{"id":10255,"date":"2021-08-22T07:31:39","date_gmt":"2021-08-22T05:31:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/une-rencontre-interdite-avec-la-violence-2\/"},"modified":"2021-09-15T21:24:12","modified_gmt":"2021-09-15T19:24:12","slug":"une-rencontre-interdite-avec-la-violence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/une-rencontre-interdite-avec-la-violence\/","title":{"rendered":"Une rencontre \u00a0\u00bbinterdite\u00a0\u00bb avec la violence"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><div><em>\u00ab&nbsp;Au psychanalyste qui, jour apr\u00e8s jour, s\u00e9ance apr\u00e8s s\u00e9ance, s\u2019expose \u00e0 la pens\u00e9e d\u00e9lirante, \u00e0 la violence et \u00e0 l\u2019incoh\u00e9rence schizophr\u00e9niques, les sages pr\u00e9ceptes de \u00ab&nbsp;neutralit\u00e9 bienveillante&nbsp;\u00bb et d\u2019 \u00ab&nbsp;attention flottante&nbsp;\u00bb ne seront d\u2019aucun secours, et moins encore, quand il est sans cesse pris \u00e0 partie dans son \u00eatre, le mod\u00e8le canonique du transfert&nbsp;\u00bb.<\/em><footer>(Harold Searles, <em>Le contre-transfert<\/em>, 1979)<\/footer>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La clinique de la violence est avant tout une rencontre avec le sexe et la mort, convoquant d\u2019embl\u00e9e le clinicien au lieu m\u00eame d\u2019une rencontre interdite. Force es t de constater que les mouvements transf\u00e9rentiels singuliers de cette clinique entament le sentiment de s\u00e9curit\u00e9 en suscitant des angoisses intol\u00e9rables. Face \u00e0 la mort qui se livre dans toutes ses d\u00e9rives, le clinicien est convoqu\u00e9 dans un v\u00e9ritable mouvement de balancier oscillant entre rejet et attraction. Aussi, la rencontre s\u2019engage sur une ligne de cr\u00eate, sans cesse menac\u00e9e de rupture difficilement pensable et oscillant entre excitation, sid\u00e9ration et fascination. L\u2019impensable est un indice de la catastrophe de sens, de la rupture de la pens\u00e9e, de l\u2019arr\u00eat du processus associatif. En ces termes, parler de carence ou de d\u00e9ficit repr\u00e9sentatif semble assez peu rendre compte des conditions n\u00e9cessaires pour que la pens\u00e9e soit susceptible de donner forme \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience. Dans ces cliniques, l\u2019impensable reste un moyen d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019agonie et \u00e0 ce qui, dans le pass\u00e9, est survenu comme un accident incommunicable implant\u00e9 au c\u0153ur du psychisme et donn\u00e9 \u00e0 \u00e9prouver au th\u00e9rapeute.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est parfois bien difficile de penser l\u2019entrave de la pens\u00e9e comme une expression contre-transf\u00e9rentielle li\u00e9e au rapport de terreur que ces patients ont vis-\u00e0-vis de leur monde interne. H. Searles (1979) explore le contre-transfert en soulignant l\u2019importance d e l a symbiose th\u00e9rapeutique qui est une p\u00e9riode fondamentale pour que puisse s\u2019instaurer un processus de \u00ab&nbsp;r\u00e9-humanisation&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;r\u00e9-individuation&nbsp;\u00bb. A ce stade-l\u00e0, pr\u00e9cise-t-il, la relation th\u00e9rapeutique est devenue suffisamment forte pour laisser entrer en jeu les \u00e9l\u00e9ments d\u2019identit\u00e9 subjectivement non humaines, jusqu\u2019alors inconscients, mis en acte, dans le comportement. Aussi, la prise en charge des patients violents montre \u00e0 quel point la rencontre est un rendez-vous progressif avec l\u2019\u00e9chec de la rencontre primaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces cliniques sont donc profond\u00e9ment marqu\u00e9es par une typicit\u00e9 transf\u00e9rentielle qui convoque le clinicien dans une duplicit\u00e9 d\u2019\u00e9coute. Il se trouve pris dans un rapport d\u2019ali\u00e9nation qui le confronte avec ce qui de l\u2019excitation se pr\u00e9sente comme un risque de d\u00e9bordement. Comme le souligne H. Searles, c\u2019est sur les fondements d\u2019une intimit\u00e9 \u00ab&nbsp;partageable&nbsp;\u00bb que la rencontre clinique s\u2019effectue&nbsp;; mais dans ces configurations, le travail de l\u2019intime peut tr\u00e8s vite prendre une coloration peu licite voire ill\u00e9gitime. On peut \u00e9voquer en ce point le v\u00e9cu manipulatoire que les professionnels d\u00e9noncent r\u00e9guli\u00e8rement&nbsp;; v\u00e9cu qui rel\u00e8ve des premiers interdits de la rencontre, de ses premi\u00e8res impasses, entra\u00eenant des v\u00e9cus de disqualification narcissique et de d\u00e9qualification subjective. Autrement dit, les formes de rencontre ainsi scell\u00e9es impliquent la trahison de l\u2019objet et un v\u00e9cu concomitant de d\u00e9ception narcissique (identitaire). Elles rel\u00e8vent des achoppements du travail d\u2019int\u00e9gration pulsionnelle et conduisent \u00e0 l\u2019expression d\u2019exp\u00e9riences d\u2019incompatibilit\u00e9 ali\u00e9nante.