{"id":12993,"date":"2021-09-12T10:13:51","date_gmt":"2021-09-12T08:13:51","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/supervision-en-institution-et-analyse-de-pratiques\/"},"modified":"2021-09-15T16:30:43","modified_gmt":"2021-09-15T14:30:43","slug":"supervision-en-institution-et-analyse-de-pratiques","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/supervision-en-institution-et-analyse-de-pratiques\/","title":{"rendered":"Supervision en institution et analyse de pratiques"},"content":{"rendered":"\n<p>Lors de la d\u00e9couverte d\u2019articles ou d\u2019ouvrages th\u00e9orico-cliniques, nous sommes familiers du privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre invit\u00e9s \u00e0 \u00eatre t\u00e9moins proches de l\u2019intimit\u00e9 de la relation entre le patient et son th\u00e9rapeute, qui nous y invite en somme. Il est certes moins courant de pouvoir entrer quasi sans frapper dans les locaux o\u00f9 sont r\u00e9unies des \u00e9quipes institutionnelles enti\u00e8res et leur superviseur. D\u2019importants articles portant sur ces questions ont paru depuis de longues ann\u00e9es, et nous pensons particuli\u00e8rement aux riches publications de la&nbsp;<em>Revue Fran\u00e7aise de Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique de Groupe&nbsp;<\/em>ou de la revue&nbsp;<em>Connexions<\/em>&nbsp;pour ne citer que celles-ci. Mais un ouvrage entier pr\u00e9sentant une suite de r\u00e9flexions \u00ab synth\u00e9tiques \u00bb est plus rare. Nous rencontrons ici des \u00e9quipes pench\u00e9es sur leur t\u00e2che primaire, \u00e0 savoir le soin dans les institutions de la m\u00e9sinscription sociale comme les nommait A.-N. Henry, mais aussi sur leurs relations parfois p\u00e9nibles et toujours complexes, les questions de hi\u00e9rarchie, ou les multiples pans des circuits organisationnels qui vont souvent, nous le savons, se nicher dans les d\u00e9tails (comme le diable, nous disait Nietzche \u2026) ; les derni\u00e8res ann\u00e9es ont mis notamment en \u00e9vidence les souffrances g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les positions de gestion manag\u00e9riales, et la pand\u00e9mie de Covid-19 qui a surgit depuis la parution du livre de nos coll\u00e8gues belges, entra\u00eenant confinement, distanciations dans tous les sens du terme,&nbsp; n\u2019amenuisera certes pas les besoins r\u00e9flexifs des \u00e9quipes. Christophe Dejours, dont la pens\u00e9e est un des filigranes de l\u2019ouvrage, rappelle que \u00ab corps et travail ne sont pas des concepts reconnus de la m\u00e9tapsychologie freudienne ; (\u2026) Freud ne propose pas de th\u00e9orie du corps ni de th\u00e9orie du travail \u00bb (Dejours, Ch., Travail vivant, Tome 1, PBP, Payot, Paris, 2013, p.51). D. Robin, l\u2019un des auteurs du livre pr\u00e9sent\u00e9 ici, nous dit que travail \u00e9voquerait douleur voire torture, comme en t\u00e9moignerait son \u00e9tymologie antique \u00ab&nbsp;<em>tripalium&nbsp;<\/em>\u00bb. Mais c\u2019est aussi un \u00ab&nbsp;<em>espace am\u00e9nag\u00e9, constitu\u00e9 d\u2019un b\u00e2ti tr\u00e8s robuste\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb :&nbsp; lu sur le petit panneau explicatif fix\u00e9 sur cet ancien travail de mar\u00e9chal ferrant au sein d\u2019un vieux village du Tarn o\u00f9 m\u2019ont men\u00e9 mes pas r\u00e9cemment \u2026 Le travail est aussi un \u00ab cadre \u00bb, solidement tourn\u00e9 vers le vivant et la collaboration &#8230;<br><br>Cet ouvrage nous offre des repr\u00e9sentations en effet tr\u00e8s vivantes, concr\u00e8tes, et des exemples nombreux portant sur des dimensions institutionnelles tr\u00e8s diverses ; il nous fait cheminer \u00e0 travers les enjeux, y compris pour le superviseur (ou analyste des pratiques) tels qu\u2019ils s\u2019imposent, nous \u00ab prennent au jeu \u00bb et se travaillent au fil du processus, bien d\u00e9crit comme s\u2019amor\u00e7ant largement en amont de la \u00ab demande \u00bb formul\u00e9e, et se rejouant tout autant au cours de la \u00ab fin \u00bb de la relation liant l\u2019\u00e9quipe et son superviseur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lecteur est aussi, en somme, invit\u00e9 \u00e0 rejoindre l\u2019\u00e9quipe des auteurs, elle-m\u00eame au travail dans le plaisir de l\u2019\u00e9laboration, de la co-pens\u00e9e, s\u2019activant \u00e0 une co-\u00e9criture \u00e0 plusieurs mains et nous communiquant via un choix d\u2019exp\u00e9riences rapport\u00e9es, leur exp\u00e9rience sur le terrain, terrain fr\u00e9quemment