{"id":12689,"date":"2021-09-12T10:13:15","date_gmt":"2021-09-12T08:13:15","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/dialectique-du-monstre\/"},"modified":"2021-09-22T15:41:30","modified_gmt":"2021-09-22T13:41:30","slug":"dialectique-du-monstre","status":"publish","type":"parution","link":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/dialectique-du-monstre\/","title":{"rendered":"Dialectique du monstre"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Tu es l\u2019Egoceros, de ego qui veut dire ch\u00e8vre et ceros qui est la corne&nbsp;<\/em>\u00bb (Opicino, ms. P 20r).<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u0153uvres ainsi que les concepts sont empiriques et, comme tels, historiques. Leurs dispositifs de production (culturels, sociaux, psychiques) rel\u00e8vent d\u2019univers symboliques complexes et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Moins une \u0153uvre est acad\u00e9mique, plus est grand le risque d\u2019anachronisme dans son approche, m\u00eame venant d\u2019un contemporain, car le temps de l\u2019\u0153uvre r\u00e9siste parfois \u00e0 toute prise &#8211; et le risque s\u2019accroit avec l\u2019\u00e9loignement socio-historique du r\u00e9cepteur. Aussi, est-ce avec prudence qu\u2019il convenait d\u2019aborder l\u2019\u0153uvre d\u2019Opicino de Canistris, scribe de la P\u00e9nitencerie d\u2019Avignon au XIV<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, dont les notes auto-biographiques et les singuli\u00e8res cartes psycho-g\u00e9ographiques, longtemps inaccessibles au grand public, r\u00e9v\u00e8lent aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u0153il du XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle leur insaisissable beaut\u00e9. C\u2019est avec une telle modestie m\u00e9thodologique que Sylvain Piron, historien m\u00e9di\u00e9viste, se propose de re-probl\u00e9matiser ce que fut l\u2019\u0153uvre de ce vivant parlant singulier, n\u00e9 \u00e0 Lomello, pr\u00e8s de Pavie, en 1296, pass\u00e9 par la R\u00e9publique maritime g\u00e9noise et mort \u00e0 Avignon vers 1353, en ses fonctions de pr\u00eatre et de scribe pontifical.<\/p>\n\n\n\n<p>En ses pages introductives, l\u2019auteur rappelle \u00ab l\u2019effort d\u2019accommodation requis \u00bb (p. 7), le \u00ab travail de restauration imaginaire \u00bb (p. 7) \u00e0 faire, l\u2019absence de \u00ab compr\u00e9hension spontan\u00e9e \u00bb (p. 7) et la n\u00e9cessaire d\u00e9prise des \u00ab conventions li\u00e9es aux habitudes visuelles \u00bb (p. 8) pour aborder ce singulier corpus : le savoir de l\u2019historien est ici requis, soit ce que l\u2019on peut reconstituer comme ayant fait cadre psychique et social aux productions d\u2019Opicino. Mais, si le travail d\u2019Opicino int\u00e9resse l\u2019auteur, c\u2019est aussi et surtout en ce qu\u2019il n\u2019est pas enti\u00e8rement r\u00e9ductible aux normes de son temps, en ce qu\u2019il d\u00e9chire l\u2019\u00e9toffe de son savoir d\u2019historien, y laissant comme un trou et la saveur exquise d\u2019une ignorance.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est bien par l\u00e0 que ce livre peut int\u00e9resser le champ analytique et les cliniciens actuels : en ce qu\u2019il nous parle d\u2019un sujet humain ayant eu \u00e0 affronter un \u00ab r\u00e9el inconnaissable \u00bb (Freud) qui lui fut propre, une \u00ab bestialit\u00e9 \u00bb (p. 45) ou du \u00ab sauvage \u00bb (p. 75) comme Opicino le nomme, qu\u2019il tenta de \u00ab domestiquer \u00bb (p. 75) par ses cartes, plans et notes. La teneur des r\u00e9f\u00e9rences de l\u2019auteur \u00e0 Bleuler, Kraepelin, Freud, Kris, Jung, Binswanger, Lacan et