{"id":10757,"date":"2021-08-22T07:32:41","date_gmt":"2021-08-22T05:32:41","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/specificite-de-la-clinique-psychanalytique-actuelle-modele-dune-recherche-2\/"},"modified":"2021-10-12T12:39:24","modified_gmt":"2021-10-12T10:39:24","slug":"specificite-de-la-clinique-psychanalytique-actuelle-modele-dune-recherche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/specificite-de-la-clinique-psychanalytique-actuelle-modele-dune-recherche\/","title":{"rendered":"Sp\u00e9cificit\u00e9 de la clinique psychanalytique actuelle : mod\u00e8le d&rsquo;une recherche"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"pa1\">Un groupe de recherche clinique, appel\u00e9&nbsp;<em>Working party<\/em>&nbsp;(WP) sur la&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9 du Traitement Psychanalytique Aujourd\u2019hui<\/em>&nbsp;\u00bb, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2006 par \u00c9velyne S\u00e9chaud qui \u00e9tait alors pr\u00e9sidente de la&nbsp;<em>F\u00e9d\u00e9ration Europ\u00e9enne de Psychanalyse<\/em>&nbsp;(FEP- 2004-2008). Elle a aussi \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re&nbsp;<em>chair<\/em>&nbsp;de ce groupe de recherche.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa2\">Le&nbsp;<em>working party<\/em>&nbsp;sur la&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9 du Traitement Psychanalytique Aujourd\u2019hui<\/em>&nbsp;pr\u00e9sente deux aspects reli\u00e9s entre eux&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019un groupe de recherche permanent int\u00e9gr\u00e9 au programme de recherche de la FEP et il propose une modalit\u00e9 particuli\u00e8re de travail en petits groupes cliniques lors de congr\u00e8s. Les \u00e9changes cliniques, en particulier dans un contexte international, constituent une exp\u00e9rience importante et f\u00e9conde de la psychanalyse aujourd\u2019hui. En tant que&nbsp;<em>groupe de recherche<\/em>, il vise \u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 \u00e9laborer les principaux param\u00e8tres \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le traitement psychanalytique tel qu\u2019il est pratiqu\u00e9 aujourd\u2019hui dans la diversit\u00e9 des th\u00e9ories et des pratiques.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa3\">Il s\u2019agit d\u2019exp\u00e9rimenter une m\u00e9thode de recherche appropri\u00e9e \u00e0 la cure psychanalytique faisant l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019elle serait \u00e0 m\u00eame d\u2019expliciter les processus mis en mouvement dans la vie int\u00e9rieure du psychanalyste lorsqu\u2019il traite et transforme le mat\u00e9riel psychique d\u2019un patient. Le dispositif\u202f<sup>1<\/sup>&nbsp;g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par cette m\u00e9thode de travail permettrait de d\u00e9gager certains \u00e9l\u00e9ments sp\u00e9cifiques au d\u00e9roulement d\u2019une cure psychanalytique et de servir, aussi, d\u2019\u00ab&nbsp;outil&nbsp;\u00bb de base pour l\u2019investigation et l\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019\u00e9volution d\u2019une cure et de ses effets.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa4\">Les&nbsp;<em>petits groupes cliniques<\/em>&nbsp;sont constitu\u00e9s de douze \u00e0 quinze analystes de cultures analytiques vari\u00e9es travaillant pendant une journ\u00e9e et demie sur le m\u00eame mat\u00e9riel clinique. La m\u00e9thode de travail que nous y appliquons a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e, avec des variations, par celle de Norman et Salomonsson (2005), et aussi celle de Donnet (2005), s\u2019appuie sur une analogie entre la s\u00e9ance d\u2019analyse et son r\u00e9cit dans un groupe qui r\u00e9agit \u00e0 l\u2019\u00e9coute et \u00ab&nbsp;traite&nbsp;\u00bb aussi bien le contre-transfert de l\u2019analyste que des aspects m\u00e9connus du transfert du patient. Nous partons de la discussion d\u2019un mat\u00e9riel clinique pr\u00e9sent\u00e9 par un psychanalyste exp\u00e9riment\u00e9 pour essayer d\u2019analyser les processus sous-tendus par les \u00e9changes inter-analytiques dans nos groupes cliniques qui constitue, alors, le noyau de notre recherche.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa5\">La question de la sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychanalyse est une question centrale qui se pose \u00e0 l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 psychanalytique d\u2019aujourd\u2019hui. Depuis l\u2019invention de la psychanalyse par Freud, elle s\u2019est trouv\u00e9e confront\u00e9e \u00e0 de multiples difficult\u00e9s g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par de nouvelles conditions \u00e9conomiques et culturelles qui ont renforc\u00e9 \u00e0 la fois les r\u00e9sistances externes face \u00e0 celle-ci et les r\u00e9sistances internes concernant la confiance dans la psychanalyse, c\u2019est-\u00e0-dire aussi les r\u00e9sistances que la psychanalyse \u00e9veille n\u00e9cessairement par ce qu\u2019elle avance.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa6\">La question de la sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychanalyse se d\u00e9cline aussi par rapport \u00e0 la psychoth\u00e9rapie qui interroge depuis toujours la psychanalyse de l\u2019ext\u00e9rieur et de l\u2019int\u00e9rieur ainsi que l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019\u00e9mergence de \u00ab&nbsp;nouvelles pathologies&nbsp;\u00bb auxquelles certains analystes consid\u00e8rent qu\u2019on ne saurait r\u00e9pondre avec des concepts fa\u00e7onn\u00e9s par la pens\u00e9e scientifique du XIX<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa7\">Pour r\u00e9pondre aux multiples d\u00e9fis auxquels la psychanalyse doit faire face de nos jours, d\u00e8s 2001, la FEP met progressivement en place, sous la pr\u00e9sidence de David Tuckett, des groupes de recherche appel\u00e9s&nbsp;<em>Working Parties<\/em>. La cr\u00e9ation de ces WP est une invention fort int\u00e9ressante et novatrice en ce sens qu\u2019elle propose une structure de travail au long cours, centr\u00e9e sur la clinique \u00e0 laquelle les psychanalystes sont invit\u00e9s \u00e0 participer activement. Le travail effectu\u00e9 par des groupes cliniques de praticiens lors des congr\u00e8s de la FEP sert comme mat\u00e9riel de recherche \u00e0 un autre groupe d\u2019analystes qui constitue, alors, le groupe de recherche. La recherche effectu\u00e9e par ces&nbsp;<em>working parties<\/em>&nbsp;a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9e jusqu\u2019en 2009 par la FEP (<em>European Scientific Initiative Research Fund<\/em>) et de l\u2019<em>Association Psychanalytique Internationale<\/em>&nbsp;(IPA).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa8\">Dans cet article, nous allons d\u2019abord d\u00e9crire la naissance et les premiers pas du&nbsp;<em>Working party<\/em>&nbsp;sur la&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9 du Traitement Psychanalytique Aujourd\u2019hui<\/em>&nbsp;et expliciter les raisons de cet intitul\u00e9. Puis, nous d\u00e9crirons les deux axes de notre travail de recherche&nbsp;: tout d\u2019abord notre r\u00e9flexion sur le cadre \u00e9pist\u00e9mologique dans lequel nous souhaitions inscrire notre recherche, puis notre r\u00e9flexion sur le dispositif de nos groupes cliniques. Ces deux axes se sont d\u00e9velopp\u00e9s parall\u00e8lement mais nous les pr\u00e9senterons de fa\u00e7on s\u00e9par\u00e9e dans cet article pour des raisons de clart\u00e9 et d\u2019exposition.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Naissance et historique de la Sp\u00e9cificit\u00e9 du Traitement Psychanalytique Aujourd\u2019hui<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa9\">Dans ce chapitre, nous reprenons l\u2019historique de la&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9<\/em>&nbsp;depuis son acceptation par le conseil de la FEP en 2006, nous \u00e9voquerons les grands principes de base \u00e9tablis lors de la r\u00e9union inaugurale et nous terminerons par une r\u00e9flexion concernant l\u2019intitul\u00e9 de ce&nbsp;<em>working party<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La violence des origines<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa10\">C\u2019est apr\u00e8s une crise interne qui a entra\u00een\u00e9 le d\u00e9part de plusieurs de nos membres, crise qui nous a quelque peu surpris, que nous sommes revenus sur la naissance et l\u2019histoire de notre&nbsp;<em>working party<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa11\">En 2006, cinq ans apr\u00e8s la cr\u00e9ation des premiers&nbsp;<em>Working Parties<\/em>, le conseil de la FEP accepte le projet d\u2019Evelyne Sechaud, alors pr\u00e9sidente de la FEP (2004-2008), de cr\u00e9er un nouveau&nbsp;<em>working party<\/em>&nbsp;ayant pour objet&nbsp;<em>La Sp\u00e9cificit\u00e9 du traitement psychanalytique aujourd\u2019hui<\/em>. Les discussions qui pr\u00e9c\u00e9dent le vote sont v\u00e9cues par beaucoup comme tr\u00e8s difficiles voire violentes.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa12\">Les objections portaient sur l\u2019absence d\u2019hypoth\u00e8ses scientifiques de type universitaire \u00e0 la base du projet, sur l\u2019absence de repr\u00e9sentations-buts clairement d\u00e9finies, et critiquaient les objets de recherche et la m\u00e9thodologie propos\u00e9e. Ces objections \u00e9taient assez proches de celles adress\u00e9es depuis toujours \u00e0 partir de l\u2019ext\u00e9rieur de la psychanalyse. Aujourd\u2019hui, dans un contexte o\u00f9 pr\u00e9domine une conception \u00e9triqu\u00e9e de la science, une id\u00e9ologie scientiste, elles accr\u00e9ditent l\u2019id\u00e9e que la psychanalyse devrait se faire reconna\u00eetre selon des param\u00e8tres et des m\u00e9thodes venus d\u2019autres disciplines, qui sont diff\u00e9rents des conceptions que la psychanalyse elle-m\u00eame promeut comme pens\u00e9e scientifique, et souvent sont incompatibles avec celles-ci.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa13\">En s\u2019opposant \u00e0 cette ing\u00e9rence de r\u00e8gles et de m\u00e9thodes venues d\u2019autres disciplines pour r\u00e9tablir la m\u00e9thode psychanalytique, fond\u00e9e sur le couple association libre et \u00e9coute \u00e9galement suspendue telle que Freud l\u2019a patiemment mise au point, nous avons d\u00e9clench\u00e9 des r\u00e9actions dont la violence a pu nous \u00e9tonner, jusqu\u2019\u00e0 ce que nous y reconnaissions celles qui avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9es par la psychanalyse naissante. La vraie surprise \u00e9tait que cette opposition venait de l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame du mouvement psychanalytique. En fait, ce mouvement de r\u00e9sistance interne \u00e0 la m\u00e9thode a toujours exist\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa14\">La critique portant sur l\u2019absence de repr\u00e9sentations-buts pr\u00e9d\u00e9finies et de m\u00e9thode pr\u00e9fix\u00e9e indique combien la remise en question de ce qui est chez beaucoup d\u2019analystes une conviction in\u00e9branlable sur ce que sont les crit\u00e8res qui font la sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychanalyse peut \u00eatre v\u00e9cue comme une provocation, ou un acte blasph\u00e9matoire qui attente \u00e0 une croyance. Tout esprit scientifique, pourtant, peut reconna\u00eetre que ce type de certitude pr\u00e9\u00e9tablie, ou \u00e9tablie et inamovible, qu\u2019elle concerne les buts de recherche ou la m\u00e9thode, est une limitation \u00e0 l\u2019esprit d\u2019investigation, voire une source d\u2019erreur.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa15\"><a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/pro?thematique=psy&amp;WT.tsrc=CairnProArticleLCP_171_0024\"><\/a>Enfin, ne s\u2019inscrivant pas dans le cadre des recherches empiriques qui mettent en avant le d\u00e9nombrement, mais proposant de travailler \u00e0 partir de la m\u00e9thode psychanalytique elle-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire empirique dans un autre sens, la recherche du&nbsp;<em>Working party<\/em>&nbsp;sur la&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9 du Traitement Psychanalytique<\/em>&nbsp;a pu \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un acte hostile par tous ceux qui \u0153uvrent pour la reconnaissance du caract\u00e8re scientifiquement valable de la psychanalyse par les autres disciplines&nbsp;scientifiques, et \u00e0 l\u2019aide des m\u00e9thodes propres \u00e0 ces disciplines. Sans d\u00e9nier \u00e0 ces recherches empiriques la capacit\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir du savoir, nous souhaitons poursuivre une recherche en poussant aussi loin que possible la m\u00e9thode de l\u2019association libre, et en pr\u00e9senter les r\u00e9sultats. Le proc\u00e8s de leur validation ou de leur invalidation ne peut intervenir dans un temps&nbsp;<em>a priori<\/em>, forc\u00e9ment sp\u00e9culatif, mais n\u00e9cessairement dans un temps second, voire, pour rester dans notre domaine psychanalytique, dans un apr\u00e8s coup.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa16\">Le&nbsp;<em>Working party<\/em>&nbsp;sur la&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9<\/em>&nbsp;propose une autre fa\u00e7on de travailler et d\u2019envisager la psychanalyse qui ne s\u2019inscrit pas dans le courant de la recherche empirique et universitaire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Juger ce qui est ou n\u2019est pas une psychanalyse&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa17\">Sur invitation d\u2019\u00c9velyne Sechaud, la premi\u00e8re r\u00e9union du groupe a lieu \u00e0 Paris en juin 2006 en pr\u00e9sence de Jacqueline Amati-Mehler, Tamara Stajner, Stefano Bolognini, Daniel Widl\u00f6cher et Leopoldo Bleger comme secr\u00e9taire. Anders Zachrisson, emp\u00each\u00e9 de participer \u00e0 la r\u00e9union, avait envoy\u00e9 sa contribution \u00e9crite.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa18\">La discussion se centre sur la complexit\u00e9 des param\u00e8tres \u00e0 prendre en consid\u00e9ration pour d\u00e9finir la sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychanalyse et sur les questions de cette sp\u00e9cificit\u00e9 par rapport \u00e0 la psychoth\u00e9rapie. Pour certains, le noyau dur central de la psychanalyse est compos\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments freudiens qui d\u00e9coulent de la r\u00e8gle fondamentale, telles la r\u00e8gle d\u2019abstinence, la neutralit\u00e9, la libre association ou encore la r\u00e9gression. Mais, hormis ce dernier aspect, les autres composantes peuvent aussi se retrouver en psychoth\u00e9rapie. Pour d\u2019autres psychanalystes, le noyau central serait plut\u00f4t constitu\u00e9 par l\u2019inconscient et par la sexualit\u00e9 infantile.