{"id":12951,"date":"2021-09-12T10:13:47","date_gmt":"2021-09-12T08:13:47","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/la-seconde-vie-des-bebes-morts\/"},"modified":"2021-09-28T18:10:48","modified_gmt":"2021-09-28T16:10:48","slug":"la-seconde-vie-des-bebes-morts","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/la-seconde-vie-des-bebes-morts\/","title":{"rendered":"La seconde vie des b\u00e9b\u00e9s morts"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019ouvrage de la sociologue Dominique Memmi est une lecture essentielle pour celui qui r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la question de la mort en p\u00e9rinatalit\u00e9. Au-del\u00e0 de l\u2019int\u00e9res-sante th\u00e8se qui y est d\u00e9velopp\u00e9e et sur laquelle nous reviendrons, ce texte fait suite \u00e0 une importante revue de la litt\u00e9rature sur ce th\u00e8me et apporte des \u00e9l\u00e9ments bibliographiques tr\u00e8s riches. En effet, l\u2019auteur recueille \u00e0 la fois des propos et des publications de personnels soignants (sages-femmes, pu\u00e9ri-cultrices, m\u00e9decins), de parents ayant v\u00e9cu la perte d\u2019un b\u00e9b\u00e9 ou d\u2019un f\u0153tus, des articles issus de recherches internationales sur le deuil p\u00e9rinatal, des r\u00e9f\u00e9rences historiques dans l\u2019art et la litt\u00e9rature, des \u00e9crits de psycho-logie et de psychanalyse et de nombreux autres t\u00e9moignages tels que ceux du photographe d\u2019un h\u00f4pital qui est en charge des clich\u00e9s des enfants d\u00e9c\u00e9d\u00e9s ou n\u00e9s sans vie. Une telle vari\u00e9t\u00e9 ne peut que nous apporter un \u00e9clairage vaste et r\u00e9fl\u00e9chi sur le sujet, au risque de nous y perdre parfois.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre est centr\u00e9 sur les pratiques hospitali\u00e8res autour du d\u00e9c\u00e8s d\u2019un enfant n\u00e9 sans vie et plus pr\u00e9cis\u00e9ment questionne les usages actuels qui consistent \u00e0 montrer le b\u00e9b\u00e9 aux parents, \u00e0 les inciter \u00e0 le prendre dans les bras pour pouvoir \u00ab d\u00e9clencher \u00bb le \u00ab travail de deuil \u00bb. Il vient interroger \u00ab le caract\u00e8re scientifiquement incertain de ces pratiques \u00bb, quitte \u00e0 heurter ceux ayant v\u00e9cu ce drame, profanes pour qui ces rituels viennent relier l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 des mod\u00e8les plus \u00e9loign\u00e9s de l\u2019\u00e9poque moderne et du d\u00e9ni de la mort qui lui est associ\u00e9, et enfin professionnels y ayant longuement et profon-d\u00e9ment r\u00e9fl\u00e9chi. De fa\u00e7on plus large, Dominique Memmi s\u2019inter-roge sur ce que le r\u00e9cent changement des conduites vient dire de la red\u00e9finition contem-poraine des identit\u00e9s : \u00ab Que s\u2019est-il donc pass\u00e9, plus g\u00e9n\u00e9ra-lement, pour que se r\u00e9pande une r\u00e9flexivit\u00e9 nouvelle sur la trace face \u00e0 la mort ? Pour que le&nbsp; \u00ab reste \u00bb, mat\u00e9riel et concret, se pr\u00e9sente aujourd\u2019hui comme d\u00e9si-rable pour objectiver la perte ? Pour que le support corporel serve de m\u00e9tonymie infiniment d\u00e9sirable pour penser le \u00ab tout \u00bb de l\u2019autre et de soi-m\u00eame ? \u00bb. Elle va s\u2019attacher \u00e0 essayer de comprendre le revirement rapide des pratiques hospitali\u00e8res : \u00ab Entre les ann\u00e9es 80 et 90, une page dans l\u2019histoire du rapport \u00e0 la mort a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e \u00bb. Elle tente ainsi d\u2019\u00f4ter \u00ab l\u2019accent d\u2019intemporalit\u00e9 \u00bb attribu\u00e9 \u00e0 ces nouvelles coutumes.<\/p>\n\n\n\n<p>Un premier constat est celui de la contradiction qu\u2019il existe entre les services d<em>\u2019Interruptions Volon-taires de Grossesse&nbsp;<\/em>(IVG) et d\u2019<em>Interruptions M\u00e9dicales de Grossesse<\/em>&nbsp;(IMG). En effet, dans les services o\u00f9 des IMG sont pratiqu\u00e9es, il est courant d\u2019encou-rager les parents \u00e0 voir et porter leur enfant, tandis que pour les IVG on consid\u00e8re que c\u2019est un f\u0153tus, un \u00ab d\u00e9chet \u00bb qu\u2019il ne convient pas de montrer ou de repr\u00e9senter. Le b\u00e9b\u00e9 qui est montr\u00e9 est plac\u00e9 dans le monde des vivants, il est lav\u00e9, couvert, souvent avec un bonnet et une peluche \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, comme&nbsp; \u00ab endormi et socialis\u00e9 \u00bb. Cela permettrait dans un premier temps de partager des souvenirs avec lui, puis de le penser d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans un deuxi\u00e8me temps. \u00ab Le f\u0153tus qu\u2019on a \u00ab\u00a0tu\u00e9\u00a0\u00bb devient une fois expuls\u00e9 un b\u00e9b\u00e9 mort \u00bb. Il permet de faire de la femme pr\u00e9c\u00e9demment enceinte une m\u00e8re, avec un p\u00e8re, qui reconnaisse socialement leur enfant et de qui donc la souffrance sera reconnue.