{"id":10659,"date":"2021-08-22T07:32:30","date_gmt":"2021-08-22T05:32:30","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/nouvelles-addictions-a-lepreuve-de-la-clinique-2\/"},"modified":"2021-10-08T02:16:57","modified_gmt":"2021-10-08T00:16:57","slug":"nouvelles-addictions-a-lepreuve-de-la-clinique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/nouvelles-addictions-a-lepreuve-de-la-clinique\/","title":{"rendered":"Nouvelles addictions \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de la clinique"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Texte issu d\u2019une conf\u00e9rence au colloque Adolescentes-Adolescents, \u201cLa clinique dans divers pays\u201d, traduit du portugais<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9coute clinique des adolescents et jeunes adultes qui, par leur trouble du comportement et\/ou la dysregulation thymique dont ils font preuve, semble d\u00e9fier l\u2019efficacit\u00e9 d\u2019une approche diagnostique fond\u00e9e sur des seuls crit\u00e8res s\u00e9miologiques et soul\u00e8ve d\u2019importantes difficult\u00e9s techniques, voire m\u00eame \u00e9thiques, dont la r\u00e9solution est loin d\u2019\u00eatre ais\u00e9e. L\u2019approche th\u00e9rapeutique des troubles pr\u00e9sent\u00e9s par ces adolescents en proie \u00e0 d\u2019importantes difficult\u00e9s dans l\u2019axe sentiment d\u2019identit\u00e9\/qualit\u00e9 des relations d\u2019objet requiert une attitude observatrice patiente et ouverte de la part du clinicien. Or, une telle disponibilit\u00e9 tend \u00e0 \u00eatre constamment mise en \u00e9chec soit par la labilit\u00e9 des sympt\u00f4mes et \u00e9tats \u00e9motionnels apport\u00e9s en consultation par ces jeunes, soit par la fluidit\u00e9 des relations engag\u00e9es avec autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>Les conduites addictives repr\u00e9sentent l\u2019exemple extr\u00eame de la complexit\u00e9 th\u00e9rapeutique. Celle-ci est redoubl\u00e9e par l\u2019incertitude flottante concernant les bienfaits des am\u00e9nagements du cadre psychoth\u00e9rapeutique \u00e9tabli pour pallier les r\u00e9sistances au changement, entre le subtil et l\u2019acharn\u00e9, mis en acte par le c\u00f4t\u00e9 le plus archa\u00efque du fonctionnement mental de ces jeunes. Le planning efficace d\u2019un traitement implique, au pr\u00e9alable, l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une hypoth\u00e8se th\u00e9rapeutique ax\u00e9e autant sur un diagnostic psychopathologique pr\u00e9cis que sur le pronostic \u00e9volutif de la situation clinique en cause. Le traitement impose d\u2019embl\u00e9e que l\u2019on trouve une r\u00e9ponse satisfaisante pour chacune des trois questions suivantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>\u00e0 quelle entit\u00e9 clinique pr\u00e9cise nous r\u00e9f\u00e9rons-nous lorsque nous assignons le label \u201caddictif\u201d \u00e0 un(e) adolescent(e) en consultation&nbsp;?<\/li><li>quel est le registre de fonctionnement mental qui sert d\u2019empreinte psychique aux troubles de ces adolescent(e)s pr\u00e9sentant une conduite addictive, que celle-ci soit rapport\u00e9e par eux-m\u00eames, par leurs parents ou un autre adulte, lors du ou des premiers entretiens&nbsp;?<\/li><li>quelles sont les limites \u00e9thiques qui doivent d\u00e9finir le projet de \u201cdevenir soi\u201d pour les jeunes en proie \u00e0 un trouble addictif, la concr\u00e9tisation d\u2019un tel projet s\u2019av\u00e9rant \u00eatre, pour la plupart des cliniciens, le but implicite de toute action th\u00e9rapeutique&nbsp;?<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Pour essayer d\u2019apporter une r\u00e9ponse \u00e0 ces trois questions, j\u2019\u00e9voquerai trois vignettes cliniques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019art hallucinant de fuir l\u2019effrayante blessure ou l\u2019\u00e9cureuil pris au pi\u00e8ge<\/h2>\n\n\n\n<p>Lu\u00eds est un adolescent \u00e2g\u00e9 de 16 ans lorsqu\u2019il est emmen\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en consultation par son p\u00e8re en raison d\u2019un comportement social d\u00e9sordonn\u00e9, du caract\u00e8re conflictuel de ses relations avec ses parents, du fl\u00e9chissement des r\u00e9sultats scolaires et surtout de l\u2019abus de hachisch, ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 un signalement th\u00e9rapeutique suite \u00e0 une proc\u00e9dure disciplinaire du conseil ex\u00e9cutif du lyc\u00e9e qu\u2019il fr\u00e9quentait \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Je vois entrer un jeune homme maigre et de petite taille avec des cheveux longs et filiformes sur un visage \u00e0 la barbiche \u00e9parse et aux yeux brun\u00e2tres vifs et expressifs, l\u2019air un peu \u00e9gar\u00e9. Le p\u00e8re est un homme d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es laissant entrevoir une personnalit\u00e9 ferme et r\u00e9solue&nbsp;; en d\u00e9pit de l\u2019allure r\u00e9fl\u00e9chie et affectueuse de ses propos au sujet de son fils cadet, il manifeste un sentiment de d\u00e9ception r\u00e9it\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019apparente faiblesse de Lu\u00eds (je me demande, d\u2019ailleurs, si cette d\u00e9ception ne se double pas d\u2019une pr\u00e9occupation atavique enracin\u00e9e, peut-\u00eatre, dans des probl\u00e8mes pr\u00e9sent\u00e9s par ce fils durant l\u2019enfance, auxquels, pourtant, il ne fera