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa19\">Les participants \u00e0 cette premi\u00e8re rencontre soulignent que, contrairement \u00e0 la psychoth\u00e9rapie, la psychanalyse a aussi la perspective d\u2019induire des changements structuraux chez l\u2019analysant et de l\u2019ouvrir \u00e0 une certaine acceptation de la complexit\u00e9 de son monde interne, \u00e0 l\u2019incertitude et au non savoir avec lequel chacun vit. Pour eux, il ne peut y avoir de repr\u00e9sentation but en psychanalyse. Nous y reviendrons plus loin. En effet, en psychanalyse, il serait r\u00e9ducteur de se focaliser uniquement sur le contenu de l\u2019interpr\u00e9tation. L\u2019effet des interventions de l\u2019analyste et de ses interpr\u00e9tations ne peuvent, parfois, s\u2019\u00e9valuer que beaucoup plus tard au cours du processus, dans un effet d\u2019apr\u00e8s coup. C\u2019est, entre autres, pourquoi, en psychanalyse, il serait indispensable de consid\u00e9rer la perspective du processus au long terme.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa20\">S\u2019int\u00e9resser directement aux effets des interventions en termes d\u2019efficacit\u00e9 pour le traitement du patient et pour sa pathologie, se situerait plut\u00f4t dans un registre psychoth\u00e9rapeutique. Le psychanalyste quant \u00e0 lui, tenterait d\u2019amener le patient \u00e0 d\u00e9velopper une pens\u00e9e analytique&nbsp;: travailler sur un mode associatif pour l\u2019analyste en \u00e9cho aux associations de son patient irait dans le sens d\u2019un travail psychanalytique. Pourtant, avec certains patients, l\u2019analyste ne peut pas laisser \u00ab&nbsp;simplement&nbsp;\u00bb flotter son attention mais il doit \u00eatre plus cr\u00e9atif, plus actif aussi, \u00e0 cause des r\u00e9sistances du patient ou \u00e0 cause d\u2019un moins bon \u00e9toffement du psychisme de celui-ci.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa21\">D\u00e8s la phase initiale de la&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9<\/em>, les psychanalystes qui y participent d\u00e9cident de se focaliser sur l\u2019exploration de la m\u00e9thode analytique dans sa pratique actuelle plut\u00f4t que sur les diff\u00e9rences entre psychanalyse et psychoth\u00e9rapie, point essentiel sur lequel nous reviendrons plus loin\u202f<sup>2<\/sup>. Il ne s\u2019agit pas de juger ce que fait l\u2019analyste et si ce qu\u2019il fait est du travail psychanalytique ou psychoth\u00e9rapeutique. Il \u00e9tait clair dans l\u2019id\u00e9e initiale que les mod\u00e9rateurs des groupes ne se situent ni dans une position de superviseur, ni de savoir ou de jugement sur ce qui serait psychanalytique ou ne le serait pas par rapport au mat\u00e9riel des s\u00e9ances qui est amen\u00e9 par l\u2019analyste-pr\u00e9sentateur. Dans sa contribution \u00e9crite \u00e0 cette premi\u00e8re r\u00e9union, Anders Zachrisson dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est d\u2019une importance cruciale de maintenir et de d\u00e9fendre la psychanalyse pour qu\u2019elle reste un syst\u00e8me ouvert de connaissance&nbsp;\u00bb. Ceci implique qu\u2019il existe toujours une tension entre la sp\u00e9cificit\u00e9 et la diversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa22\">En d\u2019autres mots, notre projet est bien de r\u00e9fl\u00e9chir, sans savoir pr\u00e9alable, sur la sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychanalyse \u00e0 partir du mat\u00e9riel clinique incluant celui de patients qui pr\u00e9sentent des fonctionnements psychiques tels que nous les rencontrons de nos jours et en tenant compte de l\u2019\u00e9cart entre la pratique et les th\u00e9ories. C\u2019est bien de la psychanalyse \u00ab&nbsp;en son temps&nbsp;\u00bb qu\u2019il s\u2019agit mais telle qu\u2019elle est trait\u00e9e face aux d\u00e9fis et aux interrogations que les conditions actuelles lui imposent.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La sp\u00e9cificit\u00e9, c\u2019est le traitement psychanalytique<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa23\">L\u2019association des termes \u00ab&nbsp;sp\u00e9cificit\u00e9&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb pourrait, \u00e0 premi\u00e8re vue, pr\u00eater \u00e0 confusion. En effet, la sp\u00e9cificit\u00e9 est ce \u00ab&nbsp;qui pr\u00e9sente une caract\u00e9ristique originale et exclusive&nbsp;\u00bb (Dictionnaire TLF, 2004). Mais, comme le souligne Leopoldo Bleger (2009), une sp\u00e9cificit\u00e9, celle de la psychanalyse, ne pourrait, alors, pas varier au gr\u00e9 des circonstances ou de l\u2019histoire, ni \u00eatre li\u00e9e \u00e0 une condition temporelle. Or le \u00ab&nbsp;<em>aujourd\u2019hui<\/em>&nbsp;\u00bb de l\u2019intitul\u00e9 vient contredire l\u2019id\u00e9e que la sp\u00e9cificit\u00e9 ou les sp\u00e9cificit\u00e9s de la psychanalyse seraient immuables. Il s\u2019agit de r\u00e9fl\u00e9chir et de la (ou de les) penser en lien avec ce qui se fait comme \u00ab&nbsp;traitement psychanalytique&nbsp;\u00bb aujourd\u2019hui. C\u2019est tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de cet intitul\u00e9 parce qu\u2019il contient cette contradiction et cette compl\u00e9mentarit\u00e9. Cette contradiction, source f\u00e9conde d\u2019\u00e9laborations, circonscrit un terrain, un champ, et ouvre \u00e0 des questions tr\u00e8s int\u00e9ressantes et tr\u00e8s pertinentes.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa24\">Ce qui r\u00e9v\u00e8le la sp\u00e9cificit\u00e9 de la psychanalyse aujourd\u2019hui, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment les conditions actuelles de son exercice, de ce qui se fait aujourd\u2019hui, du comment et du pourquoi. Il ne s\u2019agit donc pas de pr\u00f4ner des modifications de la psychanalyse en fonction des pressions sociales et des difficult\u00e9s culturelles d\u2019aujourd\u2019hui, mais de suivre pas \u00e0 pas la mani\u00e8re dont la psychanalyse \u00e9volue tout en restant sp\u00e9cifique.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa25\">La formule du traitement psychanalytique&nbsp;<em>aujourd\u2019hui<\/em>&nbsp;inclut aussi cet aspect du transfert d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb, d\u2019\u00eatre ce qui, aujourd\u2019hui, s\u2019actualise et peut \u00eatre trait\u00e9, et de ce qui, advenu ailleurs dans le temps et dans l\u2019espace, a laiss\u00e9 les traces, rep\u00e9rables dans le&nbsp;<em>hic et nunc<\/em>, de ce qui a \u00e9t\u00e9 refoul\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa26\">Aujourd\u2019hui \u00e9voque aussi la \u00ab&nbsp;situation multiculturelle&nbsp;\u00bb de la psychanalyse actuelle. Cette donn\u00e9e est tr\u00e8s pr\u00e9sente dans nos groupes cliniques o\u00f9 chaque participant am\u00e8ne quelque chose de sa propre culture analytique d\u2019origine. Cette diversit\u00e9 culturelle \u00e9merge et participe \u00e0 ce qui sera actualis\u00e9 dans le mat\u00e9riel de nos groupes de la m\u00eame mani\u00e8re que ces aspects peuvent \u00e9merger dans l\u2019ici et le maintenant d\u2019une cure analytique.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa27\">Le terme de&nbsp;<em>traitement<\/em>&nbsp;fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette mani\u00e8re singuli\u00e8re dont la psychanalyse \u00ab&nbsp;traite&nbsp;\u00bb ceux qui viennent \u00e0 elle avec une forme ou une autre de demande. Mais, c\u2019est aussi la mani\u00e8re dont&nbsp;<em>un<\/em>&nbsp;ou&nbsp;<em>le<\/em>&nbsp;psychanalyste \u00ab&nbsp;traite&nbsp;\u00bb tous les \u00e9l\u00e9ments du mat\u00e9riel qui se pr\u00e9sentent \u00e0 lui, \u00e0 commencer par ses propres exp\u00e9riences psychiques. Cette caract\u00e9ristique n\u2019est pas nouvelle mais la prise en compte de la mani\u00e8re dont l\u2019analyste transforme de nos jours ses propres exp\u00e9riences psychiques est certainement plus soutenue, plus vive que par le pass\u00e9. La sp\u00e9cificit\u00e9 serait,&nbsp;<em>in fine<\/em>, une mani\u00e8re de penser la situation du psychanalyste dans le monde actuel&nbsp;: l\u2019impact et l\u2019intensit\u00e9 de ce qu\u2019il a \u00e0 traiter et la mani\u00e8re dont il le fait.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa28\">Le terme de&nbsp;<em>traitement<\/em>&nbsp;peut \u00eatre entendu dans le sens premier de \u00ab&nbsp;curatif&nbsp;\u00bb, th\u00e9matiquement avec l\u2019opposition psychoth\u00e9rapie\/psychanalyse. Mais, il nous semble que le terme traitement est \u00e0 entendre dans son double sens de modalit\u00e9 th\u00e9rapeutique et de transformation du mat\u00e9riel inconscient. Le \u00ab&nbsp;r\u00e9sultat&nbsp;\u00bb du processus analytique s\u2019\u00e9value alors dans les caract\u00e9ristiques de la productivit\u00e9 psychique. En ce sens, le mot \u00ab&nbsp;traitement&nbsp;\u00bb signifie aussi processus, changement, \u00e9volution et transformation du mat\u00e9riel psychique. Pour nous, ce deuxi\u00e8me sens a pris de plus en plus d\u2019importance par rapport au sens&nbsp;<em>curatif<\/em>. La transformation vient du travail psychique de l\u2019analyste.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa29\">Tous ces diff\u00e9rents sens du mot traitement sont le t\u00e9moin de la richesse du langage et du plaisir que peut avoir l\u2019analyste \u00e0 jouer avec la polys\u00e9mie des mots. En ce sens, le mot&nbsp;<em>traitement<\/em>&nbsp;inclut, pour nous, \u00e9galement une r\u00e9flexion sur les caract\u00e8res et les modalit\u00e9s de la narration analytique, orale ou \u00e9crite.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa30\">D\u2019ailleurs, la multiplicit\u00e9 de sens \u00e0 donner \u00e0 ce terme appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 dans un texte de 1890 que Freud (1984) \u00e9crit \u00e0 l\u2019or\u00e9e de l\u2019invention de la psychanalyse\u202f<sup>3<\/sup>. V\u00e9ritable r\u00e9volution \u00e9pist\u00e9mologique, il prend acte dans ce texte du fait qu\u2019il ne s\u2019agit plus tellement du traitement des affections psychiques, mais plut\u00f4t du pouvoir de traitement du psychique, le&nbsp;<em>traitement psychique<\/em>&nbsp;(qui est d\u2019ailleurs le titre de son texte)&nbsp;: \u00ab&nbsp;[\u2026] les mots sont bien l\u2019outil essentiel du traitement psychique&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-il.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa31\">De mani\u00e8re analogue, la notion de \u00ab&nbsp;travail&nbsp;\u00bb qui occupe, on le sait, une place essentielle dans l\u2019\u0153uvre freudienne (travail psychique, travail de deuil, travail du r\u00eave et perlaboration&nbsp;<em>Durcharbeitung<\/em>&nbsp;entre autres) a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente dans l\u2019\u00e9laboration conceptuelle et clinique des nombreux courants psychanalytiques, comme, par exemple, celui de Bion avec sa notion de \u00ab&nbsp;transformation&nbsp;\u00bb ou, dans la psychanalyse fran\u00e7aise avec la question de la perlaboration dans la cure analytique. Et ce n\u2019est sans doute pas un hasard si Pichon Rivi\u00e8re a appel\u00e9 ses groupes \u00ab&nbsp;op\u00e9ratifs&nbsp;\u00bb o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de travail est aussi implicite. Notre&nbsp;<em>Working party<\/em>, de par sa m\u00e9thodologie et ses interrogations, s\u2019inscrit dans cette optique visant \u00e0 interroger la mani\u00e8re dont \u00ab&nbsp;le psychique&nbsp;\u00bb traite et transforme les sentiments, les perceptions et les pens\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quel type de recherche en psychanalyse&nbsp;?<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa32\">La r\u00e9flexion \u00e9pist\u00e9mologique, pr\u00e9sente en arri\u00e8re fond dans notre groupe d\u00e8s le d\u00e9but, a rev\u00eatu une importance croissante au fil du temps. Alors que cette r\u00e9flexion est intimement intriqu\u00e9e au travail sur le dispositif, nous les aborderons, pour des raisons de clart\u00e9, s\u00e9par\u00e9ment dans cet article. D\u00e8s le d\u00e9but, la n\u00e9cessit\u00e9 nous est apparue de travailler en psychanalystes en utilisant la m\u00e9thode d\u2019exploration la plus psychanalytique possible pour d\u00e9finir la sp\u00e9cificit\u00e9 du traitement analytique en restant au plus pr\u00e8s de l\u2019esprit et de la m\u00e9thode analytique, de sa rigueur et de sa puret\u00e9. Nous nous sommes \u00ab&nbsp;rendus compte qu\u2019un des crit\u00e8res inconscients ayant pu d\u00e9terminer notre choix de m\u00e9thode de recherche \u00e9tait la conviction implicite (suppos\u00e9e partag\u00e9e par tous dans notre groupe), que ce type de recherche impliquait le respect de la sp\u00e9cificit\u00e9 radicale de la psychanalyse. D\u00e8s lors, il nous semblait que la recherche en psychanalyse ne pouvait \u00eatre abord\u00e9e avec les m\u00e9thodes de recherche propres \u00e0 d\u2019autres domaines&nbsp;\u00bb (Van Lysebeth&nbsp;<em>et coll.<\/em>, 2008, p. 28), en \u00e9cartant en m\u00eame temps l\u2019examen d\u2019autres param\u00e8tres de la psychologie acad\u00e9mique habituelle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Diff\u00e9rents types de recherche<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa33\">Il existe de multiples formes de recherche en psychanalyse que nous pouvons sch\u00e9matiser de la fa\u00e7on suivante&nbsp;: la recherche clinique, la recherche conceptuelle et la recherche empirique. La recherche est polyvalente, mais l\u2019objet et le but sont diff\u00e9rents pour chaque forme de recherche et, comme le dit Widl\u00f6cher (2007), notre \u00ab&nbsp;grille d\u2019\u00e9coute&nbsp;\u00bb ne sera pas la m\u00eame puisque nous n\u2019entendons pas la m\u00eame chose derri\u00e8re les m\u00eames objets d\u2019\u00e9coute. Widl\u00f6cher distingue recherche \u00ab&nbsp;sur&nbsp;\u00bb la psychanalyse et recherche \u00ab&nbsp;en&nbsp;\u00bb psychanalyse. La recherche \u00ab&nbsp;sur&nbsp;\u00bb la psychanalyse, souvent effectu\u00e9e par des non-analystes, utilise des instruments ext\u00e9rieurs \u00e0 la psychanalyse, par exemple, des grilles d\u2019\u00e9valuations d\u00e9riv\u00e9es de la psychologie, de la psychiatrie ou de la sociologie. La recherche \u00ab&nbsp;en&nbsp;\u00bb psychanalyse est faite par des psychanalystes dans leur identit\u00e9 de psychanalyste et porte sur des \u00ab&nbsp;faits psychanalytiques&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa34\">Alors que nous sommes d\u2019avis que toute les formes de recherche sont utiles et devraient \u00eatre soutenues, nous avons l\u2019impression que ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la recherche objectivable, la recherche \u00ab&nbsp;sur&nbsp;\u00bb la psychanalyse a \u00e9t\u00e9 valoris\u00e9e financi\u00e8rement et politiquement par les instances psychanalytiques au d\u00e9triment de la recherche clinique (\u00ab&nbsp;en&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;par&nbsp;\u00bb la psychanalyse) et de la recherche conceptuelle. C\u2019est un renversement de la culture analytique puisque c\u2019est de la d\u00e9marche clinique que sont issus tous les grands mod\u00e8les th\u00e9oriques propos\u00e9s par Freud et c\u2019est sur la base de la clinique que se sont d\u00e9velopp\u00e9es les controverses suscit\u00e9es par ces mod\u00e8les. Or, la d\u00e9marche de Freud, qui se base essentiellement sur une approche et une r\u00e9flexion cliniques et ses apr\u00e8s-coups, d\u00e9montre bien qu\u2019il y a une coh\u00e9rence interne \u00e0 sa m\u00e9thode et celle-ci ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 une grille de crit\u00e8res universels et irr\u00e9futables.