{"id":10018,"date":"2021-08-22T07:31:09","date_gmt":"2021-08-22T05:31:09","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/rene-diatkine-psychanalyste-de-lenfant-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:31:09","modified_gmt":"2021-08-22T05:31:09","slug":"rene-diatkine-psychanalyste-de-lenfant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/rene-diatkine-psychanalyste-de-lenfant\/","title":{"rendered":"Ren\u00e9 Diatkine, psychanalyste de l&rsquo;enfant"},"content":{"rendered":"<p>Le tandem Lebovici\/Diatkine (Lebo le nommait lui-m\u00eame ainsi), \u00e2mes et cr\u00e9ateurs du Centre Alfred Binet, du \u00ab 13e \u00bb, \u00ab Mecque \u00bb de la psychanalyse d&rsquo;enfants, est encore tr\u00e8s vivace tant dans la m\u00e9moire que dans la pratique clinique de tous ceux qui ont suivi leurs s\u00e9minaires respectifs. La mort r\u00e9cente de Serge Lebovici a suscit\u00e9 de nombreux textes sur son ouvre et sur son h\u00e9ritage. La marque de son alter ego &#8211; mais cependant tr\u00e8s diff\u00e9rent &#8211; est peut-\u00eatre moins connue et occupe, en tous cas, moins d&rsquo;espace sur la sc\u00e8ne psy actuellement. Encore que le premier analyste de Diatkine ait \u00e9t\u00e9 Jacques Lacan&#8230;<\/p>\n<p>Le livre qui para\u00eet sur Ren\u00e9 Diatkine, quatre ans apr\u00e8s sa mort, tombe ainsi \u00e0 point nomm\u00e9 et permet &#8211; entre autre int\u00e9r\u00eat &#8211; de reconstituer l&rsquo;extraordinaire compl\u00e9mentarit\u00e9 de ces deux grands psychiatres psychanalystes qui ont travaill\u00e9 ensemble pendant pr\u00e8s de 50 ans et ont form\u00e9 une, voire deux, g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;analystes.<\/p>\n<p>Paul Denis, auteur de la belle pr\u00e9face de ce livre, \u00e9voque Diatkine comme psychanalyste et psychiatre. C&rsquo;est en effet par le biais de la seule d\u00e9marche analytique que Diatkine a appr\u00e9hend\u00e9 et les \u00e9tats psychiques et, peut-on dire, le monde en g\u00e9n\u00e9ral. Tr\u00e8s marqu\u00e9 par le livre de Georges Canguilhem, L<em>e normal et le pathologique<\/em> (PUF, 1943, cit\u00e9 par lui dans sa r\u00e9\u00e9dition de 1966), livre qui a introduit la relativit\u00e9 de la notion de normalit\u00e9 et a remis en cause les valeurs normatives de notre soci\u00e9t\u00e9, Ren\u00e9 Diatkine, arm\u00e9 de sa compr\u00e9hension de l&rsquo;ouvre de Freud, a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 poser que \u00ab l&rsquo;apparition d&rsquo;un \u00e9tat pathologique n&rsquo;est pas la lib\u00e9ration d&rsquo;une structure sous-jacente, mais la r\u00e9organisation du Moi sous la contrainte de multiples contradictions d\u00e9termin\u00e9es par les fantasmes inconscients \u00bb. Texte extr\u00eamement audacieux \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque (1967).<\/p>\n<p>La pens\u00e9e de Diatkine \u00e9tait, de fait, tout sauf fig\u00e9e, se tenant \u00e0 distance des tableaux cliniques rep\u00e9rables et des classifications nosographiques dont on avait eu jusque-l\u00e0 que trop tendance \u00e0 affubler les patients, les enfants en particulier. Au point m\u00eame que la notion de pr\u00e9psychose de l&rsquo;enfant dont il est l&rsquo;inventeur est, \u00e9crit Paul Denis \u00ab une cat\u00e9gorie ouverte qui d\u00e9crit plus une forme de fonctionnement mental \u00e0 un moment particulier de la vie d&rsquo;un enfant plut\u00f4t qu&rsquo;une forme morbide \u00bb.