{"id":12800,"date":"2021-09-12T10:13:28","date_gmt":"2021-09-12T08:13:28","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/les-enfants-perturbateurs\/"},"modified":"2021-09-30T02:00:03","modified_gmt":"2021-09-30T00:00:03","slug":"les-enfants-perturbateurs","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/les-enfants-perturbateurs\/","title":{"rendered":"Les enfants perturbateurs"},"content":{"rendered":"\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un ouvrage paru en 2007, mais sur lequel il est bon de faire retour aujourd\u2019hui, tant son actualit\u00e9 s\u2019impose dans le contexte socioculturel qui est le n\u00f4tre. Dani\u00e8le Brun est psychanalyste et professeur de psychopathologie \u00e0 l\u2019uni\u00adversit\u00e9 Denis Diderot (Paris 7), et elle a organis\u00e9 toute une s\u00e9rie de colloques centr\u00e9s sur les questionnements r\u00e9ciproques qui se d\u00e9ploient entre la psychanalyse et les avanc\u00e9es m\u00e9dicales extraordinaires auxquelles nous assistons depuis quelques d\u00e9cennies. Ces colloques ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s dans le cadre de l\u2019association&nbsp; M\u00e9decine et Psychanalyse qu\u2019elle a fond\u00e9e avec des coll\u00e8gues d\u2019horizons diff\u00e9rents : des p\u00e9diatres comme Jacky Israel, des gyn\u00e9cologues comme Bernard Fonty, des oncologues comme Jean-Michel Zucker, des psychanalystes comme Alain Vanier et Roland Gori, et bien d\u2019autres encore qui, tous, partagent l\u2019objectif d\u2019une mise en perspective dialectique entre la m\u00e9decine somatique et la psychanalyse, au regard des nouvelles pistes de r\u00e9flexion qui s\u2019offrent d\u00e9sormais \u00e0 nous du fait des progr\u00e8s techniques et scientifiques actuels. Le 12\u00e8me colloque M\u00e9decine et Psychanalyse s\u2019est tenu du 14 au 16 janvier 2011, sur le th\u00e8me :&nbsp;<em>Nouvelles formes de vie et de mort \u2013 Une m\u00e9decine entre r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9<\/em>. Tout ceci pour dire que Dani\u00e8le Brun n\u2019ignore rien des d\u00e9bats qui traversent le champ de la p\u00e9dopsychiatrie, toujours tiraill\u00e9e entre le mod\u00e8le m\u00e9dical (comme dans les pays anglo-saxons) et le mod\u00e8le psychopathologique ou psychanalytique (auquel les p\u00e9dopsychiatres fran\u00e7ais demeurent encore, fort heureusement, partiellement attach\u00e9s). De ce fait, le titre qu\u2019elle a choisi&nbsp;<em>Les enfants perturbateurs&nbsp;<\/em>l\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e0 dessein, me semble-t-il, pour aller au-del\u00e0 de la question des enfants agit\u00e9s ou hyperactifs qui occupent, on ne le sait que trop, le devant de la sc\u00e8ne, mise en avant par le public et par les m\u00e9dias qui vise, sans doute, \u00e0 mieux masquer que les enfants sont toujours, par essence, perturbateurs quand bien m\u00eame ils ne sont pas perturb\u00e9s ! Vouloir l\u2019ignorer repr\u00e9sente \u00e0 mon sens une forme de maltraitance, et c\u2019est en cela que ce livre est si pr\u00e9cieux, et si bienvenu.Outre la maltraitance directe physique et sexuelle qui constitue une probl\u00e9matique toujours si complexe et si douloureuse, il existe en effet d\u2019autres formes de maltraitance plus indirectes, moins spectaculaires, mais h\u00e9las probablement plus fr\u00e9quentes : d\u2019une part le d\u00e9ni d\u2019existence de l\u2019enfant (affront narcissique majeur qui lui est ainsi fait), et d\u2019autre part l\u2019entrave faite au besoin fondamental des enfants de pouvoir mettre en \u0153uvre, par eux-m\u00eames, l\u2019ensemble des comp\u00e9tences qui sont les leurs. L\u00e0 aussi, on peut se demander si l\u2019insistance des projecteurs m\u00e9diatiques sur la maltraitance directe (aussi dramatique