aucune r\u00e9f\u00e9rence). La seule remarque, subtilement critique, produite \u00e0 cet \u00e9gard va concerner la surprotection maternelle cens\u00e9e avoir contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019immaturit\u00e9 actuelle de Lu\u00eds. Par ailleurs, la consommation de hachisch, passe presque inaper\u00e7ue et semble subordonn\u00e9e \u00e0 l\u2019impression p\u00e9nible d\u2019une (impardonnable) d\u00e9faillance de Lu\u00eds \u00e0 respecter les moeurs paternelles et \u00e0 son incapacit\u00e9, \u00e0 l\u2019image de son fr\u00e8re et de sa s\u0153ur, \u00e0 r\u00e9ussir le parcours scolaire. En effet, le p\u00e8re de Lu\u00eds est un m\u00e9decin prestigieux et reconnu socialement par sa comp\u00e9tence clinique et universitaire, son profil \u00e9thique, tandis que sa m\u00e8re, quoique ayant moins bien r\u00e9ussie socialement, poursuit une carri\u00e8re d\u2019institutrice comp\u00e9tente et respect\u00e9e dans le lyc\u00e9e o\u00f9 elle exerce. La s\u0153ur a\u00een\u00e9e de Lu\u00eds a toujours satisfait le portrait de jeune fille exemplaire, et termine un doctorat en Droit, tandis que son fr\u00e8re, m\u00eame s\u2019il a pr\u00e9sent\u00e9 quelques probl\u00e8mes de comportement \u00e0 l\u2019adolescence, consid\u00e9r\u00e9s comme mineurs, surtout par rapport au \u201cd\u00e9luge\u201d comportemental de Lu\u00eds, s\u2019en est bien tir\u00e9 par ailleurs, puisqu\u2019il est en train de finir sa formation m\u00e9dicale. Alors, qu\u2019est-ce qui reste \u00e0 ce cadet incapable d\u2019\u00e9chapper soit \u00e0 l\u2019identification \u00e0 une m\u00e8re d\u00e9pressive (suivie en psychoth\u00e9rapie depuis deux ans), soit \u00e0 un sentiment d\u2019\u00e9cart narcissique par rapport \u00e0 un p\u00e8re id\u00e9alis\u00e9 qu\u2019il soup\u00e7onne de ne l\u2019avoir jamais investi autant que la fratrie, et en particulier son fr\u00e8re, qu\u2019il admire et envers lequel se manifeste un sentiment de rivalit\u00e9 fraternelle non mentalis\u00e9, qui s\u2019ajoute \u00e0 la jalousie envieuse envers un p\u00e8re v\u00e9cu comme \u00e9tant le ma\u00eetre tout-puissant de l\u2019amour maternel. Par ailleurs, cette impression de carence pr\u00e9coce d\u2019un amour maternel semble prendre ses racines dans l\u2019exp\u00e9rience d\u2019insuffisance phallo-narcissique lors des importants probl\u00e8mes somatiques que Lu\u00eds pr\u00e9senta d\u00e8s l\u2019accouchement (et qui ont parcouru toute sa premi\u00e8re enfance) \u00e0 l\u2019issue d\u2019une grossesse quelque peu tardive de sa m\u00e8re, en apparence faiblement soutenue par son p\u00e8re. Cette esp\u00e8ce de \u201csecret familial de polichinelle\u201d qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 une surprotection anxieuse, et quoique culpabilis\u00e9e, de la part de la m\u00e8re (un \u201csecret\u201d qui me sera d\u00e9voil\u00e9 lors d\u2019un entretien avec les parents vers la fin de la premi\u00e8re ann\u00e9e de prise en charge du jeune) aura produit chez Lu\u00eds une fragilisation narcissique, agie, d\u00e8s les d\u00e9buts de son adolescence, par des comportements d\u2019allure provocatrice dont l\u2019usage abusif du haschich, les \u00e9pisodes d\u2019alcoolisation, tournant assez souvent vers l\u2019ivresse compulsive, constituent le maillon d\u00e9pressif de r\u00e9f\u00e9rence. Ce comportement perturb\u00e9 va de pair avec une hyper sollicitude conviviale (musicien d\u2019 <em>hip hop<\/em>, il organise des \u00e9v\u00e8nements musicaux alternatifs) et justifie bien le surnom d\u2019\u201c\u00e9cureuil\u201d donn\u00e9 par ses copains. Apr\u00e8s avoir rat\u00e9 son bac l\u2019an dernier, Lu\u00eds a pu aborder dans la psychoth\u00e9rapie son v\u00e9cu d\u00e9pressif sur un mode moins dramatique, \u00e9tant capable, notamment, d\u2019\u00e9voquer ses sentiments de jalousie oedipienne envers son p\u00e8re apr\u00e8s avoir fait, au pr\u00e9alable, le point sur l\u2019impression de pr\u00e9judice affectif ax\u00e9 sur le sentiment, longtemps nourri, qu\u2019il occupait une place moindre dans l\u2019amour de sa m\u00e8re. Ce qui lui aura permis, en particulier, maintenant qu\u2019il a 19 ans, non seulement de g\u00e9rer sur un mode plus diff\u00e9renci\u00e9 sa d\u00e9pendance affective et mat\u00e9rielle envers ses parents, mais surtout de renoncer \u00e0 fuir une r\u00e9alit\u00e9 interne, jug\u00e9e comme trop contraignante et adverse, par le biais d\u2019un usage compulsif, d\u2019allure d\u00e9pressive, de l\u2019alcool et du haschisch incrust\u00e9 dans une (fausse) attitude de \u201claissez-faire\u201d \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses investissements objectaux, notamment scolaires.<\/p>\n\n\n\n<p>La trajectoire de Lu\u00eds me para\u00eet, tout d\u2019abord, r\u00e9v\u00e8ler une vuln\u00e9rabilit\u00e9 de son moi, en apparence pr\u00e9coce. Il devient alors assez \u00e9vident de discuter de l\u2019ad\u00e9quation clinique d\u2019une prise en charge th\u00e9rapeutique qui serait orient\u00e9e, presque exclusivement, vers le d\u00e9nouement des seules manifestations comportementales pr\u00e9sent\u00e9es par Lu\u00eds, tout en reportant \u00e0 plus tard l\u2019abord des traits d\u00e9pressifs, d\u2019inscription narcissique pr\u00e9coce, qui sous-tendent son rapport addictif \u00e0 l\u2019alcool, au haschisch, et \u00e0 sa relation avec ses copains et copines. Par contre, nous ne pouvons pas oublier l\u2019impact du comportement addictif sur l\u2019\u00e9quilibre neuropsychologique de Lu\u00eds. Il est n\u00e9cessaire de prendre en compte les donn\u00e9s apport\u00e9es \u00e0 la clinique par la recherche neurobiologique sur l\u2019effet procur\u00e9 par les substances addictives sur le cerveau sous-cortical, et en particulier leur impact sur la dysregulation des neurotransmetteurs (dopamine, s\u00e9rotonine, glutamate et GABA) qui participent \u00e0 l\u2019int\u00e9gration cortical\/ hypothalamique\/ hypophysaire des exp\u00e9riences sensori-\u00e9motionnelles sousjacentes \u00e0 tout comportement humain, du plus normatif au plus d\u00e9viant (R. Chambers et al., 2003, T. Macedo, 2000, J-P. Changeux, 1983).