{"id":12811,"date":"2021-09-12T10:13:30","date_gmt":"2021-09-12T08:13:30","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/quelques-motifs-de-la-psychanalyse-a-partir-des-travaux-de-laurence-kahn\/"},"modified":"2021-09-16T14:21:31","modified_gmt":"2021-09-16T12:21:31","slug":"quelques-motifs-de-la-psychanalyse-a-partir-des-travaux-de-laurence-kahn","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/quelques-motifs-de-la-psychanalyse-a-partir-des-travaux-de-laurence-kahn\/","title":{"rendered":"Quelques motifs de la psychanalyse. A partir des travaux de Laurence Kahn"},"content":{"rendered":"\n<p>Comment les temps modernes et l\u2019intelligence psychanalytique s\u2019entendent-ils ?<\/p>\n\n\n\n<p>La question est rouverte par l\u2019ouvrage Quelques motifs de la psychanalyse. A partir des travaux de Laurence Kahn, psychanalyste d\u2019abord historienne de la Gr\u00e8ce ancienne avant de devenir membre de l\u2019Association Psychanalytique de France dont elle fut \u00e9galement la pr\u00e9sidente, auteure de nombreux livres et d\u2019articles consacr\u00e9s \u00e0 la psychanalyse, \u00e0 son histoire et \u00e0 sa rationalit\u00e9&nbsp;<sup>1<\/sup>, qui retranscrit, avec soin et \u00e9l\u00e9gance, les actes d\u2019un Colloque d\u00e9j\u00e0 d\u00e9di\u00e9 \u00e0 cette \u0153uvre \u00e0 Cerisy-la-Salle en Juillet 2018 : La psychanalyse : anatomie de sa modernit\u00e9.&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Anatomique lui aussi, le livre ausculte ce travail aujourd\u2019hui sans \u00e9quivalent sur la nature de la psychanalyse (son \u00e9pist\u00e9mologie, son histoire, son anthropologie) et ses \u00e9volutions actuelles, et offre un tableau foisonnant. D\u2019abord, dans son \u00e9laboration-m\u00eame, o\u00f9 Laurence Kahn en personne revient sur les mouvements de ces journ\u00e9es et les introduit par chapitres, tant il parvient \u00e0 faire saisir, de fa\u00e7on remarquablement sensible, l\u2019exigence et l\u2019\u00ab ardeur \u00bb (p. 7) de cette pens\u00e9e, fid\u00e8le au tranchant des \u00ab crocs \u00e0 venin \u00bb plant\u00e9s par la d\u00e9couverte freudienne dans le cuir culturel de notre condition de modernes (Kahn, Le psychanalyste apathique et le patient post-moderne, 2014), autant que son inqui\u00e9tude devant la disparition de son paradigme. Un paradigme, auquel tous les \u00ab motifs \u00bb (p. 9) de l\u2019\u0153uvre s\u2019attachent \u00e9pist\u00e9mologiquement et anthro-pologiquement, c\u2019est-\u00e0-dire pour l\u2019examiner toujours \u00e0 nouveaux frais, mais aussi pour prendre la mesure de ses implications collectives : saisir l\u2019arri\u00e8re-plan historico-politique de la violence psychique et l\u2019arri\u00e8re-plan historico-psychique de la violence politique. Une saisie, ayant \u00e9t\u00e9 pour Freud l\u2019occasion d\u2019une d\u00e9finition et d\u2019un traitement in\u00e9dits du concept de culture dont le livre refait battre le c\u0153ur, qui alertait d\u00e9j\u00e0 la civilisation de provoquer la violence pulsionnelle qu\u2019elle r\u00e9voque. Une inqui\u00e9tude partag\u00e9e par Laurence Kahn d\u00e8s ses premiers travaux, comme le dit Fran\u00e7oise Neau en introduction, devant \u00ab Ce paradoxe de la haine de la culture, produite par la culture, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019alliance entre le progr\u00e8s et la barbarie \u00bb, conviant d\u00e8s lors \u00ab \u00e0 une histoire politique de la pens\u00e9e (\u2026) indispensable \u00e0 qui veut saisir pourquoi l\u2019inhumanit\u00e9 continue d\u2019avoir un grand avenir, (\u2026) ce qui fait le maillage interpsychique et intrapsychique de la domination \u00bb.