soit-elle, bien \u00e9videmment !) n\u2019a pas pour fonction d\u2019occulter les deux autres formes de maltraitance indirecte \u00e9voqu\u00e9es ci-dessus\u2026 Quoi qu\u2019il en soit, il me semble que la r\u00e9flexion de D. Brun concerne, pr\u00e9cis\u00e9ment, et de mani\u00e8re conjointe, ces deux types de maltraitance indirecte. Je m\u2019explique. L\u2019enfant arrive dans un monde o\u00f9 il y a d\u00e9j\u00e0 du langage, de la pens\u00e9e et des relations qui lui pr\u00e9existent, et sa naissance ne peut donc que venir d\u00e9ranger, perturber &#8211; au bon sens de ces deux termes &#8211; l\u2019environnement dans lequel il na\u00eet. On sait bien, d\u2019ailleurs, la crise d\u2019identit\u00e9 familiale qui fait suite \u00e0 toute naissance, et qui permet aux diff\u00e9rents membres du groupe familial (p\u00e8re, m\u00e8re, fr\u00e8res et s\u0153urs \u00e9ventuels) de remanier, en un court laps de temps, leurs diverses positions identificatoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans certains cas, cette perturbation au lieu d\u2019\u00eatre structurante, va jouer, au contraire, comme une onde de choc d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, mais ceci est relativement rare. Le plus souvent, l\u2019enfant, par sa naissance, va perturber de mani\u00e8re constructive et cr\u00e9ative son milieu d\u2019accueil, et ne pas le voir ou ne pas l\u2019admettre vaut alors, ni plus ni moins, comme un d\u00e9ni d\u2019existence &#8211; premi\u00e8re forme de maltraitance indirecte que j\u2019ai mentionn\u00e9e. Mais il y a plus. Une fois n\u00e9, l\u2019enfant va partir, tout au long de sa vie, \u00e0 la d\u00e9couverte de son environnement mat\u00e9riel et humain. Sa curiosit\u00e9 est immense, et \u00e0 sa mani\u00e8re, elle ne peut que d\u00e9ranger les adultes dans leur propre mani\u00e8re de voir le monde. Seuls les enfants gravement inhib\u00e9s ne perturbent personne, ce qui n\u2019est \u00e9videmment pas \u00e0 souhaiter, ni pour eux ni pour leur entourage ! Et c\u2019est l\u00e0 que D. Brun introduit un concept fort heuristique qui va courir comme une sorte de fil rouge tout au long de cet ouvrage, \u00e0 savoir, le concept de \u00ab plasticit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les neurosciences ont apport\u00e9 le concept de plasticit\u00e9 neuronale fort en vogue aujourd\u2019hui, mais ici, il s\u2019agit d\u2019une plasticit\u00e9 psychique que D. Brun d\u00e9finit comme \u00ab une forme de r\u00e9ponse \u00e0 la sensation d\u2019inad\u00e9quation que cr\u00e9e la curiosit\u00e9 insatisfaite \u00bb, \u00e9tant entendu qu\u2019aucune curiosit\u00e9 ne peut \u00eatre, et ne doit \u00eatre, enti\u00e8rement satisfaite. Elle ajoute, plus loin dans son texte : \u00ab La plasticit\u00e9 de l\u2019enfant proc\u00e8de du jeu de furet entre un \u00e9veil psychique pr\u00e9coce, doubl\u00e9 d\u2019une curiosit\u00e9 multidirectionnelle, et une d\u00e9pendance que les seuls besoins physiques ne suffisent pas \u00e0 r\u00e9sumer \u00bb. Y a-t-il, alors, des liens entre plasticit\u00e9 neuronale et plasticit\u00e9 psychique ? Peut-\u00eatre, et notamment au cours des premi\u00e8res ann\u00e9es de la vie, mais l\u00e0 n\u2019est pas la question qui pr\u00e9occupe D. Brun.Ce qui l\u2019int\u00e9resse, c\u2019est la perturbation de l\u2019environnement par la curiosit\u00e9 de l\u2019enfant. Ne dit-on pas d\u2019ailleurs, que la curiosit\u00e9 est\u2026 un vilain d\u00e9faut, alors m\u00eame que l\u2019enfant ne peut aucunement se construire sans cette app\u00e9tence, sans cette avidit\u00e9 parfois, envers le monde dans lequel il vit. Mais cette curiosit\u00e9 perturbe les adultes qui risquent parfois de tout faire pour la r\u00e9duire et pour l\u2019\u00e9touffer, ce qui rejoint la deuxi\u00e8me