{"id":9572,"date":"2021-08-22T07:30:13","date_gmt":"2021-08-22T05:30:13","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/entretien-avec-paul-denis-2\/"},"modified":"2021-09-26T18:47:25","modified_gmt":"2021-09-26T16:47:25","slug":"entretien-avec-paul-denis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/entretien-avec-paul-denis\/","title":{"rendered":"Entretien avec Paul Denis"},"content":{"rendered":"\n<p>\u25a0 Psychiatre, psychanalyste, membre formateur de la Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris.<br>\u25a0 A re\u00e7u le Prix Maurice Bouvet en 1990<br>Ouvrages&nbsp;:<br>\u25a0 <strong><em>Emprise et satisfaction, les deux formants de la pulsion<\/em><\/strong>, Le Fils Rouge, PUF, 1997<br>\u25a0 <strong><em>Sigmund Freud 1905-1920<\/em><\/strong>, Psychanalystes d\u2019aujourd\u2019hui, PUF, 2000<br>\u25a0 <strong><em>Eloge de la b\u00eatise<\/em><\/strong>, Epitres, PUF, 2001<br>\u25a0 <strong><em>Les phobies<\/em><\/strong>, Que saisje&nbsp;? PUF, 2006<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Comment \u00eates-vous devenu un des leaders de la psychanalyse fran\u00e7aise&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Je ne suis pas certain d\u2019\u00eatre l\u2019un des leaders de la psychanalyse en France. Je ne me sens pas chef d\u2019une \u00e9cole ou d\u2019un groupe mais je suis heureux de l\u2019estime et de l\u2019int\u00e9r\u00eat que l\u2019on a port\u00e9 \u00e0 mes quelques contributions cliniques et th\u00e9oriques. Il est du reste peut-\u00eatre mieux de n\u2019\u00eatre pas un \u201cleader\u201d en psychanalyse, trop souvent les \u201cleaders\u201d se sont retrouv\u00e9s en situation de d\u00e9rive. Le culte de la personnalit\u00e9 en psychanalyse est un fl\u00e9au. Comment suis-je venu \u00e0 la psychanalyse&nbsp;? Comme le plus souvent, c\u2019est le r\u00e9sultat d\u2019un faisceau de facteurs personnels et familiaux. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 dans une famille o\u00f9 les valeurs de la culture, de l\u2019art et de la religion \u00e9taient pr\u00e9pond\u00e9rantes. Mon grand-p\u00e8re maternel, m\u00e9decin, avait fait sa th\u00e8se sur l\u2019hyst\u00e9rie en 1906. Il \u00e9crivait de la po\u00e9sie et avait pr\u00e9sent\u00e9 une th\u00e8se sur Michelet. Il dirigeait une maison de sant\u00e9 dans une petite ville d\u2019eaux et traitait surtout des patients psychiatriques. Mon p\u00e8re avait commenc\u00e9 des \u00e9tudes de m\u00e9decine et gardait des souvenirs tr\u00e8s pr\u00e9cis en chimie biologique et bact\u00e9riologie&nbsp;; la dimension scientifique de la m\u00e9decine m\u2019est venue de lui. J\u2019\u00e9tais donc en fait tr\u00e8s pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9 pour la m\u00e9decine, tent\u00e9 un moment par la chirurgie, je me suis en fait assez vite orient\u00e9 vers la neurologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de l\u2019un de mes semestres d\u2019internat dans le service de neuro-chirurgie de Marcel David, j\u2019ai pu suivre les consultations de psychosomatique de Pierre Marty et Christian David. Le faisceau convergent vers la psychanalyse a \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9 de deux mani\u00e8res. Du c\u00f4t\u00e9 familial, un demi-fr\u00e8re de mon p\u00e8re qui \u00e9tait psychiatre et avait fait une analyse chez un membre de la SPP, m\u2019a soutenu dans mon projet de faire de la psychiatrie d\u2019une part et une analyse de l\u2019autre. Du c\u00f4t\u00e9 de la facult\u00e9, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 aussi encourag\u00e9 assez curieusement \u00e0 entreprendre une analyse par un neurophysiologiste&nbsp;; j\u2019\u00e9tais all\u00e9 demander conseil \u00e0 Andr\u00e9 Hugelin dont j\u2019avais suivi les cours et qui travaillait \u00e0 Sainte-Anne sur la substance r\u00e9ticul\u00e9e du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Il m\u2019a dit en substance que le plus int\u00e9ressant, c\u2019\u00e9tait la psychiatrie d\u2019enfant, et que l\u2019on ne pouvait en faire valablement sans avoir fait une analyse.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai fait, comme les internes de Paris, un internat un peu acrobatique par rapport \u00e0 la psychiatrie puisque j\u2019ai commenc\u00e9 par \u00eatre interne en m\u00e9decine puis en neurologie. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 l\u2019interne de Paul Castaigne et d\u2019Andr\u00e9 Buge. Celui-ci m\u2019a appris beaucoup de choses en m\u00e9decine et aussi en neurologie, c\u2019\u00e9tait un tr\u00e8s brillant m\u00e9decin et un clinicien remarquable mais qui d\u00e9testait la psychiatrie. Son m\u00e9rite, en m\u00e9decine, \u00e9tait de percevoir avec une grande clart\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments clefs d\u2019un tableau clinique. Il fustigeait la \u201cmicros\u00e9miologie\u201d et je lui suis tr\u00e8s redevable de cette fa\u00e7on de voir. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 interne \u00e0 la consultation du service de Jean Delay, o\u00f9 j\u2019ai suivi l\u2019enseignement de Francis Pasche, je me suis organis\u00e9, de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un clinicat, pour \u00eatre deux ans interne \u00e0 l\u2019Association de Sant\u00e9 Mentale du 13<sup>\u00e8me<\/sup> Arrondissement de Paris&nbsp;: un an en psychiatrie adulte puis un an comme interne de Serge Lebovici. J\u2019ai appris \u00e9norm\u00e9ment avec Lebovici, Ren\u00e9 Diatkine, Evelyne Kestemberg et Jean Gillibert. Toutes les discussions \u00e9taient extraordinairement formatrices. Au d\u00e9but, je dois avouer que j\u2019avais beaucoup de mal \u00e0 tout suivre. Je m\u2019\u00e9tais jur\u00e9 que si jamais j\u2019avais \u00e0 enseigner l\u2019analyse, je m\u2019arrangerais pour que les gens me comprennent. Si bien que j\u2019ai recherch\u00e9, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, une forme de clart\u00e9 dans l\u2019expos\u00e9. La jonglerie m\u00e9tapsychologique s\u00e8me facilement les plus jeunes. Ensuite j\u2019ai fait beaucoup de psychanalyse d\u2019enfant et de psychiatrie infantile. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 pendant 8 ans le psychiatre de l\u2019IMP du COSOR \u00e0 St Germain-en-Laye, o\u00f9 il y avait 70 enfants entre 7 \u00e0 14 ans. C\u2019est \u00e0 partir de cette exp\u00e9rience clinique que j\u2019ai \u00e9crit mes articles sur la p\u00e9riode de latence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>D\u2019o\u00f9 est venu cet int\u00e9r\u00eat pour la p\u00e9riode de latence \u00e0 propos de laquelle vos travaux sont toujours cit\u00e9s&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Mon int\u00e9r\u00eat pour la p\u00e9riode de latence est venu du fait que la plupart des enfants qui viennent consulter y sont conduits \u00e0 cette p\u00e9riode de leur vie et que, paradoxalement peu d\u2019attention \u00e9tait port\u00e9e sur ce qui en fait la sp\u00e9cificit\u00e9. C\u2019est une p\u00e9riode de la vie extr\u00eamement f\u00e9conde et o\u00f9 s\u2019\u00e9laborent des \u00e9l\u00e9ments psychiques dont l\u2019importance pour la suite de la vie est fondamentale. Le souvenir de ma propre p\u00e9riode de latence me laissait le sentiment d\u2019un \u00e9cart extr\u00eamement grand entre les enfants et les personnages parentaux. R\u00e9trospectivement la p\u00e9riode de latence m\u2019est apparue comme un espace assez diff\u00e9rent de ce qui la pr\u00e9c\u00e8de et la suit. P\u00e9riode f\u00e9conde parce que r\u00eaves, r\u00eaveries, lectures et libert\u00e9 de mouvements laissent un espace d\u2019autonomie, f\u00e9conde aussi parce que l\u2019investissement de la motricit\u00e9 et le d\u00e9veloppement de comp\u00e9tences apportent un sentiment de ma\u00eetrise progressive possible sur le monde physique. Je me rappelle tr\u00e8s bien la soci\u00e9t\u00e9 des autres enfants et son \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 relative par rapport \u00e0 celle des adultes, mais aussi l\u2019isolement et la sp\u00e9cificit\u00e9 des d\u00e9sarrois de cette \u00e9poque, dont fait partie la difficult\u00e9 de les aborder avec ses parents. Et cela m\u00eame si l\u2019on a des parents assez attentifs et une m\u00e8re avec qui il est facile de parler.