{"id":12802,"date":"2021-09-12T10:13:28","date_gmt":"2021-09-12T08:13:28","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/les-nouvelles-cartes-de-la-psychanalyse\/"},"modified":"2021-09-30T02:21:06","modified_gmt":"2021-09-30T00:21:06","slug":"les-nouvelles-cartes-de-la-psychanalyse","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/les-nouvelles-cartes-de-la-psychanalyse\/","title":{"rendered":"Les nouvelles cartes de la psychanalyse"},"content":{"rendered":"\n<p>C&rsquo;est un message d&rsquo;espoir et d&rsquo;ouverture pour la psychanalyse que Daniel Widl\u00f6cher nous adresse dans ce livre. Il essaye d&rsquo;y d\u00e9montrer que l&rsquo;interdisciplinarit\u00e9 redonnera toute sa valeur \u00e0 la psychanalyse, dans le champ de la psychiatrie. Elle contribuera aussi \u00e0 t\u00e9moigner de la valeur de la personnalit\u00e9 de Freud et de l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, comme de la valeur de ses publications. Daniel Widl\u00f6cher montre que les enjeux de la psychanalyse sont actuellement difficiles \u00e0 accepter : l&rsquo;engagement dans la cure psychanalytique exige en effet des sacrifices qui ne sont pas tant financiers que co\u00fbteux en temps et en \u00e9nergie psychique. Or, les \u00e9valuations des r\u00e9sultats de la psychanalyse sont difficiles \u00e0 mettre en \u00e9vidence : aux \u00c9tats Unis, de nombreuses tentatives ont \u00e9t\u00e9 faites : la plus importante est sans doute celle faite \u00e0 la \u00ab\u00a0Menninger Foundation\u00a0\u00bb : elle a d\u00e9but\u00e9 en 1954 et a dur\u00e9 plus de 20 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>A partir de cette recherche, 5 livres ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits et 65 articles ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s. L&rsquo;\u00e9valuation initiale comportait 10 entretiens psychiatriques, un entretien avec les membres de la famille, une batterie de tests psychologiques et un examen physique. Deux groupes similaires furent cr\u00e9\u00e9s au hasard, 42 patients y furent inclus, dont 22 soumis \u00e0 une \u00ab\u00a0cure type\u00a0\u00bb et 20 \u00e0 une psychoth\u00e9rapie analytique. En fin de traitement, deux ans apr\u00e8s, les chercheurs ont utilis\u00e9 les observations des th\u00e9rapeutes, des superviseurs et des patients. En d\u00e9pit de ces efforts, les r\u00e9sultats, qui se sont av\u00e9r\u00e9s d&rsquo;une grande banalit\u00e9, ont soulev\u00e9 des critiques nombreuses qui tiennent au petit nombre de sujets \u00e9tudi\u00e9s et \u00e0 l&rsquo;absence de cas de contr\u00f4le, aux difficult\u00e9s d&rsquo;\u00e9tablir des crit\u00e8res d&rsquo;analysabilit\u00e9 et enfin \u00e0 l&rsquo;utilisation de th\u00e9rapeutes peu exp\u00e9riment\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les nombreuses recherches conduites depuis cette p\u00e9riode n&rsquo;ont pas apport\u00e9 beaucoup plus d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments (en particulier l&rsquo;enqu\u00eate de Luborsky) qui porte sur 91 patients et qui compare les r\u00e9sultats de divers types d&rsquo;approches psychoth\u00e9rapiques. Une m\u00e9ta-analyse de ces r\u00e9sultats a \u00e9t\u00e9 conduite par Smith depuis 1980. La conclusion est simple : les psychoth\u00e9rapies sont toutes efficaces. Freud lui-m\u00eame avait pos\u00e9 le probl\u00e8me d\u00e8s 1918 au moment o\u00f9 il rappelait que l&rsquo;or pur de la psychanalyse devrait un jour se m\u00ealer au cuivre de l&rsquo;observation directe. De ce point de vue, Daniel Widl\u00f6cher \u00e9tudie trois formes de la psychoth\u00e9rapies : &#8211; Les psychoth\u00e9rapies d&rsquo;expression directe : je m&rsquo;\u00e9tonne