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, le clinicien se vit comme un spectateur impuissant, en \u00e9cho de la position subjective passiv\u00e9e par traumatisme mettant le sujet hors-sujet. Cette p\u00e9riph\u00e9risation de la subjectivit\u00e9 est \u00e9vocatrice du clivage subjectif tel que S. Ferenczi (1932) le con\u00e7oit face \u00e0 la situation traumatique vis-\u00e0-vis de laquelle le sujet est contraint de se retirer de l\u2019exp\u00e9rience subjective&nbsp;: \u00ab&nbsp;(de la sorte) la partie cliv\u00e9e s\u2019\u00e9tablit comme sentinelle contre les dangers, essentiellement \u00e0 la surface (\u2026) et l\u2019attention de cette sentinelle est presque exclusivement tourn\u00e9e vers l\u2019ext\u00e9rieur. Elle ne se soucie que des dangers, c\u2019est-\u00e0-dire des objets du monde ext\u00e9rieur qui tous peuvent devenir dangereux&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;121). L\u2019exp\u00e9rience interne n\u2019est pas transformable et le monde psychique est coup\u00e9 en deux syst\u00e8mes, l\u2019un subjectif et l\u2019autre objectif, chacun ayant leur propre mode de rem\u00e9moration. La place du clinicien mis en position d\u2019observateur p\u00e9riph\u00e9rique traduit ce qui de l\u2019affect est inenvisageable, impensable, en dehors du v\u00e9cu de sid\u00e9ration. A ce titre, je crois qu\u2019il importe d\u2019interpr\u00e9ter les v\u00e9cus de fascination comme une expression \u00ab&nbsp;typiquement&nbsp;\u00bb transf\u00e9rentielle de ces cliniques qui produisent un fort impact sensationnel l\u00e0 o\u00f9 la rencontre s\u2019est jadis scell\u00e9e par le refus et\/ou l\u2019indiff\u00e9rence. Dans ce sens, la fascination viendrait border voire contenir un v\u00e9cu de sid\u00e9ration interne qui r\u00e9sonne avec l\u2019\u00e9tat de d\u00e9tresse et d\u2019an\u00e9antissement de la subjectivit\u00e9 du patient. Cet \u00ab&nbsp;\u00e9cran de fascination&nbsp;\u00bb (M. Ravit, 2010, 2019) est l\u2019issue d\u2019un travail anti-traumatique contre tout v\u00e9cu d\u2019intrusion psychique. Autrement dit, la fascination qui \u0153uvre chez le clinicien, op\u00e9rerait comme une \u00e9rotisation du violent, \u00e9rotisation du traumatique face \u00e0 la mort. C\u2019est l\u00e0 une premi\u00e8re condition d\u2019un travail psychique possible&nbsp;: \u00eatre agi par ce qui se pr\u00e9sente comme le linceul de la position subjective.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour discuter ces propositions, j\u2019exposerai ici quelques fragments de la prise en charge d\u2019une patiente suivie en d\u00e9tention<sup>1<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Am\u00e9lie ou la mort comme condition de survie<\/h2>\n\n\n\n<p>Am\u00e9lie est une jeune femme d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es qui a tu\u00e9 sa fille (et unique enfant) \u00e2g\u00e9e de quatre ans en l\u2019\u00e9gorgeant apr\u00e8s lui avoir fait ing\u00e9rer des somnif\u00e8res pour l\u2019endormir. Am\u00e9lie est d\u2019abord hospitalis\u00e9e pour avoir tent\u00e9 de se suicider. En d\u00e9tention, durant les premiers mois, elle essaie \u00e0 deux reprises de mettre un terme \u00e0 sa souffrance en avalant des m\u00e9dicaments qu\u2019elle a pr\u00e9alablement stock\u00e9s. