un \u00e9ventuel titre officiel de psychanalyste. Mais, \u00e0 vrai dire, c\u2019est assez \u00e9vident par la nature m\u00eame de la recherche qui ne s\u2019apparente ni \u00e0 l\u2019analyse personnelle, ni \u00e0 la pratique clinique.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant aux \u00ab&nbsp;actions de recherche&nbsp;\u00bb propres aux soci\u00e9t\u00e9s, elles me semblent comporter de grandes diff\u00e9rences selon qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un s\u00e9minaire avec une th\u00e9matique commune, d\u2019un groupe de travail o\u00f9 chacun tour \u00e0 tour rend compte d\u2019un travail personnel en cours ou encore d\u2019un ensemble de coll\u00e8gues qui se r\u00e9unissent pour \u00e9tudier et discuter ensemble un, voire plusieurs livres.<\/p>\n\n\n\n<p>Vis-\u00e0-vis de ces travaux, auxquels d\u2019ailleurs souvent les doctorants participent par ailleurs, les projets de recherche universitaires ont une dur\u00e9e et un investissement en temps nettement plus \u00e9lev\u00e9. Une th\u00e8se est un long travail de cinq cent pages ou plus, exigeant quant \u00e0 l\u2019ex\u00e9g\u00e8se bibliographique et qui doit \u00eatre achev\u00e9 dans un temps relativement bref si on tient compte de la lourdeur de l\u2019entreprise, mais assez long en r\u00e9alit\u00e9 puisque cela va de quatre ans \u00e0 six ans environ.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Vous dirigez la premi\u00e8re \u00e9cole doctorale de Recherches en Psychanalyse&nbsp;; avez-vous \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9e par des mod\u00e8les anglo-saxons ou europ\u00e9ens&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je dirige cette \u00e9cole doctorale mais sa conception est le r\u00e9sultat d\u2019un travail en commun et coll\u00e9gial avec Pierre F\u00e9dida tout d\u2019abord, qui \u00e9tait le directeur de la pr\u00e9c\u00e9dente formation doctorale, et avec plusieurs coll\u00e8gues parmi lesquels Jacques Andr\u00e9, Paul-Laurent Assoun, Dani\u00e8le Brun, Fran\u00e7ois Richard, Michel Tort, Alain Vanier et, plus r\u00e9cemment, Markos Zafiropoulos.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne pense pas que nous ayons \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9s par des mod\u00e8les, du moins de mani\u00e8re consciente et je dirai plut\u00f4t qu\u2019on a essay\u00e9 de tenir compte des vingt-cinq ann\u00e9es d\u2019exp\u00e9rience qui avaient \u00e9t\u00e9 les n\u00f4tres \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<p>Il sera int\u00e9ressant, et je pense qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un des nombreux projets de travail \u00e0 venir, de la comparer avec ce qui peut s\u2019en rapprocher, dans le monde anglo-saxon ou en Europe, de mani\u00e8re plus approfondie que nous ne l\u2019avons fait jusqu\u2019ici. Pour ce faire de mani\u00e8re vivante et efficace, il ne suffit pas de comparer des programmes ou des d\u00e9clarations d\u2019intention, mais il faut faire venir les coll\u00e8gues et aller chez eux, ce qui se fait d\u00e9j\u00e0 mais pas dans cette optique institutionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais, \u00e0 cet \u00e9gard, \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9e de conna\u00eetre le programme de 1976 de l\u2019Institut de Sciences Humaines Cliniques de l\u2019Universit\u00e9 de Californie, \u00e0 San Francisco, dirig\u00e9 par Robert S. Wallerstein, qui d\u00e9livrait un \u00ab&nbsp;Doctorat en Sant\u00e9 Mentale&nbsp;\u00bb. Une discussion avait eu lieu \u00e0 l\u2019\u00e9poque avec Andr\u00e9 Green, Serge Lebovici, Jean Laplanche, Jacques Gagey, Pierre F\u00e9dida, Philippe Gutton, Jean-Louis Lang et d\u2019autres, dont j\u2019avais rendu compte dans <em>Psychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9<\/em> (Tome 4, n\u00b0 14, mars 1979&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un institut des sciences humaines cliniques&nbsp;?&nbsp;\u00bb). Le but de cet institut \u00e9tait de cr\u00e9er une profession nouvelle, \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la psychanalyse, mais qui serait de plus enracin\u00e9e largement dans toutes les autres sciences (biologiques, psychologiques et sociales) dont la connaissance apparaissait aux auteurs du projet \u00ab&nbsp;n\u00e9cessaire au fonctionnement pluridisciplinaire et autonome du praticien en sant\u00e9 mentale&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne me semble pas que les buts de l\u2019\u00c9cole Doctorale de recherches en psychanalyse soient analogues, m\u00eame si le souci pluridisciplinaire est commun. Le but n\u2019est pas de cr\u00e9er une profession nouvelle, mais de d\u00e9velopper les capacit\u00e9s et le d\u00e9sir de faire de la recherche, chez des psychologues cliniciens ou des psychiatres pour l\u2019essentiel, tout en permettant \u00e0 la communaut\u00e9 scientifique d\u2019enrichir ses travaux dans ce domaine.