{"id":10740,"date":"2021-08-22T07:32:39","date_gmt":"2021-08-22T05:32:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/sensibiliser-les-adolescents-aux-bebes-quils-furent-et-quils-auront-2\/"},"modified":"2021-09-30T20:19:08","modified_gmt":"2021-09-30T18:19:08","slug":"sensibiliser-les-adolescents-aux-bebes-quils-furent-et-quils-auront","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/sensibiliser-les-adolescents-aux-bebes-quils-furent-et-quils-auront\/","title":{"rendered":"Sensibiliser les adolescents aux b\u00e9b\u00e9s (qu&rsquo;ils furent et qu&rsquo;ils auront)"},"content":{"rendered":"<blockquote class=\"wp-block-quote\">\n<div>\u00ab\u00a0Je me souviens qu\u2019il y a des temps heureux o\u00f9 la mer M\u00e9diterran\u00e9e se traverse de part en part, et d\u2019autres, plus sombres, o\u00f9 elle se transforme en tombeau.<br \/>Et alors, \u00e0 se tenir face \u00e0 la mer, on ne voit plus la m\u00eame chose.<br \/>Tenter, braver, persister\u00a0: nous en sommes l\u00e0.<br \/>Il y a certainement quelque chose \u00e0 tenter.<br \/>Comment se r\u00e9soudre \u00e0 un devenir sans surprise, \u00e0 une histoire o\u00f9 plus rien ne peut survenir \u00e0 l\u2019horizon, sinon la menace de la continuation\u00a0?<br \/>Ce qui surviendra, nul ne le sait. Mais chacun comprend qu\u2019il faudra, pour le percevoir et l\u2019accueillir, \u00eatre calme, divers et exag\u00e9r\u00e9ment libre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<footer>Patrick Boucheron, \u00ab\u00a0Ce que peut l\u2019histoire\u00a0\u00bb, Le\u00e7on inaugurale prononc\u00e9e au Coll\u00e8ge de France, le 17 d\u00e9cembre 2015<\/footer>\n<p>\u00a0<\/p>\n<\/div>\n<\/blockquote>\n<h2>Argument<\/h2>\n<p>Parler des b\u00e9b\u00e9s aux adolescents semble utile non seulement pour les pr\u00e9parer au mieux \u00e0 leur propre parentalit\u00e9 future \u00e9ventuelle, mais aussi pour les rendre attentifs \u00e0 l\u2019importance de la vie psychique pr\u00e9verbale.<\/p>\n<p>Ceci ouvre donc \u00e0 la fois sur une aide \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la parentalit\u00e9, mais aussi &#8211; et peut-\u00eatre surtout &#8211; \u00e0 un respect de la vie psychique sous toutes ses formes.<\/p>\n<p>Il y a donc, l\u00e0, une possible voie de travail dans la perspective d\u2019une pr\u00e9vention de la violence qui devient aujourd\u2019hui, on ne le sait que trop, un authentique probl\u00e8me de sant\u00e9 publique (individuel et collectif).<\/p>\n<h2>I<sup>\u00e8re<\/sup> partie\u00a0: Un constat n\u00e9 de l\u2019observation\u00a0: des ados fascin\u00e9s par les b\u00e9b\u00e9s<\/h2>\n<p>Les ados, dans leur grande majorit\u00e9, sont litt\u00e9ralement subjugu\u00e9s, fascin\u00e9s, \u00ab\u00a0scotch\u00e9s\u00a0\u00bb lorsqu\u2019ils rencontrent des b\u00e9b\u00e9s.<\/p>\n<h2>Les observations de Bernard Golse<\/h2>\n<p>Dans notre unit\u00e9 de jour, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Necker-Enfants Malades, nous accueillons de tr\u00e8s jeunes enfants en vue d\u2019une observation transdisciplinaire.<\/p>\n<p>Il nous arrive parfois, certes pas tr\u00e8s souvent, d\u2019accueillir dans cette unit\u00e9 des pr\u00e9adolescents ou des adolescents en difficult\u00e9, \u00e0 la condition bien entendu qu\u2019ils ne soient ni trop agit\u00e9s ni trop violents. Ceci \u00e9tant, aussi perturb\u00e9s soient-ils (d\u00e9pressifs, suicidaires ou simplement dysharmoniques), il est frappant de voir \u00e0 quel point les tr\u00e8s jeunes enfants qui les entourent alors, les passionnent v\u00e9ritablement. Les adolescents les regardent et les observent avec une attention soutenue, comme si cette confrontation \u00e0 des b\u00e9b\u00e9s du dehors leur permettaient de retravailler quelque chose du b\u00e9b\u00e9 du dedans, c\u2019est-\u00e0-dire, du b\u00e9b\u00e9 qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 et qui a laiss\u00e9 des traces profond\u00e9ment enfouies en eux, ainsi que du b\u00e9b\u00e9 qu\u2019ils imaginent, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, avoir \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h2>Les observations de Marie Biot<\/h2>\n<p>A la lecture des travaux men\u00e9s par Bernard Golse et des colloques BBADOS organis\u00e9s par la revue <em>Le Carnet Psy<\/em>, l\u2019id\u00e9e de mener un projet r\u00e9unissant des b\u00e9b\u00e9s et des ados m\u2019est apparue comme une \u00e9vidence tant les protagonistes semblaient \u00eatre faits pour se rencontrer.<\/p>\n<p>Dans le cadre des cours d\u2019EMC (\u00c9ducation Morale et Civique), j\u2019ai donc propos\u00e9 \u00e0 des \u00e9l\u00e8ves de seconde g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l\u2019occasion des f\u00eates de fin d\u2019ann\u00e9e de cr\u00e9er un spectacle de No\u00ebl pour des enfants fr\u00e9quentant un centre d\u2019\u00e9veil situ\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 du lyc\u00e9e o\u00f9 j\u2019enseigne.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, j\u2019ai pu observer \u00e0 quel point les ados pouvaient \u00eatre sous le charme des tout-petits (0 \u00e0 4 ans), ces derniers se montrant \u00e9galement tr\u00e8s r\u00e9ceptifs \u00e0 ces repr\u00e9sentations en multipliant les commentaires, les rires, et les applaudissements\u2026 Des moments de rencontre apr\u00e8s les spectacles se sont av\u00e9r\u00e9s chaque ann\u00e9e riches en \u00e9changes d\u2019une grande intensit\u00e9 entre les b\u00e9b\u00e9s et les lyc\u00e9ens autour d\u2019un go\u00fbter mais surtout de marionnettes, d\u2019instruments de musique\u2026<\/p>\n<p>Concernant les adolescentes, les photographies prises lors de ces rencontres donnent \u00e0 voir des \u00e9changes visuels tr\u00e8s intenses et \u00e9mouvants avec les b\u00e9b\u00e9s tenus dans leurs bras. Les vid\u00e9os tourn\u00e9es montrent \u00e9galement les jeunes quittant de temps \u00e0 autre du regard tous ces petits pour devenir songeurs ou r\u00eaveurs. Quel sens donner \u00e0 ces r\u00eaveries\u00a0? Pensent-ils alors \u00e0 leur enfance et\/ou \u00e0 une future parentalit\u00e9\u00a0? Leurs r\u00eaveries participent-elles \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du b\u00e9b\u00e9 \u00ab\u00a0imaginaire, fantasmatique, mythique et narcissique\u00a0\u00bb d\u00e9crit par Michel Soul\u00e9 (1983) et Serge Lebovici (1992)\u00a0?<\/p>\n<p>Sans vouloir simplifier les choses \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, quelques grandes tendances ont pu \u00eatre observ\u00e9es concernant l\u2019attitude des ados vis-\u00e0-vis des b\u00e9b\u00e9s (m\u00eame si ces positions ont pu varier au cours des projets\u00a0: ravissement, enthousiasme, observation, retrait\u2026), et pour essayer d\u2019en saisir les enjeux, le terme d\u2019\u00e9cart propos\u00e9 par Fran\u00e7ois Jullien (2012) semble particuli\u00e8rement appropri\u00e9 et susceptible d\u2019ouvrir des pistes de r\u00e9flexion\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ainsi l\u2019\u00e9cart est-il une figure, non pas de rangement mais de d\u00e9rangement faisant para\u00eetre non pas une identit\u00e9 mais ce que je nommerai une f\u00e9condit\u00e9. Faire un \u00e9cart c\u2019est faire sortir de la norme, proc\u00e9der de fa\u00e7on incongrue, op\u00e9rer quelques d\u00e9placements vis-\u00e0-vis de l\u2019attendu et du convenu bref briser le cadre imparti et se risquer ailleurs parce que craignant ici de s\u2019enliser<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il serait cependant r\u00e9ducteur de classifier les interactions, de les analyser en fonction du sexe des protagonistes, ou de penser que certaines sont plus r\u00e9ussies que d\u2019autres, m\u00eame si cela pourrait para\u00eetre tentant. Ce serait oublier la complexit\u00e9 du fonctionnement psychique, faire fi de la bisexualit\u00e9 psychique et n\u00e9gliger le fait que chaque type d\u2019interactions invite \u00e0 penser l\u2019expression d\u2019une singularit\u00e9, mise en sc\u00e8ne dans l\u2019ici et maintenant, et compr\u00e9hensible au regard de la th\u00e9orie de l\u2019apr\u00e8s-coup dans un ailleurs \u00e0 venir, pour chaque sujet. Des \u00e9carts ont pu \u00eatre observ\u00e9s \u00e9galement du c\u00f4t\u00e9 des petits dans leur \u00e9lan vers l\u2019autre, en fonction de leur \u00e2ge, de l\u2019attitude parentale ou des adultes, et de celle des ados.<\/p>\n<p>1<sup>er<\/sup> cas\u00a0: La phase d\u2019observation r\u00e9ciproque ados\/b\u00e9b\u00e9s est courte. Les ados sont rapidement dans l\u2019interaction avec les petits\u00a0: un \u00e9lan les porte les uns vers les autres. La rencontre se concr\u00e9tise par des jeux, des phases de c\u00e2linage, de ber\u00e7age\u2026 Les interactions sont peu interrompues. Certains adolescents sont tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise avec les b\u00e9b\u00e9s\u00a0: ils assument sans probl\u00e8me cet \u00e9lan alors que d\u2019autres consid\u00e8rent que s\u2019occuper des petits serait plut\u00f4t un \u00ab\u00a0truc de fille\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>2<sup>\u00e8me<\/sup> cas\u00a0: La phase d\u2019observation r\u00e9ciproque ados\/b\u00e9b\u00e9s est plus longue. Elle aboutit \u00e0 des interactions plus ponctuelles alternant avec des phases d\u2019observation, de retrouvailles entre pairs. Ceci est plut\u00f4t le fait des gar\u00e7ons. Ces derniers observent alors avec attention \u00e0 la fois les petits pr\u00e9sents mais aussi l\u2019attitude de leurs amies. Bien que plus distants, ils montrent cependant un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat pour les petits. Les jeunes hommes se tiennent alors dans un premier temps physiquement \u00e0 distance derri\u00e8re les petits canap\u00e9s, ce qui traduit aussi un \u00e9cart psychique vis-\u00e0-vis des filles. Les adolescentes s\u2019occupent alors seules des b\u00e9b\u00e9s, puis progressivement les gar\u00e7ons vont s\u2019approcher et oser la rencontre en groupe.<\/p>\n<p>On retrouve l\u00e0 l\u2019importance du groupe des pairs \u00e0 l\u2019adolescence. Les gar\u00e7ons risquent des approches plut\u00f4t lorsqu\u2019ils sont en groupe, craignant peut-\u00eatre de renvoyer l\u2019image de jeunes hommes trop maternels, voire eff\u00e9min\u00e9s. Il n\u2019est pas simple de reconna\u00eetre et d\u2019assurer sa part de f\u00e9minit\u00e9 \u00e0 l\u2019adolescence\u2026 Lorsqu\u2019ils interviennent, cela r\u00e9pond \u00e0 une invitation des filles, car celles-ci sont \u00e0 la fois dans l\u2019interaction avec les petits et dans une tentative de captation de l\u2019attention des gar\u00e7ons. Elles donnent \u00e0 voir leur capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre maternantes.<\/p>\n<p>Mais n\u2019oublions pas le r\u00f4le des petits\u00a0: leur pouvoir charmeur et tr\u00e8s r\u00e9actif contribue \u00e0 d\u00e9clencher et entretenir les interactions. Les b\u00e9b\u00e9s restent dans les bras des filles et ne cherchent pas \u00e0 aller dans ceux des gar\u00e7ons (par exemple, ils ne tendent pas les bras vers les ados et l\u2019inverse est \u00e9galement vrai). Les adolescent(e)s donnent sans doute \u00e0 voir la place attribu\u00e9e par leur m\u00e8re \u00e0 leur propre p\u00e8re, r\u00e9ellement ou fantasmatiquement\u00a0: revient alors l\u2019\u00e9ternelle question de la place des transmissions inter et transg\u00e9n\u00e9rationnelles.<\/p>\n<p>3<sup>\u00e8me<\/sup> cas\u00a0: Les ados sont seulement dans l\u2019observation des petits. Ils restent \u00e0 distance, plut\u00f4t pensifs.<\/p>\n<p>4<sup>\u00e8me<\/sup> cas\u00a0: Les ados se tiennent vraiment \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Ils ont un visage ferm\u00e9, triste. Le corps est en position de repli.<\/p>\n<h2>Les observations de Bernard Golse<\/h2>\n<p>Ind\u00e9pendamment des raisons que nous reverrons dans la V<sup>\u00e8me<\/sup> partie de ce dossier et qui permettent de comprendre les affinit\u00e9s qui existent entre certains aspects du fonctionnement psychique des adolescents et des b\u00e9b\u00e9s, il est possible aussi de prendre en compte la notion de loyaut\u00e9 intra-culturelle. La culture de l\u2019enfance est une culture en soi, comme l\u2019a si bien dit Alexandre Jardin, dans son livre intitul\u00e9 <em>Les colori\u00e9s<\/em> (2004)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L\u2019enfance et l\u2019\u00e2ge adulte apparaissent dans ces pages comme des cultures distinctes (\u2026) L\u2019enfance n\u2019est pas une saison, mais bien une culture \u00e0 part enti\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De ce fait, les enfants et les adolescents se parlent plus facilement entre eux qu\u2019ils ne parlent aux adultes avec lesquels ils ont, parfois, le sentiment de trahir quelque chose de leur identit\u00e9 groupale d\u2019enfants ou d\u2019adolescents. Entre b\u00e9b\u00e9s et adolescents, ce probl\u00e8me de trahison est peut-\u00eatre moins sensible car les \u00e9changes passent plus par la communication pr\u00e9verbale que par le langage verbal proprement dit.