&nbsp;&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une inqui\u00e9tude \u00e9galement tourn\u00e9e vers la psychanalyse elle-m\u00eame, de ce fait doublement freudienne, vigilante \u00e0 surveiller ses propres tendances aux consensus, sa propre culture, notamment celle de \u00ab cette psychanalyse postmoderne \u00bb r\u00e9gressant souvent de fait \u00e0 une psychologie pr\u00e9freudienne \u00bb<br>(F. Neau, p. 12). Explicitement ou implicitement, tous les motifs rappellent la nature n\u00e9cessairement &#8211; scientifiquement &#8211; \u00ab hors du temple \u00bb de la science que Freud \u00ab a nomm\u00e9e sans h\u00e9sitation et litt\u00e9ralement analyse, d\u00e9liaison de ce qui fait masse. Et il lui a donn\u00e9 pour objet l\u2019exception, le d\u00e9chet, le diff\u00e9rent, le partiel &#8211; ce qu\u2019il nomme \u201cl\u2019inconciliable\u201d \u00bb (Pontalis, \u00ab Actualit\u00e9 du malaise \u00bb, Le Temps de la r\u00e9flexion, IV, 1983), o\u00f9 l\u2019on retrouve \u00ab ce m\u00eame souci de maintenir vivante, actuelle, inqui\u00e8te, l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb (Pontalis, pr\u00e9face \u00e0 La question de l\u2019analyse profane, Gallimard, 1985). Ce qui explique peut-\u00eatre, comme Quelques motifs le font percevoir, que c\u2019est aussi en venant d\u2019un autre territoire, en historienne, que Laurence Kahn a su faire saisir ce qui \u00ab autorise Freud \u00e0 parler d\u2019histoire \u00bb (Karsenti, \u00ab Le tot\u00e9misme et sa trace \u00bb, Archives de Philosophie, 78, 2015) ayant su rep\u00e9rer l\u2019origine du destin sp\u00e9cifiquement historique de la modernit\u00e9 depuis Totem et tabou dans le refoulement et l\u2019ambivalence, rep\u00e9rage impliquant que le travail de la culture sur l\u2019individu soit \u00e9cout\u00e9 dans toute parole : dans la langue sp\u00e9cifique de l\u2019inconciliable, sur la surface de l\u2019Agieren transf\u00e9rentiel o\u00f9 se r\u00e9p\u00e8tent les refoulements et leurs restes, l\u2019action d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de l\u2019analyse, pourvu que l\u2019apathie de l\u2019\u00e9coute (Kahn, 2014) garantisse la transformation de la r\u00e9p\u00e9tition transf\u00e9rentielle, d\u00e9mine \u00e0 cette condition, s\u00e9ance apr\u00e8s s\u00e9ance, le risque toujours provoqu\u00e9 par la culture de cr\u00e9er de la violence en ayant moralis\u00e9 ses individus. Action inqui\u00e8te, notamment au si\u00e8cle o\u00f9 pour la premi\u00e8re fois pr\u00e9cis\u00e9ment dans l\u2019histoire \u00ab la parole fut en danger d\u2019\u00eatre \u00e9radiqu\u00e9e de l\u2019esprit \u00bb (Bonnefoy, Le si\u00e8cle o\u00f9 la parole a \u00e9t\u00e9 victime, Mercure de France, 2010) par le projet de \u00ab r\u00e9volution culturelle nazie \u00bb (Chapoutot, Gallimard, 2017) qui fit passer dans le langage ses \u00ab minuscules doses d\u2019arsenic : on les avale sans y prendre garde \u00bb (Klemperer, LTI, la langue du III\u00e8me Reich, Albin Michel, 1996). Ce que le nazisme r\u00e9ussit \u00e0 faire, ou presque, et ce que sa r\u00e9percussion via la r\u00e9ification apr\u00e8s-guerre de la notion d\u2019affect aux d\u00e9pens de l\u2019Indifferenz m\u00e9tapsychologique, fait \u00e0 la psychanalyse (Kahn, Ce