d&rsquo;ailleurs que dans les psychoth\u00e9rapies d&rsquo;observation directe, il range le psychodrame avec la th\u00e9rapie non directive de Rogers ou le cri primal. Il a suffisamment pratiqu\u00e9 le psychodrame analytique pour savoir qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;une th\u00e9rapeutique cathartique. &#8211; Les psychoth\u00e9rapies d&rsquo;interpr\u00e9tation : elles visent \u00e0 substituer \u00e0 l&rsquo;hypnose la m\u00e9morisation d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments oubli\u00e9s. Elles ont pour ressort l&rsquo;inconscient ou du moins le sens inconscient de certaines pens\u00e9es ou de certains actes. &#8211; Les psychoth\u00e9rapies comportementales et cognitives : elles ont pour principe l&rsquo;aide donn\u00e9e \u00e0 un sujet pour se lib\u00e9rer de pens\u00e9es contraignantes, en lui fournissant des r\u00e8gles de conduites nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les psychanalystes estiment qu&rsquo;ils ont \u00e0 lutter contre les formes diverses de psychoth\u00e9rapies en particulier comportementalistes : vouloir adapter un sujet au syst\u00e8me de vie dans lequel il est plong\u00e9 risque en effet d&rsquo;\u00e9touffer ses potentialit\u00e9s de vie. Et pourtant on continue \u00e0 pratiquer la psychanalyse !!, Wildl\u00f6cher nous rappelle que le nombre de psychanalystes augmente r\u00e9guli\u00e8rement : l&rsquo;Association Psychanalytique Internationale, fond\u00e9e en 1910 par Freud, comptait 4000 membres en 1975 : son nombre a, actuellement, doubl\u00e9, en particulier du fait du d\u00e9veloppement de la psychanalyse en Am\u00e9rique Latine. Dans les pays occidentaux, la demande de la psychanalyse diminue, mais non les psychoth\u00e9rapies dont la plupart sont tr\u00e8s proches de la psychanalyse. Il est de toute fa\u00e7on difficile de dire ce qu&rsquo;est la psychanalyse et surtout ce que le psychanalyste fait. De toute fa\u00e7on, on ne doit pas s&rsquo;attendre au cours de la lecture de ce livre \u00e0 ce que son auteur se livre \u00e0 une comparaison, difficile d&rsquo;ailleurs, entre la psychanalyse et les sciences cognitives. Son travail d&rsquo;\u00e9laboration est plus subtil : Daniel Widl\u00f6cher fait le bilan de la psychanalyse \u00e0 partir des connaissances g\u00e9n\u00e9rales acquises actuellement. Il commence par attaquer le mythe biologique de la pulsion et affirmer que sa r\u00e9vision est n\u00e9cessaire. Selon lui, la th\u00e9orie de l&rsquo;action permet de rendre compte du pulsionnel. Mais il affirme aussi que les sciences cognitives contemporaines peuvent aider la psychanalyse \u00e0 se d\u00e9gager de la th\u00e9orie de la pulsion. Pour savoir si la question de l&rsquo;inconscient psychanalytique peut avoir un sens dans le cadre de l&rsquo;approche cognitive, il faut, Widl\u00f6cher nous le rappelle opportun\u00e9ment, renoncer \u00e0 l&rsquo;explication passe-partout de l&rsquo;\u00e9nergie pulsionnelle d&rsquo;origine somatique. Daniel Widl\u00f6cher propose que le d\u00e9bat interdisciplinaire soit men\u00e9 selon la r\u00e8gle de l&rsquo;intelligence artificielle et propose comme ic\u00f4ne, la r\u00e9flexion de J-R. Anderson, sp\u00e9cialiste de l&rsquo;intelligence artificielle. Ce dernier \u00ab\u00a0se demandait ce qui arriverait si l&rsquo;instruction confi\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ordinateur \u00e9tait de se repr\u00e9senter comme d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9e, ce qu&rsquo;il connaissait comme un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 venir\u00a0\u00bb (p. 285). Il convient peut-\u00eatre d&rsquo;inscrire la psychanalyse parmi les sciences cognitives comme la psychologie, l&rsquo;anthropologie, les neurosciences.