{"id":9992,"date":"2021-08-22T07:31:06","date_gmt":"2021-08-22T05:31:06","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/confrontation-a-la-mort-dun-frere-et-construction-psychique-2\/"},"modified":"2021-10-04T09:54:31","modified_gmt":"2021-10-04T07:54:31","slug":"confrontation-a-la-mort-dun-frere-et-construction-psychique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/confrontation-a-la-mort-dun-frere-et-construction-psychique\/","title":{"rendered":"Confrontation \u00e0 la mort d&rsquo;un fr\u00e8re et construction psychique"},"content":{"rendered":"\n<p>Le 3 octobre 1897, Freud \u00e9crivait \u00e0 Fliess que la mort de son fr\u00e8re Julius \u00e0 8 mois, alors qu\u2019il avait lui-m\u00eame moins de 2 ans, avait suscit\u00e9 chez lui de la jalousie et des remords, montrant par l\u00e0 m\u00eame que les enfants ne sont pas indiff\u00e9rents \u00e0 leurs fr\u00e8res ou s\u0153urs d\u00e9c\u00e9d\u00e9s avant leur naissance suite \u00e0 une mort <em>intra ut\u00e9ro<\/em> ou \u00e0 un IVG ou suite \u00e0 une maladie apr\u00e8s leur naissance. Si aujourd\u2019hui, on conna\u00eet mieux la souffrance des parents confront\u00e9s \u00e0 la mort d\u2019un de leurs enfants, les travaux consacr\u00e9s au deuil des fr\u00e8res et s\u0153urs sont encore rares. Or, la clinique, le t\u00e9moignage des adultes montrent que ce que vit l\u2019enfant, l\u2019adolescent, \u00e0 ce moment-l\u00e0, peut avoir des cons\u00e9quences importantes sur son devenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Rappelons qu\u2019un enfant confront\u00e9 \u00e0 des parents en deuil masque souvent sa propre souffrance pour prot\u00e9ger et consoler ces derniers. Le silence autour de cette mort, le manque de mots qui lui sont adress\u00e9s directement sont souvent alors interpr\u00e9t\u00e9s par l\u2019enfant comme la confirmation de sa propre participation \u00e0 ce malheur (il n\u2019a pas assez aim\u00e9 son fr\u00e8re, il \u00e9tait jaloux de lui, a maintes fois r\u00eav\u00e9 sa mort\u2026). Le fratricide sid\u00e8re surtout quand le meurtrier est jeune, aussi pour lutter contre l\u2019horreur de cet acte, il est parfois pens\u00e9 comme un \u00ab&nbsp;accident&nbsp;\u00bb. L\u2019enfant ayant commis dans la r\u00e9alit\u00e9 ou dans le fantasme cet acte se retrouve alors \u00e0 porter seul, dans une grande solitude une culpabilit\u00e9 lourde de cons\u00e9quences. Ainsi, compte tenu de l\u2019ambivalence intrins\u00e8que des liens fraternels, il s\u2019imagine \u00eatre pour quelque chose dans le d\u00e9c\u00e8s de l\u2019autre. Le plus souvent, ne pouvant rien dire de ses pens\u00e9es, il ne peut recevoir aucune aide. Ce non-dit peut produire des effets beaucoup plus tard dont le sens n\u2019appara\u00eet que tr\u00e8s longtemps apr\u00e8s et parfois jamais&nbsp;: conduites d\u2019\u00e9chec, accidents \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le processus cr\u00e9atif de certains artistes peut \u00eatre parfois mis en lien avec un enfant mort dans leur fratrie. Ils parviennent ainsi \u00e0 sublimer une partie de leur souffrance, une autre partie impossible \u00e0 transformer pouvant les conduire par exemple au suicide ou \u00e0 l\u2019arr\u00eat brutal de la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er. Le fr\u00e8re mort continuant \u00e0 habiter la psych\u00e9 de celui qui est vivant, c\u2019est de mani\u00e8re extr\u00eamement variable qui peut \u00e0 la fois \u00eatre source d\u2019ali\u00e9nation pathologique et\/ou de stimulation cr\u00e9atrice. Dans ce processus, si les parents ne sont pas pour rien dans la mani\u00e8re dont leur enfant mort existe dans le psychisme de leurs enfants vivants, pour autant, il existe une dynamique propre aux enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour proposer au lecteur une repr\u00e9sentation de la fa\u00e7on dont nous pensons les choses, nous prendrons la m\u00e9taphore du fleuve qui met en sc\u00e8ne l\u2019intrication \u00e9troite et existentielle entre des \u00e9l\u00e9ments s\u00e9par\u00e9s&nbsp;: dans cette image les fr\u00e8res seraient les berges et les parents le fleuve.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux berges du fleuve se font face, elles ne se touchent pas et sont indissociables, leur destin respectif est li\u00e9 au fleuve qui les unit, les relie, les fa\u00e7onne et, qu\u2019en retour, elles influencent. Elles ne peuvent que co-exister et se co-cr\u00e9er, l\u2019une ne peut se penser sans l\u2019autre, sans le fleuve et sans l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me. Chacune des berges a une existence singuli\u00e8re qui d\u00e9pend, entre autres, de l\u2019ensoleillement, de la pente, de la v\u00e9g\u00e9tation, des arbres\u2026 toutefois, l\u2019existence de chacune ne peut \u00eatre dissoci\u00e9e de l\u2019autre et de celle de leur environnement commun. Il serait possible d\u2019objecter que si un fr\u00e8re peut dispara\u00eetre de la vie r\u00e9elle du sujet quand il meurt, en revanche il est impossible qu\u2019une des berges du fleuve n\u2019existe plus.<br>Justement, ce chapitre montre que le fr\u00e8re, m\u00eame disparu dans la r\u00e9alit\u00e9, continue finalement \u00e0 exister dans le fantasme, l\u2019imaginaire de celui qui est encore vivant et influence tant sa vie intrapsychique qu\u2019intersubjective. C\u2019est tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de mener des travaux afin de mieux comprendre ces ph\u00e9nom\u00e8nes l\u00e0&nbsp;; travaux qui supposent d\u2019aborder les processus du passage de l\u2019interaction (pr\u00e9sence \u00ab&nbsp;r\u00e9elle&nbsp;\u00bb de l\u2019autre) \u00e0 l\u2019int\u00e9riorisation du lien qui existe m\u00eame en dehors de la pr\u00e9sence de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Int\u00e9riorisation du lien \u00e0 l\u2019autre<\/h2>\n\n\n\n<p>Ka\u00ebs (1993&nbsp;; 1989) rappelle que \u00ab&nbsp;la r\u00e9alit\u00e9 intersubjective est la condition d\u2019existence du sujet humain&nbsp;\u00bb. Il pointe ainsi la n\u00e9cessit\u00e9 de penser l\u2019articulation et la construction des espaces psychiques individuels, eux-m\u00eames articul\u00e9s \u00e0 un espace social, culturel qui les entoure, les fa\u00e7onne et qu\u2019ils fa\u00e7onnent. Pour exister, grandir, le sujet doit en passer par l\u2019autre \u2026. Ce d\u00e9tour potentiellement angoissant et excitant est \u00e0 l\u2019origine de sa construction comme sujet se pensant et pensant l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet autre est indissociable de l\u2019organisation narcissique du sujet&nbsp;; s\u2019il repr\u00e9sente pour lui un obstacle, une limite qu\u2019il peut d\u00e9sirer d\u00e9truire, il est la condition m\u00eame du d\u00e9sir structurant et de son d\u00e9ploiement. En effet, le monde psychique interne s\u2019\u00e9difie par int\u00e9riorisation des exp\u00e9riences \u00e9prouv\u00e9es au contact des objets externes&nbsp;; ainsi, plus que l\u2019autre, c\u2019est le lien \u00e0 l\u2019autre qui est introject\u00e9. C\u2019est pourquoi le sujet a une structure psychique fondamentalement ali\u00e9n\u00e9e aux traces dessin\u00e9es par les rencontres avec l\u2019autre. Cet objet de d\u00e9sir l\u2019oblige \u00e0 exp\u00e9rimenter l\u2019effet sur lui du d\u00e9sir de l\u2019autre, du d\u00e9sir pour l\u2019autre en soi, du d\u00e9sir d\u2019\u00eatre d\u00e9sir\u00e9 par lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Bion (1962) et Winnicott (1956) ont montr\u00e9 que le b\u00e9b\u00e9 doit trouver un lieu, un espace psychique hors de lui qui contiendra, donnera sens \u00e0 ses projections de contenus en qu\u00eate de sens. Les th\u00e9ories d\u00e9velopp\u00e9es par Ka\u00ebs (1998) peuvent aider \u00e0 cette r\u00e9flexion. Cet auteur souligne en effet que la culture permet de maintenir les rep\u00e8res identitaires et la continuit\u00e9 entre trois dimensions construites selon plusieurs oppositions fondatrices de l\u2019humain.