{"id":9474,"date":"2021-08-22T07:30:04","date_gmt":"2021-08-22T05:30:04","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/castration-au-feminin-castration-au-masculin-dans-le-devenir-mere-et-pere-2\/"},"modified":"2021-09-16T12:28:49","modified_gmt":"2021-09-16T10:28:49","slug":"castration-au-feminin-castration-au-masculin-dans-le-devenir-mere-et-pere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/castration-au-feminin-castration-au-masculin-dans-le-devenir-mere-et-pere\/","title":{"rendered":"Castration au f\u00e9minin, castration au masculin dans le devenir m\u00e8re et p\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p>Notre propos, centr\u00e9 autour de la p\u00e9rinatalit\u00e9, rend compte d\u2019un dialogue inaugur\u00e9 autour d\u2019un travail de th\u00e8se &#8211; men\u00e9 par Jessica Shulz et dirig\u00e9 par Sylvain Missonnier &#8211; et poursuivi \u00e0 l\u2019occasion du s\u00e9minaire en dialogue du <em>Thema<\/em> \u00ab&nbsp;Exp\u00e9riences du corps&nbsp;\u00bb qui a eu lieu en f\u00e9vrier 2017. Nous avions alors propos\u00e9 une pr\u00e9sentation construite \u00e0 partir de nos deux propos se r\u00e9pondant autour du th\u00e8me de la bisexualit\u00e9 psychique et plus sp\u00e9cifiquement de la castration au f\u00e9minin et au masculin dans le devenir m\u00e8re et p\u00e8re. C\u2019est donc en gardant l\u2019essence de ce dialogue que nous proposons un mat\u00e9riel s\u2019inscrivant dans deux registres&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9 issu d\u2019une recherche de doctorat (Shulz, 2016), concernant la grossesse et le devenir d\u2019un enfant n\u00e9 apr\u00e8s une interruption m\u00e9dicale de grossesse (IMG). Il s\u2019agit alors d\u2019entretiens semi-structur\u00e9s avec des femmes enceintes \u00e0 la suite d\u2019une IMG que nous avons re\u00e7ues \u00e0 trois reprises durant la grossesse pendant environ 1h30. Ce sont donc des donn\u00e9es particuli\u00e8res car il ne s\u2019agit pas de mat\u00e9riel analytique ni m\u00eame de consultation bien qu\u2019il s\u2019en approche davantage mais bien d\u2019entretiens de recherche. N\u00e9anmoins la construction du guide d\u2019entretien ainsi que sa mall\u00e9abilit\u00e9 laissaient la place dans une certaine mesure \u00e0 l\u2019association libre et nous pourrons tout de m\u00eame avoir acc\u00e8s \u00e0 un certain nombre de fantasmes nous permettant d\u2019\u00e9clairer ce que nous nous sommes propos\u00e9s d\u2019approfondir aujourd\u2019hui\u00a0: le complexe de castration dans le devenir m\u00e8re au travers du cas particulier de la perte du b\u00e9b\u00e9 pendant la grossesse.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, nous serons face \u00e0 du mat\u00e9riel issu d\u2019une clinique de psychologue en maternit\u00e9 et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u2019une consultation th\u00e9rapeutique avec un devenant p\u00e8re pendant la grossesse. Dans un contexte o\u00f9 les p\u00e8res \u00ab\u00a0n\u00e9vrotico-normaux\u00a0\u00bb sont d\u00e9laiss\u00e9s et ceux qui pr\u00e9sentent une souffrance psychique ignor\u00e9e, Sylvain Missonnier a mis en place il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9e un groupe mensuel ouvert dit des \u00ab\u00a0Apprentis papas\u00a0\u00bb \u00e0 la maternit\u00e9 de Versailles pour leur offrir un lieu d\u2019expression et d\u2019\u00e9laboration de cette m\u00e9tamorphose. Le p\u00e8re dont il sera question est venu en consultation th\u00e9rapeutique \u00e0 l\u2019issue d\u2019un passage dans ce groupe. Depuis Winnicott en passant par Lebovici, l\u2019art de la consultation th\u00e9rapeutique oscille entre potentialit\u00e9s th\u00e9rapeutiques et modestie des objectifs en regard de ce que l\u2019on pourra envisager de plus ambitieux dans le cadre d\u2019une psychoth\u00e9rapie ou une cure au long cours. Mais c\u2019est aussi un incroyable laboratoire o\u00f9 apparaissent parfois avec un \u00e9clat in\u00e9dit des mat\u00e9riaux psychiques profond\u00e9ment refoul\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous allons donc converser sur la castration au f\u00e9minin et au masculin dans le devenir m\u00e8re et p\u00e8re en s\u00e9parant, dans un premier temps, ce qui concerne l\u2019une et ce qui concerne l\u2019autre, puis nous conclurons en dialectisant cette probl\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jessica Shulz<\/strong>&nbsp;: La loi a permis en 1975 en France, en cas de diagnostic avant la naissance de l\u2019enfant de maladies ou malformations graves et incurables, d\u2019avoir le choix d\u2019interrompre la grossesse quel que soit le terme, ce qui est appel\u00e9 aujourd\u2019hui interruption m\u00e9dicale de grossesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme souvent, ce sont les situations en n\u00e9gatif, qui cristallisent et mettent en avant des processus psychiques pr\u00e9sents en sourdine dans le tout-venant. Apr\u00e8s une explicitation plus th\u00e9orique qui nous permettra notamment de distinguer angoisse et complexe de castration et ainsi de rappeler les sp\u00e9cificit\u00e9s f\u00e9minines du complexe, je vous pr\u00e9senterai Mme J.<\/p>\n\n\n\n<p>Avoir ou ne pas avoir&nbsp;? chez Freud, c\u2019est autour de cette question que s\u2019organise la castration. Avoir ou ne pas avoir le p\u00e9nis ou avoir ou ne pas avoir le phallus. Freud utilise peu le terme de phallus, et m\u00eame si dans le d\u00e9veloppement psychosexuel et dans la th\u00e9orie freudienne la distinction entre le p\u00e9nis, objet de la r\u00e9alit\u00e9, et le phallus, objet du fantasme, appara\u00eet nettement, il n\u2019en reste pas moins que l\u2019entrem\u00ealement constant de la r\u00e9alit\u00e9 et du fantasme complique la mise en pens\u00e9e du complexe de castration et notamment de l\u2019axe de l\u2019angoisse de castration chez la femme. En effet, c\u2019est lorsque petite fille, elle d\u00e9couvre l\u2019absence de p\u00e9nis qu\u2019elle se d\u00e9tourne de l\u2019amour pour sa m\u00e8re, alors consid\u00e9r\u00e9e ch\u00e2tr\u00e9e elle aussi, qui n\u2019a pas su lui donner l\u2019organe, pour se diriger vers le p\u00e8re autour du fantasme d\u2019envie du p\u00e9nis. Seulement, en 1917, dans <em>Les transpositions de la pulsion, en particulier, de l\u2019\u00e9rotisme anal<\/em>, Freud ne d\u00e9finit plus uniquement l\u2019envie du p\u00e9nis comme le d\u00e9sir de poss\u00e9der un p\u00e9nis comme le gar\u00e7on, mais y indique \u00e9galement le d\u00e9sir d\u2019enfant au travers de l\u2019\u00e9quivalence p\u00e9nis-enfant sur laquelle nous reviendrons. Jones a alors tent\u00e9 de lever l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 autour de l\u2019expression \u00ab&nbsp;envie du p\u00e9nis&nbsp;\u00bb en en distinguant trois aspects&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Le d\u00e9sir d\u2019acqu\u00e9rir un p\u00e9nis, habituellement en l\u2019avalant, et de le retenir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du corps souvent en l\u2019y transformant en un enfant&nbsp;;<\/li><li>Le d\u00e9sir de poss\u00e9der un p\u00e9nis dans la r\u00e9gion clitoridienne&nbsp;;<\/li><li>Le d\u00e9sir adulte de jouir d\u2019un p\u00e9nis dans le co\u00eft.