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s plusieurs mois qu\u2019elle arrive \u00e0 formuler une demande \u00ab&nbsp;paradoxale&nbsp;\u00bb&nbsp;: un mot qu\u2019elle m\u2019adresse, imm\u00e9diatement suivi le lendemain par un autre mot dans lequel elle mentionne \u00ab&nbsp;qu\u2019elle s\u2019est tromp\u00e9e et n\u2019a finalement plus besoin de voir quiconque&nbsp;\u00bb. Je la rencontre donc, sur cet entendu d\u2019un malentendu qui devient le ciment des rencontres durant des mois. Elle me signifie rapidement son refus cat\u00e9gorique d\u2019aborder son acte&nbsp;; injonction qui a valeur d\u2019interdit de penser et qui me d\u00e9soriente. Cet interdit donne \u00e0 l\u2019espace th\u00e9rapeutique une dimension hors temps, hors loi, dans une temporalit\u00e9 qui \u00e9chappe toujours et dans laquelle l\u2019acte devenu impensable n\u2019a pour ainsi dire finalement pas eu lieu. Ce flou des limites temporo-spatiales fait na\u00eetre chez moi un grand malaise associ\u00e9 \u00e0 l\u2019enfant mort auquel je me sens muettement encha\u00een\u00e9e, avec une impossible inscription de l\u2019histoire de l\u2019enfant dans sa filiation.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re cliv\u00e9e et paradoxale, plus je m\u2019approche d\u2019Am\u00e9lie et plus j\u2019ai l\u2019impression de perdre le \u00ab&nbsp;contact&nbsp;\u00bb, me vivant comme un objet \u00ab&nbsp;suffisamment mauvais&nbsp;\u00bb, vampiris\u00e9, porteur d\u2019identifications endocrytiques (selon la proposition de P. Wilgowicz \u00e0 la suite des travaux de N. Abraham et M. Torok). L\u2019histoire du sujet semble demeurer sous l\u2019influence d\u2019une identification mortif\u00e8re s\u2019inscrivant dans un corps-\u00e0-corps symbiotique avec l\u2019objet primaire. Dans cette premi\u00e8re p\u00e9riode singuli\u00e8re de la prise en charge d\u2019Am\u00e9lie se noue en permanence la tendance \u00e0 l\u2019indistinction pr\u00e9sent\/absent qui s\u2019exprime dans le cadre de la rencontre sous forme d\u2019une double indistinction sujet\/objet, vie\/mort. Le malaise s\u2019installe sous forme d\u2019un d\u00e9saccordage permanent entre ce que tente de me signifier Am\u00e9lie et la mani\u00e8re dont elle est accueillie dans mon espace interne. Ce temps de brouillage o\u00f9 j\u2019ai l\u2019impression de perdre Am\u00e9lie m\u2019invite \u00e0 penser ce qui se joue et se r\u00e9p\u00e8te dans la rencontre clinique autour des premiers \u00e9changes (psychiques) entre Am\u00e9lie et son environnement. Durant les premi\u00e8res consultations, le cadre des rencontres va se construire dans une sorte d\u2019entre-deux o\u00f9 il s\u2019agit de \u00ab&nbsp;jouer \u00e0&nbsp;\u00bb&nbsp;: ne pas savoir en m\u00eame temps que pouvoir comprendre (pour le clinicien), tout dire et ne rien en dire (pour Am\u00e9lie). C\u2019est ainsi que s\u2019initie une prise en charge hebdomadaire durant les quatorze mois qui vont suivre o\u00f9 Am\u00e9lie est dans l\u2019attente de son jugement. Apr\u00e8s sa condamnation elle sera transf\u00e9r\u00e9e dans un centre de d\u00e9tention et d\u00e9cidera d\u2019arr\u00eater les soins.<\/p>\n\n\n\n<p>De ces rencontres sont issues son histoire qui para\u00eet tomber en morceaux. Pas de chronologie. Des souvenirs construits en ilots. Des bouquets de sensations. Elle est l\u00e0, comme s\u2019ab\u00eemant dans le silence.<\/p>\n\n\n\n<p>Am\u00e9lie est l\u2019a\u00een\u00e9e d\u2019une fratrie compos\u00e9e de trois filles. Sa premi\u00e8re s\u0153ur est n\u00e9e alors qu\u2019elle \u00e9tait \u00e2g\u00e9e d\u2019environ un an, la derni\u00e8re des filles \u00e9tant n\u00e9e dix ans plus tard. Am\u00e9lie convoque tr\u00e8s rarement des souvenirs de ses relations infantiles avec sa m\u00e8re, ce qu\u2019elle retranscrit essentiellement dans des sayn\u00e8tes st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es o\u00f9 fille et m\u00e8re \u00e9tendent le linge ou font la cuisine ensemble. Am\u00e9lie semble peindre une m\u00e8re qu\u2019elle entrevoit plus qu\u2019elle ne ressent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quelques \u00e9l\u00e9ments qu\u2019elle livre de sa m\u00e8re sont ceux d\u2019une femme tr\u00e8s occup\u00e9e par son travail, peu disponible pour sa fille, n\u2019\u00e9tant pas souvent l\u00e0 le soir au moment de s\u2019endormir. Am\u00e9lie est assez sensible \u00e0 la pr\u00e9sence actuelle de sa m\u00e8re qui vient tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement la voir aux parloirs alors qu\u2019elle est incarc\u00e9r\u00e9e. Mais ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 travers ce qu\u2019elle saisit, du dehors, de la relation entre sa plus jeune s\u0153ur et sa m\u00e8re, qu\u2019Am\u00e9lie tente de se repr\u00e9senter l\u2019int\u00e9rieur de la psych\u00e9 