que le nazisme a fait \u00e0 la psychanalyse, PUF, 2018). Les travaux de Laurence Kahn dressent ce constat, et impliquent ses cons\u00e9quences. Si nous avalons l\u2019empathie (en post-modernes) au lieu de tenir l\u2019apathie (en freudiens), nous courons un double risque, \u00e9pist\u00e9mologique et politique : que la culture de l\u2019affect dilue la psychanalyse en tant que paradigme, et qu\u2019alors elle n\u2019agisse plus dans la Cit\u00e9 au profit d\u2019une post-\u00e9ducation (p. 96) du refoulement et d\u2019un d\u00e9minage de la violence.&nbsp;&nbsp; Ch\u0153ur du livre, les trois organisatrices du colloque, F. Neau, C. Matha et O. Bombarde, invitent ce faisant dans une mise en ab\u00eeme subtile \u00e0 une r\u00e9introduction de la trag\u00e9die au c\u0153ur de la pens\u00e9e et de notre lecture.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re section, Les d\u00e9clinaisons du mythe, s\u2019impose comme point de d\u00e9part en ceci que les mythes ont, comme le dit Laurence Kahn d\u00e8s l\u2019avant-propos, \u00ab constamment rouvert le probl\u00e8me de la modalit\u00e9 d\u2019inscription de l\u2019action du refoulement dans l\u2019h\u00e9ritage culturel \u00bb avec des contributions aussi diverses et inattendues que Les d\u00e9clinaisons mythiques de l\u2019inutilisable : une th\u00e9orie amazonienne de l\u2019\u00e9volution (P. Bidou, p. 23) ou que L\u2019actualit\u00e9 des mythes indiens et leur mise en ab\u00eeme (E. Corin, p. 51) relan\u00e7ant une r\u00e9flexion plus g\u00e9n\u00e9rale (P. M\u00e9rot, p. 77, P. Denis, p. 103) sur les liens entretenus par la psychanalyse avec ces \u00ab enfant(s) des t\u00e9n\u00e8bres \u00bb (Kahn, in L\u2019Ecrit du temps, n\u00b04, 1983). Les mythes, qui int\u00e9ressent en effet directement ce qu\u2019E. Corin nomme ces \u00ab processus de figuration en marche \u00bb (p. 55) au c\u0153ur d\u2019une pens\u00e9e de \u00ab l\u2019action de la forme \u00bb&nbsp;<sup>2<\/sup>&nbsp;comme celle de Laurence Kahn, \u00ab pass\u00e9e de l\u2019Antiquit\u00e9 grecque \u00e0 la psychanalyse par les chemins du mythe, du meurtre, du sacrifice, avec en arri\u00e8re-plan la question de ce qui assemble une communaut\u00e9 \u00bb (O. Bombarde, p. 93), y invite.<br>&nbsp; &nbsp;<br>Le temps des t\u00e9n\u00e8bres &#8211; le chaos, \u00ab le temps de guerre \u00bb en nous (Kahn, in Penser\/r\u00eaver, n\u00b014, Automne 2008) &#8211;&nbsp; ouvre la deuxi\u00e8me section La psychanalyse et les enfants. Le bel expos\u00e9 de V. Abel Prot s\u2019attache \u00e0 d\u00e9placer la controverse de L\u2019Unit\u00e9 de la psychanalyse (p. 125) dans la psychanalyse d\u2019enfants sur le terrain du maniement du contre-transfert tel qu\u2019il permet de modifier les fronti\u00e8res du \u00ab paysage int\u00e9rieur \u00bb (p. 137). Laurence Kahn insiste dans le d\u00e9bat suivant avec J. Malosto, sur le probl\u00e8me rencontr\u00e9 par l\u2019analyste d\u2019enfants \u00ab pour mener \u00e0 bien cette double action : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, d\u00e9faire les digues inefficientes, d\u00e9faire les syst\u00e8mes de refoulement qui ne tiennent pas, et, de l\u2019autre, \u00e9difier des syst\u00e8mes de refoulement \u00bb (p. 165). Cette question, qui entra\u00eene notamment celle de la construction d\u2019une \u00ab autre sc\u00e8ne \u00bb psychique o\u00f9 prendront place les \u00ab \u00e9mergences pulsionnelles en qu\u00eate de sc\u00e9narisation \u00bb (D. Suchet, p. 166), ainsi que celle du travail sp\u00e9cifique de l\u2019analyste d\u2019enfants quand il c\u00f4toie sa manifestation \u00ab la plus anti-sociale \u00bb, cette \u00ab vie psychique nourrie de la sauvagerie pulsionnelle \u00bb (p. 172) comme A. Cohen de Lara vient \u00e0 en t\u00e9moigner, convoque, de surcro\u00eet, une r\u00e9flexion g\u00e9n\u00e9rale sur la nature de l\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste : son objet, sa m\u00e9thode, sa technique. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste, troisi\u00e8me section charni\u00e8re, s\u2019offre d\u00e8s lors comme le point de jonction de tous les motifs de l\u2019\u0153uvre et du livre autour d\u2019une aporie : si l\u2019Agieren transf\u00e9rentiel r\u00e9p\u00e8te en effet l\u2019inconciliable, par \u00ab quelles voies l\u2019analyste acc\u00e8de-t-il \u00e0 ce noyau ? \u00bb (L. Kahn, p. 219). Le passionnant expos\u00e9 de F. Coblence pr\u00e9vient contre Les emb\u00fbches de l\u2019affect (p. 222), le leurre de leur labilit\u00e9, leur force dissimulatrice, rappelant le principe d\u2019\u00ab incertitude en partage \u00bb (p. 227) qui doit mener \u00e0 ne pas oublier qu\u2019\u00ab \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence de l\u2019affect en tant qu\u2019\u00e9nergie d\u00e9pla\u00e7able r\u00e9pond la neutralit\u00e9 de l\u2019analyste \u00bb (p. 227), rappelant \u00e9galement que le \u00ab destin culturel de l\u2019\u00e9nergie indiff\u00e9renci\u00e9e \u00bb, \u00ab prenant sa source (\u2026) dans un processus narcissique \u00bb, est aussi pr\u00e9cis\u00e9ment de pouvoir al\u00e9atoirement s\u2019adjoindre aux processus de masse. En sorte que, c\u2019est le point d\u2019orgue du livre, L. Kahn poursuit sa critique de la pratique post-moderne de l\u2019affect autour du pivot de l\u2019acte psychique, dans L\u2019\u00e9coute analytique selon Daniel Widl\u00f6cher (p. 247), en rappelant combien Freud place \u00ab au c\u0153ur de la cure le pouvoir de r\u00e9alisation hallucinatoire de l\u2019Agieren transf\u00e9rentiel &#8211; tout \u00e0 la fois r\u00e9sistance et r\u00e9p\u00e9tition agie de ce qui ne peut \u00eatre rem\u00e9mor\u00e9 et pens\u00e9 \u00bb (p. 251), pouss\u00e9 par les motions pulsionnelles qui \u00ab veulent et font \u00bb ; cet Agieren amenant \u00e0 penser la situation analytique comme une \u00ab co-\u00e9coute \u00bb (p. 259) qui \u00ab ne doit plus rien \u00e0 la narration, mais tout \u00e0 \u201cl\u2019entrelacement\u201d de deux activit\u00e9s psychiques \u00bb faisant de la \u00ab lacune \u00bb, de la \u00ab faille dans les structures associatives habituelles \u00bb, \u00ab le marqueur de l\u2019intervention de l\u2019action inconsciente \u00bb (p. 259). Une conception de la co-pens\u00e9e, \u00ab organis\u00e9e par la solidarit\u00e9 des actes psychiques des deux protagonistes de la situation analytique \u00bb (p. 260), magnifiquement remise \u00e0 l\u2019ordre du jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel genre de sexe ? est la troublante question qui remet justement l\u2019\u00e9coute sur le m\u00e9tier, en l\u2019immergeant dans un probl\u00e8me r\u00e9cent et pr\u00e9cis gr\u00e2ce au tr\u00e8s fin expos\u00e9 de J.-Y. Tamet : Au sujet des demandes actuelles de changement de sexe&nbsp; (p. 313).