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Comme le rappellent fort bien Laplanche et Pontalis, la conception psychanalytique de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine tend \u00e0 d\u00e9crire quelles sont les voies et les \u00e9quivalences qui relient ces trois aspects qui n\u2019ont donc nullement \u00e0 \u00eatre pris isol\u00e9ment l\u2019un de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019envie du p\u00e9nis est un des aspects du complexe de castration que Green d\u00e9finit comme un \u00ab&nbsp;ensemble r\u00e9unissant la th\u00e9orie sexuelle infantile relative au sexe f\u00e9minin &#8211; donc la diff\u00e9rence des sexes envisag\u00e9e du point de vue anatomique avec ses cons\u00e9quences psychiques (la m\u00e8re comme \u00eatre ch\u00e2tr\u00e9, le p\u00e8re comme castrateur) &#8211; la sc\u00e8ne, la menace, ou angoisse de castration, les d\u00e9fenses suscit\u00e9es par l\u2019angoisse de castration (refoulement, d\u00e9ni, clivage), les syndromes \u00e9lectifs suscit\u00e9s par l\u2019organisation psychique \u00e9labor\u00e9e plus ou moins directement autour de cette angoisse&nbsp;\u00bb (Green, 2010).<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Freud, l\u2019angoisse de castration ne peut avoir cours chez la fille puisque lorsqu\u2019elle prend conscience de la diff\u00e9rence des sexes, elle prend \u00e0 la fois connaissance du manque&nbsp;: elle n\u2019a pas. M\u00e9lanie Klein d\u00e9ment cette affirmation. Pour elle, l\u2019angoisse de castration reste bien pr\u00e9sente mais se dirige vers les organes internes. Si pour Freud, le vagin n\u2019est d\u00e9couvert qu\u2019\u00e0 l\u2019adolescence, de nombreuses autres auteures ont indiqu\u00e9 que cette d\u00e9couverte a lieu bien plus pr\u00e9cocement. La menace de castration est bel et bien pr\u00e9sente concernant l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, la p\u00e9n\u00e9tration, et la blessure potentiellement engendr\u00e9e par cette p\u00e9n\u00e9tration. Le sang menstruel pouvant en apr\u00e8s-coup identifier sexe f\u00e9minin et blessure f\u00e9minine. L\u2019id\u00e9e d\u2019avoir le p\u00e9nis \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi faisant dire \u00e0 Green que la d\u00e9couverte de la diff\u00e9rence des sexes am\u00e8ne la fille \u00e0 penser un \u00ab&nbsp;en plus&nbsp;\u00bb tandis que le gar\u00e7on craint le \u00ab&nbsp;en moins&nbsp;\u00bb. D\u2019un point de vue plus symbolique, l\u2019angoisse de castration porte sur le phallus et la question de \u00ab&nbsp;l\u2019avoir ou ne pas l\u2019avoir&nbsp;\u00bb peut alors \u00eatre pens\u00e9e aussi pour la femme. D\u2019autant plus pendant la grossesse. En effet, l\u2019investissement narcissique de la grossesse et du ventre enceint (je ne parle pas l\u00e0 de l\u2019investissement narcissique du b\u00e9b\u00e9 mais bien celui de la grossesse), vient rappeler l\u2019investissement narcissique du gar\u00e7on \u00e0 l\u2019\u00e9gard du p\u00e9nis qu\u2019il craint de se voir sectionner. La crainte de voir la poche \u00e0 b\u00e9b\u00e9 ab\u00eem\u00e9e, ou de perdre le b\u00e9b\u00e9 qui y est contenu marque une forme typiquement f\u00e9minine de l\u2019angoisse de castration. L\u2019angoisse de perte de l\u2019enfant en tant qu\u2019\u00e9quivalent phallique est donc une figure de l\u2019angoisse de castration f\u00e9minine comme le met en avant Catherine Chabert par la repr\u00e9sentation de l\u2019enfant mort qui figure la castration f\u00e9minine et le fantasme de passivit\u00e9 totale. \u00ab&nbsp;L\u2019enfant mort serait une repr\u00e9sentation limite de la perte m\u00e9lancolique. Il repr\u00e9senterait l\u2019inimaginable exc\u00e8s de la passivit\u00e9 par la n\u00e9gation de ses sources pulsionnelles et d\u00e9sirantes. Il serait le n\u00e9gatif du fantasme de retour au sein maternel et son seul affect assignable serait le d\u00e9sespoir.&nbsp;\u00bb (Chabert, 2016, p. 94). La figure de l\u2019enfant mort condense la perte et le ch\u00e2timent de l\u2019infanticide. Elle est \u00e0 la fois perte m\u00e9lancolique, passivit\u00e9, et produit du contre-investissement de cette passivit\u00e9 absolue. Si la figure de l\u2019enfant mort est un fantasme, lorsque la r\u00e9alit\u00e9 fait effraction, comment penser le complexe de castration&nbsp;? Comment une femme qui d\u00e9cide d\u2019interrompre sa grossesse du fait d\u2019une pathologie f\u0153tale est-elle confront\u00e9e \u00e0 l\u2019angoisse de castration&nbsp;? C\u2019est ce que nous verrons au travers d\u2019un cas clinique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sylvain Missonnier<\/strong>&nbsp;: Depuis de nombreuses ann\u00e9es, je suis frapp\u00e9 par la maltraitance ordinaire en direction des p\u00e8res \u00e0 la maternit\u00e9 o\u00f9 souvent rien et, dans le meilleur des cas pas grand-chose, n\u2019est fait pour les accueillir. Uniquement per\u00e7us comme dans leur fonction de soutien potentiel de la m\u00e8re, le consid\u00e9rable chantier psychique du (re)devenir p\u00e8re est rarement reconnu.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, l\u2019institution Maternit\u00e9 avec un M majuscule est, en termes de r\u00e9alit\u00e9 psychique, un lieu o\u00f9 r\u00e8gne le plus souvent sans partage la M\u00e8re archa\u00efque toute puissante dont la force phallique conceptrice s\u00e8me l\u2019effroi chez de nombreux (re)devenant papas violemment confront\u00e9s \u00e0 leur statut d\u2019ex petit Hans priv\u00e9 &#8211; castr\u00e9 &#8211; de poche \u00e0 b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois n\u2019est pas coutume, il s\u2019agit l\u00e0 chez l\u2019homme d\u2019une forme de castration \u00ab&nbsp;interne&nbsp;\u00bb qui ne porte pas sur \u00ab&nbsp;ce qui d\u00e9passe&nbsp;\u00bb, pour parler comme un enfant. Je vais ici \u00e9voquer ce que Freud nomme pour le petit Hans le \u00ab&nbsp;complexe de grossesse&nbsp;\u00bb (Freud, 1909).