<\/p>\n\n\n\n<p>La recherche psychanalytique porte sur la diff\u00e9rence entre pens\u00e9e consciente ou inconsciente, ce qui est certainement diff\u00e9rent de la recherche en psychologie : il s&rsquo;agit d&rsquo;un travail d&rsquo;investigation sur la vie mentale. La psychanalyse tend \u00e0 d\u00e9voiler des significations individuelles m\u00e9connues, c&rsquo;est-\u00e0-dire, les d\u00e9couvertes du sens. C&rsquo;est la th\u00e9orie de ce travail qu&rsquo;il d\u00e9finit comme le cadre de la m\u00e9tapsychologie. Cette derni\u00e8re est une th\u00e9orie de la cure psychanalytique tr\u00e8s diff\u00e9rente de la psychologie analytique. Mais il existe un programme commun aux sciences cognitives. Cette \u00e9pist\u00e9mologie commune repose sur le traitement de l&rsquo;information. On va voir \u00e0 partir de l\u00e0, Widl\u00f6cher d\u00e9crire le travail du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;esprit, du locuteur, et du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;inconscient. Vu du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;analyste, ce travail permet de parler de l&#8217;empathie que Daniel Widl\u00f6cher appelle \u00ab\u00a0co-pens\u00e9e\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit l\u00e0, sans doute, du chapitre le plus original de son travail. La lecture en est quelquefois difficile et je vais ici essayer de donner les impressions d&rsquo;un lecteur qui \u00e9coute l&rsquo;auteur parler des conditions de l&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;analyste. Les conditions de l&rsquo;\u00e9coute sont caract\u00e9ris\u00e9es par le fait suivant : la construction des influences \u00e0 partir d&rsquo;un message de l&rsquo;interlocuteur est en partie automatique comme dans la communication affirmative.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la communication interactive de l&rsquo;analyste et de son analysant, l&rsquo;analyste ne peut pas ne pas se situer dans le sc\u00e9nario de l&rsquo;esprit de l&rsquo;analysant. Il se d\u00e9gage aussi gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;attention flottante des intentions de son locuteur et \u00e0 l&rsquo;attention qu&rsquo;il porte aux sens cach\u00e9s, \u00ab\u00a0les intentionnalit\u00e9s latentes que r\u00e9v\u00e8le la dynamique de l&rsquo;association de penser de l&rsquo;analysant\u00a0\u00bb (p. 134). Pour r\u00e9v\u00e9ler les sens de l&rsquo;intentionnalit\u00e9 latente, il faut que les deux interlocuteurs partagent la m\u00eame th\u00e9orie de l&rsquo;esprit : \u00abl&rsquo;analysant d\u00e9couvre une pens\u00e9e impromptue, en rupture partielle ou totale vis-\u00e0-vis des pens\u00e9es qui la pr\u00e9c\u00e8dent. Il constate le hiatus et s&rsquo;interroge sur les raisons de sa survenue. L&rsquo;analyste, de son c\u00f4t\u00e9, communique \u00e0 l&rsquo;analysant une pens\u00e9e qui aurait pu succ\u00e9der \u00e0 celle qui l&rsquo;occupait pr\u00e9c\u00e9demment. Il y a identit\u00e9 des processus de pens\u00e9e. L&rsquo;interpr\u00e9tation r\u00e9pond \u00e0 la pens\u00e9e impromptue et lui propose un d\u00e9veloppement imm\u00e9diat. Ceci implique que l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;esprit du psychanalyste soit tr\u00e8s proche de celle de l&rsquo;analysant\u00bb(p. 135.). C&rsquo;est \u00e0 ce sujet que Daniel Widl\u00f6cher propose le terme de \u00ab\u00a0co-pens\u00e9e\u00a0\u00bb. Cette situation suppose que le psychanalyste, d\u00e9tach\u00e9 autant que possible du r\u00f4le que cherche \u00e0 lui faire jouer l&rsquo;inconscient de l&rsquo;analysant, soit attentif \u00e0 la pens\u00e9e impromptue comme si elle \u00e9tait un r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;\u00e9coute psychanalytique, le psychanalyste est conduit \u00e0 des anticipations dont la valeur s&rsquo;affirme peu \u00e0 peu et qu&rsquo;il va communiquer. Tout cela est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de la \u00ab\u00a0communication en creux\u00a0\u00bb . A ce sujet, Daniel Widl\u00f6cher va \u00e9tudier le silence de l&rsquo;analyse : il est d&rsquo;abord fait du silence de l&rsquo;analyste qui \u00e9vite de r\u00e9pondre \u00e0 une communication narrative ou interactive. Ce faisant, il cherche \u00e0 construire avec son patient un monde cognitif commun : il entend ceux qui s&rsquo;adressent \u00e0 lui de la part de son patient mais aussi l&rsquo;influence des actes psychiques inconscients dans la pr\u00e9diction des actes psychiques conscients. Tout cela, il l&rsquo;entend dans le silence de l&rsquo;analysant dont l&rsquo;activit\u00e9 mentale induit une forme oblig\u00e9e de silence. Lorsqu&rsquo;un patient se tait et qu&rsquo; on se demande \u00e0 qui il pense, on peut r\u00e9pondre de deux fa\u00e7ons. On peut se repr\u00e9senter son mode hallucinatoire et son mode imaginaire du pass\u00e9 ou de l&rsquo;avenir. Il n&rsquo;est pas possible qu&rsquo;il soit repr\u00e9sent\u00e9 sur un mode hallucinatoire. C&rsquo;est apr\u00e8s-coup qu&rsquo;il peut d\u00e9crire verbalement la sc\u00e8ne v\u00e9cue. La seconde r\u00e9ponse se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un n\u00e9ant de penser : il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9tat mental chaotique. Il dit : cela me fait penser que, car il se trouve en pr\u00e9sence d&rsquo;un r\u00e9seau complexe de pens\u00e9es. Avec le cognitiviste Fodor, on peut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 ce sujet au \u00ab\u00a0holisme s\u00e9mantique\u00a0\u00bb. Cet auteur estime, en effet, qu&rsquo;une attitude propositionnelle est li\u00e9e \u00e0 la totalit\u00e9 de ses liens \u00e9pist\u00e9miques. Le silence est en tout cas un \u00e9tat mental d\u00e9gag\u00e9 du plan discursif. Apr\u00e8s coup, le patient n&rsquo;est pourtant pas en \u00e9tat d&rsquo;en d\u00e9gager un \u00e9nonc\u00e9. Il n&rsquo;y a pas de perception interne chez lui, car le sujet n&rsquo;observe pas la pens\u00e9e comme un objet; \u00ab\u00a0L&rsquo;insight r\u00e9sulte de l&rsquo;extraction d&rsquo;une id\u00e9e, susceptible d&rsquo;\u00eatre trait\u00e9e par le langage, \u00e0 partir d&rsquo;un \u00e9tat mental marqu\u00e9 par l&rsquo;activation complexe et chaotique d&rsquo;un ensemble de pens\u00e9es\u00a0\u00bb (p. 139). C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9coute de cet insight qui d\u00e9finit pour Widl\u00f6cher la n\u00e9cessit\u00e9 et les limites de l&#8217;empathie.<\/p>\n\n\n\n<p>On va le voir, il s&rsquo;agit-l\u00e0 d&rsquo;une conception tr\u00e8s particuli\u00e8re de l&#8217;empathie qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre lue avec soin. Les th\u00e9oriciens de l&#8217;empathie, fid\u00e8les aux origines romantiques de ce concept, tiennent \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que la connaissance \u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9motion d&rsquo;autrui peut \u00eatre tenue pour pri- maire et ind\u00e9pendante des contenus de pens\u00e9e.\u00a0\u00bb Widl\u00f6cher s&rsquo;essaye \u00e0 justifier le terme de \u00ab\u00a0co-penser\u00a0\u00bb, parce que dans la communication interactive et intersubjective qui s&rsquo;installe, l&rsquo;analyste r\u00e9agit avec son corps et ne peut l&rsquo;\u00e9viter. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un situation commune o\u00f9 les notions de transfert et de contre-transfert sont bien d\u00e9pass\u00e9es. Dans de tels cas si dramatiques qu&rsquo;\u00e9voque Daniel Widl\u00f6cher, l&rsquo;analyste perd ses limites. Le discours du patient active en lui des associations d&rsquo;id\u00e9es qui peuvent, bien entendu, tenir \u00e0 sa propre histoire et aux conflits qu&rsquo;elle a g\u00e9n\u00e9r\u00e9s. Ainsi, se trouve-t-on proche de la situation, \u00e9tudi\u00e9e par Ferenczi, sous le nom d&rsquo;analyse mutuelle. Il ne s&rsquo;agit pas toutefois de penser ici \u00e0 la situation qui \u00e9galiserait les positions entre un analyste et son patient, mais de se rappeler qu&rsquo;un analyste voit ses associations d&rsquo;id\u00e9es engag\u00e9es dans un monde commun \u00e0 son patient et \u00e0 lui. On devine sans peine ce que cette situation particuli\u00e8re doit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude du processus de subjectivation, telle que Kohut l&rsquo;a d\u00e9crit. On y reconna\u00eetrait aussi la place de la th\u00e9orie kleinienne des identifications projectives et on se rappelle que Bion a pens\u00e9 que la m\u00e8re qui les contient joue un r\u00f4le d\u00e9toxiquant gr\u00e2ce aux r\u00eaveries auxquelles elle est capable de s&rsquo;adonner et permettrait ainsi \u00e0 son b\u00e9b\u00e9 de penser. Widl\u00f6cher ne voit de son c\u00f4t\u00e9 aucun ressort th\u00e9rapeutique dans cette situation dont j&rsquo;ai rappel\u00e9 le r\u00f4le dans le d\u00e9veloppement. Elle est probablement aussi favoris\u00e9e par le conjoint qui la \u00ab\u00a0tierc\u00e9ise \u00a0\u00bb et par l\u00e0, la contextualise .<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie du r\u00f4le de l&#8217;empathie pourrait appara\u00eetre comme la preuve du caract\u00e8re non scientifique de la psychanalyse. J&rsquo;ai cru pouvoir montrer que le co-penser est voisin du \u00ab\u00a0co-sentir\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0co-cr\u00e9er\u00a0\u00bb, une situation que les g\u00e9niteurs pourraient aussi ressentir et qui leur conf\u00e9rerait, comme \u00e0 l&rsquo;analyste un pouvoir m\u00e9taphorisant gr\u00e2ce \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;enaction\u00a0\u00bb que cr\u00e9e un tel moment privil\u00e9gi\u00e9. Qu&rsquo;on se rappelle, en effet, que le corps de celui qui \u00ab\u00a0empathise\u00a0\u00bb ne saurait \u00eatre exempt\u00e9 de ce processus : tout se passe alors comme si les limites du temps et de l&rsquo;espace, auxquelles il est habituellement confront\u00e9 \u00e9taient mises en cause; je me demande si nous sommes alors tr\u00e8s loin des observations dites objectives des sciences \u00ab\u00a0dures\u00a0\u00bb : tout indique que de telles observations sont interactives. D&rsquo;ailleurs, le mot \u00ab\u00a0enaction\u00a0\u00bb (enactment\u00a0\u00bb) vient apr\u00e8s mes remarques &#8211; et sans que j&rsquo;y voie plus qu&rsquo;une co\u00efncidence. Il a le m\u00e9rite de signaler l&rsquo;urgence du recours th\u00e9orique qui associe, comme on le sait, une interpr\u00e9tation analytique, un passage \u00e0 l&rsquo;acte contenu et limit\u00e9 \u00e0 un \u00e9prouv\u00e9 corporel d&rsquo;une part, et \u00e0 une interpr\u00e9tation cognitive propos\u00e9e par F . Var\u00e9la d&rsquo;autre part, \u00e0 savoir la mise en jeu coordonn\u00e9e de plusieurs modules en vue d&rsquo;une action d\u00e9cid\u00e9e et \u00ab\u00a0promulgu\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette tendance actuelle condamne les analystes \u00e0 une grande prudence dans leurs commentaires, puisque \u00ab la th\u00e9orie de l&rsquo;interpr\u00e9tation serait consid\u00e9r\u00e9e comme fusion partielle de deux cours de pens\u00e9e&#8230; C&rsquo;est