{"id":10038,"date":"2021-08-22T07:31:11","date_gmt":"2021-08-22T05:31:11","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/lavenir-de-la-psychanalyse-2\/"},"modified":"2021-10-06T16:10:15","modified_gmt":"2021-10-06T14:10:15","slug":"lavenir-de-la-psychanalyse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/lavenir-de-la-psychanalyse\/","title":{"rendered":"L&rsquo;avenir de la psychanalyse"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Daniel Widl\u00f6cher et Jacques-Alain Miller<\/strong>. D\u00e9bat anim\u00e9 par<strong>Bernard Granger., L\u2019avenir de la psychanalyse<\/strong>, Editions Le Cavalier bleu, 2004, 62 pages,10 \u20ac<\/h2>\n\n\n\n<p>Les \u00e9ditions \u201cLe cavalier bleu\u201d viennent de publier, de mani\u00e8re extr\u00eamement salutaire, un petit livre qui reprend le d\u00e9bat organis\u00e9, \u00e0 huis clos, par Bernard Granger, le 1<sup>er<\/sup> juin 2002, dans son service \u00e0 Necker, entre D. Widl\u00f6cher et J.-A. Miller, sur l\u2019avenir de la psychanalyse et sur les conceptions lacaniennes et non-lacaniennes de celle-ci. A l\u2019heure o\u00f9 le d\u00e9bat fait \u00e0 nouveau rage quant au statut des psychoth\u00e9rapeutes et quant \u00e0 la ligne de d\u00e9marcation, toujours d\u00e9licate \u00e0 fixer, entre psychoth\u00e9rapie et psychanalyse, la publication de ce document est pr\u00e9cieuse et nous offre une pi\u00e8ce importante \u00e0 verser \u00e0 ce dossier.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun conna\u00eet les deux protagonistes&nbsp;: D. Widl\u00f6cher est Professeur honoraire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Pierre et Marie Curie (Paris VI), ancien chef du service de Psychiatrie de l\u2019H\u00f4pital de La Piti\u00e9-Salp\u00e9tri\u00e8re et Pr\u00e9sident actuel de l\u2019Association de Psychanalyse Internationale (API).<\/p>\n\n\n\n<p>J.-A. Miller, gendre de J. Lacan et \u00e9diteur des s\u00e9minaires de celui-ci, est directeur du D\u00e9partement de Psychanalyse de l\u2019Universit\u00e9 de Vincennes (Paris VIII), ancien \u00e9l\u00e8ve de l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure et ex-Pr\u00e9sident de l\u2019Association Mondiale de Psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand ce d\u00e9bat a eu lieu, D. Widl\u00f6cher venait d\u2019\u00eatre \u00e9lu \u00e0 la pr\u00e9sidence de l\u2019API (en 2001), et J.-A. Miller n\u2019\u00e9tait plus pr\u00e9sident que pour un mois et demi encore, apr\u00e8s l\u2019avoir \u00e9t\u00e9 pendant dix ans, de l\u2019AMP, ce qui a fait de cet \u00e9v\u00e9nement, la seule v\u00e9ritable occasion de rencontre entre ces deux personnages alors simultan\u00e9ment en exercice de leurs fonctions de pr\u00e9sidents de ces deux associations. Il s\u2019agit donc, en quelque sorte, d\u2019un moment historique. D. Widl\u00f6cher (DW) a souvent dit que les fran\u00e7ais ne savaient pas d\u00e9battre et il a, h\u00e9las, trop souvent raison&nbsp;: \u201cApr\u00e8s une communication, il s\u2019ensuit souvent un silence, ou pire des f\u00e9licitations\u201d. Remercions le ici, ainsi que J.-A. Miller (JAM) d\u2019avoir su nous apporter la preuve du contraire et nous offrir, ainsi, l\u2019exemple d\u2019une discussion non pol\u00e9mique mais d\u2019une discussion approfondie o\u00f9 chacun essaye de pr\u00e9ciser les enjeux conceptuels v\u00e9ritables qui d\u00e9coulent de ses propres positions et de celles de son interlocuteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun rappelle d\u2019abord les caract\u00e9ristiques de l\u2019association qu\u2019il pr\u00e9side&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019API, fond\u00e9e par S. Freud en 1910, comporte actuellement entre dix mille et onze mille membres \u00e9galement r\u00e9partis entre l\u2019Am\u00e9rique du Nord, l\u2019Am\u00e9rique latine et l\u2019Europe. Le nombre de ses membres est \u00e0 peu pr\u00e8s stable en Am\u00e9rique du nord, alors qu\u2019il augmente en Am\u00e9rique du Sud et dans les pays d\u2019Europe de l\u2019Est en plein re-d\u00e9veloppement actuel dans ce domaine. Un int\u00e9r\u00eat pour l\u2019API se manifeste aujourd\u2019hui dans le Maghreb, au Moyen-Orient ainsi qu\u2019en Chine, et quelques groupes psychanalytiques existent d\u00e9sormais en Australie, au Japon et en Inde.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019AMP a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par J.-A. Miller en 1992, soit onze ans apr\u00e8s la mort de J. Lacan (1981). Elle ne proc\u00e8de donc pas de J. Lacan comme l\u2019API proc\u00e8de directement de S. Freud qui l\u2019avait lui-m\u00eame fond\u00e9e. Elle compte environ mille membres, et se r\u00e9partit en sept \u00e9coles pr\u00e9sentes essentiellement en Europe et en Am\u00e9rique du Sud.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois rappel\u00e9e la description de ces bases institutionnelles, les deux d\u00e9batteurs \u00e9voquent alors un certain nombre de probl\u00e9matiques de fond, et l\u2019on ne peut \u00eatre qu\u2019impressionn\u00e9 par la clart\u00e9 de leurs propos, leur capacit\u00e9 d\u2019\u00e9couter v\u00e9ritablement l\u2019autre, leur respect mutuel et leur art de savoir d\u00e9gager les implications respectives, explicites ou implicites, de leurs positions th\u00e9orico-cliniques ou techniques personnelles. Ceci conf\u00e8re au dialogue une atmosph\u00e8re \u00e9thique tout \u00e0 fait remarquable. Plusieurs probl\u00e9matiques-clefs se voient ainsi abord\u00e9es&nbsp;: celle de la nature de l\u2019\u00e9coute (avec, en corollaire, celle de l\u2019attention dite flottante et de son impact sur le temps des s\u00e9ances), celle des psychoth\u00e9rapies au regard de la cure analytique, celle de la place de l\u2019analyse du contre-transfert face \u00e0 l\u2019\u00e9tude du mat\u00e9riel propre au patient, celle des supervisions et des contr\u00f4les, celle de l\u2019\u00e9valuation du travail analytique, celle des vocations et de la formation enfin.<br>Je me centrerai donc sur deux th\u00e9matiques, \u00e0 mon sens, particuli\u00e8rement saillantes et qui concernent les psychoth\u00e9rapies, la nature de l\u2019\u00e9coute psychanalytique et la place de l\u2019analyse du contre-transfert, cette derni\u00e8re th\u00e9matique impr\u00e9gnant en fait, en filigrane, l\u2019ensemble de la r\u00e9flexion.