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une traduction toujours singuli\u00e8re, la principale caract\u00e9ristique des repr\u00e9sentations \u00e0 cet \u00e9gard, est la force du refoulement dont elles sont habituellement l\u2019objet et l\u2019opportunit\u00e9 que repr\u00e9sente la travers\u00e9e de la p\u00e9rinatalit\u00e9 pour en symboliser plus avant la conflictualit\u00e9 inconsciente. Pour le meilleur et pour le pire, la \u00ab&nbsp;transparence psychique&nbsp;\u00bb (Bydlowski, 1991, 2001) du processus de devenir p\u00e8re en met en \u0153uvre, en effet, une amplification transitoire qui aboutit \u00e0 une partition complexe de possibles symbolisations, comme de potentiels renforcements radicaux des strat\u00e9gies d\u00e9fensives \u00e0 cet endroit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jessica Shulz<\/strong> <em>(r\u00e9cit clinique)<\/em>&nbsp;: Pour Green (2010), l\u2019enfant comble les d\u00e9sirs et les aspirations phalliques de la m\u00e8re. Quel que soit son sexe, il est le symbole du p\u00e9nis de la m\u00e8re. La mani\u00e8re qu\u2019aura la m\u00e8re de vivre son rapport au p\u00e9nis aura une influence inductrice sur la sexualit\u00e9 de la petite fille, \u00e0 un \u00e2ge tr\u00e8s pr\u00e9coce. Nous pouvons ajouter que cet aspect se retrouve \u00e9galement au moment du devenir m\u00e8re concernant le v\u00e9cu de la grossesse et de l\u2019enfant en tant qu\u2019\u00e9quivalent phallique. Mme J. est l\u2019a\u00een\u00e9e de la fratrie, ses parents sont porteurs d\u2019un handicap dont elle a fait son m\u00e9tier. Elle d\u00e9crit sa relation \u00e0 sa m\u00e8re comme tr\u00e8s fusionnelle. \u00catre la meilleure, la plus belle, celle qui comble les d\u00e9sirs et aspirations de sa m\u00e8re, voil\u00e0 le mandat que Mme J. doit suivre et auquel elle r\u00e9pond apr\u00e8s l\u2019IMG&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je devais aller mieux m\u00eame si au fond de moi j\u2019\u00e9tais d\u00e9truite. Il faut faire bonne figure. Je suis une personne tr\u00e8s souriante donc il ne fallait pas d\u00e9grader cette image&nbsp;\u00bb. Lors de sa premi\u00e8re grossesse, elle fait une fausse couche pr\u00e9coce. Cette fausse couche la blesse profond\u00e9ment et entra\u00eene une d\u00e9pression pendant deux ann\u00e9es au cours desquelles elle ne supporte pas l\u2019id\u00e9e d\u2019une nouvelle grossesse. Le sentiment d\u2019\u00e9chec peut non seulement \u00eatre rapport\u00e9 aux aspects narcissiques de son fonctionnement psychique, \u00e0 la honte, mais \u00e9galement aux fantasmes et angoisses de castration. Mme J. est aux yeux de sa m\u00e8re \u00ab&nbsp;forte, la meilleure, la plus belle&nbsp;\u00bb, mais elles sont tr\u00e8s fusionnelles, elle insiste plusieurs fois sur ce point. Comme contre-investissement de la rivalit\u00e9 et de la d\u00e9ception, probablement trop culpabilisatrice face \u00e0 une m\u00e8re porteuse de handicap&nbsp;? Handicap qui n\u2019est d\u2019ailleurs jamais \u00e9voqu\u00e9 au cours des entretiens et que je n\u2019ai su qu\u2019au travers de la psychiatre qui la suit suite \u00e0 l\u2019IMG. Porter un b\u00e9b\u00e9 c\u2019est fantasmatiquement se d\u00e9tourner de la m\u00e8re pour avoir un b\u00e9b\u00e9-\u00e9quivalent phallique de la part du p\u00e8re. Si l\u2019on accepte l\u2019id\u00e9e de l\u2019existence d\u2019une angoisse de castration chez la femme, c\u2019est craindre alors la possible vengeance castratrice de la m\u00e8re rivale. La fausse-couche de Mme J. et surtout la blessure qu\u2019elle engendre pourraient \u00eatre comprise comme le fantasme d\u2019une confirmation de son impossibilit\u00e9 d\u2019avoir un enfant, de prendre la place de sa m\u00e8re, de la remplacer et donc de se d\u00e9coller d\u2019elle. Nous pouvons entendre cette blessure, voire la fausse couche en elle-m\u00eame, avec la pens\u00e9e de C. Chabert (2016) qui indique que la castration au f\u00e9minin est ce qui emp\u00eache, ce qui fait barrage \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement Mme J. accepte de d\u00e9marrer une nouvelle grossesse. L\u00e0 encore elle d\u00e9bute de fa\u00e7on pr\u00e9caire, elle fait un d\u00e9collement de la paroi \u00e0 deux mois de grossesse ce qui l\u2019oblige \u00e0 \u00eatre alit\u00e9e pendant trois semaines. \u00c9v\u00e8nement qu\u2019elle minimise \u00ab&nbsp;c\u2019\u00e9tait pas super mais \u00e7a allait&nbsp;\u00bb. Une relation proto-intersubjective s\u2019\u00e9tablit peu \u00e0 peu avec le b\u00e9b\u00e9, elle lui parle et pense \u00e0 lui. Puis au 5<sup>\u00e8me<\/sup> mois de grossesse, lors de la seconde \u00e9chographie, le couple apprend que l\u2019enfant, un gar\u00e7on, est porteur d\u2019une pathologie cardiaque. Une semaine plus tard, c\u2019est un syndrome poly-malformatif qui est diagnostiqu\u00e9 chez l\u2019enfant&nbsp;; la d\u00e9cision d\u2019interrompre la grossesse est prise. Nous savons que le syndrome dont il est question comporte entre autres une hypoplasie g\u00e9nitale&nbsp;; Mme J. n\u2019en fait absolument pas \u00e9tat, \u00e9voquant tous les autres sympt\u00f4mes de la maladie, celui-l\u00e0 a visiblement \u00e9t\u00e9 refoul\u00e9. Quand elle apprend le diagnostic elle parle au b\u00e9b\u00e9, lui explique ce qu\u2019ils vont faire. Elle d\u00e9cide de le voir, moment tr\u00e8s important pour le couple&nbsp;; ils reconnaissent l\u2019enfant par sa ressemblance au p\u00e8re. Elle l\u2019id\u00e9alise, le trouvant \u00ab&nbsp;trop beau&nbsp;\u00bb. L\u2019enfant, bien qu\u2019elle en parle comme \u00ab&nbsp;son fils&nbsp;\u00bb, qu\u2019elle \u00ab&nbsp;aime&nbsp;\u00bb et qu\u2019elle l\u2019ait inscrit dans le sch\u00e9ma, ne semble pas compl\u00e8tement humanis\u00e9. Il inqui\u00e8te, ils n\u2019osent pas trop le toucher, ils ne veulent pas rester seuls avec lui. Tandis que dans leur religion l\u2019incin\u00e9ration n\u2019est pas pr\u00e9conis\u00e9e, elle n\u2019imagine pas pouvoir enterrer ce b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de la grossesse actuelle, elle dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai toujours l\u2019impression qu\u2019il me manque quelque chose, qu\u2019il manque\u2026 je sais pas si on pourrait dire un bras quelque chose\u2026 voil\u00e0 il me manque\u2026 il me manque mon fils, mon fils me manque (\u2026) c\u2019est bizarre en fait c\u2019est comme s\u2019il me manquait \u2026 je sais pas un\u2026 une partie de moi en fait, une petite partie de moi. Ouais il me manque une partie de moi qui voil\u00e0\u2026 je pense que c\u2019est \u00e7a&nbsp;: il me manque une partie de moi&nbsp;\u00bb. Par cette phrase avec l\u2019\u00e9quivalence \u00ab&nbsp;bras-organe manquant-b\u00e9b\u00e9 