{"id":12918,"date":"2021-09-12T10:13:42","date_gmt":"2021-09-12T08:13:42","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/leden-infernal\/"},"modified":"2021-09-17T16:05:15","modified_gmt":"2021-09-17T14:05:15","slug":"leden-infernal","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/leden-infernal\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9den infernal"},"content":{"rendered":"\n<p>Jacques Ascher, neuropsychiatre&nbsp;et psychanalyste, a travaill\u00e9 longtemps dans le service d\u2019h\u00e9matologie du CHRU de Lille, dirig\u00e9 par le professeur Jean-Pierre Jouet, r\u00e9cemment disparu, et a \u00e9crit avec lui en 2004 un livre sur &nbsp;La greffe, entre biologie et psychanalyse 1. Ils y faisaient le point sur ce que les greffes de mo\u00eblle posent comme questions \u00e0 notre soci\u00e9t\u00e9 sur les plans \u00e9thique, immunologique, psychanalytique et politique. Fort de cette longue exp\u00e9rience de psychanalyste dans un service de soins somatiques, Jacques Ascher est bien plac\u00e9 pour parler de l\u2019histoire r\u00e9cente de&nbsp;la m\u00e9decine et de son \u00e9volution forcen\u00e9e vers une \u00ab biotechno-science \u00bb. Il nous rappelle avec juste raison que le point de d\u00e9part de cette&nbsp;<em>substanciation<\/em>&nbsp;de l\u2019art m\u00e9dical a pris un essor significatif pendant la p\u00e9riode nazie, une des plus noires, non seulement du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, mais de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 toute enti\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En appui sur de nombreux auteurs, et notamment sur ceux qui se sont centr\u00e9s sur la question&nbsp;du totalitarisme et des formes&nbsp;de d\u00e9shumanisation, Arendt, Levinas, Chasseguet-Smirgel, il &nbsp;relie l\u2019\u00e9volution actuelle avec les charniers du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Sa description approfondie des m\u00e9canismes \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019\u00e9tat actuel de la m\u00e9decine fait de son ouvrage une d\u00e9monstration argument\u00e9e du poids de v\u00e9rit\u00e9 des romans de&nbsp;<em>science-politique-fiction<\/em>&nbsp;de Orwell et de Huxley, ce qui ne laisse pas de nous inqui\u00e9ter pour le devenir de la m\u00e9decine et des rapports qu\u2019elle risque d\u2019entretenir avec ceux qu\u2019elle pr\u00e9tend soigner. Sans n\u00e9gliger les immenses apports de cette m\u00e9decine moderne, il nous alerte sur les dangers de la d\u00e9mesure\/ubris qu\u2019elle porte en elle, aussi bien au niveau des fantasmes de victoires sur la maladie et la mort, que sur ceux concernant la vie, la naissance et l\u2019enfantement. Mais un tel projet m\u00e9dical ne prend pas en compte le fait fondamental pour Jacques Ascher que \u00ab&nbsp;<em>la langue habite le corps et que le corps habite la langue<\/em>&nbsp;\u00bb. Il insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de penser la m\u00e9decine et les sciences de l\u2019homme \u00e0 l\u2019aune&nbsp;des cultures sous peine de&nbsp;d\u00e9river vers une m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire qui n\u2019aurait pour ambition que celle de r\u00e9parer&nbsp;la machine humaine sans prendre en consid\u00e9ration sa part&nbsp;intersubjective, transf\u00e9rentielle, langagi\u00e8re, transg\u00e9n\u00e9ratiennelle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son chapitre<em>&nbsp;Le corps du souffle<\/em>, il montre comment le langage est articul\u00e9 et structure l\u2019image du corps de chaque humain, et comment l\u2019approche anatomophysiologique ne suffit pas \u00e0 rendre compte des difficult\u00e9s et des souffrances du parl\u00eatre.&nbsp;Il revient avec une grande pr\u00e9cision conceptuelle sur les sp\u00e9cificit\u00e9s humaines et leurs cons\u00e9quences, et notamment sur la n\u00e9ot\u00e9nie du petit d\u2019homme, qui le met en demeure de se donner \u00e0 penser \u00e0 un autre, un Autre, et ainsi d\u2019inventer la n\u00e9cessit\u00e9 du socius, avec toutes les contraintes qui lui sont inh\u00e9rentes. En effet, l\u2019apprenti humain n\u2019a pas \u00e0 se soucier de son seul d\u00e9veloppement corporel, son rapport \u00e0 la castration est incontournable sous peine des pires avatars des maladies mentales et des sociopathies contemporaines. Reprenant \u00e0 son compte les travaux de Jean-Pierre Lebrun sur Un monde sans limite&nbsp;<sup>2<\/sup>, il reprend les concepts de familier inqui\u00e9tant, de fonction maternelle, de v\u0153u matricide, et les explicite \u00e0 la lumi\u00e8re du&nbsp;<em>fading<\/em>&nbsp;<sup>3<\/sup>&nbsp;de la fonction paternelle et de la tierc\u00e9isation qu\u2019elle n\u2019op\u00e8re plus toujours, voire plus assez. Enfin, avec une culture historique impeccable et une connaissance \u00e9tendue de la psychopathologie, il se pose la question de savoir \u00ab&nbsp;<em>de quoi la haine actuelle de la psychanalyse est-elle le nom<\/em>&nbsp;\u00bb, puisque selon lui, la psychanalyse est pr\u00e9cis\u00e9ment un acte de parole. Sans doute les hypoth\u00e8ses avanc\u00e9es portent-elles sur la voie essentiellement biologique de la m\u00e9decine qui ne se soucie plus des liens que cette biologie peut et doit \u00e9tablir avec la parole, la langue, et ses t\u00e9moins engag\u00e9s, les psychanalystes. Bien s\u00fbr, certains psychanalystes aux pratiques arrogantes et d\u00e9sinvoltes ne sont pas pour rien dans cette haine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais plus g\u00e9n\u00e9ralement, Jacques Ascher nous montre au contraire que la psychanalyse reste aujourd\u2019hui une des conditions de possibilit\u00e9 pour penser le monde, f\u00fbt-il postmoderne, posthumain et postd\u00e9mocratique. Et il nous donne les outils pour le penser avec lui. Je ne peux que recommander &nbsp;la lecture de cet ouvrage puissant dans le monde incertain qui nous entoure, car la lucidit\u00e9 de son auteur ne peut que nous aider \u00e0 tenir sur l\u2019humanit\u00e9 n\u00e9cessaire &#8211; hier, aujourd\u2019hui et demain -, \u00e0 toute relation inter-subjective.&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12918?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1412],"mode":[60],"revue":[481],"auteur_livre":[2336],"class_list":["post-12918","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-pierre-delion","mode-payant","revue-481","auteur_livre-jacques-ascher"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12918","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12918"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12918"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12918"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12918"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12918"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12918"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12918"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}