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa35\">La recherche empirique en psychanalyse ne semble plus avoir pour but d\u2019approfondir les connaissances du fonctionnement psychique mais semble destin\u00e9e \u00e0 convaincre des personnes qui ne sont pas analystes de l\u2019utilit\u00e9 de la psychanalyse, de son efficacit\u00e9 et d\u2019un rapport prix\/efficacit\u00e9 qui n\u2019est pas en d\u00e9faveur de la psychanalyse compar\u00e9 aux th\u00e9rapies centr\u00e9es sur les sympt\u00f4mes. La survie de la psychoth\u00e9rapie psychanalytique et de la psychanalyse, en tant que modalit\u00e9s de soin, d\u00e9pend des r\u00e9sultats de ces \u00e9tudes (Fonagy, 2002, 2004).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa36\">La recherche initi\u00e9e par Tuckett dans ses groupes sur les \u00ab&nbsp;<em>Comparative Clinical Methods<\/em>&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Comparaison de M\u00e9thodes Cliniques&nbsp;\u00bb) penche du c\u00f4t\u00e9 de la recherche empirique et le but de cette entreprise est tr\u00e8s clairement annonc\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re page du livre de Tuckett&nbsp;: d\u00e9terminer ce qui est et n\u2019est pas psychanalytique (\u2026 \u00ab&nbsp;<em>to be able to address the question&nbsp;: what is and what is not psychoanalysis<\/em>&nbsp;?&nbsp;\u00bb). Est-ce qu\u2019une d\u00e9claration aussi tranch\u00e9e ne pourrait pas \u00eatre, aussi, entendue comme une tentative de mainmise sur la psychanalyse&nbsp;? L\u2019id\u00e9e d\u2019expurger nos th\u00e9ories de leurs contradictions internes et des contradictions entre elles n\u2019est sans doute pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 cette approche. C\u2019est oublier que les th\u00e9ories ne sont que des mod\u00e8les qui \u00e9voluent et non pas des objets fig\u00e9s \u00e0 tout jamais. Ainsi, deux tendances se retrouvent dans la recherche actuelle&nbsp;: celle qui veut r\u00e9duire l\u2019\u00e9cart entre th\u00e9orie et pratique et celle qui pense que cet \u00e9cart est essentiel et vital pour la psychanalyse. Pour Perron (1998), c\u2019est la th\u00e9orie qui prime dans la constitution et la construction des faits psychanalytiques. Pour les tenants de cette position, cette tension entre pratique et th\u00e9orie serait source de productivit\u00e9 et de cr\u00e9ativit\u00e9. Donnet (1995) l\u2019\u00e9nonce en \u00e9crivant qu\u2019il y a \u00ab&nbsp;une p\u00e9n\u00e9tration agie de l\u2019inconscient dans la th\u00e9orie cens\u00e9e le repr\u00e9senter&nbsp;\u00bb. C\u2019est de ces deux conceptions du savoir -qui recouvrent celle de la th\u00e9orie de l\u2019inconscient- que d\u00e9coulent les positions oppos\u00e9es. On peut m\u00eame dire que ce hiatus -cet \u00e9cart entre clinique et th\u00e9orie qu\u2019on souhaite r\u00e9duire- est, pour nous, le lieu m\u00eame o\u00f9 la recherche freudienne se fait&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa37\">Il semblerait qu\u2019il continue \u00e0 exister, m\u00eame parmi les analystes, cette utopie que la psychanalyse et la recherche pourraient \u00eatre \u00ab&nbsp;pures&nbsp;\u00bb comme si celles-ci n\u2019\u00e9taient pas influenc\u00e9es par l\u2019histoire et la culture dans laquelle elles se d\u00e9ploient. Or, dans cette querelle autour de la recherche en psychanalyse, l\u2019IPA vient de reconna\u00eetre trois mod\u00e8les de formations psychanalytiques, le mod\u00e8le Eitingon, le mod\u00e8le fran\u00e7ais et le mod\u00e8le uruguayen, t\u00e9moins de cultures analytiques diff\u00e9rentes. Cette question des diff\u00e9rentes cultures analytiques prendra sans doute une place de plus en plus importante dans les prochaines ann\u00e9es puisque chaque mod\u00e8le a sa coh\u00e9rence interne et ses particularit\u00e9s ont des incidences sur la conception, la pratique et la formation \u00e0 la psychanalyse et,&nbsp;<em>a fortiori<\/em>, sur la recherche. Chaque mod\u00e8le d\u00e9veloppera probablement sa propre recherche et ses propres modalit\u00e9s de recherche. Accepter cette diversit\u00e9 est indispensable pour que, dans un deuxi\u00e8me temps, nous puissions discuter des mouvements processuels propres \u00e0 chaque mod\u00e8le analytique avec leurs diff\u00e9rences et leurs compl\u00e9mentarit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Sp\u00e9cificit\u00e9, une recherche au plus pr\u00e8s des conceptions de Freud<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa38\">Qu\u2019en est-il des critiques initiales qui d\u00e9ploraient le manque de repr\u00e9sentation buts de la Sp\u00e9cificit\u00e9&nbsp;? Pour comprendre nos r\u00e9f\u00e9rences de recherche, il est important de rappeler la d\u00e9finition complexe que donne Freud (1922) de la psychanalyse, et qui articule, en les distinguant, trois niveaux.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa39\">La psychanalyse est&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>un proc\u00e9d\u00e9 d\u2019investigation des processus psychiques inconscients, qui autrement sont \u00e0 peine accessibles. Ce proc\u00e9d\u00e9 est celui de l\u2019association libre des id\u00e9es&nbsp;;<\/li><li>une m\u00e9thode de traitement des troubles psychiques, qui se fonde sur cette investigation&nbsp;;<\/li><li>une th\u00e9orisation organisant les connaissances issues de cette exp\u00e9rience pratique qu\u2019en retour elle inspire.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Pour Freud, il est donc impossible de s\u00e9parer le processus d\u2019investigation clinique des troubles psychiques et la recherche. \u00ab&nbsp;La m\u00e9thode de l\u2019investigation qui fait la th\u00e9orie est la m\u00e9thode th\u00e9rapeutique elle-m\u00eame&nbsp;\u00bb (Apfelbaum, 2001). Freud met en premier lieu de cette d\u00e9finition les m\u00e9thodes d\u2019investigation qui permettent de d\u00e9couvrir des processus psychiques inconscients qu\u2019on ne peut d\u00e9couvrir autrement. Remarquons que Freud place la th\u00e9orie en troisi\u00e8me et derni\u00e8re place de cette d\u00e9finition. C\u2019est effectivement une toute autre d\u00e9marche de partir de concepts et de th\u00e9ories existants sans prendre en compte la recherche sur la m\u00e9thode.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa40\">Notre d\u00e9marche est aliment\u00e9e par ce qui fait la sp\u00e9cificit\u00e9 de la m\u00e9thode freudienne de la recherche, c\u2019est-\u00e0-dire la mise en place d\u2019une mani\u00e8re de penser, de d\u00e9duire et de faire des hypoth\u00e8ses partageables entre analystes du monde entier. C\u2019est la d\u00e9marche de la recherche elle-m\u00eame et la mani\u00e8re de traiter les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es dans le mat\u00e9riel clinique pr\u00e9sent\u00e9 dans les groupes qui sont \u00e0 leur tour l\u2019objet et le r\u00e9sultat de la recherche. Du point de vue de la recherche \u00e9pist\u00e9mologique, deux voies sont possibles&nbsp;: soit des hypoth\u00e8ses sont mises \u00e0 l\u2019\u00e9preuve en essayant de d\u00e9finir leur degr\u00e9 de validit\u00e9 soit, et c\u2019est la voie choisie par la Sp\u00e9cificit\u00e9, dans un premier temps le travail consiste \u00e0 \u00e9laborer des hypoth\u00e8ses, \u00e0 partir du mat\u00e9riel clinique, qui seront ult\u00e9rieurement \u00e0 exp\u00e9rimenter et \u00e0 v\u00e9rifier. Ces deux voies ne visent pas le m\u00eame objet de recherche puisque chaque voie construit son propre objet, son approche sp\u00e9cifique de l\u2019objet qu\u2019elle d\u00e9finit de mani\u00e8re singuli\u00e8re (Roussillon, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa41\">La&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9<\/em>&nbsp;est une \u00ab&nbsp;recherche action&nbsp;\u00bb. La m\u00e9thode est con\u00e7ue comme \u00ab&nbsp;la possibilit\u00e9 de reconstituer le chemin par lequel on est pass\u00e9, sans en avoir une claire conscience&nbsp;\u00bb (Lalande, 2006). \u00c0 partir du moment o\u00f9 des hypoth\u00e8ses sont \u00e9tablies pour une recherche, le risque de vouloir \u00ab&nbsp;coller&nbsp;\u00bb \u00e0 ses hypoth\u00e8ses biaise la recherche. Pour nous, il est essentiel de rester le plus ouvert possible, le plus \u00e0 l\u2019\u00e9coute possible de ce qui va \u00e9merger dans le processus de la rencontre entre le patient et l\u2019analyste. \u00ab&nbsp;De telle sorte que la recherche s\u2019est men\u00e9e sans repr\u00e9sentation but pr\u00e9alable et que c\u2019est dans l\u2019apr\u00e8s-coup qu\u2019il nous appara\u00eet possible de tenter de restituer la m\u00e9thode, le chemin suivi avec le sentiment qu\u2019il s\u2019agit bien l\u00e0 d\u2019une recherche proprement analytique (Donnet, texte non publi\u00e9).&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019organisation interne du WP Sp\u00e9cificit\u00e9 du Traitement Psychanalytique Aujourd\u2019hui<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le comit\u00e9 d\u2019organisation<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa42\">Le&nbsp;<em>chair<\/em>&nbsp;des&nbsp;<em>working parties<\/em>&nbsp;est \u00e9lu par le council de la FEP. \u00c9velyne Sechaud en a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re pr\u00e9sidente de 2006 \u00e0 2009 et Serge Frisch a repris la rel\u00e8ve depuis lors. Leopoldo Bleger en a assur\u00e9 le secr\u00e9tariat depuis ses d\u00e9buts. Ces trois personnes ont, dans les faits, repris les fonctions d\u00e9volues habituellement aux comit\u00e9s ex\u00e9cutifs. Ce groupe s\u2019occupe des questions d\u2019organisation et de pr\u00e9paration des groupes cliniques lors des congr\u00e8s&nbsp;: demander \u00e0 des coll\u00e8gues chevronn\u00e9s de pr\u00e9senter leur mat\u00e9riel clinique, d\u00e9cider des rapporteurs et des couples de mod\u00e9rateurs. Ce groupe organise \u00e9galement les r\u00e9unions du groupe recherche. Tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement, ces coll\u00e8gues discutent avec des analystes qui se situent en position tierce par rapport au travail de la Sp\u00e9cificit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le groupe de recherche<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa43\">Un groupe de recherche se r\u00e9unit r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 Paris pour r\u00e9fl\u00e9chir davantage sur la m\u00e9thode de la Sp\u00e9cificit\u00e9 et pour \u00e9laborer le contenu des groupes de travail des congr\u00e8s. Ce groupe est actuellement compos\u00e9 des coll\u00e8gues suivants&nbsp;: J. Abram (BPS), A. Alexandridis (Hellenic Soc, APF), L. Bleger (APF), S. Bolognini (SPI), C. Desvignes (SPRF), MF. Dispaux (SBP), Y. Dorey (APF), B. Filet (NPAG), S. Frisch (SBP), N. Gougoulis (SPP), E. Kittler (DPV), L. Michel (SSP), N. Minazio (SBP), E. Sechaud (APF), P. Valon (APF), E. Weil (SPP). Notre coll\u00e8gue R. Shaw (APSaA) participe \u00e0 nos r\u00e9unions dans le but de se former \u00e0 notre m\u00e9thodologie et de d\u00e9velopper notre mod\u00e8le aux Etats-Unis. Ce groupe qui incarne en quelque sorte&nbsp;<em>l\u2019institution<\/em>&nbsp;(J. Bleger, 1981, 1987), se r\u00e9unit au moins une ou deux fois par an pour discuter des grandes orientations du&nbsp;<em>Working party<\/em>&nbsp;sur la&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9 du Traitement Psychanalytique Aujourd\u2019hui<\/em>&nbsp;et des sous-groupes se r\u00e9unissent selon leur besoin pour travailler des questions sp\u00e9cifiques\u202f<sup>4<\/sup>. En tant que&nbsp;<em>groupe de recherche<\/em>, il vise \u00e0 d\u00e9finir et \u00e0 \u00e9laborer les principaux param\u00e8tres \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le traitement psychanalytique tel qu\u2019il est pratiqu\u00e9 dans la diversit\u00e9 des th\u00e9ories et des pratiques qui existent dans le champ psychanalytique aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">L\u2019extension de la Sp\u00e9cificit\u00e9<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa44\">Plusieurs groupes nationaux de la Sp\u00e9cificit\u00e9 existent comme, par exemple, en France, en Suisse et en Belgique ainsi que en Am\u00e9rique du Nord et, tout r\u00e9cemment en Am\u00e9rique Latine. M\u00eame si les modalit\u00e9s pr\u00e9cises de travail de ces groupes peuvent diff\u00e9rer dans chaque pays, les analystes qui en font partie se r\u00e9unissent habituellement une fois par mois pour travailler la clinique suivant le mod\u00e8le \u00e9labor\u00e9 par la Sp\u00e9cificit\u00e9 et que nous d\u00e9crirons en d\u00e9tail plus loin. Contrairement aux groupes&nbsp;qui se r\u00e9unissent pendant les congr\u00e8s, tous les membres de ces groupes nationaux communiquent dans leur langue maternelle, ils sont toujours les m\u00eames participants et ils appartiennent tous \u00e0 la m\u00eame soci\u00e9t\u00e9. Plusieurs textes sont issus du travail de ces groupes (Van Lysebeth, 2008&nbsp;; Bleger\u202f<sup>5<\/sup>, 2009&nbsp;; Dorey\u202f<sup>5<\/sup>, 2009).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa45\">Lors des congr\u00e8s, plusieurs coll\u00e8gues d\u2019Am\u00e9rique Latine et du Nord ont particip\u00e9 aux groupes Sp\u00e9cificit\u00e9 et souhaitent introduire cette m\u00e9thode de travail de la clinique sur leurs continents lors de congr\u00e8s de la FEPAL et de la NAPSAC.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le dispositif, premier objet de recherche<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa46\">Dans ce chapitre, nous souhaitons montrer que notre dispositif a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet central de notre recherche et ses modifications sont la cons\u00e9quence, un apr\u00e8s-coup des groupes pr\u00e9c\u00e9dents et de leur \u00e9laboration. Comme nous essayons de comprendre les implications de notre dispositif de travail sur les processus psychiques qui \u00e9mergent dans les groupes, ce dispositif, en cons\u00e9quence, a \u00e9volu\u00e9 de congr\u00e8s en congr\u00e8s, d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e. Nous reprenons ici l\u2019\u00e9volution, \u00e9tape par \u00e9tape, de notre dispositif pour souligner ce qui posait probl\u00e8me et comment nous y avons rem\u00e9di\u00e9 pour aboutir \u00e0 un dispositif qui fait ses preuves actuellement mais qui reste, toujours encore, objet de recherche.