{"id":9988,"date":"2021-08-22T07:31:04","date_gmt":"2021-08-22T05:31:04","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/les-parents-face-au-risque-de-la-violence-des-enfants-et-des-adolescents-2\/"},"modified":"2021-10-07T22:00:18","modified_gmt":"2021-10-07T20:00:18","slug":"les-parents-face-au-risque-de-la-violence-des-enfants-et-des-adolescents","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/les-parents-face-au-risque-de-la-violence-des-enfants-et-des-adolescents\/","title":{"rendered":"Les parents face au risque de la violence des enfants et des adolescents"},"content":{"rendered":"\n<p>La violence semble avoir envahi depuis quelques ann\u00e9es le champ de notre vie, que ce soit dans les images (films, spots t\u00e9l\u00e9visuels, jeux vid\u00e9os, bandes dessin\u00e9es), dans le langage (les dialogues entendus entre les jeunes, mais aussi entre les adultes en col\u00e8re en t\u00e9moignent), dans la musique (contemporaine, rap, funk), dans le sport (avec ou sans dopage, la violence a pris le pas sur l\u2019agressivit\u00e9), dans de nombreuses situations de comp\u00e9tition o\u00f9 il semble que tous les moyens sont bons pour l\u2019emporter sur l\u2019adversaire (y compris dans le monde politique o\u00f9 des d\u00e9lits en tous genres font l\u2019objet de proc\u00e9dures judiciaires), sans parler de la violence des banlieues, ni celle que l\u2019on rencontre dans les transports en commun. Serions-nous entr\u00e9s dans une erre nouvelle faite de violence, reposant sur une absence d\u2019\u00e9thique, une violence fratricide&nbsp;? Aurions-nous perdu notre capacit\u00e9 \u00e0 vivre ensemble&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de ce probl\u00e8me complexe ne saurait \u00eatre trait\u00e9e rapidement. C\u2019est pourquoi je proposerai dans ce texte de n\u2019en examiner qu\u2019un aspect, partiel donc, mais particuli\u00e8rement important, puisqu\u2019il concerne les parents face au risque de la survenue de la violence des enfants et des adolescents. Probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9cessitant une r\u00e9flexion globale, mais aussi probl\u00e8me familial, impliquant des individus dans le rapport qu\u2019ils entretiennent \u00e0 la parent\u00e9, la filiation, la transmission. Mais, tout d\u2019abord, qu\u2019est-ce que la violence?<\/p>\n\n\n\n<p>La violence est l\u2019exercice de la force en d\u00e9pit de quelqu\u2019un ou de quelque chose, ce qui donnera l\u2019id\u00e9e de soumettre quelqu\u2019un, mais aussi celle de s\u2019ouvrir un chemin. En d\u00e9pla\u00e7ant ainsi le sens du mot violence vers l\u2019usage de la force par contrainte, l\u2019\u00e9tymologie nous permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 qui montre la vie comme un combat pour la survie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour J. Bergeret<sup>1<\/sup>, la violence est l\u2019expression d\u2019une difficult\u00e9 identificatoire primaire narcissique, qui ne s\u2019int\u00e9resse qu\u2019au sujet et \u00e0 sa conservation. C\u2019est dans ce sens que l\u2019on peut la qualifier de fondamentale. L\u2019agressivit\u00e9 vise \u00e0 d\u00e9truire l\u2019objet, elle est li\u00e9e \u00e0 l\u2019ambivalence affective, alors que la violence est pr\u00e9ambivalente, non sexualis\u00e9e. Lorsque la violence se sexualise, elle conduit \u00e0 la perversion sadomasochiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette violence est une part de l\u2019\u00e9nergie pulsionnelle, le carburant du moteur, dit J. Bergeret. Cette \u00e9nergie pulsionnelle se met au service du travail de liaison des pulsions, et son \u00e9laboration