<\/p>\n<p>Diatkine voyait la th\u00e9orie comme un moyen d&rsquo;ouvrir les cat\u00e9gories nosogra-phiques \u00e9vitant toute forme de th\u00e9orisation qui aurait pu nuire au patient en l&rsquo;enfermant dans un destin assign\u00e9. Interrog\u00e9 un jour sur la validit\u00e9 de la formule \u00ab l&rsquo;inconscient est structur\u00e9 comme un langage \u00bb, il avait indiqu\u00e9 que pour lui tout d\u00e9pendait de l&rsquo;usage que l&rsquo;on faisait d&rsquo;une telle formule : hypoth\u00e8se de travail ou affirmation d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e.<\/p>\n<p>Tous ceux qui ont suivi son s\u00e9minaire ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par le respect que Diatkine avait pour ce que le patient apportait. Il aimait d&rsquo;ailleurs rappeler ce lointain souvenir de Sainte Anne de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre o\u00f9, un jour, le grand professeur de psychiatrie de l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9sentait un malade \u00e9tiquet\u00e9 schizophr\u00e8ne et ajoutait : \u00ab Ce monsieur se pr\u00e9tend po\u00e8te \u00bb. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois, disait Diatkine, que je rencontrais Antonin Artaud ! Une marque ind\u00e9l\u00e9bile de l&rsquo;h\u00e9ritage de Diatkine est d&rsquo;avoir montr\u00e9 aux analystes en formation \u00e0 quel point cette activit\u00e9 de d\u00e9couverte pouvait \u00eatre source de plaisir du fonctionnement mental. L&#8217;empathie joyeuse, curieuse, un brin ironique de Diatkine \u00e9coutant ou jouant avec les enfants, ou encore \u00e9coutant les jeunes coll\u00e8gues en s\u00e9minaire de contr\u00f4le de psychoth\u00e9rapies n&rsquo;est pas facilement racontable.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourtant ce \u00e0 quoi parvient fort bien ce livre \u00ab de \u00bb et \u00ab sur \u00bb Diatkine, compos\u00e9 pour partie d&rsquo;un ensemble d&rsquo;articles de l&rsquo;auteur publi\u00e9s dans les <em>Textes du<\/em> <em>Centre Alfred Binet,<\/em> et, pour l&rsquo;autre partie, de contributions de coll\u00e8gues de Diatkine qui donnent \u00e0 d\u00e9couvrir la palette extr\u00eamement diversifi\u00e9e des activit\u00e9s d&rsquo;analyste de ce dernier durant les cinquante ann\u00e9es de sa pratique (de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre \u00e0 1996). Notons un texte riche de Florence Guignard <em>L&rsquo;enfant et Ren\u00e9 Diatkine <\/em>qui situe bien sa position th\u00e9orique vis \u00e0 vis de celle et d&rsquo;Anna Freud et celle de M\u00e9lanie Klein. Un chapitre tr\u00e8s vivant d&rsquo;Alain Gibeault \u00ab raconte \u00bb une s\u00e9ance, avec un adolescent, de psychodrame analytique (dont Diatkine a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;inventeur en France avec Lebovici et le couple Kestemberg). Le psychodrame analytique est une technique pr\u00e9cieuse quand l&rsquo;indication est bien pos\u00e9e, car elle laisse au patient la possibilit\u00e9 d&rsquo;utiliser la n\u00e9gation dont Freud disait, dans son article de 1925, qu&rsquo;elle constituait \u00e0 la fois un substitut du refoulement et une lev\u00e9e partielle de celui-ci : les patients peuvent par le psychodrame trouver un compromis en disant \u00ab ce n&rsquo;est qu&rsquo;un jeu \u00bb, ce qui repr\u00e9sente \u00e0 la fois une affirmation et une n\u00e9gation.<\/p>\n<p>On retrouve ici Winnicott qui, au moyen du <em>squiggle<\/em> notamment (dessin fait conjointement par l&rsquo;analyste et l&rsquo;enfant), permettait aux patients d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 \u00ab un espace potentiel de jeu \u00bb et de retrouver ainsi une croyance dans la possibilit\u00e9 de r\u00eaver avec autrui. Le texte d&rsquo;E. Schmid-Kitsikis, <em>Ren\u00e9 Diatkine ou l&rsquo;\u00e9ternelle capacit\u00e9 de r\u00eaverie,<\/em> fait extraordinairement bien comprendre \u00e0 quel point Diatkine savait organiser la rencontre de l&rsquo;imaginaire de