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, les hypoth\u00e8ses avanc\u00e9es par les \u00e9tudes dans le domaine des neurosciences, sp\u00e9cialement \u00e0 partir d\u2019une ligne de raisonnement r\u00e9cente qui cherche \u00e0 \u00e9tablir la primaut\u00e9 de la sph\u00e8re affective de la personnalit\u00e9 dans les circuits de r\u00e9ponse cognitive des \u00e9tats \u00e9motionnels de base, tant positifs (jouer, qu\u00e9rir, soigner) que n\u00e9gatifs (peur, rage, chagrin), semblent assez prometteuses pour aboutir \u00e0 une compr\u00e9hension plus approfondie des comportements humains (J. LeDoux, 1999, J. Panksepp, 2003, L. Kenneth et <em>al.<\/em>, 2003). Il faudra, bien s\u00fbr, que l\u2019on proc\u00e8de \u00e0 l\u2019int\u00e9gration heuristique des donn\u00e9es issues de ces \u00e9tudes, organis\u00e9es selon des mod\u00e8les th\u00e9oriques valid\u00e9s en population g\u00e9n\u00e9rale par des outils psychom\u00e9triques appropri\u00e9s, et de celles qui r\u00e9sultent de l\u2019observation directe effectu\u00e9e en contexte clinique.<\/p>\n\n\n\n<p>Une telle ouverture est, en effet, bien plus conforme \u00e0 la complexit\u00e9 des troubles du comportement humain, en particulier \u00e0 l\u2019adolescence. Cette complexit\u00e9 syst\u00e9mique fut, d\u2019ailleurs, ais\u00e9ment d\u00e9montr\u00e9e par l\u2019\u00e9pid\u00e9miologie appliqu\u00e9e \u00e0 la clinique et \u00e0 la pr\u00e9vention primaire et secondaire dans ce domaine de la sant\u00e9 mentale, notamment \u00e0 travers le d\u00e9veloppement de mod\u00e8les explicatifs et\/ou compr\u00e9hensifs multidimensionnels par rapport \u00e0 ces conduites. Mais alors quoi de neuf par rapport aux mod\u00e8les de compr\u00e9hension strictement cliniques&nbsp;? Tout d\u2019abord, il s\u2019agit plut\u00f4t des grilles de lecture clinique pour le mat\u00e9riel, verbal et non verbal, apport\u00e9 en consultation par ces jeunes. Ces grilles compr\u00e9hensives peuvent alors s\u2019inscrire dans des approches th\u00e9rapeutiques strictes ou, bien au contraire, dans une orientation strat\u00e9gique pr\u00e9dominante. Parmi les premi\u00e8res se trouvent celles qui d\u00e9rivent soit des mod\u00e8les de conditionnement comportemental (comme, p.ex., les programmes d\u00e9sign\u00e9s par <em>twelve steps<\/em> et <em>cue exposure<\/em>, soit des mod\u00e8les cognitifs (comme les programmes de <em>skill training<\/em> destin\u00e9s aux enfants et jeunes probl\u00e9matiques, et quelque fois aussi \u00e0 leurs parents, selon les principes de la th\u00e9orie d\u2019apprentissage social), voire encore de ceux qui se situent \u00e0 mi-chemin des th\u00e9ories cognitive et syst\u00e9mique (p.ex, les programmes de <em>multisystemic therapy<\/em>) (P. Bergmann et <em>al.<\/em>, 1995, D. Drummond, 2001, P. Strand, 2002)<br>Par contre, les approches th\u00e9rapeutiques d\u2019orientation psychanalytique, qu\u2019elles soient individuelles ou de groupales, tout autant que les psychoth\u00e9rapies dites humanistes, telles la th\u00e9rapie familiale et le psychodrame, forment le noyau dur des interventions \u00e0 caract\u00e8re strat\u00e9gique (combin\u00e9es ou non, tel que pour les premi\u00e8res, avec pharmacoth\u00e9rapie, surtout par le biais de la prescription de m\u00e9dicaments psychotropes, Cf. Miller &amp; Guttman, 1997). Pour la plupart, ces approches proposent une d\u00e9marche d\u00e9veloppementale pour la prise en charge des adolescents en difficult\u00e9.<br>L\u2019expression la plus fr\u00e9quente de la psychopathologie \u00e0 l\u2019adolescence qui est bien syst\u00e9matis\u00e9e dans la perspective psychanalytique par la grille diagnostique propos\u00e9e par M &amp; E. Laufer (1989), r\u00e9partie en 3 cat\u00e9gories dynamiques &#8211; troubles li\u00e9s \u00e0 un fonctionnement d\u00e9fensif excessif, impasse du d\u00e9veloppement, rupture du d\u00e9veloppement-, montre que cette d\u00e9marche s\u2019inscrit aussi dans l\u2019accent mis actuellement sur les notions, essentiellement \u00e9pid\u00e9miologiques, de vuln\u00e9rabilit\u00e9 au stress (J. Ormel &amp; P. de Jong, 2001) et de r\u00e9silience (M. Rutter, 1993). Au demeurant, la d\u00e9finition psychopathologique plus pr\u00e9cise de ce syndrome reste \u00e0 \u00e9noncer, hormis la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la triade classique de tol\u00e9rance aux effets des drogues et syndrome d\u2019abstinence, laquelle est, d\u2019ailleurs, au c\u0153ur m\u00eame de la notion d\u2019addiction. Tout autant, d\u2019ailleurs, que les comportements violents, voire d\u00e9linquants ou m\u00eame antisociaux, qui font souvent partie de la spirale addictive (R. Kessler et al., 1996). Enfin, la r\u00e9f\u00e9rence assez fr\u00e9quente aux notions de \u201cco-morbidit\u00e9\u201d (O. Bukstein et <em>al.