{"id":10022,"date":"2021-08-22T07:31:09","date_gmt":"2021-08-22T05:31:09","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/un-contre-transfert-a-fleur-de-peau-2\/"},"modified":"2021-09-24T17:15:49","modified_gmt":"2021-09-24T15:15:49","slug":"un-contre-transfert-a-fleur-de-peau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/un-contre-transfert-a-fleur-de-peau\/","title":{"rendered":"Un contre-transfert \u00e0 fleur de peau"},"content":{"rendered":"\n<p>Le texte d\u2019Annie Anzieu non seulement m\u2019a beaucoup int\u00e9ress\u00e9 sur le plan conceptuel, mais m\u2019a \u00e9galement touch\u00e9 sur le plan affectif. La question du corps dans le contre-transfert y est mise en perspective d\u2019une fa\u00e7on convaincante. Votre conception, proche de celle de Hanna Segal, s\u2019appuie sur la r\u00e9ponse \u00e9motionnelle globale de l\u2019analyste, la disponibilit\u00e9 \u00e0 laisser affleurer \u00e0 la conscience et \u00e0 utiliser des affects suscit\u00e9s par le patient. C\u2019est par cette voie que vous \u00e9voquez le mouvement int\u00e9rieur qui engage la personne totale de l\u2019analyste, corps et \u00e2me. Cette expression \u201ccorps et \u00e2me\u201d me renvoie \u00e0 un roman extraordinaire de Conroy qui, par ce r\u00e9cit de l\u2019enfance d\u2019un pianiste hors du commun, r\u00e9ussit l\u2019exploit de nous faire percevoir la musique de l\u2019enfance, entre sensations et repr\u00e9sentations. Mais ce \u201ccorps et \u00e2me\u201d, ou pour tenir compte des derni\u00e8res propositions de traduction de Freud, ce \u201ccorps et appareil animique\u201d, qui signifie que le sujet s\u2019engage enti\u00e8rement dans son action ne s\u2019accommode pas si facilement de la r\u00e8gle de l\u2019abstinence, sauf \u00e0 retenir en nous sous forme de pensable ce qui pourrait se manifester sous forme d\u2019action envers le patient, voire de passage \u00e0 l\u2019acte, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le cadre du transfert, d\u2019<em>acting<\/em>. Il s\u2019agit en quelque sorte de se laisser p\u00e9n\u00e9trer par \u201cde l\u2019autre\u201d plut\u00f4t que par l\u2019autre, et \u00e0 \u00e9tudier ce que cette p\u00e9n\u00e9tration produit dans notre propre monde interne, fantasmatique mais aussi raccord\u00e9 \u00e0 notre monde v\u00e9g\u00e9tatif. En effet, il ne peut \u00eatre question de mon corps moteur qui, lui, est retenu par la r\u00e8gle de l\u2019abstinence. Mais mon corps neuro-v\u00e9g\u00e9tatif, comment le pourrais-je&nbsp;? N\u2019est-il pas la mise en r\u00e9sonance dans l\u2019ici et maintenant de ce que je re\u00e7ois (ressens et per\u00e7ois) en provenance de l\u2019archa\u00efque du patient dans le mien&nbsp;? Et je mesure souvent combien il peut \u00eatre int\u00e9ressant et utile d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 form\u00e9 \u00e0 la m\u00e9thode de l\u2019observation des b\u00e9b\u00e9s selon Esther Bick pour devenir sensible \u00e0 des aspects de la r\u00e9sonance contre-transf\u00e9rentielle qui sont sans doute assez sp\u00e9cifiques des v\u00e9cus de b\u00e9b\u00e9s. Or le b\u00e9b\u00e9, les psychosomaticiens nous l\u2019ont appris, sont les grands interpr\u00e8tes des instruments du monde neuro-v\u00e9g\u00e9tatif. Et si ce mode archa\u00efque de communication est rapidement compl\u00e9t\u00e9 par les qualit\u00e9s du langage articul\u00e9 dans une parole, il me semble int\u00e9ressant de continuer \u00e0 en tenir compte dans le contre-transfert.