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1 \u2013 La question des psychoth\u00e9rapies<\/h3>\n\n\n\n<p>DW annonce d\u2019embl\u00e9e la couleur&nbsp;: \u201cLe probl\u00e8me majeur est celui de la psychoth\u00e9rapie\u201d (p. 16). Il souligne alors la question de l\u2019accroissement consid\u00e9rable de la demande ainsi que l\u2019\u00e9mergence d\u2019un pluralisme d\u2019\u00e9coles li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9volution et \u00e0 la diversification des th\u00e9ories psychanalytiques. Il remarque que ces diff\u00e9rentes \u00e9coles se trouvent finalement, peu ou prou, incluses dans l\u2019API, \u00e0 la diff\u00e9rence de la mouvance lacanienne, ce sur quoi il revient plus loin dans le corps du texte \u00e0 propos de la question de la nature de l\u2019\u00e9coute. DW mentionne \u00e9galement la plus grande diversit\u00e9 actuelle des pathologies qui appellent \u00e0 l\u2019\u00e9vidence une r\u00e9flexion sur les modes de r\u00e9ponse les plus appropri\u00e9s&nbsp;: \u201cLe progr\u00e8s m\u00eame de la psychanalyse force \u00e0 une pluralit\u00e9 d\u2019approches, \u00e0 une pluralit\u00e9 de mod\u00e8les qui contribue \u00e0 cette d\u00e9localisation des \u00e9coles\u201d (p. 17).<\/p>\n\n\n\n<p>JAM se f\u00e9licite alors d\u2019entendre \u201cde la bouche de DW que l\u2019association qu\u2019il pr\u00e9side ne pr\u00e9tend plus au monopole de la psychanalyse\u201d (p. 18) et, sans se prononcer directement sur la question des psychoth\u00e9rapies, il rappelle que pour J. Lacan, la question principale \u00e9tait celle de la confrontation de la psychanalyse avec la civilisation, soit celle de savoir \u201c\u00e0 quelles conditions la psychanalyse pourrait survivre dans des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019o\u00f9 (\u2026) la honte tend \u00e0 dispara\u00eetre\u201d (p. 19). JAM rappelle ensuite que sous le terme du \u201cretour \u00e0 Freud\u201d, J. Lacan voulait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9agir \u00e0 ce qu\u2019il appelait la \u201cBabel psychanalytique\u201d et il ajoute&nbsp;: \u201cDans la mesure o\u00f9 nous restons dans son sillage, nous nous sentons beaucoup plus \u201cclassiques\u201d que les courants repr\u00e9sent\u00e9s dans l\u2019API, et nous ne sommes pas loin de nous enorgueillir d\u2019\u00eatre les seuls garants de la v\u00e9ritable orthodoxie psychanalytique\u201d (p. 20), ce qu\u2019il consid\u00e8re, finalement, comme un danger auquel l\u2019AMP ne peut \u00e9chapper que par l\u2019acceptation du dialogue avec des psychanalystes d\u2019autres ob\u00e9diences. Le d\u00e9bat sur les psychoth\u00e9rapies demeure donc un peu en suspens, mais JAM y revient \u00e0 la fin de l\u2019ouvrage en disant&nbsp;: \u201cLa psychanalyse est aujourd\u2019hui hant\u00e9e par la psychoth\u00e9rapie. Elle se sent assi\u00e9g\u00e9e, elle cherche \u00e0 r\u00e9tablir des fronti\u00e8res sans y parvenir, les partages craquent, c\u2019est la ran\u00e7on de son succ\u00e8s\u201d (p. 57), et en r\u00e9insistant alors sur le fait que la v\u00e9ritable question de la psychanalyse, selon lui, est au fond la suivante&nbsp;: \u201cQuel est le noyau de la psychanalyse&nbsp;? Comment le transmettre, et \u00e0 qui&nbsp;?\u201d (p. 58)<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi donc, DW et JAM n\u2019abordent-ils pas la question de la psychoth\u00e9rapie par le m\u00eame angle d\u2019attaque&nbsp;: DW le fait \u00e0 partir du socius (accroissement de la demande) et de l\u2019institution (foisonnement des \u00e9coles psychanalytiques), alors que JAM me semble le faire davantage \u00e0 partir de l\u2019id\u00e9al psychanalytique, mais l\u2019un comme l\u2019autre se rejoignent pour admettre qu\u2019il n\u2019y a sans doute d\u2019issue \u00e0 ce questionnement que dans la poursuite d\u2019un v\u00e9ritable dialogue.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2 \u2013 La nature de l\u2019\u00e9coute psychanalytique<\/h3>\n\n\n\n<p>Selon moi, il y a, l\u00e0, un des n\u0153uds essentiels du d\u00e9bat. En r\u00e9ponse \u00e0 la question de B. Granger sur l\u2019existence d\u2019incompatibilit\u00e9s th\u00e9oriques ou de diff\u00e9rences th\u00e9oriques importantes entre l\u2019API et l\u2019AMP, c\u2019est tr\u00e8s vite la nature de l\u2019\u00e9coute qui se trouve abord\u00e9e. DW fait la remarque suivante&nbsp;: \u201cAu d\u00e9part, je pensais que ce qui nous s\u00e9parait \u00e9tait une question de pratique, il est apparu de plus en plus nettement que les divergences \u00e9taient beaucoup plus profondes\u201d (p. 23). Rappelant que l\u2019API demeure tr\u00e8s attentive aux concepts d\u2019association libre et d\u2019attention flottante qui \u201cconstituent un processus de communication entre l\u2019analysant et l\u2019analyste qui suppose un travail d\u2019associativit\u00e9 induite, r\u00e9ciproque \u2026\u201d (p. 23), il remarque que les lacaniens ne consid\u00e8rent plus comme une n\u00e9cessit\u00e9 \u201cles dimensions transf\u00e9rentielles et contre-transf\u00e9rentielles qui n\u00e9cessitent une pr\u00e9sence physique mentale soutenue et un suivi dans cette pr\u00e9sence\u201d, et qui forment le socle de cette possibilit\u00e9 d\u2019associativit\u00e9 r\u00e9ciproque. Il enfonce alors le clou&nbsp;: \u201cIl y a l\u00e0 un point d\u2019\u00e9cart que je tiens pour essentiel\u201d (p. 23), avant de poser une question cruciale&nbsp;: \u201cAvons-nous une m\u00eame \u00e9coute interpr\u00e9tative&nbsp;? Est-ce que l\u2019\u00e9coute est suffisamment commune pour que nous puissions nous entendre, parler des m\u00eames faits ou des m\u00eames choses, du m\u00eame objet mental&nbsp;?\u201d (p. 24). Pour DW, en effet, il existe une dialectique profonde entre la nature de l\u2019\u00e9coute et les sp\u00e9cificit\u00e9s du mat\u00e9riau recueilli, seule la dimension proprement analytique de l\u2019\u00e9coute \u00e9tant \u00e0 m\u00eame de donner acc\u00e8s \u00e0 un mat\u00e9riau de statut effectivement psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est, selon lui, cette diff\u00e9rence dans la nature intime de l\u2019\u00e9coute psychanalytique (diff\u00e9rence qui sera reprise \u00e0 propos de la place accord\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse du contre-transfert) qui peut rendre compte du fait que toutes les \u00e9coles psychanalytiques qui partagent une forme d\u2019\u00e9coute commune ont pu demeurer dans le cadre de l\u2019API (les kleiniens, les bioniens, les winnicottiens et m\u00eame les tenants de l\u2019<em>ego-psychology<\/em>), alors que les lacaniens en sont, presque forc\u00e9ment, rest\u00e9s plus distants.