permet d\u2019int\u00e9grer les exigences contradictoires \u00e9manant de la r\u00e9alit\u00e9 interne (principe de plaisir) et de la r\u00e9alit\u00e9 externe (principe de r\u00e9alit\u00e9)<sup>2<\/sup>. Mais parfois, la violence se met au service de la d\u00e9liaison pulsionnelle, elle tend alors vers la destructivit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la pulsion de mort, d\u00e9sintriqu\u00e9e de la libido \u00e9rotique. Cette destructivit\u00e9 devient le moteur des conduites psychopathiques<sup>3<\/sup>. La violence se traduit par un investissement exclusif de la haine qui se d\u00e9lie de l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La violence, \u00e0 l\u2019origine du vivant<\/h2>\n\n\n\n<p>La violence est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la Bible: la Gen\u00e8se, le combat de Job, le sacrifice d\u2019Abraham\u2026 Dans le Livre de l\u2019origine, Dieu n\u2019est pas tendre. La violence semble \u00eatre le prix \u00e0 payer pour gagner le paradis, pour respecter l\u2019Alliance entre Dieu et le Peuple Elu. Sysiphe ne nous donne-t-il pas \u00e0 voir une autre forme de violence dans cette condition humaine o\u00f9 c\u2019est l\u2019absurde qui nous guide&nbsp;? L\u2019absence de sens dans l\u2019existence n\u2019est-elle pas une infinie violence&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s primitives, la cruaut\u00e9 est int\u00e9gr\u00e9e dans les rituels o\u00f9 la violence se met au service du lien social. La violence est alors n\u00e9cessaire pour que l\u2019ordre social subsiste au-del\u00e0 de toute violence individuelle. Dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes, la cruaut\u00e9 devient anormalit\u00e9 parce qu\u2019elle est coup\u00e9e de sa signification rituelle, elle n\u2019est plus li\u00e9e \u00e0 la dimension collective, violence et plaisir se disjoignent. Pour G. Lipovetsky, la cruaut\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s primitives ne vient pas d\u2019une absence de refoulement, mais provient du fait que l\u2019individu n\u2019a pas d\u2019existence reconnue comme autonome. Il s\u2019oppose, en cela au moins, \u00e0 la position de S. Freud, qui, comme nous le verrons, fonde la culture sur le renoncement \u00e0 l\u2019exercice de la violence de l\u2019un sur l\u2019ensemble du groupe<sup>4<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>G. Lipovetsky note la baisse du nombre des peines capitales (suppression de cette peine, dans de nombreux pays), celle du nombre des infanticides, surtout depuis la l\u00e9gislation sur l\u2019avortement et les progr\u00e8s d\u00e9cisifs en mati\u00e8re de contraception f\u00e9minine et, enfin, celle des ch\u00e2timents corporels. Cette baisse de la violence traduirait, pour G. Lipovetsky, le fait que les individus ont de plus en plus de relations d\u2019indiff\u00e9rence avec les autres et qu\u2019ils cherchent de plus en plus \u00e0 d\u00e9velopper leurs propres int\u00e9r\u00eats. Si l\u2019interpr\u00e9tation reste ouverte, la recension des faits est l\u00e0: notre rapport \u00e0 la violence change en m\u00eame temps que l\u2019expression de la violence se transforme.<\/p>\n\n\n\n<p>La dissolution du lien social condamne l\u2019homme moderne soit \u00e0 renoncer \u00e0 l\u2019exercice de la violence en int\u00e9grant les valeurs s\u00e9curitaires et consum\u00e9ristes de la soci\u00e9t\u00e9 marchande, soit \u00e0 y avoir recours pour revendiquer sa part. Cette \u00e9volution rend manifeste la vacuit\u00e9 des signes, le vide de sens de la soci\u00e9t\u00e9 moderne. L\u2019\u00e9tat accapare le monopole de la violence physique par police et arm\u00e9e interpos\u00e9es, \u00f4tant ainsi au sujet le droit priv\u00e9 d\u2019exercice de la violence. Si certains aspects de la position de G. Lipovetsky se rapprochent de l\u2019ana -lyse de G. Sorel, c\u2019est pour d\u00e9noncer l\u2019individualisme de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde des images qui a envahi notre culture n\u2019est-il pas hyper violent, comme le soutient O. Mongin?