{"id":12895,"date":"2021-09-12T10:13:39","date_gmt":"2021-09-12T08:13:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/linquietude-permanente\/"},"modified":"2021-09-22T15:37:03","modified_gmt":"2021-09-22T13:37:03","slug":"linquietude-permanente","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/linquietude-permanente\/","title":{"rendered":"L&rsquo;inqui\u00e9tude permanente"},"content":{"rendered":"\n<p>On ne se trouve certes pas dans le meilleure conjoncture possible o\u00f9 se r\u00e9clamer d\u2019une certaine radicalit\u00e9. J\u2019allais pourtant user de ce terme pour qualifier la position d\u2019un auteur qui, tout au long de son \u0153uvre, c\u2019est-\u00e0-dire pendant presque soixante ann\u00e9es, est demeur\u00e9 fermement attach\u00e9 \u00e0 une m\u00e9thode &#8211; celle de la psychanalyse freudienne &#8211; sans que cela l\u2019emp\u00eache de faire des contribu-tions importantes et originales au champ que la m\u00e9thode d\u00e9limite. J\u2019aurais donc parl\u00e9 dans son cas de radicalit\u00e9 au sens o\u00f9 il s\u2019agit d\u2019une \u0153uvre qui puise \u00e0 la racine m\u00eame de la psychanalyse. Or, comme le terme a, par ces temps confus, mauvaise r\u00e9putation, je me r\u00e9sous, sans pourtant accuser aucune perte, \u00e0 parler plut\u00f4t de \u00ab psycha-nalyse originaire \u00bb. Cela, pour \u00e9voquer une couche g\u00e9n\u00e9ratrice, jamais \u00e9puis\u00e9e, de pens\u00e9es et de pratiques ayant les qualit\u00e9s essentielles de ce qui, avec Freud, a fait br\u00e8che en son temps dans le domaine de la psychologie de la conscience.<\/p>\n\n\n\n<p>La psychologie au temps de Freud \u00e9tait certes vivante, mais \u00e0 ne s\u2019en tenir tautologiquement qu\u2019aux ph\u00e9nom\u00e8nes conscients &#8211; sans disposer, pas plus qu\u2019aujourd\u2019hui d\u2019ailleurs, d\u2019une quelconque th\u00e9orie valable de la conscience -on pourrait dire qu\u2019elle somnolait d\u2019un sommeil dogmatique. Aujourd\u2019hui, plus d\u2019un si\u00e8cle de psychanalyse s\u2019\u00e9tant \u00e9coul\u00e9, un autre sommeil menace : un sommeil dont la psychanalyse \u00ab originaire \u00bb comme la pratique et la pense Michel de M\u2019Uzan est susceptible de nous r\u00e9veiller. C\u2019est un sommeil dans lequel la psychanalyse tombe in\u00e9vitable-ment, par cycles, lorsque s\u2019empare de ses praticiens ce qu\u2019on pourrait appeler la fatigue m\u00e9tapsycho-logique. J\u2019entends par l\u00e0 une tendance qui guette toujours et qui pousse la psychanalyse \u00e0 se fixer en diverses \u00ab psychologies psychanalytiques \u00bb lorsqu\u2019il semble trop risqu\u00e9 ou pas assez scientifiquement respectable de recourir \u00e0 la \u00ab sorci\u00e8re m\u00e9tapsy-chologie \u00bb, comme l\u2019appelait Freud. Les acquis de la psychanalyse se laissent alors baliser par un certain nombre de rep\u00e8res apparemment plus consensuels, plus facilement partageables parce que plus \u00e0 distance de l\u2019exp\u00e9rience inqui\u00e9-tante d\u2019une psychanalyse radicale ou originaire. Au regard de ce qui se d\u00e9veloppe en termes de pratiques parfois \u00ab manuelis\u00e9es \u00bb, la m\u00e9tapsychologie appara\u00eet certes plus risqu\u00e9e, plus sp\u00e9culative, moins recevable dans les champs de recherche cliniques o\u00f9 ne vaut que le mesurable. \u00c0 se demander quelle conception on se fait de l\u2019inconscient si on n\u2019a pas admis que nul n\u2019y a acc\u00e8s, au vu m\u00eame de sa pertinence clinique av\u00e9r\u00e9e, sans une part assez grande de sp\u00e9culation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00ab psychologies psychanaly-tiques \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire ces d\u00e9riv\u00e9s de la psychanalyse qui ont en quelque sorte atterri sur le terrain d\u2019une pratique et d\u2019une th\u00e9orisation plus consensuelles, pr\u00e9sentent sans doute un int\u00e9r\u00eat pratique, favorisant une extension du domaine du soin