{"id":12751,"date":"2021-09-12T10:13:23","date_gmt":"2021-09-12T08:13:23","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/depasser-les-souffrances-institutionnelles\/"},"modified":"2021-09-23T16:55:16","modified_gmt":"2021-09-23T14:55:16","slug":"depasser-les-souffrances-institutionnelles","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/depasser-les-souffrances-institutionnelles\/","title":{"rendered":"D\u00e9passer les souffrances institutionnelles"},"content":{"rendered":"\n<p>Lorsque Didier Robin avait fait para\u00eetre son pr\u00e9c\u00e9dent manuscrit,&nbsp;<em>La violence de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9<\/em>, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 par son approche anthropopsychiatrique dans la lign\u00e9e des travaux de Jacques Schotte, et aussi par sa capacit\u00e9 \u00e0 mailler sa th\u00e9orie avec la pratique, d\u00e9ployant ainsi de grands talents p\u00e9dagogiques. Dans ce nouveau livre, il s\u2019attaque aux souffrances institutionnelles pour mieux les conna\u00eetre et les d\u00e9passer. Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la psychanalyse de fa\u00e7on cr\u00e9ative, il revisite \u00e9galement les concepts qui vont lui \u00eatre utiles dans sa d\u00e9monstration en prenant appui sur des psychanalystes ayant prouv\u00e9 leurs capacit\u00e9s d\u2019ouver-tures \u00e0 d\u2019autres champs que le strict champ psychanalytique : Dejours, Tosquelles, Roussillon et quelques autres. Son plan est simple : montrer en quoi les souffrances institutionnelles sont une part importante de la souffrance au travail dans les m\u00e9tiers de la relation, et que, loin de devoir les consid\u00e9rer comme des parasites \u00e0 \u00e9liminer, il est essentiel de se poser la question de leur pr\u00e9sence dans cette \u00e9quation complexe. Pour y parvenir, et apr\u00e8s avoir resitu\u00e9 la souffrance comme une des donn\u00e9es structurales du travail en g\u00e9n\u00e9ral, Didier Robin se penche sur le sujet en psychanalyse, en le d\u00e9limitant par rapport \u00e0 l\u2019individu, \u00e0 la personne et au citoyen. Une fois muni de ces rappels indispensables, il avance vers la notion d\u2019institution, en reprenant dans le d\u00e9tail les concepts et l\u2019histoire de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle. Mais plut\u00f4t que d\u2019en faire une occasion de nostalgie des temps pass\u00e9s, il en d\u00e9duit les mat\u00e9riaux pour penser le pr\u00e9sent des institutions.&nbsp;<br>Il actualise en quelque sorte les invariants structuraux de ce mouvement aux multiples lin\u00e9aments et aux formes extr\u00eamement diversifi\u00e9es, pour en faire un instrument pertinent des praxis institutionnelles contemporaines. Il en extrait plusieurs fonctions qui, \u00e0 ses yeux, rev\u00eatent toujours une grande importance : si l\u2019institution est n\u00e9cessaire \u00e0 la prise en charge de nombreux patients gravement atteints par la maladie mentale, l\u2019attention que les th\u00e9rapeutes doivent porter \u00e0 leur \u00e9tat de sant\u00e9 est fonda-mentale. Nous savons depuis Hermann Simon que si nous ne le prenons pas en consid\u00e9ration, alors les effets induits dans les traitements de chaque patient seront pathog\u00e8nes. Mais non content d\u2019\u00e9tudier en d\u00e9tail cet aspect trop peu connu des institutions, il tente d\u2019en justifier l\u2019importance en se penchant sur la question essen-tielle de la qualit\u00e9 des relations transf\u00e9rentielles instaur\u00e9es entre les patients et les soignants. Plut\u00f4t que de se cantonner \u00e0 une application de la cure-type dans les \u00e9tablissements, ce qui n\u2019aurait pas d\u2019int\u00e9r\u00eat, sauf pour les quelques rares n\u00e9vros\u00e9s occiden-taux poids moyens qui y s\u00e9journent, il reprend les travaux des p\u00e8res de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle qui ont pos\u00e9 les bases d\u2019une nouvelle m\u00e9tapsy-chologie, et notamment \u00e0 travers les reprises f\u00e9condes \u00e0 partir de pr\u00e9curseurs comme Imre Hermann, L\u00e9opold Szondi et Jacques Schotte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les p\u00e9dopsychiatres qui continuent de soigner les enfants autistes se sont int\u00e9ress\u00e9s depuis longtemps \u00e0 ces travaux sur le cramponnement, red\u00e9couverts par Bowlby, dans une perspective psychopathologique. J\u2019y vois une passerelle avec les post-kleiniens qui ont invent\u00e9 le concept d\u2019identit\u00e9 adh\u00e9sive (Bick), en ceci que ce processus d\u2019identification est un m\u00e9canisme psychique pr\u00e9sent lorsque le b\u00e9b\u00e9 est encore dans un monde \u00e0 deux dimensions, et qu\u2019il utilise de fa\u00e7on r\u00e9flexe son<em>&nbsp;grasping&nbsp;<\/em>comme mod\u00e8le ou figure d\u2019une d\u00e9fense contre la pesanteur, puis l\u2019angoisse archa\u00efque d\u00e9crite par Winnicott, ne pas cesser de tomber, frayant ainsi une modalit\u00e9 psychique de faire avec ce type d\u2019angoisse. Lorsque tout se passe bien, l\u2019enfant va pouvoir \u00e9voluer et d\u00e9couvrir le monde \u00e0 trois dimensions, utiliser les identifications projectives et ainsi enrichir ses m\u00e9canismes de d\u00e9fenses ult\u00e9rieurs. L\u2019identit\u00e9 adh\u00e9sive pourra rester pr\u00e9sente dans la vie quotidienne sous des formes qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites par Schotte dans ses recherches sur le vecteur Contact, et si l\u2019alpinisme devient chez certains adultes un plaisir sublim\u00e9, le vertige pourrait en \u00eatre une pr\u00e9sence d\u00e9sagr\u00e9able tardive.