<\/p>\n<h2>II<sup>\u00e8me<\/sup> Partie\u00a0: Le b\u00e9b\u00e9\u00a0: source de questionnements in\u00e9puisables chez l\u2019adolescent<\/h2>\n<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019indicateur conjoncturel de natalit\u00e9 est g\u00e9n\u00e9ralement inf\u00e9rieur \u00e0 2 dans les pays de l\u2019Union Europ\u00e9enne. Si effectivement, nombre de jeunes ont beaucoup moins l\u2019occasion que lors des si\u00e8cles pass\u00e9s de c\u00f4toyer des b\u00e9b\u00e9s, d\u2019autres ont cependant encore l\u2019occasion de voir leur m\u00e8re (ou belle-m\u00e8re) materner ou garder des enfants. Dans tous les cas, les ados sont amen\u00e9s \u00e0 se questionner sur la fa\u00e7on dont ils envisagent l\u2019\u00e9ducation de leurs propres enfants. Or, s\u2019ils ont re\u00e7u une \u00e9ducation maltraitante (physiquement ou psychiquement) et\/ou s\u2019ils ont pu observer leurs parents \u00eatre violents avec le reste de leur fratrie, la question peut devenir angoissante et le d\u00e9sir de ne pas r\u00e9p\u00e9ter l\u2019histoire familiale mener \u00e0 un certain nombre d\u2019interrogations voire d\u2019impasses, si ce n\u2019est \u00e0 un renoncement \u00e0 la parentalit\u00e9. Certains jeunes \u00e0 la recherche de r\u00e9ponses sont amateurs d\u2019\u00e9missions comme <em>Super Nanny<\/em>, promptes \u00e0 donner le mode d\u2019emploi de l\u2019\u00e9ducation. Si l\u2019approche qui s\u2019y trouve propos\u00e9e fait fi de la complexit\u00e9 des relations intrafamiliales et des transmissions interg\u00e9n\u00e9rationnelles tout en exposant des familles en grande souffrance au regard de millions de t\u00e9l\u00e9spectateurs, elle aurait toutefois le m\u00e9rite, selon certains professionnels de la petite enfance, de faire reculer les maltraitances physiques en donnant des recettes pour imposer des cadres sans recourir \u00e0 la violence\u00a0: quel que soit l\u2019avis de chacun et ses arguments, le succ\u00e8s remport\u00e9 par de telles \u00e9missions de nos jours m\u00e9rite d\u2019\u00eatre entendu et questionn\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Partir des interrogations des adolescents s\u2019av\u00e8re donc primordial afin de respecter leur cheminement et leurs attentes. Un certain nombre d\u2019entre elles d\u00e9cline \u00e0 l\u2019envi tout ce qui touche au secret des origines. Il s\u2019agit l\u00e0 de revisiter les \u00ab\u00a0mythes magico-sexuels\u00a0\u00bb (S. de Mijolla-Mellor, 2002) de l\u2019enfance afin de trouver des cl\u00e9s de compr\u00e9hension plus adapt\u00e9es \u00e0 leur v\u00e9cu et \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 pubertaire. Le temps de la grossesse les intrigue et les questionne, notamment le d\u00e9sir qui se joue \u00e0 l\u2019origine de la vie, de leur vie.<\/p>\n<p>Difficile pour eux de comprendre le d\u00e9ni de grossesse, les n\u00e9onaticides et infanticides\u00a0: cela suscite des r\u00e9actions d\u2019incompr\u00e9hension souvent tr\u00e8s virulentes. Les r\u00e9ponses doivent \u00eatre apport\u00e9es avec tact sachant que l\u2019avortement peut d\u00e9j\u00e0 \u00eatre au c\u0153ur du v\u00e9cu et des pr\u00e9occupations de certains adolescents. Ce questionnement in\u00e9puisable sur les secrets touchant l\u2019origine de la vie est \u00e0 mettre en lien avec toutes leurs interrogations concernant l\u2019adoption. Beaucoup d\u2019adolescents s\u2019imaginent, dans leur roman familial, avoir \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9s. Parfois, cela s\u2019av\u00e8re le fruit de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une r\u00e9\u00e9criture de soi, parfois cela peut se r\u00e9v\u00e9ler comme la juste intuition d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 cach\u00e9e.<\/p>\n<p>Prenant progressivement conscience de leur capacit\u00e9 \u00e0 donner la vie mais \u00e9galement \u00e0 la retirer en cas d\u2019interruption volontaire de grossesse, les ados s\u2019interrogent \u00e9galement sur le \u00ab\u00a0meilleur \u00e2ge pour devenir parent\u00a0\u00bb, et sur la place et le r\u00f4le \u00e0 attribuer au p\u00e8re et \u00e0 la m\u00e8re dans l\u2019\u00e9ducation des enfants (notamment en cas de s\u00e9paration ou de crise dans le couple parental, d\u2019homoparentalit\u00e9, d\u2019adoption\u2026). La distance m\u00e8re-enfant les questionne \u00e9galement car souhaiter \u00e9viter les rapports trop fusionnels n\u2019est pas neutre \u00e0 la p\u00e9riode pubertaire. Ces r\u00e9flexions sur la distance, la place de chacun rebondissent sur des interrogations portant sur la part du Soi, de l\u2019\u00e9ducation et finalement de l\u2019autre dans le caract\u00e8re de l\u2019enfant. Se diff\u00e9rencier de ceux qui font habituellement rep\u00e8re (re-p\u00e8re\u00a0?) est une \u00e9tape n\u00e9cessaire \u00e0 cet \u00e2ge afin de mieux se d\u00e9finir. Cela passe par un questionnement concernant l\u2019\u00e9ducation re\u00e7ue et les \u00ab\u00a0mod\u00e8les\u00a0\u00bb propos\u00e9s <em>via<\/em> les r\u00e9seaux sociaux notamment. Les probl\u00e9matiques li\u00e9es aux transmissions transg\u00e9n\u00e9rationnelles et interg\u00e9n\u00e9rationnelles passionnent \u00e9galement les ados, qu\u2019elles s\u2019attachent au travail du r\u00eave, aux traumatismes, aux phobies, aux violences (guerres, attentats)\u2026<\/p>\n<p><em>Les b\u00e9b\u00e9s provoquent certes des questionnements mais aussi parfois des vocations.<\/em><\/p>\n<p>Parler des b\u00e9b\u00e9s aux ados constitue une occasion pour r\u00e9fl\u00e9chir ensemble aux souhaits de certains de vouloir travailler avec des tout-petits. L\u2019inflation des v\u0153ux d\u2019orientation constat\u00e9e en premi\u00e8re ann\u00e9e de lyc\u00e9e visant \u00e0 exercer dans les m\u00e9tiers de la petite enfance invite \u00e0 la r\u00e9flexion et peut \u00e9ventuellement nous surprendre. Apr\u00e8s le visionnage du \u00ab\u00a0Thalasso\/ bain\/b\u00e9b\u00e9\u00a0\u00bb pratiqu\u00e9 par Sonia Rochel, une adolescente enthousiaste \u00e9met ainsi le d\u00e9sir de \u00ab\u00a0faire \u00e7a\u00a0\u00bb, or ce \u00ab\u00a0\u00e7a\u00a0\u00bb ne correspondait pas \u00e0 l\u2019exercice du m\u00e9tier film\u00e9 mais \u00e0 un d\u00e9sir d\u2019\u00eatre \u00e0 la place du b\u00e9b\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Cet engouement pour les m\u00e9tiers de la petite enfance semble sp\u00e9cifique \u00e0 certains \u00e2ges et touche notamment d\u2019anciennes pr\u00e9matur\u00e9es qui laissent entendre dans nos \u00e9changes \u00e0 quel point leurs exp\u00e9riences singuli\u00e8res concernant leurs premiers moments de vie ont impact\u00e9 le r\u00e9cit de leurs origines. Elles s\u2019extasient en d\u00e9couvrant le parcours de Catherine Vanier (2013), psychologue-psychanalyste qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 se pencher sur les berceaux de ces \u00ab\u00a0b\u00e9b\u00e9s funambules\u00a0\u00bb accueillis au service de n\u00e9onatalogie de l\u2019H\u00f4pital Delafontaine de Saint-Denis.<\/p>\n<p>Notons d\u2019ailleurs que les b\u00e9b\u00e9s pr\u00e9matur\u00e9s qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 certains ados restent tr\u00e8s pr\u00e9sents dans le discours des m\u00e8res lors des rencontres parents\/professeurs alors m\u00eame que ces jeunes gens ont depuis bien longtemps rattrap\u00e9 tout retard de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<h2>III<sup>\u00e8me<\/sup> Partie\u00a0: Comment expliquer cette fascination des ados pour les b\u00e9b\u00e9s\u00a0?<\/h2>\n<h2>Une p\u00e9riode de grande r\u00e9ceptivit\u00e9<\/h2>\n<p>Il n\u2019y a plus qu\u2019un adolescent sur deux environ qui, dans nos soci\u00e9t\u00e9s, a l\u2019occasion de voir ses parents prendre soin d\u2019un b\u00e9b\u00e9 pu\u00een\u00e9 dans la mesure o\u00f9 le taux de f\u00e9condation est d\u2019environ 2,1 \u00e0 2,2 enfants par couple, en France. Ceci a des cons\u00e9quences quant \u00e0 la parentalit\u00e9 future des adolescents qui sont, de ce fait, tr\u00e8s peu pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 l\u2019in\u00e9vitable ambivalence des adultes envers les enfants, des adultes en g\u00e9n\u00e9ral et donc des adultes qu\u2019ils seront.<\/p>\n<p>Par ailleurs, il se trouve que du fait des analogies qui existent entre certains aspects du fonctionnement psychique des b\u00e9b\u00e9s et des adolescents, ces derniers sont particuli\u00e8rement sensibles aux tout-petits qu\u2019ils observent parfois avec une attention extr\u00eame. Ce faisant, probablement, ils retravaillent, remanient et transforment leurs propres souvenirs d\u2019enfance plus ou moins enfouis, et ceci peut sans doute les aider \u00e0 mieux accueillir les enfants qu\u2019ils auront peut-\u00eatre un jour eux-m\u00eames. Il y a donc un fil rouge qui va du b\u00e9b\u00e9 qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 (qu\u2019ils pensent avoir \u00e9t\u00e9, qu\u2019ils aimeraient avoir \u00e9t\u00e9 ou qu\u2019ils craignent d\u2019avoir \u00e9t\u00e9) jusqu\u2019au b\u00e9b\u00e9 qu\u2019ils auront peut-\u00eatre ult\u00e9rieurement (A. Braconnier et B. Golse, 2008).<\/p>\n<h2>Les observations de Marie Biot<\/h2>\n<p>Ce travail de remaniement a pu \u00eatre constat\u00e9 chez des ados charg\u00e9s de l\u2019\u00e9laboration de spectacles de No\u00ebl \u00e0 destination de tout-petits fr\u00e9quentant un centre d\u2019\u00e9veil. Si certains jeunes ont repris les comptines de leur enfance mot pour mot, ils ont n\u00e9anmoins exprim\u00e9 cette r\u00e9\u00e9criture de leurs souvenirs par leur choix de mise en sc\u00e8ne du Soi\u00a0: \u00e0 n\u2019en pas douter leur corps est devenu alors messager d\u2019une nouvelle narrativit\u00e9, \u00ab\u00a0corps messager\u00a0\u00bb (R. Roussillon, 2008) et th\u00e9rapeute. En endossant le costume de Comp\u00e8re Guilleri, un ado \u00e0 l\u2019enfance bien meurtrie s\u2019est ainsi jur\u00e9 de ne pas \u00ab\u00a0se laisser mourir\u00a0\u00bb gr\u00e2ce aux soins de jolies infirmi\u00e8res incarn\u00e9es par deux de ses camarades.<\/p>\n<p>D\u2019autres ados ont choisi de revisiter contes et comptines de leur enfance en proposant une nouvelle version de ces r\u00e9cits, reflet des pr\u00e9occupations sp\u00e9cifiques \u00e0 leur \u00e2ge. Le \u00ab\u00a0loup\u00a0\u00bb, personnage embl\u00e9matique des terreurs enfantines a parfois fait les frais de cette r\u00e9\u00e9criture. Un jeune homme et sa camarade ont ainsi tenu \u00e0 repenser ce personnage cl\u00e9 de leur enfance\u00a0: l\u2019animal est alors devenu pour l\u2019occasion un \u00ab\u00a0gentil loup\u00a0\u00bb, baby-sitter des enfants d\u2019un couple princier. Il a en effet \u00e9t\u00e9 mis en demeure d\u2019accepter le contrat suivant\u00a0: pour \u00eatre accueilli \u00e0 la cour, il devait se r\u00e9soudre \u00e0 adopter un r\u00e9gime alimentaire v\u00e9g\u00e9tarien. Contraint de renoncer \u00e0 d\u00e9vorer pour \u00eatre accept\u00e9 dans la famille Humaine, il devenait par cons\u00e9quent un loup castr\u00e9 certes mais \u2026 civilis\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Une nouvelle narrativit\u00e9 dans cette \u00e9criture de soi s\u2019est ainsi \u00e9labor\u00e9e pas \u00e0 pas, passant par une redistribution des r\u00f4les, dans une tentative d\u2019apprivoisement des peurs du pass\u00e9, r\u00e9activ\u00e9es en cette p\u00e9riode pubertaire. Elle questionne cependant la parentalit\u00e9 fantasmatique\u00a0: quels parents confieraient la garde de leurs enfants \u00e0 un loup\u00a0? F\u00fbt-il d\u00e9clar\u00e9 gentil\u00a0! Et pourtant ce serait sans compter la \u00ab\u00a0transmission transg\u00e9n\u00e9rationnelle des v\u0153ux infanticides dont les contes pour enfants sont si souvent repr\u00e9sentatifs\u00a0\u00bb (F. Houssier, 2007). Si la repr\u00e9sentation de ce r\u00e9cit n\u2019a pas d\u00e9clench\u00e9 de pleurs du c\u00f4t\u00e9 des petits, le temps du go\u00fbter a, par contre, \u00e9t\u00e9 un moment-cl\u00e9, r\u00e9v\u00e9lateur des mythologies personnelles de chacun. Ainsi alors qu\u2019une des protagonistes du nouveau sc\u00e9nario promenait sa marionnette de princesse aupr\u00e8s des enfants avec un certain succ\u00e8s, un de ses camarades tentait pour sa part de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9titive de faire accepter son \u00ab\u00a0gentil loup\u00a0\u00bb apr\u00e8s des plus jeunes, d\u00e9clenchant fuite et peur\u2026 Une petite fille tenait alors \u00e0 expliquer \u00e0 sa grand-m\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0les gentils loups \u00e7a n\u2019existe pas\u00a0!\u00a0\u00bb. Pourtant dans les faits, \u00e0 aucun moment, l\u2019adolescent n\u2019a renonc\u00e9 \u00e0 convaincre les petits\u00a0: au contraire, il r\u00e9it\u00e9rait ses tentatives d\u2019approche suivant toujours le m\u00eame sc\u00e9nario\u00a0: il avan\u00e7ait vers les enfants, la marionnette du Prince dans une main, ce qui attirait leur attention et les amenait \u00e0 s\u2019approcher. Il faisait alors intervenir le loup qui \u00e9tait cach\u00e9 dans son dos provoquant la fuite des plus jeunes malgr\u00e9 ses efforts (d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s\u00a0?) de les convaincre que c\u2019\u00e9tait un \u00ab\u00a0gentil loup\u00a0\u00bb. Dans ce sc\u00e9nario, le loup surgit donc de nulle part de fa\u00e7on inattendue\u00a0: la question du pulsionnel \u00e0 l\u2019adolescence est ici pos\u00e9e. Ce jeune ado met en sc\u00e8ne ses interrogations concernant sa sexualit\u00e9. Il tente de d\u00e9passer ici ses peurs infantiles d\u2019\u00eatre d\u00e9vor\u00e9 en devenant auteur et acteur d\u2019une histoire dont il peut \u00e0 loisir tirer les ficelles devant les petits, autres- lui-m\u00eame, en r\u00e9sonance avec le b\u00e9b\u00e9 et l\u2019enfant qu\u2019il a \u00e9t\u00e9, sachant qu\u2019il s\u2019adresse de pr\u00e9f\u00e9rence, semble-t-il, aux petits gar\u00e7ons (les filles \u00e9tant peut-\u00eatre plus rapides \u00e0 prendre la poudre d\u2019escampette\u2026).