psychologique, et pourquoi pas ? Sauf qu\u2019en sacrifiant l\u2019aspect d\u00e9rangeant de la psychanalyse originaire, tout le probl\u00e8me sera de savoir maintenir sa capacit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rative, l\u00e0 o\u00f9 les psychologies d\u00e9riv\u00e9es (psychologies du moi, du soi, de la relation d\u2019objet, empathiques, etc.) se consolident en pratiques plus ou moins secondaris\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment sur la cr\u00eate mouvante de la psychanalyse originaire que se tient la pens\u00e9e de Michel de M\u2019Uzan, offrant \u00e0 qui fr\u00e9quente cette \u0153uvre, l\u2019aper\u00e7u de ce qui reste vif dans le creuset freudien pourvu qu\u2019on ne c\u00e8de pas \u00e0 la dite fatigue m\u00e9ta-psychologique. Michel de M\u2019Uzan est en effet de ces analystes qui ont d\u00e9montr\u00e9 au cours des d\u00e9cennies combien les fondations doctrinales jet\u00e9es par Freud \u00e9taient solides et permettaient de soutenir une pratique inventive tant dans le champ de la cure \u00ab classique \u00bb que dans des domaines qui n\u2019\u00e9taient pas inclus dans son projet de d\u00e9part. Une pratique doubl\u00e9e d\u2019une th\u00e9orisation qui, fid\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00e9lan freudien quant au fond, inventait elle aussi de nouveaux outils de pens\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralisables au-del\u00e0 des domaines cliniques dont ils \u00e9taient extraits. On aura compris que je pense ici, par exemple, \u00e0 la pratique de Michel de M\u2019Uzan en psychosomatique psychanalytique ou \u00e0 celle avec des patients en phase terminale de maladies incurables, et \u00e0 tout ce qu\u2019il en a rapport\u00e9 en termes de th\u00e9orisation. Dans&nbsp;<em>L\u2019inqui\u00e9tude permanente<\/em>, son plus r\u00e9cent livre, le lecteur pourra une fois de plus faire l\u2019\u00e9preuve de l\u2019originalit\u00e9 et de la rigueur de pens\u00e9e de Michel de M\u2019Uzan, mais tout autant se faire surprendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Si je parle de radicalit\u00e9 ou de psychanalyse originaire, c\u2019est que ce ne sont pas tous les analystes qui oseraient affirmer, comme le fait de M\u2019Uzan, que la psychanalyse peut, d\u2019une part, se r\u00e9clamer du \u00ab domaine scienti-fique des fronti\u00e8res ind\u00e9finies \u00bb (p. 73) et que d\u2019autre part elle doit assumer non pas une mais deux responsabilit\u00e9s : \u00ab (\u2026) \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle qui propose d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une ma\u00eetrise du pulsionnel tout en accordant un maximum de satisfaction avec la r\u00e9alit\u00e9 (\u2026) une autre responsabilit\u00e9, d\u2019une importance capitale lorsqu\u2019on a en vue le plus authentique de l\u2019\u00eatre, le d\u00e9gagement de son plus intime, le plus primordial, celle de permettre, d\u2019assurer au sujet la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tude permanente. \u00bb (p. 110.) Les deux assertions cit\u00e9es sont d\u2019ailleurs solidaires entre elles, puisque l\u2019inqui\u00e9tude permanente dont il est question consiste \u00e0 \u00ab (r)ejoindre ce point o\u00f9 on doit reconna\u00eetre le caract\u00e8re incertain, et m\u00eame plus ou moins secr\u00e8tement durable, incertain et al\u00e9atoire des fronti\u00e8res entre tous les ordres\u2026 \u00bb (<em>ibid.