mort&nbsp;\u00bb, nous retrouvons tr\u00e8s nettement les enjeux du complexe de castration f\u00e9minin au regard de l\u2019identification \u00e0 la figure de la femme ch\u00e2tr\u00e9e. En m\u00eame temps, on note que c\u2019est assez souple au niveau identificatoire, elle peut se situer aussi sur le registre maternel en passant de \u00ab&nbsp;il me manque un bras, il me manque mon fils&nbsp;\u00bb \u00e0 \u00ab&nbsp;mon fils me manque&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle repense imm\u00e9diatement \u00e0 d\u00e9marrer une grossesse qui tarde pour elle trop \u00e0 venir, elle compte de fa\u00e7on obsessionnelle ses cycles pendant six mois puis d\u00e9cide d\u2019arr\u00eater ce contr\u00f4le obsessionnel et la grossesse arrive \u00e0 ce moment-l\u00e0. La grossesse se d\u00e9roule bien m\u00e9dicalement parlant mais Mme J. est extr\u00eamement angoiss\u00e9e, notamment \u00e0 chaque \u00e9chographie qui lui fait revivre en apr\u00e8s-coup celle de l\u2019annonce de la pathologie. Elle fait \u00e0 de nombreuses reprises des malaises dans les moyens de transport et se sent en difficult\u00e9 face au fait de ne plus \u00eatre en plein contr\u00f4le de son corps qu\u2019elle d\u00e9die au bien-\u00eatre de son b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je souhaite ajouter deux \u00e9l\u00e9ments \u00e0 ce r\u00e9cit clinique. Le premier concerne, comme \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, le risque encouru pendant la grossesse d\u2019\u00eatre ch\u00e2tr\u00e9e par la m\u00e8re. Pour cette nouvelle grossesse, Mme J. explique qu\u2019elle souhaite aller passer les premi\u00e8res semaines apr\u00e8s la naissance chez ses parents pour pouvoir partager son exp\u00e9rience de la maternit\u00e9 avec sa m\u00e8re, \u00ab&nbsp;qui a tellement attendu cela&nbsp;\u00bb dit-elle. Elle semble trouver l\u00e0 le compromis lui permettant de se prot\u00e9ger du risque d\u2019avoir fait un b\u00e9b\u00e9 avec sa m\u00e8re. Le second \u00e9l\u00e9ment concerne le sexe du b\u00e9b\u00e9 qu\u2019elle d\u00e9cide de ne pas conna\u00eetre, alors que son mari lui le conna\u00eet. Ne pas conna\u00eetre le sexe du b\u00e9b\u00e9, c\u2019est laisser toute la panoplie des possibles ouverte, c\u2019est porter \u00e0 la fois une fille et un gar\u00e7on, autrement dit refuser la castration et le manque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sylvain Missonnier<\/strong> <em>(r\u00e9cit clinique)<\/em> <strong>&#8211; Grossesse et Donjuanisme.<\/strong> Mr B. prend rendez-vous avec moi \u00e0 la maternit\u00e9 apr\u00e8s une s\u00e9ance du groupe des \u00ab&nbsp;Apprentis papas&nbsp;\u00bb. Sa femme, est enceinte pour la troisi\u00e8me fois ce qui, me rassure-t-il avec emphase \u00ab&nbsp;est son v\u0153u le plus cher&nbsp;\u00bb. Il est pleinement satisfait de ce mariage\u2026 sauf quand sa femme est enceinte \u00ab&nbsp;o\u00f9 le chaos s\u2019installe&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un homme \u00e9l\u00e9gant qui a conserv\u00e9 dans ses traits une candeur d\u2019adolescent que la gravit\u00e9 de son regard et sa gestuelle contredisent. Il dirige une entreprise prosp\u00e8re d\u2019une vingtaine de salari\u00e9s. C\u2019est une cr\u00e9ation originale de sa part dans un cr\u00e9neau innovant \u00e0 l\u2019issue d\u2019\u00e9tudes brillantes dans un milieu familial \u00ab&nbsp;sans histoire&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;J\u2019ai tout pour \u00eatre heureux, mart\u00e8le-t-il.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il est tr\u00e8s contrari\u00e9 car pour la troisi\u00e8me grossesse de sa femme, un d\u00e9mon s\u2019est \u00ab&nbsp;comme d\u2019habitude&nbsp;\u00bb de nouveau empar\u00e9 de lui pour la troisi\u00e8me fois cons\u00e9cutive.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;A partir du moment o\u00f9 ma femme m\u2019annonce sa grossesse, je me transforme en Don Juan compulsif&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Le reste du temps, je ne suis pas insensible \u00e0 la beaut\u00e9 des femmes qui m\u2019entourent mais je tiens bon. Cela reste dans ma t\u00eate et je ne change rien concr\u00e8tement&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>V\u00e9ritablement accabl\u00e9, Mr B. me raconte avec affliction que ce qui le chagrine le plus, l\u2019humilie, c\u2019est la r\u00e9p\u00e9tition \u00ab&nbsp;quasi m\u00e9canique&nbsp;\u00bb de ce sc\u00e9nario \u00ab&nbsp;plus fort que moi&nbsp;\u00bb. Il me raconte que lors de la premi\u00e8re grossesse, il a nou\u00e9 une relation avec sa secr\u00e9taire avec qui il travaillait tranquillement depuis trois ans sans soucis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Deux jours apr\u00e8s la premi\u00e8re \u00e9chographie \u00e0 laquelle j\u2019assiste et o\u00f9 j\u2019ai appris que nous attendions un fils, j\u2019ai invit\u00e9 ma secr\u00e9taire \u00e0 d\u00eener et nous avons couch\u00e9 ensemble&nbsp;\u00bb. D\u00e8s le deuxi\u00e8me entretien qu\u2019il a souhait\u00e9 vivement \u00e0 la fin du pr\u00e9c\u00e9dent, la confirmation de mon \u00e9tayage \u00e9laboratif pour accueillir la flamboyance de sa transparence psychique suffit pour que nous prenions une direction prometteuse&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019autre jour j\u2019\u00e9tais au supermarch\u00e9 avec le caddy plein de couches pour mes enfants et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 draguer \u00e9hont\u00e9ment la caissi\u00e8re. J\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 la convaincre avec mes boniments de pouvoir venir boire un verre avec elle \u00e0 la sortie du boulot.&nbsp;\u00bb\u2026 \u00ab&nbsp;L\u00e0 c\u2019est plus fort que moi, je dois absolument s\u00e9duire ma proie et la poss\u00e9der&nbsp;\u00bb. Je reformule interrogatif&nbsp;: \u00ab&nbsp;votre proie&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mr B. me jette en retour un regard ac\u00e9r\u00e9 puis, lui-m\u00eame surpris par la violence de l\u2019affect qui le submerge, regarde ses chaussures et se frotte les mains comme pour contenir quelque peu mais sans succ\u00e8s sa teneur agressive. Apr\u00e8s un long moment de silence, il me formule, avec la lenteur pr\u00e9caire d\u2019un cavalier inquiet qui tient les rennes d\u2019un pur sang, qu\u2019il est \u00ab&nbsp;un ancien fils a\u00een\u00e9&nbsp;\u00bb qui a joui d\u2019un monopole affectif parental pendant sept ans jusqu\u2019au jour de l\u2019annonce catastrophique de la grossesse de sa m\u00e8re et l\u2019horizon d\u2019un petit fr\u00e8re se profilant \u00e0 l\u2019horizon.