{"id":12930,"date":"2021-09-12T10:13:44","date_gmt":"2021-09-12T08:13:44","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/limpossible-enfant\/"},"modified":"2021-09-22T18:42:45","modified_gmt":"2021-09-22T16:42:45","slug":"limpossible-enfant","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/limpossible-enfant\/","title":{"rendered":"L&rsquo;impossible enfant"},"content":{"rendered":"\n<p><em>L\u2019impossible enfant&nbsp;<\/em>est le r\u00e9cit du parcours d\u2019<em>Assistance M\u00e9dicale \u00e0 la Procr\u00e9ation<\/em>&nbsp;(AMP) d\u2019une femme qui s\u2019est engag\u00e9e tardivement dans un projet de maternit\u00e9. A travers cet ouvrage, G\u00e9raldine Jumel-Lhomme souhaite apporter le t\u00e9moignage rare de ceux qu\u2019elle nomme la \u00ab minorit\u00e9 silencieuse, solitaire, meurtrie et honteuse \u00bb qui sortent de ce parcours sans \u00eatre parvenus \u00e0 devenir parents. Ce r\u00e9cit est \u00e0 la fois \u00e9minemment singulier, li\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019auteur, mais aussi embl\u00e9matique des \u00e9tapes travers\u00e9es par les couples dans un parcours d\u2019AMP : le choc de la d\u00e9couverte de l\u2019infertilit\u00e9, l\u2019intrusion des examens m\u00e9dicaux, le sentiment d\u2019impuissance associ\u00e9 au recours \u00e0 l\u2019AMP, la r\u00e9activation du trauma \u00e0 chaque \u00e9chec, l\u2019alternance entre espoir et d\u00e9sespoir, le repli, la mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du couple, et puis le difficile renoncement \u00e0 l\u2019AMP. Ce dernier point est tout \u00e0 fait int\u00e9ressant car si beaucoup d\u2019\u00e9tudes s\u2019int\u00e9ressent au v\u00e9cu de ces couples devenus parents, peu d\u2019\u00e9tudes offrent la possibilit\u00e9 de comprendre comment les couples engag\u00e9s dans un parcours m\u00e9dical parfois tr\u00e8s long et \u00e9prouvant parviennent \u00e0 s\u2019en d\u00e9gager. Une r\u00e9flexion sur le don d\u2019ovocytes, sur la loi de bio\u00e9thique et sur l\u2019accompagnement des couples qui se rendent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour ce don, est \u00e9galement propos\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En introduction, G. Jumel-Lhomme revient, dans l\u2019apr\u00e8s-coup de son parcours, sur ce qui aurait contri-bu\u00e9 \u00e0 son engagement tardif dans un projet de maternit\u00e9. Cet engagement tardif pr\u00e9occupe de plus en plus les \u00e9quipes m\u00e9dicales qui voient r\u00e9guli\u00e8rement arriver dans leur service des femmes qui sont \u00e0 la limite de l\u2019\u00e2ge o\u00f9 il est encore biologiquement possible de concevoir un enfant. Cette situation contribue \u00e0 l\u2019augmen-tation de demandes de prise en charge en AMP, et notamment pour un don d\u2019ovocytes. Depuis une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, le bouleversement des circonstances de la procr\u00e9ation a entra\u00een\u00e9 des changements dans la fa\u00e7on dont les femmes appr\u00e9hendent la maternit\u00e9. La contraception et la d\u00e9p\u00e9nalisation de l\u2019avortement ont donn\u00e9 aux femmes la libert\u00e9 apparente de ma\u00eetriser la survenue d\u2019une grossesse : plus aucune place ne serait laiss\u00e9e au hasard.&nbsp;<br>La d\u00e9cision d\u2019avoir un enfant s\u2019inscrirait alors, le plus souvent, dans un projet d\u2019enfant o\u00f9 le couple exprime consciemment son d\u00e9sir de devenir parents. Or, toute la complexit\u00e9 s\u2019inscrit dans ce changement : d\u00e9sirer un enfant. Comme le souligne J. Andr\u00e9 (2009), \u00ab si la libert\u00e9 politique est r\u00e9jouissante, la libert\u00e9 psychique est angoissante. Il ne suffit plus de \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb un enfant, il faut encore le d\u00e9sirer \u00bb. Parall\u00e8lement \u00e0 cette r\u00e9volution, l\u2019\u00e2ge de la conception recule, ce qui est souvent mis en lien avec des contraintes sociales. G\u00e9raldine Jumel-Lhomme nous explique ainsi son d\u00e9sir de s\u2019\u00e9panouir d\u2019abord dans sa vie professionnelle apr\u00e8s de longues \u00e9tudes et sa difficult\u00e9 \u00e0 trouver un homme de confiance avec lequel elle pourrait concevoir un enfant ; autant d\u2019obstacles mis au service de l\u2019ambivalence de son d\u00e9sir d\u2019enfant. Elle d\u00e9crit ainsi ce qui, de son histoire, l\u2019aurait conduite \u00e0 repousser ce projet, \u00e0 