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire de l\u2019analyse d\u2019enfant, je me suis rendu compte qu\u2019il y avait tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9crits l\u00e0-dessus. J\u2019avais alors demand\u00e9 \u00e0 Serge Lebovici d\u2019organiser une ann\u00e9e de s\u00e9minaire sur la p\u00e9riode de latence&nbsp;; il m\u2019avait charg\u00e9 d\u2019inviter un certain nombre de gens et il m\u2019avait donn\u00e9 une bibliographie assez courte mais o\u00f9 il y avait un tr\u00e8s bon article de Christian David, une introduction \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la p\u00e9riode de latence qui m\u2019a beaucoup apport\u00e9. J\u2019ai utilis\u00e9 toute l\u2019exp\u00e9rience clinique que j\u2019accumulais avec les enfants. La forme des jeux et aussi l\u2019extr\u00eame difficult\u00e9 des psychoth\u00e9rapies \u00e0 cet \u00e2ge-l\u00e0 m\u2019ont beaucoup interrog\u00e9. Autant avec les tout-petits, il y a tout de suite quelque chose qui accroche, une relation qui se dessine, autant \u00e0 la p\u00e9riode de latence, il y a des mouvements de refoulement, de mise \u00e0 distance qui sont consid\u00e9rables. La notion de refoulement, donn\u00e9e comme essentielle pour la compr\u00e9hension de la p\u00e9riode de latence, et elle l\u2019est, ne suffit pas \u00e0 comprendre tous les aspects de la clinique. J\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 l\u2019opposition entre les latences \u00e0 refoulement et les latences \u00e0 r\u00e9pression. En fait, toute p\u00e9riode de latence comporte des \u00e9l\u00e9ments de refoulement et des mouvements de r\u00e9pression. C\u2019est le rapport entre les deux proc\u00e9d\u00e9s qui doit \u00eatre explor\u00e9. Le refoulement est un proc\u00e9d\u00e9 qui fait jouer les repr\u00e9sentations les unes par rapport aux autres&nbsp;; autrement dit le refoulement est du c\u00f4t\u00e9 de ce que l\u2019on fait de plus accompli dans le fonctionnement pulsionnel&nbsp;: pour refouler une repr\u00e9sentation trop porteuse d\u2019excitation, ou inconciliable comme disait Freud, on la recouvre d\u2019une autre repr\u00e9sentation qui est alors surinvestie&nbsp;; on peut en placer encore une comme seconde couche et ainsi de suite. Si bien que l\u2019on dispose d\u2019un jeu de repr\u00e9sentations allant de la surface la plus anodine \u00e0 des repr\u00e9sentations beaucoup plus br\u00fblantes qui sont \u00e0 la fois recouvertes et indirectement accessibles. On peut circuler entre ces niveaux, et les n\u00e9vros\u00e9s ont l\u2019art de faire jouer ces diff\u00e9rents registres de repr\u00e9sentations. Quand le syst\u00e8me pulsionnel est moins organis\u00e9, l\u2019excitation emprunte beaucoup moins les canaux de la pulsion, l\u2019excitation est beaucoup moins li\u00e9e \u00e0 un jeu de repr\u00e9sentations, et pour la contr\u00f4ler, les sujets sont oblig\u00e9s d\u2019utiliser les m\u00e9canismes de la r\u00e9pression. La notion de r\u00e9pression a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite par Freud et utilis\u00e9e par les psychosomaticiens de l\u2019<em>Ecole de Paris<\/em> et par Catherine Parat. Mais les m\u00e9canismes de r\u00e9pression ne sont pas simplement constitu\u00e9s par le fait d\u2019essayer de dissocier affect et repr\u00e9sentation &#8211; comme le propose Catherine Parat. En effet s\u2019il y a effectivement une dissociation affect\/repr\u00e9sentation, il y a en m\u00eame temps une d\u00e9qualification de l\u2019affect et un appauvrissement de la repr\u00e9sentation qui est r\u00e9duite \u00e0 son squelette&nbsp;; le sujet \u00e0 ce moment-l\u00e0, pour contr\u00f4ler l\u2019excitation et ne pas \u00eatre compl\u00e8tement envahi, est oblig\u00e9 de surinvestir des actes ou des \u00e9l\u00e9ments du syst\u00e8me d\u2019emprise, soit du syst\u00e8me d\u2019emprise actif sur le monde ext\u00e9rieur soit du syst\u00e8me de r\u00e9ception d\u2019emprise, c\u2019est-\u00e0-dire du syst\u00e8me sensoriel. C\u2019est ce que l\u2019on voit par exemple dans une phobie, l\u2019\u00e9vitement moteur qui consiste \u00e0 partir, \u00e0 quitter une pi\u00e8ce si la pr\u00e9sence d\u2019une souris s\u2019y manifeste ou est simplement suspect\u00e9e&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019un m\u00e9canisme de r\u00e9pression moteur, on investit l\u2019acte de la fuite pour \u00e9viter les images trop excitantes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Comment reliez-vous cela avec tout ce que vous avez fait apr\u00e8s sur l\u2019emprise et la satisfaction&nbsp;?<\/em><br><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Tr\u00e8s t\u00f4t mon attention a \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e sur le fait que l\u2019on faisait assez peu de place \u00e0 la motricit\u00e9 dans la th\u00e9orie psychanalytique. Je me suis beaucoup interrog\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e d\u2019une sorte de pulsionnalit\u00e9 motrice sans trouver au d\u00e9but de solution qui me convainque. Pierre Marty et Michel Fain avaient fait un rapport tr\u00e8s int\u00e9ressant sur le r\u00f4le de la motricit\u00e9 dans la relation d\u2019objet, travail pour lequel ils s\u2019\u00e9taient fait critiquer par toute la psychanalyse fran\u00e7aise r\u00e9unie, Marie Bonaparte en t\u00eate, et peut-\u00eatre cela les avait-il fait finalement reculer. J\u2019ai alors repris un certain nombre de leurs id\u00e9es. A force de r\u00e9fl\u00e9chir sur ce sujet, j\u2019ai eu l\u2019id\u00e9e que finalement la pulsion \u00e9tait \u201cbi-face\u201d; la pulsion comportait \u00e0 la fois&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>un registre \u00e9rotique \u00e0 proprement parler organis\u00e9 autour des zones \u00e9rog\u00e8nes,<\/li><li>et un registre que j\u2019ai appel\u00e9 \u201cen emprise\u201d organis\u00e9 autour de la motricit\u00e9, de la sensorialit\u00e9, de ce que Freud avait d\u00e9sign\u00e9 comme l\u2019appareil d\u2019emprise.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>J\u2019ai eu donc cette id\u00e9e de d\u00e9composer la pulsion, toute pulsion, &#8211; comme on d\u00e9compose une force dans le parall\u00e9logramme des forces en physique &#8211; en un vecteur \u201cemprise\u201d et un vecteur \u201csatisfaction\u201d, en somme en deux courants d\u2019investissement qui se combinent, cr\u00e9ant le mouvement pulsionnel et organisant l\u2019excitation. La motricit\u00e9 trouvait tr\u00e8s naturellement sa place dans ce sch\u00e9ma. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s heureux de voir que cette id\u00e9e-l\u00e0 pouvait \u00e9clairer beaucoup de situations cliniques et aboutir \u00e0 des formulations th\u00e9oriques op\u00e9rantes. Je l\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9e dans diff\u00e9rents articles&nbsp;; cela m\u2019a permis de renouveler ma fa\u00e7on de penser l\u2019analyse et en particulier de sortir de cette bizarrerie qu\u2019est la pulsion de mort, cette notion dont Freud lui-m\u00eame disait qu\u2019elle avait un c\u00f4t\u00e9 franchement m\u00e9taphysique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Vous avez toujours \u00e9t\u00e9 int\u00e9ress\u00e9 par la question psychosomatique. Vous avez aussi eu un int\u00e9r\u00eat pour la culture et notamment pour la peinture et au-del\u00e0 de \u00e7a pour le dessin. Vous avez traduit \u201c L\u2019inconscient et la peinture\u201d de Marion Milner. Au fond avez-vous toujours \u00e9t\u00e9 habit\u00e9 par ce lien entre le corps, le mouvement et le sensoriel et l\u2019esprit, entre la repr\u00e9sentation et l\u2019affect&nbsp;? Et est-ce que la rencontre avec l\u2019enfant oblige \u00e0 rester dans ces liens-l\u00e0&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Oui absolument&nbsp;; lorsqu\u2019un enfant saute de joie, il y a un lien entre la motricit\u00e9 et l\u2019affect, entre le sensible et la repr\u00e9sentation. J\u2019ai le sentiment que pendant tout un temps on a oubli\u00e9 le versant sensorimoteur pour privil\u00e9gier le registre des repr\u00e9sentations, ce qui est d\u2019ailleurs assez l\u00e9gitime puisque dans le fonctionnement de l\u2019analyse de l\u2019adulte et aussi de l\u2019enfant, c\u2019est ce que l\u2019on doit d\u00e9velopper. On a raison de le privil\u00e9gier, simplement il est important de voir que la motricit\u00e9 est aussi au service de la construction des satisfactions, et joue aussi son r\u00f4le dans la cr\u00e9ation et dans l\u2019\u00e9vocation des repr\u00e9sentations. Certaines personnes griffonnent en parlant et cela les aide \u00e0 parler, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il y a un minimum d\u2019activit\u00e9 d\u2019emprise motrice qui soutient la pens\u00e9e. La projection de <em>slides<\/em> si courante aujourd\u2019hui dans les conf\u00e9rences vise \u00e0 soutenir l\u2019attention de l\u2019auditeur en lui offrant une activit\u00e9 d\u2019emprise visuelle. Le succ\u00e8s de la bande dessin\u00e9e est li\u00e9 au m\u00eame m\u00e9canisme. De m\u00eame, dans le face \u00e0 face, pour certains patients, le fait d\u2019avoir une sorte d\u2019emprise sur le visage et sur les attitudes de leur analyste est quelque chose qui leur favorise l\u2019\u00e9vocation de tout un registre de repr\u00e9sentations. Il n\u2019y a pas forc\u00e9ment concurrence ou contradiction, il peut y avoir soutien r\u00e9ciproque&nbsp;; de m\u00eame que dans l\u2019activit\u00e9 qui consiste \u00e0 regarder une peinture, il y a des mouvements de la t\u00eate et des yeux, des mouvements du corps entier&nbsp;: on recule, on avance, on entre dans le tableau de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons&nbsp;; c\u2019est quelque chose que l\u2019on trouve chez Marion Milner, ce qu\u2019elle appelle \u201cle corps imaginaire\u201d, qui se d\u00e9place \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un espace fictif.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Votre mani\u00e8re de th\u00e9oriser la pulsion permet-elle de d\u00e9passer ce d\u00e9bat entre la position biologisante de la pulsion et la position psychisante de la pulsion&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Oui, je pense que c\u2019est un moyen de tenir compte du corps dans son ensemble et de consid\u00e9rer l\u2019investissement libidinal corporel qui finalement vient constituer cette articulation entre le corps et l\u2019esprit qu\u2019est la pulsion. La pulsion n\u2019est pas l\u2019instinct, elle est ce que le psychisme fait de l\u2019instinct. La critique faite \u00e0 la pulsion comme \u201cnotion biologisante\u201d tient \u00e0 cette confusion entre instinct et pulsion. De ce point de vue, les id\u00e9es de Jean Laplanche sont tr\u00e8s \u00e9clairantes&nbsp;; lorsqu\u2019il dit que l\u2019acquis de l\u2019enfance pr\u00e9c\u00e8de l\u2019inn\u00e9 de la pubert\u00e9, il souligne d\u2019une certaine fa\u00e7on cet \u00e9cart entre l\u2019instinct \u201cinn\u00e9\u201d et la pulsion \u00e9labor\u00e9e dans l\u2019histoire de la construction du psychisme \u00e0 partir de l\u2019investissement du fonctionnement corporel. La pulsion est l\u2019effet de la colonisation du corps par le psychisme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>On en arrive \u00e0 vos travaux plus r\u00e9cents sur l\u2019emprise, et votre rapport du congr\u00e8s de Rome qui \u00e9tait au c\u0153ur de vos travaux. Avez-vous \u00e9volu\u00e9 sur cette conception de l\u2019emprise&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: J\u2019en ai tir\u00e9 un certain nombre de cons\u00e9quences, en particulier une fa\u00e7on de pr\u00e9ciser le m\u00e9canisme de la r\u00e9pression. Le fait aussi que quand on essaie de trouver un mod\u00e8le de fonctionnement du psychisme ou des r\u00e9gimes de fonctionnements du psychisme, cette fa\u00e7on de voir am\u00e8ne \u00e0 opposer le fonctionnement imago\u00efque au fonctionnement repr\u00e9sentationnel. Quand le psychisme fonctionne avec un registre pulsionnel bien \u00e9labor\u00e9, on voit fonctionner des pulsions, du refoulement, des instances qui sont diff\u00e9renci\u00e9es (Moi, \u00c7a, Surmoi)&nbsp;; alors que quand l\u2019excitation est mal li\u00e9e, mal saisie dans le syst\u00e8me pulsionnel, &#8211; cela peut d\u2019ailleurs nous arriver \u00e0 tous de d\u00e9crocher par rapport \u00e0 notre syst\u00e8me pulsionnel ordinaire &#8211; nous fonctionnons avec de l\u2019excitation, de la r\u00e9pression de cette excitation, et des <em>imagos<\/em>, avec ce que celles-ci ont de dictatoriales et non pas de nuanc\u00e9es et divis\u00e9es comme c\u2019est le cas pour les instances (Surmoi paternel, Surmoi maternel, l\u2019id\u00e9al du Moi). Lorsque nous avons affaire \u00e0 une <em>imago<\/em>, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 quelque chose d\u2019extr\u00eamement contraignant, il faut se soumettre ou se d\u00e9mettre, il y a une esp\u00e8ce de dictature psychique. A partir de ce r\u00e9gime totalitaire il faut r\u00e9tablir une possibilit\u00e9 de d\u00e9bat interne, un \u201cth\u00e9\u00e2tre du Je\u201d, et \u00e0 partir du jeu retrouv\u00e9 des repr\u00e9sentations pourra se r\u00e9instaurer un investissement vivable du monde. On peut ainsi d\u00e9finir et opposer deux formes d\u2019espaces psychiques, l\u2019espace imago\u00efque et l\u2019espace transitionnel. L\u2019objet transitionnel est un objet du monde ext\u00e9rieur qui est investi \u00e0 l\u2019instar d\u2019un objet interne&nbsp;; il en est en somme le porteur ou le support&nbsp;; chose ext\u00e9rieure qui a sa contrepartie au c\u0153ur m\u00eame du psychisme, cette chose est la figuration tangible d\u2019un objet interne&nbsp;; pour ce qui est de l\u2019<em>imago<\/em>, c\u2019est, \u00e0 l\u2019inverse, un objet du monde interne qui se trouve plac\u00e9 presque en situation d\u2019ext\u00e9riorit\u00e9. Si bien que nous pouvons consid\u00e9rer d\u2019une part un espace transitionnel, localisation de l\u2019exp\u00e9rience culturelle dit Winnicott, et d\u2019autre part un espace imago\u00efque qui est en somme une partie de l\u2019esprit v\u00e9cue comme ext\u00e9rieure. Je pense que l\u2019on peut consid\u00e9rer un certain nombre de m\u00e9canismes du clivage du moi \u00e0 partir de cette conception. Il y a peu de temps, quelqu\u2019un m\u2019a fait remarquer que j\u2019utilisais assez peu la notion de clivage, je pense que c\u2019est assez vrai dans la mesure o\u00f9 la distinction de ces deux espaces et la prise en compte des deux composantes de la pulsion permet de voir le clivage de l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Vous avez associ\u00e9 ce concept d\u2019emprise \u00e0 d\u2019autres