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Celles du \u00ab&nbsp;plaisir\/d\u00e9plaisir&nbsp;\u00bb, qui sont \u00e0 l\u2019origine de mouvements de projection et de rejet du mauvais \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Celles du \u00ab&nbsp;lien\/non-lien&nbsp;\u00bb et du \u00ab&nbsp;moi\/non-moi&nbsp;\u00bb, qui se mettent en place au sevrage et g\u00e9n\u00e8rent un sentiment de perte d\u2019unit\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Celles du moi\/objet total (ego) &#8211; non moi\/objet total (alter), li\u00e9es et s\u00e9par\u00e9es, qui supposent la pens\u00e9e de la s\u00e9paration. A ce moment, le sujet int\u00e8gre l\u2019id\u00e9e de ne pas \u00eatre le seul objet d\u2019amour de l\u2019autre, reconna\u00eet l\u2019existence de diff\u00e9rences de sexes et de g\u00e9n\u00e9rations et acquiert ainsi l\u2019id\u00e9e du \u00abm\u00eame\/non-le m\u00eame&nbsp;\u00bb,<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Celles de la diff\u00e9renciation entre le monde familial et la soci\u00e9t\u00e9 qui l\u2019introduit, au sens du \u00ab&nbsp;nous\/non-nous&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde topique (1923) fait une large place aux relations objectales et au travail de deuil comme fondement du moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le caract\u00e8re du moi r\u00e9sulte de la s\u00e9dimentation des investissements d\u2019objets abandonn\u00e9s&nbsp;\u00bb (<em>Le moi et le \u00e7a<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Freud, l\u2019enfant, pour faire face \u00e0 la souffrance issue de la reconnaissance des limites de sa toute-puissance et de sa d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019autre, met en place un certain nombre de d\u00e9fenses, comme la projection, l\u2019incorporation (1915), l\u2019introjection et l\u2019identification. Ce dernier processus constitue la forme la plus primitive de l\u2019attachement affectif \u00e0 un objet, par une sorte d\u2019introduction de l\u2019objet dans le moi. L\u2019enfant, en s\u2019identifiant \u00e0 l\u2019autre, int\u00e9riorise certaines de ses comp\u00e9tences et une partie de sa puissance, sans se confondre avec lui, ni se fondre en lui dans une fusion mortif\u00e8re. Par le jeu de ces identifications, les individus \u00e9tablissent une barri\u00e8re plus ou moins souple et\/ou \u00e9tanche entre eux et les personnes qui les entourent, ce qui leur permet de jouer, avec angoisse et\/ou plaisir, entre des mouvements de s\u00e9paration et des mouvements de fusion avec l\u2019autre. Pour acqu\u00e9rir la \u00ab&nbsp;capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul&nbsp;\u00bb (Winnicott, 1956), il faut avoir v\u00e9cu la pr\u00e9sence d\u2019un autre, dans des conditions satisfaisantes, c\u2019est-\u00e0-dire avec un autre pas trop intrusif&nbsp;; ainsi c\u2019est dans l\u2019exp\u00e9rience de la pr\u00e9sence que la capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre seul s\u2019enracine. Roussillon (1991), quant \u00e0 lui, parle de capacit\u00e9 de s\u2019absenter en pr\u00e9sence de l\u2019autre, qui n\u00e9cessite que l\u2019objet interne ne soit pas trop pers\u00e9cuteur et l\u2019objet externe pas trop intrusif.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9part de la vie psychique, nous pouvons poser l\u2019hypoth\u00e8se avec Freud qu\u2019il n\u2019existe rait pas de diff\u00e9rences radicales entre l\u2019investissement d\u2019objet et le processus d\u2019identification, puisque dans le premier lien, l\u2019essence m\u00eame de ce qui deviendra l\u2019\u00eatre ne peut se constituer sans l\u2019autre. Toute la vie \u00ab&nbsp;je est un autre&nbsp;\u00bb ou, comme le dit Alain de Mijolla (1976) \u00ab&nbsp;notre moi est un je p\u00e9tri des autres&nbsp;\u00bb. Autrement dit, il y a une concomitance qui s\u2019ignore comme telle au d\u00e9part entre l\u2019exp\u00e9rience de soi et l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019autre. Par la suite, cet autre int\u00e9rioris\u00e9, s\u2019il ne devient pas un objet \u00ab&nbsp;froid&nbsp;\u00bb impensable, intransformable, peut \u00eatre int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la vie intrapsychique du sujet pour la nourrir, la faire \u00e9voluer de mani\u00e8re structurante. Pour que les diff\u00e9renciations soi\/autres puissent s\u2019imposer, sans conduire au meurtre r\u00e9el ou au mim\u00e9tisme st\u00e9rile et ali\u00e9nant, une des conditions est l\u2019existence d\u2019un fond commun&nbsp;: la culture. Laquelle est une dimension partag\u00e9e qui permet d\u2019encadrer ce processus par une sorte de fiction partag\u00e9e pacificatrice et bienveillante qui garantit une communaut\u00e9 d\u2019existence transcendant les diff\u00e9rences. Cette enveloppe culturelle \u00e9vite au sujet d\u2019avoir \u00e0 se confronter, sans tiers, \u00e0 la question de sa propre finitude et \u00e0 ses manques. En effet, pour rester et se sentir \u00ab&nbsp;un&nbsp;\u00bb li\u00e9 \u00e0 d\u2019\u00ab&nbsp;autres&nbsp;\u00bb dans un certain contexte soci\u00e9tal, chacun doit se prot\u00e9ger par de multiples enveloppes de natures diverses (tactile, sonore, visuelle, culturelle\u2026) qui assurent les fonctions de liaison, de protection et de transformation.<br>Le processus qui conduit progressivement \u00e0 la construction du \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb \/ \u00ab&nbsp;non-moi&nbsp;\u00bb passe par l\u2019\u00e9tape o\u00f9 l\u2019autre impose sa propre existence comme limite \u00e0 celle du sujet, l\u2019objet \u00ab&nbsp;seulement suffisamment bon&nbsp;\u00bb comme dirait Winnicott (1947) surgissant suite \u00e0 la frustration ressentie. Il y a donc une tension imaginaire entre \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb, l\u2019un pouvant \u00eatre le double identificatoire de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fr\u00e8re comme objet psychique<\/h2>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 son caract\u00e8re inachev\u00e9, \u00e0 son incapacit\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rencier, dans un premier temps, le \u00ab&nbsp;dedans&nbsp;\u00bb du \u00ab&nbsp;dehors&nbsp;\u00bb, l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019int\u00e9rieur, Winnicott (1947) imagine l\u2019existence chez le b\u00e9b\u00e9 d\u2019un besoin interne qui le pousserait \u00e0 cr\u00e9er, de mani\u00e8re hallucinatoire, un objet subjectif, apte \u00e0 lui apporter satisfaction. C\u2019est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cet espace d\u2019illusion que l\u2019enfant peut exercer son omnipotence imaginaire, cr\u00e9er l\u2019objet qui, en fait, lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9. Il insiste sur l\u2019importance du corps dans la construction des limites, ceci non seulement dans le cadre du contact peau \u00e0 peau mais dans le dialogue tonique et plus g\u00e9n\u00e9ralement dans tout ce qui passe par les sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Si, au d\u00e9but de la vie de l\u2019enfant, la capacit\u00e9 d\u2019illusion s\u2019exp\u00e9rimente dans le contexte du lien m\u00e8re-enfant, ces exp\u00e9riences d\u2019illusion et d\u2019omnipotence s\u2019exerce aussi dans le cadre de l\u2019espace transitionnel avec les fr\u00e8res et s\u0153urs. Si la diff\u00e9renciation parent\/enfant est le fruit d\u2019un processus complexe dans lequel la m\u00e8re et l\u2019enfant et son environnement ont un r\u00f4le actif, celle qui progressivement \u00e9merge entre enfants est \u00e9galement le fruit d\u2019une \u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p>Une petite fille de 2 ans regarde son petit fr\u00e8re de 10 mois qui marche \u00e0 4 pattes. Elle l\u2019imite, rit, agit comme lui sur le plan moteur, sur le plan des vocalises, le b\u00e9b\u00e9 rit. Progressivement, la petite fille se lasse, se remet debout, pousse d\u2019un coup de pied son fr\u00e8re et lui dit \u00ab&nbsp;tu n\u2019es qu\u2019un gros b\u00e9b\u00e9, tout b\u00eate&nbsp;\u00bb&nbsp;; elle le toise alors du regard, fi\u00e8re de marcher sur ses deux jambes. Imitant son fr\u00e8re, elle renoue avec ce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9, elle tente de sentir, vivre ce qu\u2019il vit pour mieux le comprendre \u00ab&nbsp;de l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb, mais elle exp\u00e9rimente \u00e9galement leur diff\u00e9rence puisqu\u2019elle peut faire \u00ab&nbsp;comme&nbsp;\u00bb lui, mais lui ne peut faire \u00ab&nbsp;comme&nbsp;\u00bb elle. Lui donnant un coup de pied, elle lui fait payer le prix du renoncement \u00e0 ne plus \u00eatre, elle aussi un b\u00e9b\u00e9, tout en exp\u00e9rimentant le plaisir de la domination et de la ma\u00eetrise que ce renoncement permet.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce processus, le fr\u00e8re n\u2019est pas totalement l\u2019\u00e9quivalent du tiers, car le tiers, le copain de la cr\u00e8che, de l\u2019\u00e9cole, n\u2019a pas en commun avec elle un p\u00e8re et\/ou une m\u00e8re dont ils sont tous les deux objets du d\u00e9sir. <em>Via<\/em> les fr\u00e8res et s\u0153urs, ces \u00ab&nbsp;presque m\u00eames&nbsp;\u00bb, ces objets trouv\u00e9s\/donn\u00e9s par les parents &#8211; et cr\u00e9\u00e9s par les enfants, manipul\u00e9s dans cet espace de l\u2019entre-deux, le sujet peut r\u00eaver et manipuler de multiples facettes de sa r\u00e9alit\u00e9 interne comme externe. Il pose ainsi les bases de la construction de ses capacit\u00e9s \u00e0 op\u00e9rer des substitutions, des transferts dans ses actes et ses pens\u00e9es&nbsp;: ce qui l\u2019aidera \u00e0 jouer souplement de ses capacit\u00e9s \u00e0 se d\u00e9doubler, \u00e0 r\u00e9parer, \u00e0 lier les temps r\u00e9el et imaginaire, espace r\u00e9el et imaginaire, corps et esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fr\u00e8res et s\u0153urs ont un r\u00f4le central dans ce processus qui favorise la construction des \u00ab&nbsp;m\u00e9canismes d\u2019interpr\u00e9tations interpersonnelles&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;capacit\u00e9s r\u00e9flexives&nbsp;\u00bb, gr\u00e2ce auxquels l\u2019enfant parvient \u00e0 se \u00ab&nbsp;penser pensant&nbsp;\u00bb (Golse, 1998). Ce qui n\u2019est pas sans rappeler Anzieu (1974), lorsqu\u2019il faisait remarquer que celui qui touche, se sent, en m\u00eame temps, touchant. Stern (1989) parle \u00ab&nbsp;d\u2019harmonisation des affects&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;d\u2019accordage affectif&nbsp;\u00bb qui permet aux partenaires de faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une communication intersubjective. La r\u00e9p\u00e9tition, dans le temps, des manifestations de cet accordage permet \u00e0 l\u2019enfant de se sentir reconnu comme ayant des \u00e9tats mentaux et d\u2019acqu\u00e9rir la certitude que, comme lui, l\u2019autre est habit\u00e9 d\u2019\u00e9tats mentaux subjectifs. C\u2019est dans la dynamique de ces interactions, avec les figures d\u2019attachement, que l\u2019enfant construit des images mentales de lui-m\u00eame et des autres.<br>Bowlby (1978) parle de \u00ab&nbsp;mod\u00e8le interne dynamique d\u2019attachement&nbsp;\u00bb qui s\u2019int\u00e8gre \u00e0 la personnalit\u00e9 du sujet et oriente ses appr\u00e9ciations de l\u2019autre et ses r\u00e9ponses. Ja\u00eftin (1998) voit dans le lien fraternel une sorte d\u2019\u00ab&nbsp;enveloppe de pens\u00e9e&nbsp;\u00bb et Eiguer (1987) souligne la place du narcissisme dans le lien fraternel et dans la construction du lien familial.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fratrie&nbsp;: groupe de sujets indiff\u00e9renci\u00e9s<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans la version de Pausanias, l\u2019image dont Narcisse tombe amoureux, est celle de sa s\u0153ur jumelle, Echo, morte. Narcisse et Echo sont entour\u00e9s d\u2019une enveloppe visuelle (la voyant, il croit se voir)&nbsp;; d\u2019une enveloppe sonore (lorsqu\u2019il \u00e9met un son, elle le reproduit, mais en son contraire)&nbsp;; tactile (dans le ventre de leur m\u00e8re, ils \u00e9taient peau \u00e0 peau). Ces enveloppes contribuent \u00e0 ce que Narcisse, croyant aimer sa s\u0153ur, en fait, s\u2019aime lui-m\u00eame. Cette illusion de l\u2019amour objectal conduit \u00e0 la n\u00e9gation de l\u2019existence d\u2019un autre et, de fait, \u00e0 la mort du sujet&nbsp;: \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb se co-construisant&nbsp;; nier le \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb revient \u00e0 ne pouvoir exister comme \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb. A ce moment, l\u2019autre fr\u00e8re n\u2019est pas un tiers dans le cadre d\u2019une triangulation \u0153dipienne mais bien un objet avec lequel le sujet entretient des liens complexes faits de projection et d\u2019identification. Le fr\u00e8re n\u2019est alors qu\u2019une image identificatoire sur laquelle le sujet s\u2019\u00e9taie pour se constituer comme sujet (Lacan, 1938). Fellous (1992) remarque&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui peut dire que la s\u0153ur n\u2019est pas aussi un bout de soi&nbsp;? Qui peut prouver que ce corps issu du m\u00eame ventre n\u2019est pas aussi une partie de son propre corps&nbsp;? Ou du moins aurait pu \u00eatre son propre corps&nbsp;?&nbsp;\u00bb (p.110).<\/p>\n\n\n\n<p>La clinique de l\u2019enfant malade ou handicap\u00e9 met souvent le praticien face \u00e0 l\u2019existence d\u2019un fantasme de \u00ab&nbsp;groupe fratrie&nbsp;\u00bb comme un \u00ab&nbsp;tout&nbsp;\u00bb, un \u00ab&nbsp;seul corps dispatch\u00e9 dans plusieurs parties&nbsp;\u00bb. Un fr\u00e8re parle de lui et de son fr\u00e8re comme \u00e9tant un \u00ab&nbsp;iceberg&nbsp;\u00bb&nbsp;: son fr\u00e8re aurait la partie visible de la maladie, lui une partie invisible&nbsp;; \u00e0 eux deux, ils sont un tout&nbsp;; une s\u0153ur se dit \u00ab&nbsp;siamoise&nbsp;\u00bb avec sa s\u0153ur handicap\u00e9e&nbsp;; une autre dit qu\u2019elle est avec ses s\u0153urs comme les doigts d\u2019une seule et m\u00eame main, la seule particularit\u00e9 de cette main l\u00e0 \u00e9tant qu\u2019un des doigts est \u00ab&nbsp;mal foutu&nbsp;\u00bb&nbsp;; une autre encore parle de sa s\u0153ur comme l\u2019ombre d\u2019elle-m\u00eame. Parfois les enfants fantasment qu\u2019ils fonctionnent comme des \u00ab&nbsp;vases communicants&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;je te donne ma force en maths et tu me donnes ta force au <em>memory<\/em>&nbsp;\u00bb, dit une petite s\u0153ur \u00e0 son fr\u00e8re mongolien, \u00ab&nbsp;comme cela on sera pareils capables&nbsp;\u00bb ajoute-t-elle. Le fr\u00e8re est fantasmatiquement parfois un double, parfois un compl\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019exprimant ainsi, les enfants cherchent des m\u00e9taphores pour figurer leur \u00e9trange sentiment de faire un \u00ab&nbsp;tout&nbsp;\u00bb avec l\u2019autre et l\u2019angoisse que ce d\u00e9licieux sentiment suscite. Ils mettent \u00e9galement en sc\u00e8ne le fait que l\u2019ontologique d\u00e9pendance de l\u2019humain \u00e0 l\u2019autre fait miroiter comme un id\u00e9al un espace o\u00f9 il n\u2019y aurait pas de diff\u00e9rence entre soi et l\u2019autre, pas de rivalit\u00e9, de jalousie, de diff\u00e9rence ni donc de manque.