<br>JAM va alors entrer, sur ce point, dans une discussion serr\u00e9e, visant \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019il est difficile de vouloir, co\u00fbte que co\u00fbte, s\u00e9parer de mani\u00e8re radicale les lacaniens et les non-lacaniens. Selon lui, \u201cl\u2019API compte de nombreux membres, surtout en Am\u00e9rique, qui n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 se d\u00e9clarer lacaniens\u201d (p. 27) et \u201cil r\u00e9sulte de tout cela que la d\u00e9marcation entre lacaniens et non-lacaniens est aujourd\u2019hui beaucoup plus complexe que par le pass\u00e9\u201d (p. 28). Revenant \u00e0 la question de l\u2019\u00e9coute, DW insiste alors&nbsp;: \u201cLe probl\u00e8me est de savoir quelle chance on offre \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019avoir une exp\u00e9rience de la psychanalyse, une exp\u00e9rience sur lui-m\u00eame de ce qu\u2019est l\u2019associativit\u00e9 libre et lib\u00e9r\u00e9e de la pens\u00e9e. Quelle est la pratique qui lui donne le maximum de chances&nbsp;?\u201d (p. 30) JAM approuve le terme d\u2019exp\u00e9rience&nbsp;: \u201cLa psychanalyse ne saurait plus se pr\u00e9senter seulement comme un moyen th\u00e9rapeutique, elle tend en effet \u00e0 se donner comme une exp\u00e9rience subjective qui va au-del\u00e0 de la th\u00e9rapeutique \u2026\u201d (p. 32). En revanche, il conteste le terme \u201cd\u2019attention flottante\u201d et pr\u00e9f\u00e8re, \u00e0 l\u2019instar de J. Lacan, parler \u201cd\u2019attention \u00e9gale\u201d car, dit-il, \u201c il n\u2019y a nul flottement \u00e0 cet \u00e9gard\u201d (p. 32), l\u2019attention de l\u2019analyste se devant d\u2019\u00eatre \u00e9galement accord\u00e9e \u00e0 tous les \u00e9l\u00e9ments du discours du patient. L\u00e0 encore, on sent bien les divergences entre les positions des deux protagonistes&nbsp;: chacun met en avant la nature de l\u2019\u00e9coute \u2013 flottante ou \u00e9gale \u2013 (ce qui permet d\u2019approcher un probable invariant de la pratique psychanalytique), mais tandis que DW donne toute son importance \u00e0 l\u2019existence d\u2019une dialectique entre la nature de l\u2019\u00e9coute et la nature du mat\u00e9riau recueilli, JAM localise, quant \u00e0 lui, la sp\u00e9cificit\u00e9 analytique dans le discours m\u00eame du patient plus que dans la mani\u00e8re dont il est entendu, et ceci ouvre sur la troisi\u00e8me probl\u00e9matique centrale de ce d\u00e9bat, \u00e0 savoir la place accord\u00e9e au contre-transfert.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3 \u2013 La place de l\u2019analyse du contre-transfert<\/h3>\n\n\n\n<p>Cette question me para\u00eet, en effet, absolument essentielle et, finalement, organisatrice des positions respectives des deux d\u00e9batteurs. Selon JAM, c\u2019est au milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle que se situe un \u00e9v\u00e9nement important&nbsp;: \u201cOn a touch\u00e9 \u00e0 la psychanalyse\u201d (p. 33), en ce sens qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, deux voies se sont distingu\u00e9es&nbsp;: \u201cl\u2019une suivait la direction indiqu\u00e9e par l\u2019article s\u00e9minal de Paula Heinmann, en 1951 (\u2026), l\u2019autre est celle du Rapport de Rome de Lacan qui date de 1953\u201d (p. 34). JAM indique alors que \u201cdans toute l\u2019\u0153uvre de Freud, on ne trouve qu\u2019une seule r\u00e9f\u00e9rence au contre-transfert&nbsp;: dans son texte de 1918 sur <em>Les perspectives d\u2019avenir du traitement psychanalytique<\/em>\u201d (p. 35) et \u00e0 partir de l\u00e0, il montre comment \u201cle maniement du contre-transfert est absent de la pratique analytique d\u2019orientation lacanienne\u201d (p. 36). Un pas de plus \u00e0 propos de la clinique des non-lacaniens&nbsp;: \u201cUn r\u00e9cit de cas, le compte-rendu d\u2019une cure, ou de l\u2019un de ses moments, vous en apprennent souvent plus sur l\u2019analyste que sur le patient (\u2026) Pour les lacaniens, c\u2019est une h\u00e9r\u00e9sie. C\u2019est un obstacle \u00e9pist\u00e9mologique \u00e0 l\u2019\u00e9laboration clinique du cas\u201d (p. 37). Conclusion de JAM&nbsp;: \u201cPour nous, l\u2019attention, non pas flottante mais minutieuse et \u00e9galement r\u00e9partie, que l\u2019analyste porte au discours de son patient, lui interdit cette d\u00e9votion \u00e0 sa pens\u00e9e, la jouissance que j\u2019irai jusqu\u2019\u00e0 dire auto-\u00e9rotique de sa propre pens\u00e9e\u201d (p. 37). Pour rendre compte de cette pratique des non-lacaniens, JAM propose alors l\u2019id\u00e9e qu\u2019au milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle, \u201cles analystes ont commenc\u00e9 de souffrir d\u2019un manque d\u2019objet\u201d (p. 38), et que l\u00e0 se situe l\u2019origine de la scission. \u201cLes praticiens du contre-transfert n\u2019ont trouv\u00e9 dans la s\u00e9ance qu\u2019un objet imm\u00e9diat&nbsp;: leur propre exp\u00e9rience mentale\u201d (p. 38), alors que \u201cLacan, de son c\u00f4t\u00e9, en suivant ce qui \u00e9tait pour lui la voie du freudisme authentique, a centr\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience sur le discours du patient \u2026\u201d (p. 38), soit \u201cdeux solutions contraires \u00e0 la m\u00eame difficult\u00e9\u201d (p. 39).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, ce n\u2019est pas l\u00e0 pur d\u00e9bat th\u00e9orique, puisque, selon JAM, \u201cle temps de la s\u00e9ance est conditionn\u00e9 par la solution adopt\u00e9e\u201d (p. 39)&nbsp;: \u201cLe lacanien tend n\u00e9cessairement \u00e0 raccourcir la dur\u00e9e de la s\u00e9ance, et \u00e0 lui donner la forme d\u2019un acte fulgurant et d\u00e9subjectiv\u00e9, g\u00e9n\u00e9rateur de sa propre certitude \u2026\u201d (p. 39). On sent bien qu\u2019on touche, l\u00e0, \u00e0 un point central du d\u00e9bat, ce que DW pointe de mani\u00e8re tr\u00e8s claire&nbsp;: \u201cEffectivement, il y a l\u00e0 entre nous une distance tout \u00e0 fait notable et qui probablement explique bien des diff\u00e9rences \u201c (p. 41). Pour DW, la question n\u2019est pas \u201cd\u2019ergoter\u201d sur les termes \u201cd\u2019attention flottante\u201d ou \u201cd\u2019attention \u00e9gale\u201d, et ce d\u2019autant que \u201cle compromis, c\u2019est-\u00e0-dire (le terme d\u2019) \u201cattention \u00e9galement flottante\u201d, finalement gomme le lieu du d\u00e9bat\u201d (p. 41). Pour DW, la question est d\u2019ordre \u00e9thique dans la mesure o\u00f9 \u201cil y a jouissance d\u2019un c\u00f4t\u00e9 comme de l\u2019autre\u201d (p. 41), que l\u2019attention soit flottante ou \u00e9gale, puisqu\u2019il y a un plaisir dans l\u2019\u00e9coute analytique, plaisir que DW inscrit dans la sexualit\u00e9 infantile qu\u2019il s\u2019agit d\u2019assumer.