d\u2019autres sont de ce point de vue significatives, en ce qu\u2019elles constituent l\u2019esquisse d\u2019une fa\u00e7on nouvelle d\u2019entrer en dialogue avec les sciences cliniques : moins convaincue que dans les ann\u00e9es 1970, plus exigeante et critique, mais r\u00e9solument int\u00e9ress\u00e9e, ce qui devrait constituer pour les cliniciens un appel \u00e0 une r\u00e9invention de leurs rapports avec l\u2019anthropologie et l\u2019histoire, comme cela est en train de se produire aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour donner un aper\u00e7u de l\u2019\u00e9nigme d\u2019Opicino, \u00e9voquons ces cartes d\u2019Europe color\u00e9es en vert, rouge, noir et brun, \u00e0 visages vivants et mobiles, lisibles \u00e0 double ou triple sens, livrant leurs images renversantes, en n\u00e9gatif et positif, superposant d\u2019autres sch\u00e9mas d\u2019intelligibilit\u00e9 comme ces \u00ab lignes de conversion \u00bb mystiques ou ces r\u00e9seaux fluviaux redimensionn\u00e9s, jouant avec les analogies, les \u00e9tymologies, les projections et les points de rencontre entre signifiants majeurs pour lui (J\u00e9sus, Marie, le pape, Pavie, Venise, J\u00e9rusalem, Alexandrie, Antioche, Constantinople et Rome), g\u00e9n\u00e9rant ainsi des images uniques, tr\u00e8s diff\u00e9rentes de ce que produira, \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle, la tradition des cartes anthropomorphes, plus r\u00e9gl\u00e9es dans leur sens de l\u2019all\u00e9gorie. Certes l\u2019on trouve une carte o\u00f9 l\u2019Europe est femme et l\u2019Afrique homme. Mais la femme est nue, chauss\u00e9e de bottes de cuir, et re\u00e7oit un coup de poing dans sa matrice (o\u00f9 une Europe miniature est en gestation) ; une m\u00e9diterran\u00e9e-monstre lui enfonce encore un bras au bas-ventre. Certes, l\u2019Afrique appara\u00eet en pr\u00eatre v\u00eatu, exhibant une croix, mais la dimension all\u00e9gorique semble submerg\u00e9e par des bouts de corps obscurs : une bouche b\u00e9ante, un monstre marin, un phallus \u00e9jaculant, un vagin ensanglant\u00e9, un regard f\u00e9roce, des jambes \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9vor\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le cadre socio-psychique d\u2019Opicino est bien pour part l\u2019\u00ab analogisme \u00bb, tel que d\u00e9fini par Philippe Descola dans&nbsp;<em>Par-del\u00e0 nature et culture<\/em>, et s\u2019exer\u00e7ant ici en contexte m\u00e9di\u00e9val et chr\u00e9tien, il y a dans la richesse de ces planches plus qu\u2019une inventivit\u00e9 analogique propre \u00e0 ce sch\u00e8me anthropologique : une pro-lif\u00e9ration f\u00e9conde, plut\u00f4t, dont ce scribe du XIVe si\u00e8cle tente de trouver le point d\u2019arr\u00eat par et pour lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut s\u2019emp\u00eacher ici de penser aux&nbsp;<em>M\u00e9moires<\/em>&nbsp;du pr\u00e9sident Schreber, tant les th\u00e8mes de la vie, de la mort, de la g\u00e9n\u00e9ration ou de la d\u00e9voration s\u2019y retrouvent ici comme l\u00e0 enchev\u00eatr\u00e9s ; tant la recherche d\u2019un ordre manquant y est dans les deux cas pr\u00e9sente. Mais l\u2019on doit reconna\u00eetre ici la sp\u00e9cificit\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale et chr\u00e9tienne de l\u2019enveloppe formelle des productions d\u2019Opicino, t\u00e9moignant d\u2019une historicit\u00e9 du d\u00e9lire, tant dans ses contenus que dans ses proc\u00e9d\u00e9s formels (voir l\u2019extrait de son journal, p. 125-126).