{"id":13018,"date":"2021-09-12T10:13:53","date_gmt":"2021-09-12T08:13:53","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/la-psychanalyse-va-t-elle-disparaitre\/"},"modified":"2021-09-17T15:50:06","modified_gmt":"2021-09-17T13:50:06","slug":"la-psychanalyse-va-t-elle-disparaitre","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/la-psychanalyse-va-t-elle-disparaitre\/","title":{"rendered":"La psychanalyse va-t-elle dispara\u00eetre ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Elsa Godart s\u2019attache dans cet ouvrage \u00e0 explorer les souffrances de nos contemporains. Pour l\u2019auteure, \u00e0 la postmodernit\u00e9 qui caract\u00e9risait les soci\u00e9t\u00e9s occidentales d\u2019apr\u00e8s-guerre a succ\u00e9d\u00e9 l\u2019hypermodernit\u00e9 qu\u2019elle d\u00e9finit par l\u2019exc\u00e8s, la d\u00e9mesure (l\u2019 \u00ab&nbsp;<em>hybris<\/em>&nbsp;\u00bb), l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 des limites et qui provoqueraient chez l\u2019individu hypermoderne ces nouvelles formes de souffrances contemporaines que sont les sentiments d\u2019incertitude, d\u2019ind\u00e9termination, le cumul des paradoxes. Nouveau \u00ab malaise dans la civilisation \u00bb s\u2019interroge l\u2019auteure ou simple prolongement d\u2019anciennes formes de souffrance qui ne cessent de revenir d\u00e9form\u00e9es tel un \u00e9ternel retour ? E. Godart questionne la place de l\u2019humain et de la singularit\u00e9 face aux logiques du chiffre, face \u00e0 la culture de l\u2019\u00e9valuation, \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif de la rentabilit\u00e9. S\u2019appuyant sur de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences sociologiques, philo-sophiques, anthropologiques et journalistiques, l\u2019auteure propose l\u2019id\u00e9e que la soci\u00e9t\u00e9 hypermoderne voit dispara\u00eetre le primat de la Raison, la croyance, h\u00e9rit\u00e9e des Lumi\u00e8res, dans les progr\u00e8s de la Science, la fin des structures collectives traditionnelles au profit d\u2019un individualisme forcen\u00e9 et d\u2019une qu\u00eate de jouissance imm\u00e9diate. Un rapport in\u00e9dit au temps et \u00e0 l\u2019espace se constitue alors : l\u2019avenir appara\u00eet porteur de menaces plus que de promesses. L\u2019individu hypermoderne se replie sur le pr\u00e9sent, voire sur le quotidien, dans une recherche de bien \u00eatre imm\u00e9diat et permanent. Le remplacement du discours par l\u2019image, omnipr\u00e9sente, est \u00e0 ce titre paradigmatique de l\u2019hypermodernit\u00e9. L\u2019image, nouveau langage, se substitue aux mots sans pour autant produire de sens. Le monde s\u2019\u00e9crit en photo selon E. Godart. C\u2019est le triomphe de l\u2019 \u00ab&nbsp;<em>eid\u00f4lon<\/em>&nbsp;\u00bb, de l\u2019image \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, symbole de l\u2019instantan\u00e9it\u00e9 v\u00e9hicul\u00e9e par&nbsp;<em>Facebook<\/em>&nbsp;ou&nbsp;<em>Snapchat.<\/em>&nbsp;L\u2019hypermodernit\u00e9 provoquerait \u00e9galement, selon l\u2019auteure, la diffraction de l\u2019individu en de multiples identit\u00e9s sociales fragment\u00e9es, dans une soci\u00e9t\u00e9 qui elle-m\u00eame ne cesse de s\u2019atomiser en de multiples particularismes ayant supplant\u00e9s les anciens modes de r\u00e9gulations sociales. L\u2019individu hypermoderne serait ainsi sans sentiment d\u2019unit\u00e9, sans possibilit\u00e9 de donner sens aux appartenances qui le forment et auquel il adh\u00e8re au gr\u00e9 des modes soci\u00e9tales. Enfin, un des derniers sympt\u00f4mes de cette hypermodernit\u00e9 est la qu\u00eate du \u00ab hors limite \u00bb, la surench\u00e8re du \u00ab toujours plus \u00bb, de l\u2019exc\u00e8s, la tentation de l\u2019extr\u00eame, une recherche du plaisir et du bonheur individuel permanent, une jouissance imm\u00e9diate dont t\u00e9moigne la recherche d\u2019une image de soi d\u00e9multipli\u00e9e \u00e0 l\u2019infini par les possibilit\u00e9s du virtuel, par les r\u00e9seaux sociaux. Le malaise, le mal-\u00eatre et la d\u00e9tresse n\u2019ont pourtant jamais \u00e9t\u00e9 aussi importants chez nos contemporains selon E. Godart. La vogue des techniques de d\u00e9veloppement personnel, le succ\u00e8s de la litt\u00e9rature sur le bonheur, le retour de la psychologie positive, le boum de la m\u00e9ditation et de la spiritualit\u00e9, l\u2019essor des th\u00e9rapies comportementalo-cognitivistes et associ\u00e9es (EMDR) seraient ainsi des tentatives de r\u00e9ponses aux contradictions de ce monde hypermoderne.