{"id":12691,"date":"2021-09-12T10:13:15","date_gmt":"2021-09-12T08:13:15","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/resistance-et-travail-de-rue\/"},"modified":"2021-09-16T18:11:05","modified_gmt":"2021-09-16T16:11:05","slug":"resistance-et-travail-de-rue","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/resistance-et-travail-de-rue\/","title":{"rendered":"R\u00e9sistance et travail de rue"},"content":{"rendered":"\n<p>Quand vous sortirez de la lecture de ce livre magnifique, vous en serez transform\u00e9s. La po\u00e9sie est pr\u00e9sente partout pour rendre belles de choses qui paraissent \u00e0 la plupart d\u2019entre nous insoutenables. Les personnes qui passent une partie de leur vie dans la rue le font par d\u00e9faut. Non pas seulement par d\u00e9faut d\u2019un logement, cela serait trop simple, bien plut\u00f4t par d\u00e9faut d\u2019humanit\u00e9 de leurs contemporains. La perspective remarquable de cet ouvrage est de nous ouvrir les mirettes sur cette approche humanisante, loin d\u2019une logique de la consommation organis\u00e9e par un capitalisme sauvage. Leur apporter un logement, un repas, une cigarette ? Pourquoi pas ! mais les auteurs ont choisi de d\u2019abord leur rendre fraternellement leur place parmi les humains en leur tendant la main de leur propre pr\u00e9sence d\u00e9sirante.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pauvres h\u00e8res dont vous allez lire les rencontres avec les membres de&nbsp;<em>M\u00e9decins du monde-Marseille<\/em>&nbsp;ont fini par habiter la rue et ses entours par un mouvement, profond en eux, de d\u00e9r\u00e9liction. Ils se sont d\u00e9tach\u00e9s lentement ou brutalement, c\u2019est selon, de leurs environnements, pour aller \u00e0 la recherche d\u2019eux-m\u00eames dans la solitude. La ville est devenue leur appartement, quelques cartons leur lit, la mendicit\u00e9 ou les services sociaux leurs repas pr\u00e9caires. Mais la solitude ne les l\u00e2che pas, m\u00eame s\u2019ils sont parfois en groupe apparent, ils restent seuls \u00e0 plusieurs. Il leur faut cet espace dans une autre dimension pour exister. Leur d\u00e9lire, leur addiction, leur d\u00e9pression en a besoin, les cultive, les y pousse de fa\u00e7on incontournable. Et les voil\u00e0 seuls, irr\u00e9m\u00e9diablement seuls. Plusieurs d\u2019entre eux ont re\u00e7u des soins de la psychiatrie, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la psychiatrie de secteur se souciait des personnes errantes, m\u00eames quand elles n\u2019avaient pas de domicile fixe. C\u2019\u00e9tait son honneur de leur en fournir un pour mieux les accompagner dans leurs p\u00e9r\u00e9grinations physiques et psychiques. Mais voil\u00e0, cette psychiatrie \u00e0 visage humain a disparu dans beaucoup d\u2019endroits et les personnes suivies ne l\u2019ont plus \u00e9t\u00e9 suffisamment. Faute d\u2019une fonction phorique minimale, la rue les a r\u00e9englouties sans fanfares ni trompettes, en silence, le silence de la mort proche.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie France et Raymond N\u00e9grel et leurs coll\u00e8gues de ce groupe de&nbsp;<em>M\u00e9decins du Monde-Marseille<\/em>&nbsp;ont d\u00e9cid\u00e9 de partir \u00e0 leur recherche pour leur t\u00e9moigner de leur souci, de leur inqui\u00e9tude, de leur tendresse. Bien s\u00fbr si des soins sont n\u00e9cessaires, ils sont donn\u00e9s, mais avec tout le respect d\u00fb \u00e0 des \u00eatres qui ont un probl\u00e8me existentiel de relation \u00e0 l\u2019autre. D\u2019o\u00f9 l\u2019imp\u00e9ratif absolu de faire connaissance avec eux avant de les h\u00e9berger, avant de les nourrir, avant de les secourir. Cette \u00e9quipe a appris \u00e0 se retenir d\u2019agir pour mieux voir, \u00e9couter, sentir, s\u2019attacher. Pour mieux ancrer des transferts \u00e9parpill\u00e9s, dissoci\u00e9s, abandonniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pour tenir cette position \u00e9thique impeccable, comment font-ils ? Il se trouve que Marie-France et Raymond, ces deux soignants de la psychiatrie, en retraite si l\u2019on peut vraiment qualifier ainsi ce qu\u2019ils font depuis, ont connu pendant leur trajectoire professionnelle, le mouvement de psychoth\u00e9rapie institutionnelle. Avec Tosquelles et tous ceux qu\u2019il a rencontr\u00e9s, son fils, ses amis, leurs \u00e9l\u00e8ves\u2026, ils ont appris que pour pouvoir \u00eatre dans cette attitude de respect fondamental de l\u2019autre, celui qui souffre psychiquement et