&nbsp;<br>Or, il est constat\u00e9 dans cet ouvrage que le r\u00e9cent changement des pratiques n\u2019est parti ni d\u2019une demande sociale claire, ni des parents. Il appara\u00eet m\u00eame, dans le discours de ces derniers, une certaine pression, exerc\u00e9e par l\u2019\u00e9quipe qui les persuade de le voir ou le toucher.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mouvement serait donc plut\u00f4t parti d\u2019une proposition des professionnels, des sages-femmes en particulier. Seulement, contrai-rement \u00e0 ce qui appara\u00eet comme argument dans le discours de ces \u00e9quipes, il est impossible de trouver dans la litt\u00e9rature une preuve scientifique de la n\u00e9cessit\u00e9 \u00cfJde voir et toucher le b\u00e9b\u00e9 pour pouvoir entamer l\u2019\u00e9laboration du deuil. Des enqu\u00eates ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es, mais aucune ne fait clairement appara\u00eetre des r\u00e9sultats de cet ordre, et la plupart ne sont pas statistiquement pertinentes. L\u2019auteur cherche ensuite l\u2019expli-cation de ces r\u00e9centes coutumes dans la th\u00e9orie psychanalytique. Elle ne retrouve pas chez Freud l\u2019id\u00e9e que l\u2019emp\u00eachement du deuil soit d\u00fb \u00e0 l\u2019absence d\u2019op\u00e9ration de mat\u00e9rialisation, de pr\u00e9sentation ou de repr\u00e9sentation de la mort, mais bien \u00e0 des conflits intrapsy-chiques complexes et une incapacit\u00e9 \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 l\u2019ambivalence dans les sentiments ressentis pour le d\u00e9funt. Elle constate finalement que cette r\u00e9volution a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e par la clinique hospitali\u00e8re, par des intuitions de soignants, psychistes et somaticiens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le point commun entre les praticiens hospitaliers et les chercheurs fran\u00e7ais ou \u00e9trangers est qu\u2019ils s\u2019accordent sur \u00ab le caract\u00e8re insoutenable de la douleur des m\u00e8res face \u00e0 un projet d\u2019enfant non abouti \u00bb et de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un soutien important, non seulement familial, mais aussi de la part des professionnels de sant\u00e9. Ce soutien serait le principal facteur de satisfaction des parents et d\u2019\u00e9vitement du deuil patho-logique. L\u2019auteur se penche alors plus longuement sur les appuis th\u00e9oriques nouveaux qui sous-tendent le concept de \u00ab d\u00e9sir d\u2019enfant \u00bb pour comprendre la souffrance attribu\u00e9e aujourd\u2019hui \u00e0 son \u00ab avortement \u00bb. Finalement, il est possible de parler d\u2019une demande parentale de ces nouvelles pratiques, au travers de l\u2019\u00e9volution historique du d\u00e9sir d\u2019enfant et du r\u00f4le jou\u00e9 par les soignants pour le faire entendre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 une disparition sociale des rituels religieux, des rituels la\u00efques se mettent en place pour penser le mort et la mort. \u00ab Le souci des professionnels de rendre la&nbsp;<em>gravitas<\/em>&nbsp;aux individus dicte diff\u00e9rents bricolages, formations d\u00e9fensives qui seraient moins retour au pass\u00e9 qu\u2019invention adaptative visant \u00e0 freiner, par le poids de chair dont elle leste les sujets, la fragmentation des identit\u00e9s individuelles et collec-tives r\u00e9guli\u00e8rement fragilis\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12951?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2101],"mode":[61],"revue":[280],"auteur_livre":[2365],"class_list":["post-12951","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-jessica-shulz","mode-gratuit","revue-280","auteur_livre-dominique-memmi"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12951","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12951"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12951"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12951"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12951"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12951"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12951"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12951"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}