<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette notion d\u2019inqui\u00e9tude permanente peut en troubler plus d\u2019un, mais il reste qu\u2019elle me semble venir se poser, en un vis-\u00e0-vis n\u00e9cessaire, en face de ce qui sous la plume de Winnicott s\u2019est bri\u00e8vement appel\u00e9 \u00ab stade du souci (ou de la pr\u00e9occupation) \u00bb (<em>Stage of Concern<\/em>) \u00bb. Par cette expression, Winnicott avait souhait\u00e9 rebaptiser la \u00ab position d\u00e9pressive \u00bb de Melanie Klein, mais il avait abandonn\u00e9 ce projet dans le texte m\u00eame o\u00f9 il introduisait les termes. Au lieu du souci pour l\u2019objet, l\u2019inqui\u00e9tude permanente est, chez de M\u2019Uzan, celle qui concerne le sujet lui-m\u00eame. Or, \u00e0 la r\u00e9flexion, on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il serait vain d\u2019attendre du sujet un souci pour l\u2019objet \u00e0 moins que les assises du sujet lui-m\u00eame ne soient suffisamment souples pour v\u00e9ritablement permettre cette attention \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut dire que de M\u2019Uzan avait plant\u00e9 le d\u00e9cor de cette compl\u00e9mentarit\u00e9 entre souci pour l\u2019autre et inqui\u00e9tude permanente du\/pour le sujet lui-m\u00eame quand, dans un texte de 2003, il avait \u00e9crit sur une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre avec l\u2019autre qui \u00ab ne peut advenir (\u2026) que lorsque les fronti\u00e8res identitaires se sont suffisamment alt\u00e9r\u00e9es, que le dedans et le dehors tendent \u00e0 se confondre, et qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits autant que n\u00e9cessaire, ou souhaitable, ou possible, les fonctionnements secondaris\u00e9s de l\u2019esprit. \u00bb (Aux confins de l\u2019identit\u00e9, p. 106). Il parlait alors de la disposition dans laquelle doit se mettre l\u2019analyste, c\u2019est-\u00e0-dire dans un certain \u00e9tat de d\u00e9person-nalisation. Mais ce m\u00eame th\u00e8me de la d\u00e9personnalisation affleure, bien entendu, tout autant dans la question de l\u2019inqui\u00e9tude perma-nente de tout sujet, comme une capacit\u00e9 acquise \u00e0 des degr\u00e9s divers au cours d\u2019une analyse, et qui est celle o\u00f9 \u00ab Je doit pouvoir se reconna\u00eetre comme autre \u00bb, comme le pr\u00e9cise Murielle Gagnebin dans le Glossaire qui compl\u00e8te cette collection de travaux r\u00e9cents (voir plus loin).<\/p>\n\n\n\n<p>De M\u2019Uzan nous avait en quelque sorte d\u00e9j\u00e0 introduits \u00e0 cette mani\u00e8re de poser les responsabilit\u00e9s de la psychanalyse lorsque, dans ses ouvrages pr\u00e9c\u00e9dents (<em>De l\u2019art \u00e0 la mort, La bouche de l\u2019inconscient, Aux confins de l\u2019identit\u00e9<\/em>), il nous avait pr\u00e9sent\u00e9 la pens\u00e9e paradoxale, le double, le jumeau paraphr\u00e9nique, le spectre d\u2019identit\u00e9s\u2026 Il franchit ici un pas de plus vers l\u2019expli-citation de ce que la psychanalyse a de vraiment diff\u00e9rent par rapport \u00e0 toute autre discipline plus ou moins apparent\u00e9e. Ici, la ma\u00eetrise du pulsionnel ne signifie donc pas l\u2019apaisement b\u00e9at du vivant qui palpite. La capacit\u00e9 acquise au terme d\u2019une analyse de tirer une satisfaction accrue de l\u2019existence ne signifie pas l\u2019enveloppement dans une identit\u00e9 \u00ab b\u00e9ton \u00bb; tout au contraire, affirme de M\u2019Uzan, il s\u2019agit d\u2019assumer une fluidit\u00e9 de l\u2019\u00eatre, et la possibilit\u00e9 de se savoir dot\u00e9 d\u2019une gamme, d\u2019un spectre d\u2019identit\u00e9 plut\u00f4t que de s\u2019emmurer dans quelque v\u00e9rit\u00e9 finale sur soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la chim\u00e8re psychologique, le jumeau paraphr\u00e9nique et autres vacillements identitaires se retrouvent \u00e9voqu\u00e9s \u00e0 nouveau dans&nbsp;<em>L\u2019inqui\u00e9tude permanente,<\/em>&nbsp;c\u2019est d\u2019appartenir \u00e0 un r\u00e9pertoire conceptuel qui se comporte comme un ensemble organique dans lequel l\u2019analyste peut se rep\u00e9rer tout en d\u00e9couvrant ou re-d\u00e9couvrant des id\u00e9es qui redonnent \u00e0 la psychanalyse son tranchant, son aura inqui\u00e9tante d\u2019origine. Par exemple, l\u2019id\u00e9e que l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 n\u2019est pas seulement un ph\u00e9nom\u00e8ne psycho-pathologique, qu\u2019elle n\u2019est pas \u00ab celle que vous croyez \u00bb, si je paraphrase le titre d\u2019un des chapitres. M\u00eame chose pour les ph\u00e9nom\u00e8nes de d\u00e9personnali-sation, dont il r\u00e9affirme ce qu\u2019il a maintenu depuis tr\u00e8s longtemps : qu\u2019ils peuvent \u00ab se produire sans \u00eatre accompagn\u00e9s d\u2019angoisse, mais plut\u00f4t d\u2019une certaine exaltation, comme on l\u2019observe lors d\u2019activit\u00e9s dites cr\u00e9atrices, ou lors d\u2019exercices sportifs enti\u00e8rement ma\u00eetris\u00e9s \u00bb (p. 104.).