<\/em>, 1989, Kessler et <em>al.<\/em>, 1997, D. Simkin, 2002) et de <em>dual diagnosis<\/em> (K. Bryant et <em>al.<\/em>, 1992), notamment avec les troubles affectifs, dont la d\u00e9pression et les \u00e9tats anxieux-d\u00e9pressifs, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 de s\u00e9paration ou l\u2019hyper anxi\u00e9t\u00e9, la psychose et les troubles de la personnalit\u00e9 (en particulier les troubles <em>borderline<\/em>, narcissique et antisocial) ne contribue finalement que tr\u00e8s peu \u00e0 dissiper le flou psychopathologique que recouvre encore cette entit\u00e9 clinique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La d\u00e9pression sans merci ou le cas de la jeune fille jet\u00e9e aux oubliettes<\/h2>\n\n\n\n<p>In\u00e8s est une jeune fille de 14 ans lorsque je la re\u00e7ois dans mon cabinet, accompagn\u00e9e de son p\u00e8re. Elle a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e par la psychologue qui la suit en psychoth\u00e9rapie hebdomadaire depuis un an. Il s\u2019agit d\u2019une adolescente de grande taille, aux formes f\u00e9minines g\u00e9n\u00e9reuses et bien marqu\u00e9es, en d\u00e9pit de son jeune \u00e2ge&nbsp;; les yeux bleus-verd\u00e2tres donnent une expression \u00e0 son visage oblong \u00e0 la peau brune, encadr\u00e9 par des cheveux noirs, longs et abondants. In\u00e8s me regarde fixement, mi-curieuse mi-d\u00e9fiante, et reste dans un silence quelque peu tendu pendant le discours paternel, qu\u2019elle fait semblant de conna\u00eetre par c\u0153ur, laissant \u00e9chapper, ici et l\u00e0, une grimace d\u2019ennui ou une interjection d\u00e9daigneuse quand son p\u00e8re fait des remarques plus critiques \u00e0 son \u00e9gard. Fille unique d\u2019un couple divorc\u00e9 il y a six ans, elle avait huit ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, In\u00e8s a eu une pubert\u00e9 tumultueuse ponctu\u00e9e par des troubles du comportement \u201c\u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable\u201d, allant de l\u2019opposition farouche \u00e0 sa m\u00e8re (avec qui elle cohabite depuis la s\u00e9paration des parents, quoique de fa\u00e7on plus irr\u00e9guli\u00e8re) \u00e0 la prise d\u2019alcool et psychotropes, en passant par la fr\u00e9quentation de copains probl\u00e9matiques, souvent plus \u00e2g\u00e9s qu\u2019elle, et par des absences r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cole avec chute des r\u00e9sultats scolaires. Cet \u00e9tat de d\u00e9sorganisation affective et comportementale s\u2019accentua davantage depuis un an, donnant lieu \u00e0 des gestes d\u2019automutilation (scarification des bras et avant-bras avec couteau) et \u00e0 deux tentatives de suicide par ingestion de m\u00e9dicaments psychotropes (les deux chez sa m\u00e8re, et, pour ce qui concerne le premier geste suicidaire, \u00e0 l\u2019aide des antid\u00e9presseurs prescrits \u00e0 celle-ci). Plus r\u00e9cemment In\u00e8s, qui est fan de musique techno et \u201cgothique\u201d, se cramponne \u00e0 Internet toute la journ\u00e9e, un int\u00e9r\u00eat \u00e0 tournure addictive qu\u2019elle partage avec son petit ami Ant\u00f3nio. Ce dernier a huit ans de plus qu\u2019elle et m\u00e8ne une vie plut\u00f4t al\u00e9atoire (en effet, il a abandonn\u00e9 ses \u00e9tudes en premi\u00e8re et survit \u00e0 l\u2019aide de petits boulots irr\u00e9guliers, m\u00e9lang\u00e9s avec l\u2019abus du haschisch et de la coca\u00efne). Le p\u00e8re d\u2019In\u00e8s est un homme de 45 ans, distingu\u00e9, blas\u00e9, pour qui l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 passionnelle de cette fille est v\u00e9cue comme un incident de parcours incompr\u00e9hensible. Pharmacien, amateur de jazz et collectionneur d\u2019art par vocation, il vit actuellement avec une jeune femme peintre, dix-huit ans plus jeune que lui (et avec qui In\u00e8s, ce qui est pr\u00e9visible, a une relation tumultueuse). Par contre, sa m\u00e8re est une femme d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, institutrice et dont la personnalit\u00e9 d\u00e9pressive, aux traits m\u00e9lancoliques, s\u2019est accentu\u00e9e \u00e0 l\u2019instar du deuil pathologique de ce mariage inachev\u00e9, qui double la perte de son propre p\u00e8re aux alentours du d\u00e9but d\u2019adolescence. In\u00e8s restera en consultation pendant une p\u00e9riode d\u2019un peu plus de deux ans (le m\u00eame temps, d\u2019ailleurs, qu\u2019elle sera capable d\u2019investir sa psychoth\u00e9rapie, dans le cadre de cette prise en charge bifocale). Son suivi sera toujours quelque peu irr\u00e9gulier et parsem\u00e9 par plusieurs <em>acting-out<\/em> (arriv\u00e9es en retard, refus de parler sur un mode quasi mutique, oubli d\u2019objets dans mon cabinet, dont sa carte d\u2019identit\u00e9) inscrits, d\u2019ailleurs, dans son \u00e9tat d\u00e9pressif-limite, enkyst\u00e9 dans une confusion identitaire risquant l\u2019\u00e9volution vers un trouble <em>borderline<\/em> de la personnalit\u00e9, et qui s\u2019ext\u00e9riorise par une impulsivit\u00e9 \u00e0 forte composante sadique-annale et par une labilit\u00e9 \u00e9motionnelle majeure. Il deviendra possible de mobiliser progressivement, quelque peu que ce soit, son \u00e9tat de d\u00e9sorientation affective et relationnelle de par les am\u00e9nagements introduits dans le cadre de sa prise