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que je me souviens d\u2019un jeune schizophr\u00e8ne de dix-huit ans, plut\u00f4t h\u00e9bo\u00efdophr\u00e8ne, que je recevais au rythme de quatre s\u00e9ances par semaine et que j\u2019ai suivi pendant plusieurs ann\u00e9es lorsque je travaillais dans un service de psychiatrie d\u2019adultes. J\u2019avais commenc\u00e9 un travail psychanalytique plusieurs ann\u00e9es auparavant et avec les recommandations de mon analyste, je m\u2019\u00e9tais lanc\u00e9 \u00e0 l\u2019assaut d\u2019un de ces continents noirs que repr\u00e9sente la psychose. J\u2019y ai beaucoup appris et lorsqu\u2019aujourd\u2019hui je me repenche sur l\u2019histoire de ces prises en charge de type ferenczo-panko-wiennes, je mesure le degr\u00e9 de t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 que je poss\u00e9dais alors&nbsp;! Toujours est-il que ce patient tr\u00e8s d\u00e9lirant que je recevais en face \u00e0 face me faisait vivre en s\u00e9ances ses v\u00e9cus parano\u00efdes et j\u2019en sortais \u00e0 chaque fois totalement \u00e9puis\u00e9 physiquement et psychiquement, et m\u00eame souvent avec des cauchemars les nuits suivantes. J\u2019ai v\u00e9ritablement appris avec lui la nature du processus d\u2019identification projective pathologique&nbsp;; cela produisait chez moi pendant les s\u00e9ances, une vigilance anxieuse qui allait bien au-del\u00e0 de mes habitudes relationnelles ordinaires. Je sentais monter la violence de ses motions pulsionnelles, et n\u2019ayant pas encore suffisamment travaill\u00e9 sur mes propres projections personnelles, je me raccrochais adh\u00e9sive-ment \u00e0 divers objets internes ou externes, et par exemple \u00e0 des affiches que j\u2019avais punais\u00e9es sur les murs de mon bureau. J\u2019ai mieux compris \u00e0 cette occasion combien ces objets me servaient en quelque sorte de messages adress\u00e9s \u00e0 ceux qui venaient m\u2019y rencontrer, ce que dans votre texte vous appelez votre \u201cmani\u00e8re de vous v\u00eatir\u201d. L\u2019une de ces affiches m\u2019avait \u00e9t\u00e9 offerte par une amie m\u00e9decin au retour d\u2019un voyage militant qu\u2019elle avait effectu\u00e9 l\u2019\u00e9t\u00e9 1973, quelque temps avant l\u2019assassinat de Salvador Allende. On y voyait des paramilitaires mettant en joue des femmes du peuple sans d\u00e9fenses, et le message implicite \u00e9tait le suivant&nbsp;: \u201cregardez comme ces pauvres femmes du peuple sont objectivement pers\u00e9cut\u00e9es par les d\u00e9j\u00e0 quasiputchistes&nbsp;; mobilisez vous tous internationalement pour soutenir Allende avant qu\u2019il ne soit trop tard&nbsp;!\u201d. Et les semaines qui ont suivi ont montr\u00e9 que ce message n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 entendu par les bonnes personnes. Au cours de cette s\u00e9ance, Jean-Luc me parle de la violence de son p\u00e8re avec sa m\u00e8re, avec sa s\u0153ur Myriam et avec lui quand il \u00e9tait b\u00e9b\u00e9, on lui a racont\u00e9 tout \u00e7a en d\u00e9tail et \u00e0 plusieurs reprises&nbsp;; et il ajoute que cette violence \u00e9tait normale puisque sa m\u00e8re \u00e9tait alcoolique, mais qu\u2019elle \u00e9tait insupportable exactement pour la m\u00eame raison. Son ambivalence \u00e9tait tr\u00e8s importante et lors de cette s\u00e9ance-l\u00e0, je me souviens que dans son visage ravag\u00e9 par l\u2019angoisse folle qui l\u2019envahissait rapidement, ne m\u2019apparaissaient que ses yeux exorbit\u00e9s et tendus comme dans un <em>Tex Avery<\/em>, l\u2019humour en moins. \u201cEt vous avez mis cette affiche l\u00e0 pour me dire que mon p\u00e8re aurait pu ex\u00e9cuter ma m\u00e8re, vous \u00eates un vrai salopard\u2026\u201d. Il se l\u00e8ve violemment, j\u2019ai un mouvement de recul et d\u2019effroi et il va frapper de son poing l\u2019affiche chilienne&nbsp;; le mur en tremble&nbsp;; il attrape un stylo sur mon bureau et avec ce pseudo-scalpel, il coupe l\u2019affiche et la d\u00e9chire rageusement. Avant que j\u2019ai pu trouver le bouclier de Pers\u00e9e pour me prot\u00e9ger de lui, il se rassoit, me regarde, et je me dis que je suis maintenant en t\u00eate d\u2019affiche pour l\u2019ex\u00e9cution suivante. J\u2019avais beaucoup parl\u00e9 de cette psychoth\u00e9rapie en supervision et nous avions \u00e9voqu\u00e9 la question cruciale du regard. Je baisse la t\u00eate pour quitter son regard meurtrier. Puis plus rien. Je m\u2019\u00e9tais endormi. Je sens alors un petit tapotement sur mon genou droit, puis comme sortie des limbes, une voix qui me dit avec des accents de maman s\u2019adressant \u00e0 son b\u00e9b\u00e9 qui a fait une trop longue sieste&nbsp;: \u201cVous devez \u00eatre bien fatigu\u00e9 pour vous endormir comme \u00e7a, docteur&nbsp;!