<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, \u00e0 premi\u00e8re vue, ce que Michel de M\u2019Uzan introduit avec plus d\u2019insistance dans ce livre, le \u00ab<em>&nbsp;vital-identital&nbsp;<\/em>\u00bb, pourrait sembler nous ramener vers un stade ancien de la th\u00e9orisation freudienne, puisqu\u2019il donne toute son importance \u00e0 ce qui renvoie, en quelque sorte, \u00e0 l\u2019auto-conservation. Sauf que le changement d\u2019appellation n\u2019est pas que cosm\u00e9tique. En introduisant l\u2019\u00ab&nbsp;<em>identital<\/em>&nbsp;\u00bb &#8211; qui rime express\u00e9ment avec le \u00ab&nbsp;<em>sexual&nbsp;<\/em>\u00bb propos\u00e9 par Jean Laplanche -, M. de M\u2019Uzan porte au contraire le couteau, comme aurait dit le m\u00eame Laplanche, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame du domaine de l\u2019autoconservation. Celle-ci, rel\u00e9gu\u00e9e au statut de programme biologique, n\u2019en comporte pas moins le long de son axe des points d\u2019inflexion, des phases critiques, o\u00f9 un certain nombre de \u00ab t\u00e2ches \u00bb, certes pr\u00e9vues dans le dit \u00ab programme \u00bb, mais qui exposent le sujet aux effets de la rencontre avec l\u2019autre. Je pense par exemple \u00e0 l\u2019acquisition de l\u2019identit\u00e9 et de son double (jumeau paraphr\u00e9nique), ou \u00e0 la structure d\u2019accueil offerte \u00e0 la s\u00e9duction originaire. J\u2019y reviens \u00e0 l\u2019instant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce recueil, faut-il pr\u00e9ciser, est accompagn\u00e9 d\u2019un formidable outil : un Glossaire \u00e9tabli par les soins de Murielle Gagnebin. Choix judicieux que de proc\u00e9der ainsi par un glossaire, puisqu\u2019il a l\u2019avantage de nous orienter \u00e0 propos de concepts qui peuvent sembler d\u00e9routants \u00e0 qui n\u2019aurait pas suivi \u00ab en temps r\u00e9el \u00bb, comme on dit de nos jours, le d\u00e9veloppement constant de la pens\u00e9e de M. de M\u2019Uzan. Judicieux aussi parce que, une fois bri\u00e8vement instruit de la teneur des concepts, le lecteur est ensuite dirig\u00e9 vers les principaux textes o\u00f9 ceux-ci ont pris forme.<\/p>\n\n\n\n<p>Judicieux encore en ce qu\u2019au lieu de fermer en un syst\u00e8me circulaire la pens\u00e9e de M. de M\u2019Uzan, chacun des termes de ce glossaire indique tant les recoupements que les points qui invitent \u00e0 la continuation de la recherche. Ainsi, des ph\u00e9nom\u00e8nes comme celui du double ou du jumeau paraphr\u00e9nique, se r\u00e9v\u00e9lant dans des situations particuli\u00e8res de l\u2019existence et n\u2019appartenant pas, selon M. de M\u2019Uzan, au registre pulsionnel, ne cessent de nous interroger quant aux complexit\u00e9s du&nbsp;<em>vital-identital<\/em>, l\u00e0 o\u00f9 la th\u00e9orie classique avait tout simplement rang\u00e9 l\u2019autoconservation \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du champ proprement psychanalytique. Alors m\u00eame que M. de M\u2019Uzan se dit en plein accord avec Laplanche quant \u00e0 la th\u00e9orie de la s\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, il reste qu\u2019il r\u00e9introduit ainsi l\u2019autoconservatif, mais en lui donnant une toute autre port\u00e9e que celle que lui conc\u00e9dait Laplanche. Et il m\u2019appara\u00eet clair que la question ne se r\u00e9sout pas en un ou bien\/ou bien entre ces deux pens\u00e9es, mais qu\u2019elle ouvre au contraire sur plusieurs autres interrogations, notamment avec