<\/p>\n\n\n\n<p>La discussion va alors se centrer sur l\u2019angle de cette \u00e9coute analytique. Pour JAM, la clinique analytique est une \u201cclinique qui, bien que sous transfert, vise \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9\u201d (p. 43) et du point de vue \u00e9conomique, l\u2019attention que l\u2019analyste porte \u00e0 ses propres processus mentaux, \u201cc\u2019est autant de retir\u00e9 \u00e0 l\u2019attention requise par le discours du patient et par la clinique du cas\u201d (p. 42). Ce \u00e0 quoi DW r\u00e9pond que cette pr\u00e9tention \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 repr\u00e9sente un risque, \u201cle risque d\u2019une objectivation, d\u2019une ma\u00eetrise de la relation qui est li\u00e9e \u00e0 cette objectivation\u201d (p. 43), et l\u2019on per\u00e7oit bien, chez lui, l\u2019importance qui s\u2019attache aux processus de co-pens\u00e9e entre le patient et l\u2019analyste, processus qui sont le fruit d\u2019une analyse soigneuse du contre-transfert ainsi que de l\u2019associativit\u00e9 partag\u00e9e \u00e9voqu\u00e9e ci-dessus, et qui d\u00e9bouchent tout naturellement sur des s\u00e9ances dont le temps doit \u00eatre suffisamment long pour permettre au patient et \u00e0 l\u2019analyste de mettre en r\u00e9sonance leurs deux mondes repr\u00e9sentationnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019irai pas plus loin, ici, dans l\u2019analyse de cette remarquable discussion. J\u2019ai choisi trois points de cette discussion (les psychoth\u00e9rapies, la nature de l\u2019\u00e9coute analytique et la place de l\u2019analyse du contre-transfert) qui tous, me semble-t-il, pose la question de ce que M. Bouvet appelait la \u201cjuste distance\u201d. Une fois de plus on peut constater qu\u2019il n\u2019est pas de probl\u00e8mes techniques purs&nbsp;: tout probl\u00e8me technique renvoie, en fait, aux probl\u00e8mes th\u00e9orico-cliniques qui le sous-tendent et qui le g\u00e9n\u00e8rent et, de ce point de vue, la mise en perspective des positions techniques de l\u2019API et de l\u2019AMP s\u2019av\u00e8re \u00e9videmment fort instructive.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019on me permette d\u2019insister \u00e0 nouveau, au-del\u00e0 du contenu de ce d\u00e9bat, sur la forme fructueuse qui est la sienne. N\u2019est-il pas pr\u00e9cieux, en effet, de voir JAM se f\u00e9liciter de l\u2019atmosph\u00e8re de ce d\u00e9bat en citant lui-m\u00eame la distinction faite par DW, dans son livre <em>Les nouvelles cartes de la psychanalyse<\/em>, entre d\u00e9bat et pol\u00e9mique&nbsp;: dans cette derni\u00e8re, \u201cl\u2019on cherche \u00e0 tirer des avantage des points faibles de l\u2019autre, tandis que dans le d\u00e9bat, on essaye d\u2019isoler des faits et d\u2019\u00e9laborer un point de vue commun\u201d (p. 31). Autrement dit, le d\u00e9bat serait un peu \u00e0 la pol\u00e9mique ce que l\u2019humour est \u00e0 l\u2019ironie, et ne serait-ce que pour cela, la lecture de ce court mais dense ouvrage ne peut que mettre le lecteur de fort bonne humeur conceptuelle et th\u00e9orique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Bernard Golse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Service de P\u00e9dopsychiatrie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>H\u00f4pital Necker-Enfants Malades, Paris<\/em><br><em><a href=\"mailto:bernard.golse@nck.ap-hop-paris.fr\">bernard.golse@nck.ap-hop-paris.fr<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Mich\u00e8le bertrand, Trois d\u00e9fis pour la psychanalyse<\/strong>, Dunod, 2004, 232 pages, 25&nbsp;\u20ac<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce livre constitue dans le parcours de l\u2019auteur le point de convergence de r\u00e9flexions et de recherches nombreuses tant dans le domaine de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de la psychanalyse, o\u00f9 ses travaux sont bien connus, que dans celui d\u2019une philosophie qui se laisse interroger par la quotidiennet\u00e9, et enfin de la pratique clinique de la cure avec les questions qui lui sont pos\u00e9es de toutes parts.<br>Trois parties scandent le propos qui correspondent respectivement \u00e0 trois ordres de d\u00e9fis&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>ceux que posent ce que l\u2019on pourrait appeler sinon les nouvelles pathologies, du moins nos appr\u00e9hensions nouvelles d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 psychique dont on sait qu\u2019elle d\u00e9place ses interrogations sur le probl\u00e8me identitaire qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019individu ou du collectif. On y lira de fort int\u00e9ressantes consid\u00e9rations sur le traumatisme, sur la notion de situation extr\u00eame, sur la fascination sectaire et enfin sur la position de la psychanalyse \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019homosexualit\u00e9.<\/li><li>ceux qui rel\u00e8vent d\u2019une critique, pour ne pas dire dans plus d\u2019un cas d\u2019une volont\u00e9 de mise \u00e0 mal, de la psychanalyse au nom de la \u201cscientificit\u00e9\u201d, et l\u00e0 c\u2019est avec plaisir que l\u2019on suit l\u2019argumentation tranquille et assur\u00e9e de l\u2019auteur dans des chemins qu\u2019elle conna\u00eet bien. Pour qui veut recycler ses connaissances sur les notions de \u201cfalsifiable\u201d ou de \u201cvalidable\u201d, l\u2019approche tr\u00e8s claire et didactique de l\u2019auteur est pr\u00e9cieuse. De m\u00eame, la place de la psychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 s\u2019y voit explicit\u00e9e \u00e0 partir de la distinction entre savoir et connaissance.<\/li><li>ceux qui concernent la th\u00e9rapeutique et la critique adress\u00e9e \u00e0 la psychanalyse de ne pas avoir la gu\u00e9rison pour objet. Au passage, la place de la psychoth\u00e9rapie, nullement contradictoire avec la cure analytique se voit resitu\u00e9e par un exemple.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc un ouvrage exigeant au meilleur sens du terme en ce qu\u2019il n\u2019\u00e9lude aucune difficult\u00e9, ne pr\u00e9tend \u00e0 aucune connivence et s\u2019efforce par sa pr\u00e9sentation tr\u00e8s claire et le rappel des \u00e9l\u00e9ments discut\u00e9s (les th\u00e9ories de Popper et de Gr\u00fcnbaum notamment) de se rendre accessible au lecteur m\u00eame non sp\u00e9cialiste. De plus, la clinique y est omnipr\u00e9sente, qu\u2019il s\u2019agisse de paroles rapport\u00e9es d\u2019entretiens avec des enfants victimes, de vignettes extraites de cures ou m\u00eame, \u00e0 la fin, d\u2019un cas, <em>L\u2019histoire de Monsieur C.