parsem\u00e9 de traumas aux effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res. Le panel compos\u00e9 de dix auteurs est lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la transmission, certes vers le lecteur, mais aussi dans son propre groupe, en interne ; transpara\u00eet l\u00e0 le jeu subtil des rapports entre \u00ab vieux routiers \u00bb et praticiens plus jeunes. Ren\u00e9 Ka\u00ebs \u00e9crivait&nbsp; : \u00ab \u2026<em>&nbsp;la formation consiste dans le processus sur lequel elle se construit et sur les effets de capacit\u00e9 (P. Ric\u0153ur, 2004) qu\u2019elle engendre \u00bb (Le travail psychique de la formation, Dunod, Paris, 2011, p.25) ; dans ce m\u00eame ouvrage, N. Vander Elst et G. Gimenez mettent l&rsquo;accent sur le fait que \u00ab se former c\u2019est h\u00e9riter et s\u2019approprier un h\u00e9ritage<\/em>&nbsp;\u00bb. Nous sommes ici dans ce registre. A d\u00e9faut sans doute de rencontrer une \u00ab conflictualit\u00e9 \u00bb plus franche portant sur les \u00e9carts th\u00e9oriques, le lecteur qui cherche \u00e0 ne pas s\u2019emp\u00eatrer dans ceux-ci ou \u00e0 \u00e9viter les risques et impasses de la pens\u00e9e unique, trouvera certes sa satisfaction et le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une claire diversit\u00e9&nbsp; : clart\u00e9 int\u00e9grant une dimension historique, voire quelque peu \u00ab encyclop\u00e9dique \u00bb comme en t\u00e9moignent la bibliographie et les nombreuses r\u00e9f\u00e9rences aux auteurs qui furent pour certains pionniers en mati\u00e8re d\u2019approche des institutions et des complexes rapports au travail. Nous retrouvons par exemple \u00e9voqu\u00e9s au fil des pages les travaux de Stanton et Schwartz (1954), W.R. Bion (1962), H. Freudenberger (1982 ; \u00ab inventeur \u00bb \u00e0 ses d\u00e9pens de la notion de<em>&nbsp;burn-out<\/em>), E. Dessoy (1993), P.-C. Racamier (1993) ou encore P. Fustier (2004), J. Oury (2003, 2007) et R. Roussillon (1987, 1991).<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, l\u2019ouvrage ne nous engage gu\u00e8re dans les m\u00e9andres des confrontations ou des nuances &#8211; m\u00eame si celles-ci peuvent bien s\u00fbr s\u2019av\u00e9rer significatives &#8211; entre les conceptions tant\u00f4t famili\u00e8res au syst\u00e9micien, tant\u00f4t au psychanalyste ; il fait plut\u00f4t le pari d\u2019un \u00ab \u00e9clectisme \u00e9clair\u00e9 \u00bb et d&rsquo;une certaine pragmatique qui conviendra aux lecteurs d\u00e9sireux de se faire une id\u00e9e assez directe et illustr\u00e9e de ce qui peut animer pens\u00e9es et r\u00e9flexions de superviseurs d\u2019\u00e9quipes. Les textes sont d\u00e8s lors abordables pour qui s\u2019int\u00e9resse au travail en \u00e9quipe, du dedans ou du dehors pourrait-on dire : mais les auteurs nous indiquent fort bien que nul n\u2019est jamais vraiment \u00ab hors \u00bb de l\u2019institution et de ses multiples niveaux et enchev\u00eatrements conscients ou non ; ceux-ci nous happent, nous rattrapent, nous incluent y compris lorsque nous pr\u00e9tendons occuper une position d\u2019intervenants dits \u00ab tiers \u00bb (p 99).<\/p>\n\n\n\n<p>Nous trouvons dans ce livre des pistes pour penser les champs d\u2019intervention, d\u00e9crire les modes de direction institutionnelle, la construction du cadre, les m\u00e9ta-fonctions de la supervision ou de l\u2019analyse de pratiques, les isomorphismes, certaines sp\u00e9cificit\u00e9s des dynamiques institutionnelles \u00e0 la source des demandes d\u2019intervention, pour approcher les techniques de m\u00e9diatisation d\u00e9velopp\u00e9es notamment en pratique syst\u00e9mique, ou, pour terminer, la question \u2026 de la fin de l\u2019intervention. Notons qu\u2019un glossaire compl\u00e8te l\u2019ouvrage : il guidera le lecteur dans la compr\u00e9hension des concepts avec lesquels il serait moins familier, notamment selon ses \u00ab habitudes \u00bb th\u00e9oriques de base. En effet, comme nous le sugg\u00e9rions plus haut, l\u2019ouvrage est probablement aussi bien destin\u00e9 au praticien lui-m\u00eame engag\u00e9 dans des t\u00e2ches d\u2019analyse des pratiques et d\u00e9sirant \u00e9tayer sa r\u00e9flexion, qu\u2019aux membres d\u2019\u00e9quipes soignantes (\u00e9ducateurs, cadres ou responsables, par exemple) mus par le besoin ou l\u2019int\u00e9r\u00eat de mieux situer ou comprendre certains enjeux de la dynamique travers\u00e9e par le groupe institutionnel, par exemple au d\u00e9cours d\u2019une phase de supervision ou