mener sa vie \u00ab en \u00e9vitant soigneusement la question de l\u2019enfant \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 il est encore possible de le faire \u00bb. La d\u00e9cision tardive des couples de s\u2019engager dans un projet d\u2019enfant constitue un pari risqu\u00e9, souvent m\u00e9connu ou d\u00e9ni\u00e9 en raison notamment de la m\u00e9diatisation des techniques d\u2019AMP qui peut donner l\u2019illusion d\u2019une ma\u00eetrise quasi intemporelle de la procr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 42 ans, peu de temps apr\u00e8s la rencontre de son compagnon, que G\u00e9raldine Jumel-Lhomme s\u2019engage dans un projet d\u2019enfant. Elle apprend alors qu\u2019ils n\u2019ont que 4% de chances de donner naissance \u00e0 un enfant vivant. Au choc de l\u2019annonce, succ\u00e8de \u00ab le secret espoir de figurer dans l\u2019infime groupe des \u00e9lues \u00bb. Elle d\u00e9couvrira \u00e9galement qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9e<em>&nbsp;in utero&nbsp;<\/em>au Distilb\u00e8ne, ce qui r\u00e9duit la fertilit\u00e9, augmente les risques de grossesses extra-ut\u00e9rines, les fausses couches et le risque d\u2019accouche-ment pr\u00e9matur\u00e9. A l\u2019issue de stimulations ovariennes infruc-tueuses, G\u00e9raldine Jumel-Lhomme est orient\u00e9e \u00e0 pr\u00e8s de 45 ans vers un don d\u2019ovocytes qui ne pourra avoir lieu qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger en raison de son \u00e2ge. Elle expose les multiples renoncements impliqu\u00e9s par la non transmission de sa filiation g\u00e9n\u00e9tique. Comme la plupart des femmes dans sa situation, la mise en avant de l\u2019importance de la grossesse dans la conception d\u2019un enfant lui a permis de minimiser celle de la donneuse et des ovocytes donn\u00e9s. Ce travail de d\u00e9n\u00e9gation a favoris\u00e9 la mise \u00e0 distance du fantasme de revendication de l\u2019enfant par la donneuse et de la crainte de ne pas \u00eatre reconnue comme m\u00e8re par son enfant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce r\u00e9cit illustre aussi la dimension traumatique de l\u2019exp\u00e9rience d\u2019infertilit\u00e9 qui vient faire effraction dans le psychisme en d\u00e9bordant ses capacit\u00e9s de liaison. Si le recours \u00e0 l\u2019AMP peut \u00eatre, dans un premier temps, protecteur en r\u00e9introduisant de l\u2019espoir, la r\u00e9p\u00e9tition successive des \u00e9checs amplifie la douleur de l\u2019infertilit\u00e9. G\u00e9raldine Jumel-Lhomme d\u00e9crit ainsi l\u2019euphorie li\u00e9e au premier don d\u2019ovocytes. D\u00e8s son retour de Madrid, elle s\u2019imagine enceinte et n\u2019envisage absolument pas de se retrouver, selon ses termes, \u00ab dans le groupe des \u00e9checs \u00bb. L\u2019\u00e9chec de ce premier don r\u00e9activera alors la douleur de l\u2019infertilit\u00e9. Les transferts d\u2019embryons infructueux se succ\u00e8deront dans un temps tr\u00e8s rapproch\u00e9. L\u2019intensit\u00e9 de l\u2019effrac-tion et de la douleur li\u00e9e \u00e0 ces \u00e9checs a \u00e9t\u00e9 telle que son sentiment de continuit\u00e9 d\u2019exister s\u2019est mis \u00e0 vaciller. Un cinqui\u00e8me transfert permettra la survenue d\u2019une grossesse qui s\u2019interrompra un mois plus tard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que le couple s\u2019\u00e9tait fix\u00e9 un an de tentatives, G\u00e9raldine Jumel-Lhomme s\u2019est trouv\u00e9e dans l\u2019impossibilit\u00e9 de renoncer et de prot\u00e9ger son int\u00e9grit\u00e9 et celle de son couple. Elle a refus\u00e9 d\u2019en-tendre ceux qui l\u2019invitaient \u00e0 renoncer \u00e0 ce projet. Les regrets et la culpabilit\u00e9 li\u00e9s \u00e0 l\u2019interruption volontaire d\u2019une grossesse \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 28 ans, et ceux de s\u2019\u00eatre engag\u00e9e trop tardivement dans un projet de grossesse ont contribu\u00e9 \u00e0 cet acharnement. Il lui \u00e9tait impossible de s\u2019encombrer du regret de ne pas \u00eatre all\u00e9e jusqu\u2019au bout, et ce malgr\u00e9 le d\u00e9saccord de son conjoint qui a souhait\u00e9 interrompre leur d\u00e9marche apr\u00e8s cette grossesse. Elle garde la conviction de pouvoir \u00eatre enceinte : comment \u00eatre certaine que la prochaine tentative ne sera pas la bonne ? Comment r\u00e9ussir \u00e0 se d\u00e9gager de ce projet devenu exclusif au profit