forme de maltraitance indirecte \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier chapitre du livre s\u2019intitule donc :&nbsp;&nbsp;<em>De la curiosit\u00e9 \u00e0 la plasticit\u00e9<\/em>, et D. Brun va ensuite d\u00e9cliner cette dialectique au fil de plusieurs probl\u00e9matiques telles que le corps, la sexualit\u00e9, ou le rapport de l\u2019enfant avec ses objets. Elle le fait sans jamais perdre la r\u00e9f\u00e9rence aux acquis de la psychanalyse dont on voit \u00e0 quelle point celle-ci demeure vivante du point de vue \u00e9pist\u00e9mologique, et elle le fait en \u00e9maillant toujours son propos de vignettes cliniques tr\u00e8s parlantes, car souvent tir\u00e9es de sc\u00e8nes de la vie quotidienne. Le dernier chapitre de l\u2019ouvrage est consacr\u00e9 aux&nbsp;<em>Enjeux de pouvoir entre parents et enfants,&nbsp;<\/em>et il m\u2019appara\u00eet comme tout \u00e0 fait essentiel. Cons\u00e9quence logique de cette curiosit\u00e9 perturbante, et de la plasticit\u00e9 psychique qui s\u2019y attache utilement pour l\u2019enfant, les adultes risquent de r\u00e9agir par une tentative de mise en sourdine de ces deux formes de vitalit\u00e9, et ceci, surtout s\u2019ils projettent sur leur enfant, certaines repr\u00e9sentations de l\u2019enfant qu\u2019ils craignent eux-m\u00eames d\u2019avoir \u00e9t\u00e9. Il faut, en effet, avoir beaucoup tranquillis\u00e9 l\u2019infantile en nous, adultes, pour pouvoir renoncer \u00e0 notre pouvoir sur les enfants que nous avons, ou sur ceux dont nous nous occupons, ce qui ressort tr\u00e8s nettement des r\u00e9flexions de D. Brun, et ce qui permet aussi de comprendre, si tel n\u2019est pas le cas, \u00e0 quel point il est alors facile de taxer l\u2019enfant de \u00ab perturbateur \u00bb afin de mieux ignorer les mises en question qu\u2019il nous adresse sans rel\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p>Personnellement, j\u2019au lu ce livre comme une r\u00e9ponse implicite \u00e0 la d\u00e9sastreuse expertise collective de l\u2019INSERM sur le soi-disant \u00ab trouble des conduites \u00bb de 2005. Sans doute aurais-je d\u00fb signaler plus t\u00f4t l\u2019ouvrage de D. Brun. Mais il n\u2019est jamais trop tard pour bien faire, et d\u2019un certain point de vue, les d\u00e9bats actuels sur la p\u00e9dopsychiatrie le rendent encore plus d\u2019actualit\u00e9, et encore plus n\u00e9cessaire. Merci infiniment \u00e0 Dani\u00e8le Brun&nbsp; de nous offrir cette si belle r\u00e9flexion sur l\u2019enfance, ce \u00ab voyage \u00e0 travers l\u2019enfance \u00bb&nbsp;<br>qui ne pourra qu\u2019enthousiasmer le lecteur lui-m\u00eame curieux, plastique et d\u00e9sireux de renouer avec ses propres parties infantiles seules \u00e0 m\u00eame de rendre la vie vivante et de nous rappeler, comme le dit si joliment Alexandre Jardin, dans Les colori\u00e9s, que \u00ab l\u2019enfance n\u2019est pas une saison, mais bien une culture \u00e0 part enti\u00e8re \u00bb.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12800?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1368],"mode":[61],"revue":[462],"auteur_livre":[2226],"class_list":["post-12800","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-bernard-golse","mode-gratuit","revue-462","auteur_livre-daniele-brun"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12800","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12800"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12800"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12800"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12800"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12800"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12800"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12800"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}