<\/p>\n<p>Peur d\u2019\u00eatre d\u00e9vor\u00e9 et peur de d\u00e9vorer.<\/p>\n<p>Prince et loup tour \u00e0 tour\u00a0: ambivalence de l\u2019adolescence.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9clairage de Bernard Golse<\/h2>\n<p><em>A ces deux th\u00e9matiques, on pourrait peut-\u00eatre ajouter celle de la structure familiale de ces adolescents, ou plut\u00f4t celle de l\u2019image qu\u2019ils s\u2019en font.<\/em><\/p>\n<p>En effet, si le Prince et la princesse renvoient \u00e0 la dynamique freudienne du roman familial dont on sait qu\u2019elle se r\u00e9active inconsciemment pendant la pr\u00e9adolescence et l\u2019adolescence &#8211; s\u2019imaginer des parents merveilleux et tout-puissants diff\u00e9rents des parents de tous les jours, ce qui prot\u00e8ge contre les \u00e9mois \u0153dipiens &#8211; l\u2019introduction du loup, en revanche, f\u00fbt-ce en tant que baby-sitter, permet d\u2019\u00e9voquer la dimension fantasmatique agressive dont ces adolescents parent leurs parents r\u00e9els puisqu\u2019il est clairement dit qu\u2019aucun loup ne saurait \u00eatre enti\u00e8rement gentil\u2026<\/p>\n<p>La th\u00e9matique du loup est \u00e0 la fois ancestrale et quasi universelle (m\u00eame dans les contr\u00e9es o\u00f9 le loup n\u2019existe pas en tant que pr\u00e9dateur potentiel \u2026). Cette constatation ne va pas sans poser des probl\u00e8mes th\u00e9oriques ardus notamment quant \u00e0 la dimension anthropologique et phylog\u00e9n\u00e9tique de certaines formes fantasmatiques, mais ce qui nous semble int\u00e9ressant ici, c\u2019est de prendre en compte les caract\u00e9ristiques du loup qui renvoient \u00e0 la pulsionnalit\u00e9 (en particulier orale), \u00e0 la corpor\u00e9it\u00e9 et \u00e0 la bisexualit\u00e9. Remarquons en effet que ces trois caract\u00e9ristiques sont extr\u00eamement marqu\u00e9es chez le loup\u00a0: le loup d\u00e9vore (oralit\u00e9), le corps du loup est son atout principal pour la vie et pour le combat, et son m\u00e9lange enfin de doux (la fourrure) et de dur (les dents) renvoie aux pr\u00e9curseurs de la bisexualit\u00e9 psychique selon les st\u00e9r\u00e9otypes habituels des composantes f\u00e9minine (le doux) et masculine (le dur).<\/p>\n<p>Or, parmi les probl\u00e9matiques qui se trouvent partag\u00e9es par les b\u00e9b\u00e9s et les adolescents, il y a notamment celles de l\u2019oralit\u00e9, du corps et de la bisexualit\u00e9 psychique. Il nous semble ainsi qu\u2019elles sont particuli\u00e8rement \u00e0 m\u00eame de donner lieu, inconsciemment, \u00e0 un int\u00e9r\u00eat sp\u00e9cifique des adolescents envers les b\u00e9b\u00e9s car elles r\u00e9sonnent en eux de mani\u00e8re assez sp\u00e9cifique. Nous reviendrons plus loin sur la question de la pulsionnalit\u00e9, mais nous voudrions d\u00e8s maintenant insister sur la place du corps et de la bisexualit\u00e9 psychique.<\/p>\n<h2>La place du corps<\/h2>\n<p>Finalement, c\u2019est le corps qui prend ou reprend chez les b\u00e9b\u00e9s et les adolescents une place tout \u00e0 fait centrale, au c\u0153ur m\u00eame des processus de subjectivation, de symbolisation et de s\u00e9miotisation, le corps comme la psych\u00e9 &#8211; en intrication extr\u00eamement \u00e9troite &#8211; pouvant alors devenir sources d\u2019impuissance ou de honte, objets de haine ou de renoncement. L\u2019adolescent oscille par ailleurs entre le d\u00e9sir et la peur de contacts corporels avec autrui et l\u2019on sait \u00e0 quel point il peut encore avoir besoin de tendresse et de c\u00e2lins qui peuvent parfois surprendre mais dont il faut savoir respecter aussi bien la possibilit\u00e9 que l\u2019intermittence. Comme les b\u00e9b\u00e9s, les adolescents ont en effet cette particularit\u00e9 de susciter la cr\u00e9ation de liens autour d\u2019eux mais, dans le m\u00eame temps, de s\u2019attaquer parfois brutalement \u00e0 ces m\u00eames liens.<\/p>\n<h2>La bisexualit\u00e9 psychique<\/h2>\n<p>La question de la bisexualit\u00e9 psychique se pose \u00e9galement \u00e0 ces deux \u00e2ges de la vie puisqu\u2019elle se trouve en cours d\u2019\u00e9laboration chez le tr\u00e8s jeune enfant et qu\u2019elle se voit remise en question chez l\u2019adolescent dont l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un corps d\u00e9finitivement sexu\u00e9 va parfois se traduire par un v\u00e9ritable <em>breakdown<\/em>, cassure d\u00e9pressive si bien d\u00e9crite par des auteurs comme M. et M.E. Laufer (1989, 1993).<\/p>\n<h2>It is never too late to have a happy childhood<\/h2>\n<p>Les adolescents ne sont pas seulement de vieux b\u00e9b\u00e9s, et les b\u00e9b\u00e9s ne sont pas seulement de futurs adolescents, cela va de soi. En revanche, le b\u00e9b\u00e9 qu\u2019on a \u00e9t\u00e9, ou qu\u2019on pense avoir \u00e9t\u00e9, rend compte, en partie, de l\u2019adolescent que l\u2019on devient, et l\u2019adolescent que l\u2019on est devenu, peut en permanence revisiter, transformer et r\u00e9\u00e9crire ses souvenirs de b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n<p>Dans un \u00e9crit sur l\u2019apr\u00e8s-coup, J. Laplanche (1999) relate une anecdote que, selon lui, S. Freud appr\u00e9ciait beaucoup et qui montre que certes le pass\u00e9 explique en partie notre pr\u00e9sent, mais que notre pr\u00e9sent peut aussi nous permettre de repenser, de revisiter notre pass\u00e9. Il s\u2019agit donc d\u2019une lecture \u00e0 double sens (du pass\u00e9 vers le pr\u00e9sent mais aussi du pr\u00e9sent vers le pass\u00e9) de la th\u00e9orie dite de l\u2019apr\u00e8s-coup.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un homme qui se prom\u00e8ne dans un parc, \u00e0 Vienne, \u00e0 la fin du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, un homme dont il est dit qu\u2019il aime les femmes, mais sans que son \u00e2ge soit pr\u00e9cis\u00e9, ce qui laisse un possible consid\u00e9rable\u00a0! Quoi qu\u2019il en soit, au d\u00e9tour d\u2019une all\u00e9e, il s\u2019arr\u00eate devant le spectacle d\u2019une jeune femme qui allaite son b\u00e9b\u00e9, litt\u00e9ralement happ\u00e9 par l\u2019image, fig\u00e9, paralys\u00e9, on pourrait dire aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0scotch\u00e9\u00a0\u00bb, mais on pourrait dire aussi, plus psychanalytiquement, m\u00e9dus\u00e9. Et en m\u00eame temps que cet arr\u00eat sur image, surgit alors en lui une pens\u00e9e extr\u00eamement nostalgique\u00a0: \u00ab\u00a0Si j\u2019avais su, quand j\u2019\u00e9tais b\u00e9b\u00e9, que les seins des femmes \u00e9taient si jolis, alors, certainement, j\u2019aurais t\u00e9t\u00e9 (j\u2019aurais \u00e9t\u00e9\u00a0?) autrement\u2026\u00a0\u00bb. Cette histoire appara\u00eet comme exemplaire, car elle nous fait bien sentir que le b\u00e9b\u00e9 que cet homme a \u00e9t\u00e9, conditionne plus ou moins l\u2019homme \u00e9rotique qu\u2019il est devenu, mais en m\u00eame temps que l\u2019homme amateur de femmes qu\u2019il est aujourd\u2019hui, lui permet de r\u00e9\u00e9crire, de <em>r\u00e9trodire<\/em> le b\u00e9b\u00e9 qu\u2019il pense avoir \u00e9t\u00e9, qu\u2019il aimerait avoir \u00e9t\u00e9, ou qu\u2019il craint d\u2019avoir \u00e9t\u00e9. Or, nous semble-t-il, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le b\u00e9b\u00e9 qu\u2019on a \u00e9t\u00e9, ou le b\u00e9b\u00e9 qu\u2019on pense (espoir ou crainte) avoir \u00e9t\u00e9, qui impacte, qui infiltre et qui impr\u00e8gne les relations avec le b\u00e9b\u00e9 de chair et d\u2019os qu\u2019on a, ou qu\u2019on aura un jour.<\/p>\n<p>Bien entendu, personne ne peut changer les \u00e9v\u00e8nements de son pass\u00e9, mais chacun peut changer le regard qu\u2019il porte sur sa propre histoire. Se r\u00e9concilier avec son enfance ou avec son pass\u00e9, change tout pour l\u2019avenir, et notamment pour la mani\u00e8re dont nous nous occuperons de nos propres enfants. C\u2019est en cela qu\u2019on peut dire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>It is never too late to have a happy childhood<\/em>\u00a0\u00bb, phrase apparemment irrationnelle et illogique mais qui renvoie \u00e0 cette possibilit\u00e9, quand tout va bien, d\u2019apaiser nos angoisses r\u00e9trospectives et de tranquilliser nos souvenirs d\u2019enfance.<\/p>\n<p>C\u2019est ce pari que nous faisons en allant parler des b\u00e9b\u00e9s aux adolescents, car nombre de ces adolescents sont de futurs parents, et que leur fa\u00e7on de penser \u00e0 leur propre enfance influencera leur mani\u00e8re d\u2019\u00eatre parents.<\/p>\n<p>Une autre cons\u00e9quence de cette vision dialectique de la th\u00e9orie de l\u2019apr\u00e8s-coup, est que la difficult\u00e9 de notre renoncement au pouvoir sur l\u2019enfant, se trouve intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 notre capacit\u00e9, ou \u00e0 notre incapacit\u00e9, de tranquilliser la peur du b\u00e9b\u00e9 que l\u2019on craint d\u2019avoir \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019adulte, dans ses interactions avec le b\u00e9b\u00e9 dont il s\u2019occupe, lui \u00ab\u00a0raconte\u00a0\u00bb quelque chose du b\u00e9b\u00e9 qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame, ou surtout du b\u00e9b\u00e9 qu\u2019il pense avoir \u00e9t\u00e9, qu\u2019il esp\u00e8re avoir \u00e9t\u00e9 ou qu\u2019il craint d\u2019avoir \u00e9t\u00e9. Le b\u00e9b\u00e9 que l\u2019on a \u00e9t\u00e9, aussi agissant soit-il tout au fond de notre psych\u00e9, est d\u2019un acc\u00e8s difficile car recouvert par une longue s\u00e9rie de refoulements et par l\u2019amn\u00e9sie infantile.<\/p>\n<p>Le b\u00e9b\u00e9 que l\u2019on esp\u00e8re avoir \u00e9t\u00e9, tire les choses du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019id\u00e9alisation et partant, il comporte peu de risques pour notre relation avec les enfants dont nous nous occupons. Celui qui est le plus risqu\u00e9 mais aussi le plus important \u00e0 prendre en compte, c\u2019est le b\u00e9b\u00e9 que nous craignons d\u2019avoir \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>En effet, c\u2019est celui-ci qui, souvent, se trouve \u00e0 la racine de nos vocations professionnelles dans le champ de la petite enfance (pour tenter, plus ou moins inconsciemment, de prot\u00e9ger les enfants dont nous aurons la charge des dangers et des difficult\u00e9s que nous imaginons, parfois \u00e0 juste titre, avoir rencontr\u00e9s), mais c\u2019est aussi celui qui peut nous g\u00eaner pour accepter de renoncer \u00e0 notre pouvoir sur les enfants, pour leur donner la possibilit\u00e9 de faire leurs propres exp\u00e9riences, de d\u00e9couvrir sous notre regard leurs ressources personnelles et sp\u00e9cifiques, et d\u2019\u00e9prouver ainsi le plaisir narcissique de transformer leurs comp\u00e9tences potentielles en performances actualis\u00e9es.<\/p>\n<p>Vouloir faire les choses \u00e0 la place de l\u2019enfant, projeter sur lui nos propres solutions, l\u2019emp\u00eache en effet d\u2019avoir la satisfaction de r\u00e9ussir, non pas tout seul, mais par lui-m\u00eame, aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019un adulte \u00e9merveill\u00e9, \u00e9tayant et encourageant. C\u2019est cependant l\u00e0 que s\u2019insinue notre ambivalence envers l\u2019enfance, envers notre propre enfance, car ce d\u00e9sir d\u2019aider l\u2019enfant et de faire \u00e0 sa place, renvoie aussi \u00e0 un rapport de pouvoir envers les enfants, rapport de pouvoir auquel les adultes ont beaucoup de mal, en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 renoncer.<\/p>\n<p>Renoncer \u00e0 ce pouvoir, suppose, en effet, de faire v\u00e9ritablement confiance \u00e0 l\u2019enfant, \u00e0 ses rythmes internes de d\u00e9veloppement (dont d\u00e9pend l\u2019harmonie des acquisitions), aux bienfaits de la libert\u00e9 motrice et au fait, finalement, que sur le fond d\u2019une attente tranquille de la part des adultes, les diff\u00e9rents apprentissages se font toujours en leur temps, sans qu\u2019il soit besoin d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les choses de mani\u00e8re inconsid\u00e9r\u00e9e, ce que les travaux de l\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy ont d\u00e9sormais d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 l\u2019envi (M. David et G. Appell, 1973, 1996, 2008).<\/p>\n<h2>IV<sup>\u00e8me<\/sup> Partie\u00a0: Parler des b\u00e9b\u00e9s aux ados<\/h2>\n<p>C\u2019est cette r\u00e9ceptivit\u00e9 particuli\u00e8re des adolescents \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce qui vient des b\u00e9b\u00e9s qui nous invite d\u2019une part \u00e0 repenser, \u00e0 revisiter l\u2019adolescence \u00e0 la lumi\u00e8re des nouvelles connaissances sur le b\u00e9b\u00e9 (voir V<sup>\u00e8me<\/sup> Partie), et d\u2019autre part \u00e0 imaginer des d\u00e9marches innovantes pour ouvrir les adolescents \u00e0 une meilleure perception des b\u00e9b\u00e9s et de leur propre enfance.