<\/em> qui introduit une riche r\u00e9flexion sur la valeur th\u00e9rapeutique du narratif.<\/p>\n\n\n\n<p>On a le sentiment en le lisant que les diverses diatribes auxquelles les psychanalystes depuis quelques ann\u00e9es sont somm\u00e9s de r\u00e9pondre dans le m\u00eame temps o\u00f9 on leur demande de professer une opinion sur tout ou \u00e0 peu pr\u00e8s, ont abouti ici \u00e0 un projet organis\u00e9 mais vigoureux de r\u00e9ponse. Ce livre aurait pu s\u2019intituler \u201cD\u00e9fense et illustration de la psychanalyse\u201d mais en choisissant, avec sagesse, de privil\u00e9gier l\u2019axe du d\u00e9fi, Mich\u00e8le Bertrand nous am\u00e8ne \u00e0 reparcourir avec elle les \u00e9tapes d\u2019une d\u00e9monstration concernant la \u201cChose\u201d dont on se dit qu\u2019elle est, par essence, toujours \u00e0 refaire sous des formes nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ouvrage courageux donc mais aussi travail tranquille, en profondeur qui n\u2019ignore rien de cet \u201cair du temps\u201d qui nous impr\u00e8gne et sait y vibrer de mani\u00e8re sensible tout en s\u2019y attachant avec le calme philosophique requis pour ne pas ajouter une pol\u00e9mique de plus. La philosophie, nous dit l\u2019auteur, est une forme de sympt\u00f4me qui manifeste ce qui fait \u201cla mati\u00e8re m\u00eame du vivre et du p\u00e2tir\u201d, mais qui permet aussi de remettre en relation la partie de soi qui souffre avec celle qui sait. Voil\u00e0, en tous les cas, sous une forme concr\u00e8te et m\u00eame incarn\u00e9e dans les mots des patients ce que cette psychanalyste qui nous parle de notre quotidien pratique et th\u00e9orique sait ne jamais oublier.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Sophie de Mijolla-Mellor<\/strong><br><em>Professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris 7<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Benoit bayle, L\u2019embryon sur le divan<\/strong>., Psychopathologie de la conception humaine, Masson, \u201cM\u00e9decine et psychoth\u00e9rapie\u201d 2003, 184 pages, 24&nbsp;\u20ac<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage de Beno\u00eet Bayle fera date dans les publications de ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 propos d\u2019\u00e9thique et de probl\u00e8mes pos\u00e9s aujourd\u2019hui par toutes ces nouvelles mani\u00e8res d\u2019envisager consciemment \u201cd\u2019avoir\u201d un enfant. Il n\u2019est pas toujours facile de mesurer comment les \u201cdonn\u00e9es imm\u00e9diates de l\u2019inconscient\u201d viendront peser de tout leur poids sur cette d\u00e9cision qui, pour ne pas l\u2019\u00eatre exclusivement, reste tr\u00e8s m\u00e9dico-centrique. Dans sa pr\u00e9face, le Professeur Huriet, s\u00e9nateur honoraire, mais surtout ancien membre du Comit\u00e9 consultatif national d\u2019\u00e9thique pour les sciences de la vie et de la sant\u00e9, et auteur de la loi qui porte son nom, \u00e9crit tr\u00e8s justement&nbsp;: \u201cl\u2019ouvrage du Dr Bayle oblige \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019embryon non seulement comme la premi\u00e8re \u00e9tape de la vie, mais comme une \u00e9tape essentielle portant en elle, non seulement \u00e0 travers le g\u00e9nome dont on parle tant, mais du fait de l\u2019identit\u00e9 psychog\u00e9n\u00e9tique de l\u2019embryon, les facteurs de son devenir\u201d. D\u00e9j\u00e0 Michel Soul\u00e9, avec son incroyable g\u00e9nie pr\u00e9curseur, avait \u00e9voqu\u00e9 tous les probl\u00e8mes en question il y a quelques ann\u00e9es. Mais le m\u00e9rite de Beno\u00eet Bayle est d\u2019en approfondir encore les lin\u00e9aments et les enjeux, en y ajoutant son exp\u00e9rience de clinicien qui sait nous faire partager, y compris en ayant recours \u00e0 la fiction, les aventures des quelques embryons devenus \u201cgrands\u201d et ayant contribu\u00e9 peu ou prou \u00e0 une meilleure connaissance de ce qu\u2019il advient de ces sujets aux origines si fragilis\u00e9es. Le concept de \u201cnidification psychique de l\u2019\u00eatre con\u00e7u\u201d propos\u00e9 par l\u2019auteur me semble utile pour aider les m\u00e9decins et tous ceux qui se penchent sur ces nouveaux berceaux \u00e0 aider les futurs parents et leur petit embryon sur les chemins de la vie \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier chapitre, <em>Un divan pour l\u2019embryon<\/em>, en rappelant rapidement les grandes \u00e9volutions historiques en mati\u00e8re de th\u00e9ories sexuelles de la f\u00e9condation, insiste sur les diverses approches psychopathologiques de la conception, selon une d\u00e9marche toute freudienne puisqu\u2019il s\u2019agit de les appuyer sur les situations telles que les procr\u00e9ations m\u00e9dicalement assist\u00e9es, les conceptions r\u00e9sultant d\u2019un inceste ou d\u2019un viol, le \u201csyndrome du survivant conceptionnel\u201d ou la conception chez les malades mentaux av\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me chapitre rapporte d\u2019une mani\u00e8re d\u00e9taill\u00e9e et pr\u00e9cise les questions pos\u00e9es par la d\u00e9couverte de l\u2019embryon humain de l\u2019Antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours, pour se prolonger dans le troisi\u00e8me chapitre par le constat de la r\u00e9volution conceptionnelle r\u00e9cente, de ses d\u00e9terminants scientifiques et surtout, de ses al\u00e9as humains. Nous voil\u00e0 sur une \u201cnouvelle sc\u00e8ne conceptionnelle\u201d avec de nouvelles exigences \u00e0 penser et \u00e0 organiser en mati\u00e8re d\u2019accueil de l\u2019enfant. L\u2019auteur nous rappelle que \u201cdu c\u00f4t\u00e9 de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre, le couple technique contraception-interruption de grossesse transforme, semble-t-il en sa d\u00e9faveur, la notion de programmation-accueil de l\u2019enfant. L\u2019\u00eatre humain con\u00e7u n\u2019est plus tout \u00e0 fait accueilli pour ce qu\u2019il est et il risque fort d\u2019\u00eatre \u00e9limin\u00e9 lorsqu\u2019il n\u2019est pas conforme au d\u00e9sir de ceux qui l\u2019ont con\u00e7u, ou lorsqu\u2019il \u00e9chappe \u00e0 la norme sociale de l\u2019enfant \u201cd\u00e9sir\u00e9-programm\u00e9-dans-des-conditions-sociopsychologiques-favorables. Lorsqu\u2019il ne r\u00e9pond pas \u00e0 ce mod\u00e8le, le nouvel \u00eatre se doit de ne pas na\u00eetre, donc de ne pas \u00eatre. L\u2019\u00eatre con\u00e7u \u00e9limin\u00e9 n\u2019\u00e9tant le signe visible d\u2019aucun d\u00e9sordre puisque, par d\u00e9finition, il ne voit pas le jour, la programmation de l\u2019enfant d\u00e9sir\u00e9 reste