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fr\u00e8re, obstacle \u00e0 \u00e9liminer<\/h2>\n\n\n\n<p>Le fait que le fr\u00e8re peut effectivement se r\u00e9v\u00e9ler diff\u00e9rent, \u00ab&nbsp;plus&nbsp;\u00bb que soi, \u00ab&nbsp;autrement&nbsp;\u00bb que soi peut susciter angoisse et col\u00e8re. La douleur que cette r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019autre impose au sujet peut conduire au d\u00e9sir de le tuer pour prendre sa place, \u00e9liminer ce qu\u2019il oblige \u00e0 voir, de se tuer pour ne plus avoir \u00e0 souffrir cette confrontation, de se mutiler ou d\u2019accepter d\u2019\u00eatre mutil\u00e9 psychiquement ou dans la r\u00e9alit\u00e9 pour lui donner ce qui lui manque ou prendre ce qui manque.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est que tr\u00e8s progressivement que les enfants dans un corps \u00e0 corps au quotidien apprennent \u00e0 g\u00e9rer leur agressivit\u00e9 et celles des autres et ils savent la fragilit\u00e9 de ce qui s\u00e9pare le \u00ab&nbsp;d\u00e9sirer faire mal&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;faire mal pour de vrai&nbsp;\u00bb. Autrement dit, leurs conflits intrapsychiques et intersubjectifs du moment et la fragilit\u00e9 de leurs d\u00e9fenses leur font craindre les effets sid\u00e9rants de la toute puissance de la pens\u00e9e. Ce n\u2019est qu\u2019en grandissant que, progressivement, l\u2019enfant apprend \u00e0 passer par la pens\u00e9e avant de commettre l\u2019acte. Alain a eu une adolescence difficile faite de passages \u00e0 l\u2019acte violents sur l\u2019autre et sur lui-m\u00eame, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un suicide le conduise \u00e0 commencer une psychoth\u00e9rapie. Ce travail de pens\u00e9e lui a permis de comprendre qu\u2019il cherchait \u00e0 s\u2019all\u00e9ger du poids de la mort de son fr\u00e8re dont il s\u2019estimait coupable. Il a tent\u00e9 de se punir (suicide) et cherche \u00e0 \u00eatre puni (actes d\u00e9linquants). Ainsi, il continue \u00e0 \u00eatre persuad\u00e9 que c\u2019est lui qui, \u00e0 6 ans, a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de la mort de son fr\u00e8re de 8 ans en lui envoyant le ballon sur la t\u00eate lors d\u2019une partie de football. En fait, ce dernier avait succomb\u00e9 \u00e0 une malformation cardiaque ignor\u00e9e jusqu\u2019alors. Cela a \u00e9t\u00e9 dit \u00e0 Alain \u00e0 l\u2019\u00e9poque, mais lui sait que, par vengeance, durant la partie, il a fait expr\u00e8s de lui envoyer le ballon de mani\u00e8re \u00e0 lui faire mal, il avait d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 r\u00e9primand\u00e9 pour cela.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la panique qui a fait suite \u00e0 la mort sur le terrain, l\u2019entra\u00eeneur avait oubli\u00e9 cet incident, Alain, lui, est convaincu d\u2019avoir commis un fratricide. Persuad\u00e9 que les adultes se \u00ab&nbsp;trompaient&nbsp;\u00bb en invoquant la maladie de c\u0153ur, il n\u2019a pu, \u00e0 cette \u00e9poque, confesser sa faute, et, de ce fait, n\u2019a pu la r\u00e9parer dans le contexte de liens socialis\u00e9s aux autres. Alain en voulait \u00e0 son fr\u00e8re mais au moment o\u00f9 il a jet\u00e9 le ballon, il ne cherchait pas \u00e0 \u00ab&nbsp;tuer&nbsp;\u00bb son fr\u00e8re. De son c\u00f4t\u00e9, Bergman (1987) dans une autobiographie dit avoir cherch\u00e9, enfant, \u00e0 \u00ab&nbsp;tuer&nbsp;\u00bb sa s\u0153ur. Nous mettons ici tuer entre guillemets car la notion de mort chez l\u2019enfant est \u00e9videmment complexe et ne se construit que progressivement. Voil\u00e0 comment le cin\u00e9aste raconte une sc\u00e8ne qui se serait pass\u00e9e, selon lui, alors qu\u2019il avait 4 ans et que sa s\u0153ur, \u00ab&nbsp;personnage gras et difforme&nbsp;\u00bb, venait de na\u00eetre. Evidemment compte tenu de son \u00e2ge, il s\u2019agit d\u2019une reconstruction de l\u2019adulte devenu artiste. \u00ab&nbsp;Mon fr\u00e8re et moi, \u00e0 l\u2019ordinaire ennemis mortels, faisons la paix et nous \u00e9laborons diff\u00e9rents plans pour tuer l\u2019inf\u00e2me cr\u00e9ature. Pour une raison ou une autre, mon fr\u00e8re estime que, de nous deux, c\u2019est \u00e0 moi d\u2019accomplir l\u2019acte qui s\u2019impose. J\u2019en suis flatt\u00e9 et nous cherchons l\u2019occasion propice. Par un apr\u00e8s-midi silencieux et ensoleill\u00e9, je me crois seul dans l\u2019appartement et je me glisse dans la chambre \u00e0 coucher de nos parents o\u00f9 la chose dort dans son panier rose. J\u2019avance une chaise, je grimpe dessus et me voil\u00e0 debout \u00e0 contempler ce visage bouffi et cette bouche baveuse. Mon fr\u00e8re m\u2019avait pourtant donn\u00e9 des indications claires sur la mani\u00e8re de m\u2019y prendre. Mais je les avais mal comprises. Plut\u00f4t que de serrer la gorge de ma s\u0153ur, j\u2019essaie de comprimer sa cage thoracique. Aussit\u00f4t, elle se r\u00e9veille, elle pousse un cri per\u00e7ant, j\u2019appuie ma main sur sa bouche, ses yeux d\u2019un bleu d\u00e9lav\u00e9 louchent et me fixent&nbsp;; pour avoir une meilleure prise, je fais un pas en avant, je perds pied et je tombe par terre. Je me souviens que l\u2019acte en lui-m\u00eame s\u2019est accompagn\u00e9 d\u2019une violente volupt\u00e9 qui s\u2019est vite chang\u00e9e en horreur&nbsp;\u00bb (p. 11).<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun mouvement d\u2019identification \u00e0 ce b\u00e9b\u00e9 n\u2019\u00e9tait alors envisageable, Cyrulnik (1993) rappelle que&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour que la violence de l\u2019un s\u2019impose \u00e0 l\u2019autre\u2026 il faut qu\u2019il n\u2019y ait pas de repr\u00e9sentation du monde de l\u2019autre et qu\u2019une absence de communication emp\u00eache la contagion des \u00e9motions et des id\u00e9es.