r\u00e9f\u00e9rents, par exemple&nbsp;: emprise et satisfaction &#8211; emprise, composante de la pulsion, travail du moi &#8211; emprise et s\u00e9duction. Est-ce que cela signifie que vous avez d\u00e9clin\u00e9 au fond les diff\u00e9rentes formes de l\u2019emprise, est-ce qu\u2019il y a une continuit\u00e9 entre ces diff\u00e9rentes formes&nbsp;? Diriez-vous aujourd\u2019hui par exemple que le plus int\u00e9ressant est repr\u00e9sent\u00e9 par le lien entre \u201cemprise\u201d et \u201cs\u00e9duction\u201d&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Le plus int\u00e9ressant peut-\u00eatre pas mais certainement central parce que la s\u00e9duction fait partie du jeu pulsionnel. Mais aussi parce que l\u2019emprise joue un r\u00f4le \u00e0 la fois dans la s\u00e9duction relationnelle, affective, amoureuse et dans la s\u00e9duction traumatique. Dans mon sch\u00e9ma, si on consid\u00e8re les \u00e9l\u00e9ments les plus simples, l\u2019emprise est ce qui consiste \u00e0 amener l\u2019objet ad\u00e9quat au contact direct du sujet de telle mani\u00e8re qu\u2019une exp\u00e9rience de satisfaction soit b\u00e2tie avec lui. Chez le nourrisson, par exemple, on voit tout de suite fonctionner emprise et s\u00e9duction. Ses moyens d\u2019emprise \u00e0 distance sont d\u2019abord ses cris et ses pleurs. Mais l\u2019expression de son d\u00e9sir d\u2019\u00eatre pris dans les bras est ressentie par tous comme s\u00e9duction. L\u2019exercice de ce pouvoir lui permet d\u2019obtenir la satisfaction souhait\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la s\u00e9duction amoureuse, c\u2019est un peu du m\u00eame ordre&nbsp;: elle passe, bien s\u00fbr, par la parole mais aussi par la sensorialit\u00e9, par le v\u00eatement, le maquillage, par l\u2019allure, la gestuelle, le comportement. Il y a toute une gamme de parades de monstration qui fait partie de la s\u00e9duction et qui a pour but effectivement d\u2019attirer l\u2019objet et de permettre un emprise crois\u00e9e, une emprise r\u00e9ciproque. Tous ces mouvements de la s\u00e9duction font partie du jeu pulsionnel. \u00c9videmment chaque mouvement s\u00e9ducteur est habit\u00e9 d\u2019un certain nombre de repr\u00e9sentations, tout cela est comme tiss\u00e9. Lorsque ce tissu se d\u00e9fait, lorsque la synergie entre le registre de l\u2019emprise (c\u2019est-\u00e0-dire le registre sensori-moteur) et le registre satisfaction\/repr\u00e9sentation (qui est tr\u00e8s li\u00e9 aux zones \u00e9rog\u00e8nes) ne fonctionne plus, l\u2019exp\u00e9rience de la satisfaction n\u2019est plus accessible et les efforts d\u2019emprise se poursuivent avidement mais sans fin. Il y en a un bon exemple dans Balzac&nbsp;: <em>La Duchesse de Langeais<\/em>, adapt\u00e9 au cin\u00e9ma il y a peu de temps, sous le titre <em>Ne touchez pas la hache<\/em> par Jacques Rivette. La Duchesse de Langeais s\u00e9duit un homme et le rend compl\u00e8tement amoureux, mais elle se refuse obstin\u00e9ment \u00e0 lui, au point que cet homme entre dans une esp\u00e8ce d\u2019escalade de l\u2019emprise, -de folie d\u2019emprise selon le mot de Jean Gillibert- il la fait enlever pour la fl\u00e9trir, la marquer au fer rouge, c\u2019est \u00e0 dire la poss\u00e9der malgr\u00e9 elle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Est-ce que vous voulez dire que dans l\u2019emprise, il y a aussi le registre de la possession&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Oui tout \u00e0 fait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Alors une question classique&nbsp;: emprise et ma\u00eetrise&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: La question est pos\u00e9e par Dorey. <em>Bem\u00e4chtigung<\/em> est le terme allemand dont la traduction par \u201cemprise\u201d, propos\u00e9e par Grunberger a \u00e9t\u00e9 reprise par Laplanche et Pontalis, tandis que <em>Bew\u00e4ltigung<\/em>, \u00e9galement utilis\u00e9 par Freud d\u00e9signe la ma\u00eetrise. Un des probl\u00e8mes est qu\u2019en anglais, Stratchey a traduit <em>Bem\u00e4chtigung<\/em> (emprise) par <em>mastery<\/em> (ma\u00eetrise) et a ainsi confondu les deux. La ma\u00eetrise, c\u2019est le r\u00e9sultat d\u2019une emprise dont le lien \u00e0 la satisfaction est bien assur\u00e9&nbsp;; si l\u2019on a la ma\u00eetrise de soi c\u2019est que l\u2019on a r\u00e9ussi \u00e0 tisser d\u2019une mani\u00e8re harmonieuse un certain nombre de pulsions dirig\u00e9es vers un certain nombre d\u2019objets et de pulsions dirig\u00e9es vers soi, c\u2019est que l\u2019on a organis\u00e9 un certain narcissisme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Donc vous faites bien de la ma\u00eetrise un mouvement plus \u00e9labor\u00e9&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Oui, un mouvement plus \u00e9labor\u00e9, aboutissant \u00e0 des formes de \u201csavoir faire\u201d. Mais cette conqu\u00eate est aussi le r\u00e9sultat d\u2019une forme d\u2019auto-emprise.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Dans un autre registre, vous soulevez la question du narcissisme avec un int\u00e9r\u00eat pour Kohut<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Mon int\u00e9r\u00eat pour Kohut provient de l\u2019histoire d\u2019une amiti\u00e9 tragiquement interrompue. Je ne m\u2019\u00e9tais pas tellement int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 Kohut, mais j\u2019avais lu son livre <em>Le Self<\/em>, et rencontr\u00e9 un certain nombre d\u2019id\u00e9es qui m\u2019\u00e9taient apparues int\u00e9ressantes, en particulier quand il dit que le sujet tient \u00e0 certains objets comme \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments manquants de sa propre structure psychique. Kohut a des formulations qui impliquent une perception tr\u00e8s profonde du fonctionnement de l\u2019esprit, c\u2019est un clinicien tout \u00e0 fait int\u00e9ressant. Comme directeur de la collection <em>Psychanalystes d\u2019au-jourd\u2019hui<\/em> je demande donc \u00e0 Agn\u00e8s Oppenheimer qui venait de publier son livre <em>Kohut et la psychologie du self<\/em> dans la collection de Laplanche aux PUF de r\u00e9aliser le volume <em>Heinz Kohut<\/em>. Elle accepte puis me t\u00e9l\u00e9phone peu avant No\u00ebl&nbsp;; elle me dit qu\u2019elle a fait un choix de textes et que c\u2019est \u00e0 partir de ce choix de textes qu\u2019elle fera le livre pour donner sa coh\u00e9rence \u00e0 l\u2019ensemble, puis nous bavardons de choses et d\u2019autres. Le 5 janvier j\u2019apprends sa mort brutale. Je propose \u00e0 Sylvie Faure-Pragier, s\u0153ur d\u2019Agn\u00e8s Oppenheimer, de l\u2019aider pour recevoir sur place les quelques patients d\u2019Agn\u00e8s qui n\u2019avaient pas pu \u00eatre pr\u00e9venus. Je me retrouve ainsi avec Sylvie Faure dans le bureau d\u2019Agn\u00e8s Oppenheimer&nbsp;; elle commence \u00e0 trier des papiers courants qu\u2019elle n\u2019avait pas pu se r\u00e9soudre \u00e0 toucher jusquel\u00e0 et tombe sur une enveloppe qui m\u2019\u00e9tait destin\u00e9e. \u201cVoici le choix de textes dont je t\u2019ai parl\u00e9, etc\u201d. L\u2019id\u00e9e&nbsp;: \u201cje vais faire son livre\u201d s\u2019est aussit\u00f4t impos\u00e9e \u00e0 moi. J\u2019ai ainsi pass\u00e9 mes vacances suivantes \u00e0 tenter de r\u00e9aliser un livre posthume, avec les notes d\u2019Agn\u00e8s Oppenheimer, son travail, ses articles et la correspondance de Kohut. C\u2019est ainsi que je me suis plong\u00e9 dans les conceptions du narcissisme de Kohut. Je m\u2019int\u00e9ressais aussi au narcissisme parce qu\u2019un des articles les plus aboutis de Freud c\u2019est, de mon point de vue, <em>Pour introduire le narcissisme<\/em>. On y voit d\u00e9j\u00e0 