la notion d\u2019\u00ab \u00e9nergie sans qualit\u00e9 \u00bb qui serait propre au vital et qui se r\u00e9v\u00e8le cliniquement chez ceux que M. de M\u2019Uzan avait baptis\u00e9s \u00ab les esclaves de la quantit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le point de vue \u00e9conomique, que l\u2019auteur r\u00e9affirme comme axe majeur de la m\u00e9tapsychologie, est ainsi soulign\u00e9 alors m\u00eame que M. de M\u2019Uzan continue de r\u00e9cuser la pulsion de mort. L\u2019utilisation que fait M. de M\u2019Uzan du point de vue \u00e9conomique est pourtant, \u00e0 mes yeux, des plus cons\u00e9quents avec la th\u00e9orie d\u2019un fonctionnement \u00ab au-del\u00e0 du principe de plaisir \u00bb. Comme quoi, au vu de l\u2019usage cons\u00e9quent que M. de M\u2019Uzan fait de la pens\u00e9e freudienne, il nous reste \u00e0 creuser, au-del\u00e0 de la terminologie, des concepts trop facilement consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tablis et ne pas brandir \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re des termes qui, trop vite adopt\u00e9s, se comportent trop souvent comme des slogans.<\/p>\n\n\n\n<p>En faisant un inventaire assez exhaustif des termes et concepts originaux introduits par M. de M\u2019Uzan, Murielle Gagnebin fournit donc non seulement un outil pr\u00e9cieux pour mieux s\u2019orienter dans l\u2019\u0153uvre, mais aussi des socles \u00e0 partir desquels soulever de nouvelles questions de recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre s\u2019ouvre sur le th\u00e8me de&nbsp;<em>L\u2019artiste et son enfer<\/em>, et nous sommes convi\u00e9s aux probl\u00e8mes de l\u2019\u00e9criture psychanalytique avec de larges extraits d\u2019un entretien de J.-B. Pontalis avec M. de M\u2019Uzan. Ce dernier nous convoque ensuite \u00e0 consid\u00e9rer la \u00ab pathologie de la cr\u00e9ativit\u00e9 \u00bb et le \u00ab saisissement cr\u00e9ateur \u00bb, th\u00e8me ayant d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet d\u2019un colloque et d\u2019une publication&nbsp;<em>ad hoc<\/em>. En revenant sur le probl\u00e8me de la cr\u00e9ation artistique et litt\u00e9raire, M. de M\u2019Uzan nous montre combien ce que j\u2019appelle la psychanalyse originaire trouve ses applications diverses sans pourtant devenir une \u00ab psychanalyse appliqu\u00e9e \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, les probl\u00e8mes de l\u2019identit\u00e9 et de ses \u00e9branlements, de la quantit\u00e9 et de ses destins traversent aussi les questions de cr\u00e9ativit\u00e9. En les retrouvant ainsi dans ses interventions vari\u00e9es, nous constatons que Michel de M\u2019Uzan retravaille sans cesse des th\u00e8mes qui, pour familiers qu\u2019ils puissent nous sembler, nous<br>\u00ab saisissent \u00bb \u00e0 notre tour. D\u2019ailleurs, en cours de lecture, ils nous procurent de temps \u00e0 autre quelque chose de l\u2019exp\u00e9rience m\u00eame qu\u2019ils relatent. Ils tracent la silhouette d\u2019une psychanalyse en tant qu\u2019objet de recherche passionnant parce qu\u2019inqui\u00e9tant, \u00e0 moins que ce ne soit l\u2019inverse.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12895?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1629],"mode":[60],"revue":[557],"auteur_livre":[2316],"class_list":["post-12895","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-dominique-scarfone","mode-payant","revue-557","auteur_livre-michel-de-muzan"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12895","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12895"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12895"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12895"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12895"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12895"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12895"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12895"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}