<sup>5<\/sup> Pour cet auteur, la violence vient de nulle part et de partout. Elle n\u2019est plus affaire d\u2019exp\u00e9rience (personnelle), elle ne se situe plus dans le cadre qui la contenait (la guerre notamment, mais aussi le code d\u2019honneur). Il rejoint en cela l\u2019analyse de G. Lipovetsky. La violence est d\u2019autant plus pr\u00e9sente dans l\u2019image qu\u2019elle est rejet\u00e9e de la vie r\u00e9elle. Si l\u2019on suit cet auteur, peut-on dire alors que la violence est l\u2019expression d\u2019une exp\u00e9rience de d\u00e9subjectivation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La violence est-elle une affirmation de soi au d\u00e9triment d\u2019autrui, un \u00e9vitement de la douleur et une recherche active du plaisir, comme l\u2019\u00e9voque H. Atlan<sup>6<\/sup>, une gratification c\u00e9r\u00e9brale, comme le proposent les neuro-biologistes? Pour A. Bourguignon<sup>7<\/sup>, en \u00e9tablissant le meurtre et la violence dans son esp\u00e8ce, l\u2019homme s\u2019est plac\u00e9 en dessous de l\u2019animal. C\u2019est seulement chez l\u2019homme que l\u2019on trouve le meurtre intrasp\u00e9cifique collectif. Pour A. Bourguignon, il n\u2019y a pas de pulsion de destruction inn\u00e9e, mais les comportements de violence \u00ab&nbsp;prennent racine dans les circonstances qui pr\u00e9sident au d\u00e9veloppement et \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des individus&nbsp;\u00bb. Pour cet auteur, on peut d\u00e9velopper des dispositions \u00e0 r\u00e9agir violemment si l\u2019on se sent menac\u00e9. Pour lui, l\u2019agressivit\u00e9 peut \u00eatre ma\u00eetris\u00e9e parce qu\u2019elle est construite, elle s\u2019acquiert par l\u2019\u00e9ducation.<br>Cet aper\u00e7u \u00e9tymologique \u00e9t historique permet de mettre en \u00e9vidence la polys\u00e9mie du terme \u00ab&nbsp;violence&nbsp;\u00bb. Le mot nous fait retrouver l\u2019id\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>d\u2019un abus et d\u2019un exc\u00e8s, viol, attaque ill\u00e9gitime, intrusive, emploi de la force brutale qui contraint ou menace autrui (et son intimit\u00e9), et qui s\u2019opposerait \u00e0 la libert\u00e9;<\/li><li>d\u2019une force vitale, li\u00e9e \u00e0 la vie, \u2013 y compris \u00e0 la vie sociale \u2013, d\u2019une puissance qui, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019individu, fait de l\u2019humain un homme fort, et, du c\u00f4t\u00e9 de la communaut\u00e9, donne \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 la qualit\u00e9 de ma\u00eetriser (ou sanctionner) l\u2019abus ou l\u2019exc\u00e8s d\u2019une violence exerc\u00e9e contre elle-m\u00eame ou contre un de ses membres.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9finition montre que le risque de la violence est un risque li\u00e9 \u00e0 la vie m\u00eame. Le caract\u00e8re biface de la violence (force et destructivit\u00e9) indique aussi la n\u00e9cessit\u00e9 de transformer la violence, de la mettre au service de la communaut\u00e9 dans le lien social, la cr\u00e9ativit\u00e9. Lorsque la violence se met au service de l\u2019individu pr\u00e9occup\u00e9 de la recherche d\u2019une satisfaction personnelle, elle g\u00e9n\u00e8re la destructivit\u00e9.