toute la m\u00e9tapsychologie presque achev\u00e9e, puisque, au terme pr\u00e8s, le Surmoi y est d\u00e9crit int\u00e9gralement, avant m\u00eame la deuxi\u00e8me topique, avant m\u00eame l\u2019article sur \u201cla d\u00e9composition\u201d de la personnalit\u00e9 psychique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Vous avez rassembl\u00e9 en 1991 un recueil de textes sur psychoth\u00e9rapie et psychanalyse. Quelle est aujourd\u2019hui votre point de vue sur ce sujet&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Ce recueil provient d\u2019un num\u00e9ro de la <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em> compos\u00e9 avec Claude Janin. J\u2019\u00e9tais \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 secr\u00e9taire scientifique de la SPP et j\u2019avais organis\u00e9 deux tables rondes sur \u201cpsychoth\u00e9rapie et psychanalyse\u201d parce que c\u2019\u00e9tait un sujet qu\u2019il me paraissait n\u00e9cessaire d\u2019aborder. Ensuite, \u00e0 partir de ces d\u00e9bats nous avons lanc\u00e9 un num\u00e9ro de la revue&nbsp;; le succ\u00e8s de notre entreprise nous a oblig\u00e9 a d\u00e9doubler le num\u00e9ro pr\u00e9vu en deux <em>Psychoth\u00e9rapie et id\u00e9al psychanalytique<\/em> d\u2019une part et <em>Psychanalyse et id\u00e9al th\u00e9rapeutique<\/em> d\u2019autre part. Ces deux num\u00e9ros vite \u00e9puis\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9s en un volume dans la collection <em>Quadrige<\/em> aux PUF en 2004.<\/p>\n\n\n\n<p>La question essentielle est celle-ci&nbsp;: qu\u2019est-ce qui sp\u00e9cifie le caract\u00e8re psychanalytique d\u2019une psychoth\u00e9rapie. Nous voyons bien qu\u2019il y a des psychoth\u00e9rapies tr\u00e8s nombreuses dont certaines ont un int\u00e9r\u00eat pragmatique tout \u00e0 fait incontestable, y compris quand elles sont sous-tendues par des th\u00e9ories bien courtes. Si l\u2019on prend l\u2019exemple des th\u00e9rapies cognitivo-comportementales, elles pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat pratique dans un certain nombre de cas. La question est plus du c\u00f4t\u00e9 de la psychoth\u00e9rapie psychanalytique et de ce qui la sp\u00e9cifie. Je pense que nous nous trouvons aujourd\u2019hui devant une difficult\u00e9 et un malaise par rapport \u00e0 la psychanalyse et au cadre psychanalytique lui-m\u00eame. Il me semble observer un mouvement de recul par rapport au cadre psychanalytique classique, voire m\u00eame une phobie de ce dispositif. Cela est li\u00e9, je crois, \u00e0 diff\u00e9rents facteurs&nbsp;: d\u2019abord parce que l\u2019on a une certaine d\u00e9ception par rapport \u00e0 des espoirs entretenus \u00e0 une \u00e9poque par rapport \u00e0 l\u2019analyse. Pendant toute une p\u00e9riode, on esp\u00e9rait que la psychanalyse gu\u00e9rirait les psychoses, que l\u2019on pourrait gu\u00e9rir les enfants autistes avec la psychanalyse, etc., en un mot, la psychanalyse comme panac\u00e9e. Il y a, de ce fait, un certain m\u00e9contentement par rapport \u00e0 la psychanalyse. L\u2019autre \u00e9l\u00e9ment, qui a peut-\u00eatre accentu\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne, c\u2019est que le terme de psychanalyse a \u00e9t\u00e9 galvaud\u00e9 et qu\u2019un certain nombre de pratiques r\u00e9put\u00e9es psychanalytiques n\u2019ont qu\u2019un rapport tr\u00e8s lointain avec l\u2019analyse au sens vrai du terme, et que ces pratiques-l\u00e0 ont grandement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9 l\u2019analyse. La psychanalyse peut aider \u00e0 comprendre des patients psychotiques, contribuer \u00e0 leur traitement et \u00e0 les faire progresser, mais, \u00e0 elle seule, ne gu\u00e9rit pas la psychose. D\u2019ailleurs, il reste \u00e0 trouver quelque chose qui gu\u00e9risse les grandes psychoses que l\u2019on soigne plus qu\u2019on ne les gu\u00e9rit. Je crois n\u00e9anmoins qu\u2019il est important de voir \u00e0 quel point le mod\u00e8le m\u00e9dical est inadapt\u00e9 \u00e0 la psychiatrie. Quand on trouve un vaccin, un anti-tuberculeux ou un antibiotique de qualit\u00e9, on peut faire dispara\u00eetre la maladie correspondante. En mati\u00e8re de psychiatrie, les anti-d\u00e9presseurs n\u2019ont en rien chang\u00e9 le nombre des suicides&nbsp;: la mortalit\u00e9 par suicide reste obstin\u00e9ment la m\u00eame malgr\u00e9 les anti-d\u00e9presseurs, et quant \u00e0 la morbidit\u00e9 d\u00e9pressive elle est sans doute \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame que du temps o\u00f9 il y avait les \u00e9lectrochocs et que du temps o\u00f9 il n\u2019y avait rien&nbsp;; seule l\u2019expression symptomatique est diff\u00e9rente. Je dirais que, incontestablement, les anti-d\u00e9presseurs rendent de grands services, mais ce n\u2019est pas du tout le m\u00eame genre de service que celui que peuvent rendre les vaccins, les antibiotiques, la trith\u00e9rapie, etc\u2026 La maladie psychiatrique se situe dans un autre espace.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Ce qui est int\u00e9ressant, c\u2019est que la psychanalyse, dans cette p\u00e9riode o\u00f9 elle a eu cette illusion de gu\u00e9rir, a presque paradoxalement \u00e9clair\u00e9 le mod\u00e8le m\u00e9dical sur la diff\u00e9rence entre soigner et gu\u00e9rir<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Dans un certain nombre de cas, une politique th\u00e9rapeutique heureusement conduite peut aboutir \u00e0 des r\u00e9sultats tout de m\u00eame extraordinairement pr\u00e9cieux, et de ce point de vue-l\u00e0 c\u2019est vrai que l\u2019approche ou l\u2019abord psychanalytique des sujets psychotiques ou gravement perturb\u00e9s leur apporte beaucoup et apporte beaucoup \u00e0 leur traitement. De toute fa\u00e7on on ne peut pas se passer de psychoth\u00e9rapie, l\u00e0 o\u00f9 il y a un prescripteur, il y a un psychoth\u00e9rapeute.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Votre position par rapport \u00e0 cette question \u201cpsychoth\u00e9rapie psychanalytique et psychanalyse\u201d (on ne parle pas des autres th\u00e9rapies), serait-elle de dire que la question se pose peut-\u00eatre autant du c\u00f4t\u00e9 du cadre psychanalytique que du c\u00f4t\u00e9 de ce qui est psychoth\u00e9rapique dans la psychanalyse&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Oui, en sachant que dans la situation analytique elle-m\u00eame, il y a des \u00e9l\u00e9ments non sp\u00e9cifiques qui sont extr\u00eamement pr\u00e9cieux. La question de fond est double&nbsp;: qu\u2019est-ce qui peut \u00eatre psychanalytique dans une psychoth\u00e9rapie&nbsp;? Et aussi qu\u2019est-ce qui sp\u00e9cifie une cure psychanalytique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Est-ce que vous diriez comme Marilia Aisenstein, qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 c\u2019est un vrai psychanalyste qui fait une psychoth\u00e9rapie, c\u2019est une psychanalyse&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Je suis tout \u00e0 fait d\u2019accord avec elle s\u2019il s\u2019agit de souligner qu\u2019un psychanalyste ne se d\u00e9fait pas de son \u00e9coute analytique comme on \u00f4te ses lunettes. Plus encore je pense qu\u2019un analyste qui, dans son propre esprit, fonctionne au niveau oedipien &#8211; j\u2019allais dire parle la langue de l\u2019oedipe &#8211; provoque chez son interlocuteur des effets de reconstitution du syst\u00e8me oedipien. En ce sens l\u00e0, si le psychoth\u00e9rapeute est analyste, et \u00e0 condition qu\u2019il parle cette langue-l\u00e0, oui il y aura quelques effets d\u2019analyse dans les psychoth\u00e9rapies qu\u2019il m\u00e8ne. Cependant, si l\u2019analyste prend