physiquement, il est n\u00e9cessaire de disposer d\u2019un lieu pour y parler en toute libert\u00e9, de ce qu\u2019ils ont re\u00e7u dans leur propre psych\u00e9 au long de leurs maraudes, de tous ces \u00e9l\u00e9ments bizarres, incompr\u00e9hensibles, d\u00e9rangeants, insupportables, quelquefois d\u00e9sirables. Dans cette constellation trans-f\u00e9rentielle, ensemble, ils peuvent parfois trouver du sens \u00e0 ce qu\u2019ils partagent avec les personnes rencontr\u00e9es et qui crient leur peine dans un silence assourdissant. Ils peuvent r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 leurs propres enjeux personnels et temp\u00e9rer leurs projections questionnantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la maraude n\u2019est pas qu\u2019une forme sp\u00e9cifique de prise en consid\u00e9ration de l\u2019ali\u00e9nation psychopathologique, elle est aussi une d\u00e9marche politique, concernant l\u2019ali\u00e9nation sociale. Organiser les rencontres avec les personnes en d\u00e9sh\u00e9rence sur ce mode est une lecture politique des actions \u00e0 entreprendre pour la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re. Sommes-nous d\u00e9j\u00e0 dans un monde o\u00f9 \u00e0 chaque probl\u00e8me un protocole vient r\u00e9pondre a priori \u00e0 la question pos\u00e9e ? Vivons-nous dans une soci\u00e9t\u00e9 construite \u00e0 partir de petites bo\u00eetes qui ne peuvent \u00eatre contenues que dans des bo\u00eetes plus grandes ? Serions-nous d\u00e9j\u00e0 en partie arriv\u00e9s dans ces futures utopies d\u00e9crites par Orwell, Lewin ou Huxley o\u00f9 tout est \u00ab sous contr\u00f4le \u00bb ? Dans de telles occurrences,&nbsp; les \u00ab clochards-SDF-mendiants \u00bb sont repouss\u00e9s en p\u00e9riph\u00e9rie et disparaissent de la circulation humaine, les prisons sont construites en grand nombre pour y \u00ab entreposer \u00bb les d\u00e9linquants toujours plus envieux des biens des plus riches, les asiles refont surface sous diverses formes pour y rel\u00e9guer les ind\u00e9sirables toujours plus nombreux \u00e0 poser des probl\u00e8mes insolubles.<\/p>\n\n\n\n<p>Non, Marie-France et Raymond N\u00e9grel et leurs coll\u00e8gues ont choisi une autre voie, celle d\u2019une philosophie de travail respectueuse de l\u2019humain, sans pr\u00e9jug\u00e9s, sans&nbsp;<em>a priori<\/em>, celle du&nbsp;<em>pathei mathos<\/em>, de l\u2019enseignement par l\u2019\u00e9preuve, de l\u2019a posteriori. Ce n\u2019est qu\u2019en \u00e9tant avec l\u2019autre que l\u2019on peut apprendre \u00e0 le conna\u00eetre par sa pr\u00e9sence au monde, en partageant des exp\u00e9riences avec lui que l\u2019on peut pr\u00e9tendre l\u2019aider. Il ne s\u2019agit pas de livrer des actions de r\u00e9paration pour soulager la bonne conscience d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 honteuse de \u00ab produire \u00bb de telles injustices, mais au contraire de s\u2019ajuster \u00e0 l\u2019autre pour rendre plus pertinente une intervention toujours probl\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit bien de r\u00e9sister \u00e0 la tendance actuelle du pr\u00eat \u00e0 porter industriel et de penser des strat\u00e9gies dans lesquelles on fabrique ensemble et artisanalement des costumes sur mesure pour chaque \u00eatre humain qui en aurait besoin \u00e0 un moment donn\u00e9 de sa trajectoire vitale. A la logique des bo\u00eetes, ils pr\u00e9f\u00e8rent celle des sacs, un grand sac pouvant \u00eatre contenu par un plus petit. Cet ouvrage est une d\u00e9monstration \u00e9clatante des conditions de possibilit\u00e9s de cette philosophie d\u2019une vie ensemble.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12691?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1412],"mode":[60],"revue":[568],"auteur_livre":[2136],"class_list":["post-12691","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-pierre-delion","mode-payant","revue-568","auteur_livre-marie-france-et-raymond-negrel"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12691","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12691"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12691"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12691"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12691"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12691"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12691"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12691"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}