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\u00c9volution et complexification du dispositif<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa47\">Pour Widl\u00f6cher (2007), il y a trois grands axes de recherche&nbsp;: le dispositif, le contre-transfert et la th\u00e9orie. Il est donc int\u00e9ressant d\u2019analyser et de r\u00e9fl\u00e9chir sur \u00ab&nbsp;le dispositif-analysant&nbsp;\u00bb (Roussillon, 2007) de nos groupes de travail aux congr\u00e8s de la FEP \u00e0 Barcelone (2007), \u00e0 Vienne (2008), \u00e0 Bruxelles (2009), au congr\u00e8s de la NAPSAC de New York (2009) ainsi qu\u2019au congr\u00e8s de l\u2019IPA \u00e0 Chicago (2009).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa48\">Chaque m\u00e9thode construit son objet et son approche sp\u00e9cifique de l\u2019objet et elle le d\u00e9finit de mani\u00e8re singuli\u00e8re. Une particularit\u00e9 de notre approche est la dimension groupale&nbsp;: nous tentons de rechercher des hypoth\u00e8ses sur le fonctionnement et sur la r\u00e9alit\u00e9 psychiques de nos analysants en \u00ab&nbsp;mettant en sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb dans un groupe d\u2019analystes, la rencontre clinique entre un analyste et son patient dans le contexte de la clinique psychanalytique d\u2019aujourd\u2019hui. Notre travail est m\u00e9diatis\u00e9 par l\u2019interm\u00e9diaire du groupe et s\u2019appuie sur les processus de groupe, mais n\u2019est pas un travail centr\u00e9 sur l\u2019analyse des processus de groupe.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa49\">Notre pratique a construit\/d\u00e9construit notre dispositif amenant \u00e0 interroger, \u00e0 re-sp\u00e9cifier et \u00e0 red\u00e9finir chaque \u00e9l\u00e9ment de notre dispositif. \u00c9tant donn\u00e9 que notre dispositif est un des objets de recherche, nous avons essay\u00e9 de cr\u00e9er un dispositif sur mesure pour nous adapter aux particularit\u00e9s de cette situation \u00ab&nbsp;clinique&nbsp;\u00bb de la Sp\u00e9cificit\u00e9 et de ses \u00ab&nbsp;\u00e9tats psychiques&nbsp;\u00bb sp\u00e9cifiques. Il nous semble important de d\u00e9crire ces diff\u00e9rentes phases de nos interrogations et des changements du dispositif qui en ont r\u00e9sult\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa50\">C\u2019est au congr\u00e8s de la FEP \u00e0 Barcelone en 2007 que le travail de la Sp\u00e9cificit\u00e9 a r\u00e9ellement commenc\u00e9 et que six groupes, quatre anglophones et deux francophones, ont \u00e9t\u00e9 mis en place. Le travail clinique dans les groupes Sp\u00e9cificit\u00e9 s\u2019\u00e9tendait sur deux demi-journ\u00e9es&nbsp;: il d\u00e9butait le matin par une s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re pour tous les participants puis les participants travaillaient en petits groupes jusqu\u2019au soir. Une s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re de deux heures cl\u00f4turait le travail.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa51\">Chaque petit groupe \u00e9tait compos\u00e9 de douze \u00e0 quinze participants, de deux mod\u00e9rateurs et d\u2019un rapporteur, en plus du coll\u00e8gue chevronn\u00e9 qui pr\u00e9sentait le mat\u00e9riel clinique. Ce mat\u00e9riel clinique comprenait des \u00e9l\u00e9ments d\u2019anamn\u00e8se et des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019histoire de la psychanalyse en cours suivi de trois s\u00e9ances d\u2019analyse. Cette fa\u00e7on de pr\u00e9senter correspondait \u00e0 une fa\u00e7on classique de pr\u00e9senter le mat\u00e9riel clinique dans des groupes de supervision ou d\u2019intervision.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa52\">Lors du d\u00e9roulement \u00e0 ces groupes \u00e0 Barcelone en 2007, l\u2019analyste pr\u00e9sentateur pouvait participer aux \u00e9changes et intervenir autant qu\u2019il le souhaitait sur les remarques des participants. Les participants pouvaient, aussi, lui poser directement des questions auxquelles il r\u00e9pondait. Nous nous sommes alors rendus compte que, bien souvent, les participants, confront\u00e9s \u00e0 des mod\u00e8les analytiques qui leur \u00e9taient \u00e9trangers, avaient tendance \u00e0 vouloir superviser le pr\u00e9sentateur en lui sugg\u00e9rant des interventions plus \u00ab&nbsp;ad\u00e9quates&nbsp;\u00bb ou alors attaquaient franchement son style de travail en demandant au pr\u00e9sentateur de justifier le travail accompli dans des conditions parfois extr\u00eamement difficiles. Dans d\u2019autres groupes, les participants se focalisaient sur des \u00e9l\u00e9ments de la r\u00e9alit\u00e9 sociale et culturelle du pays dans lesquels l\u2019analyse s\u2019\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e. Ceci fut particuli\u00e8rement \u00e9vident dans un groupe o\u00f9 un coll\u00e8gue allemand fut attaqu\u00e9 quant \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019impossibilit\u00e9 de faire une vraie analyse&nbsp;\u00bb dans le contexte allemand, o\u00f9 l\u2019analyste doit envoyer plusieurs rapports circonstanci\u00e9s aux assurances pour que ces derni\u00e8res paient directement \u00e0 l\u2019analyste un certain nombre de s\u00e9ances d\u2019analyse accord\u00e9es au patient. Nous reviendrons bri\u00e8vement sur cet exemple plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa53\">Le fait que l\u2019analyste pr\u00e9sentateur puisse intervenir autant qu\u2019il le souhaitait dans les \u00e9changes entre participants du groupe faisait que, dans certains groupes, la discussion d\u00e9rivait par moments vers la supervision ou en une empoignade entre tenants de positions extr\u00eames o\u00f9 tout \u00e9change et toute tentative de compr\u00e9hension&nbsp;de la position de l\u2019autre \u00e9tait exclus. \u00c0 certains moments, aussi, le groupe, sentant que l\u2019analyste se fragilisait, prenait une position de protection par rapport \u00e0 lui et aux attaques auxquelles il \u00e9tait soumis. Ceci fut tr\u00e8s clairement le cas lorsqu\u2019une analyste pr\u00e9senta le cas tr\u00e8s douloureux d\u2019un patient qui avait \u00e9t\u00e9 pers\u00e9cut\u00e9 et tortur\u00e9 suite \u00e0 son engagement politique et qu\u2019il apparut dans la discussion que l\u2019analyste avait, elle aussi, \u00e9t\u00e9 pers\u00e9cut\u00e9e et avait d\u00fb fuir le pays. L\u2019analyste \u00e9tait convaincue que son patient \u00e9tait au courant de cela, mais ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019avaient jamais os\u00e9 l\u2019aborder en s\u00e9ance. Le groupe s\u2019est montr\u00e9 alors fort protecteur envers la pr\u00e9sentatrice (comme cette derni\u00e8re l\u2019avait \u00e9t\u00e9 envers son patient) en n\u2019\u00e9voquant pas les collusions conscientes et inconscientes entre l\u2019analyste et son patient.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa54\">Tenant compte des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es \u00e0 Barcelone, nous avons modifi\u00e9 en profondeur le dispositif lors du congr\u00e8s de la FEP \u00e0 Vienne en 2008. Le cadre temporel est le m\u00eame que celui de Barcelone&nbsp;: s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re le matin, puis travail en petits groupes pendant deux demi-journ\u00e9es et cl\u00f4ture des travaux par la s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re finale.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa55\">La grande modification consiste dans l\u2019adoption du mod\u00e8le, certes remani\u00e9, de Norman et Salomonsson (2005) et des apports de Donnet (2005). A partir du congr\u00e8s de Vienne, il est demand\u00e9 au pr\u00e9sentateur de pr\u00e9parer, par \u00e9crit, trois ou quatre s\u00e9ances cons\u00e9cutives -une \u00ab&nbsp;semaine analytique&nbsp;\u00bb- avec un patient sans rien rapporter de l\u2019histoire personnelle de ce dernier ni quoi que ce soit de l\u2019histoire de l\u2019analyse en cours. Le pr\u00e9sentateur plonge directement les participants dans une s\u00e9ance sans que ceux-ci connaissent l\u2019\u00e2ge ou m\u00eame le sexe du patient. Une fois la s\u00e9ance rapport\u00e9e, le pr\u00e9sentateur doit rester silencieux durant tous les \u00e9changes entre les participants et ne peut pas, non plus, r\u00e9pondre aux \u00e9ventuelles questions directes qui lui sont pos\u00e9es. Sur indication des mod\u00e9rateurs, il pr\u00e9sente la seconde s\u00e9ance qui sera suivie de discussion entre les participants. Le pr\u00e9sentateur reste silencieux et ainsi de suite. Ce n\u2019est qu\u2019en fin de journ\u00e9e que le pr\u00e9sentateur est lib\u00e9r\u00e9 de son silence, qu\u2019il peut intervenir et prendre part \u00e0 la discussion. Nous y reviendrons plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa56\">L\u2019introduction de la m\u00e9thode Salomonsson a \u00e9norm\u00e9ment apport\u00e9 \u00e0 la qualit\u00e9 de la discussion&nbsp;: plut\u00f4t que de se centrer sur le patient et les \u00e9changes patient\/analyste, les participants tissent leurs associations \u00e0 partir du mat\u00e9riel et des interventions des autres participants. Le travail se fait \u00e0 partir du mat\u00e9riel entendu mais celui-ci devient progressivement plus int\u00e9rioris\u00e9. Ce tissu associatif auquel chaque participant apporte ses r\u00e9flexions, ses id\u00e9es, ses hypoth\u00e8ses, devient un travail de pens\u00e9e, proche de la pens\u00e9e du r\u00eave plus qu\u2019un travail de r\u00e9flexion secondaris\u00e9. En ce sens, ce travail groupal associatif est proche du fonctionnement analytique et refl\u00e8te ce qui se passe entre un analyste et son analysant. Pour Donnet (2005), le r\u00e9cit de cas sert de medium pour la confrontation de nos exp\u00e9riences \u00e0 partir de notre pratique, il est le trait d\u2019union entre la s\u00e9ance et l\u2019\u00e9change inter-analytique. \u00ab&nbsp;Entendre un r\u00e9cit comme s\u2019il r\u00e9p\u00e9tait exactement l\u2019action qui a eu lieu ne doit pas faire oublier qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une fiction&nbsp;: le r\u00e9cit est toujours r\u00e9trospectif. Ressaisir cette dimension de fiction conduit \u00e0 un autre sens important du terme de m\u00e9thode&nbsp;: la possibilit\u00e9 de reconstituer le chemin par o\u00f9 l\u2019on est pass\u00e9 pour parvenir \u00e0 un but alors qu\u2019on n\u2019en avait pas la claire conscience. Le d\u00e9cryptage du microprocessus d\u2019une s\u00e9ance implique que c\u2019est, r\u00e9trospectivement, que se trouve reconstitu\u00e9 le chemin suivi \u00e0 son insu par les associations du patient et celles de l\u2019analyste. Le d\u00e9ploiement du r\u00e9cit clinique permet de retracer le chemin d\u2019une d\u00e9couverte plut\u00f4t que de confirmer ou d\u2019infirmer une m\u00e9thode pr\u00e9existante&nbsp;\u00bb (pp. 34-35). Plus loin, il continue&nbsp;: \u00ab&nbsp;La situation d\u2019\u00e9coute en second fait que le contre-transfert se parle. [\u2026] Le r\u00e9cit clinique v\u00e9ridique produit de l\u2019inconscient \u2026 [et] s\u2019ouvre \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation\u2026 Dans les \u00e9changes inter-analytiques, il est facile de constater l\u2019omnipr\u00e9sence de cette relance&nbsp;\u00bb (Donnet, 2005, p. 36). Dans une m\u00eame s\u00e9ance d\u2019analyse, tellement de niveaux diff\u00e9rents interviennent qu\u2019il est terriblement difficile de se cantonner \u00e0 une seule grille d\u2019\u00e9coute et de compr\u00e9hension (Van Lysebeth&nbsp;<em>et coll<\/em>., 2008).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa57\">Participer aux groupes&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9<\/em>&nbsp;est une exp\u00e9rience, \u00e0 la fois individuelle et groupale, tr\u00e8s particuli\u00e8re car suspendre son jugement et laisser se d\u00e9ployer le temps pour la r\u00e9flexion, voire l\u2019incertitude, est tr\u00e8s difficile pour de nombreux cliniciens a cause du degr\u00e9 d\u2019incertitudes et d\u2019angoisses auquel ils sont confront\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa58\">D\u2019apr\u00e8s une participante, \u00ab&nbsp;participer dans un groupe clinique de la&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9<\/em>&nbsp;a renouvel\u00e9 mon int\u00e9r\u00eat dans l\u2019association libre, l\u2019inconscient et la force de cet inconscient. Ce qui avait d\u00e9but\u00e9 comme un exercice \u00e9trange du fait de ne pas avoir d\u2019\u00e9l\u00e9ments de l\u2019histoire du patient, m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 avoir une perception pouss\u00e9e des conflits, des traumas et des affects, des relations des objets internes dans la psych\u00e9 du patient et \u00e0 un certain degr\u00e9 aussi de l\u2019analyste pr\u00e9sentateur et surtout de mon propre inconscient et mes propres processus inconscients.&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa59\">Un bref exemple&nbsp;: dans une s\u00e9ance rapport\u00e9e, lors d\u2019un autre groupe de travail, l\u2019analyste pr\u00e9sentateur \u00e9voque son patient qui a assist\u00e9 avec son fils \u00e0 un match de basketball o\u00f9 ils portaient tous les deux le maillot de l\u2019\u00e9quipe qu\u2019ils soutenaient. L\u2019analyste intervient en parlant du rapprochement du patient et de son fils et lui dit que quand il endosse le maillot de l\u2019analyse, il se sent&nbsp;mal \u00e0 l\u2019aise, il a peur que son analyste le roule ou se rapproche trop de lui. Cette intervention de l\u2019analyste l\u00e8ve le refoulement portant sur certains souvenirs d\u2019enfance chez le patient. La discussion permet au groupe de se rendre compte qu\u2019une des sp\u00e9cificit\u00e9s du travail analytique est d\u2019entendre le patient, d\u2019associer sur le cas et de dire quelque chose qui fait surgir un mat\u00e9riel refoul\u00e9 qui prend une dimension nouvelle. Ceci produit un nouveau d\u00e9veloppement qui \u00e0 la fois enrichit ce qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent ant\u00e9rieurement et \u00e0 la fois fraye de nouvelles voies psychiques. De nouveaux aspects du pass\u00e9 s\u2019ouvrent suite \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation et de nouveaux aspects de la situation transf\u00e9rentielle s\u2019\u00e9largissent.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa60\">Comme le souligne Leopoldo Bleger (2009), le mat\u00e9riel n\u2019est progressivement plus le r\u00e9cit fait par le pr\u00e9sentateur, mais devient celui de ses effets sur les participants du groupe et sur les mod\u00e9rateurs. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le mat\u00e9riel au travail est le r\u00e9cit avec ses effets sur le groupe. Progressivement, les participants se rendent compte qu\u2019il est possible de penser devant tout le monde, qu\u2019ils ne travaillent ni avec le patient ni avec l\u2019analyste mais avec leurs propres r\u00e9actions face au mat\u00e9riel. Ce r\u00e9cit du mat\u00e9riel clinique est porteur d\u2019une force cach\u00e9e, \u00e9manant autant de l\u2019histoire du patient que de celle de la situation analytique elle-m\u00eame. C\u2019est notre dispositif qui permettrait que cette force cach\u00e9e devienne plus \u00ab&nbsp;tangible&nbsp;\u00bb. Pour r\u00e9sumer, nous pourrions dire que la discussion des participants dans le groupe passe par trois stades&nbsp;: d\u2019abord ils tentent d\u2019objectiver le fonctionnement du patient, puis ils glissent vers une certaine subjectivation, pour arriver \u00e0 une discussion centr\u00e9e sur l\u2019intersubjectivit\u00e9. Le nouveau dispositif introduit \u00e0 partir de Vienne change totalement et oriente diff\u00e9remment la discussion entre les participants. Au lieu d\u2019interroger le pr\u00e9sentateur, les participants sont amen\u00e9s \u00e0 approfondir ce qu\u2019ils ressentent ou pensent. Chacun est amen\u00e9 \u00e0 s\u2019interroger et \u00e0 interroger les uns les autres par rapport au mat\u00e9riel pr\u00e9sent\u00e9. Avec ces changements de notre dispositif et de nos modalit\u00e9s de travail, nous avons essay\u00e9 de recr\u00e9er une situation qui se rapproche le plus possible des modalit\u00e9s de la situation psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa61\">N\u00e9anmoins, apr\u00e8s Vienne, les mod\u00e9rateurs restaient sur une insatisfaction avec une impression d\u2019un inachev\u00e9 quant \u00e0 terminer le groupe le soir du jour o\u00f9 ils l\u2019avaient commenc\u00e9 et beaucoup de participants exprimaient le sentiment de ne pas avoir suffisamment de temps de discussion. Tenant compte de ces remarques, nous introduisons lors du congr\u00e8s de Bruxelles en 2009, une nouvelle modification quant au dispositif temporel. D\u00e8s le congr\u00e8s de Bruxelles, les groupes cliniques s\u2019\u00e9tendent sur trois demi-journ\u00e9es avec, toujours, la s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re de cl\u00f4ture. Travailler sur deux jours introduit la scansion de la nuit, et ouvre sur l\u2019espace du r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa62\">Cette modalit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 exp\u00e9riment\u00e9e une premi\u00e8re fois lors du congr\u00e8s de la NAPsaC \u00e0 New York en janvier 2009. Les mod\u00e9rateurs avaient alors \u00e9t\u00e9 surpris de constater que, le second jour, lors de la troisi\u00e8me demi-journ\u00e9e de travail, tous les participants avaient fait des r\u00eaves en rapport avec le mat\u00e9riel clinique pr\u00e9sent\u00e9 la veille. Ceci avait \u00e9videmment relanc\u00e9 le travail du groupe.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa63\">A New York, tous les participants \u00e9taient anglophones et n\u2019avaient donc aucune difficult\u00e9 pour comprendre le texte pr\u00e9sent\u00e9 oralement. Il fut donc d\u00e9cid\u00e9 de ne pas leur remettre une copie \u00e9crite du mat\u00e9riel clinique pr\u00e9sent\u00e9. Ainsi les participants furent plong\u00e9s dans une \u00ab&nbsp;situation d\u2019\u00e9coute&nbsp;\u00bb du mat\u00e9riel clinique et des associations des participants, situation plus proche de la situation analytique.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Notre dispositif actuel&nbsp;: le tissage des pens\u00e9es inter-analytiques<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa64\">Lors des congr\u00e8s de la FEP, nous organisons six \u00e0 huit petits groupes auxquels les participants se sont inscrits pr\u00e9alablement. Dans la mesure du possible les organisateurs prennent contact avec les participants pour les informer que leur inscription est effective, qu\u2019ils doivent arriver \u00e0 temps et qu\u2019ils devront participer au groupe pendant toute sa dur\u00e9e. Une attention particuli\u00e8re est port\u00e9e \u00e0 la composition des groupes&nbsp;: la multi-culturalit\u00e9 et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 analytique des participants au groupe repr\u00e9sentent un enrichissement pour chacun des participants.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa65\">Dans les conditions optimales, la dur\u00e9e de ces groupes s\u2019\u00e9tend sur trois demi-journ\u00e9es. Les mod\u00e9rateurs et les rapporteurs se r\u00e9unissent le matin pour un dernier tour d\u2019\u00e9changes et pour revoir les derni\u00e8res consignes. Puis, une r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re rassemble tout le monde&nbsp;: les participants, les rapporteurs et les mod\u00e9rateurs avant de commencer le travail en petits groupes. Lors de cette rencontre pl\u00e9ni\u00e8re, les modalit\u00e9s de travail sont explicit\u00e9es aux participants qui ont ainsi l\u2019occasion de rencontrer les responsables du&nbsp;<em>Working Party<\/em>&nbsp;et de poser certaines questions. C\u2019est aussi le moment d\u2019insister sur la question de la confidentialit\u00e9 du mat\u00e9riel clinique pr\u00e9sent\u00e9 autant que sur la discr\u00e9tion n\u00e9cessaire \u00e0 ce type de travail en groupe. Ces deux moments communs distincts sont indispensables et soudent tous les participants en un groupe dans lequel les participants ont des fonctions diff\u00e9rentes (pr\u00e9sentateur, participants, mod\u00e9rateurs\u2026) pour les deux jours \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa66\">Suite \u00e0 cette premi\u00e8re r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re, les participants rejoignent le petit groupe auquel ils ont \u00e9t\u00e9 assign\u00e9s. Dans la mesure du possible, les mod\u00e9rateurs sont un homme et une femme, ce qui permet d\u2019ouvrir le champ des identifications des participants du groupe avec l\u2019un&nbsp;ou l\u2019autre des mod\u00e9rateurs de la m\u00eame mani\u00e8re que le mat\u00e9riel clinique induit des identifications fluctuantes aux repr\u00e9sentations des parents internes du patient pr\u00e9sent\u00e9. Les mod\u00e9rateurs, \u00e0 leur tour, rappellent les modalit\u00e9s de travail&nbsp;: le pr\u00e9sentateur pr\u00e9sente ses s\u00e9ances sans \u00e9l\u00e9ments anamnestiques et sans \u00e9voquer l\u2019histoire de l\u2019analyse&nbsp;; apr\u00e8s chaque s\u00e9ance pr\u00e9sent\u00e9e, il y a un temps de parole pour les participants \u00e0 qui il est demand\u00e9 d\u2019associer librement sur le mat\u00e9riel clinique pr\u00e9sent\u00e9. Pendant ce temps-l\u00e0, le pr\u00e9sentateur reste totalement silencieux et ce n\u2019est qu\u2019en toute fin du groupe que la parole lui sera redonn\u00e9e. Ils r\u00e9-insistent sur la confidentialit\u00e9. Cet \u00e9nonc\u00e9 des r\u00e8gles est un premier \u00e9l\u00e9ment contenant. Ces r\u00e8gles sont l\u2019\u00e9quivalent de la r\u00e8gle fondamentale qui mobilise des r\u00e9sistances contre les formations traumatiques qui \u00e9mergent dans l\u2019actuel du groupe et dans l\u2019histoire de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa67\">Au terme du travail en petits groupes, une nouvelle s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re a lieu durant laquelle tous les participants peuvent faire part au grand groupe de leur exp\u00e9rience, des \u00e9motions v\u00e9cues, de leurs satisfactions ou de leurs attentes d\u00e9\u00e7ues ainsi que des questions en suspens. Les groupes sont enregistr\u00e9s et l\u2019enregistrement servira exclusivement au travail de recherche. Les participants savent que nos groupes&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9<\/em>&nbsp;sont aussi des dispositifs de recherche et il nous est apparu important qu\u2019au d\u00e9but des groupes cliniques, les mod\u00e9rateurs diff\u00e9rencient bien \u00e0 l\u2019attention des participants la clinique discut\u00e9e dans les petits groupes et le travail de recherche. Cette s\u00e9paration temporelle et spatiale du travail clinique en groupe et du travail de recherche soulage les participants de la pression institutionnelle puisqu\u2019ils ne se sentent pas responsables de la recherche.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa68\">\u00c9tant donn\u00e9 que les niveaux et les connaissances en anglais ainsi que les accents de chaque participant du groupe peuvent varier tr\u00e8s fort, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 que tous les participants recevraient une copie de la pr\u00e9sentation clinique au d\u00e9but de la journ\u00e9e. Pour des raisons de confidentialit\u00e9, les textes doivent \u00eatre rendus au pr\u00e9sentateur lors de chaque interruption.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa69\">Une fois le dispositif de travail \u00e9tabli, ce travail se caract\u00e9rise par le peu de consignes donn\u00e9es aux participants&nbsp;: il est simplement demand\u00e9 aux participants d\u2019associer librement sur ce qui leur vient \u00e0 l\u2019esprit par rapport au mat\u00e9riel clinique, le plus spontan\u00e9ment possible sans s\u00e9lection et sans jugement de valeur. Ceci \u00e9voque clairement la r\u00e8gle fondamentale et permet que certaines associations et pens\u00e9es puissent se frayer lentement, parfois confus\u00e9ment, chez chacun, et avec chacun, pour cr\u00e9er un \u00ab&nbsp;tissage des pens\u00e9es&nbsp;\u00bb, pour reprendre la belle formule de Norman et Salomonsson (2005). Le but n\u2019est donc pas de favoriser un processus secondaris\u00e9 ou rationalisant qui aurait comme but manifeste de r\u00e9fl\u00e9chir sur le travail accompli par le groupe ou qui analyserait le processus du mat\u00e9riel clinique pr\u00e9sent\u00e9. Certains nous ont reproch\u00e9 de proposer aux participants \u00ab&nbsp;d\u2019associer librement&nbsp;\u00bb arguant que ce terme \u00e9tait sp\u00e9cifique de la cure. Or, \u00ab&nbsp;l\u2019associativit\u00e9 (libre) n\u2019est pas le propre de la psychanalyse, elle est le propre du fonctionnement psychique lui-m\u00eame. Ce qui est le propre de la psychanalyse, ce qui fonde d\u2019abord la m\u00e9thode, c\u2019est le type d\u2019\u00e9coute de l\u2019associativit\u00e9 (libre), la r\u00e8gle fondamentale de l\u2019association libre n\u2019est qu\u2019un effet de ce type d\u2019\u00e9coute, qu\u2019une cons\u00e9quence de celle-ci.&nbsp;\u00bb (Roussillon, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa70\">Certains participants ont exprim\u00e9 le sentiment qu\u2019ils n\u2019avaient jamais particip\u00e9 \u00e0 un groupe o\u00f9 les participants et eux-m\u00eames s\u2019exprimaient aussi librement et que cette libert\u00e9 d\u2019expression leur rappelait celle qu\u2019ils avaient connue dans leur propre psychanalyse. Une participante d\u00e9crit bien ceci&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019absence d\u2019\u00e9l\u00e9ments anamnestiques, m\u2019a permis de me sentir libre et de me concentrer effectivement sur ce qui se passait dans la t\u00eate du patient et de l\u2019analyste dans l\u2019ici et maintenant et d\u2019aiguiser mes capacit\u00e9s \u00e0 m\u2019utiliser moi-m\u00eame comme instrument analytique. Ainsi, je me sentais plus \u00e0 m\u00eame de \u00ab&nbsp;comprendre&nbsp;\u00bb \u00e9motionnellement la situation clinique pr\u00e9sent\u00e9e aussi bien \u00e0 un niveau verbal que non verbal.&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa71\">\u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9coute de la lecture d\u2019une s\u00e9ance met en mouvement, \u00e0 l\u2019insu des participants, une reproduction de ce qui a eu lieu au cours de la s\u00e9ance elle-m\u00eame [\u2026mais] plut\u00f4t que de travailler sur la situation elle-m\u00eame, comme cela se pratique dans d\u2019autres champs, [les participants travaillent sur le] d\u00e9placement de la situation vers une autre qui prend valeur de&nbsp;<em>r\u00e9plique<\/em>&nbsp;\u00bb (L. Bleger 2009). \u00ab&nbsp;Ce dispositif produit une situation qui pourrait prendre valeur de&nbsp;<em>r\u00e9plique<\/em>&nbsp;de la situation de la cure pr\u00e9sent\u00e9e. Non pas une copie conforme, ni une r\u00e9duplication, mais plut\u00f4t la mise en sc\u00e8ne d\u2019enjeux en cours dans la cure en question&nbsp;; mais aussi la mise en jeu et l\u2019explicitation possible de processus sp\u00e9cifiques au travail d\u2019analyste. Voil\u00e0 une hypoth\u00e8se qui permettrait de contourner les probl\u00e8mes m\u00e9thodologiques pos\u00e9s aujourd\u2019hui par la recherche et par l\u2019\u00e9valuation en psychanalyse. En exportant une part infime de cure dans un tel dispositif \u2013 ce qui est d\u00e9j\u00e0 un geste transgressif \u2013, le r\u00e9pondant et les r\u00e9pliques des analystes-participants font caisse de r\u00e9sonance&nbsp;; ils op\u00e8rent un travail de transformations et de d\u00e9placements et \u0153uvrent sur \u00ab&nbsp;le m\u00e9tier du transfert&nbsp;\u00bb&nbsp;; ils s\u2019att\u00e8lent \u00e0 la t\u00e2che de son traitement, cherchent \u00e0 appr\u00e9cier son \u00ab&nbsp;\u00e9tat&nbsp;\u00bb et ce qu\u2019il v\u00e9hicule, d\u00e9couvrant et red\u00e9couvrant la succession de \u00ab&nbsp;r\u00e9pliques&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;d\u00e9calages&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;restes&nbsp;\u00bb qui \u00e9chappent au dire&nbsp;; une succession dans l\u2019analyse pr\u00e9sent\u00e9e, mais aussi dans la pr\u00e9sentation m\u00eame de la&nbsp;s\u00e9quence d\u2019analyse, ou encore dans les mouvements du groupe, et peut-\u00eatre celle, \u00e0 venir, issue de la pr\u00e9sentation au sein de l\u2019institution&nbsp;\u00bb (Dorey, 2009).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa72\">Nous souhaitons bri\u00e8vement revenir sur l\u2019exemple cit\u00e9 plus haut de ce coll\u00e8gue allemand qui s\u2019\u00e9tait fait attaquer verbalement lors d\u2019un groupe \u00e0 Barcelone sous pr\u00e9texte qu\u2019en Allemagne \u00ab&nbsp;il \u00e9tait impossible de faire une vraie analyse&nbsp;\u00bb. \u00c0 Barcelone, nous n\u2019avions pas encore introduit la r\u00e8gle suivant laquelle le pr\u00e9sentateur devait rester silencieux durant la discussion et il r\u00e9pondait donc aux attaques auxquelles il \u00e9tait expos\u00e9, ce qui amena une forte empoignade avec le risque de d\u00e9truire le contenant du groupe ou du moins \u00e0 en tester sa fiabilit\u00e9. Actuellement, avec notre dispositif o\u00f9 l\u2019analyste pr\u00e9sentateur doit garder le silence, les mod\u00e9rateurs con\u00e7oivent ce genre d\u2019attaques comme provenant du mat\u00e9riel clinique traumatique d\u00e9pos\u00e9 dans le groupe et qui fera r\u00e9agir les participants chacun \u00e0 sa fa\u00e7on. En ramenant ces attaques au mat\u00e9riel clinique et \u00e0 ce qui se passe dans la cure, souvent \u00e0 l\u2019insu de l\u2019analyste, et projet\u00e9 et diffract\u00e9 dans le groupe, les mod\u00e9rateurs permettent aux participants de percevoir des \u00e9l\u00e9ments qui avaient \u00e9chapp\u00e9 aussi bien \u00e0 l\u2019analyste pr\u00e9sentateur qu\u2019aux participants.