\u201d. Et il commence \u00e0 me parler de ses souvenirs familiaux d\u2019une tout autre mani\u00e8re que pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette s\u00e9ance et plus g\u00e9n\u00e9ralement dans cette psychoth\u00e9rapie j\u2019ai eu l\u2019impression que j\u2019avais pu rejoindre bien s\u00fbr \u00e0 mon insu cette partie du b\u00e9b\u00e9 Jean-Luc, terroris\u00e9 par un p\u00e8re violent et ne trouvant que le sommeil pour se r\u00e9fugier, juste avant d\u2019\u00eatre litt\u00e9ralement transform\u00e9 en \u201cpierre\u201d par ce regard m\u00e9dusant. \u201cCe ne sont pas des capacit\u00e9s de maternage dans le sens adulte que nous mettons en \u0153uvre, dites-vous, mais plut\u00f4t notre possibilit\u00e9 de r\u00e9gression, l\u2019utilisation de traces sensorielles archa\u00efques qui ne sont pas fix\u00e9es chez l\u2019enfant souffrant\u201d. Et ajoutez-vous, en appui \u201csur la solidit\u00e9 de notre attachement basique\u201d. Et ce qui a vraiment chang\u00e9 apr\u00e8s cette exp\u00e9rience de \u201cdouble-transfert\u201d au sens de Salomon Resnik, c\u2019est mon impression profonde que l\u2019expression parano\u00efde de cet adolescent tr\u00e8s malade avait enfin pris pied dans son corps ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans son image du corps. Un beau dessin en couleur qu\u2019il va m\u2019offrir quelque temps plus tard montre un petit oiseau avec un grand bec tr\u00e8s long et pointu coinc\u00e9 entre un arbre explosant sur son dos et, sous son ventre, une barque. Il \u00e9tait d\u00e8s lors au milieu du gu\u00e9, et son \u00e9volution a permis un \u00e9quilibre assez satisfaisant de sa vie psychique. Quand j\u2019y repense avec un peu de recul, je me dis que mon appareil psychique a enregistr\u00e9 la forme traumatique, au sens des formes autistiques de Tustin, dans Jean-Luc, et que ces quelques signes sous jacents ont fait le lit de mon identification au b\u00e9b\u00e9 terroris\u00e9 en lui. Il avait pu projeter en moi la barque berceau au sein de laquelle il pouvait traverser endormi la rivi\u00e8re furieuse de son enfance pour \u00e9chapper aux explosions paternelles. Je dois vous avouer maintenant que, depuis cette exp\u00e9rience, j\u2019ai assez rarement dormi pendant les s\u00e9ances, mais par contre j\u2019ai souvent pu constater cette r\u00e9gression permettant l\u2019utilisation de traces sensorielles archa\u00efques qui ne sont pas fix\u00e9es chez l\u2019enfant souffrant. Vous en parlez \u00e9galement lorsque vous \u00e9crivez que \u201cles analystes qui travaillent avec les petits enfants autistes et psychotiques, savent tous combien le contact corporel est \u00e0 la base des \u00e9vidences transf\u00e9rentielles\u201d. Mais il me semble que cela reste vrai quelque soit l\u2019\u00e2ge des autistes et des psychotiques.<\/p>\n\n\n\n<p>David, un adolescent autiste, me saute litt\u00e9ralement dessus pendant une s\u00e9ance au cours de laquelle mon t\u00e9l\u00e9phone sonne alors qu\u2019il est en train d\u2019accepter que j\u2019entre dans le rituel de ses st\u00e9r\u00e9otypies gestuelles en faisant depuis quelques instants les m\u00eames st\u00e9r\u00e9otypies que lui en miroir. Je garde sur mon cou les traces de cet agrippement et je n\u2019ai pas compris tout de suite qu\u2019il mettait probablement en sc\u00e8ne un l\u00e2chage attentionnel de ma part et me montrait comment ces ruptures agissaient sur lui. Il m\u2019a sembl\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait en proie exactement \u00e0 ce que Winnicott d\u00e9crit dans sa crainte de l\u2019effondrement avec sa premi\u00e8re agonie primitive&nbsp;: ne pas