<\/p>\n\n\n\n<p>Partant du principe que chaque soci\u00e9t\u00e9 produit ses propres sympt\u00f4mes, dans le second chapitre, l\u2019auteur se propose de d\u00e9crire une psychopathologie de la vie hypermoderne, prolongeant la r\u00e9flexion freudienne de&nbsp;<em>Psychopathologie de la vie quotidienne<\/em>. Elle s\u2019interroge cependant sur ces comportements qu\u2019elle d\u00e9crit comme \u00ab hybrides \u00bb, ni tout \u00e0 fait de l\u2019ordre du sympt\u00f4me ni tout \u00e0 fait du registre du comportement \u00ab sain \u00bb mais exprimant pourtant une r\u00e9elle souffrance. Elle les classe en six grandes cat\u00e9gories, qui sont autant de d\u00e9fis actuels lanc\u00e9s \u00e0 la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle distingue ainsi la&nbsp;<em>pathologie de la limite<\/em>, la limite \u00e9tant ici \u00e0 entendre dans toute sa polyphonie. L\u2019effacement des limites entre r\u00e9alit\u00e9 et virtuel serait \u00e0 ce titre symptomatique. E. Godart s\u2019int\u00e9resse aussi \u00e0 l\u2019absence de limites protectrices, qui ouvre \u00e0 tous les exc\u00e8s et qu\u2019elle illustre avec le \u00ab&nbsp;<em>tako-tsubo<\/em>&nbsp;\u00bb ou hyper-<em>burn-out<\/em>. Pathologie de l\u2019exc\u00e8s, le \u00ab&nbsp;<em>tako-tsubo&nbsp;<\/em>\u00bb qui signifie en japonais \u00ab le syndrome du c\u0153ur bris\u00e9 au travail \u00bb est une forme extr\u00eame de&nbsp;<em>burn-out&nbsp;<\/em>produisant des troubles cardiaques qui tuent litt\u00e9ralement les salari\u00e9s. L\u2019hypermodernit\u00e9 social produit ainsi toute une s\u00e9rie de sympt\u00f4mes que r\u00e9sume l\u2019expression actuelle de \u00ab souffrance au travail \u00bb. Conduites d\u2019exc\u00e8s qui interrogent la limite \u00e9galement, la \u00ab d\u00e9fonce ordalique \u00bb t\u00e9moigne d\u2019une recherche de jouissance et de sensations toujours plus intenses comme avec les comportements de \u00ab&nbsp;<em>binge drinking<\/em>&nbsp;\u00bb (d\u2019alcoolisation massive) ou les pratiques sportives extr\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les pathologies de l\u2019objet&nbsp;<\/em>sont un des enjeux majeurs de nos soci\u00e9t\u00e9s d\u2019hyper consommation et produisent une \u00ab folie \u00bb, une \u00ab addiction de l\u2019avoir \u00bb, qu\u2019illustre par exemple la pl\u00e9onexie, le fait de vouloir poss\u00e9der toujours plus, comportement favoris\u00e9 par la facilit\u00e9 d\u2019achat via&nbsp;<em>Internet<\/em>. Si l\u2019addiction \u00e0 poss\u00e9der n\u2019est pas un effet de l\u2019hypermodernit\u00e9, en revanche, devenir \u00ab accros \u00e0 la nouveaut\u00e9 \u00bb l\u2019est, au point d\u2019en faire le but ultime de sa vie, une qu\u00eate de sens, comme peuvent l\u2019\u00e9prouver les \u00ab accro \u00bb du dernier&nbsp;<em>IPhone<\/em>. Le smartphone, justement, provoque de nouvelles souffrances : nouveau \u00ab doudou \u00bb techno-logique contre l\u2019angoisse de s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>Par le terme de&nbsp;<em>pathologies du moi<\/em>, E. Godart d\u00e9signe la mise en sc\u00e8ne d\u2019une forme d\u2019hypertrophie du moi, observable par exemple dans le \u00ab&nbsp;<em>selfbranding&nbsp;<\/em>\u00bb, l\u2019autopromotion de soi&nbsp;<em>via<\/em>&nbsp;les r\u00e9seaux sociaux, et pour laquelle il s\u2019agit de savoir que l\u2019on est vu (dont t\u00e9moigne le \u00ab<em>&nbsp;like<\/em>&nbsp;\u00bb) pour \u00e9prouver le sentiment d\u2019exister. Ces pratiques t\u00e9moignent d\u2019une peur de l\u2019insignifiance combattue par le divertissement, au sens pascalien du terme, qui masque une angoisse de mort. De m\u00eame la recherche d\u2019un corps id\u00e9al, l\u2019exigence de beaut\u00e9 provoquent un conflit entre l\u2019id\u00e9al du moi, le moi id\u00e9al et la r\u00e9alit\u00e9, illustr\u00e9 par l\u2019importance des sympt\u00f4mes de dysmorphophobie ou la vague du culturisme.