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa73\">Mais, revenons \u00e0 une difficult\u00e9 que nous avons rencontr\u00e9e lors des groupes de Vienne o\u00f9 pour la premi\u00e8re fois le pr\u00e9sentateur devait garder le silence jusqu\u2019\u00e0 la fin du groupe avant de reprendre la parole. Nous avons alors constat\u00e9 qu\u2019il r\u00e9pondait dans la r\u00e9alit\u00e9 aux multiples questions ou hypoth\u00e8ses qui avaient surgi pendant toutes ces heures o\u00f9 son mat\u00e9riel avait \u00e9t\u00e9 discut\u00e9. Et du coup, les interventions des participants redevenaient moins libres, quelque chose se refermait, la dimension du r\u00eave se perdait et des aspects de la r\u00e9alit\u00e9 prenaient beaucoup de place, aussi bien la r\u00e9alit\u00e9 du patient que la r\u00e9alit\u00e9 de son cadre social etc. C\u2019est comme si, du patient repr\u00e9sent\u00e9 et cr\u00e9\u00e9 par les associations du groupe, celui-ci cherchait \u00e0 retrouver un patient \u00ab&nbsp;r\u00e9el&nbsp;\u00bb. Cet impact de la r\u00e9alit\u00e9 pourrait \u00e9voquer l\u2019impact \u00ab&nbsp;traumatique&nbsp;\u00bb de la situation analytique ou des interpr\u00e9tations en analyse. Il nous semble que cette prise de parole du pr\u00e9sentateur pourrait induire un mouvement d\u2019identification du groupe avec le patient, un peu \u00e0 l\u2019image de ce qui se passe avec l\u2019analyste qui intervient et qui \u00e9ventuellement interpr\u00e8te dans la cure aupr\u00e8s de son patient. Lors du congr\u00e8s de Bruxelles, les mod\u00e9rateurs ont demand\u00e9 aux pr\u00e9sentateurs de d\u00e9ployer leurs associations en \u00e9cho aux associations du groupe et aux interventions des mod\u00e9rateurs. De cette mani\u00e8re, le mat\u00e9riel amen\u00e9 par le pr\u00e9sentateur lors de son intervention, limit\u00e9e dans le temps, est aussi un mat\u00e9riel spontan\u00e9 associatif, \u00e9quivalant \u00e0 une \u00ab&nbsp;nouvelle&nbsp;\u00bb s\u00e9ance sur laquelle les participants peuvent eux aussi, alors, \u00e0 nouveau associer. Durant les s\u00e9quences o\u00f9 le pr\u00e9sentateur reste silencieux, son r\u00f4le change&nbsp;: il se met \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9coute de l\u2019\u00e9coute&nbsp;\u00bb des participants. Ce temps pendant lequel le pr\u00e9sentateur prend la parole ne devrait pas \u00eatre con\u00e7u comme un temps de d\u00e9voilement mais comme un autre moment du travail du processus de groupe. Et, lorsque le groupe de travail a pu pousser assez loin son propre travail sur le mat\u00e9riel clinique, lorsqu\u2019il a pu d\u00e9ployer toutes les possibilit\u00e9s si fortement condens\u00e9es dans les trois s\u00e9ances pr\u00e9sent\u00e9es, l\u2019int\u00e9gration du pr\u00e9sentateur, au moment o\u00f9 son silence est lev\u00e9, se fait d\u2019une mani\u00e8re presque \u00ab&nbsp;naturelle&nbsp;\u00bb&nbsp;: comme si le groupe l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 int\u00e9gr\u00e9 du fait de sa capacit\u00e9 \u00e9laborative. Ainsi, paradoxalement, on peut penser que le pr\u00e9sentateur ne devrait \u00eatre invit\u00e9 \u00e0 prendre la parole que lorsque le groupe n\u2019en a plus vraiment \u00ab&nbsp;besoin&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le travail en groupe&nbsp;: difficult\u00e9s et possibilit\u00e9s<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa74\">Alors que les analystes ont une tr\u00e8s longue tradition de travailler en groupe, tr\u00e8s souvent ils ne tiennent pas compte de l\u2019impact du setting groupal en faisant comme s\u2019ils travaillaient en position duelle ainsi qu\u2019ils le feraient en supervision individuelle.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa75\">Dans cette partie de notre article, nous allons tenter de montrer que porter attention aux ph\u00e9nom\u00e8nes qui se passent dans un groupe peut apporter une meilleure compr\u00e9hension de ce qui se passe \u00e0 un niveau inconscient dans la cure rapport\u00e9e. Les travaux de Ka\u00ebs\u202f<sup>6<\/sup>&nbsp;et de Donnet, tr\u00e8s diff\u00e9rents mais compl\u00e9mentaires, nous ont beaucoup \u00e9clair\u00e9s dans cette d\u00e9marche. Dans un livre en pr\u00e9paration nous d\u00e9velopperons plus longuement la pens\u00e9e de nombreux psychanalystes qui ont travaill\u00e9 sur les groupes et sur certains probl\u00e8mes connect\u00e9s au travail du&nbsp;<em>Working party<\/em>&nbsp;: W. R. Bion bien s\u00fbr, mais aussi Didier Anzieu et Jos\u00e9 Bleger entre autres.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa76\">Les \u00e9changes inter-analytiques \u00ab&nbsp;produisent&nbsp;\u00bb un mat\u00e9riel diff\u00e9rent de celui d\u2019une discussion duelle, d\u2019une supervision de groupe ou d\u2019une intervision (Ka\u00ebs, 1995). Le dialogue inter-analytique, avec les ph\u00e9nom\u00e8nes transf\u00e9ro-contre-transf\u00e9rentiels qui se d\u00e9ploient entre les diff\u00e9rents membres du groupe, permet d\u2019approfondir l\u2019\u00e9laboration du mat\u00e9riel clinique \u00e0 condition d\u2019avoir une \u00e9coute sur comment le mat\u00e9riel clinique rapport\u00e9 se r\u00e9percute dans chaque participant au groupe et entre tous les participants et de tenter de comprendre ce qu\u2019ils en font. \u00ab&nbsp;Le groupe est, \u00e0 la fois, une exp\u00e9rience de rencontre entre des sujets dans une configuration de liens particuli\u00e8re, mais, il est aussi l\u2019espace d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 psychique inconsciente sp\u00e9cifique, un dispositif mobilisable et la base d\u2019une th\u00e9orisation des processus et des formations de l\u2019inconscient qui s\u2019y produisent. Le groupe est une entit\u00e9 psychique sp\u00e9cifique, irr\u00e9ductible \u00e0 celle de ses sujets constituants&nbsp;\u00bb (Ka\u00ebs, 2002). \u00ab&nbsp;En raison de la pluralit\u00e9 des effets produits, les membres du groupe mettent en place par tacite consentement et, \u00e0 l\u2019insu de chacun, des formations et des processus psychiques&nbsp;communs&nbsp;: des m\u00e9canismes de d\u00e9fense conjoints et communs et des objets identificatoires d\u2019urgence partag\u00e9s. Il en r\u00e9sulte un agencement inconscient de zones psychiques o\u00f9 le lien est possible\u2026 D\u00e8s les tout premiers instants de la vie des groupes, le refoulement, le d\u00e9ni ou le clivage des repr\u00e9sentations dangereuses produisent de l\u2019inconscient&nbsp;\u00bb (Ka\u00ebs, 1982).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa77\">Rapprocher la situation du groupe de travail d\u2019une situation o\u00f9 les processus analytiques sont mobilis\u00e9s avec toutes les dimensions contre-transf\u00e9rentielles, c\u2019est vraiment se situer sur une cr\u00eate tr\u00e8s complexe. C\u2019est de l\u00e0 que vient la difficult\u00e9, comprendre ce qui se passe dans le groupe, dans une situation qui n\u2019est pas celle de la cure et comment ce qui est dit est entendu par les mod\u00e9rateurs, le rapporteur et les autres participants. Dans le groupe, les \u00e9l\u00e9ments transf\u00e9rentiels sont diffract\u00e9s par chaque participant sur plusieurs objets transf\u00e9rentiels. Il existe aussi plusieurs configurations transf\u00e9rentielles internes et plusieurs composantes de ces transferts. Ce ne sont pas des transferts lat\u00e9raux mais des modalit\u00e9s de l\u2019\u00e9conomie et de la topique du transfert qui sont tr\u00e8s sp\u00e9cifiques au fonctionnement groupal. Ceci est fondamental pour comprendre combien l\u2019association de chacun rencontre des difficult\u00e9s d\u2019\u00eatre entendue par les autres.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa78\">Le travail associatif de chacun mobilise chez les autres participants des r\u00e9sistances et de l\u2019inconscient qui entra\u00eenent d\u2019autres associations qui peuvent, \u00e0 leur tour, \u00eatre reprises par ceux-ci. Il se dessine une double cha\u00eene associative&nbsp;: celle que le groupe, \u00e0 travers son processus de l\u2019inconscient qui insiste, d\u00e9livre finalement par rapport \u00e0 ce r\u00e9cit pris comme un r\u00eave latent comme nous allons le d\u00e9velopper plus loin. Et, en m\u00eame temps, chaque participant peut remarquer qu\u2019il rencontre des difficult\u00e9s \u00e0 associer devant les autres, mais qu\u2019il associe quand m\u00eame en prenant appui sur ce qu\u2019un autre a dit et dont le dire ne lui \u00e9tait pas \u00e0 lui-m\u00eame disponible. Et, ce mode d\u2019\u00e9coute l\u00e0 permet de suivre comment le groupe travaille.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa79\">Le mod\u00e9rateur et, aussi, le rapporteur ont un travail d\u2019\u00e9coute particulier \u00e0 faire&nbsp;: entendre ce que chacun dit, la fa\u00e7on dont le dernier intervenant se situe par rapport \u00e0 ce qui est \u00e9nonc\u00e9 et la fa\u00e7on dont le discours de groupe se constitue, non pas pour en faire une entit\u00e9 transcendante par rapport \u00e0 chacun, mais plut\u00f4t pour comprendre comment se construit ce tissage associatif des associations de chacun. Ceci produit un discours dans lequel les associations tirent vers le devenir conscient des \u00e9l\u00e9ments latents du r\u00e9cit des s\u00e9ances rapport\u00e9es par le pr\u00e9sentateur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Du un au multiple en passant par le processus parall\u00e8le<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa80\">Bien que les participants aux groupes cliniques ne re\u00e7oivent aucun \u00e9l\u00e9ment d\u2019anamn\u00e8se du patient pr\u00e9sent\u00e9 et ne connaissent rien de l\u2019histoire entre l\u2019analyste et l\u2019analysant, ils \u00ab&nbsp;reconstruisent&nbsp;\u00bb tr\u00e8s vite certains aspects du patient, de son histoire personnelle et psychopathologique. Nous avons \u00e9videmment essay\u00e9 de comprendre ce ph\u00e9nom\u00e8ne et un petit retour historique sur la prise en compte des ph\u00e9nom\u00e8nes du transfert et du contretransfert nous a sembl\u00e9 utile.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa81\">L\u2019analyse, telle qu\u2019elle est pratiqu\u00e9e actuellement, tient de plus en plus compte des infinies interactions entre les multiples intervenants et leurs repr\u00e9sentants psychiques. Or, lorsque les analystes travaillent en groupe, ils ne communiquent pas seulement au niveau de leur Moi conscient mais aussi au niveau de mouvements inconscients qui se refl\u00e8tent sous forme de diff\u00e9rents ph\u00e9nom\u00e8nes groupaux conscients et inconscients. Malheureusement, tr\u00e8s souvent, les psychanalystes ne prennent pas suffisamment en compte ces ph\u00e9nom\u00e8nes groupaux qui se d\u00e9ploient dans les groupes de supervision ou de discussions cliniques. Encore aujourd\u2019hui, beaucoup de psychanalystes se m\u00e9fient des groupes, pourtant aussi espaces d\u2019inconscient, et ne s\u2019int\u00e9ressent pas aux aspects transf\u00e9ro-contre-transf\u00e9rentiels sp\u00e9cifiques qui s\u2019y d\u00e9ploient.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa82\">Freud d\u00e9couvre tr\u00e8s t\u00f4t le transfert, il le th\u00e9orise et en fait une pi\u00e8ce ma\u00eetresse de l\u2019analyse. Par contre, il a une position plus contrast\u00e9 concernant le contretransfert. Ainsi, Freud (1915) \u00e9crit que l\u2019analyste doit se \u00ab&nbsp;m\u00e9fier d\u2019un contre-transfert toujours possible&nbsp;\u00bb. Freud reste ambigu sur son souhait de ma\u00eetriser, r\u00e9primer ou \u00e9laborer son contre-transfert. Dans les premiers temps de la psychanalyse, c\u2019est ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit comme le \u00ab&nbsp;one body psychology&nbsp;\u00bb&nbsp;: l\u2019analyste analyse ce qui se passe dans le patient comme s\u2019il n\u2019y \u00e9tait pas impliqu\u00e9, il reste le miroir neutre.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa83\">Freud n\u2019\u00e9labore jamais vraiment le concept du contretransfert et il faut attendre la description de l\u2019identification projective par Klein (1946) pour y voir plus clair. Suite aux travaux simultan\u00e9ment faitS en Angleterre par Heimann (1950) et en Argentine par Racker (1953), la question du contre-transfert n\u2019est plus vue comme obstacle mais comme&nbsp;<em>un autre outil<\/em>&nbsp;de l\u2019analyste.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa84\">Ce concept permet de mieux comprendre que certains sentiments ou certaines r\u00e9actions de l\u2019analyste refl\u00e8tent ce qui se passe chez le patient. L\u2019analyste peut alors, dans un subtil \u00e9change entre identifications et projections crois\u00e9es, mieux utiliser ses sentiments ou r\u00e9actions pour comprendre le monde interne de son patient. Nous \u00e9voluons, alors, vers ce qu\u2019on appelle le \u00ab&nbsp;<em>two bodies psychology<\/em>&nbsp;\u00bb. C\u2019est le passage du \u00ab&nbsp;un&nbsp;\u00bb vers le \u00ab&nbsp;deux&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa85\">La perspective du travail analytique s\u2019est complexifi\u00e9e et enrichie au cours du temps gr\u00e2ce au d\u00e9veloppement de diff\u00e9rents apports th\u00e9oriques tels ceux des th\u00e9ories&nbsp;sur les transmissions interg\u00e9n\u00e9rationnelles en passant de l\u2019analyse du psychisme d\u2019un seul sujet analys\u00e9 \u00e0 l\u2019intrapsychique et \u00e0 l\u2019intersubjectif multiples. Avec la notion de&nbsp;<em>champ<\/em>&nbsp;introduite en psychanalyse par Willy et Madeleine Baranger et reprise derni\u00e8rement par Antonino Ferro, nous avons encore une autre perspective de pens\u00e9e pour saisir ce qui se passe dans la s\u00e9ance psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa86\">L\u2019histoire de la supervision peut se superposer \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la th\u00e9orie concernant la relation analytique dans la cure (Brown et Miller, 2002). Encore aujourd\u2019hui, certains analystes con\u00e7oivent la supervision comme un enseignement o\u00f9 l\u2019analyste se focalise exclusivement sur le patient voire sur la relation analyste &#8211; patient. On peut comparer cette situation \u00e0 la \u00ab&nbsp;one body psychology&nbsp;\u00bb puisque dans cette constellation de supervision, il n\u2019est port\u00e9 aucune attention \u00e0 ce qui se passe entre supervis\u00e9 et superviseur et ceci parfois malgr\u00e9 de nombreux conflits non verbalis\u00e9s entre les deux protagonistes. Dans une telle perspective, il ne reste pas beaucoup de place pour le doute, l\u2019inconnu, l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, l\u2019informe, l\u2019informulable\u2026 puisque le superviseur est cens\u00e9 tout comprendre et tout expliquer.