d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le parti de faire une psychoth\u00e9rapie de soutien, il pourra le faire d\u2019une mani\u00e8re plus adroite, plus \u00e9clair\u00e9e, en devinant un peu les soubassements de ce qui peut \u00eatre touch\u00e9, ou ce qu\u2019il vaut mieux surtout ne pas toucher de son point de vue, mais ce qui proc\u00e8dera de cette attitude sera tr\u00e8s diff\u00e9rent de ce qu\u2019une entreprise analytique pourrait produire, \u00e0 supposer qu\u2019elle soit possible chez cette m\u00eame personne. Je pense que ce qui sp\u00e9cifie le caract\u00e8re analytique d\u2019une psychoth\u00e9rapie, c\u2019est la fa\u00e7on dont le transfert du patient sera compris, compr\u00e9hension qui conditionne toutes les interventions de l\u2019analyste&nbsp;; qui conditionne sa fa\u00e7on de r\u00e9agir \u00e0 d\u2019\u00e9ventuels <em>acting<\/em> du patient en s\u00e9ance ou dans sa vie. Il y a eu \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il y avait une esp\u00e8ce d\u2019id\u00e9al de l\u2019analyse et o\u00f9 l\u2019on consid\u00e9rait que rien d\u2019analytique ne pouvait appara\u00eetre en dehors de la cure type. Je pense que c\u2019est pour cela que Marilia Aisenstein a pris cette position de d\u00e9finir le caract\u00e8re analytique d\u2019une psychoth\u00e9rapie par le fait que le psychoth\u00e9rapeute soit analyste, et \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019il y a des psychanalyse en face \u00e0 face. Evelyne Kestemberg, qui fut notre ma\u00eetre commun, avait tendance \u00e0 beaucoup opposer psychoth\u00e9rapie et psychanalyse. D\u2019ailleurs on se faisait reprendre quand on \u00e9tait en supervision chez elle si on s\u2019\u00e9cartait de la ligne analytique&nbsp;; elle disait \u00e0 certains d\u2019entre nous \u201cce que vous faites l\u00e0 n\u2019est pas de la psychanalyse, c\u2019est une psychoth\u00e9rapie\u201d. Le divan ne d\u00e9finit pas la psychanalyse, mais, en g\u00e9n\u00e9ral, la dimension analytique est plus difficile \u00e0 d\u00e9velopper en dehors du cadre classique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Vous avez \u00e9crit un article sur \u201cLa m\u00e9moire en mouvement\u201d dans un recueil dirig\u00e9 par Andr\u00e9 Green, est-ce que cela rejoint une question l\u00e0 aussi contemporaine sur les neurosciences et la psychanalyse, est-ce que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une question qui vous pr\u00e9occupe beaucoup&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Non, pas particuli\u00e8rement, mais comme j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tout de m\u00eame neurologue, je reste int\u00e9ress\u00e9 par ces recherches mais elles rel\u00e8vent d\u2019une tout autre m\u00e9thodologie que la psychanalyse. Le d\u00e9veloppement des neurosciences est assez fascinant et m\u00eame passionnant \u00e0 observer, mais je crois que c\u2019est extr\u00eamement difficile pour les psychanalystes d\u2019en faire un usage, qu\u2019il s\u2019agisse des neurones miroir ou du rep\u00e9rage des cons\u00e9quences de la stimulation \u00e9lectrique des r\u00e9gions situ\u00e9es sous le corps de Luys, stimulation qui provoque imm\u00e9diatement des propos m\u00e9lancoliques chez le patient. La \u201cneuro-psychanalyse\u201d n\u2019a rien de commun avec la psychanalyse, le terme lui-m\u00eame accole deux termes qui n\u2019ont pas plus de rapport que R\u00e9aumur avec S\u00e9bastopol.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>pour vous, il n\u2019y aurait pas de possibilit\u00e9 de pont entre neurosciences et psychanalyse. Pensez-vous que ce soit vraiment deux \u00e9pist\u00e9mologies diff\u00e9rentes&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: En effet, ce sont deux \u00e9pist\u00e9mologies diff\u00e9rentes, extr\u00eamement int\u00e9ressantes, mais \u00e0 vouloir les combiner on arrive surtout \u00e0 brouiller les cartes. Il faut admettre que les analystes fonctionnent avec leur syst\u00e8me, la m\u00e9thode de la bo\u00eete noire&nbsp;: on ne sait pas comment l\u2019int\u00e9rieur est compos\u00e9, on voit ce qui rentre, on voit ce qui sort et on r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 son fonctionnement. L\u2019int\u00e9r\u00eat du cadre analytique, c\u2019est de r\u00e9duire au maximum les variables afin de mieux voir la part de chacun, la part de ce qu\u2019apporte l\u2019analyste et la part de ce qu\u2019apporte le patient, ce qui vient du patient. Disons que c\u2019est une m\u00e9thode \u00e0 laquelle nous sommes en fait condamn\u00e9s. Vouloir tirer des cons\u00e9quences psychanalytiques pratiques de donn\u00e9es venues des neurosciences est impossible car ces donn\u00e9es sont extraordinairement parcellaires et l\u2019analyse travaille sur des mouvements d\u2019id\u00e9es, des complexes de repr\u00e9sentations et d\u2019\u00e9motions associ\u00e9es, il y a des neurones d\u00e9finis comme \u201cneurones miroirs\u201d, mais il n\u2019y a pas de neurones du narcissisme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Je pensais plus \u00e0 la notion de traces mn\u00e9siques<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Oui, avec les diff\u00e9rents registres de la m\u00e9moire&nbsp;: la m\u00e9moire spontan\u00e9e, la m\u00e9moire au long cours, le fait qu\u2019il peut y avoir une dissociation entre les deux, etc\u2026 \u00c9videmment c\u2019est passionnant \u00e0 entendre, mais dans quelle mesure ne s\u2019agit-il pas de recherches elles-m\u00eames induites par les d\u00e9couvertes psychanalytiques&nbsp;? Il y a un certain nombre de chercheurs en neurosciences qui ont suivi pour eux-m\u00eame une analyse. Il y a une influence de la psychanalyse sur les neurosciences, mais il n\u2019y a pas de neuro-psychanalyse possible.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Vous \u00eates l\u2019\u00e9diteur de la collection \u201cPsychanalystes d\u2019aujourd\u2019hui\u201d. Est-ce que cette collection a beaucoup de sens pour vous&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Oui, l\u2019histoire des id\u00e9es a une grande importance pour la transmission de la psychanalyse de m\u00eame que l\u2019histoire de la physique est tr\u00e8s importante pour l\u2019enseignement de la physique. C\u2019est extr\u00eamement important de suivre le mouvement des id\u00e9es. C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9tat naissant que les id\u00e9es sont les plus claires et les plus int\u00e9ressantes, c\u2019est \u00e0 son origine qu\u2019elle est bonne \u00e0 prendre avant qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9form\u00e9e&nbsp;; rab\u00e2ch\u00e9e elle perd son efficacit\u00e9 et sa force. Alors la collection \u201cPsychanalystes d\u2019aujourd\u2019hui\u201d a \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e pour mettre le plus facilement possible, le plus grand nombre de gens possible, au contact d\u2019auteurs dont certains sont en pleine activit\u00e9 et d\u2019autres sont tr\u00e8s actuels bien qu\u2019un peu oubli\u00e9s. Il faut nous mettre au contact du mouvement de leur pens\u00e9e, avec \u00e0 la fois un r\u00e9cit de leur histoire et puis de quelques textes d\u2019eux caract\u00e9ristiques. Ma d\u00e9ception est que le public n\u2019a suivi que pour les grands noms.