<\/p>\n\n\n\n<p>En un point du travail de Sylvain Piron se produit donc un lien \u00e0 la clinique, mais dont celui-ci montre qu\u2019il a jusqu\u2019ici \u00e9t\u00e9 probl\u00e9matique, car pens\u00e9 \u00e0 distance et ex cathedra, les psychiatres ou psychanalystes enseignant doctement sur Opicino, du point de vue des cat\u00e9gories de leur temps, sans \u00eatre r\u00e9ciproquement enseign\u00e9s par le r\u00e9el de son \u0153uvre. L\u2019auteur revient sur l\u2019histoire de ces manuscrits. Il est important de rappeler qu\u2019Opicino n\u2019a pas divulgu\u00e9 ceux-ci de son vivant, \u00e0 la diff\u00e9rence de ses trait\u00e9s th\u00e9ologiques aujourd\u2019hui perdus. Il \u00e9crit lui-m\u00eame en 1337 : \u00ab Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, cette \u0153uvre n\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 personne, si ce n\u2019est \u00e0 certains qui ne pouvaient comprendre, tandis que je gardais le silence \u00bb (p. 76). On note une r\u00e9ticence l\u00e9gitime.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019histoire les a conserv\u00e9s, c\u2019est en vertu d\u2019un \u00ab droit de d\u00e9pouille \u00bb de la Papaut\u00e9 qui, lors du rapatriement de ses archives \u00e0 Rome, en a saisi le codex, d\u00e9crivant \u00ab un livre plein de figures difficilement compr\u00e9hensibles, concernant Pavie et d\u2019autres parties de l\u2019\u00c9glise, avec de nombreux myst\u00e8res \u00bb (p. 15). L\u2019\u0153uvre y restera, sans commentateur identifi\u00e9, jusqu\u2019au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est important, d\u2019un point de vue clinique, de mentionner que les saisissantes images sont toutes post\u00e9rieures \u00e0 une certaine \u00ab maladie \u00bb (infirmitas) qu\u2019a eu Opicino en 1334, maladie jug\u00e9e si grave par ses nombreux proches qu\u2019on est all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 lui administrer l\u2019extr\u00eame onction. Il s\u2019en fait le scribe dans son journal : \u00ab 31 mars. Ce jour est survenue la maladie. Ayant re\u00e7u tous les sacrements n\u00e9cessaires. (&#8230;) Avril. Pendant le tiers de ce mois, je fus presque mort. Respirant encore, je ne pouvais rien faire de mes membres. Je crois que je me suis r\u00e9tabli pour avoir donn\u00e9 t\u00e9moignage de mon ob\u00e9issance aux cl\u00e9s (c\u2019est-\u00e0-dire au pape). (&#8230;) 3 juin. Ce jour, apr\u00e8s les v\u00eapres, avec un serviteur comme t\u00e9moin, j\u2019ai vu un vase dans les nuages. \u00c9tant demeur\u00e9 muet, \u00e0 la suite de cette maladie, et le bras droit sans vigueur, j\u2019ai \u00e9tonnamment perdu une grande part de ma m\u00e9moire litt\u00e9rale \u00bb (p. 43). Ces notes semblent indiquer ce que Lacan d\u00e9signe du nom d\u2019\u00ab \u00e9v\u00e9nement de corps \u00bb (Joyce, le sympt\u00f4me) et que l\u2019on rep\u00e8re s\u00e9miologiquement comme \u00ab ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9l\u00e9men-taires \u00bb dans les r\u00e9cits de sujets t\u00e9moignant de v\u00e9cus dits \u00ab psychotiques \u00bb. Opicino \u00e9voque, lui, un r\u00e9veil o\u00f9 il n\u2019avait plus \u00ab qu\u2019une compr\u00e9hension sauvage des mots \u00bb (p. 75) (intellectu silvestri verborum), jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il puisse en t\u00e9moigner quelque chose \u00ab ayant toutefois du sens \u00bb (p. 75) (sententialium tamen). A partir de cette maladie, il cessera de d\u00e9signer les ann\u00e9es par leur mill\u00e9sime et leur donnera des noms &#8211; ann\u00e9e de l\u2019attente (1335), de la r\u00e9compense (1336), de la r\u00e9novation (1337) de la perfection (1338), de la r\u00e9v\u00e9lation (1339), du couronnement (1340), de la tranquillit\u00e9 (1341) (p. 151) -, au fil de sa re-th\u00e9orisation globale