en charge. L\u2019intervention qui sera men\u00e9e aupr\u00e8s de ses parents permettra qu\u2019In\u00e8s aboutisse \u00e0 un certain <em>insight<\/em> par rapport aux enjeux internes des angoisses \u201carcha\u00efques\u201d de rejet et abandon qui l\u2019envahissent assez souvent. Dans une des derni\u00e8res consultations, In\u00e8s me raconte deux \u00e9pisodes d\u2019enfance qui refl\u00e8tent son importante angoisse de s\u00e9paration. Dans le premier de ces souvenirs d\u2019enfance elle est \u00e0 table avec ses parents et, tout d\u2019un coup, tombe d\u00e9sempar\u00e9e de la chaise o\u00f9 elle s\u2019est assisse. Dans l\u2019autre \u00e9pisode enfantin, elle est chez sa grand-m\u00e8re paternelle et ouvre la porte pour laisser sortir le petit chien \u00e0 sa grand-m\u00e8re qui se lance sur la rue et est renvers\u00e9 par une voiture, sans qu\u2019elle n\u2019y puisse faire rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que dire du fonctionnement mental d\u2019In\u00e8s&nbsp;? Que celui-ci parcourt, \u00e0 peu de choses pr\u00e8s, tout l\u2019\u00e9ventail de manifestations psychopathologiques report\u00e9es dans plusieurs travaux cliniques au sujet des addictions&nbsp;? Qu\u2019il donne lieu \u00e0 une myriade de comportements addictifs (abus d\u2019alcool, m\u00e9dicaments psychotropes et cannabis, absent\u00e9isme scolaire compulsif, tentative de suicide, addiction \u00e0 l\u2019Internet) qui se succ\u00e8dent en cascade et dont l\u2019alternance fait penser \u00e0 leur port\u00e9e fonctionnelle par rapport \u00e0 la souffrance d\u00e9pressive-limite. Nous pensons qu\u2019il y a une dualit\u00e9 dans le relation entre l\u2019addiction (que son objet de choix soit une drogue ou un comportement) et le fonctionnement psychique trouble qui la soutient, puisque la conduite addictive de r\u00e9f\u00e9rence est toujours, simultan\u00e9ment, condition et fonction de ce dernier terme de l\u2019\u00e9quation. Par ailleurs, nous remarquons un apparent paradoxe clinique dans l\u2019abord s\u00e9miologique de ces conduites, du fait que leur nature compulsive s\u2019inscrit assez souvent, dans un fonctionnement mental \u00e0 dominance impulsive. Il y a, bien s\u00fbr, un vaste r\u00e9pertoire de contributions cliniques \u00e0 la compr\u00e9hension psychopathologique de ces conduites, dont l\u2019orientation est plut\u00f4t psychodynamique, en d\u00e9pit des apports, souvent fort heuristiques, produits soit \u00e0 partir des mod\u00e8les de compr\u00e9hension du fonctionnement familial issus de la th\u00e9orie syst\u00e9mique, soit \u00e0 partir des mod\u00e8les centr\u00e9s sur le comportement et issus de la psychologie sociale, et tout particuli\u00e8rement de ses courants cognitifs, narratifs et psychobiologiques.<br>Cependant, l\u2019approche psychopathologique de ces conduites \u00e0 l\u2019adolescence, dont les cas de Lu\u00eds et In\u00e8s constituent, \u00e0 mon avis, deux illustrations exemplaires, souligne le caract\u00e8re d\u00e9pressif (une souffrance d\u00e9pressive agenc\u00e9e dans le v\u00e9cu de perte, de vide objectal mou et persistant, qui s\u2019oppose \u00e0 toute activit\u00e9 de pens\u00e9e, ou qu\u2019il soit de l\u2019ordre de la r\u00e9action anxieux-d\u00e9pressive devant une menace de s\u00e9paration d\u2019allure traumatique, voire encore qu\u2019il sert de proc\u00e9d\u00e9 antid\u00e9presseur \u00e9vitant la confrontation avec un \u00e9tat d\u00e9pressif estim\u00e9 comme insurmontable) (M. Moral\u00e8s, 1986, A. Braconnier, 1987, D. Marcelli, 1990, C. de Matos, 2001, C. Farate, 2001). Sans oublier, bien s\u00fbr, le sentiment de d\u00e9faillance narcissique qui se rajoute \u00e0 cet affect d\u00e9pressif de base par la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart de tout v\u00e9ritable engagement objectal, et dont les effets conjugu\u00e9s sur les enjeux identificatoires de ces jeunes conduisent, en r\u00e8gle, \u00e0 un \u00e9chec identitaire majeur. Nous sommes bien en pr\u00e9sence d\u2019une pathologie du lien objectal qui, comme divers auteurs le soulign\u00e8rent, s\u2019oppose \u00e0 tout vrai processus d\u2019adolescence (D. Hartmann, 1969, J. McDougall, 1982, A Green, 1983, J. Bergeret, 1986, B. Brusset, 1988, Ph. Jeammet, 1991).<br>C\u2019est, finalement, autour de ce \u201cmal de d\u00e9pendance\u201d de soi-m\u00eame et d\u2019autrui (C. Farate, 1999), qui pervertit la voie d\u2019autonomisation individuelle, que s\u2019agencent non seulement le geste compulsif qui est le sceau m\u00eame de l\u2019addiction, mais aussi tout l\u2019\u00e9ventail de manifestations thymiques et comportementales enr\u00f4l\u00e9es dans la psychopathologie de ces conduites (impulsivit\u00e9, labilit\u00e9 \u00e9motionnelle, d\u00e9pression, sensitivit\u00e9, alexithymie, surinvestissement de la sph\u00e8re sensorielle de la personnalit\u00e9, intol\u00e9rance \u00e0 la douleur et \u00e0 la frustration, tendance \u00e0 la somatisation, pens\u00e9e factuelle, conflictualit\u00e9, repli paranoide, entre autres).