maternelle. C\u2019est ainsi qu\u2019elle revient fr\u00e9quemment sur une sc\u00e8ne tr\u00e8s charg\u00e9e d\u2019\u00e9l\u00e9ments perceptifs&nbsp;: Am\u00e9lie (qui doit alors avoir une dizaine d\u2019ann\u00e9es) rentre de l\u2019\u00e9cole et <em>voit derri\u00e8re la vitre du salon<\/em> sa m\u00e8re qui l\u2019attend en tenant \u00ab&nbsp;ce b\u00e9b\u00e9&nbsp;\u00bb (dit-elle) dans les bras. Dans un premier mouvement Am\u00e9lie d\u00e9crit avec une grande admiration ce tableau idyllique \u00e9veillant toute la force d\u2019une relation fusionnelle qui reste pour elle tr\u00e8s id\u00e9alis\u00e9e. Cette \u00ab&nbsp;perception-\u00e9cran&nbsp;\u00bb (plus qu\u2019un souvenir-\u00e9cran, tant l\u2019arr\u00eat sur image est de mise) semble exprimer son besoin de collage, de grande proximit\u00e9 physique et psychique avec sa m\u00e8re marqu\u00e9e par un corps-\u00e0-corps sensuel inalt\u00e9rable. Am\u00e9lie souhaite maintenir tant bien que mal l\u2019illusion de cette co\u00efncidence parfaite. Cette \u00ab&nbsp;<em>perception-\u00e9cran<\/em>&nbsp;\u00bb, illusion d\u2019une rencontre inalt\u00e9rable, vole rapidement en \u00e9clats puisqu\u2019Am\u00e9lie l\u2019associe au contexte de l\u2019incarc\u00e9ration o\u00f9 elle a l\u2019impression qu\u2019elle ne peut atteindre sa m\u00e8re qu\u2019elle pense perdre en permanence.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re ce lien fusionnel magnifi\u00e9, se camoufle un climat de grandes excitations, de rage et de col\u00e8re intarissables, \u00e9vocateurs d\u2019une relation oedipienne (son d\u00e9sir d\u2019\u00eatre femme et d\u2019\u00eatre m\u00e8re) qui sert visiblement \u00e0 se d\u00e9fendre contre des attaques beaucoup plus violentes et plus profondes concernant sa m\u00e8re&nbsp;; attaques qui vont appara\u00eetre bien plus tard dans le cadre des rencontres cliniques. Am\u00e9lie fait alors une description d\u00e9senchant\u00e9e de sa m\u00e8re qu\u2019elle con\u00e7oit comme une femme malade, alcoolique et nocive pour ses enfants, une m\u00e8re qui \u00ab&nbsp;<em>tue ses enfants \u00e0 petit feu<\/em>&nbsp;\u00bb, une m\u00e8re qui semble aussi d\u00e9truite par le d\u00e9ferlement pulsionnel dont elle est porteuse. Am\u00e9lie retrace le contexte historique de l\u2019alcoolisme de sa m\u00e8re qui a commenc\u00e9 \u00e0 boire lors de sa derni\u00e8re grossesse, p\u00e9riode qui fait suite au d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re (grand-m\u00e8re maternelle d\u2019Am\u00e9lie)&nbsp;; ce qui lui fait dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>j\u2019ai d\u00fb m\u2019occuper de ma plus jeune s\u0153ur, comme si elle \u00e9tait ma fille, il n\u2019y avait pas d\u2019autres solutions. J\u2019\u00e9tais aux anges<\/em>&nbsp;\u00bb. Cette sc\u00e8ne convoque et condense \u00e0 nouveau des d\u00e9sirs matricides et infanticides, Am\u00e9lie en voulant \u00e0 mort \u00e0 sa m\u00e8re en m\u00eame temps que prenant sa place, ceci dans un fort climat de plaisir homosensuel et de danger.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre partie des souvenirs d\u2019enfance d\u2019Am\u00e9lie est li\u00e9e \u00e0 sa relation exclusive \u00e0 son p\u00e8re qu\u2019elle d\u00e9crit comme un homme doux et g\u00e9n\u00e9reux, la faisant rire et l\u2019emmenant \u00e0 la p\u00eache. Cet homme travaille sur des chantiers, des immeubles en construction o\u00f9 il emm\u00e8ne sa fille, alors \u00e2g\u00e9e de 5 ou 6&nbsp;ans. Am\u00e9lie dit combien elle \u00e9tait fi\u00e8re de se retrouver seule avec son p\u00e8re&nbsp;; elle pouvait rester durant des journ\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 le regarder travailler. Dans cet univers qu\u2019Am\u00e9lie retrace pourtant avec chaleur, je suis saisie par un froid contre-transf\u00e9rentiel, imaginant un monde o\u00f9 la jeune enfant \u00e9volue dans \u00ab&nbsp;ces immeubles en construction&nbsp;\u00bb qui sont de grands espaces inhabit\u00e9s et glac\u00e9s, sans porte ni fen\u00eatre, avec la possibilit\u00e9 de tomber \u00e0 chaque instant dans le vide. Dans cet univers hostile et vertigineux o\u00f9 j\u2019imagine Am\u00e9lie, le danger n\u2019est jamais bien loin.