&nbsp;\u00bb (p. 111). Lorsque l\u2019enfant a une identit\u00e9 mal assur\u00e9e, n\u2019a pas acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ambivalence, il peut rapidement passer de mouvements agressifs \u00e0 des mouvements d\u2019autoagression, dans un contexte de d\u00e9pression. Il peut alors \u00eatre victime d\u2019accidents \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, voire, en particulier, \u00e0 l\u2019adolescence, faire des tentatives de suicide. Il ne veut alors pas mourir, mais cherche \u00e0 dire sa souffrance et son d\u00e9sir qu\u2019on lui pr\u00eate attention. Se faisant mal, il arrive \u00e9galement qu\u2019il cherche \u00e0 se punir d\u2019\u00eatre ou d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 un \u00ab&nbsp;mauvais fr\u00e8re&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ca\u00efn et Abel<\/h2>\n\n\n\n<p>Comment parler de la fratrie sans \u00e9voquer le mythe de Ca\u00efn et Abel, fils d\u2019Adam et Eve, couple de la gen\u00e8se qui a donn\u00e9 naissance au \u00ab&nbsp;complexe de Ca\u00efn&nbsp;\u00bb &#8211; propos\u00e9 par Baudouin en 1932 &#8211; pour d\u00e9signer le lien fraternel tiss\u00e9 de d\u00e9sirs de s\u00e9duction, d\u2019agressivit\u00e9, d\u2019amour et de haine. Comme le r\u00eave, le mythe porte des traces des origines de l\u2019\u00eatre et offre des possibilit\u00e9s quasi in\u00e9puisables, \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de nouvelles hypoth\u00e8ses heuristiques. Son caract\u00e8re simplifi\u00e9 et symbolique condense, de fa\u00e7on fragmentaire, divers fondements de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Comme la fable, sous le voile d\u2019une fiction, il \u00e9voque la complexit\u00e9 de la construction de l\u2019individu dans ses liens avec les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire de Ca\u00efn et d\u2019Abel est contenue dans les vingt-six versets du chapitre IV du livre de la <em>Gen\u00e8se<\/em>, dont la r\u00e9daction date du r\u00e8gne de Salomon, autour de 970-931 av. J.C. et dont voici un extrait (\u00e9d. <em>La Pl\u00e9iade<\/em>). \u00ab&nbsp;L\u2019homme connut Eve, sa femme&nbsp;; elle con\u00e7ut et enfanta Ca\u00efn, elle dit&nbsp;: \u201cJ\u2019ai acquis un homme gr\u00e2ce \u00e0 Yahv\u00e9\u201d. Elle enfanta ensuite son fr\u00e8re Abel. Abel fut pasteur de petit b\u00e9tail et Ca\u00efn cultivateur du sol.&nbsp;\u00bb Il advint au bout d\u2019un certain temps que Ca\u00efn apporta des fruits du sol en oblation \u00e0 Yahv\u00e9. Abel, de son c\u00f4t\u00e9, apporta le premier n\u00e9 de son petit b\u00e9tail, avec leur graisse. Or Yahv\u00e9 eut \u00e9gard \u00e0 Abel et \u00e0 son oblation, mais \u00e0 Ca\u00efn et \u00e0 son oblation, il n\u2019e\u00fbt pas \u00e9gard. Ca\u00efn en \u00e9prouva une grande col\u00e8re et son visage fut abattu. Alors Yahv\u00e9 dit \u00e0 Ca\u00efn&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi \u00e9prouves-tu de la col\u00e8re et pourquoi ton visage est-il abattu&nbsp;? Si tu agis bien, ne te rel\u00e8veras-tu pas&nbsp;? Si tu n\u2019agis pas bien, le p\u00e9ch\u00e9 est tapi \u00e0 la porte&nbsp;: son \u00e9lan est vers toi, mais toi, domine-le&nbsp;!&nbsp;\u00bb Ca\u00efn dit \u00e0 Abel&nbsp;: \u201cAllons aux champs&nbsp;!\u201d et, comme ils \u00e9taient aux champs Ca\u00efn se leva contre Abel, son fr\u00e8re, et le tua. Yahv\u00e9 dit \u00e0 Ca\u00efn&nbsp;: \u201cO\u00f9 est Abel, ton fr\u00e8re&nbsp;?\u201d. Il dit&nbsp;: \u201cJe ne sais pas&nbsp;! Suis-je gardien de mon fr\u00e8re&nbsp;?\u201d Apr\u00e8s ce meurtre, Ca\u00efn est \u201ccondamn\u00e9\u201d par Yahv\u00e9 \u00e0 rester vivant et \u00e0 errer sans fin. La faute qu\u2019il a commise ne rel\u00e8ve pas de la justice des hommes, puisqu\u2019il porte sur lui \u201cun signe\u201d qui indique \u00e0 ceux qui voudraient le tuer, pour venger Abel, qu\u2019ils risquent d\u2019\u00eatre punis \u00e0 leur tour au septuple. Au fil du temps, les \u00e9crivains ont donn\u00e9 des repr\u00e9sentations tr\u00e8s diff\u00e9rentes des protagonistes de ce mythe. Les chr\u00e9tiens virent en Ca\u00efn un paria, un meurtrier froid sans repentir, Abel figurant l\u2019homme juste, le pasteur innocent et pers\u00e9cut\u00e9. Ces images contrast\u00e9es culminent dans <em>La cit\u00e9 des Dieux<\/em> de Saint Augustin (413-427) o\u00f9 Abel incarne la saintet\u00e9 et Ca\u00efn, la m\u00e9chancet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ca\u00efn s\u2019aime trop pour aimer Dieu et n\u2019a acc\u00e8s qu\u2019\u00e0 la cit\u00e9 terrestre, alors qu\u2019Abel aime tellement Dieu qu\u2019il s\u2019oublie lui-m\u00eame et a ainsi acc\u00e8s \u00e0 la cit\u00e9 c\u00e9leste. Ca\u00efn appartient \u00e0 la cit\u00e9 des hommes, Abel, \u00e0 celle de Dieu. Le premier est citoyen du monde, le second, \u00e9tranger au si\u00e8cle o\u00f9 il vit, n\u2019a pas \u00e0 fonder de ville, car la cit\u00e9 des saints est dans le ciel. Dans les ann\u00e9es 1500 s\u2019esquisse l\u2019image d\u2019un Ca\u00efn habit\u00e9 par le doute, le remords, le repentir. En 1732, dans <em>Der Tod Abels<\/em> de Klopstock, Ca\u00efn tue son fr\u00e8re dans un moment de col\u00e8re qu\u2019il regrette. C\u2019est au XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle que la litt\u00e9rature commence \u00e0 donner une place importante \u00e0 la s\u0153ur d\u2019Abel et de Ca\u00efn et \u00e0 r\u00e9habiliter ce dernier, per\u00e7u comme victime d\u2019un Dieu injuste, voire d\u2019un faux Dieu (Byron, 1821). Ca\u00efn est alors l\u2019image de la victime expiant les fautes commises par d\u2019autres, celle du mal qu\u2019il faut absoudre et pardonner, puisqu\u2019il est en quelque sorte pouss\u00e9 au crime par son p\u00e8re Yahv\u00e9 et par sa m\u00e8re. De ce fait, il ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme portant l\u2019enti\u00e8re responsabilit\u00e9 de son acte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mythe d\u2019Abel et Ca\u00efn interroge le fratricide sur un double registre. Dans un registre narcissique, les deux fr\u00e8res, Abel et Ca\u00efn confondus, ne pouvaient exister ensemble, l\u2019un devait mourir pour que l\u2019autre vive&nbsp;: \u00ab&nbsp;pousse-toi de l\u00e0 que je m\u2019y mette&nbsp;\u00bb. Dans ce cas, tuer le fr\u00e8re, c\u2019est affirmer son impossibilit\u00e9 \u00e0 parvenir \u00e0 l\u2019individuation, son propre sentiment d\u2019identit\u00e9 ne pouvant exister, celle-ci \u00e9tant li\u00e9e et s\u00e9par\u00e9e de celle de l\u2019autre. Le fratricide signe alors l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 se d\u00e9doubler et \u00e0 instaurer le sentiment d\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Celui qui est tu\u00e9, n\u2019est pas \u00ab&nbsp;l\u2019autre&nbsp;\u00bb mais soi, incarn\u00e9 dans l\u2019autre, le tueur est alors mutil\u00e9 d\u2019une partie de lui-m\u00eame.<br><em>A contrario<\/em>, ce mythe, lu dans un registre familial oedipien, instaure l\u2019id\u00e9e de deux enfants devant se positionner par rapport au d\u00e9sir parental&nbsp;: qui, de moi ou de toi, mon p\u00e8re pr\u00e9f\u00e8re-t-il&nbsp;? Dans ce mythe, c\u2019est le p\u00e8re qui \u00e9nonce clairement la pr\u00e9f\u00e9rence, ce qui conduit \u00e0 interroger les fantasmes parentaux inconscients qui pr\u00e9parent le terrain du passage \u00e0 l\u2019acte meurtrier. Si Ca\u00efn est jaloux de son fr\u00e8re, il l\u2019est d\u2019autant plus que le parent le pousse \u00e0 ressentir ce sentiment. Voir ses enfants s\u2019entre-tuer pour lui, renvoie d\u00e8s lors le p\u00e8re \u00e0 la d\u00e9sirabilit\u00e9 de son amour. Ainsi, instaurant cette pr\u00e9f\u00e9rence entre ses enfants, c\u2019est son r\u00f4le central dans le lien fraternel que les enfants sont conduits \u00e0 confirmer, ajouterions-nous, pour le plus grand plaisir de l\u2019adulte, f\u00fbt-ce au prix d\u2019un meurtre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Etre et\/ou devenir l\u2019autre\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>Un enfant mort, quel que soit le stade de la grossesse ou de la vie auquel l\u2019\u00e9v\u00e9nement se produit, continue \u00e0 exister dans le psychisme familial et dans celui des fr\u00e8res et s\u0153urs. Ceci de mani\u00e8re d\u2019autant plus importante que, pour les parents, l\u2019un de leurs enfants vivants est v\u00e9cu comme l\u2019incarnation de celui qui est mort. \u00ab&nbsp;L\u2019enfant de remplacement&nbsp;\u00bb peut, soit devenir l\u2019autre, s\u2019ali\u00e9nant alors d\u2019autant (Vincent Van Gogh), soit tenter d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de s\u2019en diff\u00e9rencier (Salvador Dali), soit en quelque sorte devenir les deux en incarnant soi et le fr\u00e8re mort (Victor Hugo).