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>comment l\u2019expliquez-vous&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Je crois qu\u2019il y a plusieurs \u00e9l\u00e9ments&nbsp;: d\u2019une part, les gens lisent moins, d\u2019autre part, c\u2019est vrai que la psychanalyse est \u00e0 la mode au plan culturel mais moins \u00e0 la mode au plan de la psychiatrie, dans les facult\u00e9s de psychologie, etc\u2026 Peut-\u00eatre y a-t-il aussi un moindre int\u00e9r\u00eat pour la diversit\u00e9 et davantage la recherche d\u2019une esp\u00e8ce de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;; on voit successivement le succ\u00e8s de quelques pens\u00e9es qui deviennent h\u00e9g\u00e9moniques&nbsp;: Winnicott, Lacan, Bion, mais aussi de Green dont la pens\u00e9e a acquis une sorte de pr\u00e9pond\u00e9rance. Je crois que c\u2019est un peu dommage qu\u2019il y ait cette tendance \u00e0 se fixer sur un auteur plut\u00f4t que d\u2019aller r\u00e9fl\u00e9chir et d\u2019aller se frotter \u00e0 diff\u00e9rentes mani\u00e8res de pens\u00e9es. Un auteur comme Michel Fain est extr\u00eamement int\u00e9ressant, il a eu des id\u00e9es tout \u00e0 fait f\u00e9condes par rapport \u00e0 la p\u00e9riode de latence par exemple. J\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper l\u2019opposition qu\u2019il a propos\u00e9e entre <em>Eros<\/em> et <em>Ant\u00e9ros<\/em>&nbsp;: sexualit\u00e9 de groupe \/ sexualit\u00e9 de couple, c\u2019est passionnant de voir comment il a bien saisi cela, et d\u2019en suivre le fonctionnement dans les groupes humains. Beaucoup d\u2019auteurs ont eu ainsi des id\u00e9es neuves ou des fa\u00e7ons de comprendre l\u2019analyse qui permettent d\u2019aborder celle-ci autrement. L\u2019ambition de la collection est d\u2019en rendre compte. Pour le moment, la collection s\u2019est arr\u00eat\u00e9e avec le volume 40, <em>Harold Searles<\/em>, \u00e9crit par Victor Souffir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Auriez-vous quelque chose \u00e0 nous dire sur le biologisme&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Je ne suis pas compl\u00e8tement hostile, comme Jean Laplanche, au biologisme freudien, mais je suis f\u00e2ch\u00e9 avec la m\u00e9tabiologie de Freud c\u2019est-\u00e0-dire avec l\u2019introduction de la pulsion de mort. Laplanche parle de pulsion sexuelle de mort et je pense qu\u2019il a raison. Il fait remarquer \u00e0 juste titre qu\u2019il n\u2019y a pas de <em>destrudo<\/em> chez Freud, qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule \u00e9nergie psychique&nbsp;: la libido, et que la destructivit\u00e9 est un destin de la libido. Pour moi ce destin de la libido est entra\u00een\u00e9 par la dissociation de l\u2019emprise par rapport \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de satisfaction. L\u2019emprise coup\u00e9e de son but entra\u00eene toute la libido disponible dans sa course et d\u00e9truit tout sur son passage. La mort des protistes ou l\u2019apoptose, mort programm\u00e9e de cellules qui assure la \u201csculpture le vivant\u201d selon l\u2019expression de Ameisen, n\u2019ont rien \u00e0 voir avec les pulsions ni avec le psychisme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Une question sur \u201c\u00e9thique et psychanalyse\u201d<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Il est tr\u00e8s important d\u2019\u00eatre modeste devant la m\u00e9thode. La d\u00e9sillusion que nous \u00e9voquions tout \u00e0 l\u2019heure par rapport au pouvoir de la psychanalyse n\u2019en diminue pas pour autant les v\u00e9ritables possibilit\u00e9s. Le pouvoir de la psychanalyse est grand, elle permet par exemple \u00e0 un individu une reprise du d\u00e9veloppement de son psychisme, un enrichissement de son monde int\u00e9rieur, cela reste absolument unique et irrempla\u00e7able. Il me semble que les d\u00e9rapages \u00e9thiques viennent toujours d\u2019une esp\u00e8ce d\u2019immodestie par rapport \u00e0 la m\u00e9thode et que d\u2019une certaine mani\u00e8re il faut avoir une \u00e9thique de la m\u00e9thode. Il y a, bien entendu, des fautes \u00e9thiques qui viennent de la pathologie de l\u2019analyste, pathologie durable ou pathologie plus transitoire d\u2019un analyste, par exemple, qui se d\u00e9prime et devient s\u00e9ducteur compulsif de patientes&nbsp;; ces histoires sont tragiques pour les patients mais dommageables aussi pour les analystes fautifs qui s\u2019y perdent. Mais beaucoup de d\u00e9rapages viennent du fait que l\u2019analyste n\u2019a plus assez foi dans sa m\u00e9thode et aussi qu\u2019il veut faire autre chose de plus salvateur, ou de plus rapide, ou de plus \u00e9nergique\u2026. L\u2019analyste revient alors \u00e0 la suggestion directe, \u00e0 l\u2019analyse mutuelle, il se met \u00e0 vouloir agir directement, \u00e0 faire de l\u2019haptonomie ou je ne sais quoi. Au nom des actions parlantes, au nom du winnicottisme, etc., on s\u2019engage dans quelque chose qui perd toute signification psychanalytique et engage le patient dans une relation o\u00f9 l\u2019\u00e9laboration psychique de ses conflits devient impossible et l\u2019asservit \u00e0 son analyste qu\u2019il y ait ou non abus sexuel. Le d\u00e9rapage initial se situe par rapport \u00e0 la m\u00e9thode elle m\u00eame&nbsp;; c\u2019est pourquoi il est tr\u00e8s important de respecter notre c\u0153ur de m\u00e9thode et le cadre qui en fait partie. Il y a, par exemple, actuellement une sorte de conformisme qui pr\u00f4ne \u201cla souplesse du cadre\u201d, et c\u2019est tr\u00e8s pr\u00e9occupant car un cadre n\u2019est pas fait pour \u00eatre souple mais pour donner des rep\u00e8res et c\u2019est ce qui permet la cr\u00e9ativit\u00e9. C\u2019est parce qu\u2019on fixe le cadre et qu\u2019on le maintient qu\u2019on peut \u00eatre cr\u00e9atif sur le plan interpr\u00e9tatif. La parole ne peut \u00eatre libre que parce que pr\u00e9cis\u00e9ment le cadre est gard\u00e9. Un cadre souple introduit la toute puissance de l\u2019analyste et comporte une dimension agie&nbsp;; par exemple si un analyste se met \u00e0 ne pas faire payer certaines s\u00e9ances manqu\u00e9es du fait d\u2019une raison qui serait \u201cbonne\u201d, l\u2019analyste se pose en juge des bonnes et mauvaises raisons, et l\u2019analyste proprement dite ne devient plus possible. Le cadre est le garant de la m\u00e9thode.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Comment verriez-vous la place des institutions dans la psychanalyse, et les institutions ont-elles jou\u00e9 leur r\u00f4le ou parfois ont-elles failli&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: La difficult\u00e9 aussi dans une institution est de rester modeste et de maintenir une politique centr\u00e9e sur le c\u0153ur de m\u00e9thode qui est l\u2019analyse proprement dite. A un moment donn\u00e9, pour des raisons de conjoncture politique, du fait de la question pos\u00e9e par l\u2019apparition possible d\u2019un statut de psychoth\u00e9rapeute, la <em>Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris<\/em> a envisag\u00e9 une formation \u00e0 la psychoth\u00e9rapie&nbsp;; en soi ce n\u2019est pas forc\u00e9ment une mauvaise id\u00e9e \u00e0 condition de pouvoir tout faire et de ne pas s\u2019\u00e9loigner de notre c\u0153ur de m\u00e9tier&nbsp;: enseigner d\u2019abord la pratique de l\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Et pourtant au niveau international, une grande majorit\u00e9 des institutions psychanalytiques forment \u00e0 la psychoth\u00e9rapie<\/em>. <br><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: C\u2019est vrai, mais est-ce qu\u2019on forme d\u2019une mani\u00e8re directe ou indirecte&nbsp;? Il faut constater qu\u2019il y a eu un exc\u00e8s d\u2019exigences dans certaines institutions psychanalytiques o\u00f9 les conditions de formations \u00e0 l\u2019analyse \u00e9taient extr\u00eamement contraignantes, tellement que ceux qui ne pouvaient s\u2019y soumettre faisaient des analyses personnelles dans des conditions qui ne leur permettaient pas l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la formation de psychanalyste. Ils cherchaient alors \u00e0 devenir psychoth\u00e9rapeutes, obtenant des supervisions priv\u00e9es de psychanalystes renomm\u00e9s. Le cas le plus typique a \u00e9t\u00e9 celui de la <em>British Society<\/em> o\u00f9 il fallait 5 s\u00e9ances par semaine d\u2019analyse, \u00e0 jours s\u00e9par\u00e9s, ce qui interdisait pratiquement \u00e0 quiconque habitant en dehors de Londres de faire une analyse. Les gens qui avaient besoin d\u2019une analyse venaient \u00e0 Londres trois fois par semaine, et quelquefois ils regroupaient deux s\u00e9ances sur une journ\u00e9e. Devenus psychoth\u00e9rapeutes ils ont form\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 de psychoth\u00e9rapie psychanalytique. Trop d\u2019exigence finit par tuer l\u2019exigence.