l&rsquo;enfant avec celle de son analyste, comment il savait retrouver l&rsquo;enfant dans l&rsquo;adulte. Ce qui permet de saisir \u00e0 quel point il est peut-\u00eatre plus difficile d&rsquo;\u00eatre psychanalyste d&rsquo;enfant que d&rsquo;adulte&#8230;<\/p>\n<p>Diatkine, parmi ses nombreux centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, a maintes fois mis en lumi\u00e8re le fait que l&rsquo;activit\u00e9 psychique de l&rsquo;enfant et celle de son langage se construisent en m\u00eame temps (marqu\u00e9 en cela par J. de Ajuriaguerra, son compagnon de d\u00e9part, g\u00e9nial psychiatre et neurologue, mais aussi inventeur perp\u00e9tuel \u00e0 l&rsquo;instar de Diatkine, fascin\u00e9 par l&rsquo;enfant (et par le b\u00e9b\u00e9, \u00ab le p\u00e8re de l&rsquo;homme \u00bb).<\/p>\n<p>Cette conviction l&rsquo;a conduit \u00e0 cr\u00e9er et mener avec Marie Bonnaf\u00e9 une \u00e9quipe extr\u00eamement originale, Acces (dont cette derni\u00e8re a rendu compte avec talent dans son ouvrage <em>Les livres, c&rsquo;est bon pour les b\u00e9b\u00e9s,<\/em> Calmann-L\u00e9vy, 1994). L&rsquo;id\u00e9e est simple, encore fallait-il lui donner un substrat th\u00e9orique : r\u00e9p\u00e9ter avec un enfant une belle histoire, toujours identique, sans rien changer au texte, lui permet d&rsquo;\u00e9laborer son angoisse et, en lui apprenant \u00e0 apprivoiser l&rsquo;absence de l&rsquo;adulte, d&rsquo;\u00e9laborer en m\u00eame temps l&rsquo;angoisse de mort (que peut en particulier susciter l&rsquo;approche du sommeil).<\/p>\n<p>Ce livre raconte aussi la cr\u00e9ation par Diatkine, dans le 13<sup>e<\/sup>, de l&rsquo;Unit\u00e9 de Soins Intensifs du Soir (Usis) qui a permis \u00e0 nombre d&rsquo;enfants, consid\u00e9r\u00e9s comme irr\u00e9cup\u00e9rables, de s&rsquo;en sortir. Ces enfants ou anciens enfants demandaient de ses nouvelles pendant sa maladie et, apr\u00e8s sa mort, s&rsquo;enqu\u00e9raient de savoir quand ils reverraient \u00ab le vieux monsieur \u00bb (cf. Pourquoi on m&rsquo;a n\u00e9 de Claude Avram, Calmann-L\u00e9vy, 1995). Le vieux monsieur n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait parti.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10018?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le tandem Lebovici\/Diatkine (Lebo le nommait lui-m\u00eame ainsi), \u00e2mes et cr\u00e9ateurs du Centre Alfred Binet, du \u00ab 13e \u00bb, \u00ab Mecque \u00bb de la psychanalyse d&rsquo;enfants, est encore tr\u00e8s vivace tant dans la m\u00e9moire que dans la pratique clinique de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[203],"auteur":[1702],"dossier":[941],"mode":[61],"revue":[942],"type_article":[451],"check":[],"class_list":["post-10018","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-hommages","auteur-genevieve-delaisi-de-parseval","dossier-rene-diatkine-psychanalyste-de-lenfant","mode-gratuit","revue-942","type_article-articles"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10018","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10018"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10018\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10018"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=10018"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=10018"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=10018"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=10018"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=10018"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=10018"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=10018"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=10018"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}