<\/p>\n<p>Depuis plus de six ans maintenant, nous avons donc mis en place un dispositif qui nous permet de parler des b\u00e9b\u00e9s aux adolescents dans une perspective de pr\u00e9vention. Nous menons notre action soit dans une classe de seconde, soit dans une classe de premi\u00e8re, mais jamais dans une classe de terminale o\u00f9 la pression du baccalaur\u00e9at nous semblerait susceptible d\u2019\u00eatre trop forte pour permettre une disponibilit\u00e9 psychique suffisante des \u00e9l\u00e8ves. Cela se passe en deux temps \u00e0 quinze jours d\u2019intervalle avec, \u00e0 chaque fois, la pr\u00e9sentation d\u2019extraits d\u2019un documentaire r\u00e9alis\u00e9 par Bernard Martino (<em>L\u00f3czy, une maison pour grandir<\/em>) sur l\u2019exp\u00e9rience qui a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e de 1946 \u00e0 2011 \u00e0 la pouponni\u00e8re de l\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy de Budapest (Hongrie).<\/p>\n<p>Le premi\u00e8re s\u00e9ance donne l\u2019occasion d\u2019un certain nombre de r\u00e9flexions g\u00e9n\u00e9rales sur les b\u00e9b\u00e9s, la deuxi\u00e8me laisse une grande place aux questions des adolescents qui se formalisent dans l\u2019apr\u00e8s-coup de la premi\u00e8re s\u00e9ance et dans l\u2019apr\u00e8s-coup imm\u00e9diat de la deuxi\u00e8me, qu\u2019il s\u2019agisse de questions directement li\u00e9es aux image visionn\u00e9es, ou \u00e0 des questions plus g\u00e9n\u00e9rales parfois pr\u00e9vues et pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 l\u2019avance.<\/p>\n<h2>Un cadre contenant<\/h2>\n<p>Les propos de Bernard Golse s\u2019inscrivent dans un cadre institutionnel et interviennent dans une progression en lien avec les programmes scolaires en vigueur. Cet aspect appara\u00eet essentiel car c\u2019est cette continuit\u00e9 qui permet aux savoirs transmis lors de ces deux interventions de s\u2019ins\u00e9rer dans une d\u00e9marche p\u00e9dagogique m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chie, et de respecter le <em>tempo<\/em> de l\u2019\u00e9laboration psychique et de ses retentissements en prenant en compte les processus d\u2019apr\u00e8s-coup. Le cadre de la classe instaur\u00e9 d\u00e8s la rentr\u00e9e est essentiel, notamment pour des ados, afin de contenir les \u00e9ventuels flots d\u2019excitation et d\u2019exaltation si caract\u00e9ristiques de cette p\u00e9riode adolescente. L\u2019enjeu pour tout enseignant n\u2019est pas de \u00ab\u00a0tenir sa classe\u00a0\u00bb, mais d\u2019\u00eatre en capacit\u00e9 de contenir l\u2019\u00e9motionnel qui peut (re)surgir en lien avec l\u2019\u00e9vocation de th\u00e9matiques susceptibles de toucher l\u2019enfant int\u00e9rieur de chacun de ces adolescents.<\/p>\n<h2>Un support\u00a0: le film de Bernard Martino, L\u00f3czy, une maison pour grandir<\/h2>\n<p>En invitant les ados \u00e0 d\u00e9couvrir la gen\u00e8se de la pouponni\u00e8re de L\u00f3czy en Hongrie, dans le contexte de la fin de la 2<sup>e<\/sup> guerre mondiale et du d\u00e9but de la guerre froide, c\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 tout un cheminement de pens\u00e9e sur les enjeux des premiers soins apport\u00e9s aux b\u00e9b\u00e9s qui leur est propos\u00e9. Pour ce faire, le film de Bernard Martino s\u2019est av\u00e9r\u00e9 un choix pertinent pour accompagner la r\u00e9flexion, susciter une prise de conscience sur les capacit\u00e9s r\u00e9elles du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir le monde.<\/p>\n<h2>Pourquoi avoir choisi de parler de l\u2019approche Pikl\u00e9rienne\u00a0?<\/h2>\n<p>Selon Bernard Golse, il s\u2019agit moins d\u2019un \u00ab\u00a0mod\u00e8le \u00e0 suivre\u00a0\u00bb que d\u2019une source d\u2019inspiration et de r\u00e9flexion\u00a0:<\/p>\n<h2>Une petite histoire de l\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy<\/h2>\n<p>L\u2019Institut Pikler-Loczy a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 \u00e0 Budapest en 1946 par la p\u00e9diatre Emmi Pikler, au carrefour des courants de pens\u00e9e p\u00e9diatrique, psychanalytique, attachementiste et p\u00e9dagogique, dans le but d\u2019accueillir de jeunes enfants rescap\u00e9s de la tourmente qui s\u2019\u00e9tait abattue en Europe \u00e0 l\u2019occasion de la seconde guerre mondiale. Certains de ces enfants \u00e9taient litt\u00e9ralement priv\u00e9s d\u2019histoire, sans pr\u00e9nom, sans nom, et sans r\u00e9cit possible de ce qu\u2019ils avaient v\u00e9cu.<\/p>\n<p>Boulevers\u00e9e en tant qu\u2019\u00eatre humain, en tant que femme et en tant que p\u00e9diatre par ces situations catastrophiques, Emmi Pikler a alors souhait\u00e9 cr\u00e9er un lieu pour accueillir ces enfants dans le double but, d\u2019embl\u00e9e, de leur permettre de survivre physiquement, mais aussi de leur fournir les conditions psychiques susceptibles de leur permettre de devenir des personnes \u00e0 part enti\u00e8re, avec des assises narcissiques suffisamment positives pour pouvoir se respecter elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Les \u00e9quipes de L\u00f3czy ont alors pu mesurer \u00e0 quel point il est difficile de s\u2019occuper d\u2019enfants dont l\u2019on ne sait rien, et de ce fait elles ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9es \u00e0 d\u00e9velopper une remarquable professionnalisation des soins qui a fait \u00e9cole depuis, dans le monde entier, et notamment en France gr\u00e2ce aux travaux de Myriam David (2014) et de Genevi\u00e8ve Appell, d\u2019abord pr\u00e9sent\u00e9s dans un ouvrage, <em>L\u00f3czy ou le maternage insolite<\/em>, qui est devenu depuis lors un livre-culte pour tous les professionnels de la petite enfance (M. David et G. Appell, 1973, 1996, 2008). Plus de 4000 enfants ont \u00e9t\u00e9 accueillis \u00e0 L\u00f3czy entre 1946 et 2011, date de la fermeture de la pouponni\u00e8re.<\/p>\n<p>Le terme d\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy renvoie donc d\u2019une part \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience d\u2019Emmi Pikler qui poss\u00e9dait, d\u00e8s avant la deuxi\u00e8me guerre mondiale, une grande connaissance du d\u00e9veloppement et de l\u2019ontog\u00e9n\u00e8se individuelle des b\u00e9b\u00e9s en famille gr\u00e2ce aux visites \u00e0 domicile qu\u2019elle pratiquait alors, et d\u2019autre part \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du d\u00e9veloppement de b\u00e9b\u00e9s en collectivit\u00e9 qu\u2019elle a initi\u00e9e dans la pouponni\u00e8re fond\u00e9e dans une villa que l\u2019\u00e9tat hongrois avait donc mise \u00e0 sa disposition en 1946, dans une rue de Budapest, la rue L\u00f3czy. Les travaux de l\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy, \u00e0 Budapest, demeurent pilotes depuis une soixantaine d\u2019ann\u00e9es, et ils nous semblent avoir une importance consid\u00e9rable dans le champ de nos r\u00e9flexions sur la pr\u00e9vention.<\/p>\n<p>L\u2019<em>Association Pikler L\u00f3czy-France<\/em> a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1984 par Genevi\u00e8ve Appell, dont nous voulons saluer ici la cr\u00e9ativit\u00e9, la profondeur de la pens\u00e9e et l\u2019exp\u00e9rience immense qui font d\u2019elle une v\u00e9ritable pionni\u00e8re dont la modestie et les qualit\u00e9s de chercheuse demeurent, aujourd\u2019hui encore, un exemple vivant pour les plus jeunes. Une vingtaine d\u2019associations de ce type ont progressivement vu le jour dans le monde entier.<\/p>\n<h2>Ma rencontre avec les travaux de l\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy de Budapest (B. Golse)<\/h2>\n<p>Elle s\u2019est bien s\u00fbr faite, comme pour beaucoup d\u2019entre nous, \u00e0 travers le livre de Myriam David et Genevi\u00e8ve Appell, mais c\u2019est surtout en 1996, lors du cinquantenaire de la fondation de cet institut, que j\u2019ai eu un contact plus direct avec ce lieu si particulier, lors du congr\u00e8s qui avait \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 \u00e0 Budapest \u00e0 l\u2019occasion de cet anniversaire.<\/p>\n<p>Je me souviens encore avec \u00e9motion de ma premi\u00e8re venue \u00e0 Budapest, lors de cette tr\u00e8s belle manifestation. Je me trouvais alors en compagnie de personnages importants qui ont beaucoup compt\u00e9, ensuite, dans ma trajectoire professionnelle et personnelle. Parmi eux, je citerai seulement Didier Houzel, Serge Lebovici, Michel Soul\u00e9, et Daniel Stern avec lesquels j\u2019ai ensuite d\u00e9velopp\u00e9 des liens \u00e0 la fois respectueux, amicaux et affectueux. J\u2019\u00e9tais \u00e9videmment tr\u00e8s impressionn\u00e9, mais je sentais aussi qu\u2019il se passait l\u00e0 quelque chose de tr\u00e8s important en soi, en m\u00eame temps que de tr\u00e8s pr\u00e9cieux pour moi, et qui allait sans doute profond\u00e9ment me marquer. Depuis lors, les travaux de l\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy ont effectivement beaucoup stimul\u00e9 ma propre r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>A tout ceci, j\u2019ajoute le choc qu\u2019a \u00e9t\u00e9 pour moi les films de Bernard Martino (2000, 2014) sur l\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy, et notamment un passage de son commentaire qui soulignait le fait que, si le 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle nous avait d\u00e9cid\u00e9ment tout appris des diverses mani\u00e8res de d\u00e9truire l\u2019individu, il \u00e9tait n\u00e9anmoins des lieux tr\u00e8s pr\u00e9cieux, comme l\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy de Budapest, o\u00f9, au contraire, on apprenait \u00e0 aider les b\u00e9b\u00e9s \u00e0 se construire et \u00e0 grandir. Cette phrase r\u00e9sonne souvent dans ma m\u00e9moire, et elle m\u2019aide sans conteste \u00e0 distinguer ce qui a de l\u2019importance de ce qui en a moins\u2026<\/p>\n<p>J\u2019ai donc accept\u00e9 avec enthousiasme la pr\u00e9sidence de l\u2019<em>Association Pikler-L\u00f3czy<\/em> depuis 2007 (\u00e0 la suite de Genevi\u00e8ve Appell, puis de Fran\u00e7oise Jardin), car je crois en effet que dans le monde qui est le n\u00f4tre, les apports de l\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy sont porteurs d\u2019une vision du b\u00e9b\u00e9 et de son d\u00e9veloppement qui est garante de l\u2019unit\u00e9 de la personne en devenir des plus petits, et qui, dans le m\u00eame temps, nous permet de veiller \u00e0 leur libert\u00e9 et \u00e0 leur dignit\u00e9 au sein d\u2019<em>une \u00e9thique du soin et de la pr\u00e9vention<\/em>, qui ne laisse pas de nous impressionner, et que nous avons donc \u00e0 c\u0153ur de concourir \u00e0 diffuser dans la mesure de nos moyens.<\/p>\n<p><em>Les concepts clefs de l\u2019approche piklerienne au regard de la r\u00e9flexion actuelle sur le d\u00e9veloppement (B. Golse)<\/em><\/p>\n<p>Nous \u00e9noncerons seulement, et sans hi\u00e9rarchisation aucune\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>la qualit\u00e9 des moments de rencontre individuelle consid\u00e9r\u00e9s comme vitaux pour les enfants fragilis\u00e9s par la vie et vuln\u00e9rables, et comme source de la confiance\u00a0;<\/li>\n<li>la permanence, la continuit\u00e9, la pr\u00e9visibilit\u00e9, l\u2019anticipation et le respect des rythmes propres de chaque enfant comme facteur de stabilit\u00e9 et d\u2019harmonie des acquisitions\u00a0;<\/li>\n<li>le besoin fondamental des enfants de pouvoir transformer par soi-m\u00eame ses comp\u00e9tences en performance gr\u00e2ce aux situations de libert\u00e9 motrice ou d\u2019activit\u00e9 libre\u00a0;<\/li>\n<li>la synchronie polysensorielle \u00e9manant des gestes des <em>nurses<\/em> comme aide \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019intersubjectivit\u00e9 et \u00e0 la subjectivation\u00a0;<\/li>\n<li>l\u2019importance de la personne de r\u00e9f\u00e9rence comme garante de la continuit\u00e9 de l\u2019histoire de l\u2019enfant\u00a0;<\/li>\n<li>l\u2019\u00e9quilibre soigneux entre les moments de rencontre individuelle, les moments d\u2019activit\u00e9 libre en groupe et les moments groupaux proprement dits\u00a0;<\/li>\n<li>l\u2019attention, enfin, accord\u00e9e aux processus de socialisation primaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Tout cela, c\u2019est de la <em>bien-traitance<\/em> (B. Golse, 2006), et notamment \u00e0 la lumi\u00e8re de ce que l\u2019on sait aujourd\u2019hui du tout premier d\u00e9veloppement de l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n<p><em>La n\u00e9ot\u00e9nie humaine, l\u2019\u00e9pig\u00e9n\u00e8se, la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et les enjeux \u00e9thiques et professionnels (B. Golse)<\/em><\/p>\n<p>L\u2019institut Pikler-L\u00f3czy repr\u00e9sente \u00e0 mes yeux un v\u00e9ritable petit laboratoire pour l\u2019\u00e9tude et la compr\u00e9hension du d\u00e9veloppement pr\u00e9coce et pour approcher le concept de <em>bien-traitance<\/em>. Ce qui me frappe aujourd\u2019hui, c\u2019est de constater \u00e0 quel point les donn\u00e9es cliniques, techniques et th\u00e9oriques qui fondent l\u2019approche piklerienne et les travaux de l\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy sont compatibles \u00e0 la fois avec les avanc\u00e9es actuelles extraordinaires des neuro-sciences et avec les acquis de la r\u00e9flexion psychanalytique en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement pr\u00e9coce. Lorsque le b\u00e9b\u00e9 humain sort du ventre de la m\u00e8re, et apr\u00e8s une p\u00e9riode pr\u00e9natale o\u00f9 ses diff\u00e9rents appareils sensoriels se sont successivement mis en place, quatre grands chantiers s\u2019offrent alors n\u00e9cessairement \u00e0 lui\u00a0: le chantier de l\u2019auto-conservation, celui de l\u2019attachement, celui de l\u2019intersubjectivit\u00e9, et celui de la r\u00e9gulation des exp\u00e9riences de plaisir et de d\u00e9plaisir.