<br><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Finalement n\u2019\u00eates-vous pas quelqu\u2019un qui a une conviction profonde sur l\u2019effet de la m\u00e9thode&nbsp;?<\/em><br><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: Oui, tout \u00e0 fait, la m\u00e9thode est un pilier fondamental et c\u2019est tellement vrai que la psychanalyse ne se serait pas d\u00e9velopp\u00e9e s\u2019il n\u2019y avait pas eu un respect de la m\u00e9thode.<br><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Il pourrait appara\u00eetre une contradiction dans ce que vous dites par rapport aux autres \u00e2ges de la vie, ce que vous dites l\u00e0 c\u2019est quand m\u00eame essentiellement par rapport \u00e0 l\u2019adulte. Comment peut-on se sentir psychanalyste en face d\u2019un b\u00e9b\u00e9&nbsp;?<\/em><br><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: On est l\u00e0 dans le registre qu\u2019indiquait Marilia Aisenstein, c\u2019est-\u00e0-dire que c\u2019est la qualit\u00e9 de l\u2019analyste et son \u00e9coute qui le situent en face d\u2019un b\u00e9b\u00e9. Le cadre est naturellement fix\u00e9 par le rythme des rencontres mais surtout par la perception, par l\u2019analyste du registre de son action&nbsp;: comprendre et interpr\u00e9ter. Un analyste en face du trio p\u00e8re-m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9, ou de l\u2019ensemble m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9, s\u2019il parle le langage de l\u2019oedipe et du syst\u00e8me repr\u00e9sentationnel, soutiendra la vie psychique de la m\u00e8re, et diminuera de ce fait les r\u00e9ponses agies vides de contenu ou inspir\u00e9es par un contenu parasite. Les m\u00e8res passent leur temps \u00e0 donner \u00e0 leur b\u00e9b\u00e9 des r\u00e9ponses agies, simplement celles-ci sont inspir\u00e9es par un fantasme, par une repr\u00e9sentation&nbsp;; \u201cmon b\u00e9b\u00e9 a besoin que je le prenne dans les bras, que je lui raconte une petite histoire\u201d&nbsp;; il y a un sc\u00e9nario et la r\u00e9ponse joue le sc\u00e9nario. Je crois que dans beaucoup de ph\u00e9nom\u00e8nes pathologiques entre m\u00e8re et enfant, la g\u00eane est introduite par un certain nombre de fantasmes parasites. Le mod\u00e8le de la colique des 3 mois, telle que l\u2019a d\u00e9crite Michel Soul\u00e9, est de ce point de vue-l\u00e0 tr\u00e8s parlant puisque, quand on arrive \u00e0 permettre \u00e0 une femme de faire quelque chose de ses fantasmes agressifs \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son b\u00e9b\u00e9 au lieu de les inhiber et de se sentir compl\u00e8tement paralys\u00e9e dans ses gestes, la colique des 3 mois cesse. La m\u00e9thode est ici l\u2019\u00e9laboration des fantasmes agressifs de la m\u00e8re, leur interpr\u00e9tation si l\u2019on veut&nbsp;; le cadre n\u2019est que le moyen de la m\u00e9thode, le cadre peut \u00eatre vide&nbsp;; s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019interpr\u00e8te dans le cadre, il n\u2019y a pas d\u2019analyse, il faut les deux.<br><strong>Alain Braconnier<\/strong>&nbsp;: <em>Comment diriez-vous \u00e0 un jeune psychologue ou \u00e0 un jeune psychiatre en quoi c\u2019est important une psychanalyse&nbsp;?<\/em><br><strong>Paul Denis<\/strong>&nbsp;: J\u2019aurais tendance \u00e0 leur dire ce que m\u2019a dit un jour Ren\u00e9 Held&nbsp;: \u201cvous savez, le fait d\u2019\u00eatre interne, toute votre neurologie, \u00e7a ne vous permettra pas de lire en double lecture ce qui se d\u00e9roule dans la t\u00eate de votre patient\u201d. Si l\u2019on n\u2019a pas v\u00e9cu l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019analyse, si l\u2019on n\u2019a pas l\u2019exp\u00e9rience de la cure comme analyste, m\u00eame si l\u2019on n\u2019en fait pas uniquement son m\u00e9tier, je crois qu\u2019il n\u2019est pas possible de s\u2019imaginer le monde int\u00e9rieur d\u2019un patient et le jeu de forces qui s\u2019y d\u00e9roule. En psychologie et en psychiatrie, on a trop tendance \u00e0 voir les choses de l\u2019ext\u00e9rieur, selon le mod\u00e8le m\u00e9dical qui conduit \u00e0 donner des r\u00e9ponses m\u00e9dicales, des r\u00e9ponses agies qui ne sont pas inspir\u00e9es par une vraie compr\u00e9hension de ce que vit la personne qui a besoin d\u2019aide.<br>C\u2019est le v\u00e9cu de la cure analytique, en effet, qui compte. Le complexe d\u2019oedipe, intellectuellement, cela s\u2019explique en 5 minutes, l\u2019interlocuteur peut ou non l\u2019admettre, mais de l\u00e0 \u00e0 en mesurer l\u2019importance dans la construction du psychisme, \u00e0 le voir fonctionner dans une s\u00e9ance d\u2019analyse ou dans un entretien, c\u2019est une autre affaire. La psychanalyse implique un engagement avec les patients, pas une \u201cprise en charge\u201d, un engagement personnel <em>sine die<\/em>. C\u2019est parce qu\u2019il faut s\u2019engager que beaucoup reculent devant l\u2019analyse, que ce soit devant l\u2019entreprise d\u2019une psychanalyse personnelle ou dans l\u2019exercice de la psychanalyse.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9572?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u25a0 Psychiatre, psychanalyste, membre formateur de la Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris.\u25a0 A re\u00e7u le Prix Maurice Bouvet en 1990Ouvrages&nbsp;:\u25a0 Emprise et satisfaction, les deux formants de la pulsion, Le Fils Rouge, PUF, 1997\u25a0 Sigmund Freud 1905-1920, Psychanalystes d\u2019aujourd\u2019hui, PUF, 2000\u25a0&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15569,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1393],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[894],"type_article":[454],"check":[2023],"class_list":["post-9572","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","auteur-alain-braconnier","mode-payant","revue-894","type_article-entretien","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9572","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9572"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9572\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15283,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9572\/revisions\/15283"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15569"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9572"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9572"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9572"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9572"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9572"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9572"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9572"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9572"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9572"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}