d\u2019analyse de pratiques&nbsp; \u2026 ou plut\u00f4t dans leur apr\u00e8s coup : de fait, il me semble toujours pr\u00e9f\u00e9rable que l\u2019 \u00ab en-jeu \u00bb (terme emprunt\u00e9 \u00e0 R. Roussillon) &#8211; souvent largement inconscient mais pour autant tout aussi producteur d\u2019effets, voire de \u00ab surprises \u00bb op\u00e9rantes &#8211; reste situ\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du transfert spontan\u00e9 sur le superviseur et sur le dispositif plut\u00f4t que du c\u00f4t\u00e9 de la rationalit\u00e9, de la secondarisation ou de l\u2019intellectualisation dans laquelle une lecture \u00ab en temps r\u00e9el \u00bb risque toujours de nous pousser.<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs insistent sur leur conviction que le travail en institution devrait \u00eatre n\u00e9cessairement un lieu de conflit et de plaisir ; une des conditions \u00e0 atteindre, \u00e9crivent-ils en s\u2019appuyant sur D.W. Winnicott, sera que \u00ab l\u2019institution et son fonctionnement puissent \u00eatre suffisamment bons,&nbsp; voire \u201cjuste assez bon\u201d \u00bb (p.225). Une des facettes de cette \u00ab capacit\u00e9 \u00bb, qui constitue un des fils rouges de l\u2019ouvrage et de nos pratiques, serait : transcender l\u2019opposition beaucoup trop simpliste entre les dits utilisateurs et les dits professionnels (p. 207). Permettre une large d\u00e9couverte, donner des rep\u00e8res th\u00e9oriques vari\u00e9s, nous immerger tr\u00e8s concr\u00e8tement dans une s\u00e9rie de situations sous forme de vignettes : voici l\u2019offre de ce travail collectif de 250 pages. Le lecteur d\u00e9sireux de s\u2019engager plus profond\u00e9ment dans les ombres et lumi\u00e8res des institutions vues davantage comme des appareillages psychiques (R. Ka\u00ebs) au sein desquels les dispositifs de soins eux-m\u00eames peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme r\u00e9gis largement, eux-aussi, selon des processus inconscients, trouveront \u00e0 poursuivre leurs recherches notamment dans un ouvrage paru \u00e0 peine quelques semaines plus tard, chez Dunod, sous la direction de J.-P. Pinel et G. Gaillard, auteurs majeurs dont on ne trouve pas l\u2019\u00e9vocation, assez \u00e9tonnamment, dans le pr\u00e9sent livre. Nous pourrions voir dans cet \u00e9cart ou ce hasard le reflet de ce qu\u2019en mati\u00e8re d\u2019institutions, y compris celles rassemblant les sp\u00e9cialistes de la question &#8211; syst\u00e9miciens, psychanalystes, ou autres &#8211; tout est sans cesse \u00e0 remettre sur le m\u00e9tier pour lier, d\u00e9construire et reconstruire, se perdre pour tenter d\u2019approfondir et de comprendre \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs nous invitent fort bien \u00e0 les suivre dans le plaisir et le conflit, dont ils font l\u2019\u00e9loge comme ils l\u2019annoncent dans le sous-titre ; ils rejoignent ce que N. Vander Elst et G. Gimenez \u00e9crivaient apr\u00e8s avoir eux aussi insist\u00e9 sur la dimension \u00ab ludique, maturante et narcissisante \u00bb, des processus de formation : \u00ab la formation est une transformation potentiellement anxiog\u00e8ne et porteuse de souffrance : on se transforme, on perd et on se perd en se formant \u2026 \u00bb. Lire un ouvrage riche de diverses approches et largement illustr\u00e9 d\u2019exemples cliniques ouvre d\u00e8s lors un espace \u00ab \u00e0 t\u00eate repos\u00e9e \u00bb pour aborder les complexit\u00e9s de ce qui se d\u00e9pose et se cristallise dans les lieux de supervision et d\u2019analyse des pratiques en institution.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12993?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2122],"mode":[60],"revue":[517],"auteur_livre":[2401,2400,2399],"class_list":["post-12993","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-michel-cailliau","mode-payant","revue-517","auteur_livre-christine-vander-borght","auteur_livre-muriel-meynckens-fourez","auteur_livre-philippe-kinoo"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12993","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12993"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12993"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12993"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12993"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12993"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12993"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12993"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}