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce m\u00eame contexte o\u00f9 tout peut basculer de fa\u00e7on catastrophique, qu\u2019Am\u00e9lie \u00e9num\u00e8re deux sc\u00e8nes particuli\u00e8rement mortif\u00e8res&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>celle o\u00f9, \u00e2g\u00e9e de 8&nbsp;ans, elle assiste, m\u00e9dus\u00e9e, \u00e0 l\u2019accident de sa s\u0153ur qui est renvers\u00e9e par une voiture \u00e0 la sortie de l\u2019\u00e9cole alors que sa m\u00e8re devait venir les chercher. Am\u00e9lie pensa sa s\u0153ur morte. Elle reprendra plusieurs fois ce souvenir qui, par d\u00e9placement, l\u2019implique elle alors ombiliqu\u00e9e \u00e0 sa s\u0153ur faisant office de double narcissique. Ce souvenir condense des repr\u00e9sentations multiples, celle d\u2019une m\u00e8re fautive et absente, celle de l\u2019image de l\u2019enfant mort, et celle d\u2019une passivit\u00e9 extr\u00eame impos\u00e9e o\u00f9 elle est \u00e0 la merci de l\u2019\u00e9v\u00e8nement (et <em>in fine<\/em> de sa m\u00e8re) dans une impossibilit\u00e9 d\u2019anticiper la catastrophe&nbsp;;<\/li><li>dans la seconde sc\u00e8ne, Am\u00e9lie est plus \u00e2g\u00e9e. C\u2019est une femme. Il ne s\u2019agit plus tant de \u00ab&nbsp;subir&nbsp;\u00bb passivement la catastrophe, mais de tenter de l\u2019apprivoiser en se maintenant au plus pr\u00e8s de l\u2019excitation traumatique. Am\u00e9lie raconte comment, en tant que b\u00e9n\u00e9vole, elle prenait soin de personnes hospitalis\u00e9es. Dans ce cadre, elle s\u2019\u00e9tait occup\u00e9e d\u2019un jeune homme plac\u00e9 dans le coma. Elle lui parlait, lui lisait le journal, lui faisait des massages. Am\u00e9lie pensait qu\u2019elle pourrait le ramener \u00e0 la vie. Ce souvenir qui est domin\u00e9 par un sexuel morbide met en perspective la mort ressentie et figur\u00e9e \u00e0 travers un \u00ab&nbsp;gisant exquis&nbsp;\u00bb avec lequel Am\u00e9lie semble faire corps dans un fantasme de fusion r\u00e9cup\u00e9ratrice de l\u2019unit\u00e9 duelle.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 la suite de cette s\u00e9quence qu\u2019Am\u00e9lie retrace rapidement sa relation avec son mari dont elle \u00e9tait \u00ab&nbsp;follement \u00e9prise&nbsp;\u00bb, parce que \u00ab&nbsp;<em>l\u2019amour c\u2019est \u00e7a, c\u2019est \u00e0 la vie \u00e0 la mort<\/em>&nbsp;\u00bb. C\u2019est en ces termes qu\u2019elle se d\u00e9crit avec sa fille, Emma, qu\u2019elle \u00ab&nbsp;ne quittait pas des yeux&nbsp;\u00bb. Elle relate sa grossesse comme une p\u00e9riode merveilleuse. A la naissance d\u2019Emma, les choses semblent se pr\u00e9cipiter. Les conflits conjugaux s\u2019amplifient. A nouveau, comme durant son adolescence, elle a recours \u00e0 des conduites anorexiques. Le couple se s\u00e9pare&nbsp;; Am\u00e9lie est effondr\u00e9e et hospitalis\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises pour de forts \u00e9pisodes d\u00e9pressifs. Elle ressent cette s\u00e9paration comme \u00ab&nbsp;<em>quelque chose qu\u2019on vous arrache et qui donne envie de mourir<\/em>&nbsp;\u00bb. Comme an\u00e9antie, elle ne veut plus souffrir et pense qu\u2019Emma, \u00e0 laquelle elle s\u2019identifie totalement au moment du passage \u00e0 l\u2019acte, ne pourra survivre \u00e0 la violence de la perte de son p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019infanticide&nbsp;: trauma et trace d\u2019une rencontre interdite<\/h2>\n\n\n\n<p>La probl\u00e9matique d\u2019Am\u00e9lie, comme chez bien d\u2019autres m\u00e8res ayant tu\u00e9 leur enfant, met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve ce qui dans la relation pr\u00e9coce est rest\u00e9 en \u00e9tat d\u2019excitation pure, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui a \u00e9t\u00e9 vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec dans la liaison entre l\u2019exp\u00e9rience du corps et l\u2019\u00e9prouv\u00e9 subjectif. La sc\u00e8ne du meurtre est travers\u00e9e par un \u00e9tat de d\u00e9sespoir qui fondamentalement ne peut \u00eatre v\u00e9cu, tel un effondrement sans int\u00e9riorisation possible (D.