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Van Gogh<\/h3>\n\n\n\n<p>N\u00e9 le 30 mars 1853, Van Gogh, peintre expressionniste, s\u2019appelle Vincent comme le plus jeune fr\u00e8re de son p\u00e8re, comme son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 d\u00e9c\u00e9d\u00e9 1 an avant sa naissance, comme son grand-p\u00e8re paternel et son neveu, le fils de Th\u00e9odorus qui porte, lui le pr\u00e9nom de son p\u00e8re. Le dernier enfant de la famille s\u2019appelle \u00ab&nbsp;Cornelius-Vincent&nbsp;\u00bb (la m\u00e8re s\u2019appelant Anna-Corn\u00e9lius). Dans la famille deux Vincent ne peuvent co-exister&nbsp;: le peintre con\u00e7u trois mois apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de son a\u00een\u00e9 appel\u00e9 Vincent \u00e0 un moment o\u00f9, probablement, ses parents n\u2019avaient pas encore fait le deuil de leur a\u00een\u00e9, se suicide quatre mois apr\u00e8s la naissance du fils de Th\u00e9o qui se pr\u00e9nomme Vincent. Lorsque Th\u00e9o annonce \u00e0 Vincent que son filleul s\u2019appellera Vincent, le peintre affirme qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rerait \u00eatre mort avant qu\u2019un membre de la famille ne porte son pr\u00e9nom. Apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de Vincent-peintre, c\u2019est Vincent, le fils de Th\u00e9o qui devient l\u2019h\u00e9ritier des \u0153uvres de son parrain. A 12 ans, Vincent est envoy\u00e9 en pension, ce qui contribue \u00e0 installer chez lui un douloureux sentiment d\u2019abandon. Vincent, le peintre, disait que, sans son fr\u00e8re Th\u00e9o, sa peinture n\u2019aurait jamais exist\u00e9, que si lui peignait, son fr\u00e8re l\u2019accompagnait, l\u2019encourageait et le soutenait financi\u00e8rement. Il est probable que ce lien fraternel aurait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent si, entre eux, il n\u2019y avait pas eu un petit fr\u00e8re mort. Th\u00e9o est le seul de ses 5 fr\u00e8res et s\u0153urs avec lequel il peut partager ses passions. Beaucoup des biographes du peintre disent que Th\u00e9o pousse son fr\u00e8re \u00e0 devenir l\u2019artiste que lui-m\u00eame r\u00eavait d\u2019\u00eatre et s\u2019interdisait de devenir. Finan\u00e7ant Vincent, Th\u00e9o peut symboliquement se dire que les \u0153uvres leur appartiennent \u00e0 tous les deux. Toutefois, il ne peut ignorer que Vincent, quand il signe, le fait de son seul pr\u00e9nom, passant ainsi sous silence ce qui les relie et qu\u2019ils partagent, leur famille, et mettant en avant un pr\u00e9nom commun \u00e0 plusieurs membres de la famille et diff\u00e9rent de celui de Th\u00e9o.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une biographie de Van Gogh, Perruchot (1955) souligne que tout au long de sa vie, notamment dans les lettres qu\u2019il envoie \u00e0 Th\u00e9o, Vincent exprime l\u2019id\u00e9e qu\u2019il ne sait pas qui il est, que quelqu\u2019un l\u2019habite qui, selon les moments, lui veut du mal ou du bien. Dans un extrait de po\u00e8me, recopi\u00e9 par Th\u00e9o pour Vincent, on retrouve l\u2019importance d\u2019un enfant mort. \u00ab&nbsp;Qui me d\u00e9livrera pleinement, pour toujours, Du corps de ce mort, sous le joug ploy\u00e9&nbsp;\u00bb. C\u2019est Th\u00e9o qui incite Vincent \u00e0 se consacrer \u00e0 la peinture, il peint plus de cinquante autoportraits. Le premier date de la mort de son p\u00e8re en 1885, les plus nombreux, de ses deux ann\u00e9es parisiennes, p\u00e9riode o\u00f9 il vit pr\u00e8s de Th\u00e9o.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons formuler l\u2019hypoth\u00e8se que les autoportraits sont une tentative de Vincent pour donner existence et forme \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il sent lui \u00e9chapper&nbsp;: ce qu\u2019il est. Autrement dit, il cherche \u00e0 figurer en image, perceptible par tous et donc par lui, ce qu\u2019il ne peut sentir psychiquement. Il peut \u00e9galement tenter de repr\u00e9senter non pas ce qu\u2019il est mais \u00ab&nbsp;l\u2019autre&nbsp;\u00bb celui qui l\u2019habite et l\u2019emp\u00eache d\u2019\u00eatre. Mis \u00ab&nbsp;au dehors&nbsp;\u00bb, cet autre pourrait devenir moins mena\u00e7ant plus facilement apprivoisable, ma\u00eetrisable, moins \u00e9tranger et donc moins inqui\u00e9tant. Ces autoportraits sont, en fait, paradigmatiques de la complexit\u00e9 de ce qui se joue pour un sujet donn\u00e9 entre \u00ab&nbsp;r\u00e9alit\u00e9 psychique&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure&nbsp;\u00bb. Comme Dali, il est probable que Vincent sent qu\u2019il \u00ab&nbsp;h\u00e9berge&nbsp;\u00bb celui que ses parents n\u2019ont pas cess\u00e9 d\u2019investir, l\u2019a\u00een\u00e9 de la famille qui portait le pr\u00e9nom de leur grand-p\u00e8re et qu\u2019ils n\u2019ont pu prot\u00e9ger de la mort. Le peintre vit de fa\u00e7on dramatique ses ruptures sentimentales, et son avidit\u00e9 d\u2019amour effraie les \u00eatres sur lesquels sa passion se porte. Les personnes qui ont c\u00f4toy\u00e9 Vincent rapportent qu\u2019il avait besoin d\u2019un amour absolu. Peut-\u00eatre eut-il ainsi r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 l\u2019amour que sa m\u00e8re lui avait port\u00e9, mais qui s\u2019adressait fantasmatiquement \u00e0 son fr\u00e8re mort. Il craint peut-\u00eatre aussi que, comme pour son fr\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9, l\u2019amour re\u00e7u ne suffise pas \u00e0 le maintenir en vie. Vincent veut que l\u2019amour vienne \u00e0 bout de tous les maux et impose sa loi au monde. Quand il est t\u00e9moin des ravages d\u2019une explosion de grisou, il se d\u00e9pense sans compter pour sauver les hommes de la mort. Quand il y parvient, il jubile et estime avoir r\u00e9alis\u00e9 une sorte d\u2019\u0153uvre d\u2019art, \u00e9galant les dieux puisque la force de son amour a redonn\u00e9 vie \u00e0 ceux qui auraient pu mourir. Ce faisant, il r\u00e9ussit o\u00f9 ses parents ont \u00e9chou\u00e9 puisque, malgr\u00e9 l\u2019amour qu\u2019ils portaient \u00e0 leur premier enfant, eux ne sont pas parvenus \u00e0 le maintenir en vie.