{"id":12827,"date":"2021-09-12T10:13:30","date_gmt":"2021-09-12T08:13:30","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/pensees-dun-psychanalyste-irreverencieux-entretiens-avec-luca-nicoli\/"},"modified":"2021-09-16T17:10:42","modified_gmt":"2021-09-16T15:10:42","slug":"pensees-dun-psychanalyste-irreverencieux-entretiens-avec-luca-nicoli","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/pensees-dun-psychanalyste-irreverencieux-entretiens-avec-luca-nicoli\/","title":{"rendered":"Pens\u00e9es d\u2019un psychanalyste irr\u00e9v\u00e9rencieux. Entretiens avec Luca Nicoli"},"content":{"rendered":"\n<p>La psychanalyse reste-t-elle une m\u00e9thode de cure valable pour les patients du troisi\u00e8me mill\u00e9naire ? Si la r\u00e9ponse positive ne fait aucun doute pour Ferro, l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage vaut par son ton \u00e0 la fois profond et un tantinet provocateur. Et l\u2019organisateur du r\u00e9cit, Luca Nicoli, ne s\u2019interdit pas de poser \u00e0 l\u2019auteur quelques questions d\u00e9rangeantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une rapide mise en bouche envoyant promener par dessus les moulins un certain nombre d\u2019id\u00e9es re\u00e7ues en mati\u00e8re psychanalytique, Antonino Ferro nous exhorte \u00e0 ne pas f\u00e9tichiser les enseignements dat\u00e9s de la psychanalyse, y compris ceux qui sont dus directement \u00e0 son fondateur, dont il trouve que plusieurs notions sont vraiment poussi\u00e9reuses. Il s\u2019int\u00e9resse cependant beaucoup \u00e0 sa m\u00e9thode qui traverse le temps, et loue les qualit\u00e9s de Freud qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 rayer d\u2019un trait de plume les hypoth\u00e8ses formul\u00e9es si la clinique ne vient pas en confirmer les th\u00e9orisations pr\u00e9c\u00e9dentes. Il rappelle judicieusement que&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>nous devons tous nous d\u00e9fendre contre la pollution lumineuse produite par ce que nous savons, qui nous emp\u00eache de voir les zones encore inconnues<\/em>&nbsp;\u00bb. Et de faire l\u2019\u00e9loge d\u2019un regard tourn\u00e9 vers le futur, d\u2019une vie avec notre temps, d\u2019une capacit\u00e9 de jouer sans cesse pour renouveler notre pens\u00e9e, nos pratiques, nos \u00e9thiques de psychanalystes.<br>S\u2019il pr\u00f4ne l\u2019ouverture vers le large et le d\u00e9sarrimage des quais anciens sans autres formes de proc\u00e8s, il tient en revanche \u00e0 ses r\u00e8gles du jeu, le rythme des s\u00e9ances, leur dur\u00e9e, leur paiement. Il les envisage comme une \u00ab Constitution \u00bb contract\u00e9e entre le patient et l\u2019analyste, \u00e0 laquelle les deux doivent se soumettre, ce qui engage au moins aussi fortement l\u2019analyste que le patient. Mais ce qui insiste dans ses r\u00e9ponses enjou\u00e9es, c\u2019est l\u2019importance du plaisir partag\u00e9 avec le patient, afin qu\u2019il ait envie de<br>revenir \u00e0 la prochaine s\u00e9ance. Non pas un&nbsp; plaisir narcissique, bien plut\u00f4t un sentiment de trouver ensemble un sens \u00e0 ce qui se produit l\u00e0 d\u2019exceptionnel, et qui r\u00e9ensemence les vies de l\u2019un et de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re, il ex\u00e9cute sans trop de m\u00e9nagement la fameuse r\u00e8gle fondamentale de l\u2019association libre : \u00ab&nbsp;<em>ce que nous avons toujours cru, \u00e0 tort, \u00eatre des associations libres, ne sont en fait que les associations obligatoirement d\u00e9riv\u00e9es de la cha\u00eene de pens\u00e9e onirique de la veille qui ne cesse de se former dans notre esprit \u00e0 notre insu&nbsp;<\/em>\u00bb. Il poursuit par ce ludique \u00ab&nbsp;<em>Peut-\u00eatre pourrions-nous ouvrir la s\u00e9ance avec un \u201cRacontez-moi quelque chose !