cesser de tomber. J\u2019ai d\u2019abord r\u00e9agi par r\u00e9flexe d\u2019adulte agress\u00e9 en essayant de tirer sur ses mains en crochet pour les retirer de mon cou, mais j\u2019ai abouti \u00e0 renforcer l\u2019agrippement de ses ongles dans mon cou. J\u2019ai alors entendu en moi le souvenir d\u2019une infirmi\u00e8re tr\u00e8s dou\u00e9e avec David qui racontait comment elle se sortait de ces situations, et j\u2019ai chang\u00e9 de niveau de r\u00e9ponse, sinon d\u2019attitude interpr\u00e9tative&nbsp;: j\u2019ai mis ma main large dans son dos comme dit Genevi\u00e8ve Haag \u00e0 propos des b\u00e9b\u00e9s qui tremblent sur le ventre maternel, et emport\u00e9 dans ce geste de maternage, j\u2019ai chant\u00e9 doucement la comptine que nous chantons ensemble pour l\u2019ouverture de l\u2019atelier conte. Il a suffi de ces deux petits \u00e9l\u00e9ments en provenance de mon corps pour que David l\u00e2che mon cou et accepte le bercement qui venait renouer le contact perdu entre nous. Cela confirme bien l\u2019assertion que vous partagez avec Neyraut \u201cque notre contre-tranfert pr\u00e9existe \u00e0 la rencontre\u201d. Et vous ajoutez&nbsp;: \u201csi nous consid\u00e9rons le contre-transfert comme un \u00e9tat int\u00e9rieur mobilisable, les fondements de notre int\u00e9r\u00eat pour les enfants en construction reposent \u00e9videmment \u00e0 mon sens, dites-vous, sur des identifications archa\u00efques\u201d. Et je vous proposerais que \u201cl\u2019\u00e9tat int\u00e9rieur mobilisable\u201d dont vous parlez soit pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019objet d\u2019une recherche et d\u2019une pr\u00e9paration aupr\u00e8s de l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9quipe des soignants qui sont en contact avec l\u2019enfant autiste ou psychotique pour aller vers ce que Tosquelles appelait une \u201cconstellation transf\u00e9rentielle\u201d, une sorte de pare-excitation collectif, du fait m\u00eame du statut de l\u2019enfant en question dans son rapport \u00e0 l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce sens que lorsque nous avons d\u00e9cid\u00e9 de soigner Yoann de ses automutilations \u00e9pouvantables en lui proposant trois s\u00e9ances de psychoth\u00e9rapie par semaine, en am\u00e9nageant son cadre psychoth\u00e9rapique avec la technique du <em>packing<\/em>, une de celles qui met en pratique toute la th\u00e9orisation autour du moi-peau de Didier Anzieu, que nous avons vu progressivement ses mouvements d\u2019automutilation s\u2019amender au profit d\u2019abord d\u2019une forte hypertonie, puis de cris tr\u00e8s per\u00e7ants, puis de lallations d\u2019abord assez monotones, puis plus vari\u00e9es, et enfin de la prononciation d\u2019un petit mot <em>ala<\/em> qui nous a plong\u00e9 dans la perplexit\u00e9. L\u2019entretien avec les parents qui suit cette s\u00e9ance me permet d\u2019\u00e9voquer ce premier mot de Yoann prononc\u00e9 dans le service depuis son hospitalisation, et la m\u00e8re se met imm\u00e9diatement \u00e0 pleurer \u00e0 chaudes larmes. D\u00e8s qu\u2019elle a fini, je contiens mal mon impatience et lui demande&nbsp;: \u00e7a vous dit manifestement quelque chose&nbsp;? Et elle me r\u00e9pond tout de go&nbsp;: <em>\u00e0 la claire fontaine<\/em> \u00e9tait la seule chanson qui l\u2019endormait quand il \u00e9tait petit. A y r\u00e9fl\u00e9chir dans l\u2019apr\u00e8s coup, nous constatons lors des r\u00e9unions de la constellation transf\u00e9rentielle de Yoann avec les soignants qui m\u2019accompagnent dans son <em>packing<\/em> psychoth\u00e9rapique, que si les premiers sympt\u00f4mes d\u2019automutilation et d\u2019hypertonie restaient marqu\u00e9s irr\u00e9m\u00e9diablement du sceau de la folie autistique, c\u2019est la lecture en mode b\u00e9b\u00e9 des cris modul\u00e9s, puis des lallations qui a transform\u00e9 notre contre-transfert pour conduire, sans que nous le sachions le moins du monde alors, Yoann vers le chemin de son enfance.