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les identifications projectives, autres formes de la th\u00e9orie de l\u2019esprit ou de l\u2019empathie, d\u2019autres m\u00e9canismes sublimatoires et pathologiques vont survenir dans le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant. Chez certains enfants et adultes, ces m\u00e9canismes du d\u00e9veloppe-ment vont fonctionner principa&nbsp;&nbsp;&nbsp; lement sur le mode psychopa-thologique. Les souffrances psychiques qui vont en r\u00e9sulter seront plus ou moins compens\u00e9es par l\u2019environnement familial et social. Dans quelques cas, la pathologie va se figer sous la forme de maladies mentales av\u00e9r\u00e9es et les soins indiqu\u00e9s pourront comporter des prises en charge par des \u00e9quipes soignantes \u00e0 temps plus ou moins partiel. Et c\u2019est dans ces circonstances que ces m\u00e9canismes de fonction-nement psychique viendront au contact des soignants qui les accueillent, qu\u2019ils soient enfants ou adultes.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne les patients adultes schizophr\u00e8nes notam-ment, la question se pose de fa\u00e7on sensiblement diff\u00e9rente sur le plan ph\u00e9nom\u00e9nologique mais requiert les m\u00eames approches institu-tionnelles pour accueillir les formes sp\u00e9cifiques de transfert. Dans les \u00e9quipes, il est int\u00e9ressant de se poser la question de savoir si une connaissance de tous ces \u00e9l\u00e9ments est pr\u00e9sente et cultiv\u00e9e institutionnellement, ou absente et consid\u00e9r\u00e9e comme inutile, voire comme de la d\u00e9sinformation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le premier cas, les soignants sont consid\u00e9r\u00e9s comme les responsables accueillant des patients pris en charge, et les relations transf\u00e9rentielles aux formes pr\u00e9-objectales, ou dissoci\u00e9es (Oury), ou multir\u00e9-f\u00e9rentielles viendront se d\u00e9poser dans leur appareil psychique, avant de vouloir dire quoi que ce soit. La r\u00e9union des soignants \u00ab touch\u00e9s \u00bb par ces ph\u00e9nom\u00e8nes aura la lourde mission de construire la constellation transf\u00e9rentielle de ce patient-l\u00e0, quitte \u00e0 d\u00e9busquer les effets induits par les formes non finies de relations \u00e0 l\u2019objet sur son fonc-tionnement d\u2019\u00e9quipe : clivages, parano\u00efa institutionnelle. Les travaux de Stanton et Schwartz repris en d\u00e9tail par Didier Robin sont \u00e0 cet \u00e9gard tr\u00e8s instructifs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le deuxi\u00e8me cas, la priorit\u00e9 est \u00e0 la r\u00e9duction symptomatique et les soignants sont consid\u00e9r\u00e9s comme les agents interchan-geables de cette strat\u00e9gie normative. Point n\u2019est besoin de d\u00e9velopper des groupes de supervision ni de r\u00e9unions sophis-tiqu\u00e9es pour que chacun des soignants parle de son contre-transfert si tant est que l\u2019on accepte le concept forg\u00e9 par Tosquelles \u00e0 cette intention, celui de contre-transfert institutionnel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage de Didier Robin s\u2019inscrit dans une perspective de transformation de la souffrance institutionnelle en autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments de la clinique contre-transf\u00e9rentielle, afin de donner du sens \u00e0 l\u2019insens\u00e9. Dans nos m\u00e9tiers de la relation, le sens est un puissant m\u00e9dicament de l\u2019entropie professionnelle. Nous sommes pr\u00eats \u00e0 souffrir pour autrui, \u00e0 la condition que du sens surgisse au d\u00e9tour de ces relations avec des \u00eatres en d\u00e9sh\u00e9rence psychopa-thologique. Et \u00e0 la condition que ce travail tr\u00e8s sp\u00e9cifique soit reconnu pour ce qu\u2019il est : un travail engag\u00e9. Les propositions d\u2019intelligence des situations cliniques et th\u00e9rapeutiques propos\u00e9es par Didier Robin dans son texte, sont de nature \u00e0 aider toutes les personnes engag\u00e9es dans une relation humaine avec un autre en souffrance, non seulement en prenant un peu de cette souffrance d\u2019autrui sur leurs propres \u00e9paules psychiques, mais surtout en sachant que cette connivence permettra aux soignants de comprendre ce qu\u2019il en est des angoisses du patient, et ainsi d\u2019en modifier profond\u00e9ment les formes d\u2019expression et de partage, ainsi que les effets dans la vie quotidienne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois encore, Didier Robin va au c\u0153ur des probl\u00e8mes abord\u00e9s et nous aide \u00e0 axer nos pratiques et nos r\u00e9flexions sur l\u2019essentiel. A un moment de notre soci\u00e9t\u00e9 centr\u00e9 sur des valeurs qui nous \u00e9loignent de l\u2019humain, son livre rappelle l\u2019importance de penser les institutions qui accueillent les souffrances psychiques comme autant de rep\u00e8res solides pouvant faire pi\u00e8ce \u00e0 ce monde tourbillonnaire.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12751?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1412],"mode":[61],"revue":[803],"auteur_livre":[2190],"class_list":["post-12751","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-pierre-delion","mode-gratuit","revue-803","auteur_livre-didier-robin"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12751","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12751"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12751"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12751"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12751"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12751"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12751"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12751"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}