<\/p>\n<p>\u2022 Le chantier de l\u2019auto-conservation est celui qui permet que s\u2019enclenchent les grandes fonctions vitales de l\u2019organisme sans lesquelles le nouveau-n\u00e9 ne pourrait pas physiquement survivre. Michel Soul\u00e9 disait, \u00e0 ce sujet, que le b\u00e9b\u00e9 doit \u00ab\u00a0opter pour la vie\u00a0\u00bb (M. Soul\u00e9, 1980).<\/p>\n<p>\u2022 Le chantier de l\u2019attachement est celui qui permet \u00e0 l\u2019enfant de r\u00e9guler au mieux la juste distance spatiale, physique avec autrui, afin de construire son espace de s\u00e9curit\u00e9, ce qui renvoie \u00e0 tout ce que John Bowlby a d\u00e9velopp\u00e9 dans le cadre de la th\u00e9orie de l\u2019attachement (J. Bowlby, 1978, 1984).<\/p>\n<p>\u2022 Le chantier de l\u2019intersubjectivit\u00e9 est celui qui lui permet de r\u00e9guler au mieux sa juste distance psychique, cette fois-ci, avec autrui afin de se sentir exister comme une personne \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p>\u2022 Le dernier chantier, enfin, est celui qui permet \u00e0 l\u2019enfant de r\u00e9guler de la mani\u00e8re la plus efficace ses exp\u00e9riences \u00e9motionnelles, en l\u2019amenant \u00e0 rechercher les exp\u00e9riences de plaisir, \u00e0 fuir les exp\u00e9riences de d\u00e9plaisir, \u00e0 modifier son environnement pour \u00e9viter le d\u00e9plaisir, \u00e0 prendre en compte le plaisir ou le d\u00e9plaisir d\u2019autrui, et \u00e0 savoir surseoir \u00e0 certaines exp\u00e9riences de plaisir pour en tirer, ult\u00e9rieurement, un plaisir encore plus grand (savoir attendre). Jusqu\u2019\u00e0 maintenant, c\u2019est probablement la psychanalyse qui a explor\u00e9 ce dernier chantier avec le plus de soin.<\/p>\n<p>Il importe alors de nous interroger sur la part g\u00e9n\u00e9tique ou environnementale de la mise en \u0153uvre de ces quatre grands chantiers qui ne sont pas enti\u00e8rement ind\u00e9pendants les uns des autres. Le b\u00e9b\u00e9 humain est sans aucun doute le plus immature, \u00e0 la naissance, de tous les b\u00e9b\u00e9s mammif\u00e8res. S. Freud l\u2019avait soulign\u00e9 d\u00e8s 1926, dans son livre \u00ab\u00a0<em>Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse<\/em>\u00a0\u00bb, dans lequel il faisait remarquer que tout se passe un petit peu comme si, dans l\u2019esp\u00e8ce humaine &#8211; du fait, peut-\u00eatre, des raisons m\u00e9caniques li\u00e9es \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la station bip\u00e8de &#8211; la grossesse se trouvait, en quelque sorte, amput\u00e9e d\u2019un quatri\u00e8me semestre (S. Freud, 1926)\u00a0!<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, il est clair que le nouveau-n\u00e9 humain, m\u00eame \u00e0 terme, est tout \u00e0 fait inachev\u00e9, et qu\u2019il est beaucoup plus d\u00e9pendant de son entourage que les b\u00e9b\u00e9s des autres esp\u00e8ces mammif\u00e8res (on sait, par exemple, que le petit poulain sait marcher d\u00e8s la naissance, ainsi que le petit veau, pour s\u2019en tenir \u00e0 ces deux exemples bien connus). Cet inach\u00e8vement premier de l\u2019\u00eatre humain qui a pour nom la <em>n\u00e9ot\u00e9nie<\/em>, rend le b\u00e9b\u00e9 humain tr\u00e8s fragile, vuln\u00e9rable et environnement-d\u00e9pendant.<\/p>\n<p>Il est donc clair que s\u2019occuper d\u2019un nouveau-n\u00e9 et d\u2019un tr\u00e8s jeune enfant comporte des enjeux consid\u00e9rables auxquels le \u00ab\u00a0management\u00a0\u00bb d\u2019aucune structure d\u2019accueil de jeunes enfants quelle qu\u2019elle soit, ne peut \u00eatre indiff\u00e9rent (D. Rapoport et A. Roubergue, 2013). Ce n\u2019est pas seulement une question de gentillesse ou d\u2019humanit\u00e9 &#8211; ce qui est d\u00e9j\u00e0 essentiel &#8211; mais c\u2019est une v\u00e9ritable question d\u00e9veloppementale dans la mesure o\u00f9 la qualit\u00e9 des soins apport\u00e9s aux b\u00e9b\u00e9s, du fait de la n\u00e9ot\u00e9nie humaine, de l\u2019\u00e9pigen\u00e8se et de la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, va s\u2019inscrire chez eux sur un double plan, psychologique et c\u00e9r\u00e9bral (c\u2019est-\u00e0-dire neurologique). Le cerveau des petits rats \u00e9lev\u00e9s en milieu enrichi ou carenc\u00e9 ne se d\u00e9veloppe pas de la m\u00eame mani\u00e8re, notamment en mati\u00e8re de synaptogen\u00e8se et de richesse neuronale. Sans doute en va-t-il de m\u00eame dans l\u2019esp\u00e8ce humaine, et d\u2019une mani\u00e8re peut-\u00eatre encore plus marqu\u00e9e du fait, pr\u00e9cis\u00e9ment, de la n\u00e9ot\u00e9nie qui lui est tout \u00e0 fait sp\u00e9cifique. Quoi qu\u2019il en soit, c\u2019est cette dimension d\u00e9veloppementale des soins apport\u00e9s aux tout-petits qui fait de l\u2019approche piklerienne et des pratiques professionnelles de l\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy un enjeu consid\u00e9rable, et un mod\u00e8le d\u2019\u00e9thique professionnelle absolument remarquable et \u00e9minemment moderne.<\/p>\n<h2>Le visionnage du film de Bernard Martino\u00a0: d\u00e9marche p\u00e9dagogique propos\u00e9e par Marie Biot<\/h2>\n<p>Ce visionnage en commun avec les adolescents est un moment tr\u00e8s fort, de partage silencieux d\u2019\u00e9motions, et donc de communication entre nous et eux en-de\u00e7\u00e0 des mots. Les deux s\u00e9ances ont lieu, nous l\u2019avons dit, \u00e0 quinze jours d\u2019intervalle.<\/p>\n<h2>Premi\u00e8re s\u00e9ance\u00a0: les th\u00e9matiques abord\u00e9es, le choix des s\u00e9quences<\/h2>\n<p>Les th\u00e9matiques abord\u00e9es sont en lien avec le programme d\u2019Histoire de Premi\u00e8re L\/ES\/S notamment le chapitre intitul\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Guerres mondiales et espoirs de paix\u00a0\u00bb. Une des s\u00e9quences projet\u00e9e du documentaire de Bernard Martino rappelle la situation de la Hongrie au sortir de la Seconde Guerre mondiale. En effet, en 1946, ce pays avait perdu environ 6,35% de sa population d\u2019avant-guerre, soit 300 000 militaires et 200 000 civils\u00a0: m\u00eame si les chiffres varient selon les sources, ils permettent de prendre la mesure du d\u00e9fi \u00e0 relever concernant notamment la prise en charge des jeunes orphelins\u2026 Plusieurs passages du film donnent ainsi \u00e0 voir l\u2019attention empathique des <em>nurses<\/em> vis-\u00e0-vis des b\u00e9b\u00e9s de la pouponni\u00e8re. Ils sont ensuite contextualis\u00e9s par le rappel des conditions de la gen\u00e8se de l\u2019Institut Pikler-L\u00f3czy.<\/p>\n<p>Emmi Pikler propose alors une approche novatrice de l\u2019\u00e9ducation fond\u00e9e sur le respect, la confiance dans la valeur de l\u2019activit\u00e9 spontan\u00e9e du b\u00e9b\u00e9 (motricit\u00e9 dite libre) et sur des soins de qualit\u00e9 afin de permettre \u00e0 ces enfants orphelins de s\u2019\u00e9panouir malgr\u00e9 leurs premiers v\u00e9cus traumatiques. La projection de ce premier extrait s\u2019ach\u00e8ve par l\u2019intervention film\u00e9e de Myriam David lors d\u2019un Symposium international \u00e0 Budapest en 1996. Avec beaucoup d\u2019\u00e9motion, cette p\u00e9dopsychiatre de renom, ambassadrice en France de la p\u00e9dagogie pikl\u00e9rienne, relate les conditions de sa prise de conscience de la valeur du soin du corps en lien avec son exp\u00e9rience concentrationnaire lors de sa d\u00e9tention au camp Auschwitz-Birkenau\u00a0: \u00ab\u00a0<em>A propos de l\u2019absence de soins et de ce que le soin de L\u00f3czy apporte, je le crois, au niveau de l\u2019humanit\u00e9, ce qu\u2019on n\u2019a pas dit, c\u2019est que dans le ph\u00e9nom\u00e8ne des camps de concentration, ce qui a \u00e9t\u00e9 dynamique dans le sens de la destruction, c\u2019est le \u201cnon-soin\u201d absolu. Le \u201cnon-soin\u201d, c\u2019est l\u2019absence de la nourriture ou lorsque la nourriture est \u201cd\u00e9gueulasse\u201d, c\u2019est la salet\u00e9 \u201cd\u00e9gueulasse\u201d, ce sont les v\u00eatements \u201cd\u00e9gueulasses\u201d, c\u2019est l\u2019\u00e9puisement, l\u2019absence de sommeil. Et l\u2019on n\u2019a pas dit non plus que, quand cela arrive au corps, l\u2019\u00e2me s\u2019en va. En tout cas, la psych\u00e9 s\u2019en va et l\u2019on ne pense plus. Un corps maltrait\u00e9 ne peut pas penser. Il est abject. Il donne envie \u00e0 l\u2019autre de le m\u00e9priser, l\u2019envie de le battre et de le d\u00e9truire.<\/em>\u00a0\u00bb. Son t\u00e9moignage intervient en partie en fond sonore sur des images d\u2019archives renvoyant \u00e0 la d\u00e9couverte dans les ann\u00e9es 1995 en France des orphelinats roumains.<\/p>\n<h2>Deuxi\u00e8me s\u00e9ance<\/h2>\n<p>Quinze jours apr\u00e8s cette premi\u00e8re rencontre, un nouvel \u00e9change est propos\u00e9 aux lyc\u00e9ens de la m\u00eame classe autour d\u2019un nouvel extrait du film de Bernard Martino qui montre, cette fois-ci, le retour d\u2019Attila, 22 ans, \u00e0 l\u2019institut hongrois, accueilli par la <em>nurse<\/em> qui s\u2019\u00e9tait occup\u00e9e de lui jusqu\u2019\u00e0 son adoption \u00e0 3 ans et 7 mois. Ce passage permet d\u2019aborder les effets d\u2019apr\u00e8s-coup et le questionnement sur l\u2019originaire et les origines \u00e0 l\u2019adolescence. Il peut \u00eatre mis en lien avec une des questions du programme d\u2019Histoire pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9tudi\u00e9e portant sur \u00ab\u00a0la gen\u00e8se des r\u00e9gimes totalitaires (sovi\u00e9tique, fasciste et nazi)\u00a0\u00bb, qui am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019encadrement de la jeunesse dans les soci\u00e9t\u00e9s ou \u00e0 l\u2019enfance des dictateurs. Cette th\u00e9matique peut trouver \u00e0 mon sens des pistes de r\u00e9flexion riches de sens dans les recherches sur les transmissions inter et transg\u00e9n\u00e9rationnelles (B. Clavier, 2013). L\u00e0 aussi, la r\u00e9flexion propos\u00e9e se construit pas \u00e0 pas au rythme des questions qui viennent aux \u00e9l\u00e8ves. Cette \u00e9laboration est vraiment essentielle, et les \u00e9l\u00e8ves appr\u00e9cient le souci de Bernard Golse d\u2019accompagner leurs interrogations en leur proposant des pistes de r\u00e9flexion. Ce projet est \u00e9volutif.<\/p>\n<p>Ayant constat\u00e9 que les \u00e9l\u00e8ves rencontraient des difficult\u00e9s \u00e0 associer les deux extraits de film pass\u00e9s \u00e0 quinze jours d\u2019intervalle, un court extrait du film est propos\u00e9 avant la seconde visite de Bernard Golse\u00a0: une s\u00e9quence du documentaire qui montre le d\u00e9part d\u2019Anita, petite orpheline qui quitte alors l\u2019institution Pikler-L\u00f3czy dans les bras de son nouveau papa pour rejoindre sa famille d\u2019adoption. Cette s\u00e9quence permet de lier la premi\u00e8re intervention ax\u00e9e sur la p\u00e9riode de la petite enfance \u00e0 l\u2019orphelinat et la deuxi\u00e8me davantage centr\u00e9e sur la travers\u00e9e adolescente et les questionnements qu\u2019elle suscite \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019Attila. Le fait qu\u2019Attila se penche r\u00e9trospectivement sur sa petite enfance en revenant sur les lieux o\u00f9 il a v\u00e9cu avant son adoption, le fait qu\u2019il rencontre la <em>nurse<\/em> qui s\u2019\u00e9tait occup\u00e9e de lui \u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019am\u00e8ne bien \u00e9videmment \u00e0 s\u2019interroger sur ses v\u00e9cus pr\u00e9coces et \u00e0 tenter de les reconstruire.<\/p>\n<p>C\u2019est, au fond, \u00e0 faire ce m\u00eame mouvement psychique que nous invitons les adolescents que nous rencontrons en leur demandant de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question des b\u00e9b\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral, ce qui ne peut se faire sans qu\u2019ils repensent aux b\u00e9b\u00e9s qu\u2019ils ont eux-m\u00eames \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h2>Les r\u00e9actions des adolescents<\/h2>\n<p>Les b\u00e9b\u00e9s film\u00e9s en gros plans suscitent des r\u00e9actions d\u2019\u00e9mois des \u00e9l\u00e8ves, parfois des rires plus ou moins d\u00e9fensifs, et ne les laissent pas insensibles. Les ados sont tr\u00e8s r\u00e9ceptifs au climat apais\u00e9 qui r\u00e8gne dans cette pouponni\u00e8re\u00a0: en effet, \u00ab\u00a0le comportement des enfants semble exempt de toute brutalit\u00e9, emprunt au contraire d\u2019une grande d\u00e9licatesse. Ils touchent les objets, ils touchent les autres de la mani\u00e8re dont ils sont eux-m\u00eames touch\u00e9s.