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Pensez-vous qu\u2019il serait souhaitable de cr\u00e9er d\u2019autres \u00e9coles doctorales d\u2019inspiration psychanalytique en France&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comme je vous l\u2019ai dit au d\u00e9but, la psychanalyse est pr\u00e9sente au titre de la pluridisciplinarit\u00e9 dans de nombreuses \u00e9coles doctorales en France. Cette diversit\u00e9 est souhaitable et n\u00e9cessaire. Nous en faisons l\u2019exp\u00e9rience par exemple lors de la constitution des jurys de th\u00e8ses ou d\u2019Habilitation \u00e0 diriger des recherches (dipl\u00f4me qui a remplac\u00e9 l\u2019ancienne th\u00e8se d\u2019\u00c9tat en ce qu\u2019il qualifie pour postuler un titre de professeur). En effet, les \u00ab&nbsp;rapporteurs&nbsp;\u00bb qui sont les pi\u00e8ces ma\u00eetresses du jury doivent n\u00e9cessairement \u00eatre ext\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du doctorant, ce qui fait de chaque th\u00e8se une occasion de rencontre et d\u2019inter-\u00e9valuation d\u2019une universit\u00e9 \u00e0 une autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous reste \u00e0 \u00e9tablir les m\u00eames \u00e9changes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne, ce qui commence \u00e0 se faire en partie.<br><em>Quel est l\u2019avenir et quelle sont vos objectifs pour cette \u00e9cole doctorale&nbsp;?<\/em><br>Les objectifs sont ceux que nous annon\u00e7ons dans la d\u00e9claration de \u00ab&nbsp;politique scientifique&nbsp;\u00bb de notre brochure (disponible \u00e0 l\u2019\u00c9cole Doctorale, H\u00f4pital Saint-Lazare, B.P 120, 75463 Paris cedex 10, ou sur notre site <a href=\"http:\/\/scienceshc.free.fr\/shc\/ecoledoctorale.htm\">http:\/\/scienceshc.free.fr\/shc\/ecoledoctorale.htm<\/a>)&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019\u00c9cole Doctorale entend soutenir et approfondir \u00e0 la fois la sp\u00e9cificit\u00e9 de la recherche en psychanalyse et en psychopathologie et ses interactions transdisciplinaires. Ces deux d\u00e9marches sont compl\u00e9mentaires car c\u2019est la confrontation de la m\u00e9thode psychanalytique avec les probl\u00e9matiques sp\u00e9cifiques issues de divers champs de la science et de la culture, qui contraint cette m\u00e9thode \u00e0 se reconna\u00eetre dans ses limites et \u00e0 s\u2019approfondir. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une simple application de la psychanalyse, mais d\u2019une approche nouvelle qui prend en compte la d\u00e9couverte de l\u2019inconscient vis-\u00e0-vis des sciences auxquelles elle se confronte, qu\u2019elles concernent l\u2019Homme, la Soci\u00e9t\u00e9 ou le Vivant&nbsp;\u00bb.<br>Les moyens de ces objectifs sont nombreux&nbsp;: outre l\u2019enseignement proprement dit et les s\u00e9minaires de direction de th\u00e8ses, nous travaillons \u00e0 mettre en place des projets collectifs \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e (par exemple&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019Histoire de l\u2019enseignement de la psychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 \u00e0 l\u2019UFR de Sciences Humaines Cliniques&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Psychanalyse et ph\u00e9nom\u00e9nologie&nbsp;\u00bb et beaucoup d\u2019autres). Nous avons \u00e9galement un large programme de colloques nous permettant une ouverture vers l\u2019ext\u00e9rieur. De m\u00eame, la constitution de r\u00e9seaux de recherches internationaux, en particulier avec les pays d\u2019Am\u00e9rique latine, est \u00e0 \u00e9tendre. Beaucoup de nos doctorants sont d\u2019origine \u00e9trang\u00e8re, ce qui nous sollicite encore davantage dans ce sens. Enfin, nous avons \u00e9galement le projet d\u2019une revue \u201cLes Cahiers de l\u2019\u00c9cole Doctorale\u201d, qui permettrait, l\u00e0 aussi, comme l\u2019a fait <em>\u201cPsychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9\u201d<\/em> autrefois, de faire conna\u00eetre les activit\u00e9s collectives de recherche de notre \u00c9cole Doctorale.<br>Nous sommes nombreux (dix-sept Professeurs, treize Directeurs de recherche non professeurs [CNRS, INSERM ou Ma\u00eetre de Conf\u00e9rence HDR], vingt-quatre Ma\u00eetres de conf\u00e9rence, ATER (Attach\u00e9 Temporaire d\u2019Enseignement et de Recherche) cent quatre vingt-trois Doctorants et quatre vingt dix-neuf \u00c9tudiants de DEA), mais nous souhaitons l\u2019\u00eatre encore davantage dans l\u2019avenir, accro\u00eetre la coh\u00e9rence de nos fili\u00e8res de formation et renforcer la coh\u00e9sion des \u00e9l\u00e8ves et des anciens \u00e9l\u00e8ves et les aider par l\u00e0 au niveau des d\u00e9bouch\u00e9s professionnels.