{"id":12874,"date":"2021-09-12T10:13:37","date_gmt":"2021-09-12T08:13:37","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/entrelacs\/"},"modified":"2021-09-22T16:17:59","modified_gmt":"2021-09-22T14:17:59","slug":"entrelacs","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/entrelacs\/","title":{"rendered":"Entrelacs"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab Dans le transfert, l\u2019\u00e9coute s\u2019ouvre vers ce qui ne s\u2019entend la plupart du temps qu\u2019en sourdine : ce monde sensoriel qui habite ou d\u00e9shabite un corps ou une parole ; le socle silencieux ; les empreintes charnelles d\u2019une m\u00e9moire d\u2019avant les repr\u00e9sentations : les traces ind\u00e9l\u00e9biles de ce qui a fait trop pr\u00e9cocement d\u00e9faut, ou les stigmates jamais cicatris\u00e9s des traumatismes ; ce qui a r\u00e9ussi \u00e0 faire trace sans souvenirs, sans refoulement, et qui ne cesse de s\u2019actualiser : parfois en r\u00e9surgences sous forme d\u2019angoisses sans noms, ou bien \u2013 sur un versant moins douloureux \u2013 dans les sensibilit\u00e9s accrues \u00e0 certains climats, certaines tonalit\u00e9s, certains mots, certaines intonations et les modalit\u00e9s de la pr\u00e9sence \u00bb. Comment entendre ces diff\u00e9rentes strates qui composent le transfert ? Comment entendre ce qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu sans pouvoir \u00eatre \u00e9prouv\u00e9 ? Comment faire jaillir d\u2019un creux traumatique autre chose qu\u2019un ab\u00eeme, une repr\u00e9sentation possible ?<\/p>\n\n\n\n<p><em>Entrelacs, R\u00e9sonances transf\u00e9rentielles<\/em>, son 4<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;ouvrage, poursuit le travail de ciselage de la mati\u00e8re transf\u00e9rentielle qu\u2019Annie Franck avait d\u00e9j\u00e0 entrepris dans&nbsp;<em>Beaut\u00e9s et transfert<\/em>&nbsp;puis&nbsp;<em>Psychanalyses entre mots<\/em>. Cette fois-ci, l\u2019auteur op\u00e8re en inventant une forme narrative in\u00e9dite, habit\u00e9e d\u2019un souffle po\u00e9tique qui vient comme marteler et esquisser l\u2019univers de l\u2019auteur, \u00e9pousant l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 m\u00eame de l\u2019objet dont il parle : le transfert. Sur les pages de gauche, le r\u00e9cit de trois cures se succ\u00e8de. Une pens\u00e9e se d\u00e9ploie, nourrie de Piera Aulagnier, Winnicott, Dominique Guyomard ou encore Maurice Blanchot. Annie Franck raconte les s\u00e9ances, les apories, les avanc\u00e9es. Sur les pages de droite, les t\u00e9moins parsem\u00e9s ici et l\u00e0 de ce qui r\u00e9sonne dans l\u2019\u00e9coute, s\u2019y tient en suspens et traverse l\u2019auteur pendant la s\u00e9ance. Il arrive aussi qu\u2019ils surgissent dans l\u2019apr\u00e8s-coup de celle-ci amenant alors l\u2019\u00e9coute au c\u0153ur de ce qui n\u2019avait pas pu \u00eatre entendu. Les textes ricochent, les associations se succ\u00e8dent qui donnent une id\u00e9e de la fa\u00e7on dont se font tous ces entrecroisements, ces entrelacs dont la mati\u00e8re forme le fil invisible du hors-mot de la cure.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 l\u2019entrecroisement de l\u2019intime du monde de l\u2019analyste et de celui du patient qu\u2019Annie Franck \u00e9coute et pense. L\u00e0, depuis ce lieu si vacillant, si risqu\u00e9, les pr\u00e9sences en creux qui habitent l\u2019analyste \u2013 \u00e9motions, sensations, images, pens\u00e9es litt\u00e9raires, picturales ou autres, sont comme des \u00ab r\u00e9serves silencieuses \u00bb, des ressources qui se mobilisent pour faire vibrer la parole et lui donner du corps. En \u00e9coutant un jour sa jeune patiente, elle pense \u00e0 une toile de Maryan : le tableau, reproduit sur la couverture du livre, s\u2019appelle&nbsp;<em>Personnage et chien<\/em>. Lui revient la vid\u00e9o visionn\u00e9e lors d\u2019une exposition consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019artiste : Maryan raconte une sc\u00e8ne traumatique \u2013 l\u2019ex\u00e9cution \u00e0 laquelle il a surv\u00e9cu &#8211; sc\u00e8ne qu\u2019il ne cesse de revivre. Tra\u00e7ant alors le geste par lequel il peint la cicatrice, le trou de la balle dans son corps, il r\u00e9v\u00e8le l\u2019endroit-m\u00eame depuis lequel il peint : de l\u2019int\u00e9rieur du corps, de l\u2019ab\u00eeme traumatique qui s\u2019est creus\u00e9 en lui et qu\u2019il tente en vain d\u2019entourer, de circonscrire peut-\u00eatre, \u00e0 coups de pinceau. Il peint depuis ce lieu qui relie le dedans et le dehors, rendant alors \u00e0 sa souffrance une visibilit\u00e9 qui permettrait peut-\u00eatre enfin alors l\u2019adresse \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Percut\u00e9e par cette peinture, Annie Franck se met \u00e0 entendre, entendre \u00e0 ce niveau-l\u00e0, celui de cette sensation r\u00e9actualis\u00e9e. Elle ressent et entend alors ce corps en d\u00e9tresse, celui de Maryan bien s\u00fbr mais aussi celui de sa patiente An\u00e9mone. L\u2019effondrement entendu depuis le lieu de son \u00e9prouv\u00e9, qui n\u2019a rien de m\u00e9taphorique, il s\u2019agit alors de tenter de mettre en mots \u00e0 la \u00ab fa\u00e7on d\u2019une m\u00e8re \u00bb c\u2019est-\u00e0-dire dans cette n\u00e9cessaire<br>\u00ab violence de l\u2019interpr\u00e9tation \u00bb pour reprendre les mots de Piera Aulagnier, en nommant les sensations, en \u00ab reliant les (\u2026) oppos\u00e9s (\u2026) pour permettre de faire \u00ab \u00e9merger de tout ce&nbsp;<em>maelstrom<\/em>&nbsp;br\u00fblant un sentiment de chagrin supportable \u00bb. Ici, chez An\u00e9mone et chez Maryan, mais aussi chez les M\u00e9locotone et Celia, les deux autres patientes \u00e9voqu\u00e9es dans ce livre, le trou en soi n\u2019est pas une m\u00e9taphore. Il est v\u00e9cu par la patiente. Et la souffrance qu\u2019il produit ne peut-\u00eatre adress\u00e9e dans l\u2019analyse que si, d\u2019une certaine fa\u00e7on, il est v\u00e9cu \u00e0 son tour par l\u2019analyste. La r\u00e9actualisation par le transfert se passerait d\u2019une certaine fa\u00e7on en deux temps : quelque chose est dit, entendu dans le meilleur des cas par l\u2019analyste. C\u2019est de ce v\u00e9cu enfin partag\u00e9 que pourrait na\u00eetre la repr\u00e9sentabilit\u00e9 m\u00eame du traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019Annie Franck s\u2019expose \u00e0 ces v\u00e9cus transf\u00e9rentiels intenses qu\u2019elle peint le transfert comme Maryan&nbsp;<em>Personnage et chien<\/em>&nbsp;: depuis l\u2019int\u00e9rieur. Etre ouverte et travers\u00e9e, prendre le risque d\u2019\u00eatre entam\u00e9e soi-m\u00eame par quelque chose au bord de l\u2019insupportable pour pouvoir entendre et en t\u00e9moigner par un travail d\u2019\u00e9criture \u00e0 la puissance litt\u00e9raire de laquelle nous pourrons peut-\u00eatre entendre \u00e0 notre tour, lecteur, ce qu\u2019engage la psychanalyse comme pratique, lorsqu\u2019elle prend le risque de l\u00e2cher les filets de la rassurante th\u00e9orie.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12874?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2087],"mode":[61],"revue":[565],"auteur_livre":[2297],"class_list":["post-12874","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-johanna-lasry","mode-gratuit","revue-565","auteur_livre-annie-franck"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12874","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12874"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12874"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12874"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12874"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12874"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12874"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12874"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}