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa87\">La supervision se passerait, alors, dans un champ dyadique mais \u00e9tant donn\u00e9 que le supervis\u00e9 et le superviseur se rencontrent \u00e0 cause d\u2019un tiers, le patient, nous pouvons parler d\u2019un syst\u00e8me triadique avec des relations complexes entre chacun des membres de ce syst\u00e8me et de ses sous-syst\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa88\">Beaucoup d\u2019autres auteurs (Fleming et Benedek, 1966&nbsp;; Gediman et Wolkenfeld, 1980&nbsp;; Innes-Smith 1997) parlent d\u2019un syst\u00e8me triadique dans le sens qu\u2019en supervision, \u00ab&nbsp;le supervis\u00e9 met en acte des configurations psychiques (<em>psychic patterns<\/em>) qui reproduisent en parall\u00e8le des interactions qui ont lieu avec leurs patients&nbsp;\u00bb (Ekstein et Wallerstein, 1958). Ces derniers auteurs montrent combien les \u00ab&nbsp;similitudes structurelles et dynamiques de la psychanalyse et de la supervision lient patient, analyste et superviseur dans une toile complexe et multidirectionnelle&nbsp;\u00bb qui favorise la survenue de processus parall\u00e8les.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa89\">Doehrman (1976) \u00e9voque la notion fort int\u00e9ressante du \u00ab&nbsp;processus parall\u00e8le&nbsp;\u00bb qui se d\u00e9veloppe parall\u00e8lement dans la cure entre patient et analyste et dans la situation de supervision entre un supervis\u00e9 et son superviseur. Cette notion est proche de celle d\u2019\u00ab&nbsp;effet miroir&nbsp;\u00bb (<em>reflective process<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9e par Searles (1955). C\u2019est la compr\u00e9hension du processus qui se d\u00e9veloppe dans la supervision qui permet alors au superviseur de comprendre ce qui se d\u00e9roule de fa\u00e7on totalement inconsciente dans la cure et qui bien souvent bloque le processus analytique. Cette exp\u00e9rience du processus parall\u00e8le se manifeste aussi avec beaucoup de force dans nos groupes. Par exemple, lors d\u2019un groupe, les \u00e9changes entre les participants devenaient de plus en plus incompr\u00e9hensibles pour les mod\u00e9rateurs qui eurent progressivement l\u2019impression d\u2019avoir un groupe \u00ab&nbsp;fou&nbsp;\u00bb. Ce n\u2019est, qu\u2019alors, qu\u2019ils ont pu se formuler l\u2019hypoth\u00e8se, avant de la proposer aux participants, qu\u2019ils mettaient en sc\u00e8ne par cette \u00ab&nbsp;folie&nbsp;\u00bb, un processus fou qui se d\u00e9roulait dans la cure et dont patient et analyste \u00e9taient totalement inconscients. Lors de la pr\u00e9sentation du cas clinique, ni les participants ni les mod\u00e9rateurs n\u2019avaient remarqu\u00e9 cet aspect \u00ab&nbsp;fou&nbsp;\u00bb que la compr\u00e9hension du fonctionnement du groupe permit de mettre en \u00e9vidence.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa90\">Pour Ogden (2002), l\u2019identification projective est \u00ab&nbsp;un processus intrapsychique et interpersonnel qui fait intervenir des narrations inconscientes (principalement symbolis\u00e9es de fa\u00e7on non verbales) associ\u00e9es au fantasme d\u2019\u00e9vacuer une part de soi dans l\u2019autre personne&nbsp;\u00bb (2002, p. 135). Et Ogden de d\u00e9crire que, non seulement, les subjectivit\u00e9s des protagonistes interagissent, mais que le r\u00e9sultat de ce processus cr\u00e9e un nouveau champ intersubjectif autonome, ce tiers analytique qui influencera le processus analytique. Reprenant l\u2019id\u00e9e d\u2019Andr\u00e9 Green de l\u2019objet analytique comme un tiers, produit de la r\u00e9union de l\u2019analysant et l\u2019analyste (Green 1974 et 2002), ce \u00ab&nbsp;troisi\u00e8me sujet inconscient&nbsp;\u00bb, se \u00ab&nbsp;situe dans une tension dialectique avec l\u2019analyste et l\u2019analysant en tant qu\u2019individus s\u00e9par\u00e9s ayant leurs subjectivit\u00e9s propres. Analyste et analysant participent chacun \u00e0 la construction intersubjective inconsciente (le tiers analytique) mais de fa\u00e7on asym\u00e9trique. [\u2026] Il s\u2019agit d\u2019un ensemble d\u2019exp\u00e9riences conscientes et inconscientes, intrapsychiques et intersubjectives, construites et v\u00e9cues conjointement mais de mani\u00e8re asym\u00e9trique&nbsp;\u00bb par l\u2019analyste et l\u2019analysant (Ogden, 2001, p. 134). Il nous semble \u00e9vident que ce que d\u00e9crit Ogden \u00e0 propos de la cure analytique se reproduit, au moins en partie, dans tout groupe de travail r\u00e9unissant des analystes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e9change clinique interanalytique&nbsp;: un nouveau champ d\u2019investigation psychanalytique&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<p id=\"pa91\">De ceci d\u00e9coule une nouvelle \u00ab&nbsp;hypoth\u00e8se&nbsp;\u00bb&nbsp;: dans quelle mesure peut-on, d\u2019une mani\u00e8re plus syst\u00e9matique et \u00ab&nbsp;scientifique&nbsp;\u00bb, \u00e9tudier le travail des analystes entre eux, ne le consid\u00e9rant pas simplement comme un probl\u00e8me d\u2019organisation mais comme un territoire de la psychanalyse elle-m\u00eame&nbsp;? Ne pourrions-nous pas affirmer que l\u2019\u00e9change inter-analytique et notamment l\u2019\u00e9change&nbsp;<em>clinique<\/em>&nbsp;inter-analytique, qui a pris un essor important depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, constitue un nouveau champ d\u2019investigation psychanalytique&nbsp;? Certains mouvements transf\u00e9ro-contretransf\u00e9rentiels qui ont lieu dans la cure analytique se retrouvent dans la situation de groupe o\u00f9 ils sont diffract\u00e9s et d\u00e9plac\u00e9s sur les autres participants, les mod\u00e9rateurs et les rapporteurs. Dans ce sens, nous concevons le groupe&nbsp;comme le lieu d\u2019un jeu et d\u2019un enjeu analytiques et pas seulement comme un groupe de travail. Dans une situation clinique pr\u00e9sent\u00e9e dans un de nos groupes, il \u00e9tait question de donner ou ne pas donner de re\u00e7us aux patients. Les participants du groupe ont associ\u00e9 que chaque soci\u00e9t\u00e9 de psychanalyse avait des fa\u00e7ons diff\u00e9rentes de proc\u00e9der par rapport \u00e0 l\u2019argent et par rapport aux re\u00e7us. Dans certaines soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes, l\u2019analyste qui accepterait de signer un re\u00e7u serait consid\u00e9r\u00e9 comme pervers alors qu\u2019aux Etats-Unis cela fait partie de la sp\u00e9cificit\u00e9 du cadre. \u00c0 partir de l\u00e0, l\u2019id\u00e9e se d\u00e9veloppe dans le groupe que ce qui lie l\u2019analyste et l\u2019analysant peut les d\u00e9passer d\u2019une certaine mani\u00e8re et que nous baignons tous, en tant que psychanalyste, souvent de mani\u00e8re tr\u00e8s inconsciente, dans une histoire institutionnelle qui elle-m\u00eame baigne dans une histoire culturelle ou historique qui, \u00e0 certains moments de la cure, s\u2019articule au niveau du transfert et du contre-transfert. Il y a une histoire diff\u00e9rente dans la formation transg\u00e9n\u00e9rationnelle de chaque soci\u00e9t\u00e9, il y a toute une s\u00e9rie d\u2019aspects comme le respect du cadre ou les questions d\u2019argent, qui sont sous-tendues par des positions inconscientes mais qui sont aussi le fruit de la rencontre au niveau intrapsychique de l\u2019histoire institutionnelle et de l\u2019histoire de chacun, analyste et patient.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa92\">Nous pourrions formuler l\u2019\u00ab&nbsp;hypoth\u00e8se&nbsp;\u00bb suivante&nbsp;: le groupe d\u2019analystes qui \u00e9coute un fragment de mat\u00e9riel clinique est capable de&nbsp;<em>d\u00e9condenser<\/em>&nbsp;les innombrables facettes et enjeux d\u2019une s\u00e9ance par la mise en commun par tous les participants des r\u00e9sonances de l\u2019analyse pr\u00e9sent\u00e9e. \u00c0 la mani\u00e8re dont un tableau cubiste pr\u00e9sente, sur un m\u00eame plan bidimensionnel, toutes les facettes d\u2019un objet, l\u2019intensit\u00e9 du travail (trois demi-journ\u00e9es, plus de dix heures de travail consacr\u00e9es \u00e0 travailler sur le mat\u00e9riel clinique de trois s\u00e9ances de psychanalyse&nbsp;!) fait que les analystes du groupe utilisent leur capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute, au-del\u00e0 ou en-de\u00e7a de ce qu\u2019ils seraient capables de faire individuellement. Plus encore&nbsp;: si la capacit\u00e9 associative des participants ne rencontre pas trop de difficult\u00e9s, le groupe est capable de saisir des enjeux essentiels de la cure pr\u00e9sent\u00e9e sans trop le savoir, \u00e0 la mani\u00e8re dont une interpr\u00e9tation analytique, ce que l\u2019analyste dit en analyse, comporte toujours un \u00e9l\u00e9ment de surprise.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa93\">Presque toujours, les participants sont \u00e9tonn\u00e9s de constater que le groupe est capable de reconstruire certains \u00e9l\u00e9ments de la cure pr\u00e9sent\u00e9e (et d\u2019autres pas du tout), y compris de mani\u00e8re prospective, c\u2019est-\u00e0-dire en pr\u00e9voyant la suite de la cure comme les pr\u00e9sentateurs l\u2019ont confirm\u00e9. Cette reconstruction peut se comprendre facilement par l\u2019hypoth\u00e8se que les participants s\u2019identifient chacun \u00e0 des parties conscientes ou inconscientes du patient (ou de l\u2019analyste) et de leurs \u00e9changes transf\u00e9ro-contretransf\u00e9rentiels. C\u2019est la situation groupale qui permet cette diffraction des \u00e9l\u00e9ments transf\u00e9ro-contretransf\u00e9rentiels sur les participants et leur identification avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa94\">Dans d\u2019autres groupes, nous avons constat\u00e9 que tout le groupe pouvait \u00eatre agi inconsciemment par la situation rapport\u00e9e. Voici un exemple&nbsp;: un groupe se plaignant de la soif et qui n\u2019a pas arr\u00eat\u00e9 de boire de l\u2019eau, du th\u00e9 et du caf\u00e9 tout au long de leur travail alors qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un patient diab\u00e9tique dont on sait qu\u2019un des sympt\u00f4mes est justement le besoin de boire tr\u00e8s souvent. Reste donc la question de la mani\u00e8re dont le groupe agit ou plut\u00f4t est agi par le mat\u00e9riel pr\u00e9sent\u00e9. Suite aux diff\u00e9rentes exp\u00e9riences des groupes&nbsp;<em>Sp\u00e9cificit\u00e9<\/em>&nbsp;que nous avons pu analyser jusqu\u2019\u00e0 maintenant, il nous semble que le travail en groupe apporte une dimension de r\u00e9flexion diff\u00e9rente et suppl\u00e9mentaire au travail duel, \u00ab&nbsp;quelque chose en plus&nbsp;\u00bb, ont dit beaucoup de participants.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Conclusion&nbsp;: quelques perspectives<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"pa95\">Ce texte est donc un rapport d\u2019\u00e9tape qui essaie de rassembler, un peu en h\u00e2te il est vrai, beaucoup d\u2019\u00e9l\u00e9ments \u00e9pars qui nous sont apparus plus ou moins clairement au fil des trois ann\u00e9es d\u2019existence de ce&nbsp;<em>Working party<\/em>. Il est le t\u00e9moin de l\u2019enthousiasme qui a souvent anim\u00e9 notre travail ainsi que des multiples obstacles que nous avons rencontr\u00e9s, de l\u2019interrogation permanente sur le sens de notre d\u00e9marche aussi bien que du tr\u00e8s lent d\u00e9gagement de notre outil.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa96\">Tout ceci au rythme d\u2019importantes t\u00e2ches d\u2019organisation (pr\u00e9voir, pour chacune des r\u00e9unions, les deux mod\u00e9rateurs, les pr\u00e9sentateurs et le rapporteur-observateur qui viennent de diff\u00e9rents continents, assurer la coordination de cet ensemble, inviter, expliquer, \u00e9changer\u2026) qui risquent souvent d\u2019absorber toute l\u2019\u00e9nergie disponible. Mais ceci n\u2019est que le destin partag\u00e9 par tous les coll\u00e8gues que la psychanalyse anime.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa97\">La t\u00e2che d\u2019organisation s\u2019entrem\u00eale avec notre dispositif de sorte que ce qui peut para\u00eetre \u00ab&nbsp;un simple probl\u00e8me pratique&nbsp;\u00bb s\u2019av\u00e8re parfois receler des questions dont la port\u00e9e est difficile \u00e0 mesurer. Un exemple&nbsp;: lors du travail \u00e0 Bruxelles, deux groupes fonctionnant alors dans deux salles contigu\u00ebs \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un grand hall de l\u2019h\u00f4tel o\u00f9 se tenait le congr\u00e8s de la FEP, ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s au bruit assez envahissant des pauses d\u2019un grand colloque qui se r\u00e9unissait dans une autre salle. Le bruit rendait le travail dans nos petits groupes mat\u00e9riellement difficile, on s\u2019entendait peu ou pas. Les deux groupes ont r\u00e9agi de mani\u00e8re diam\u00e9tralement oppos\u00e9e, l\u2019un d\u00e9cidant, en accord avec les mod\u00e9rateurs et la pr\u00e9sentatrice d\u2019interrompre la r\u00e9union le temps que l\u2019accalmie revienne, l\u2019autre, sur proposition des mod\u00e9rateurs, a continu\u00e9 avec le sentiment que cet \u00e9l\u00e9ment ext\u00e9rieur, le bruit perturbateur, pouvait parfaitement \u00eatre int\u00e9gr\u00e9 au travail en cours. C\u2019est peut-\u00eatre, en effet, dans d\u2019apparentes&nbsp;questions d\u2019ordre pratique que certains probl\u00e8mes de fond apparaissent. Il nous reste maintenant le plus difficile&nbsp;: d\u00e9ployer la logique implicite de chacune des alternatives au del\u00e0 d\u2019une simple prescription normative sur ce qui serait bien ou pas bien. Chaque groupe a r\u00e9agi de mani\u00e8re diff\u00e9rente et le mat\u00e9riel \u00e0 \u00e9tudier est pr\u00e9cis\u00e9ment celui-l\u00e0. Le groupe d\u2019\u00e9change inter-clinique, et bien que notre dispositif ait ses propres caract\u00e9ristiques (nous ne discutons pas \u00e0 tour de r\u00f4le du mat\u00e9riel clinique de chacun des participants comme dans les groupes propos\u00e9s par Norman et Salomonsson), nous est apparu comme un lieu o\u00f9 un certain nombre de probl\u00e8mes qui se pr\u00e9sentent \u00e0 la psychanalyse aujourd\u2019hui peuvent \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9s et \u00e9tudi\u00e9s, en dehors de toute id\u00e9e de supervision ou de dynamique de groupe. C\u2019est un lieu qui existait d\u00e9j\u00e0 mais dont l\u2019importance et l\u2019int\u00e9r\u00eat en tant que laboratoire se sont d\u00e9gag\u00e9s peu \u00e0 peu, lieu de recherche et objet de recherche lui-m\u00eame, o\u00f9 la clinique psychanalytique, c\u2019est une hypoth\u00e8se, r\u00e9v\u00e8le d\u2019autres facettes de sa sp\u00e9cificit\u00e9. Plut\u00f4t que faire une liste de questions qui \u00e9mergent comme objet de travail possible pour la suite de notre&nbsp;<em>Working party<\/em>, attardons-nous sur deux points de cette liste pour relever ses difficult\u00e9s et ses possibilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa98\">D\u2019abord le mat\u00e9riel clinique pr\u00e9sent\u00e9. Si nous avons abord\u00e9 plus haut le changement de modalit\u00e9 que nous avons op\u00e9r\u00e9 entre notre premi\u00e8re r\u00e9union \u00e0 Barcelone et celle \u00e0 Vienne, et avec le sentiment de ne pas avoir encore \u00ab&nbsp;exploit\u00e9&nbsp;\u00bb toutes les implications et la logique de ce changement, une interrogation de fond appara\u00eet sur la nature m\u00eame du r\u00e9cit clinique en psychanalyse. Qu\u2019est-ce que cette modalit\u00e9 de rapporter trois s\u00e9ances permet, favorise ou emp\u00eache&nbsp;? Quel type d\u2019orientation imprime-t-elle au travail du groupe&nbsp;? Il semble que le fait de limiter ce qui est rapport\u00e9 comme pr\u00e9sentation \u00e0 quelques s\u00e9ances, sans histoire du cas ni de la cure, sans aucunement \u00ab&nbsp;contextualiser&nbsp;\u00bb le mat\u00e9riel clinique, est aussi une mani\u00e8re de pr\u00e9server le pr\u00e9sentateur de la violence que la situation suscite dans le groupe, une violence qui ne serait pas le fait de telle ou telle situation clinique pr\u00e9sent\u00e9e et qui comporterait en elle-m\u00eame des forts \u00e9l\u00e9ments traumatiques, ni non plus la violence que pourrait g\u00e9n\u00e9rer le d\u00e9saccord avec la modalit\u00e9 de travail du pr\u00e9sentateur.