pour la plupart de nos contemporains, le principe de r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: ces enfants seront n\u00e9cessairement d\u00e9sir\u00e9s, donc pense-t-on, choy\u00e9s et aim\u00e9s\u201d. Les histoires cliniques seront tir\u00e9es de quelques probl\u00e9matiques psychologiques li\u00e9es aux pratiques de contraception et d\u2019interruption de grossesse, du syndrome du survivant conceptionnel, et du devenir des enfants con\u00e7us artificiellement, pour en arriver \u00e0 poser des questions essentielles \u00e0 mes yeux, dans les cas de procr\u00e9ations assist\u00e9es&nbsp;: y-a-t-il des risques sp\u00e9cifiques propres \u00e0 l\u2019enfant \u201ccon\u00e7u hors sexe\u201d&nbsp;? Tous les enfants peuvent-ils s\u2019accommoder d\u2019un fantasme de sc\u00e8ne primitive int\u00e9grant la procr\u00e9ation artificielle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019introduction d\u2019un tiers dans la procr\u00e9ation pose la question des origines et des secrets qui doivent \u00eatre soit tenus soit partag\u00e9s, mais selon quels crit\u00e8res et avec qui&nbsp;? Une derni\u00e8re situation difficile viendra clore ce chapitre complexe, celle des \u201cfaux et vrais jumeaux asynchrones\u201d, prisonniers du temps entre le <em>Forever young<\/em> de la cong\u00e9lation et \u201cL\u2019attaque des clones\u201d de l\u2019hyperfiction. L\u2019auteur se penche sur la compr\u00e9hension de la conception humaine dans le cinqui\u00e8me chapitre, et ce \u00e0 partir de situations cliniques sp\u00e9cifiques que nous rencontrons dans nos pratiques ordinaires de p\u00e9dopsychiatrie&nbsp;: l\u2019enfant de remplacement, l\u2019enfant issu de viol ou d\u2019inceste, l\u2019enfant de m\u00e8re schizophr\u00e8ne, et les n\u00e9gations de grossesse.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude de la question de l\u2019enfant de remplacement offre un point de vue privil\u00e9gi\u00e9 afin d\u2019appr\u00e9hender la conception humaine sous ses aspects psychopathologiques. Rappelant les \u00e9tudes de Barbara et Albert Ca\u00efn, de Michel Hanus, Nicole Alby et Maurice Porot \u00e0 propos des observations de biographies \u00e0 la fois de personnes c\u00e9l\u00e8bres (Beethoven, Dali, Anzieu\u2026) et de patients de leur clinique ordinaire, Beno\u00eet Bayle synth\u00e9tise leurs avanc\u00e9es psychopathologiques en s\u2019appuyant \u00e9galement sur des recherches plus r\u00e9centes de psychopathologues averties (Bourrat, Bur, Papin,\u2026), afin d\u2019objectiver le rapport particulier qui existe dans ces cas entre le travail de deuil des parents et celui de la conception d\u2019un nouvel enfant. Un exemple de situation limite est donn\u00e9 avec celui de l\u2019enfant de m\u00e8re schizophr\u00e8ne. Cette occurrence qui a fait couler beaucoup d\u2019encre et vu se mettre en place sous de funestes r\u00e9gimes des pratiques inacceptables, fait imm\u00e9diatement poser la question de l\u2019aide \u00e0 apporter \u00e0 ces m\u00e8res, d\u2019une fa\u00e7on qui ne soit ni trop suppl\u00e9tive ni trop id\u00e9alisante.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec leur \u00e9norme comp\u00e9tence, Martine Lamour et Martine Barraco, apr\u00e8s les travaux historiques de Myriam David, insistent sur les quatre caract\u00e9ristiques de la relation pr\u00e9coce m\u00e8re psychotique-b\u00e9b\u00e9&nbsp;: l\u2019impression de chaos, l\u2019extr\u00eame difficult\u00e9 de la m\u00e8re \u00e0 rencontrer l\u2019enfant r\u00e9el, l\u2019inversion de la relation et son caract\u00e8re intol\u00e9rable et inam\u00e9nageable en l\u2019absence de m\u00e9diation. Cela conduit habituellement l\u2019enfant \u00e0 une hypermaturit\u00e9 doubl\u00e9e d\u2019une hypervuln\u00e9rabilit\u00e9. Et, sans les prises en charge imagin\u00e9es par ces auteurs, les statistiques danoises qui sont rappel\u00e9es (43% d\u2019\u00e9volution comportant une d\u00e9compensation appartenant aux troubles du spectre de la schizophr\u00e9nie chez les enfants de m\u00e8res schizophr\u00e8nes (Parnas, 1993) n\u2019autorisent pas \u00e0 l\u2019optimisme quant \u00e0 l\u2019avenir spontan\u00e9 de telles aventures humaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, la question des n\u00e9gations de grossesse est abord\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 la n\u00e9gation de la grossesse implique logiquement une n\u00e9gation de la conception. Nous voyons bien dans cet exemple que tout ce qui vient modifier la conception dans ses aspects ancestraux par ces nouvelles pratiques \u201cmodernes\u201d peut \u00eatre autant de perdu dans la mise en forme progressive des repr\u00e9sentations de l\u2019attente d\u2019un b\u00e9b\u00e9, ce que Piera Aulagnier nommait joliment \u201cfantasme du corps imagin\u00e9\u201d, et notamment tout ce qui fait du corps des deux parents, et notamment de celui de la m\u00e8re, \u201cl\u2019habitation\u201d temporaire de l\u2019embryon et du f\u0153tus.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis vient le chapitre des <em>Remaniements psychiques de la maternit\u00e9<\/em>, qui, \u00e0 l\u2019instar de la nidification biologique de l\u2019embryon humain, corps \u00e9tranger pour sa m\u00e8re et dont pourtant la greffe prend en elle, d\u00e9veloppe le concept de \u201cnidification psychique\u201d de l\u2019\u00eatre humain, v\u00e9ritable \u201cgreffe psychique\u201d dans l\u2019esprit maternel mais aussi paternel. Les trois cat\u00e9gories d\u2019enfant r\u00e9el, imaginaire et fantasmatique d\u00e9crits par Lebovici et Soul\u00e9 pour mieux approcher l\u2019\u00e9tude des interactions, sont ici revisit\u00e9es pour comprendre comment se fabriquent les repr\u00e9sentations mentales de l\u2019enfant par les parents. L\u2019importance des identit\u00e9s bio-psychosocioculturelles des parents est rappel\u00e9e afin de montrer comment elles concourent \u00e0 la construction de l\u2019identit\u00e9 du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 venir, et m\u00eame \u00e0 celle de l\u2019identit\u00e9 conceptionnelle de l\u2019embryon. C\u2019est dans cette vis\u00e9e que Beno\u00eet Bayle va approfondir l\u2019importance de l\u2019histoire pr\u00e9natale, \u00e0 la recherche de rep\u00e8res identificatoires originels de l\u2019enfant car, comme il l\u2019\u00e9crit, \u201cl\u2019histoire pr\u00e9natale prend sens pour l\u2019\u00eatre humain con\u00e7u, \u00e0 partir des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9alit\u00e9 et des reconstructions imaginaires, \u00e0 travers les r\u00e9cits et les non-dits ou les secrets\u201d. Quel