du sens de l\u2019\u00c9glise, du peuple chr\u00e9tien et de sa propre vie, t\u00e9moignant ainsi du passage \u00e0 un ordre sup\u00e9rieur de temporalit\u00e9, plus mystique et parfaitement signifiant et donnant l\u2019exemple d\u2019un processus m\u00e9di\u00e9val de stabilisation psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur retrace \u00e9galement l\u2019histoire de la r\u00e9ception d\u2019Opicino. Les cartes et notes sommeill\u00e8rent pendant pr\u00e8s de six si\u00e8cles aux archives du Vatican, avant d\u2019\u00eatre exhum\u00e9es en 1913 par Franz Ehrle, j\u00e9suite allemand, alors pr\u00e9fet de la Biblioth\u00e8que apostolique. Il les signala \u00e0 Fritz Saxl, lequel travaillait pour Aby Warburg \u00e0 un catalogue des \u0153uvres astrologiques. Celui-ci ne retint pas l\u2019\u0153uvre pour son catalogue, mais en commanda quelques clich\u00e9s pour la biblioth\u00e8que de Warburg, suscitant d\u2019intenses curiosit\u00e9s. A partir de 1925, Opicino devint un objet de recherche important du cercle Warburg (Saxl, Salomon, Heimann, Krautheimmer, Kris). Aussit\u00f4t, fut pos\u00e9e la question de sa \u00ab folie \u00bb, de sa \u00ab psychose \u00bb et du rapport entre art et souffrance psychique. Saxl envoya un exemplaire \u00e0 Jung qui \u00e9non\u00e7a : \u00ab Je reconnais qu\u2019une telle coh\u00e9rence et un art si extraordinairement soign\u00e9 militent contre l\u2019id\u00e9e d\u2019une schizophr\u00e9nie ordinaire ; toutefois, il existe aussi des formes raffin\u00e9es dans lesquelles il y a de la m\u00e9thode dans la folie \u00bb (p. 22).<br>Ernst Kris, historien de l\u2019art devenu psychanalyste, consacrera un article de son ouvrage Psychanalyse de l\u2019art \u00e0 Opicino, proposant d\u2019appliquer l\u2019id\u00e9e d\u2019une fixation libidinale infantile. Sylvain Piron en pointe la fragilit\u00e9 : \u00ab Cette lecture, qui invente des soup\u00e7ons de sexualit\u00e9 infantile en comprenant mal certaines phrases latines, est trop rapide et d\u00e9sinvolte pour \u00eatre pleinement convaincante \u00bb (p. 22). L\u2019auteur est tout aussi sceptique concernant le diagnostic de \u00ab paraphr\u00e9nie fantastique \u00bb, formul\u00e9 par Muriel Laharie, en collaboration avec le psychiatre Guy Roux, dans son ouvrage Art et folie au Moyen \u00c2ge (1991). D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, dans l\u2019approche diagnostique, il rel\u00e8ve la \u00ab lecture impr\u00e9cise des documents, souvent biais\u00e9e par les hypoth\u00e8ses de d\u00e9part \u00bb (p. 24). On ne peut que le suivre sur le faible int\u00e9r\u00eat d\u2019un diagnostic sans rencontre, sans transfert et sans perspectives th\u00e9rapeutiques. De m\u00eame, il est difficile de d\u00e9fendre les \u00ab trop nombreuses confusions, contresens et erreurs de traduction du latin \u00bb (p. 24) auxquelles se livrent parfois les cliniciens, press\u00e9s de comprendre et de nosographier.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur donne un exemple parmi d\u2019autres : la traduction, dans l\u2019ouvrage sus-cit\u00e9, de \u00ab papa stupor mundi \u00bb (\u00ab le pape est l\u2019\u00e9blouissement du monde \u00bb) en \u00ab le pape est la honte du monde \u00bb, pour appuyer le pr\u00e9jug\u00e9 d\u2019une hostilit\u00e9 parano\u00efaque d\u2019Opicino \u00e0 l\u2019encontre de Benoit XII, qui nous dit Sylvain Piron, \u00ab n\u2019existe que dans l\u2019esprit des deux auteurs \u00bb (p. 183), car, au contraire, on trouve chez Opicino nombre de suppliques aimantes au pape et un constant arrimage psychique \u00e0 cette figure id\u00e9alis\u00e9e. De quoi r\u00e9fl\u00e9chir, surtout si l\u2019on a en t\u00eate la c\u00e9l\u00e8bre erreur de traduction de Freud, \u00e0 propos des Carnets de L\u00e9onard de Vinci ! Sylvain Piron recense par ailleurs d\u2019autres cat\u00e9gories d\u2019approches non cliniques de l\u2019\u0153uvre et de son auteur &#8211; \u00ab mystique \u00bb, \u00ab \u00e9crivain cryptique \u00bb, \u00ab pr\u00eatre tiraill\u00e9 par les contradictions de l\u2019\u00c9glise \u00bb, \u00ab exemple d\u2019art brut \u00bb &#8211; en en montrant \u00e0 chaque fois la valeur heuristique et les limites.