<br>Enfin, j\u2019ai \u00e9galement \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 que vous \u00e9voquiez la question des neurones miroirs dans leurs rapports avec la rencontre. On sait que Daniel Stern et d\u2019autres utilisent cette d\u00e9couverte de Rizolatti et consorts dans sa compr\u00e9hension renouvel\u00e9e des interactions pr\u00e9coces. Mais vous allez plus loin en proposant que cette image corticale repr\u00e9sente ce que l\u2019autre projette en nous, ou notre r\u00e9ponse, et dites-vous, \u201cnotre contre-transfert serait donc mat\u00e9rialis\u00e9 dans notre cortex c\u00e9r\u00e9bral\u201d. S\u2019ensuivent une s\u00e9rie de remarques sur ce sujet et vous concluez cette incise par&nbsp;: \u201cune telle effraction de mon moi-peau peut-elle ainsi se produire et me retirer cette protection&nbsp;? C\u2019est dans les cons\u00e9quences affectives de cette situation que se reconna\u00eet l\u2019analyste.\u201d Je crois profond\u00e9ment que vous tenez l\u00e0 une intuition tr\u00e8s importante qui montre \u00e0 mes yeux deux choses principales&nbsp;: tout d\u2019abord cela vient \u00e0 point pour illustrer toutes les perspectives nouvelles qui peuvent r\u00e9sulter de la mise en tension des perspectives neuroscientifiques et de la psychopathologie. J\u2019ai dit ailleurs que cela faisait partie pour moi des pistes passionnantes qui s\u2019ouvrent \u00e0 nous aujourd\u2019hui. Mais ensuite, vous prenez position sur le fait que le <em>setting<\/em> analytique permet justement de ne pas tomber dans le pi\u00e8ge du miroir f\u00fbt-il celui de ses propres neurones miroirs. L\u2019analyste est dans la position d\u2019\u00eatre en \u00e9cho, c\u2019est peu dire que le reflet est pr\u00e9sent, mais \u00e9galement dans l\u2019apr\u00e8s coup, d\u2019assumer une position tierce qui lui permet de se regarder en miroir avec le patient pour en abduire les hypoth\u00e8ses interpr\u00e9tatives possibles, un peu \u00e0 la mani\u00e8re de la maman avec son b\u00e9b\u00e9 qui doit op\u00e9rer une double adaptation avec lui&nbsp;: d\u2019une part identifi\u00e9e au b\u00e9b\u00e9 pour mieux r\u00e9pondre \u00e0 ses besoins primaires, et d\u2019autre part, toujours m\u00e8re pour pouvoir en r\u00e9pondre selon le principe de r\u00e9alit\u00e9.<br>Ma question serait alors&nbsp;: pensez-vous que le contre-transfert, s\u2019il pr\u00e9existe \u00e0 la rencontre, s\u2019il permet d\u2019assumer les fonctions de r\u00e9ceptacle du transfert du patient, contient \u00e9galement une fonction tierce qui va autoriser aussi bien les attitudes interpr\u00e9tatives fournies par le corps du psychoth\u00e9rapeute, une fois effectu\u00e9e la lecture des ic\u00f4nes, indices ou symboles dont il t\u00e9moigne, que les interpr\u00e9tations dans le registre du langage articul\u00e9 dans une parole qu\u2019il favorise&nbsp;? et que plus la pathologie se rapproche de l\u2019archa\u00efque et de la \u201cb\u00e9b\u00e9it\u00e9\u201d, plus le corps sera appel\u00e9 en renfort dans le dispositif de la cure&nbsp;? Il me semble que d\u2019accueillir aujourd\u2019hui les adolescents que nous recevons avec cette pens\u00e9e de la relation transf\u00e9rentielle nous permet d\u2019\u00eatre au plus pr\u00eat des pr\u00e9occupations qui les am\u00e8nent \u00e0 notre contact, et notamment de leurs parties b\u00e9b\u00e9s remises en sc\u00e8ne dans leur image du corps par ce que Gutton appelle le pubertaire. Alors peut-\u00eatre, dans certains cas, le son du corps, le soir au fond des bois\u2026<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10022?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le texte d\u2019Annie Anzieu non seulement m\u2019a beaucoup int\u00e9ress\u00e9 sur le plan conceptuel, mais m\u2019a \u00e9galement touch\u00e9 sur le plan affectif. La question du corps dans le contre-transfert y est mise en perspective d\u2019une fa\u00e7on convaincante. 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