\u201d. A mon avis, le fait de donner une indication du genre : \u201cVous devez me dire ce qui vous passe par la t\u00eate !\u201d, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une fermeture tr\u00e8s forte<\/em>&nbsp;\u00bb. Il donne l\u2019exemple d\u2019une analyse qui a commenc\u00e9 par la patiente phobique du divan qui s\u2019installe dans son fauteuil. \u00ab&nbsp;<em>L\u00e0 j\u2019aurais pu faire mille choses, donner sept mille interpr\u00e9tations en tous genres. Or sans h\u00e9siter une seconde, je me suis allong\u00e9 sur le divan et nous nous sommes embarqu\u00e9s pour quelques mois d\u2019analyse jusqu\u2019\u00e0 ce que j\u2019occupe enfin mon fauteuil et elle le divan. Ce man\u00e8ge nous a pris deux ans, mais cela ne nous a pas emp\u00each\u00e9 de faire un v\u00e9ritable travail d\u2019analyse. L\u2019important, c\u2019est de savoir jouer<\/em>&nbsp;\u00bb. M\u00eame chose avec la neutralit\u00e9 analytique qui peut dans certains cas entraver le processus analytique : \u00ab&nbsp;<em>le patient \u00e9prouve le besoin d\u2019\u00eatre accueilli, de trouver une psych\u00e9 capable de l\u2019accueillir. L\u2019analyste doit se laisser p\u00e9n\u00e9trer par les angoisses, par les \u00e9motions du patient. \u00bb Ce qui lui permet de mettre en lumi\u00e8re l\u2019importance du partage \u00e9motionnel avec le patient, quelle que soit sa<br>difficult\u00e9 \u00e0 parler. Pour lui, la cr\u00e9ation co-construite qui en r\u00e9sulte est une des sp\u00e9cificit\u00e9s fondamentales de la psychanalyse. Et la mise en r\u00e9cit, la narration qui en d\u00e9coule, faite par le patient et par son psychanalyste, est, de son point de vue, un des<br>effets de la r\u00e9volution bionienne. Ferro trace un chemin de Freud \u00e0 Bion qui passe par quelques analystes, Grotstein, Ogden, Bromberg, mais c\u2019est v\u00e9ritablement aupr\u00e8s de Bion qu\u2019il a trouv\u00e9 l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie qui lui convient le mieux, celle \u00e0 la construction de laquelle il participe en proposant ses propres conceptions du fonctionnement psychique. Il pense fondamentale la notion de champ. \u00ab Le champ trouve son espace dans la pens\u00e9e de Merleau-Ponty. Les Baranger ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 l\u2019appliquer \u00e0 la psychanalyse. Une autre racine se trouve chez Harry Stack Sullivan \u00e0 New-York. En Italie, Francesco Corrao l\u2019a envisag\u00e9 comme \u201cla somme de la groupalit\u00e9 interne du patient et de l\u2019analyste, g\u00e9n\u00e9rant une situation de groupe \u00e9largie\u201d \u00bb.&nbsp; Mais cette rencontre entre la groupalit\u00e9 interne du patient et celle de l\u2019analyste comme \u00ab lieu des transformations narratives<\/em>&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 f\u00e9cond\u00e9e par la pens\u00e9e de Bion. Et Ferro d\u2019embrayer sur l\u2019utilit\u00e9 essentielle du concept de \u00ab transformation \u00bb permis par la<br>m\u00e9tapsychologie bionienne et synth\u00e9tis\u00e9e dans sa fameuse grille.