<\/p>\n\n\n\n<p>De la dizaine de consultations th\u00e9rapeutiques qui suivirent, je souhaite mettre en exergue quelques th\u00e9matiques <em>princeps<\/em> dans leur ordre d\u2019apparition au cours du travail sans pour autant pr\u00e9tendre rendre compte de la complexit\u00e9 transf\u00e9ro\/contre-transf\u00e9rentielle en pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>Je retrouve d\u2019abord dans mes notes la r\u00e9currence de l\u2019\u00e9vocation des conflits avec son fr\u00e8re cadet, de ses fantasmes fratricides d\u2019hier (d\u00e8s la grossesse de sa m\u00e8re) et d\u2019aujourd\u2019hui et, celle, en \u00e9cho, de la r\u00e9p\u00e9tition de ses conflits pr\u00e9sents au travail avec ses coll\u00e8gues que Mr B. met de lui-m\u00eame en perspective. C\u2019est une adaptation du sc\u00e9nario \u00ab&nbsp;Abel et Cain&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a trace ensuite de la haine refoul\u00e9e au d\u00e9part \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa m\u00e8re qui le \u00ab&nbsp;trahit&nbsp;\u00bb en tombant \u00e0 nouveau enceinte. Elle est, chemin faisant, source d\u2019<em>insights<\/em> perlaboratifs \u00e0 mesure qu\u2019il est travers\u00e9 par les r\u00e9viviscences des grossesses pass\u00e9es de sa m\u00e8re et de l\u2019actualit\u00e9 de la grossesse pr\u00e9sente de sa femme. Ce n\u2019est que plus tard, dans un contexte d\u2019\u00e9mergence transf\u00e9rentielle \u00e0 mon endroit (consultant \u00e0 un \u00e9tage o\u00f9 une quinzaine de parturientes avec leur b\u00e9b\u00e9 sont pr\u00e9sentes repr\u00e9sentant pour lui fantasmatiquement un harem prolixe&nbsp;!) que la haine contre son p\u00e8re qui \u00ab&nbsp;fabrique avec sa m\u00e8re&nbsp;\u00bb un nouvel enfant appara\u00eetra. L\u2019hypoth\u00e8se que \u00ab&nbsp;ces deux-l\u00e0 \u00e9taient en fait de m\u00e8che&nbsp;\u00bb convoquera le vertige d\u2019une sc\u00e8ne originaire qui met fin au monoth\u00e9isme dont il se croyait l\u2019objet dans cette p\u00e9riode paradisiaque de ses premi\u00e8res sept ann\u00e9es et \u00e9clairera quelque peu la violence de sa rage d\u2019autrefois et de son Donjuanisme actuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 de ce parcours psycho-th\u00e9rapeutique, un mat\u00e9riel, fr\u00e9quemment absent du cadre modeste et relativement bref que constituent les consultations th\u00e9rapeutiques, appara\u00eetra et va jouer un r\u00f4le pr\u00e9valent&nbsp;: Mr B. va associer sur ce que Freud (1909) nomme dans <em>Le petit Hans<\/em>, le \u00ab&nbsp;complexe de grossesse&nbsp;\u00bb et le d\u00e9sir de \u00ab&nbsp;poche \u00e0 b\u00e9b\u00e9&nbsp;\u00bb. Avec une r\u00e9gularit\u00e9 frappante, Mr B. ouvre ses s\u00e9ances par le constat que quand il se rend \u00e0 ses rendez-vous \u00e0 la Maternit\u00e9 pour me voir il se sent, juste avant de commencer, \u00ab&nbsp;d\u00e9sempar\u00e9, vid\u00e9&nbsp;\u00bb alors qu\u2019il se sentait \u00e9nergique juste avant. Ce point de d\u00e9part reste pour lui \u00e9nigmatique et je le per\u00e7ois intuitivement comme une r\u00e9sistance au seuil de l\u2019espace psychoth\u00e9rapeutique. Jusqu\u2019au jour o\u00f9, il accompagne son expression it\u00e9rative \u00ab&nbsp;je suis confront\u00e9 \u00e0 ce que je n\u2019ai pas&nbsp;\u00bb du geste d\u2019une main en direction du couloir au bout duquel mon bureau se situe&nbsp;: le couloir d\u2019un \u00e9tage entier de parturientes qui viennent d\u2019accoucher&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>En appui sur cette direction indiqu\u00e9e par son geste, je risque un \u00ab&nbsp;vous voulez dire avoir une grossesse et un b\u00e9b\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb auquel il se surprend manifestement lui-m\u00eame \u00e0 acquiescer de la t\u00eate sans attendre tout en me regardant comme un petit gar\u00e7on coupable d\u2019avoir fait une grosse b\u00eatise.<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite des premiers \u00ab&nbsp;ce que je n\u2019ai pas&nbsp;\u00bb, ses associations portaient sur la temp\u00e9rance, la ma\u00eetrise face au courroux induit par la nouvelle grossesse de sa femme. A partir de ce moment que j\u2019ai per\u00e7u comme mutatif, ce \u00ab&nbsp;ce que je n\u2019ai pas&nbsp;\u00bb convoquait d\u00e9sormais dans la s\u00e9ance sa rage de ne pas poss\u00e9der le pouvoir de fabriquer des gar\u00e7ons et des filles.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est deux s\u00e9ances apr\u00e8s ce frayage figuratif conscient in\u00e9dit, que l\u2019implacable Donjuanisme engagea un repli strat\u00e9gique. Mr B. revendiquait pouvoir rentrer chez lui apr\u00e8s le travail sans ressentir le d\u00e9sir imp\u00e9rieux de \u00ab&nbsp;partir en chasse&nbsp;\u00bb d\u2019une nouvelle conqu\u00eate. Cette accalmie se confirma jusqu\u2019\u00e0 la fin de la grossesse et se poursuivit en <em>post partum<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est que dans une ultime s\u00e9ance qu\u2019il me dira que si \u00ab&nbsp;tous ces changements avaient \u00e9t\u00e9 possibles&nbsp;\u00bb, c\u2019\u00e9tait finalement gr\u00e2ce \u00e0 sa femme qui ne lui avait jamais totalement retir\u00e9 sa confiance, ne l\u2019avait pas mis d\u00e9finitivement dehors apr\u00e8s ses p\u00e9riodes de \u00ab&nbsp;dinguerie&nbsp;\u00bb sans pour autant taire et banaliser sa souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de ce r\u00e9cit clinique, il est possible d\u2019\u00e9mettre l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019une des composantes du complexe de castration que traversent les petits gar\u00e7ons correspond \u00e0 ce complexe de grossesse habituellement objet d\u2019un puissant refoulement, chez les psychanalystes eux-m\u00eames&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, partons du principe qu\u2019au d\u00e9part, dans leur toute puissance infantile, la plupart des petits gar\u00e7ons sont convaincus, que bien s\u00fbr, ils ont une poche \u00e0 b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9couverte que ce n\u2019est pas le cas, correspond \u00e0 une v\u00e9ritable travers\u00e9e d\u2019une zone que j\u2019ai pu d\u00e9crire comme un passage p\u00e9rilleux entre d\u00e9pr\u00e9ssivit\u00e9 et d\u00e9pression (Missonnier, 2015). Selon les modalit\u00e9s identificatoires et environnementales, l\u2019issue de cette travers\u00e9e, d\u00e9bouchera sur des cheminements contrast\u00e9s en termes de r\u00e9alit\u00e9 psychique d\u2019identit\u00e9 sexu\u00e9e, d\u2019identit\u00e9 de genre et, bien s\u00fbr, de bisexualit\u00e9 psychique. Quand le jeune homme devient p\u00e8re et qu\u2019il est confront\u00e9 \u00e0 