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019ineffable f\u00e9minin ou la chrysalide emprisonn\u00e9e dans sa chenille<\/h2>\n\n\n\n<p>Je re\u00e7ois Ana pour la premi\u00e8re fois dans mon cabinet \u00e0 la suite d\u2019un appel assez dramatique de sa m\u00e8re qui avoue son angoisse \u00e0 l\u2019\u00e9gard des comportements de consommation d\u2019h\u00e9ro\u00efne, coca\u00efne et haschisch de sa fille, dont elle a eu connaissance il y a quinze jours. Ana est une adolescente \u00e2g\u00e9e de 16 ans, la physionomie gracieuse, quoique tendue. Lors du premier entretien, elle se pr\u00e9sentera seule&nbsp;; Ana me regarde attentivement, son faci\u00e8s est nerveux, parfois m\u00eame un peu pleurnichard, et elle repousse sans cesse la frange de cheveux blonds qui tombe sur son visage aux yeux bleus, vifs et expressifs. Elle parle de sa rupture amoureuse r\u00e9cente d\u2019avec un gar\u00e7on, \u00e0 peu pr\u00e8s de son \u00e2ge et avec qui elle a fait l\u2019amour pour la premi\u00e8re fois, sur fond d\u2019une relation difficile avec ses parents, qui ont divorc\u00e9, il y a 6 ans (elle avait 10 ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque). Ana vit chez sa m\u00e8re, ing\u00e9nieur en informatique, avec son petit fr\u00e8re, de 6 ans son cadet, et le compagnon de la m\u00e8re, celle-ci s\u2019\u00e9tant remari\u00e9e, il y a trois ans. La relation avec son p\u00e8re, aussi remari\u00e9 depuis 4 ans, est tr\u00e8s irr\u00e9guli\u00e8re. Il semble y avoir, en effet, un manque d\u2019attention de la part des parents par rapport \u00e0 cette jeune fille et Ana se sent un peu l\u00e2ch\u00e9e \u00e0 un sentiment d\u2019incertitude flottante concernant son avenir, ce qui rajoute \u00e0 son ins\u00e9curit\u00e9 narcissique. \u00c0 la fin du deuxi\u00e8me entretien, et apr\u00e8s avoir entrepris un traitement de d\u00e9saccoutumance \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne, elle accepte en apparence avec enthousiasme, le projet d\u2019une psychoth\u00e9rapie hebdomadaire. M\u00eame si ses relations, autant familiales qu\u2019amicales, restent encore marqu\u00e9es par le sceau de la superficialit\u00e9, elle sera capable, lors d\u2019une s\u00e9ance ult\u00e9rieure, d\u2019exprimer une \u00e9motion sinc\u00e8re en \u00e9voquant le d\u00e9c\u00e8s de son arri\u00e8re-grand-m\u00e8re maternelle, il y a un an, et surtout la perte de son arri\u00e8re-grand-tante maternelle, il y a 6 ans (\u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment de la s\u00e9paration de ses parents). C\u2019est, en effet, envers ces a\u00efeules qu\u2019elle ressent un attachement plus solide, et cette \u00e9vocation lui permettra d\u2019aborder, sur un mode plus authentique, son angoisse d\u00e9pressive anaclitique \u00e0 l\u2019\u00e9gard du sentiment de manque d\u2019amour maternel. Sa prise en charge psychoth\u00e9rapeutique ne durera que trois mois, m\u00eame si son contrat th\u00e9rapeutique pr\u00e9voyait, au d\u00e9part, un suivi de 12 mois. Au fil des s\u00e9ances, auxquelles elle appara\u00eetra accompagn\u00e9e, au d\u00e9but, par sa m\u00e8re, et apr\u00e8s, successivement, par son p\u00e8re et fr\u00e8re, \u00e0 une reprise, sa grand-m\u00e8re maternelle, \u00e0 trois reprises, une tante maternelle, une copine et un petit ami, Ana d\u00e9voilera son ambivalence \u00e0 l\u2019\u00e9gard du travail (difficile) d\u2019\u00e9laboration de la souffrance d\u00e9pressive-limite (C. Amaral Dias, 1986) qui mobilise sa fuite en avant vers des rapports interpersonnels superficiels, et ayant un caract\u00e8re plut\u00f4t d\u00e9saffect\u00e9. En effet, la peur de la d\u00e9pendance envers moi, qui s\u2019accentue au fur et \u00e0 mesure qu\u2019elle r\u00e9alise l\u2019importance de sa relation th\u00e9rapeutique, prendra progressivement le devant de la sc\u00e8ne. Ceci va de pair avec sa r\u00e9sistance \u00e0 penser la d\u00e9faillance d\u2019un Id\u00e9al du Moi ancr\u00e9 dans l\u2019identification \u00e0 des figures parentales au contour vague et contingent, et qui rend compte de la menace de confrontation \u00e0 la douleur narcissique convi\u00e9e par un deuil pathologique \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un roman familial d\u2019enfance pr\u00e9matur\u00e9ment d\u00e9senchant\u00e9. Apr\u00e8s avoir rat\u00e9 deux s\u00e9ances sans rien dire, Ana me fera savoir, \u00e0 l\u2019issue d\u2019un appel t\u00e9l\u00e9phonique de ma part, qu\u2019elle va bien, elle a m\u00eame repris son bac, mais ne voit aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 la poursuite de la psychoth\u00e9rapie, tout en reportant \u00e0 plus tard l\u2019\u00e9ventuelle reprise de son travail psychoth\u00e9rapeutique\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ce parcours th\u00e9rapeutique \u00e9court\u00e9 d\u2019Ana, tout autant, d\u2019ailleurs, que l\u2019inach\u00e8vement du travail d\u2019appui psychoth\u00e9rapeutique en consultation entam\u00e9 avec In\u00e8s, font penser aux difficult\u00e9s de prise en charge aupr\u00e8s des adolescents embrouill\u00e9s dans des troubles du comportement qui prennent racine dans un d\u00e9sarroi narcissique et objectal majeurs. Et ceci, surtout, parce que le but de l\u2019intervention th\u00e9rapeutique d\u00e9passe volontiers le seuil du simple soulagement des sympt\u00f4mes pr\u00e9sent\u00e9s par le jeune en consultation, allant m\u00eame encore, pas mal de fois, bien au-del\u00e0 de la demande d\u2019am\u00e9lioration de son comportement, manifest\u00e9e au clinicien par les parents\/consultants \u00e0 l\u2019\u00e9gard du fils\/client, lors du premier entretien (voire du contact t\u00e9l\u00e9phonique qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 celui-ci). Ce dernier paradoxe, qui rel\u00e8ve du statut social de l\u2019adolescent, et qui