duquel un d\u00e9sinvestissement du reste s\u2019est op\u00e9r\u00e9 ? Bien qu\u2019insup-portable, l\u2019attente \u00e9tait devenue une fa\u00e7on de prolonger ce projet, ce qui lui semblait moins angoissant que d&rsquo;en sortir : \u00ab attendre maintenait aussi l\u2019illusion d\u2019une maternit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019issue d\u2019un huiti\u00e8me transfert, elle sera de nouveau enceinte. C\u2019est au moment o\u00f9 elle s\u2019autorise \u00e0 investir cette grossesse, \u00e0 r\u00eaver ce b\u00e9b\u00e9 \u00e0 venir qu\u2019elle apprend, lors d\u2019une \u00e9chographie \u00e0 12 SA, l\u2019arr\u00eat de sa grossesse. Une p\u00e9riode d\u2019accablement, de d\u00e9pression et de deuil succ\u00e8de \u00e0 cette perte pr\u00e9natale. Le renoncement s\u2019impose \u00e0 pr\u00e9sent. Un triple deuil est \u00e0 l\u2019\u0153uvre : celui du futur b\u00e9b\u00e9 perdu, celui de sa maternit\u00e9, et celui de la personne qu\u2019elle \u00e9tait avant la d\u00e9couverte de son infertilit\u00e9. Cette ultime fausse couche a renforc\u00e9 l\u2019atteinte narcissique de son corps : \u00ab je ne peux supporter mon ventre-cercueil o\u00f9 tant d\u2019embryons ont transit\u00e9, sans jamais parvenir \u00e0 vivre au-del\u00e0 de neuf semaines et demie. \u00c0 moi seule, je suis devenue un cimeti\u00e8re \u00bb. Sa douleur devient l\u2019une des seules fa\u00e7ons de t\u00e9moigner de l\u2019existence de ce f\u0153tus : \u00ab je savais que je devrais vivre le reste de mon existence avec cette douleur que rien n\u2019apaiserait, qui ne se partagerait pas. Elle serait ma compagne, mon ultime lien \u00e0 cet enfant jamais-n\u00e9 envers lequel j\u2019ai un devoir de m\u00e9moire \u00bb. L\u2019\u00e9criture semble avoir soutenu un processus de deuil, de remise en lien de ce qu\u2019elle a v\u00e9cu, et de mise en mot des affects et des repr\u00e9sentations mobilis\u00e9s par l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019infertilit\u00e9, celle de l\u2019AMP et de la perte d\u2019un b\u00e9b\u00e9 \u00e0 venir. L\u2019\u00e9criture semble \u00e9galement lui avoir permis de se d\u00e9gager d\u2019une identification m\u00e9lancolique \u00e0 ce futur b\u00e9b\u00e9 perdu. Gr\u00e2ce \u00e0 la publication de son histoire, le maintien de la douleur n\u2019est plus le seul moyen d\u2019honorer la m\u00e9moire de cet enfant jamais-n\u00e9. Elle conclut son r\u00e9cit sur le long travail de reconstruction n\u00e9ces-saire et sur son refus de se \u00ab laisser emporter par ce parcours path\u00e9tique \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ouvrage constitue un t\u00e9moignage pr\u00e9cieux non seulement pour les couples engag\u00e9s dans ce type de parcours m\u00e9dical long et tortueux mais aussi pour les professionnels qui les accompagnent. Le propos de G\u00e9raldine Jumel-Lhomme est parfois militant, l\u2019anonymat des donneuses et l\u2019absence d\u2019indem-nisation de ces derni\u00e8res sont remis en question. Elle n\u2019\u00e9pargne pas les cliniques \u00e9trang\u00e8res. La somme de 50 000 euros engag\u00e9e dans ce parcours est colossale. L\u2019auteur r\u00e9cuse l&rsquo;expression de \u00ab tourisme procr\u00e9atif \u00bb qui m\u00e9prise et nie le v\u00e9cu des couples qui doivent se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour r\u00e9aliser leur d\u00e9sir d\u2019enfant. Le lecteur ne peut \u00eatre que frapp\u00e9 par la solitude de ces couples et convaincu qu\u2019un accompagnement pluridisciplinaire de ces derniers reste encore \u00e0 penser.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12930?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2099],"mode":[61],"revue":[521],"auteur_livre":[2347],"class_list":["post-12930","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-marion-canneaux","mode-gratuit","revue-521","auteur_livre-geraldine-jumel-lhomme"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12930","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12930"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12930"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12930"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12930"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12930"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12930"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12930"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}