la r\u00e9activation de ce complexe de grossesse face au corps enceint de sa femme habit\u00e9e par un autre en devenir, il y a assur\u00e9ment \u00e0 dire sur les craintes \u0153dipiennes \u00e0 l\u2019\u00e9gard du rival \u00e0 l\u2019horizon mais il y a aussi &#8211; et c\u2019est plus rare chez les psychanalystes&nbsp;!! &#8211; beaucoup \u00e0 dire sur la reviviscence de la d\u00e9pressivit\u00e9\/d\u00e9pression de cette absence de poche \u00e0 b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jessica Shulz&nbsp;:<\/strong> Mme J. raconte un cauchemar qu\u2019elle a fait derni\u00e8rement. Un groupe d\u2019enfants l\u2019emb\u00eatent et elle d\u00e9cide de terroriser un des gar\u00e7ons de 7-8 ans en le s\u00e9questrant, lui tirant les oreilles, lui pin\u00e7ant les joues. Au r\u00e9veil, puis par la suite, elle est horrifi\u00e9e voire sid\u00e9r\u00e9e par ce r\u00eave et ne parvient pas \u00e0 faire d\u2019associations libres dessus. Il nous semble que ce r\u00eave nous permet de faire le lien entre le fantasme de l\u2019enfant mort (C. Chabert, 2016) et celui de <em>Un enfant est battu<\/em> (Freud, 1919). Ce second fantasme sadique permet une relibidinalisation des processus psychiques par une dialectisation de la dualit\u00e9 activit\u00e9\/passivit\u00e9 mise \u00e0 mal du fait de la perte du b\u00e9b\u00e9. Nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 l\u2019\u00e9quivalence p\u00e9nis-b\u00e9b\u00e9 mais \u00e0 cette \u00e9quivalence s\u2019ajoute les f\u00e8ces. L\u2019analit\u00e9 correspondant \u00e0 l\u2019inanim\u00e9, on peut retrouver une \u00e9quivalence fantasmatique entre b\u00e9b\u00e9-f\u00e8ces et mort. Cette \u00e9quivalence, correspondant \u00e0 la figure de l\u2019enfant mort, tend vers la m\u00e9lancolie en tant qu\u2019elle peut \u00eatre pens\u00e9e comme un moment dans tout deuil. Dans le cas de l\u2019IMG, la mort du b\u00e9b\u00e9 est r\u00e9elle et non fantasmatique, mais elle est aussi d\u00e9cid\u00e9e par la m\u00e8re. Si l\u2019on pense le deuil comme la reconnaissance de perte et donc l\u2019acceptation de la passivit\u00e9 qui lui est inh\u00e9rente, la d\u00e9cision dont est porteuse la m\u00e8re dans l\u2019IMG peut entra\u00eener une difficult\u00e9 \u00e0 \u00e9prouver la passivit\u00e9 face \u00e0 la perte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le couple actif\/passif dans le cas du deuil pr\u00e9natal est particuli\u00e8rement \u00e9clair\u00e9 par le mythe de Lilith. Lilith, cr\u00e9\u00e9e de la terre comme Adam est la premi\u00e8re femme de la terre. Adam et Lilith se querellent. Elle disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne me couche pas au-dessous&nbsp;\u00bb&nbsp;; et lui disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne me couche pas au-dessous mais au-dessus, car tu es destin\u00e9e toi \u00e0 \u00eatre au-dessous et moi au-dessus&nbsp;\u00bb. Elle lui dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes tous deux \u00e9gaux parce que nous sommes tous deux de la terre&nbsp;\u00bb. Ils ne parviennent pas \u00e0 s\u2019entendre et Lilith quitte le Jardin d\u2019Eden. Adam prie Dieu de la ramener. Dieu envoie alors trois anges pour la ramener et la menacer de voir p\u00e9rir cent de ses enfants chaque jour si elle refuse. Lilith, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de ne pouvoir enfanter que la mort, menace de se tuer. Les anges la retiennent lui donnant le pouvoir compensatoire de tuer d\u2019autres enfants depuis leur naissance jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de huit jours si c\u2019est un gar\u00e7on, et du jour de sa naissance jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt jours si c\u2019est une fille. Cette version du mythe de Lilith met en avant de fa\u00e7on nette la transformation de la passivit\u00e9 menant \u00e0 la d\u00e9pression et au suicide en agressivit\u00e9, active, qui sauve de sa propre destruction. Nous y retrouvons ce que De Gaulejac d\u00e9crit \u00e0 propos de la honte. Dans le premier temps de la honte, le moi investi comme objet d\u2019amour est brutalement d\u00e9sign\u00e9 comme non valable par une image n\u00e9gative renvoy\u00e9e par l\u2019autre. Lilith s\u2019oppose \u00e0 la soumission et l\u2019humiliation de l\u2019homme, port\u00e9e par un id\u00e9al d\u2019\u00e9galit\u00e9 o\u00f9 son moi est tout aussi digne que celui de l\u2019homme. Adam et Dieu lui renvoient tous deux une image extr\u00eamement n\u00e9gative de ce choix. La passivit\u00e9 de Lilith face \u00e0 la mort de ses enfants entra\u00eene une attaque de son propre moi allant jusqu\u2019\u00e0 la tentative de suicide. C\u2019est par un retournement du masochisme en sadisme, permis par l\u2019intervention des anges, que Lilith peut transformer la honte en culpabilit\u00e9 et ainsi se sauver de la mort. Elle devient alors meurtri\u00e8re des enfants des autres ce qui lui permet de supporter de subir la mort de cent de ses propres enfants. Cette l\u00e9gende nous renvoie directement \u00e0 la perte pr\u00e9natale. Les femmes se vivent comme infanticides, \u00ab&nbsp;Identifi\u00e9es \u00e0 l\u2019enfant mort mais aussi \u00e0 une m\u00e8re meurtri\u00e8re qui n\u2019aurait pas su, qui n\u2019aurait pas pu prot\u00e9ger l\u2019enfant de sa propre dangerosit\u00e9&nbsp;\u00bb (Bitouz\u00e9, 1998, p. 48). Lilith est dans la mythologie et la litt\u00e9rature \u00e0 partir du Moyen-\u00e2ge une d\u00e9mone assoiff\u00e9e de sexe et de sang. \u00ab&nbsp;Elle porte son obsession sexuelle sur son visage, puisqu\u2019elle a son sexe dans la t\u00eate et ne le cache pas&nbsp;\u00bb (Descamps, 2002, p. 82). Lilith vole aux hommes le fruit de leur virilit\u00e9 tomb\u00e9 \u00e0 terre pour le garder en elle et donner vie \u00e0 des d\u00e9mons. Elle est entre autres la projection du fantasme de la grossesse comme \u00e9quivalent phallique. La femme est toute-puissante, elle cr\u00e9e la vie et suscite ainsi la jalousie de l\u2019homme. Par l\u2019IVG et IMG elle est aussi en droit d\u2019arr\u00eater cette vie. Rappelons que la femme est seule signataire de la demande d\u2019IMG.