<\/p>\n\n\n\n<p>En dix-huit ans, Vincent a \u00e9crit \u00e0 Th\u00e9o plus de 652 lettres, il porte la derni\u00e8re sur lui quand il se suicide. Vincent d\u00e9pend financi\u00e8rement de son fr\u00e8re qui, en \u00e9change, est propri\u00e9taire de ses toiles. Mais ce dernier ne parvient jamais \u00e0 les vendre, ni \u00e0 en organiser une exposition&nbsp;; c\u2019est sa femme qui le fera apr\u00e8s sa mort. Comme si, entre eux, la dette ne pouvait jamais se solder. Vincent r\u00e9agit de mani\u00e8re violente au mariage de son fr\u00e8re, craignant peut-\u00eatre que ce lien fraternel, mortif\u00e8re mais n\u00e9cessaire \u00e0 sa survie, ne se brise ou ne se modifie avec l\u2019introduction d\u2019un tiers. Il est manifestement jaloux du bonheur de Th\u00e9o et s\u2019en veut de ressentir ce sentiment. En 1884, Vincent \u00e9crit \u00e0 son fr\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous nous trouvons de nouveau face \u00e0 face, encore qu\u2019il n\u2019y ait pas \u00e0 vrai dire de barricades\u2026. Et nous nous trouvons, \u00e0 mon avis face \u00e0 face, dans des camps diff\u00e9rents, il n\u2019y a rien \u00e0 faire que tu le veuilles ou non, toi tu dois continuer, moi je dois continuer. Mais puisque nous sommes fr\u00e8res, il ne faut pas que nous nous entre-tuions. Quant \u00e0 nous aider comme deux hommes qui se trouvent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans le m\u00eame camp c\u2019est impossible, car si nous devions chercher \u00e0 nous rejoindre, nous risquerions de nous trouver sous le jeu de l\u2019autre. Les mots irritants qui me viennent sont des balles tir\u00e9es, non pas sur toi qui es mon fr\u00e8re, mais bien en g\u00e9n\u00e9ral sur le parti dans lequel tu te trouves. Je ne me crois pas non plus directement vis\u00e9 par les mots irritants qui viennent de toi. Mais tu tires sur la barricade \u2026 et il se fait que moi, je me trouve derri\u00e8re\u2026&nbsp;\u00bb (Perruchot, 1995, p.105). Apr\u00e8s la mort de Vincent, Th\u00e9o sombre dans la d\u00e9pression&nbsp;; il essaie d\u2019attenter \u00e0 la vie de sa femme et de son fils et d\u00e9c\u00e8de en Hollande en 1891, 6 mois apr\u00e8s Vincent. 23 ans plus tard sa femme fera d\u00e9poser ses cendres dans le cimeti\u00e8re d\u2019Auvers sur Oise aupr\u00e8s de Vincent.<br>Il est \u00e9vident que le seul fait que la naissance de ces deux fr\u00e8res ait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de la mort d\u2019un a\u00een\u00e9 ne permet pas d\u2019expliquer le destin g\u00e9nial et tragique de ces deux hommes, toutefois on peut percevoir chez eux, comme chez d\u2019autres cr\u00e9ateurs, cette tentative, <em>via<\/em> l\u2019art, de donner forme \u00e0 un vide ressenti et\/ou de transformer un \u00ab&nbsp;objet int\u00e9rioris\u00e9&nbsp;\u00bb pers\u00e9cutant en un objet moins ali\u00e9nant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Victor et Eug\u00e8ne Hugo<\/h3>\n\n\n\n<p>Comme Vincent et Th\u00e9o, Victor et Eug\u00e8ne Hugo ont tous les deux un talent litt\u00e9raire, et l\u2019un a d\u2019une certaine mani\u00e8re \u00e9t\u00e9 cr\u00e9ateur pour \u00ab&nbsp;deux&nbsp;\u00bb. Victor Hugo a deux fr\u00e8res, Abel et Eug\u00e8ne&nbsp;; ce dernier, comme lui, a des talents litt\u00e9raires et sera envoy\u00e9 en pension alors qu\u2019Abel restera pr\u00e8s de leur p\u00e8re. Quand Eug\u00e8ne et Hugo \u00e9crivaient de la pension \u00e0 leur m\u00e8re, ils signaient d\u2019un \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb symbolisant ainsi le fait que fantasmatiquement ils pouvaient ne faire qu\u2019un. C\u2019est Victor qui eut l\u2019initiative de la diff\u00e9renciation entre les deux fr\u00e8res, ce qu\u2019Eug\u00e8ne supporta mal. Au fur et \u00e0 mesure que le talent d\u2019Hugo s\u2019affirmait et qu\u2019il \u00e9tait reconnu, Eug\u00e8ne s\u2019effa\u00e7a au point de ne plus \u00e9crire du tout. Eug\u00e8ne fut intern\u00e9 peu apr\u00e8s le mariage de Victor et mourut \u00e0 l\u2019asile en 1837, il laissa \u00e0 Hugo son titre de vicomte. La culpabilit\u00e9 de Hugo r\u00e9sultant du sentiment de l\u2019avoir abandonn\u00e9 appara\u00eet dans la mani\u00e8re dont il \u00e9voque la figure d\u2019Eug\u00e8ne dans certaines \u0153uvres comme dans <em>Les Jumeaux<\/em> et les po\u00e8mes du 6 juin 1837&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu vas donc dormir sur la colline, Mon pauvre bien-aim\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb Rappelons-nous que, dans l\u2019\u0153uvre de Victor Hugo, le bonheur de l\u2019innocent est souvent d\u00fb au sacrifice d\u2019un autre. Tout porte \u00e0 croire qu\u2019Eug\u00e8ne a continu\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;habiter&nbsp;\u00bb Victor qui, en quelque sorte, l\u2019a fait exister dans ses \u0153uvres. Cette situation ne l\u2019a pas emp\u00each\u00e9 de faire reconna\u00eetre la valeur de son \u0153uvre, n\u2019ayant pas, comme Van Gogh, le sentiment d\u2019usurper cette gloire. Aussi, non seulement le d\u00e9c\u00e8s de son fr\u00e8re n\u2019a-t-il pas attir\u00e9 Victor vers la mort, mais le fr\u00e8re mort a \u00e9t\u00e9, pour celui qui a continu\u00e9 \u00e0 vivre, une source d\u2019inspiration.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Salvador Dali<\/h3>\n\n\n\n<p>Salvador Dali a un fr\u00e8re, qui, de sant\u00e9 fragile, meurt jeune, avant sa naissance. Lors d\u2019une \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision avec le th\u00e9\u00e2tralisme et la d\u00e9rision dont il fit un art, l\u2019artiste raconte&nbsp;: \u00ab&nbsp;On parlait toujours de moi par rapport \u00e0 mon autre fr\u00e8re mort&nbsp;: il faut lui mettre un cache-nez parce que l\u2019autre fr\u00e8re s\u2019est enrhum\u00e9 \u00e0 cette occasion. Alors je n\u2019\u00e9tais pas moi, j\u2019\u00e9tais le fr\u00e8re mort.&nbsp;\u00bb Il poursuit \u00ab&nbsp;Gr\u00e2ce \u00e0 cette esp\u00e8ce de jeu constant de tuer par mes excentricit\u00e9s la m\u00e9moire de mon fr\u00e8re mort, j\u2019ai r\u00e9ussi le mythe sublime des Dioscures, Castor et Pollux&nbsp;: un fr\u00e8re mort et l\u2019autre immortel&nbsp;\u00bb (<em>Incroyable Monsieur B\u00e9b\u00e9<\/em> Antenne 2, 1989, cit\u00e9 par Rabain, 1985 p.2573). Priv\u00e9 des interactions r\u00e9elles avec son fr\u00e8re, Dali a \u00e9tabli un lien avec le fr\u00e8re qui existait dans la t\u00eate de ses parents. Toute sa vie, dit-il sublimement souffrant, il a tent\u00e9 de se d\u00e9fendre d\u2019effacer, de tuer l\u2019autre en l\u2019incarnant. Destin\u00e9 par les adultes \u00e0 faire revivre ce double fragile et aim\u00e9, il a mis toute son \u00e9nergie psychique au service du refus de cette mission. Ainsi, \u00e0 sa mani\u00e8re, il a cherch\u00e9 \u00e0 sauver son fr\u00e8re mort en n\u2019existant pas \u00e0 sa place, en devenant autre chose que ce que ses parents avaient d\u00e9cid\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Tout humain est p\u00e9tri des autres, mais ces autres sont, comme le dit Alain de Mijolla (1978), \u00ab&nbsp;envahissants&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;structurants&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;ali\u00e9nants&nbsp;\u00bb. Cet auteur insiste sur le conglom\u00e9rat d\u2019objets propres \u00e0 susciter une identification chez le sujet. Repoussant l\u2019id\u00e9e classique d\u2019une identit\u00e9 personnelle et fixe, stable et d\u00e9finitivement atteinte au d\u00e9clin de l\u2019\u0152dipe, l\u2019auteur pr\u00e9f\u00e8re l\u2019id\u00e9e d\u2019une identit\u00e9 en mouvance, susceptible d\u2019adopter comme mod\u00e8le, tout \u00e0 tour, diff\u00e9rents personnages \u00ab&nbsp;connus&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;inconnus&nbsp;\u00bb gard\u00e9s dans les tiroirs \u00e9tanches de la m\u00e9moire familiale. Ces \u00ab&nbsp;objets&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;visitent&nbsp;\u00bb le moi dans les r\u00eaveries o\u00f9 l\u2019on fait et d\u00e9fait liaisons, amours, naissances. Il utilise le concept de \u00ab&nbsp;fantasmes d\u2019identification&nbsp;\u00bb pour parler des \u00ab&nbsp;autres en nous&nbsp;\u00bb et montre qu\u2019un individu peut \u00eatre habit\u00e9 successivement par plusieurs personnages diff\u00e9rents, ce qui donne une perspective dynamique \u00e0 la construction de la personnalit\u00e9. Ces multiples identifications seront d\u2019autant plus \u00ab&nbsp;utiles&nbsp;\u00bb \u00e0 la structuration psychique du sujet qu\u2019il n\u2019en sera pas prisonnier et pourra en jouer souplement. Si tel est le cas, ces \u00ab&nbsp;\u00eatres en lui&nbsp;\u00bb l\u2019aident \u00e0 advenir comme sujet, surtout s\u2019ils sont valoris\u00e9s par la famille et\/ou la soci\u00e9t\u00e9, si leur \u00ab&nbsp;pr\u00e9sence&nbsp;\u00bb n\u2019ali\u00e8ne pas le sujet et ne lui donne pas l\u2019impression de ne plus savoir qui il est, comme ce fut le cas pour Vincent Van Gogh.