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais alors, qu\u2019(y) est-il dit ? C\u2019est la question pos\u00e9e par L\u2019usage de la parole, avant dernier chapitre lumineux, o\u00f9 ce dire s\u2019y circonscrit d\u00e9finitivement \u00ab \u00e0 la charni\u00e8re entre qualit\u00e9 et quantit\u00e9 \u00bb (L. Kahn, p. 341). L\u2019excellent Trace et transduction de D. Scarfone revient notamment, en discutant la critique adress\u00e9e par Laurence Kahn au concept de \u00ab signifiant \u00e9nigmatique \u00bb dans la th\u00e9orie de la s\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de Jean Laplanche, \u00e0 la notion de \u00ab transduction \u00bb qui \u00e9labore une g\u00e9n\u00e9alogie de la trace psychique \u00ab \u00e0 la fois fondatrice et \u00e9trang\u00e8re \u00bb, \u00ab du fait d\u2019une inscription qui brise l\u2019unit\u00e9 du substrat originaire \u00bb (p. 366). \u00ab C\u2019est un bruit aux fronti\u00e8res \u00bb (p. 375) : intraduisibles ou rat\u00e9s de la traduction, \u00ab \u201cobjets-sources de la pulsion\u201d &#8211; par d\u00e9finition \u00e9trangers \u00e0 toute repr\u00e9sentation- \u00bb, li\u00e9s \u00e0 \u00ab cette f\u00ealure irr\u00e9parable \u00bb (p. 375), qui red\u00e9finissent la cure sur la cr\u00eate de cette cl\u00f4ture o\u00f9 \u00ab l\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste cr\u00e9e l\u2019adresse transf\u00e9rentielle et de ce fait dirige du c\u00f4t\u00e9 langagier les \u00e9nergies de l\u2019intraduisible \u00bb (p. 377), car l\u2019analyste, \u00ab dans l\u2019aire du transfert \u00bb, s\u2019interpose toujours comme incarnation. Une id\u00e9e de lacune encore, de fronti\u00e8re, d\u2019\u00e9tranget\u00e9, d\u2019inconciliable, qui dicte le travail de l\u2019analyse ainsi con\u00e7u comme r\u00e9activation des \u00ab&nbsp; langues \u00e9trang\u00e8res \u00bb tel qu\u2019invite par la suite \u00e0 le penser C. Enaudeau, puisque \u00ab la th\u00e9orie analytique suppose (\u2026) que la langue commune enferme en elle une autre langue et que la parole de l\u2019analysant mobilise les deux \u00bb, permettant \u00ab l\u2019existence d\u2019une Grundsprache, \u201ccette langue sensorielle du d\u00e9sir, refoul\u00e9e par l\u2019\u00e9volution m\u00eame du langage, puis secr\u00e8tement s\u00e9diment\u00e9e\u201d, dont la cure, dans son orientation r\u00e9gressive, r\u00e9anime l\u2019expression \u00bb (p. 398).<\/p>\n\n\n\n<p>Penser la fronti\u00e8re ? Le dernier grand chapitre, Destins de la psychanalyse : apr\u00e8s-guerre et post-modernit\u00e9, embo\u00eete le pas. Penser la fronti\u00e8re, la \u00ab lisi\u00e8re \u00bb comme le dit ailleurs Laurence Kahn, implique en effet tout \u00e0 la fois une conception quantitative de la psych\u00e9 en ses passages, son activit\u00e9 lacunaire, l\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste toujours en prise sur la d\u00e9formation (Enstellung) comme y revient U. Hock (p. 419), mais une identique conception lacunaire de l\u2019histoire et du destin de la collectivit\u00e9 o\u00f9 l\u2019\u00e9tranget\u00e9 fonde leur relance, comme une certaine modalit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture fissur\u00e9e par la violence de notre si\u00e8cle l\u2019incarnera, notamment chez Kert\u00e9sz (J.-F. Chiantaretto, p. 445), tant il est vrai que \u00ab par l\u2019\u201catonalit\u00e9\u201d ou par la d\u00e9composition des formes de la fiction, Kert\u00e9sz a voulu faire percevoir la disparition de tout ce qui faisait le fondement de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb (O. Bombarde, p. 469).