\u00a0\u00bb (B. Martino, 2009). Les ados sont tr\u00e8s sensibles \u00e0 cette atmosph\u00e8re de grande s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 car le vivre ensemble n\u2019est souvent pas simple dans nombre d\u2019\u00e9tablissements scolaires, comme en t\u00e9moignent la multiplication des cas de harc\u00e8lement scolaire. Les jeunes confient apr\u00e8s-coup le fait d\u2019appr\u00e9cier le climat de confiance et d\u2019\u00e9coute bienveillante propos\u00e9 aux enfants dans cette pouponni\u00e8re. Ils t\u00e9moignent de leur envie d\u2019en savoir davantage sur les b\u00e9b\u00e9s et sur leurs besoins. Leur regard sur la p\u00e9dopsychiatrie s\u2019en trouve modifi\u00e9e, et plusieurs indiquent que le recours \u00e0 un professionnel de sant\u00e9 serait d\u00e9sormais envisageable pour eux en cas de difficult\u00e9s rencontr\u00e9es avec leur enfant.<\/p>\n<p>Parler des b\u00e9b\u00e9s peut susciter des r\u00e9actions d\u00e9fensives, revendiqu\u00e9es avec forte conviction chez certains ados (environ chez 5% d\u2019un effectif pour donner un ordre d\u2019id\u00e9es, fille et gar\u00e7on)\u00a0: \u00ab\u00a0de toute fa\u00e7on, j\u2019aime pas les b\u00e9b\u00e9s\u00a0\u00bb et\/ou \u00ab\u00a0je n\u2019aurai jamais d\u2019enfant\u00a0\u00bb. Cette association entre \u00ab\u00a0parler\u00a0\u00bb des b\u00e9b\u00e9s et \u00ab\u00a0en faire\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ne pas en faire\u00a0\u00bb peut s\u2019entendre comme un retour des \u00ab\u00a0th\u00e9ories et mythes magico-sexuels\u00a0\u00bb de l\u2019enfance (S. de Mijolla-Mellor, 2002).<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019une parole vient dissocier le dire et le faire (les b\u00e9b\u00e9s ne naissant pas par la bouche dans la r\u00e9alit\u00e9 au moins), les \u00e9l\u00e8ves peuvent alors investir les projets propos\u00e9s. Pour quelques-uns, la projection d\u2019images de b\u00e9b\u00e9s leur est insupportable et les am\u00e8ne \u00e0 se recroqueviller sur eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>De tels projets n\u00e9cessitent une grande vigilance de la part des organisateurs pour entendre\/voir les messages explicites ou\/et implicites qui leur sont envoy\u00e9s. Les absences de certains \u00e9l\u00e8ves lors d\u2019une des interventions de Bernard Golse (jamais lors des deux pour l\u2019instant) nous disent toujours quelque chose. S\u2019en inqui\u00e9ter sereinement touche beaucoup les ados et les am\u00e8ne parfois \u00e0 d\u00e9poser l\u00e0 ce qui a pu faire retour plus ou moins douloureusement. Les ados sont inform\u00e9s des possibilit\u00e9s d\u2019aide par des professionnels du soin psychique, notamment <em>via<\/em> certains sites Internet tel <em>Fil Sant\u00e9 Jeunes<\/em>, ou les Maisons de l\u2019adolescence.<\/p>\n<p>Les probl\u00e9matiques personnelles soulev\u00e9es peuvent alors trouver une \u00e9coute bienveillante et il n\u2019est pas rare que des \u00e9l\u00e8ves alors en difficult\u00e9s (scolaires, familiales\u2026) puissent r\u00e9investir notamment les apprentissages scolaires. Parler des b\u00e9b\u00e9s aux ados provoque \u00e9galement des r\u00e9ticences chez certains adultes (parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves, enseignants, etc.) qui r\u00e9prouvent \u00e0 demi-mot cette initiative susceptible de favoriser selon eux les grossesses pr\u00e9coces. La r\u00e9alit\u00e9 du terrain tendrait pourtant plut\u00f4t \u00e0 prouver le contraire, certaines jeunes filles confiant apr\u00e8s-coup combien l\u2019intervention de Bernard Golse leur avait fait prendre conscience des besoins d\u2019un b\u00e9b\u00e9 r\u00e9el, et de l\u2019importance de se sentir pr\u00eate pour l\u2019accueillir dans de bonnes conditions.<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves se montrent tr\u00e8s reconnaissants de pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier des savoirs d\u2019un p\u00e9dopsychiatre, d\u2019un v\u00e9ritable professionnel du psychisme des enfants, et conscients pour un certain nombre d\u2019entre eux des limites des informations glan\u00e9es sur le net (les <em>blogs<\/em> en particulier) et des partis pris de certaines \u00e9missions t\u00e9l\u00e9visuelles de fiction ou de t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9. Except\u00e9es ces quelques remises en cause, parler des b\u00e9b\u00e9s et les rencontrer enchantent les \u00e9l\u00e8ves et trouvent le soutien de nombreux parents, enseignants, personnels de l\u2019\u00e9tablissement. Cette innovation invite \u00e0 reconna\u00eetre et \u00e0 accompagner la parentalit\u00e9 psychique en gestation chez ces ados. Le souhait de certains \u00e9l\u00e8ves de vouloir transmettre \u00e0 leur tour les connaissances qu\u2019ils ont re\u00e7ues prouve \u00e0 quel point elles ont fait sens pour eux dans leur cheminement personnel. Ainsi, un peu apr\u00e8s l\u2019intervention de Bernard Golse, une \u00e9l\u00e8ve avait \u00e9crit dans la fiche bilan de l\u2019intervention son \u00ab\u00a0envie encore plus forte de travailler dans ce milieu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>V<sup>\u00e8me<\/sup> partie\u00a0: L\u2019adolescence \u00e0 la lumi\u00e8re des nouvelles connaissances sur le b\u00e9b\u00e9 (B. Golse)<\/h2>\n<p>Peu \u00e0 peu, b\u00e9b\u00e9s et adolescents sont devenus des p\u00f4les d\u2019investissement (financier et r\u00e9flexif) de plus en plus importants et ceci d\u2019ailleurs, quelque peu au d\u00e9triment de l\u2019enfant d\u2019\u00e2ge scolaire, un peu comme si la p\u00e9riode de latence faisait r\u00e9guli\u00e8rement figure de parent pauvre et de th\u00e8me oubli\u00e9 de la p\u00e9dopsychiatrie actuelle, ce qui est en r\u00e9alit\u00e9 fort dommage. Quoi qu\u2019il en soit, la mise en perspective des modalit\u00e9s de fonctionnement psychique des b\u00e9b\u00e9s et des adolescents s\u2019av\u00e8re riche d\u2019enseignements et notamment \u00e0 la lumi\u00e8re des acquis les plus r\u00e9cents de la psychiatrie du nourrisson, en soulignant bien cependant qu\u2019il ne s\u2019agit en rien de consid\u00e9rer les adolescents comme de grands b\u00e9b\u00e9s.<\/p>\n<p>En effet, si l\u2019adolescence est une p\u00e9riode naturelle de r\u00e9activation et de reviviscence de m\u00e9canismes psychiques et de types de relations pr\u00e9coces, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019il nous faut sans conteste tenir compte des effets d\u2019apr\u00e8s-coup qui font de ces reprises fonctionnelles bien autre chose que de simples r\u00e9p\u00e9titions ou de simples r\u00e9\u00e9ditions (pour \u00e9voquer ici, indirectement, le registre transf\u00e9rentiel). De ce fait, notre propos est seulement de lire les sp\u00e9cificit\u00e9s du fonctionnement psychique \u00e0 l\u2019adolescence \u00e0 travers ce que nous avons appris des b\u00e9b\u00e9s, non pas tant \u00e0 titre de comparaison formelle mais plut\u00f4t pour \u00e9clairer d\u2019un jour nouveau, pour appr\u00e9hender sous un nouvel angle certaines particularit\u00e9s cliniques propres \u00e0 ces deux p\u00e9riodes de la vie (B. Golse, 2002).<\/p>\n<h2>Analogies de fonctionnement psychique entre b\u00e9b\u00e9s et adolescents<\/h2>\n<p>Les analogies de fonctionnement psychique entre b\u00e9b\u00e9s et adolescents sont en r\u00e9alit\u00e9 connues et soulign\u00e9es depuis relativement longtemps.<\/p>\n<h2>L\u2019intensit\u00e9 pulsionnelle<\/h2>\n<p>Il y a d\u2019abord une intensit\u00e9 pulsionnelle tr\u00e8s forte aussi bien chez les b\u00e9b\u00e9s qui vivent la mise en place de leur appareil psychique et la mise en route s\u00e9quentielle de leurs diverses probl\u00e9matiques pulsionnelles (orale, anale puis phallique) que chez les adolescents qui, \u00e0 l\u2019occasion de la pubert\u00e9, se voient confront\u00e9s \u00e0 un mouvement de r\u00e9activation pulsionnelle parfois massif. L\u2019oralit\u00e9 a ici, bien \u00e9videmment, une place \u00e9lective et l\u2019on sait son r\u00f4le central en ce qui concerne l\u2019anorexie mentale et le champ plus g\u00e9n\u00e9ral des conduites addictives.<\/p>\n<h2>La pr\u00e9valence de l\u2019amour de soi-m\u00eame (narcissisme) sur la relation \u00e0 autrui<\/h2>\n<p>La dialectique entre le courant narcissique (investissement de soi-m\u00eame) et le courant objectal (investissement d\u2019autrui) joue en fait tout au long de l\u2019existence et il faut insister sur le fait que chacune de ces deux probl\u00e9matiques peut venir servir de d\u00e9fense vis-\u00e0-vis de l\u2019autre. Chez le b\u00e9b\u00e9, par exemple, c\u2019est la probl\u00e9matique \u0153dipienne (objectale) qui vient supplanter la probl\u00e9matique initiale de l\u2019instauration du narcissisme primaire, et l\u2019on retrouve ce mouvement \u00e0 l\u2019adolescence quand la reprise et l\u2019extrapolation extra-familiale de la th\u00e9matique \u0153dipienne vient mettre un terme \u00e0 la crise narcissique li\u00e9e aux transformations (physiques et psychiques) de la pubert\u00e9. A ces deux \u00e9poques de la vie (chez le b\u00e9b\u00e9 et chez l\u2019adolescent), l\u2019axe narcissique s\u2019av\u00e8re pr\u00e9valent puisque le b\u00e9b\u00e9 doit forger ses assises narcissiques et puisque l\u2019adolescent va devoir chercher \u00e0 v\u00e9rifier son int\u00e9grit\u00e9 et son invuln\u00e9rabilit\u00e9 narcissiques au travers de ses diverses conduites de risque (sports dangereux, toxicomanies, d\u00e9fi anorexique \u2026).<\/p>\n<h2>La pr\u00e9valence de la communication pr\u00e9verbale<\/h2>\n<p>L\u2019<em>infans<\/em> (soit le b\u00e9b\u00e9 avant l\u2019acc\u00e8s au langage verbal) se situe par d\u00e9finition en de\u00e7\u00e0 des mots et, de ce fait, ses possibilit\u00e9s de communication pr\u00e9verbale (mimiques, gestes, comportement) pr\u00e9c\u00e8dent, et de loin, la mise en place de sa communication verbale. C\u2019est ainsi que l\u2019instauration de ses proc\u00e9dures d\u2019attachement (premier semestre de la vie essentiellement) et de ses capacit\u00e9s d\u2019accordage affectif (deuxi\u00e8me semestre de la vie principalement) peuvent \u00eatre comprises en termes d\u2019intentionnalit\u00e9 communicative primaire avant m\u00eame la distinction claire entre le soi et le non-soi. Quoi qu\u2019il en soit, ce type de communication pr\u00e9verbale qui existera toute la vie (en arri\u00e8re-plan de la communication verbale) revient au premier plan de la sc\u00e8ne au moment de l\u2019adolescence.<\/p>\n<h2>L\u2019agressivit\u00e9<\/h2>\n<p>Il est habituel de distinguer au cours du d\u00e9veloppement psychique trois types diff\u00e9rents d\u2019agressivit\u00e9 qui s\u2019intriquent progressivement\u00a0: une agressivit\u00e9 pour vivre tout d\u2019abord (la \u00ab\u00a0violence fondamentale\u00a0\u00bb de J. Bergeret, 1984), une agressivit\u00e9 pour v\u00e9rifier la solidit\u00e9 et la fiabilit\u00e9 de l\u2019objet relationnel ensuite (D.W. Winnicott, 1969), et une agressivit\u00e9 \u0153dipienne enfin visant \u00e0 \u00e9vacuer, si ce n\u2019est \u00e0 d\u00e9truire, le tiers. La premi\u00e8re est de type autarcique, la deuxi\u00e8me est de type duel ou binaire, la derni\u00e8re est plus triangul\u00e9e. En tout \u00e9tat de cause, b\u00e9b\u00e9s et adolescents partagent une tr\u00e8s forte agressivit\u00e9 du deuxi\u00e8me type qui a donc beaucoup plus pour but d\u2019\u00e9prouver la r\u00e9sistance et la solidit\u00e9 de l\u2019autre que de viser \u00e0 le d\u00e9truire, ce qui est tr\u00e8s clair au moment des classiques conflits d\u2019opposition du deuxi\u00e8me semestre de la vie ou de la crise d\u2019adolescence.<\/p>\n<h2>Apports de la psychiatrie du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 la compr\u00e9hension de l\u2019adolescent<\/h2>\n<p>Les d\u00e9veloppements r\u00e9cents de la psychiatrie du b\u00e9b\u00e9 ont consid\u00e9rablement renouvel\u00e9 notre vision des processus de la croissance et de la maturation psychiques du tr\u00e8s jeune enfant mais nombre des donn\u00e9es ainsi recueillies peuvent \u00e9galement enrichir notre compr\u00e9hension de la dynamique de l\u2019adolescence. Nous ne citerons ici que quelques exemples.<\/p>\n<p>Les identifications adh\u00e9sives du b\u00e9b\u00e9 peuvent \u00e9clairer de mani\u00e8re tr\u00e8s fructueuse notre compr\u00e9hension de certains ph\u00e9nom\u00e8nes observ\u00e9s chez les adolescents comme celui de l\u2019importance des groupes. Sous ce terme d\u2019identifications adh\u00e9sives, on d\u00e9signe un m\u00e9canisme qui permet \u00e0 un sujet (b\u00e9b\u00e9 ou adolescent) de se sentir davantage exister, et avec une plus grande s\u00e9curit\u00e9, en se collant \u00e0 autrui et \u00e0 ses comportements de surface (se coller au regard de l\u2019autre, imiter sa voix, se v\u00eatir comme lui\u2026). Les identifications adh\u00e9sives font partie des identifications primaires qui appartiennent au registre de l\u2019\u00catre (\u00ab\u00a0qui suis-je\u00a0?\u00a0\u00bb du verbe \u00eatre) \u00e0 la diff\u00e9rence des identifications secondaires qui appartiennent au registre de l\u2019Avoir (\u00ab\u00a0qui suis-je\u00a0?\u00a0\u00bb du verbe suivre) dans la mesure o\u00f9 la dynamique \u0153dipienne repose sur une rivalit\u00e9 avec le tiers dont il s\u2019agit de s\u2019accaparer certaines des qualit\u00e9s. Au-del\u00e0 de tout ce qui a d\u00e9j\u00e0 pu \u00eatre dit \u00e0 propos de la constitution des groupes d\u2019adolescents (id\u00e9alisation du chef, identifications au <em>leader<\/em>, projection des enjeux narcissiques\u2026), les notions d\u2019enveloppe groupale et d\u2019adh\u00e9sivit\u00e9 (physiologique ou pathologique) s\u2019av\u00e8rent \u00e9galement tr\u00e8s utiles pour rendre compte du r\u00f4le des groupes dans la contribution au sentiment d\u2019exister chez les adolescents.