-W. Winnicott, 1974). Ce qui s\u2019est inscrit dans la subjectivit\u00e9 de la m\u00e8re alors en position d\u2019enfant (ou d<em>\u2019infans<\/em>) comme une exp\u00e9rience d\u2019effroi serait remobilis\u00e9 dans la relation symbiotique ult\u00e9rieure avec l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le complexe de la \u00ab&nbsp;m\u00e8re morte&nbsp;\u00bb propos\u00e9 par A. Green (1980) nous permet de saisir comment le d\u00e9sinvestissement brutal de l\u2019objet maternel, sans aucun signe avant coureur, provoque un d\u00e9plaisir traumatique qui s\u2019inscrit dans la psych\u00e9 sous la forme d\u2019un \u00ab&nbsp;noyau froid&nbsp;\u00bb (C. Janin, 1996). Dans le cas d\u2019Am\u00e9lie, on peut faire l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une d\u00e9pression maternelle ayant provoqu\u00e9 un investissement particuli\u00e8rement intense et pr\u00e9matur\u00e9 du p\u00e8re qui est d\u00e9crit comme un sauveur, celui-ci permettant un r\u00e9tablissement objectal qui sert tout au plus \u00e0 r\u00e9duire l\u2019impossible acc\u00e8s \u00e0 la psych\u00e9 maternelle. A. Green indique que l\u2019une des facettes du d\u00e9sinvestissement maternel est l\u2019identification sur un mode primaire \u00e0 l\u2019objet&nbsp;: l\u2019identification inconsciente \u00e0 la \u00ab&nbsp;m\u00e8re morte&nbsp;\u00bb permet en m\u00eame temps de renoncer \u00e0 l\u2019objet et de le poss\u00e9der, d\u2019o\u00f9 son caract\u00e8re ali\u00e9nant. Dans les relations ult\u00e9rieures avec l\u2019enfant, il y aurait l\u00e0 une \u00ab&nbsp;r\u00e9ticence&nbsp;\u00bb \u00e0 aimer l\u2019objet, \u00e0 l\u2019investir, puisque celui-ci mettra en \u0153uvre le r\u00e9investissement des traces du trauma dans la construction de l\u2019unit\u00e9 duelle. Am\u00e9lie \u00e9voque le lien m\u00e8re\/enfant (qu\u2019elle per\u00e7oit \u00e0 travers le lien entre sa jeune s\u0153ur et sa m\u00e8re) dans un tableau tr\u00e8s id\u00e9alis\u00e9&nbsp;; elle parle de l\u2019intensit\u00e9 de son amour pour son enfant qu\u2019elle d\u00e9crit comme un \u00ab&nbsp;ange&nbsp;\u00bb, un \u00ab&nbsp;\u00e9loge \u00e0 la vie&nbsp;\u00bb&nbsp;; un \u00eatre peu incarn\u00e9, comme si l\u2019enfant ne pouvait prendre vie et\/ou n\u2019en finissait pas de mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre cons\u00e9quence de la perte soudaine de l\u2019amour maternel est une perte de sens. Cette d\u00e9ception inopin\u00e9e est interpr\u00e9t\u00e9e comme la cons\u00e9quence des pulsions envers l\u2019objet. Autrement dit, la destructivit\u00e9 qui est lib\u00e9r\u00e9e secondairement, suite \u00e0 l\u2019affaiblissement de l\u2019investissement libidinal \u00e9rotique, s\u2019imprime au c\u0153ur du psychisme comme le meurtre primitif de l\u2019objet en produisant une violente culpabilit\u00e9 (non oedipienne). Dans le prolongement des travaux d\u2019A. Green, mais sous un autre registre, R. Roussillon (1991) reprend les fondements de la construction de l\u2019exp\u00e9rience de satisfaction en pr\u00e9cisant que la discordance des rythmes dans la construction du lien primaire \u00e0 l\u2019objet laisse l\u2019impression d\u2019un monde incontr\u00f4lable qui favorise l\u2019apparition d\u2019un \u00ab&nbsp;noyau de culpabilit\u00e9 primaire&nbsp;\u00bb. Il s\u2019en suit le sentiment d\u2019une incapacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un monde satisfaisant et adapt\u00e9. Cette culpabilit\u00e9 primaire est en rapport avec les traumatismes primaires n\u2019ayant pu \u00eatre m\u00e9tabolis\u00e9s et qui sont pour ainsi dire \u00ab&nbsp;perdus&nbsp;\u00bb pour l\u2019histoire du sujet. Ces \u00e9tats sensoriels en impasse de subjectivation sont alors enkyst\u00e9s dans le narcissisme primaire et ils renvoient \u00e0 des zones de confusion Moi\/autre et \u00e0 l\u2019inad\u00e9quation de l\u2019environnement premier. L\u2019organisation de la passivit\u00e9 int\u00e9rieure (qui se satisfait de l\u2019activit\u00e9 psychique inaugur\u00e9e par le mod\u00e8le de la r\u00e9alisation hallucinatoire du d\u00e9sir) est fortement inop\u00e9rante.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9tresse, le d\u00e9sespoir, l\u2019absence de satisfaction sont des sensations largement \u00e9voqu\u00e9es dans des cliniques diverses et vari\u00e9es mais qui se pr\u00e9sentent bruyamment chez ces m\u00e8res assaillies par le constat d\u2019un attachement impossible voire insens\u00e9 avec l\u2019objet. Dans cette clinique, la passivit\u00e9 cr\u00e9atrice de lien et de satisfactions internes semble avoir c\u00e9d\u00e9 sa place \u00e0 ce qu\u2019A. Green (1999) appelle \u00ab&nbsp;la passivation&nbsp;\u00bb. Il y a l\u00e0 obligation, contrainte \u00e0 se soumettre \u00e0 une excitation devenue inexploitable sur le mod\u00e8le non plus de la satisfaction mais de la d\u00e9sesp\u00e9rance. L\u2019exp\u00e9rience de la fusion est alors prise dans cette \u00ab&nbsp;zone traumatique originaire&nbsp;\u00bb dans la mesure o\u00f9 elle renvoie la m\u00e8re \u00e0 un v\u00e9cu d\u2019effondrement ancien (\u00e9prouv\u00e9 mais impensable, au sens o\u00f9 l\u2019entend D.