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa99\">Tout au long de ces pages, diff\u00e9rents aspects de la violence ont \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9s comme, par exemple, en \u00e9voquant la difficult\u00e9 \u00e0 suspendre son jugement, ensuite en d\u00e9crivant une des premi\u00e8res r\u00e9unions \u00e0 Barcelone o\u00f9 un des groupes mettait en cause directement la modalit\u00e9 de travail de l\u2019analyste, ou encore en parlant de \u00ab&nbsp;formations traumatiques qui \u00e9mergent dans l\u2019actuel du groupe&nbsp;\u00bb. On pourrait d\u2019ailleurs aussi se demander comment cela se relie (ou pas) \u00e0 la violence initiale lors de la naissance du projet de&nbsp;<em>Working party<\/em>&nbsp;lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa100\">Mais plus radicalement, nous nous demandons si, contrairement \u00e0 ce qui pourrait \u00eatre une orientation qui se soutient des vertus du dialogue et de l\u2019\u00e9change entre psychanalystes, il ne s\u2019agit pas aussi de tenir compte de la violence inh\u00e9rente \u00e0 notre travail de psychanalystes. Tous les aspects de la clinique psychanalytique qui, de la r\u00e8gle fondamentale \u00e0 l\u2019attitude de retrait de l\u2019analyste, de la n\u00e9cessaire frustration que g\u00e9n\u00e8re la non-r\u00e9ponse \u00e0 toutes les demandes et les attentes que la situation psychanalytique \u00e9veille, et plus encore de la violence inh\u00e9rente \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition elle-m\u00eame, ferait de cette id\u00e9e de violence, aux contours peut-\u00eatre trop vagues, un terrain \u00e0 explorer. La horde sauvage aussi bien que la psychologie collective restent des potentialit\u00e9s toujours pr\u00e9sentes qui travaillent de mani\u00e8re souterraine dans tous les groupes.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"pa101\"><em>Une premi\u00e8re version, l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente, de ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 2010 dans le Bulletin (interne) de la F\u00e9d\u00e9ration Europ\u00e9enne de Psychanalyse (FEP), num\u00e9ro 64 (suppl\u00e9ment) sous le titre&nbsp;: La sp\u00e9cificit\u00e9 du traitement psychanalytique aujourd\u2019hui. Le travail du Working Party ayant continu\u00e9 tr\u00e8s activement depuis 2009, nous d\u00e9crirons la suite de notre r\u00e9flexion de ces trois ann\u00e9es dans un texte \u00e0 venir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Le mot \u00ab\u00a0dispositif\u00a0\u00bb est de plus en plus utilis\u00e9 dans la psychanalyse francophone sans pour autant, \u00e0 notre connaissance, une d\u00e9finition claire et pourtant bien diff\u00e9rente de son utilisation par M. Foucault. Pour notre part, \u00ab\u00a0dispositif\u00a0\u00bb d\u00e9signe les dispositions pratiques et les proc\u00e9d\u00e9s prescrits dans notre WP.<\/li><li>C\u2019est aussi dans l\u2019\u00e9change avec plusieurs autres personnes qu\u2019Evelyne Sechaud a pu aussi peu \u00e0 peu mieux cerner les enjeux du WP naissant. Ainsi, par exemple, Nicole Minazio a permis d\u2019orienter la compr\u00e9hension du cas clinique par le travail des participants d\u2019un groupe.<\/li><li>Voir a ce sujet aussi le texte r\u00e9cent de Fichtner (2008) qui discute de la datation de cette citation.<\/li><li>Ce texte est le r\u00e9sultat de discussions et du travail avec les coll\u00e8gues de ce groupe.<\/li><li>Ces deux textes sont le fruit d\u2019un groupe de travail compos\u00e9 de L. Bleger, C. Cambad\u00e9lis, Y. Dorey, A. Driben, C. Ehrenberg, G. Gensel, JM. Levy, A. Robert-Pariset, E. Sechaud, JY. Tamet.<\/li><li>Certains aspects de ce texte ont \u00e9t\u00e9 discut\u00e9s avec Ren\u00e9 Ka\u00ebs que nous remercions vivement.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Agamben, G. (2007).\u00a0<em>Qu\u2019est-ce qu\u2019un dispositif\u00a0?<\/em>, Payot. Apfelbaum, L. (2001). Pr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019APF en novembre 2001, texte non publi\u00e9.<\/li><li>Baranger, W et M. (1985). La situaci\u00f3n anal\u00edtica como campo din\u00e1mico, Revista Uruguaya de Psicoan\u00e1lisis, t. IV, n\u00b0 1, 1961-1962. Repris dans \u201cProblemas del campo psicoanal\u00edtico\u201d, Ed. Kargieman, Buenos Aires, 1969. Traduction fran\u00e7aise, W. et M. Baranger, (1985), \u201cLa situation analytique comme champ dynamique\u201d, tr. fran\u00e7. de Luisa de Urtubey, RFP, tome LIX, n\u00b0 6, 1543-1572. En anglais\u00a0: Baranger, M., Baranger, W. (2008). The Analytic Situation as a Dynamic Field. Int. J. Psycho-Anal., 89:795-826.<\/li><li>Birksted-Breen, D. (2008). Introductory foreword. In Psychoanalysis comparable &amp; incomparable. p 1-4 Routlege.<\/li><li>Bleger, J. (1967).\u00a0<em>Symbiose et ambigu\u00eft\u00e9<\/em>, Paris, PUF, 1981, tout particuli\u00e8rement le chapitre VI, Psychanalyse du cadre psychanalytique.<\/li><li>Bleger, J. (1970). Le groupe comme institution et le groupe dans les institutions, in R. Ka\u00ebs,\u00a0<em>L\u2019institution et les institutions<\/em>, Paris, Dunod, 1987.<\/li><li>Bleger, L. (2009)\u00a0: Pr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019APF en mai 2009, texte non publi\u00e9.<\/li><li>Brown, L, Miller, M. (2002). The triadic intersubjective Matrix in supervision\u00a0: the use of disclosure to work through painful affects.\u00a0<em>Int. J. Psycho-Anal.<\/em>, 83:811-823<\/li><li>Dictionnaire TLF (Tr\u00e9sor de la Langue Fran\u00e7aise) (2004)\u00a0: article \u00ab\u00a0Sp\u00e9cificit\u00e9\u00a0\u00bb, CNRS, C\u00e9d\u00e9rom<\/li><li>Doehrman, M. (1976). Parallel processes in supervision and psychotherapy.\u00a0<em>Bull. Mennin. Clinic<\/em>, 40:9-104<\/li><li>Donnet, J.L (1995). L\u2019op\u00e9ration M\u00e9ta, in\u00a0<em>Le divan bien temp\u00e9r\u00e9<\/em>, Paris, PUF.<\/li><li>Donnet, J.L. (2005).\u00a0<em>La situation analysante<\/em>, Paris, PUF.<\/li><li>Donnet, J.L.\u00a0<em>Histoire d\u2019une recherche<\/em>\u00a0(texte non publi\u00e9)<\/li><li>Donnet, J.L. (2009).\u00a0<em>L\u2019humour et la honte<\/em>, Paris, PUF, (L\u2019\u00e9change inter-analytique\u00a0: le r\u00e9cit et l\u2019\u00e9coute).<\/li><li>Dorey, Y. (2009). Pr\u00e9sentation \u00e0 l\u2019APF en mai 2009, texte non publi\u00e9<\/li><li>Ekstein, R. and Wallerstein, R. (1958),\u00a0<em>The teaching and learning of psychotherapy<\/em>, New York, International University Press.<\/li><li>Ferro, A. (2005), Commentary to Madeleine Baranger, Field Theory, in S. Lewkowicz and Silvia Flechner, editors, Truth, reality and the psychoanalyst, Int. Psych. Library, London, pp. 87-96.<\/li><li>Ferro, A. (2006). The Bi-Personal Field\u00a0: Experiences in Child Analysis\u00a0: with Introduction by Elizabeth Bott Spillius, Volume 38 of New Library of Psychoanalysis, Routledge.<\/li><li>Fichtner, Gerhard, (2008). From Psychical treatment to psychoanalysis\u00a0: Considerations on the misdating of an early Freud text and on a hitherto overlooked addition to it.\u00a0<em>International Journal of Psycho-Analysis<\/em>., 89: 827-843.<\/li><li>Fleming, J., Benedek, T. (1966).\u00a0<em>Psychoanalytic supervision<\/em>. New York\u00a0: Grune &amp; Stratton.<\/li><li>Freud, S. (1984).\u00a0<em>Traitement psychique. R\u00e9sultats, Id\u00e9es, Probl\u00e8mes<\/em>, Paris, PUF.<\/li><li>Freud, S. (1922). \u00ab\u00a0Psychanalyse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Th\u00e9orie de la libido\u00a0\u00bb,\u00a0<em>OC, XVI<\/em>, p. 181. En anglais\u00a0:\u00a0<em>Two Encyclopaedia Articles<\/em>, SE XVIII, p. 235.<\/li><li>Fonagy, P. (2002)\u00a0: Reflections on psychoanalytic research problems \u2013 a French-speaking view. In\u00a0:\u00a0<em>An open door review of outcome studies in Psychoanalysis<\/em>. London, IPA publications, 3-9.<\/li><li>Fonagy, P. (2004). Foreword. In\u00a0: P Richardson, H K\u00e4chele, C Renlund.\u00a0<em>Research on psychoanalytic psychotherapy with adults<\/em>. London, Karnac, XIX-XXVII.<\/li><li>Gediman, H. Wolkenfeld, F. (1980). The parallelism phenomenon in psychoanalysis and supervision\u00a0: its reconsideration as a triadic system\u00a0:\u00a0<em>Psychoanal<\/em>. Q\u00a0:, 49:234-55 Green, A (2002).\u00a0<em>Id\u00e9es directrices pour une psychanalyse contemporaine<\/em>, Paris, PUF,.<\/li><li>Green, A. (1974). L\u2019analyste, la symbolisation et l\u2019absence dans le cadre analytique\u00a0: \u00e0 propos des changements dans la pratique et l\u2019exp\u00e9rience analytiques,\u00a0<em>Nouvelle revue de psychanalyse<\/em>, n\u00b0 10, 1974, pp. 225-252.<\/li><li>Heimann, P. (1950). On counter-transference.\u00a0<em>Int. J. PsychoAnal<\/em>, 31: 81-84<\/li><li>Innes-Smith, J. (1997). \u00catre ou ne pas \u00eatre\u2026 analyste. Psychanalyse en Europe 1997, 48, 95-107<\/li><li>Joseph E. D, Widl\u00f6cher, D. (1983).\u00a0<em>The identity of the psychoanalyst<\/em>. International University Press inc. New York<\/li><li>Ka\u00ebs, R. (1982). \u00ab\u00a0Ce qui travaille dans les groupes\u00a0\u00bb in Anzieu D., Ka\u00ebs R. et coll.,\u00a0<em>Le travail psychanalytique dans les groupes.<\/em>\u00a0Paris, Dunod.<\/li><li>Ka\u00ebs, R. (1995). L\u2019exigence de travail impos\u00e9e \u00e0 la psych\u00e9 par la subjectivit\u00e9 de l\u2019objet.\u00a0<em>Rev. Belge de Psychanalyse.<\/em>\u00a029, 1-23<\/li><li>Ka\u00ebs, R. (2002).\u00a0<em>La consistance du travail psychanalytique en situation de groupe<\/em>, Pr\u00e9sentation au GERCPEA, Luxembourg.\u00a0<a href=\"http:\/\/www.gercpea.lu\/\">www.gercpea.lu<\/a><\/li><li>Klein, M. (1946). Notes on some schizoid mechanisms. In\u00a0<em>Envy and Gratitude<\/em>. New York\u00a0: Delacorte Press, 1975.<\/li><li>Lalande, A. (2006).\u00a0<em>Dictionnaire du Vocabulaire technique et critique de la philosophie<\/em>. Paris, PUF.<\/li><li>Norman J., Salomonsson B. (2005)\u00a0: \u201cWeaving thoughts\u201d. A method for presenting and commenting psychoanalytic case material in a peer group.\u00a0<em>Int J Psychoanal<\/em>\u00a086: 1281-98.<\/li><li>Ogden, T. (2001). Travailler \u00e0 la fronti\u00e8re du r\u00eave, in\u00a0<em>Courants de la psychanalyse contemporaine RFP<\/em>\u00a0num\u00e9ro hors s\u00e9rie.<\/li><li>Perron, R. (1998). La recherche en psychanalyse et l\u2019association psychanalytique internationale.\u00a0<em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 Psychanalytique de Paris<\/em>, 50: 39-51.<\/li><li>Pichon Rivi\u00e8re, E. (1969). Les groupes op\u00e9rationnels au service de la formation de psychologues sociaux. In\u00a0:\u00a0<em>Le processus groupal<\/em>. Toulouse, Er\u00e8s, 2004, p. 27.<\/li><li>Racker, H. (1953). A contribution to the problem of counter-transference.\u00a0<em>Int. J. Psycho-Anal<\/em>, 34: 313-324<\/li><li>Roussillon, R. (2007). Recherche et exploration en psychanalyse. In Emmanuelli M. et Perron R. (dir.).<em>La recherche en psychanalyse<\/em>. Paris, PUF.<\/li><li>Roussillon, R. (2008).\u00a0<em>L\u2019Associativit\u00e9 et ses extensions.<\/em>\u00a0Colloque de la SPP du 22 novembre 2008.<\/li><li>Searles, H. (1955). The informational value of the supervisior\u2019s emotional experience. In\u00a0<em>Collected Papers on Schizophrenia<\/em>. New York\u00a0: Int. Univ. Press, 1965.<\/li><li>Tuckett D. et al. (2008).\u00a0<em>Psychoanalysis comparable &amp; incomparable.<\/em>\u00a0Routlege<\/li><li>Van Lysebeth, M., Minazio, L., Dirkx et coll. (2008). Premiers jalons d\u2019un travail groupal de recherche m\u00e9thodologique sur les th\u00e9ories implicites du psychanalyste.\u00a0<em>Revue Belge de Psychanalyse<\/em>, 27-43.<\/li><li>Wallerstein, R. S. (1993). One psychoanalysis or many\u00a0? In,\u00a0<em>The Common Ground of Psychoanalysis\u00a0?<\/em>\u00a0Jason Aronson inc. London 25-60.<\/li><li>Widl\u00f6cher, D. (2007). La recherche\u00a0: pour qui et pour quel d\u00e9bat\u00a0? In Emmanuelli M. et Perron R. (dir.).<em>La recherche en psychanalyse<\/em>. Paris, PUF.<\/li><\/ul>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10757?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Un groupe de recherche clinique, appel\u00e9&nbsp;Working party&nbsp;(WP) sur la&nbsp;Sp\u00e9cificit\u00e9 du Traitement Psychanalytique Aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2006 par \u00c9velyne S\u00e9chaud qui \u00e9tait alors pr\u00e9sidente de la&nbsp;F\u00e9d\u00e9ration Europ\u00e9enne de Psychanalyse&nbsp;(FEP- 2004-2008). Elle a aussi \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re&nbsp;chair&nbsp;de ce groupe&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1225,1214],"thematique":[217],"auteur":[1935,1936,1481],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[682],"type_article":[453],"check":[2023],"class_list":["post-10757","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-dispositif","rubrique-psychanalyse","thematique-psychotherapie","auteur-evelyne-sechaud","auteur-leopoldo-bleger","auteur-serge-frisch","mode-payant","revue-682","type_article-recherche","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10757","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10757"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10757\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17267,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10757\/revisions\/17267"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10757"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10757"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10757"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10757"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10757"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10757"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10757"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10757"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10757"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}