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00ab\u00a0visiteurs\u00a0\u00bb ne sont pas toujours faciles \u00e0 identifier et sont parfois masqu\u00e9s par des identifications-\u00e9crans, plus facilement \u00ab\u00a0avouables\u00a0\u00bb et accessibles \u00e0 la conscience. Les identifications peuvent donc fonctionner comme des d\u00e9fenses. N\u00e9 apr\u00e8s un enfant d\u00e9c\u00e9d\u00e9 comme Vincent Van Gogh ou Salvador Dali, l\u2019enfant de remplacement est pris dans un r\u00e9seau de projections parentales qui ne lui permet pas de faire une place \u00e0 l\u2019autre en lui qui puisse se conjuguer autrement qu\u2019en terme de \u00ab\u00a0ou lui ou moi\u00a0\u00bb. Vivre c\u2019est accepter le meurtre de soi ou de l\u2019autre, la co-construction-transformative n\u2019\u00e9tant pas possible. Wilden (1983) \u00e9tudie comment une logique du \u00ab\u00a0ou bien ou bien\u00a0\u00bb (comp\u00e9tition) s\u2019oppose \u00e0 celle du \u00ab\u00a0\u00e0 la fois\u2026et\u00a0\u00bb (de coop\u00e9ration). Ces situations montrent de mani\u00e8re saisissante que le \u00ab\u00a0tu\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb sont co-construits et non donn\u00e9s, elles soulignent \u00e9galement l\u2019importance en cas de d\u00e9c\u00e8s d\u2019un enfant, d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 la mani\u00e8re dont chacun des autres, de fa\u00e7on singuli\u00e8re, continue \u00e0 vivre, \u00e0 se structurer sur le plan psychique avec cet autre qui brutalement s\u2019est absent\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 et existe d\u00e8s lors uniquement comme un objet int\u00e9rioris\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Anzieu, D., 1974, \u00ab&nbsp;Le moi-peau&nbsp;\u00bb, <em>Nouvelle revue de psychanalyse<\/em>, 9, 195-208.<\/p>\n\n\n\n<p>Bergman, I. (1987) <em>Laterna magica<\/em>, Ed Folio, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Bion, W.-R., 1962, <em>Aux sources de l\u2019exp\u00e9rience<\/em>, Puf, Paris (1979).<\/p>\n\n\n\n<p>Bowlby, J., 1978, \u00ab&nbsp;Attachement et perte&nbsp;\u00bb&nbsp;: vol 1, <em>L\u2019attachement<\/em> (1978)&nbsp;; Vol 2, <em>La s\u00e9paration<\/em> (1978)&nbsp;; Vol 3, <em>La perte<\/em> (1984). Puf, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>De Mijolla, A., 1976, <em>Les visiteurs du moi<\/em>, Les Belles Lettres, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Eiguer, A., 1987. <em>La parent\u00e9 fantasmatique<\/em>. Dunod, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Fellous, C. 1992. <em>Fr\u00e8res et s\u0153urs<\/em>. Julliard, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S., 1923. <em>Essais de psychanalyse<\/em>. Payot, (1963), Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Golse, B., 1998. \u00ab&nbsp;Savoir ou ne pas savoir&nbsp;\u00bb. <em>Contraste<\/em>, 9, 5-12.<\/p>\n\n\n\n<p>Ja\u00eftin, R., 1998. \u00ab&nbsp;La groupalit\u00e9 fraternelle mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve par l\u2019inceste et la rupture familiale&nbsp;\u00bb. <em>Le Divan familial<\/em>, Revue de la SFTFP, 1, 120-136.<\/p>\n\n\n\n<p>Ka\u00ebs, R., 1989, \u00ab&nbsp;Le pacte d\u00e9n\u00e9gatif dans les ensembles trans-subjectifs&nbsp;\u00bb In&nbsp;: Missenard et al., (dir.), <em>Le n\u00e9gatif, figures et modalit\u00e9s<\/em>, Dunod, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Ka\u00ebs, R., 1993. Le complexe fraternel, aspect de sa sp\u00e9cificit\u00e9. <em>Topique<\/em>, 51, 5-43.<\/p>\n\n\n\n<p>Ka\u00ebs, R., 1998, <em>Diff\u00e9rence culturelle et souffrance de l\u2019identit\u00e9<\/em>, Dunod, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Lacan, J., 1938, \u00ab&nbsp;Le complexe, facteur concret de la psychologie familiale&nbsp;\u00bb In <em>La vie mentale<\/em>, L\u2019Encyclop\u00e9die fran\u00e7aise, 8, 8.40.5-8.40.16. Larousse, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Perruchot, H. (1955), <em>La vie de Van Gogh<\/em>. Ed Payot, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Roussillon, R., 1991, <em>Paradoxes et situations limites de la Psychanalyse<\/em>, Puf, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Saint Augustin (1960), \u00ab&nbsp;La cit\u00e9 des Dieux&nbsp;\u00bb XV, 16. In <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t36, Ed Descl\u00e9e de Brouwer, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Stern, D.-N., 1989, <em>Le monde interpersonnel du nourrisson<\/em>. Puf, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Van Gogh, V. (1952-1954), <em>Correspondance g\u00e9n\u00e9rale<\/em>. Ed. du Centenaire, 4 volumes, Amsterdam.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott, D.W. (1947), <em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>. Payot, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott, D.W. 1956, \u00ab&nbsp;La pr\u00e9occupation maternelle primaire&nbsp;\u00bb. In <em>De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse<\/em>. Payot, Paris, pp168-174.<\/p>\n\n\n\n<p>Wilden, A. (1983), <em>Syst\u00e8me et structure. Essais sur la communication et l\u2019\u00e9change<\/em>, Bor\u00e9al Express, Montr\u00e9al.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9992?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 3 octobre 1897, Freud \u00e9crivait \u00e0 Fliess que la mort de son fr\u00e8re Julius \u00e0 8 mois, alors qu\u2019il avait lui-m\u00eame moins de 2 ans, avait suscit\u00e9 chez lui de la jalousie et des remords, montrant par l\u00e0 m\u00eame&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214,1215],"thematique":[629],"auteur":[1644],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[956],"type_article":[453],"check":[2023],"class_list":["post-9992","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","rubrique-psychopathologie","thematique-deuil","auteur-regine-scelles","mode-gratuit","revue-956","type_article-recherche","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9992","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9992"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9992\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16656,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9992\/revisions\/16656"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9992"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9992"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9992"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9992"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9992"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9992"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9992"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9992"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9992"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}