est, de ce fait, implicite \u00e0 tout contrat th\u00e9rapeutique \u00e9tabli \u00e0 cet \u00e2ge, que celui-ci concerne une intervention men\u00e9e en cabinet priv\u00e9 ou en institution, est encore-renforc\u00e9 par le fait clinique que la probl\u00e9matique du jeune s\u2019inscrit assez souvent dans le d\u00e9r\u00e8glement affectif et mat\u00e9riel du couple de parents, voire m\u00eame encore dans le fonctionnement mental troubl\u00e9 de l\u2019un ou de l\u2019autre d\u2019entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, il faut que l\u2019on r\u00e9fl\u00e9chisse toujours sur la capacit\u00e9 du jeune \u00e0 int\u00e9grer consciemment les empreintes d\u2019exp\u00e9riences \u00e9motionnelles refoul\u00e9es par un moi encore quelque peu fragile, de par leur caract\u00e8re mena\u00e7ant pour son \u00e9quilibre psychique, tout autant, d\u2019ailleurs, que sur le temps requis pour aboutir au changement des rep\u00e8res identificatoires internes, pouvant amener \u00e0 la transformation des enjeux objectaux de l\u2019adolescent dans le sens de l\u2019\u00e9panouissement de la partie la plus progrediente de sa personnalit\u00e9. En effet, m\u00eame si la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 psychique doit toujours orienter, comme un fil rouge, le travail du clinicien, il faudra toujours que l\u2019on tienne compte de la complexit\u00e9 de cette recherche, et surtout de l\u2019ad\u00e9quation des voies entreprises pour y aboutir, en regard de la sensibilit\u00e9, aux int\u00e9r\u00eats culturels et aux enjeux moraux propres \u00e0 chaque sujet.<br>En ce qui concerne, finalement, les conditions de v\u00e9rit\u00e9 du dialogue th\u00e9rapeutique, il vaut bien la peine que l\u2019on retienne l\u2019argument philosophique de M. Foucault \u00e0 propos de la tension dialectique du vrai et du faux \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du discours contemporain. Ainsi, \u00e0 partir d\u2019une \u00e9nonciation pr\u00e9cise qui fait co\u00efncider le vrai avec la volont\u00e9 de v\u00e9rit\u00e9 et le faux avec la v\u00e9rit\u00e9, Foucault (1971, p.\u00a022) \u00e9crit que \u201cLe discours vrai, que la n\u00e9cessit\u00e9 de sa forme affranchit du d\u00e9sir et lib\u00e8re du pouvoir, ne peut pas reconna\u00eetre la volont\u00e9 de v\u00e9rit\u00e9 qui le traverse; et la volont\u00e9 de v\u00e9rit\u00e9, celle qui s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 nous depuis bien longtemps, est telle que la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019elle veut ne peut pas ne pas la masquer\u201d. \u00c0 y r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 coup s\u00fbr\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Amaral Dias, C., (1986), D\u00e9pression et \u00e9tat-limite \u00e0 l\u2019adolescence, in <em>Narcissisme et \u00c9tats-limites<\/em>, sous la direction de J. Bergeret et W. Reid, Dunod, coll. Inconscient et Culture, Paris<\/p>\n\n\n\n<p>Bergeret, J. (1986), Faiblesse et violence dans le drame du d\u00e9pressif contemporain, in <em>Narcissisme et Etats-limites<\/em>, sous la dir. de J. Bergeret et W. Reid, Dunod. Bergmann, P., Smith, M., Hoffmann, N. (1995) <em>Adolescent treatment \u2013 implications for assessment, practice guidelines, and outcome management<\/em>, Pediatric Clinics of North America, 42 (2), pp.&nbsp;453-472.<\/p>\n\n\n\n<p>Braconnier, A. (1987) La menace d\u00e9pressive, in <em>Aspects de la Psychopathologie \u00e0 l\u2019Adolescence<\/em>, Confrontations Psychiatriques, n\u00b0&nbsp;29, Ed. Sp\u00e9cia, Paris Brusset, B. (1988) Addiction et rapport \u00e0 l\u2019objet, in <em>Entre d\u00e9pendances et libert\u00e9s &#8211; les Toxicomanes<\/em>, sous la direction de S. et P. Angel, Ed. G.R.E.U.P.P., coll. Echo, Paris Bryant, K., Rousanville, B., Spitzer, R., Williams, J. (1992), <em>Reliability of dual diagnosis &#8211; substance abuse and other psychiatric disorders<\/em>, The Journal of Nervous and Mental Diseases, 180, 4, pp.&nbsp;251-257.<\/p>\n\n\n\n<p>Bukstein, O, Brent, D., Kaminer, Y. (1989) <em>Comorbidity of substance abuse and other psychiatric disorders in adolescents<\/em>, American Journal of Psychiatry, 146, 9, pp.&nbsp;1131-1141.<\/p>\n\n\n\n<p>Chambers, R. Taylor, J., Potenza, M. (2003) <em>Developmental Neurocircuitry of motivation in adolescence: a critical period of addiction vulnerability, American Journal of Psychiatry<\/em>, 160, 6, pp.&nbsp;1041-1052 Changeux, J-P., (1983), <em>L\u2019Homme Neuronal<\/em>, Fayard, coll. Pluriel, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Coimbra de Matos, A (2001), <em>A Depress\u00e3o, Climepsi<\/em>, coll. V\u00e9rtices 7, Lisboa.<\/p>\n\n\n\n<p>Drummond, D, (2001), <em>Theories of drug craving, ancient and modern, Addiction<\/em>, 96 (1), pp.&nbsp;33-46.<\/p>\n\n\n\n<p>Farate, C., (1999), <em>A toxicidade de uma conduta depressiva de sentido ou a somatose de um esp\u00edrito em priva\u00e7\u00e3o de imagin\u00e1rio<\/em>, Rev. Port. de Psicossom\u00e1tica, vol. 1, n.\u00b0 2, pp.&nbsp;113-119<\/p>\n\n\n\n<p>Farate, C., (2001,) <em>O Acto do Consumo e o Gesto que Consome<\/em> \u2013 \u201cRisco Relacional\u201d e Consumo de Drogas no In\u00edcio da Adolesc\u00eancia, Quarteto, Coimbra.