ce mode de pens\u00e9e partag\u00e9e qui constitue l&rsquo;objet sp\u00e9cifique de la psychanalyse, son champ scientifique propre \u00bb (page 149). En proposant de diff\u00e9rencier la psychologie analytique et la m\u00e9tapsychologie, Daniel Widl\u00f6cher nous propose aussi de s\u00e9parer le processus d&rsquo;abord pr\u00e9conis\u00e9 par Freud, \u00e0 savoir la restitution du refoul\u00e9 pour conna\u00eetre le r\u00f4le de l&rsquo;inconscient, puis, dans sa deuxi\u00e8me topique, de concentrer nos efforts \u00e0 la mise en \u00e9vidence des r\u00e9sistances au changement li\u00e9es au transfert : ainsi la m\u00e9tapsychologie nous condamne-t-elle \u00e0 une grande prudence dans nos pr\u00e9tentions quant \u00e0 la valeur scientifique de la psychanalyse. L&rsquo;auteur nous propose d&rsquo;inverser l&rsquo;ordre habituel en cette mati\u00e8re o\u00f9 il voit plusieurs recours m\u00e9tapsychologiques possibles : il s&rsquo;agit en tout \u00e9tat de cause de passer \u00e0 une confrontation entre la psychologie psychanalytique et les neurosciences. Il prend pour exemple la comparaison entre l&rsquo;oubli et l&rsquo;\u00e9tude du refoulement. Les m\u00e9canismes de l&rsquo;oubli peuvent \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9s par des recherches :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; sur l&rsquo;oubli dans la cure analytique, par exemple une d\u00e9sorganisation qui le pr\u00e9c\u00e8de et qui met en \u00e9vidence l&rsquo;importance d\u00e9sorganisatrice du transfert et<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; l&rsquo;\u00e9tude du refoulement qui cherche \u00e0 \u00e9lucider les raisons de l&rsquo;oubli. Les limites de cette confrontation appara\u00eetront vite en faveur de la neurobiologie, si l&rsquo;on veut admettre que l&rsquo;homme est domin\u00e9 par le fonctionnement de son cerveau, une id\u00e9e que l&rsquo;on ne saurait enti\u00e8rement, selon moi, partager.<\/p>\n\n\n\n<p>Des questions fondamentales subsisteront, car l&rsquo;extr\u00eame intrication des structures mentales \u00e0 l&rsquo;ouvre, leur insertion dans le cours d&rsquo;une destin\u00e9e individuelle, le r\u00f4le de l&rsquo;histoire personnelle et de l&rsquo;environnement rendront fort difficile, sinon impossible, que nous puissions agir par des m\u00e9dicaments sp\u00e9cifiques sur ces structures \u00bb ( page 245).<\/p>\n\n\n\n<p>Nous terminerons par ces remarques relativement optimistes qui concernent nos notes de la lecture de ce livre passionnant pour moi, puisque Daniel Widl\u00f6cher nous familiarise avec son approche du \u00ab\u00a0co-penser\u00a0\u00bb qui m&rsquo;a permis de le comprendre avec empathie et de m&rsquo;accorder en grande partie avec lui : son livre nous apporte \u00ab\u00a0de nouvelles cartes \u00a0\u00bb pour et \u00ab\u00a0de la psychanalyse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12802?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1791],"mode":[61],"revue":[845],"auteur_livre":[2219],"class_list":["post-12802","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-serge-lebovici","mode-gratuit","revue-845","auteur_livre-daniel-widlocher"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12802","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12802"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12802"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12802"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12802"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12802"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12802"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12802"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}