<br>Cette \u00c9cole Doctorale de Recherches en Psychanalyse est une cr\u00e9ation originale, pour le moment unique en France et je pense que sa pr\u00e9sence est un gage de la vitalit\u00e9 de la psychanalyse au dehors de l\u2019Universit\u00e9, aussi bien qu\u2019au dedans.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Informations compl\u00e9mentaires<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Adresse<\/strong>&nbsp;: \u00c9cole Doctorale, UFR Sciences Humaines Cliniques, 107 rue du Faubourg Saint-Denis, 75010 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Accueil et secr\u00e9tariat<\/strong>&nbsp;: Salle 308.<\/p>\n\n\n\n<p>T\u00e9l. et fax 01 53 34 90 58. Ouverture le mardi et le jeudi de 10h \u00e0 12h et de 14h \u00e0 16h30.<\/p>\n\n\n\n<p>E-Mail&nbsp;: <a href=\"mailto:edoc.psycha@paris7.jussieu.fr\">edoc.psycha@paris7.jussieu.fr<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Direction<\/strong>&nbsp;: Sophie de Mijolla-Mellor<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Directeur adjoint<\/strong>&nbsp;: Pierre F\u00e9dida<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Direction coll\u00e9giale<\/strong>&nbsp;: Jacques Andr\u00e9, Paul-Laurent Assoun, Dani\u00e8le Brun, Fran\u00e7ois Richard, Michel Tort, Alain Vanier, Markos Zafiropoulos.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Personnalit\u00e9s scientifiques membres du Conseil<\/strong>&nbsp;: Dr Monique Bydlowski, Pr Georges Lanteri-Laura, Pr Jacques Maitre, Pr Daniel Widl\u00f6cher, Pr Edouard Zarifian.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Liste des directeurs de recherche de l\u2019\u00c9cole Doctorale<\/strong>&nbsp;: Jacques Andr\u00e9 (Pr), Paul Laurent Assoun (Pr), Michel Boccara (Charg\u00e9 de recherches CNRS, HDR), Dani\u00e8le Brun (Pr), Jean-Fran\u00e7ois Chiantaretto (MC, HDR), Catherine Cyssau (MC, HDR), Denis Duclos (DR, CNRS), Rafa\u00ebl Dra\u00ef, (Pr, Aix-Marseille III), Pierre F\u00e9dida (Pr), Gis\u00e8le Harrus (MC, HDR), Max Kohn (MC, HDR), Fran\u00e7oise Labridy (Pr, Universit\u00e9 Nancy I), Sylvie Le Poulichet (Pr), Bertrand Meheust (Pr), Sophie de Mijolla-Mellor (Pr), Michel Plon (DR, CNRS), Fran\u00e7ois Richard (Pr), Fran\u00e7ois Sauvagnat (Pr, Universit\u00e9 de Rennes II), Maryse Siksou (Pr), Michel Tort (Pr), Alain Vanier (Pr), Mareike Wolf (Pr), Markos Zafiropoulos (DR CNRS).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Liste des directeurs de recherche rattach\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9cole Doctorale<\/strong>&nbsp;: Monique Bydlowski (DR INSERM), Monique David-M\u00e9nard (Pr de Kh\u00e2gne, Lyc\u00e9e Janson de Sailly, HDR), Bernard Golse (Pr, Universit\u00e9 Paris V), Patrick Guyomard (MC HDR, Universit\u00e9 Paris VIII), Adam Kiss (MC HDR, Universit\u00e9 de Toulouse), Fran\u00e7ois Marty (Pr, Universit\u00e9 de Rouen), Mich\u00e8le Porte (Pr, Universit\u00e9 de Brest), Colette Rigaud (Pr, Universit\u00e9 de Montpellier III), Marc Richir (Pr, Universit\u00e9 Libre de Bruxelles, DR FNRS).<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9593?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous dirigez l\u2019\u00c9cole Doctorale de Recherches en Psychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris 7 Denis Diderot. 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Les \u00e9coles doctorales sont n\u00e9es d\u2019un projet minist\u00e9riel restructurant les \u00e9tudes de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15573,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1368,1520],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[268],"type_article":[454],"check":[2023],"class_list":["post-9593","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","auteur-bernard-golse","auteur-manuelle-missonnier","mode-payant","revue-268","type_article-entretien","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9593","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9593"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9593\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17030,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9593\/revisions\/17030"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15573"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9593"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9593"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9593"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9593"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9593"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9593"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9593"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9593"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9593"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}