<\/p>\n\n\n\n<p>Foucault, M. (1971), <em>L\u2019Ordre du Discours<\/em>, Gallimard, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Green, A. (1983), <em>Narcissisme de Vie, narcissisme de Mort<\/em>, Ed. du Minuit, coll. Critique, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Gutton, Ph. (1988), <em>Le processus d\u2019adolescence contre la toxicomanie<\/em>, in Entre d\u00e9pendances et libert\u00e9s &#8211; les Toxicomanes, sous la direction de S. et P. Angel, Ed. G.R.E.U.P.P., coll. Echo, Paris<\/p>\n\n\n\n<p>Hartmann, D. (1969), <em>A study of drug-taking adolescents<\/em>, The Psychoanalytic Study of the Child, vol. XXIV, pp.&nbsp;384-397.<\/p>\n\n\n\n<p>Jeammet, Ph. (1991), Addiction, d\u00e9pendance, adolescence &#8211; r\u00e9flexions sur les liens, cons\u00e9quences sur nos attitudes th\u00e9rapeutiques, in <em>Les nouvelles addictions<\/em>, sous la direction de J.-Luc Venisse, Masson, coll. M\u00e9decine et Psychoth\u00e9rapie, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Kenneth, L., Panksepp, J., L. Normansell (2003), <em>The affective Neuroscience Personality Scales: normative data and implications<\/em>, Neuro-Psychoanalysis, 5 (1), pp.&nbsp;57-69<\/p>\n\n\n\n<p>Kessler, R., Nelson, C., McGonagle, K, et al. (1996), <em>The epidemiology of co-occurring addictive and mental disorders: implications for prevention and service utilisation<\/em>, American Journal of Orthopsychiatry, 66 (1), pp.&nbsp;17-31).<\/p>\n\n\n\n<p>Kessler, R., Crum, R., Warner, L. et al. (1997), <em>Lifetime occurrence of DSM-III-R alcohol abuse and dependence with other psychiatric disorders<\/em> in The National Comorbidity Survey, Arch. Gen. Psychiatry, 54, pp.&nbsp;313-321.<\/p>\n\n\n\n<p>Laufer, M., Laufer, E. (1989), <em>Adolescence et rupture du d\u00e9veloppement &#8211; une perspective psychanalytique<\/em>, PUF, coll. Le fil rouge, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>LeDoux, J. (1999), <em>Psychoanalytic theory: clues from the brain<\/em>, Neuro-Psychoanalysis, 1, pp.&nbsp;44-49<\/p>\n\n\n\n<p>Macedo, T. (2000), <em>Contributo das neuroci\u00eancias para a compreens\u00e3o da toxicodepend\u00eancia, Toxicodepend\u00eancias<\/em>, vol.6 (3), pp.&nbsp;3-16.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcelli, D. (1990), <em>Adolescences et D\u00e9pressions<\/em>, Masson, coll. M\u00e9decine et Psychoth\u00e9rapie, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>McDougall, J. (1982), <em>Th\u00e9\u00e2tres du Je<\/em>, Gallimard, coll. Connaissance de l\u2019Inconscient, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Miller, N., Guttman, B. (1997), <em>The integration of pharmacological therapy for comorbid psychiatric and addictive disorders<\/em>, Journal of Psychoactive Drugs, 29 (3), pp.&nbsp;249-254.<\/p>\n\n\n\n<p>Moral\u00e8s, M. (1986), <em>\u00c0 propos des tests projectifs r\u00e9alis\u00e9s aupr\u00e8s de jeunes consultants toxicomanes<\/em>, Psychiatrie de l\u2019Enfant, XXIX, 2, pp.&nbsp;450- 475.<\/p>\n\n\n\n<p>Ormel J., Jong, P de (2001), <em>Sobre a vulnerabilidade \u00e0s perturba\u00e7\u00f5es mentais comuns<\/em>, pp.&nbsp;59-75, In Perturba\u00e7\u00f5es Mentais mais comuns nos Cuidados Prim\u00e1rios, coord. M. Tansella &amp; G. Thornicroft, Climepsi, Lisboa.<\/p>\n\n\n\n<p>Panksepp, J. (2003) <em>At the interface of the affective, behavioural and cognitive neurosciences: decoding the emotional feelings of the brain, Brain and Cognition<\/em>, 52, pp.&nbsp;4-14.<\/p>\n\n\n\n<p>Rutter, M. (1993), <em>Resilience: some conceptual considerations<\/em>, Journal of Adolescent Health, 14.<\/p>\n\n\n\n<p>Simkin, D. (2002), <em>Adolescent substance use disorders and comorbidity<\/em>, Pediatric Clinics of North America, 49 (2), pp.&nbsp;463-473.<\/p>\n\n\n\n<p>Strand, P. (2002) <em>Treating antisocial behavior: a context for substance abuse prevention<\/em>, Clinical<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10659?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte issu d\u2019une conf\u00e9rence au colloque Adolescentes-Adolescents, \u201cLa clinique dans divers pays\u201d, traduit du portugais. Introduction L\u2019\u00e9coute clinique des adolescents et jeunes adultes qui, par leur trouble du comportement et\/ou la dysregulation thymique dont ils font preuve, semble d\u00e9fier l\u2019efficacit\u00e9&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1215],"thematique":[252],"auteur":[1524],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[355],"type_article":[453],"check":[2023],"class_list":["post-10659","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychopathologie","thematique-addictions","auteur-carlos-farate","mode-payant","revue-355","type_article-recherche","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10659","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10659"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10659\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17142,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10659\/revisions\/17142"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10659"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10659"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10659"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10659"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10659"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10659"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10659"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10659"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10659"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}