<\/p>\n<p>\u2022 On sait aussi tout ce qui a pu \u00eatre dit de la stabilit\u00e9 des sch\u00e9mas d\u2019attachement au cours de la vie, mais il appara\u00eet aujourd\u2019hui que si le mod\u00e8le d\u2019attachement s\u00e9cure reconna\u00eet une certaine stabilit\u00e9, il n\u2019en va pas forc\u00e9ment de m\u00eame pour les autres sch\u00e9mas d\u2019attachement (ins\u00e9cure, \u00e9vitant et d\u00e9sorganis\u00e9). L\u2019adolescence pourrait ainsi \u00eatre un moment privil\u00e9gi\u00e9 de remise en chantier de ces diff\u00e9rents sch\u00e9mas d\u2019attachement. Ces remaniements plus ou moins brutaux auraient selon les cas une signification pathologique ou au contraire d\u00e9fensive, voire structurante, et toute attitude pr\u00e9dictive se doit donc d\u2019\u00eatre fort prudente, mais la prise en compte de la th\u00e9orie de l\u2019attachement apporte cependant beaucoup \u00e0 notre approche de la th\u00e9orie et de la technique des psychoth\u00e9rapies avec les adolescents.<\/p>\n<p>\u2022 On observe par ailleurs chez les adolescents une reviviscence de la communication pr\u00e9verbale dont nous avons parl\u00e9 plus haut et qui redevient ainsi souvent pr\u00e9pond\u00e9rante comme chez le b\u00e9b\u00e9. Ce sont tous les m\u00e9canismes de l\u2019accordage affectif (D.N. Stern, 1989) qui se retrouvent \u00e0 nouveau au premier plan du fonctionnement interrelationnel des adolescents, et ceci montre \u00e0 quel point le style (interactif\u00a0?) de nos premi\u00e8res rencontres avec un adolescent s\u2019av\u00e8re d\u00e9cisif pour la suite du processus th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>\u2022 On sait aussi que le corps de l\u2019adolescent peut rev\u00eatir parfois la fonction d\u2019\u00e9nigme pour l\u2019adolescent lui-m\u00eame (comme l\u2019\u00e9tait la m\u00e8re initialement pour le b\u00e9b\u00e9) et ce ne sont plus, alors, les soins maternels, mais ses propres fonctionnements corporels qui viennent r\u00e9activer chez lui cette situation de s\u00e9duction primitive dont on sait la force d\u2019attraction fond\u00e9e \u00e0 la fois sur des affects de fascination et d\u2019effroi.<\/p>\n<p>\u2022 \u00c0 ces quelques \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion, il faudrait encore ajouter le parall\u00e8le qui peut \u00eatre fait entre la \u00ab\u00a0position d\u00e9pressive\u00a0\u00bb du b\u00e9b\u00e9 (M. Klein, 1968) et la \u00ab\u00a0cassure d\u00e9pressive\u00a0\u00bb de l\u2019adolescent (M. et M.E. Laufer, 1989, 1993) \u00e9voqu\u00e9e ci-dessus. Quoi qu\u2019il en soit du r\u00f4le de l\u2019entourage \u00e0 ce sujet, l\u2019adolescent comme le b\u00e9b\u00e9 sont fonci\u00e8rement confront\u00e9s aux effets de rencontre qui font de leur d\u00e9veloppement un destin ouvert et non pas une fatalit\u00e9 plus ou moins pr\u00e9visible. C\u2019est tout un monde de possibles qui s\u2019ouvre devant eux et l\u2019adolescence se r\u00e9v\u00e8le ainsi comme une nouvelle chance (une derni\u00e8re chance\u00a0?) de rejouer des phases ant\u00e9rieures du d\u00e9veloppement pr\u00e9coce qui avaient pu, en leur temps, \u00eatre marqu\u00e9es par diverses difficult\u00e9s.<\/p>\n<h2>En guise de conclusion<\/h2>\n<h2>Conclusions de Marie Biot<\/h2>\n<p>Parler des b\u00e9b\u00e9s aux ados, c\u2019est leur proposer de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 leur histoire. Cela peut \u00eatre aussi une occasion de leur proposer d\u2019autres grilles de lecture certes peu usuelles mais tout \u00e0 fait pertinentes de l\u2019Histoire. Invitation \u00e0 comprendre sa propre histoire dans le cheminement de l\u2019Humanit\u00e9 afin de mettre en perspective ses propres questionnements et les r\u00e9ponses apport\u00e9es au cours des si\u00e8cles par ceux qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. La transmission des savoirs issus des travaux de recherches actuels portant sur le b\u00e9b\u00e9 et plus g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019enfance m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre port\u00e9s \u00e0 la connaissance des ados, potentiels futurs parents. Se croisent sur cet aspect des questions d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la connaissance, des enjeux d\u00e9mocratiques et des probl\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9vention. Les programmes d\u2019Histoire ont connu des \u00e9volutions depuis ces cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es. L\u2019histoire des femmes, longtemps occult\u00e9e, y a trouv\u00e9 une place reconnue aujourd\u2019hui par tous. Le temps n\u2019est-il pas venu de faire entrer les b\u00e9b\u00e9s dans l\u2019Histoire et de reconna\u00eetre que la fa\u00e7on de les accueillir et de s\u2019en occuper en disent long sur l\u2019\u00e9volution de l\u2019\u00e9thique des soci\u00e9t\u00e9s et m\u00e9ritent donc d\u2019\u00eatre prises en compte\u00a0? Qui oubliera la photographie prise par Nil\u00fcfer Demir reprise par toute la presse europ\u00e9enne, d\u00e9voilant au monde entier outre la r\u00e9alit\u00e9 tragique du fait migratoire, le destin tragique d\u2019Aylan Kurdi, cet enfant de 3 ans retrouv\u00e9 mort noy\u00e9 sur une plage turque\u00a0?<\/p>\n<p>Les savoirs issus notamment de la p\u00e9dopsychiatrie ne peuvent donc qu\u2019enrichir l\u2019approche propos\u00e9e par les Historiens. Certains chercheurs l\u2019ont d\u00e9j\u00e0 bien compris qui s\u2019int\u00e9ressent notamment aux r\u00e9percussions de certains faits historiques \u00e0 caract\u00e8re traumatique dans la sph\u00e8re de l\u2019intime de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration et\/ou qu\u2019ils soient simplement curieux de ce que d\u2019autres disciplines puissent leur apporter \u00e0 l\u2019\u00e9criture de l\u2019Histoire. Ainsi, St\u00e9phane Courtois interview\u00e9 en 2007 par Christophe Dick\u00e8s, dans le cadre de l\u2019\u00e9mission <em>Un jour dans l\u2019Histoire<\/em> regrettait que la question psychologique bien que tr\u00e8s importante soit sous-estim\u00e9e par les politologues et les historiens \u00e0 l\u2019heure actuelle pour appr\u00e9hender notamment les logiques totalitaires.<\/p>\n<p>Si Emmi Pikler invitait les adultes \u00ab\u00a0\u00e0 avoir confiance dans les capacit\u00e9s de d\u00e9veloppement de leur enfant\u00a0\u00bb, l\u2019attitude des petits lors des spectacles a \u00e9t\u00e9 de ce point de vue une formidable d\u00e9monstration de leurs capacit\u00e9s \u00e0 se concentrer, \u00e0 s\u2019int\u00e9resser, \u00e0 exp\u00e9rimenter les modes d\u2019interactions ad\u00e9quates avec \u00ab\u00a0les grands\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A leur tour, les ados nous invitent \u00e0 avoir confiance dans leurs capacit\u00e9s \u00e0 retrouver, \u00e0 consoler, \u00e0 apaiser, \u00e0 r\u00e9parer quand cela est n\u00e9cessaire le b\u00e9b\u00e9 qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9, v\u00e9ritable message d\u2019esp\u00e9rance pour celui qu\u2019ils auront peut-\u00eatre un jour \u00e0 accueillir. En cette p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019actualit\u00e9 est ponctu\u00e9e de violences insupportables, il est plus que n\u00e9cessaire d\u2019en comprendre les ressorts et de penser les contrecoups des d\u00e9faillances et des discontinuit\u00e9s v\u00e9cues dans la petite enfance. N\u2019est-ce pas d\u2019ailleurs une piste privil\u00e9gi\u00e9e pour donner du sens aux paroles de ces jeunes hommes combattants \u00e0 peine sortis de l\u2019adolescence qui, aujourd\u2019hui dans des vid\u00e9os de propagande, pr\u00e9cisent en d\u00e9signant fi\u00e8rement leur arme\u00a0: \u00ab\u00a0je vous pr\u00e9sente mon petit b\u00e9b\u00e9\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>Notre vision du b\u00e9b\u00e9, de l\u2019enfant a \u00e9volu\u00e9 au cours des si\u00e8cles et aujourd\u2019hui c\u2019est \u00e0 nous d\u2019accompagner ceux qui \u00e9criront les pages \u00e0 venir. Les ados sont les parents de demain, et les sensibiliser d\u00e8s aujourd\u2019hui aux enjeux civiques de la parentalit\u00e9 permettra peut-\u00eatre qu\u2019ils accueillent plus tard leurs enfants avec un autre regard dans une France o\u00f9, ne l\u2019oublions pas, deux enfants meurent par jour de maltraitance. Or le petit pas d\u2019un b\u00e9b\u00e9 bien accompagn\u00e9 est un grand pas pour l\u2019Humanit\u00e9.<\/p>\n<h2>Conclusions de Bernard Golse<\/h2>\n<p>Cette intervention particuli\u00e8re aupr\u00e8s des adolescents nous semble \u00eatre int\u00e9ressante sur deux plans distincts\u00a0: celui d\u2019une aide \u00e0 la parentalit\u00e9 future d\u2019une part, celui d\u2019une pr\u00e9vention de la violence au sens large d\u2019autre part. Il s\u2019agit donc d\u2019une action ponctuelle mais exemplaire visant \u00e0 des objectifs soci\u00e9taux \u00e0 moyen et \u00e0 long terme.<\/p>\n<h2>Une aide \u00e0 la parentalit\u00e9<\/h2>\n<p>Nous savons que m\u00eame les b\u00e9b\u00e9s ont besoin d\u2019une histoire, et d\u2019une histoire qui ne soit pas seulement une histoire m\u00e9dicale, g\u00e9n\u00e9tique ou biologique, mais d\u2019une histoire qui soit aussi, et peut-\u00eatre surtout, une histoire relationnelle. Seule cette histoire relationnelle leur permet en effet de s\u2019inscrire dans leur double filiation, maternelle et paternelle, et de pouvoir mettre en \u0153uvre leurs processus d\u2019affiliation, filiation et affiliation se trouvant mutuellement dans un rapport dynamique dialectique sur lequel insistait beaucoup un auteur comme Serge Lebovici selon qui la filiation permet l\u2019affiliation, et l\u2019affiliation permet l\u2019inscription dans la filiation.<\/p>\n<p>B. Doray (1995) a eu un jour cette jolie phrase que nous citons de m\u00e9moire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Un jour viendra o\u00f9 l\u2019on saura tout greffer, des foies, des c\u0153urs, des reins des poumons \u2026 mais il est une chose que sans doute l\u2019on ne saura jamais faire, et peut-\u00eatre heureusement, ce sont des greffes d\u2019histoire<\/em>\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019histoire, en effet, se co-construit entre les enfants et les adultes, elle est le fruit d\u2019une co-\u00e9criture active et c\u2019est le point sur lequel nous souhaitions insister dans la mesure o\u00f9, de ce fait, la narrativit\u00e9 elle-m\u00eame se trouve \u00eatre, fondamentalement, le fruit des interactions pr\u00e9coces. Ajoutons que l\u2019histoire est, partout et toujours, on ne le sait que trop, la cible de toutes les dictatures, car priver les \u00eatres de leur histoire est peut-\u00eatre l\u2019essence m\u00eame de la violence. Cette remarque est cruciale pour tous ceux qui s\u2019occupent de b\u00e9b\u00e9s (mais pas seulement pour eux), et chaque fois que nos mod\u00e8les psychologiques ou psycho-pathologiques oublient l\u2019histoire, nous prenons alors le risque d\u2019une violence th\u00e9orique r\u00e9ductrice et hautement dommageable.<\/p>\n<p>L\u2019approche pikl\u00e9rienne nous semble tout particuli\u00e8rement respectueuse de cette dimension historicisante. Faire sentir tout ceci aux adolescents nous para\u00eet donc constituer une aide \u00e0 la parentalit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire une possibilit\u00e9 d\u2019accueillir de mani\u00e8re fructueuse les b\u00e9b\u00e9s qu\u2019ils auront peut-\u00eatre.<\/p>\n<h2>Une pr\u00e9vention de la violence<\/h2>\n<p>Savoir que les b\u00e9b\u00e9s ont une vie psychique, qu\u2019ils pensent \u00e0 leur mani\u00e8re, qu\u2019ils peuvent ressentir des \u00e9motions et qu\u2019ils peuvent communiquer avec nous bien avant l\u2019av\u00e8nement de leur langage verbal, c\u2019est-\u00e0-dire que leur vie psychique s\u2019inscrit en-de\u00e7\u00e0 des mots, nous semble susceptible de susciter chez les adolescents un respect de la vie, un respect de la vie psychique sous toutes ses formes. Respecter la vie, c\u2019est le contraire m\u00eame de la barbarie, et de ce fait venir parler des b\u00e9b\u00e9s aux adolescents est une mani\u00e8re, parmi d\u2019autres, de pr\u00e9venir la violence dont on sait le grave probl\u00e8me qu\u2019elle pose aujourd\u2019hui \u00e0 nos soci\u00e9t\u00e9s. Une goutte d\u2019eau dans la mer, peut-\u00eatre \u2026 mais cela vaut sans doute la peine\u00a0!<\/p>\n<h2>Finalement et pour conclure<\/h2>\n<p>Il nous semble int\u00e9ressant de revenir encore une fois sur la connivence qui existe entre les b\u00e9b\u00e9s et les adolescents, connivence qui justifie et qui permet le travail que nous avons pr\u00e9sent\u00e9 ici.<\/p>\n<p>Un point important que nous n\u2019avons pas encore \u00e9voqu\u00e9, est celui de la s\u00e9duction originaire. Les b\u00e9b\u00e9s et les adolescents sont, les uns comme les autres, confront\u00e9s \u00e0 la question de la s\u00e9duction et \u00e0 l\u2019\u00e9nigme dont elle est porteuse, mais pour les b\u00e9b\u00e9s il s\u2019agit d\u2019une \u00e9nigme du dehors, alors que pour les adolescents, il s\u2019agirait davantage d\u2019une \u00e9nigme du dedans. Expliquons-nous.