<br>Le r\u00f4le des parents et des adultes appara\u00eet, d\u00e8s lors, primordial dans la r\u00e9gulation de la violence vitale qui se manifeste chez les enfants et les adolescents, pour garantir la pacification de cette \u00e9nergie n\u00e9cessaire \u00e0 la vie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une rupture d\u2019\u00e9quilibre<\/h2>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on consid\u00e8re la violence comme \u00e9tant inh\u00e9rente au principe de toute vie, force est de constater qu\u2019elle provoque un d\u00e9s\u00e9quilibre, une rupture dans la stabilit\u00e9 de l\u2019organisation de la vie psychique. La stabilit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me de relation peut \u00eatre dynamique dans son \u00e9quilibre. Un couple m\u00e8re-enfant, par exemple, pr\u00e9sente souvent cette caract\u00e9ristique de stabilit\u00e9, de permanence, sans pour autant \u00eatre fig\u00e9, immobile, statique. C\u2019est ce que l\u2019on observe dans l\u2019accordage affectif, d\u00e9crit par D. Stern<sup>8<\/sup>, qui permet \u00e0 l\u2019enfant et \u00e0 sa m\u00e8re de s\u2019adapter harmonieusement et mutuellement. Pour qu\u2019une relation soit vivante, il est n\u00e9cessaire que les \u00e9quilibres trouv\u00e9s en son sein soient dynamiques, qu\u2019il puisse y avoir du mouvement, des changements, sans pour autant que le sentiment de s\u00e9curit\u00e9 et de stabilit\u00e9 s\u2019en trouve menac\u00e9. La violence ne s\u2019oppose pas \u00e0 la stabilit\u00e9 des relations (principe d\u2019hom\u00e9ostasie), mais \u00e0 leur immobilit\u00e9, \u00e0 leur inertie (principe de Nirvana).<\/p>\n\n\n\n<p>La violence s\u2019oppose \u00e0 une r\u00e9action de l\u2019autre, qui est v\u00e9cue comme radicalement mena\u00e7ante, et se manifeste de fa\u00e7on telle qu\u2019elle outrepasse la r\u00e9alit\u00e9 de la menace ou bien qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le un degr\u00e9 de dangerosit\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de la dite menace. La force de r\u00e9action d\u00e9borde, bascule dans la d\u00e9mesure et devient le signe d\u2019une atteinte, voire d\u2019une blessure. La violence r\u00e9v\u00e8le la fragilit\u00e9 narcissique du sujet dans la mesure o\u00f9 la r\u00e9ponse violente se produit face \u00e0 une attaque suppos\u00e9e et qu\u2019elle exc\u00e8de le registre dans lequel semblait se tenir la situation. La violence marque par cet exc\u00e8s la rupture radicale avec le <em>statu quo ante<\/em>. La violence serait ainsi le signe du d\u00e9passement des limites implicites de l\u2019aire dans laquelle se tient le jeu des rapports humains, le signe de l\u2019impossible maintien du sujet dans ces limites habituelles, et dans la juste distance \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette violence in\u00e9laborable qui emp\u00eache le conflit de se nouer peut s\u2019entendre comme celle du sujet, visant \u00e0 sa pr\u00e9servation. Elle pourrait \u00eatre per\u00e7ue comme une d\u00e9fense du sujet face \u00e0 une menace dont il se sentirait la victime potentielle ou r\u00e9elle.