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours des entretiens, certaines femmes ont \u00e9voqu\u00e9 leur angoisse \u00e0 se sentir toutes puissantes, \u00e0 \u00eatre charg\u00e9es de tant de responsabilit\u00e9 par le choix \u00e0 prendre. \u00c0 l\u2019instar de Lilith, la femme prend une d\u00e9cision transgressive et montre par l\u00e0 son ind\u00e9pendance. Mais cette ind\u00e9pendance n\u2019est gagn\u00e9e qu\u2019au prix de se vivre meurtri\u00e8re. Au cours des grossesses suivantes, l\u2019angoisse de tuer leur b\u00e9b\u00e9, exprim\u00e9e par la peur que tout s\u2019arr\u00eate \u00e0 nouveau, laisse transpara\u00eetre le fantasme de m\u00e8re meurtri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sylvain Missonnier&nbsp;:<\/strong> Dans une note ajout\u00e9e en 1923 \u00e0 son texte <em>Le petit Hans<\/em>, Freud \u00e9voque les \u00ab&nbsp;racines&nbsp;\u00bb du complexe de castration en ces termes&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019acte de la naissance, en tant que s\u00e9paration d\u2019avec la m\u00e8re, avec laquelle jusqu\u2019alors on ne faisait qu\u2019un, est l\u2019original de toute castration.&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il poursuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;chaque retrait du sein maternel, la cession r\u00e9guli\u00e8re de la selle s\u2019inscrivent dans cette pr\u00e9histoire de la castration centr\u00e9e sur la perte du p\u00e9nis. C\u2019est bien en effet de la rencontre et de l\u2019entrecroisement de ce que Freud intitule \u00ab&nbsp;complexe d\u2019excr\u00e9tion&nbsp;\u00bb et de ce qu\u2019il nomme \u00ab&nbsp;complexe de grossesse&nbsp;\u00bb dont je souhaite t\u00e9moigner ici, car il aboutit dans le texte freudien \u00e0 des propos qui vont comme un gant \u00e0 la clinique du devenir p\u00e8re qui se situe bien, elle aussi, le plus souvent, entre les polarit\u00e9s de \u00ab&nbsp;l\u2019hyst\u00e9rie d\u2019angoisse&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;l\u2019hyst\u00e9rie de conversion&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, les th\u00e9ories sexuelles infantiles du petit Hans confront\u00e9 \u00e0 la grossesse de sa m\u00e8re enceinte d\u2019Hanna constituent le canevas des conflits psychiques du devenant p\u00e8re pendant la grossesse de sa femme. Les conflits de la sc\u00e8ne infantile y sont rejou\u00e9s, <em>mutatis mutandis<\/em>, dans l\u2019apr\u00e8s-coup lors du (re)devenir p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le texte freudien, les principaux fils de cette r\u00e9\u00e9dition inh\u00e9rente au devenir p\u00e8re sont connus mais m\u00e9ritent ici d\u2019\u00eatre rapidement pr\u00e9cis\u00e9s&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Confront\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;la grande baignoire pleine&nbsp;\u00bb du \u00ab&nbsp;ventre maternel&nbsp;\u00bb, le devenant p\u00e8re a envie d\u2019y retourner (c\u2019est le puissant fantasme originaire de retour dans le ventre maternel qui vient frontalement en conflit avec l\u2019interdit de l\u2019inceste), \u2026\u00e7a lui donne aussi envie de faire de la plomberie freudienne \u0153dipienne (percer, d\u00e9monter de l\u2019ext\u00e9rieur la baignoire) comme papa, mais comme il a peur qu\u2019une petite s\u0153ur\/fr\u00e8re en sorte, il a aussi envie de faire de la plomberie kleinienne&nbsp;: p\u00e9n\u00e9trer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur puis percer\/tuer les rivaux dans la baignoire.<\/li><li>Le devenant p\u00e8re face \u00e0 cette grossesse comm\u00e9more le d\u00e9sir d\u2019avoir un enfant dedans&nbsp;: c\u2019est la th\u00e9orie cloacale de la naissance&nbsp;: petit Hans constip\u00e9 \u00ab&nbsp;depuis toujours&nbsp;\u00bb et habitu\u00e9 au laxatif maternel pr\u00e9cise le texte. Le lien entre poche \u00e0 b\u00e9b\u00e9 et cette proposition.<\/li><li>Il a aussi le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre dot\u00e9, tel l\u2019androgyne du <em>Banquet<\/em> de Platon, des attributs de la bisexualit\u00e9, soit un attelage cheval plus voiture (omnibus ou d\u00e9m\u00e9nagement) pour porter la bo\u00eete \u00e0 cigogne.<\/li><li>Le devenant p\u00e8re a le souci du passage de l\u2019enfant dedans \u00e0 l\u2019enfant dehors, ce qui le sensibilise particuli\u00e8rement \u00e0 la question bionienne de la dialectique contenu\/contenant&nbsp;: je cite \u00ab&nbsp;Dans la cour de la douane principale en face, c\u2019est le chargement et le d\u00e9chargement des voitures qui l\u2019int\u00e9ressait le plus\u2026&nbsp;\u00bb.<\/li><li>Enfin, le devenant p\u00e8re face au nouveau-n\u00e9 comm\u00e9more le d\u00e9sir d\u2019avoir un enfant dehors&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je voudrais tellement avoir des enfants, alors je voudrais tout leur faire, les conduire aux waters, leur torcher le derri\u00e8re, enfin tout ce qu\u2019on fait avec des enfants.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Hans&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oh si, un petit gar\u00e7on a une petite fille\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9p\u00e9tons-le, ce paysage psychique du petit Hans est la meilleure introduction \u00e0 la toile de fond infantile des possibles conflits psychiques qui se jouent apr\u00e8s-coup chez le devenant p\u00e8re pendant la grossesse. Tous ont une potentialit\u00e9 d\u00e9pressiog\u00e8ne qui met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve \u00ab&nbsp;la capacit\u00e9 d\u00e9pressive&nbsp;\u00bb du p\u00e8re. Mais, il semble bien que l\u2019un d\u2019entre eux soit plus directement li\u00e9 \u00e0 ce que Freud intitule chez Hans, sa \u00ab&nbsp;d\u00e9pression de l\u2019humeur&nbsp;\u00bb&nbsp;: il s\u2019agit de la d\u00e9couverte de son absence de poche \u00e0 b\u00e9b\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div><em>\u00ab&nbsp;Moi&nbsp;: Tu aimerais bien avoir une petite fille.<\/em><br><em>Hans&nbsp;: Oui l\u2019ann\u00e9e prochaine, j\u2019en aurai une, elle s\u2019appellera aussi Hanna.<\/em><br><em>Moi&nbsp;: Pourquoi donc maman ne doit-elle pas avoir de petite fille&nbsp;?<\/em><br><em>Hans&nbsp;: Parce que moi justement j\u2019ai envie d\u2019une petite fille.<\/em><br><em>Moi&nbsp;: Mais tu ne peux pas avoir de petite fille.<\/em><br><em>Hans&nbsp;: Oh si, un petit gar\u00e7on a une petite fille et une petite fille a un petit gar\u00e7on.<\/em><br><em>Moi (le p\u00e8re)&nbsp;: Un petit gar\u00e7on n\u2019a pas d\u2019enfant. Seules les femmes, les mamans, ont des enfants.<\/em><br><em>Hans&nbsp;: Pourquoi donc pas moi&nbsp;? Je voudrais tellement avoir des enfants\u2026&nbsp;\u00bb.