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les pathologies de l\u2019angoisse<\/em>, selon l\u2019auteure, s\u2019expriment moins du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019angoisse de mort que de l\u2019angoisse de n\u2019\u00eatre rien dont t\u00e9moigne le besoin imp\u00e9rieux d\u2019\u00eatre regard\u00e9 sur les r\u00e9seaux sociaux. Chaque photo de soi \u00ab&nbsp;<em>lik\u00e9e<\/em>&nbsp;\u00bb, regard\u00e9e par un autre anonyme permet de recomposer une \u00ab identit\u00e9 diffract\u00e9e \u00bb, une \u00ab subjectivit\u00e9 liquide \u00bb, chaque vid\u00e9o post\u00e9e est une tentative de faire corps avec sa subjectivit\u00e9 et de constituer ce que l\u2019auteure appelle une \u00ab subjectivit\u00e9 augment\u00e9e \u00bb. La recherche de \u00ab&nbsp;<em>followers&nbsp;<\/em>\u00bb constituent autant un besoin de reconnaissance qu\u2019une demande d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>E. Godart distingue \u00e9galement des&nbsp;<em>pathologies du vide<\/em>&nbsp;dont t\u00e9moignent les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019isolement social, d\u2019exclusion avec par exemple ces \u00ab fant\u00f4mes de l\u2019errance \u00bb que constituent dans nos soci\u00e9t\u00e9s les migrants ou encore les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019auto-exclusion illustr\u00e9s par les comportements d\u2019 \u00ab&nbsp;<em>Otku<\/em>&nbsp;\u00bb et d\u2019 \u00ab&nbsp;<em>Hikimori<\/em>&nbsp;\u00bb. Le premier terme d\u00e9signe en japonais des personnes qui se replient sur elles-m\u00eames et ne vivent plus que pour une passion : poup\u00e9e, culte d\u2019une idole, jeux vid\u00e9o\u2026 \u00ab&nbsp;<em>Hikimori<\/em>&nbsp;\u00bb d\u00e9signe, toujours en japonais, la r\u00e9clusion \u00e0 domicile d\u2019adolescents et de jeunes adultes (sympt\u00f4me non r\u00e9ductible \u00e0 une agoraphobie ou \u00e0 une d\u00e9pression) et l\u2019absence de lien r\u00e9el avec le monde. L\u2019auteure constate enfin un appauvrissement du lien \u00e0 l\u2019autre, ce qu\u2019elle nomme&nbsp;<em>les pathologies du lien<\/em>, alors que paradoxalement, il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 plus facile d\u2019entrer en contact&nbsp;<em>via<\/em>&nbsp;des forums et applications de rencontres. Mais les amis virtuels ou l\u2019hyper-consum\u00e9risme relationnel ne viennent pas contrebalancer le profond sentiment de solitude contemporain ou la d\u00e9shumanisation du lien dont t\u00e9moigne le \u00ab&nbsp;<em>ghosting&nbsp;<\/em>\u00bb, action qui consiste \u00e0 faire dispara\u00eetre, \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>ghoster<\/em>\u00bb l\u2019autre, du jour au lendemain, \u00e0 le rendre invisible, inexistant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le troisi\u00e8me chapitre, E. Godart questionne la possibilit\u00e9 pour la psychanalyse de se saisir de ces nouvelles souffrances contemporaines, de produire un discours sur le social, car la psychanalyse est aussi une anthropologie. L\u2019auteure interroge aussi la capacit\u00e9 de la psychanalyse \u00e0 pouvoir r\u00e9pondre aux souffrances produites par cette hypermodernit\u00e9. Par l\u2019attention qu\u2019elle porte \u00e0 la parole, \u00e0 la singularit\u00e9, \u00e0 la subjectivit\u00e9, la psychanalyse peut pr\u00e9server de l\u2019anonymat, de la normalisation, de la rentabilit\u00e9 produite par l\u2019hypermodernit\u00e9. Elle est une r\u00e9ponse possible au malaise contemporain. Loin de dispara\u00eetre, la psychanalyse peut \u00eatre aujourd\u2019hui une alternative possible tant qu\u2019elle reste une clinique de l\u2019humain. Et si l\u2019avenir de la psychanalyse, nous dit l\u2019auteure, se trouvait pr\u00e9cis\u00e9ment dans sa capacit\u00e9 \u00e0 se saisir des malaises contemporains aussi bien individuels que collectifs comme Freud le fit \u00e0 son \u00e9poque ?<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/13018?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2068],"mode":[60],"revue":[502],"auteur_livre":[2426],"class_list":["post-13018","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-francois-david-camps","mode-payant","revue-502","auteur_livre-elsa-godart"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/13018","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13018"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=13018"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=13018"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=13018"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=13018"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=13018"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=13018"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}