-W. Winnicott).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019infanticide relance, sur fond d\u2019agonie, le contexte du traumatisme ayant affect\u00e9 les premi\u00e8res formes du lien. Au meurtre de la position subjective, le passage \u00e0 l\u2019acte se situerait \u00e0 la fois comme une reviviscence et une mise \u00e0 mort d\u2019un \u00e9tat de d\u00e9tresse rest\u00e9 intact et insoutenable. Le meurtre de l\u2019enfant serait ainsi une tentative de suture de la symbiose originelle cr\u00e9\u00e9e-trouv\u00e9e sous l\u2019exercice d\u2019un narcissisme mortif\u00e8re ex\u00e9cutant sur fond de d\u00e9ni l\u2019\u00e9chec de la rencontre avec l\u2019objet et l\u2019histoire d\u2019une subjectivit\u00e9 mortellement bless\u00e9e. Par ailleurs, la repr\u00e9sentation de l\u2019enfant mort (C. Chabert, 2003) sans cesse convoqu\u00e9e par ces m\u00e8res servirait secondairement \u00e0 organiser l\u2019exp\u00e9rience de d\u00e9tresse originaire, comme s\u2019il s\u2019agissait l\u00e0 de se construire une exp\u00e9rience d\u2019effondrement pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon la logique du d\u00e9sespoir, la sc\u00e8ne du passage \u00e0 l\u2019acte servirait en quelque sorte de \u00ab&nbsp;perception-\u00e9cran&nbsp;\u00bb face \u00e0 ce qui est rest\u00e9 impensable et qui fait \u00e9cho au d\u00e9sespoir narcissique du sujet. L\u2019enveloppe de douleur sous laquelle semble s\u2019ensevelir ces femmes suite au meurtre de l\u2019enfant abrite en m\u00eame temps le sujet et l\u2019objet de la perte, l\u2019omnipotence et la d\u00e9sesp\u00e9rance du sujet dans un processus de collage m\u00e9lancoliforme o\u00f9 le sujet demeure \u00e0 jamais habit\u00e9 par l\u2019ombre de l\u2019enfant mort. Le passage \u00e0 l\u2019acte violent et\/ou criminel serait une sc\u00e8ne de construction \u00ab&nbsp;auto-subjective&nbsp;\u00bb \u00e0 travers laquelle le sujet tente d\u2019organiser une exp\u00e9rience r\u00e9flexive attach\u00e9e \u00e0 un v\u00e9cu de mort imminente non anticipable.<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend aussi ais\u00e9ment que c\u2019est \u00e0 ce titre que ces patients \u00ab&nbsp;viennent chercher&nbsp;\u00bb le clinicien dans un jeu paradoxal o\u00f9 l\u2019objet est \u00e0 la fois trop distant et trop proche, ne se pr\u00eatant pour ainsi dire jamais au jeu de la rencontre qui se construit g\u00e9n\u00e9ralement dans un espace interm\u00e9diaire partag\u00e9. Le contre-transfert peut ainsi \u00eatre refus\u00e9 parce qu\u2019il constitue un moment fusionnel extr\u00eamement confus. Travailler avec cette phase symbiotique semble une condition <em>sine qua non<\/em> de la rencontre th\u00e9rapeutique avec ces m\u00e8res. H. Searles (1979) sugg\u00e8re que \u00ab&nbsp;<em>ce que l\u2019analyste offre au patient de nouveau et de th\u00e9rapeutique, \u00e0 cet \u00e9gard, c\u2019est qu\u2019au lieu d\u2019\u00e9viter le d\u00e9veloppement d\u2019une d\u00e9pendance symbiotique et r\u00e9ciproque avec le patient, il l\u2019accepte<\/em>&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;13).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 o\u00f9 la dynamique intersubjective est pens\u00e9e comme intol\u00e9rable et\/ou inefficace, il n\u2019est pas rare de voir fleurir une approche dite scientifique et structur\u00e9e du soin o\u00f9 la \u00ab\u00a0technicit\u00e9\u00a0\u00bb relaie voire remplace la rencontre dans ce qu\u2019elle a d\u2019\u00e9nigmatique et de de\u00a0complexe.