<br>\u00a0 \u00a0<br>En refermant le livre, les questions \u00ab laiss\u00e9es en suspens \u00bb (L. Kahn,<br>p. 501) se lient aux motifs explor\u00e9s. Elles prennent la forme d\u2019une poursuite de ce qui, page apr\u00e8s page, s\u2019\u00e9tait fait transmission d\u2019une r\u00e9sistance : celle qui convoque chacun dans ses compromissions avec la \u00ab dictature \u00bb (L. Kahn, p. 518) du langage culturel qui nous emploie, celle qui place la psychanalyse face \u00e0 sa double responsabilit\u00e9 : son travail de d\u00e9gagement du \u00ab petit pan de r\u00e9el \u00bb qui avait li\u00e9 l\u2019individu au monde avant que le langage ne l\u2019en s\u00e9pare et que le groupe, quand il se fait masse, r\u00e9utilise comme une illusion id\u00e9alis\u00e9e de corps commun. Ce corps r\u00e9el, \u00e9tranger en nous, \u00ab r\u00e9f\u00e9rent, cela m\u00eame que l\u2019ersatz hallucin\u00e9 du souvenir octroie : quelque chose de la mati\u00e8re, le \u201crev\u00eatement sensible\u201d du pass\u00e9, un lambeau de la surface de contact de la psych\u00e9 avec la corpor\u00e9it\u00e9 du monde \u00bb et que seule \u00ab la tr\u00e8s patiente remise sur le m\u00e9tier des effets de la r\u00e9p\u00e9tition permet d\u2019atteindre \u00bb (Kahn, in Le Pr\u00e9sent de la psychanalyse, n\u00b05, PUF, \u00e0 para\u00eetre en 2021) dans une cure. Une cure, dans la Cit\u00e9, qui aurait le pouvoir (le contre-pouvoir) d\u2019\u00e9duquer apr\u00e8s-coup. Charge \u00e0 nous, lecteurs de Freud, de nous tenir inactuellement contemporains de cette inqui\u00e9tude ; nous, cet autre. Car sans doute \u00ab appartient-il \u00e0 cet homme \u00bb dit de nous Ren\u00e9 Char, \u00ab de fond en comble aux prises avec le Mal dont il conna\u00eet le visage vorace et m\u00e9dullaire, de transformer le fait fabuleux en fait historique. Notre conviction inqui\u00e8te ne doit pas le d\u00e9nigrer mais l\u2019interroger, nous, fervents tueurs d\u2019\u00eatres r\u00e9els dans la personne successive de notre chim\u00e8re \u00bb puisque, gr\u00e2ce \u00e0 Laurence Kahn, ainsi qu\u2019\u00e0 ce livre vigile, la question s\u2019incarne : \u00ab L\u2019inqui\u00e9tude, l\u2019\u00e9veilleuse ? \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Notes<\/p>\n\n\n\n<p>1. A propos de ce parcours on pourra notamment lire l\u2019\u00ab Entretien avec Laurence Kahn \u00bb men\u00e9 par Fran\u00e7oise Neau dans le Carnet PSY, 2015\/2, n\u00b0187, p. 16-35.<br>2. Kahn L., L\u2019\u00e9coute de l\u2019analyste. De l\u2019acte \u00e0 la forme, PUF, 2012.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12811?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2036],"mode":[60],"revue":[494],"auteur_livre":[2201,2241,2240],"class_list":["post-12811","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-sarah-contou-terquem","mode-payant","revue-494","auteur_livre-catherine-matha","auteur_livre-francoise-neau","auteur_livre-odile-bombarde"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12811","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12811"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12811"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12811"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12811"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12811"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12811"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12811"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}