<\/em>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Comme on l\u2019entend, cette incapacit\u00e9 \u00e0 enfanter met \u00e0 rude \u00e9preuve la \u00ab&nbsp;capacit\u00e9 d\u00e9pressive&nbsp;\u00bb du petit Hans. Mais ce n\u2019est pas tout&nbsp;! En effet, si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re aux hypoth\u00e8ses de l\u2019anthropologue Fran\u00e7oise H\u00e9ritier (2002) on se demandera \u00e0 bon escient si Hans et Mr B. ne mettent pas \u00e0 l\u2019\u00e9preuve leur capacit\u00e9 d\u00e9pressive aussi et surtout car ils r\u00e9alisent qu\u2019ils n\u2019ont pas le pouvoir d\u2019enfanter du m\u00eame (un fils) et du diff\u00e9rent (une fille). Hans s\u2019exclame tr\u00e8s affirmatif&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Oh si, un petit gar\u00e7on a une petite fille\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb. H\u00e9ritier d\u00e9fend, en effet, l\u2019id\u00e9e que depuis la nuit des temps, des repr\u00e9sentations et des institutions ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es pour permettre aux hommes de s\u2019approprier la f\u00e9condit\u00e9 des femmes. Le rapport masculin\/f\u00e9minin est ainsi ancestralement con\u00e7u \u00e0 ses yeux sur le mod\u00e8le parent\/enfant ou encore a\u00een\u00e9\/cadet. Et de son point de vue, ce n\u2019est pas seulement parce que les femmes ont le pouvoir d\u2019enfanter qu\u2019elles furent d\u2019embl\u00e9e assujetties, c\u2019est bien parce qu\u2019elles ont la capacit\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9rangeante de produire \u00e0 la fois du m\u00eame (des filles) et du diff\u00e9rent (des fils). Les hommes ne pouvant faire leur fils, doivent \u00ab&nbsp;passer&nbsp;\u00bb par le corps f\u00e9minin pour se reproduire \u00e0 l\u2019identique. C\u2019est cette asym\u00e9trie qui est selon elle \u00e0 l\u2019origine de la domination et, bien souvent, de la maltraitance masculine. Une autorit\u00e9 masculine qui ne serait donc finalement qu\u2019un m\u00e9canisme de d\u00e9fense puissant contre la d\u00e9pressivit\u00e9\/d\u00e9pression paternelle face \u00e0 cette impuissance procr\u00e9ative synonyme de profonde blessure narcissique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019auto-engendrement \u00e0 l\u2019amour de la diff\u00e9rence<\/h2>\n\n\n\n<p>A l\u2019ach\u00e8vement de ces propos crois\u00e9s, nous souhaitons partager notre double surprise r\u00e9trospective. D\u2019une part, face \u00e0 la <em>violence<\/em> des conflits que nous vous avons pr\u00e9sent\u00e9s l\u2019un et l\u2019autre. D\u2019autre part, face aux <em>forces de refoulement individuel et collectifs<\/em> qui menacent l\u2019\u00e9laboration de cette conflictualit\u00e9 dans ces deux d\u00e9clinaisons.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a la figure de Lilith, la femme qui peut cr\u00e9er la vie en provoquant la jalousie de l\u2019homme mais a aussi le pouvoir de l\u2019interrompre. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il y a le petit Hans et son farouche d\u00e9sir de poche \u00e0 b\u00e9b\u00e9 synonyme de pouvoir conceptionnel. <em>Dans ces deux cas, c\u2019est la toute puissance du fantasme d\u2019auto-engendrement qui r\u00e8gne sans partage en d\u00e9niant la diff\u00e9rence des sexes et la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019autre<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat clinique de ces deux conjugaisons de Lilith et de Hans est de nous offrir deux th\u00e9ories sexuelles infantiles paradigmatiques dont mille et une variations toujours uniques se d\u00e9ploient au c\u0153ur des processus crois\u00e9s de maternalit\u00e9 et de paternalit\u00e9. Pour les membres d\u2019un couple h\u00e9t\u00e9rosexuel, relever le d\u00e9fi d\u2019une h\u00e9t\u00e9ro-conception, c\u2019est en effet affronter &#8211; peu ou prou &#8211; la r\u00e9\u00e9dition de la mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve radicale de cet auto-engendrement et actualiser le degr\u00e9 d\u2019apprivoisement de <em>la castration d\u2019une co-conception tant biologique que psychique.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien le risque de d\u00e9pression et\/ou de d\u00e9fenses maniaques qui menace d\u2019en sanctionner les d\u00e9clinaisons individuelles et conjugales grin\u00e7antes. Au-del\u00e0, le spectre d\u2019une violente m\u00e9lancolisation est pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019horizon des \u00ab&nbsp;sc\u00e9narios narcissiques de la parentalit\u00e9&nbsp;\u00bb (Manzano et coll., 2009) dont la clinique nous illustre fr\u00e9quemment la r\u00e9currence.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais de l\u2019issue de ces conflits d\u00e9pendront aussi simultan\u00e9ment l\u2019inscription g\u00e9n\u00e9rationnelle du f\u00e9minin, du maternel, du masculin, du paternel et de la bisexualit\u00e9 psychique dans les identifications projectives inaugurales parentales dans lesquelles l\u2019enfant adviendra dans le nid pr\u00e9natal entre fantasme d\u2019auto-engendrement et \u00ab\u00a0amour de la diff\u00e9rence\u00a0\u00bb (C. Chabert, 2011).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n<p>Bitouz\u00e9, V. (1998). Mort p\u00e9rinatale et processus de deuil. In M. Bydlowski &amp; D. Candilis,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Psychopathologie p\u00e9rinatale<\/em>\u00a0(p. 47 57). Paris, PUF.<\/p>\n<p>Bydlowski M., (1991). La transparence psychique de la grossesse. In\u00a0<em class=\"marquage italique\">Etudes Freudiennes<\/em>, n\u00b032 p.135-142.<\/p>\n<p>Bydlowski M., Luca, D., (2001). D\u00e9pression paternelle et p\u00e9rinatalit\u00e9. In\u00a0<em class=\"marquage italique\">Carnet Psy<\/em>, n\u00b067, p. 28-33.<\/p>\n<p>Chabert, C., (2011).\u00a0<em class=\"marquage italique\">L\u2019amour de la diff\u00e9rence<\/em>, Paris\u00a0: Puf.<\/p>\n<p>Chabert, C. (2016). L\u2019enfant mort.\u00a0<em class=\"marquage italique\">Revue fran\u00e7aise de psychosomatique<\/em>, n\u00b0 50(2), 89 102.<\/p>\n<p>Descamps, M.-A. (2002). Lilith ou la permanence d\u2019un mythe.\u00a0<em class=\"marquage italique\">Imaginaire et Inconscient<\/em>, 3(7), 77 86.<\/p>\n<p>Freud S., (1909).\u00a0<em class=\"marquage italique\">Le petit Hans. Analyse de la phobie d\u2019un gar\u00e7on de cinq an<\/em>s, Traduit de l\u2019allemand par Lain\u00e9 R. et Stute-Cadiot J., Paris, PUF, 2006.<\/p>\n<p>Freud,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Un enfant est battu<\/em>, 1919, Paris, PUF.<\/p>\n<p>Green, A. (2010). Le complexe de castration. Paris, PUF.<\/p>\n<p>H\u00e9ritier F. (2002),\u00a0<em class=\"marquage italique\">Masculin\/F\u00e9minin 2. Dissoudre la hi\u00e9rarchie<\/em>, Paris, Odile Jacob.<\/p>\n<p>Manzano J., Palacio Espasa F., Zilka N., (2009).\u00a0<em class=\"marquage italique\">Les sc\u00e9narios narcissiques de la parentalit\u00e9<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n<p>Missonnier S., (2015). Sexualit\u00e9 masculine et grossesse. 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