<br><br>L\u2019int\u00e9r\u00eat de sa r\u00e9flexion est qu\u2019il critique, dans le m\u00eame temps, les approches qui feraient d\u2019Opicino un cas repr\u00e9sentatif de pr\u00eatre pontifical de son temps : \u00ab En cherchant, par diff\u00e9rent biais, \u00e0 ramener Opicino dans le cadre d\u2019une normalit\u00e9, elles tendent \u00e0 araser les asp\u00e9rit\u00e9s les plus marqu\u00e9es de son expression &#8211; ses jeux de mots rocambolesques, les coq-\u00e0-l\u2019\u00e2ne qui ponctuent de nombreux d\u00e9veloppements. A force de contourner l\u2019hypoth\u00e8se de troubles mentaux, elles ignorent une question qui devrait au contraire \u00eatre centrale dans une tentative de restituer, de l\u2019int\u00e9rieur, le sens d\u2019une activit\u00e9 expressive aussi intense. Cette question est celle de la souffrance psychique d\u2019Opicino \u00bb (p. 25-26). En effet, sit\u00f4t ordonn\u00e9 pr\u00eatre en 1320, Opicino d\u00e9peint une vive angoisse et les affres impossibles de devoir, par sa fonction, absoudre les p\u00e9nitents de leurs p\u00e9ch\u00e9s, alors qu\u2019il se vit comme le plus impur des p\u00e9cheurs. C\u2019est ce long conflit &#8211; et tr\u00e8s probablement les perturbations psychiques qu\u2019il finit par engendrer, jusqu\u2019\u00e0 sa crise dissociative de 1334 &#8211; qu\u2019il cherche \u00e0 r\u00e9soudre par ces \u00ab instruments spirituels \u00e0 usager unique \u00bb (p. 164) &#8211; comme les nomme judicieusement l\u2019auteur &#8211; que sont ces notes et ses cartes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dialectique du monstre, au-del\u00e0 de son int\u00e9r\u00eat historique et esth\u00e9tique (car c\u2019est un beau livre, aux nombreuses reproductions judicieusement encastr\u00e9es &#8211; et il faut saluer ici le travail de l\u2019\u00e9diteur Zones sensibles), pose ainsi aux cliniciens la question, non encore r\u00e9solue, des conditions d\u2019une inter-disciplinarit\u00e9 renouvel\u00e9e : comment recherches cliniques et recherches historiques &#8211; aux terrains, concepts heuristiques et pratiques diff\u00e9renci\u00e9s &#8211; pourraient-elles dialoguer de fa\u00e7on rigoureuse et f\u00e9conde, \u00e0 propos d\u2019un cas socio-historiquement document\u00e9 ?<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12689?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[],"mode":[60],"revue":[516],"auteur_livre":[2134],"class_list":["post-12689","parution","type-parution","status-publish","hentry","mode-payant","revue-516","auteur_livre-sylvain-pirron"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12689","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12689"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12689"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12689"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12689"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12689"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12689"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"https:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12689"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}