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9l\u00e9ments b\u00eatas du patient au contact de ce processus de transformation partag\u00e9 peuvent acc\u00e9der au rang d\u2019\u00e9l\u00e9ments alphas et aux pictogrammes, v\u00e9ritables bases de la transformation par la narration des \u00e9motions dispers\u00e9es, anxiog\u00e8nes ou pers\u00e9cutrices. Pour cela, la r\u00eaverie est essentielle, celle qui s\u2019inspire du mod\u00e8le de Bion selon lequel \u00ab&nbsp;<em>nous avons une activit\u00e9 onirique diurne, par laquelle la fonction alpha, c\u2019est-\u00e0-dire la matrice du r\u00eave, produit continuellement des images. Ces images constituent la pens\u00e9e onirique&nbsp; de la veille, qui \u00e0 son tour, construira les briques de Lego de notre pens\u00e9e et de notre r\u00eave. Il n\u2019y a de r\u00eaverie que lorsqu\u2019en s\u00e9ance, tandis que je construis sans le savoir une s\u00e9quence de pictogrammes, une s\u00e9quence d\u2019agr\u00e9gats d\u2019\u00e9l\u00e9ments alphas, l\u2019un d\u2019eux, au lieu de me rester cach\u00e9, devient une chose avec laquelle j\u2019entre en contact. J\u2019assiste alors \u00e0 l\u2019ouverture d\u2019une fen\u00eatre de ma vie psychique, qui \u00e9claire ce qui est en train de se passer \u00e0 ce moment-l\u00e0, dans l\u2019histoire que je suis en train de vivre avec le patient<\/em>&nbsp;\u00bb. Inutile de dire que cette lecture des ph\u00e9nom\u00e8nes transf\u00e9rentiels \u00e9claire d\u2019une belle fa\u00e7on les notions d\u2019identification projective et de noyau autistique mises au jour par l\u2019\u00e9cole kleinienne et renouvel\u00e9es par Bion et ses \u00e9l\u00e8ves. Pour Ferro, pour \u00eatre le plus aidant pour les patients, il faut \u00ab voyager l\u00e9ger \u00bb, ne pas se perdre dans les id\u00e9alisations th\u00e9orisantes et les rationalisations absconses, \u00eatre au plus pr\u00e8s de ses propres capacit\u00e9s de r\u00eaverie pour sans cesse pouvoir jouer avec ce qui vient, ici et maintenant. Il critique sans am\u00e9nit\u00e9 les psychanalystes sphinx, qui sous l\u2019apparence du silence, laissent les patients ramer seuls en pleine mer, entre le<em>&nbsp;Charybde&nbsp;<\/em>de leurs cyclones angoissants et le&nbsp;<em>Scylla&nbsp;<\/em>de leurs<br>d\u00e9pressions apragmatiques. Pour lui, la psychanalyse est un jeu \u00e0 deux dans un cadre pr\u00e9cis et d\u00e9fini ensemble, qui permet au patient de s\u2019approprier sa propre vie psychique en appui sur un psychanalyste qui invente avec lui un r\u00e9cit authentique et acceptable de son existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quelques histoires cliniques rapport\u00e9es dans cet ouvrage donnent un aper\u00e7u de la pens\u00e9e transformatrice de Ferro et de ses patients, petits et grands, au travail dans chaque s\u00e9ance. Je ne saurais trop recommander la lecture de ce livre roboratif et riche en perspectives f\u00e9condes pour donner \u00e0 la psychanalyse toute sa place dans l\u2019accueil et le traitement de la souffrance psychique aujourd\u2019hui, par del\u00e0 toutes les orthodoxies qui ont pu l\u2019emprisonner ou la d\u00e9naturer, et faire fuir nombre de nos contemporains. Si le principe de r\u00e9alit\u00e9 reste un \u00e9l\u00e9ment incontournable de notre humanit\u00e9, Ferro n\u2019oublie jamais le principe de plaisir qui irrigue notre vivance pour en assurer la p\u00e9rennit\u00e9.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12827?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1412],"mode":[60],"revue":[476],"auteur_livre":[2258],"class_list":["post-12827","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-pierre-delion","mode-payant","revue-476","auteur_livre-antonino-ferro"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12827","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12827"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12827"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12827"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12827"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12827"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12827"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12827"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}