est alors le fondement de cet appareil psychique embryonnaire&nbsp;? Se r\u00e9f\u00e9rant notamment \u00e0 Suzanne Ma\u00efello qui d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e qu\u2019un \u201ctraumatisme pr\u00e9natal marque vraisemblablement la vie psychique du f\u0153tus par l\u2019atteinte des perceptions sensorielles, perceptions qui pourraient \u00eatre enregistr\u00e9es sous formes de traces mn\u00e9siques et participer \u00e0 des exp\u00e9riences protomentales\u201d, l\u2019auteur en d\u00e9duit que \u201cl\u2019\u00eatre con\u00e7u est donc frapp\u00e9 du sceau de son identit\u00e9 psychique sans en avoir conscience, de m\u00eame que le zygote poss\u00e8de un g\u00e9nome sans pour autant poss\u00e9der instantan\u00e9ment un corps biologique organis\u00e9\u201d. Pour lui, \u201c il para\u00eet possible d\u2019envisager la p\u00e9riode ant\u00e9natale comme une phase du d\u00e9veloppement psychologique de l\u2019\u00eatre humain. Les modifications de la psych\u00e9 maternelle contemporaines de la conception, de la nidation et du d\u00e9veloppement de l\u2019\u00eatre humain dans le corps maternel, s\u2019effectuent principalement selon deux directions et contribuent \u00e0 la construction pr\u00e9natale d\u2019un espace mental de pr\u00e9occupation maternelle que nous appelons l\u2019espace maternel de diff\u00e9renciation et d\u2019identification psychique de l\u2019\u00eatre con\u00e7u\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Vient ensuite une r\u00e9flexion sur \u201cle psychiatre et l\u2019embryon\u201d qui conduit l\u2019auteur \u00e0 s\u2019interroger sur une proposition de d\u00e9finition, \u201cau sein\u201d de la psychiatrie p\u00e9rinatale, d\u2019une psychiatrie embryonnaire et f\u0153tale qui consisterait \u00e0 \u201csituer les soins effectu\u00e9s aupr\u00e8s de la femme enceinte dans la perspective du d\u00e9veloppement psychologique de l\u2019\u00eatre con\u00e7u\u201d, enrichissant du m\u00eame coup la compr\u00e9hension de la d\u00e9finition philosophique donn\u00e9e par Lalande de l\u2019ontogen\u00e8se humaine, \u00e0 savoir \u201cle d\u00e9veloppement tant mental que physique depuis la premi\u00e8re forme embryonnaire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de ce tr\u00e8s important travail pour nos r\u00e9flexions et nos pratiques professionnelles, ainsi que pour nos d\u00e9cisions \u00e9thiques m\u00e9dicales, Beno\u00eet Bayle nous conforte dans l\u2019id\u00e9e que la femme-m\u00e8re et l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre, et sans doute aussi le p\u00e8re \u00e0 venir, ont absolument besoin de cet accompagnement \u201csomato-psychique de la grossesse\u201d, aussi bien sur le plan des soins que sur celui de la pr\u00e9vention, et que pour ce faire, le soutien des politiques pour enrichir le dispositif de soin m\u00e9dico-psychologique existant est incontournable. Ce remarquable livre qui s\u2019adresse \u00e0 tous les professionnels concern\u00e9s par la p\u00e9rinatalit\u00e9, mais aussi aux parents et aux \u00e9diles de la cit\u00e9, par la qualit\u00e9 (la d\u00e9terminit\u00e9) de ses analyses psychopathologiques et les vertus p\u00e9dagogiques dont il est par\u00e9, y contribuera sans aucun doute possible.<br><strong>Pierre Delion<\/strong><br><em>P\u00e9dopsychiatre<\/em><br><em>Lille<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>J.-B. Pontalis, Le dormeur \u00e9veill\u00e9<\/strong>, Mercure de France, 2004, 14&nbsp;\u20ac<\/h2>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s Le Cl\u00e9zio et Alechinsky, Pontalis nous ouvre \u00e0 son tour les portes de son mus\u00e9e int\u00e9rieur, dans la r\u00e9cente et belle collection <em>Traits et portraits<\/em>. Une promenade \u00e0 travers une quinzaine de portraits, photographies et dessins, comment\u00e9s au gr\u00e9 d\u2019une plume r\u00eaveuse&nbsp;: Pontalis nous offre une projection de son monde int\u00e9rieur. Fragments de tableaux, fragments de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet herbier d\u2019images, comme son homologue botanique, comporte n\u00e9cessairement un aspect nostalgique&nbsp;: la collection d\u2019images invite l\u2019auteur et son lecteur \u00e0 un voyage dans le temps perdu de l\u2019enfance, dans un espace inaccessible et inconnu (l\u2019aquarelle chinoise), dans le monde de la litt\u00e9rature (manuscrit de Val\u00e9ry). Les cartes postales font aussi partie de la biblioth\u00e8que de Pontalis&nbsp;: elles le guident vers les livres plus qu\u2019elles ne les masquent. De d\u00e9licates correspondances se dessinent des unes aux autres&nbsp;: comme en un r\u00eave, s\u2019 \u201cassocient\u201d librement dans le cabinet du psychanalyste un portrait de Flaubert et une photo de Sartre au caf\u00e9 de Flore par Brassa\u00ef &#8211; deux visages tut\u00e9laires&nbsp;; ou plus malicieusement une photo de \u201cMerleau-Ponty en short\u201d et le visage d\u2019un Goethe tr\u00e8s aust\u00e8re. Nulle logique ne guide ici les choix, mais simplement le go\u00fbt, la pr\u00e9dilection, la \u201cforce d\u2019attraction\u201d des images sur les mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre s\u2019ouvre et se cl\u00f4t sur un tableau de Piero della Francesca &#8211; Piero si souvent \u00e9voqu\u00e9 par Malraux dans son \u201cmus\u00e9e imaginaire\u201d. <em>Le Songe de Constantin<\/em> est un \u00e9pisode d\u2019une fresque intitul\u00e9e <em>La L\u00e9gende de la Vraie Croix<\/em>, que l\u2019on peut voir \u00e0 San Francesco d\u2019Arezzo.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>Dormeur \u00e9veill\u00e9<\/em> est un serviteur, une sentinelle sans armes, qui veille aupr\u00e8s de l\u2019empereur Constantin endormi, tout en \u00e9tant absorb\u00e9 lui aussi par sa r\u00eaverie. Pontalis voit dans ce tableau une all\u00e9gorie du \u201csite de l\u2019analyse\u201d cher \u00e0 Fedida. Entre nuit et jour, entre r\u00eave et sommeil, cauchemar et r\u00e9alit\u00e9, le psychanalyste \u201c\u00e9veill\u00e9\u201d demeure aux c\u00f4t\u00e9s de son patient \u201cendormi\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet autoportrait permet d\u2019aborder une question finalement peu pos\u00e9e&nbsp;: quelle est la place du tableau dans le \u201ccadre\u201d de la psychanalyse&nbsp;? Certes Pontalis aime les images depuis fort longtemps. Mais c\u2019\u00e9tait d\u2019un amour contrari\u00e9, peut-\u00eatre m\u00eame combattu pied \u00e0 pied par les mots. Pourquoi passer des ann\u00e9es sur un <em>Vocabulaire de la psychanalyse<\/em> avec J. Laplanche, sinon pour combattre ce \u201cmauvais penchant\u201d&nbsp;? Peut-\u00eatre y avait-il quelque chose de honteux ou de frivole pour un psychanalyste d\u2019aimer les images. Une trop forte pr\u00e9sence, trop d\u2019incarnation, qui l\u2019emp\u00eacheraient, lui, le sp\u00e9cialiste de l\u2019inconscient, de rester dans la stricte neutralit\u00e9. Trop de proximit\u00e9 avec le fantasme, trop de s\u00e9duction. Et Freud pr\u00e9f\u00e9rait la litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce combat, Pontalis l\u2019a men\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s freudienne contre les images du r\u00eave, notamment dans la cure de Perec. Il aurait pu passer pour un jans\u00e9niste de l\u2019imagination. Et pourtant \u2026. Il y avait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans <em>L\u2019Amour des commencements<\/em> cette toile de Turner, repr\u00e9sentant la lagune de Venise, et cette autre emport\u00e9e si furtivement et qu\u2019il fallait imp\u00e9rativement s\u2019approprier, une projection de son inconscient. Il fallait donc bien en arriver l\u00e0, \u00e0 cette proximit\u00e9 en soi avec des images qui parlent de soi&nbsp;: le lecteur retiendra, selon son humeur, tant\u00f4t le portrait de l\u2019enfant au regard m\u00e9lancolique -vol\u00e9 par quel objectif&nbsp;?- de profil devant la mer grise \u00e0 Cabourg&nbsp;; tant\u00f4t- r\u00e9jouissant dans son incongruit\u00e9- le portrait de l\u2019auteur enfant, transform\u00e9 en Chinois par Foujita. Ce serait l\u00e0 le pouvoir secret de l\u2019image&nbsp;: gr\u00e2ce \u00e0 son exotisme, nous emmener au plus pr\u00e8s de nous-m\u00eames. \u201cCe petit Chinois en qui je ne me reconnais pas\u201d&nbsp;: s\u2019accepter si peu ressemblant, h\u00e9berger cette alt\u00e9rit\u00e9 en soi-m\u00eame, belle m\u00e9taphore du psychanalyste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mariane F\u0153illet-Perruche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Doctorante en Psychopathologie<\/em><br><em>fondamentale et psychanalyse- Paris VII<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Marie-Jos\u00e9 Mouras<\/strong> <em>(ss la coordination)<\/em>, <strong>La p\u00e9rinatalit\u00e9<\/strong>, Br\u00e9al, 2003, 80 pages, 14&nbsp;\u20ac<\/h2>\n\n\n\n<p>Cet ouvrage d\u2019abord destin\u00e9 aux \u00e9tudiants de premier et second cycle de psychologie aborde, en s\u2019appuyant essentiellement sur la clinique, la p\u00e9rinata-lit\u00e9 dans sa globalit\u00e9 m\u00eame si certains th\u00e8mes y sont trait\u00e9s plus pr\u00e9cis\u00e9ment. L\u2019ouvrage est scind\u00e9 en deux parties. Dans la premi\u00e8re partie, les auteurs proposent une d\u00e9finition du champ de la p\u00e9rinatalit\u00e9, puis ils \u00e9voquent l\u2019importance de disciplines comme la psychologie du d\u00e9veloppement, l\u2019\u00e9thologie, la th\u00e9orie de l\u2019attachement, la psychanalyse, la psychiatrie maternelle ou encore la sociologie dans l\u2019essor de la p\u00e9rinatalit\u00e9. Les auteurs ont choisi de se placer du c\u00f4t\u00e9 du b\u00e9b\u00e9 mais aussi des parents car, rappelons-le, la naissance est un \u00e9v\u00e9nement qui implique plusieurs protagonistes dont la m\u00e8re, le p\u00e8re et le b\u00e9b\u00e9. Mais tout ce qui se passe \u201cautour de la naissance\u201d peut \u00e9galement n\u00e9cessiter la pr\u00e9sence d\u2019un psychologue et ce aussi bien au quotidien que lors de situations de crise telles qu\u2019une naissance pr\u00e9matur\u00e9e, la mort du f\u0153tus <em>in utero<\/em> ou encore l\u2019annonce d\u2019un handicap. Cette premi\u00e8re partie est aussi l\u2019occasion de rappeler les grands concepts rattach\u00e9s \u00e0 cette discipline comme l\u2019enfant r\u00e9el et imaginaire et la transparence psychique maternelle&nbsp;; elle traite \u00e9galement du \u201cdevenir m\u00e8re\u201d et du \u201cdevenir p\u00e8re\u201d tout en soulignant \u00e0 quel point une naissance peut s\u2019av\u00e9rer douloureuse dans certains cas. La seconde partie se veut moins g\u00e9n\u00e9rale et permet aux lecteurs d\u2019approfondir des th\u00e8mes plus pr\u00e9cis&nbsp;: les maternit\u00e9s adolescentes, la place du p\u00e8re, les consultations parents-nourrissons, la souffrance du b\u00e9b\u00e9, des parents et des professionnels, le devenir d\u2019un enfant handicap\u00e9, le travail de deuil lors de morts f\u0153tales <em>in utero<\/em> et l\u2019interruption volontaire de grossesse. Autant de situations potentiellement traumatiques qui laissent percevoir l\u2019importance d\u2019un psychologue dans le champ de la p\u00e9rinatalit\u00e9. Ce livre se r\u00e9v\u00e8le donc \u00eatre une base solide pour des d\u00e9butants curieux de la p\u00e9rinatalit\u00e9 mais aussi une r\u00e9f\u00e9rence de qualit\u00e9 pour les professionnels de ce champ.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Christelle Le Vacon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c9tudiante en DESS de Psychologie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10038?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Daniel Widl\u00f6cher et Jacques-Alain Miller. D\u00e9bat anim\u00e9 parBernard Granger., L\u2019avenir de la psychanalyse, Editions Le Cavalier bleu, 2004, 62 pages,10 \u20ac Les \u00e9ditions \u201cLe cavalier bleu\u201d viennent de publier, de mani\u00e8re extr\u00eamement salutaire, un petit livre qui reprend le d\u00e9bat&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[],"auteur":[1368],"dossier":[],"mode":[60],"revue":[332],"type_article":[453],"check":[2023],"class_list":["post-10038","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","auteur-bernard-golse","mode-payant","revue-332","type_article-recherche","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10038","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10038"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10038\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16960,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10038\/revisions\/16960"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10038"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10038"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10038"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10038"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10038"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10038"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10038"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10038"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10038"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}