\u00a0<em>Quid<\/em>\u00a0des outils d\u2019\u00e9valuation du risque\u00a0? Ces m\u00e9thodologies hyper-objectivantes offrent une \u00ab\u00a0connaissance\u00a0\u00bb imm\u00e9diate l\u00e0 o\u00f9 la rencontre semble difficile \u00e0 penser. Ces m\u00e9thodes s\u2019inscrivent sous le signe de l\u2019Utopie pour supprimer l\u2019intol\u00e9rable et organiser la rencontre dans la logique de la coh\u00e9rence. L\u2019Utopie \u00e0 vis\u00e9e d\u00e9fensive permet ainsi de sceller la n\u00e9gativit\u00e9 radicale tout en produisant l\u2019illusion du maintien d\u2019une pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Note<\/h2>\n\n\n\n<p>1- Le lecteur pourra se reporter \u00e0 la pr\u00e9sentation clinique d\u00e9taill\u00e9e du suivi de cette patiente&nbsp;: Ravit M., Roman P. (2009). \u00ab&nbsp;Clinique de l\u2019infanticide. Un corps \u00e0 corps mortif\u00e8re&nbsp;\u00bb, <em>Psychologie clinique et projective<\/em>, 15, p.145-170.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n<p>Chabert C. (2003),\u00a0<em class=\"marquage italique\">Le f\u00e9minin m\u00e9lancolique<\/em>. Paris, PUF.<\/p>\n<p>Ferenczi S. (1932),\u00a0<em class=\"marquage italique\">Journal clinique<\/em>, janvier-octobre 1932, Paris, Payot, 1985.<\/p>\n<p>Green A. (1980). \u00ab\u00a0La m\u00e8re morte\u00a0\u00bb,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Narcissisme de vie Narcissisme de mort<\/em>, Paris, Ed. de minuit, 222-253.<\/p>\n<p>Green A. (1999), \u00ab\u00a0Passivit\u00e9-passivation\u00a0: jouissance et d\u00e9tresse\u00a0\u00bb,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, 53, n\u00b05.<\/p>\n<p>Janin C. (1996),\u00a0<em class=\"marquage italique\">Figures et destins du traumatisme<\/em>, Paris, PUF, 2<sup class=\"exposant\">e<\/sup>\u00a0\u00e9d., 1999.<\/p>\n<p>Ravit M. (2019), \u00ab\u00a0La fascination\u00a0: une sc\u00e8ne de s\u00e9duction transgressive\u00a0\u00bb,\u00a0<em class=\"marquage italique\">Transgressions &#8211; passer outre, passer<\/em>\u00a0au-del\u00e0, sous la dir. de J.-Y Chagnon, In Press.<\/p>\n<p>Ravit M. (2010), \u00ab\u00a0Du traumatisme \u00e0 la fascination dans la clinique du passage \u00e0 l\u2019acte\u00a0\u00bb\u00a0<em class=\"marquage italique\">Psychologie clinique et projective<\/em>, n\u00b0\u00a016, p.\u00a029-49.<\/p>\n<p>Roussillon R. (1991),\u00a0<em class=\"marquage italique\">Paradoxes et situations limites de la psychanalyse<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n<p>Searles H (1979),\u00a0<em class=\"marquage italique\">Le contre-transfert<\/em>, Gallimard, Coll. Folio Essais.<\/p>\n<p>Wilgowicz P. (2000).\u00a0<em class=\"marquage italique\">Le vampirisme &#8211; De la dame blanche au Golem &#8211; essais sur la pulsion de mort et sur l\u2019irrepr\u00e9sentable<\/em>, Meyzieu, Cesura.<\/p>\n<p>Winnicott D.-W. (1974). \u00ab\u00a0La crainte de l\u2019effondrement\u00a0\u00bb,\u00a0<em class=\"marquage italique\">La crainte de l\u2019effondrement et autres situations cliniques<\/em>, tr. fr., Paris, Gallimard, 2000.<\/p><div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10255?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Au psychanalyste qui, jour apr\u00e8s jour, s\u00e9ance apr\u00e8s s\u00e9ance, s\u2019expose \u00e0 la pens\u00e9e d\u00e9lirante, \u00e0 la violence et \u00e0 l\u2019incoh\u00e9rence schizophr\u00e9niques, les sages pr\u00e9ceptes de \u00ab&nbsp;neutralit\u00e9 bienveillante&nbsp;\u00bb et d\u2019 \u00ab&nbsp;attention flottante&nbsp;\u00bb ne seront d\u2019aucun secours, et moins encore, quand il&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1215],"thematique":[],"auteur":[1478],"dossier":[215],"mode":[60],"revue":[561],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-10255","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychopathologie","auteur-magali-ravit","dossier-les-interdits-pour-quoi-faire","mode-payant","revue-561","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10255","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10255"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10255\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13377,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10255\/revisions\/13377"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10255"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10255"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10255"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10255"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10255"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10255"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10255"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10255"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10255"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}