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie de la s\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e propos\u00e9e et d\u00e9velopp\u00e9e par J. Laplanche (1984, 1986, 1987) est \u00e9videmment fondamentale pour penser l\u2019\u00e9mergence du sexuel dans le cadre de l\u2019ontogen\u00e8se du sujet. Elle permet par ailleurs, selon nous, de d\u00e9passer le dilemme, sinon insoluble, entre la nature endog\u00e8ne ou exog\u00e8ne, de l\u2019origine de la sexualit\u00e9. Nous ne rappellerons pas ici, les points centraux de cette th\u00e9orisation d\u00e9sormais classique et c\u00e9l\u00e8bre, mais nous voudrions seulement insister sur le fait que celle-ci nous offre, en fait, une voie de d\u00e9gagement quant aux difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 plusieurs probl\u00e9matiques. Cette th\u00e9orie propose en effet une th\u00e9orie du traumatisme structurant mais, ce faisant\u00a0: elle transcende la question du choix entre traumatisme r\u00e9el ou traumatisme imaginaire (et de ce fait, elle rend inutile l\u2019abandon complet de la <em>neurotica<\/em> freudienne), elle transcende la question du choix entre traumatisme endog\u00e8ne ou traumatisme exog\u00e8ne, et enfin, ce qui n\u2019est pas rien, elle offre la possibilit\u00e9 de conserver la th\u00e9orie du traumatisme en deux temps, y compris dans les cas de traumatismes hyperpr\u00e9coces qui nous int\u00e9ressent, au premier chef, dans le champ de la psychiatrie et de la psychanalyse du tr\u00e8s jeune enfant.<\/p>\n<p>Notre lecture de la th\u00e9orie de J. Laplanche consiste en effet, pour nous, \u00e0 comprendre que la construction de la pulsion se joue \u00e0 deux, de mani\u00e8re inter- relationnelle entre la m\u00e8re et le b\u00e9b\u00e9, et que c\u2019est l\u2019implantation dans la psych\u00e9 de l\u2019enfant des \u00ab\u00a0messages \u00e9nigmatiques inconscients\u00a0\u00bb &#8211; \u00e9mis par la m\u00e8re \u00e0 son propre insu &#8211; qui vont organiser ce que J. Laplanche d\u00e9signe alors sous le terme \u00ab\u00a0d\u2019objets-source\u00a0\u00bb de la pulsion, en tant que messages \u00ab\u00a0compromis\u00a0\u00bb d\u2019abord ind\u00e9codables et en attente de traduction ult\u00e9rieure (l\u2019\u00e9nigme \u00e9tant li\u00e9e \u00e0 l\u2019impuissance traductive, et la s\u00e9duction \u00e0 la fascination qui s\u2019attache toujours, peu ou prou, \u00e0 cette situation d\u2019impuissance, et donc de passivit\u00e9 traductrice).<\/p>\n<p>Rien ne peut faire, en effet, qu\u2019une m\u00e8re qui allaite ne sache pas, dans le m\u00eame temps, que dans sa vie de femme, ses seins sont aussi des seins \u00e9rotiques et pas seulement des seins alimentaires.<\/p>\n<p>Les soins de la m\u00e8re \u00e0 l\u2019enfant sont donc r\u00e9els mais ils v\u00e9hiculent toujours des messages \u00e0 teneur fantasmatique sexuelle qui vont venir greffer, de l\u2019ext\u00e9rieur, dans le psychisme de l\u2019enfant, les germes de son organisation pulsionnelle seconde, lesquels, quoique internes, n\u2019\u00e9tant ensuite activ\u00e9s que du dehors par la rencontre avec un nouvel \u00e9v\u00e9nement interactif plus tardif et d\u00e9sormais susceptible d\u2019\u00eatre traduit et m\u00e9tabolis\u00e9, ce qui r\u00e9active alors la signification des premi\u00e8res inscriptions qui se trouvaient l\u00e0, encore comme en jach\u00e8re. Ce sch\u00e9ma s\u2019av\u00e8re d\u2019une indiscutable originalit\u00e9 avec comme clef de vo\u00fbte, le processus traductif qui renvoie \u00e0 la \u00ab\u00a0situation anthropologique fondamentale\u00a0\u00bb, soit \u00e0 la rencontre entre l\u2019adulte et le b\u00e9b\u00e9 qui se joue immanquablement sur fond de r\u00e9ciprocit\u00e9 et de dissym\u00e9trie (J. Laplanche, 2002).<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, \u00e0 l\u2019adolescence, c\u2019est le corps de l\u2019adolescent qui peut rev\u00eatir lui-m\u00eame, parfois, la fonction de \u00ab\u00a0signifiant \u00e9nigmatique\u00a0\u00bb pour l\u2019adolescent et ce ne sont plus, alors, les soins maternels, mais ses propres fonctionnements corporels qui viennent r\u00e9activer chez lui cette situation de s\u00e9duction originaire dont on sait la force d\u2019attraction fond\u00e9e \u00e0 la fois sur des affects de fascination et d\u2019effroi.<\/p>\n<p>On assiste ainsi \u00e0 une sorte d\u2019int\u00e9riorisation progressive de l\u2019\u00e9nigme chez les adolescents, l\u2019\u00e9nigme qui venait de la m\u00e8re chez le b\u00e9b\u00e9 se trouvant alors devenir une \u00e9nigme venant \u00e0 la fois du b\u00e9b\u00e9 qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 et qui demeure enfoui en eux, mais aussi de leur corps lui-m\u00eame et des b\u00e9b\u00e9s que, potentiellement, ils sont d\u00e9sormais \u00e0 m\u00eame de fabriquer et de contenir, ce qui nous ram\u00e8ne ainsi \u00e0 la parentalit\u00e9 et aux b\u00e9b\u00e9s que les adolescents auront peut-\u00eatre un jour.<\/p>\n<p>Des b\u00e9b\u00e9s qu\u2019ils furent aux b\u00e9b\u00e9s qu\u2019ils auront \u2026<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n<p>J. Bergeret, <em>La violence fondamentale<\/em>, Dunod, Coll. \u00ab\u00a0Psychismes\u00a0\u00bb, Paris, 1984.<\/p>\n<p>J. Bowlby, <em>Attachement et perte<\/em> (3 volumes), P.U.F., Coll. \u00ab\u00a0Le fil rouge\u00a0\u00bb, Paris, 1978 et 1984.<\/p>\n<p>A. Braconnier et B. Golse, <em>Nos b\u00e9b\u00e9s, nos ados<\/em>, O. Jacob, Paris, 2008.<\/p>\n<p>B. Clavier, <em>Les fant\u00f4mes familiaux\u00a0: psychanalyse transg\u00e9n\u00e9rationnelle<\/em>, Payot, Coll. \u00ab\u00a0Essais Payot\u00a0\u00bb, Paris, 2013.<\/p>\n<p>M. David, <em>Prendre soin de l\u2019enfance<\/em> (Textes et commentaires recueillis par Marie-Laure Cadart), Er\u00e8s, Toulouse, 2014.<\/p>\n<p>M. David et G. Appell, <em>L\u00f3czy ou le maternage insolite,<\/em> C.E.M.E.A., Editions du Scarab\u00e9e, Paris, 1973 et 1996, Er\u00e8s, coll. \u00ab\u00a01001 BB &#8211; B\u00e9b\u00e9s au quotidien\u00a0\u00bb, Ramonville Saint-Agne, 2008 (pr\u00e9face de B. Golse et postface de G. Appell).<\/p>\n<p>B. Doray, \u00ab\u00a0Carne &amp; Psy\u00a0\u00bb, <em>Le Carnet PSY<\/em>, 1995, 6,1.<\/p>\n<p>S. Freud, <em>Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse<\/em>, P.U.F., Coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de Psychanalyse\u00a0\u00bb, Paris, 1975 (5<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9d.).<\/p>\n<p>B. Golse, \u00ab\u00a0Psychoth\u00e9rapie du b\u00e9b\u00e9 et de l\u2019adolescent\u00a0: convergences\u00a0\u00bb, <em>La Psychiatrie de l\u2019enfant, XLV<\/em>, 2, 2002, 393-410.<\/p>\n<p>B. Golse, Pr\u00e9face, in\u00a0: <em>La bien-traitance envers l\u2019enfant, des racines et des ailes<\/em> (D. Rapoport), Belin, Paris, 2006.<\/p>\n<p>F. Houssier, \u00ab\u00a0Mythe phylog\u00e9n\u00e9tique, r\u00eave et conte pour enfant\u00a0: la permanence d\u2019une trace infanticide dans la culture freudienne\u00a0\u00bb, <em>Le Divan familial<\/em>, 2007, 19, 131-140.<\/p>\n<p>A. Jardin, <em>Les colori\u00e9s<\/em>, Gallimard, Collection Blanche, Paris, 2004.<\/p>\n<p>F. Jullien, <em>L\u2019\u00e9cart et l\u2019entre (Le\u00e7on inaugurale de la Chaire sur l\u2019alt\u00e9rit\u00e9)<\/em>, Editions Galil\u00e9e, Coll. \u00ab\u00a0D\u00e9bats\u00a0\u00bb, Paris, 2012.<\/p>\n<p>M. Klein (1921-1945), <em>Essais de psychanalyse<\/em>, Payot, Paris, 1968.<\/p>\n<p>J. Laplanche, \u00ab\u00a0La pulsion et son objet-source\u00a0; son destin dans le transfert\u00a0\u00bb, 9-24, In\u00a0: <em>La pulsion pour quoi faire\u00a0?<\/em> (ouvrage collectif), D\u00e9bats, Documents, Recherches de l\u2019Association Psychanalytique de France, Paris, 1984.<\/p>\n<p>J. Laplanche, \u00ab\u00a0De la th\u00e9orie de la s\u00e9duction restreinte \u00e0 la th\u00e9orie de la s\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u00a0\u00bb, <em>Etudes Freudiennes<\/em>, 1986, 27, 7-25<\/p>\n<p>J. Laplanche, <em>Nouveaux fondements pour la psychanalyse<\/em>, P.U.F., Coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de Psychanalyse\u00a0\u00bb, Paris, 1987 (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d.)<\/p>\n<p>J. Laplanche, \u00ab\u00a0Notes sur l\u2019apr\u00e8s-coup\u00a0\u00bb, 57-66, In\u00a0: <em>Entre s\u00e9duction et inspiration\u00a0: l\u2019homme<\/em> (J. Laplanche), P.U.F., Coll. \u00ab\u00a0Quadrige\u00a0\u00bb,1999 (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d.).<\/p>\n<p>J. Laplanche, \u00ab\u00a0Entretien avec Jean Laplanche (par Alain Braconnier)\u00a0\u00bb, <em>Le Carnet PSY<\/em>, 2002, 70, 26-33.<\/p>\n<p>M. Laufer et M.E. Laufer, <em>Adolescence et rupture du d\u00e9veloppement \u2013 Une perspective psychanalytique<\/em>, P.U.F., Coll. \u00ab\u00a0Le fil rouge\u00a0\u00bb, Paris, 1989 (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d.).<\/p>\n<p>M. Laufer et M.E. Laufer, <em>Rupture du d\u00e9veloppement et traitement psychanalytique \u00e0 l\u2019adolescence &#8211; Etudes cliniques<\/em>, P.U.F., Coll. \u00ab\u00a0Le fil rouge\u00a0\u00bb, Paris, 1993 (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d.).<\/p>\n<p>S. Lebovici, <em>En l\u2019homme le b\u00e9b\u00e9, La Psychiatrie de l\u2019enfant<\/em>, Eshel, Coll. \u00ab\u00a0La question\u00a0\u00bb, Paris, 1992.<\/p>\n<p>S. Mijolla-Mellor, <em>Le besoin de savoir\u00a0: th\u00e9ories et mythes magico-sexuels dans l\u2019enfance<\/em>, Dunod, 2002.<\/p>\n<p>D. Rapoport et A. Roubergue, <em>La croissance emp\u00each\u00e9e, une maltraitance m\u00e9connue<\/em> (Pr\u00e9face de Boris Cyrulnik), Belin, Paris, 2013.<\/p>\n<p>R. Roussillon, \u00ab\u00a0Corps et actes messagers\u00a0\u00bb, 23-37, In\u00a0: <em>Corps, actes et symbolisation\u00a0: Psychanalyse aux fronti\u00e8res<\/em> (sous la direction de B. Chouvier et R. Roussillon), De Boeck, Coll. \u00ab\u00a0Oxalis\u00a0\u00bb, Bruxelles, 2008.<\/p>\n<p>M. Soul\u00e9, \u00ab\u00a0Les souhaits de mort en p\u00e9diatrie du nouveau-n\u00e9\u00a0\u00bb, 66-78, In\u00a0: <em>M\u00e8re mortif\u00e8re, m\u00e8re meurtri\u00e8re, m\u00e8re mortifi\u00e9e<\/em> (sous la direction de M.2), E.S.F., Paris, 1980 (3<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9d.).<\/p>\n<p>M. Soul\u00e9, \u00ab\u00a0L\u2019enfant dans la t\u00eate, l\u2019enfant imaginaire\u00a0\u00bb, 137-175 In\u00a0: <em>La dynamique du nourrisson ou Quoi de neuf b\u00e9b\u00e9\u00a0?<\/em> (sous la direction de T. B. Brazelton, B. Cramer, L. Kreisler, R. Schappi, M. Soul\u00e9), E.S.F., 1983.<\/p>\n<p>D.N. Stern, <em>Le monde interpersonnel du nourrisson &#8211; Une perspective psychanalytique et d\u00e9veloppementale<\/em>, P.U.F., Coll. \u00ab\u00a0Le fil rouge\u00a0\u00bb, Paris, 1989 (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d.).<\/p>\n<p>C. Vanier, <em>Na\u00eetre pr\u00e9matur\u00e9 &#8211; Le b\u00e9b\u00e9, son m\u00e9decin et son psychanalyste<\/em>, Editions Bayard, Paris, 2013<\/p>\n<p>D.W. Winnicott (1969), <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9 &#8211; L\u2019espace potentiel<\/em>, Gallimard, Coll. \u00ab\u00a0Connaissance de l\u2019Inconscient\u00a0\u00bb, Paris, 1975 (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9d.).<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>Vid\u00e9ographie<\/h2>\n<p>B. Martino (2000), <em>L\u00f3czy, une maison pour grandir<\/em>, Documentaire, France, 170 min, Production \/ Diffusion\u00a0: Association Pikler-L\u00f3czy de France.<\/p>\n<p>B. Martino (2014), <em>L\u00f3czy, une \u00e9cole de civilisation<\/em>, Editions Er\u00e8s, DVD n\u00b061, Association Pikler-Loczy, Films en diffusion.<\/p>\n<p>S. Rochel. <em>Thalasso bain b\u00e9b\u00e9<\/em> (vid\u00e9o en ligne). <em>Youtube<\/em>, 14\/10\/2011 (consult\u00e9 le 30 avril 2017). 1 vid\u00e9o, 5 min 12 s. <a href=\"https:\/\/youtu.be\/OPSAgs-exfQ\">https:\/\/youtu.be\/OPSAgs-exfQ<\/a>.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10740?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Je me souviens qu\u2019il y a des temps heureux o\u00f9 la mer M\u00e9diterran\u00e9e se traverse de part en part, et d\u2019autres, plus sombres, o\u00f9 elle se transforme en tombeau.Et alors, \u00e0 se tenir face \u00e0 la mer, on ne voit&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1223],"thematique":[298],"auteur":[1368,1917],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[501],"type_article":[453],"check":[2023],"class_list":["post-10740","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-perinatalite","thematique-bebe","auteur-bernard-golse","auteur-marie-biot","mode-gratuit","revue-501","type_article-recherche","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10740","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10740"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10740\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16099,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10740\/revisions\/16099"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10740"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10740"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10740"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10740"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10740"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10740"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10740"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}