<br>La violence n\u2019est donc pas le fruit d\u2019un conflit, mais une r\u00e9action instinctive de survie (pas une int\u00e9riorisation, mais plut\u00f4t une ext\u00e9riorisation). Alors que le conflit se noue dans la rencontre de forces antagonistes, la violence, elle, est l\u2019expression d\u2019une r\u00e9ponse face \u00e0 une menace vitale, r\u00e9ponse visant \u00e0 pr\u00e9server l\u2019int\u00e9grit\u00e9 narcissique d\u2019un sujet se sentant menac\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Violente adolescence<\/h2>\n\n\n\n<p>La violence est d\u2019abord rep\u00e9r\u00e9e comme comportement avant d\u2019\u00eatre per\u00e7ue, \u2013 mais peut-il en \u00eatre autrement&nbsp;? \u2013, comme un \u00e9prouv\u00e9. En effet, la violence est toujours celle de l\u2019autre et, \u00e0 ce titre, ne renvoie que rarement \u00e0 un ressenti personnel. C\u2019est parce qu\u2019elle est appr\u00e9hend\u00e9e comme une attitude, un comportement, que la violence a fait surtout l\u2019objet de travaux de la part de sociologues, d\u2019\u00e9ducateurs, de p\u00e9dagogues, avant de devenir un objet de recherches psychanalytiques. La violence devient un objet d\u2019\u00e9tude pour la psychanalyse \u00e0 partir du moment o\u00f9 la psychanalyse s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019adolescence, plus particuli\u00e8rement \u00e0 la psychopathologie de l\u2019adolescence.<\/p>\n\n\n\n<p>La violence du vivant est, pour l\u2019adolescent, celle qui vient en r\u00e9ponse \u00e0 la violence de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pubertaire. Cet \u00e9v\u00e9nement pubertaire est une effraction<sup>9<\/sup> qui menace le moi:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>du dehors par un corps v\u00e9cu comme \u00ab&nbsp;ext\u00e9rieur&nbsp;\u00bb, \u00e9ventuellement pers\u00e9cuteur, comme un objet externe, dans un sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9, et non comme un moi-corps unifi\u00e9. Ce corps est alors non repr\u00e9sent\u00e9, non \u00e9labor\u00e9, non int\u00e9gr\u00e9 dans le sentiment d\u2019une continuit\u00e9 d\u2019existence. Il menace l\u2019unit\u00e9 narcissique du sujet par les excitations qu\u2019am\u00e8ne la pubert\u00e9 et face auxquelles le sujet se sent d\u00e9muni, d\u00e9bord\u00e9, situant dans un \u00ab&nbsp;non-lieu-psychique&nbsp;\u00bb cette source d\u2019excitations non mentalis\u00e9es.<\/li><li>du dedans par sa libido, l\u2019\u00e9quilibre psychique \u00e9tant ainsi potentiellement mis en danger, avec le risque d\u2019une r\u00e9alisation des fantasmes \u0153dipiens pubertaires.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescence est source de tous les dangers, comme elle est source de tous les possibles, de toutes les cr\u00e9ativit\u00e9s. Mais, le \u00ab&nbsp;remake&nbsp;\u00bb du sc\u00e9nario \u0153dipien infantile, pour reprendre l\u2019expression d\u2019A. Birraux, potentialise les risques de passage \u00e0 l\u2019acte, les risques d\u2019un recours \u00e0 l\u2019agir qui trouve son origine dans la puissance, voire la violence des remaniements pubertaires. Le terme anglais \u00ab&nbsp;remake&nbsp;\u00bb signifie dans notre langue \u00ab&nbsp;reprise modifi\u00e9e, transform\u00e9e, d\u2019une \u0153uvre originale&nbsp;\u00bb, et traduit assez bien ce travail mutatif du pubertaire qui prend sa source dans le v\u00e9cu infantile \u0153dipien.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pubertaire est violent en ce qu\u2019il soumet l\u2019adolescent \u00e0 un bombardement psychique qui s\u2019av\u00e8re traumatique, comme le bombardement peut l\u2019\u00eatre pendant la guerre pour le soldat traumatis\u00e9. Ce bombardement, l\u2019effraction pubertaire, fait violence \u00e0 l\u2019enfant devenu pub\u00e8re, et d\u00e9clenche en lui une r\u00e9action n\u00e9vrotique d\u2019un type analogue \u00e0 la n\u00e9vrose de guerre que peut conna\u00eetre le soldat. Pour l\u2019adolescent, il s\u2019agira d\u2019une n\u00e9vrose traumatique, o\u00f9 la violence s\u2019entend comme \u00e9tant celle de l\u2019effraction pubertaire (violence de la sexualisation du corps, qui \u00e9branle le corps d\u2019enfant<sup>10<\/sup>), et comme celle de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pubertaire. Le processus d\u2019adolescence aura, lui, pour fonction d\u2019\u00e9laborer ce traumatisme, en le n\u00e9vro-tisant. La violence survient, \u00e0 l\u2019adolescence, lorsque le travail de sublimation est absent, en panne, en souffrance, l\u2019activit\u00e9 repr\u00e9sentative \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les fantasmes pubertaires \u00e9tant non contenue. En effet, quand le processus d\u2019adolescence ne peut n\u00e9vrotiser l\u2019afflux d\u2019excitations pubertaires, le processus se met en panne dans sa fonction d\u2019\u00e9laboration de la violence pubertaire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le recours \u00e0 l\u2019agir<\/h2>\n\n\n\n<p>Lorsque cette violence ne peut \u00eatre \u00e9labor\u00e9e, elle aura tendance \u00e0 \u00eatre agie. Le recours \u00e0 l\u2019agir est \u00e0 la fois une d\u00e9fense contre l\u2019angoisse et une voie potentielle d\u2019\u00e9laboration de la pens\u00e9e par la mise hors de soi des objets destructeurs. L\u2019autre devient objet involontaire d\u2019\u00e9tayage d\u2019une subjectivit\u00e9 qui ne s\u2019int\u00e9riorise pas, ou pas encore. La violence \u00e0 l\u2019adolescence traduit une d\u00e9tresse et une difficult\u00e9 dans le processus de subjectivation dont le passage par l\u2019acte constituerait une tentative de solution, une recherche d\u2019apaisement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9placement de la criminalit\u00e9 contre les personnes vers celle contre les biens s\u2019observe depuis le XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et ce mouvement se poursuit encore aujourd\u2019hui. En effet, les donn\u00e9es statistiques les plus r\u00e9centes font \u00e9tat d\u2019une augmentation sensible de la d\u00e9linquance concernant les attaques contre les biens, essentiellement des vols, qui constituent environ 80&nbsp;% des d\u00e9lits commis par les adolescents, et une nette diminution des attaques contre les personnes<sup>11<\/sup>. L\u2019adolescent d\u00e9linquant pourrait \u00eatre compris comme quelqu\u2019un qui recherche le plaisir d\u2019essence narcissique pour soustraire l\u2019appareil psychique aux exigences du travail de liaison et de repr\u00e9sentation, parce que les effets des traumatismes primaires continueraient \u00e0 se faire sentir dans l\u2019actuel. Cela nous am\u00e8ne de nouveau \u00e0 consid\u00e9rer que le recours \u00e0 l\u2019agir destructeur d\u2019objet serait une d\u00e9fense contre ces effets du traumatisme \u2013 agir pour lutter contre la menace de l\u2019effondrement \u2013, tout en permettant au sujet de poursuivre, \u00e0 certaines conditions, une vie de relation.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la mesure o\u00f9 l\u2019acte semble prendre la place de la parole, on est tent\u00e9 de penser que le recours \u00e0 l\u2019agir traduit une impossibilit\u00e9 de penser, de symboliser. L\u2019agir serait per\u00e7u comme op\u00e9rant une sorte de trou\u00e9e dans l\u2019appareil psychique, ne permettant pas d\u2019\u00e9laboration. Mais ne conviendrait-il pas davantage de situer l\u2019agir comme une tentative de symbolisation qui, pour s\u2019effectuer, devrait passer par sa r\u00e9alisation, plut\u00f4t que par le refoulement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la solidit\u00e9 des bases narcissiques de l\u2019adolescent, celle des \u00e9tayages narcissiques de l\u2019enfance sur les objets externes<sup>12<\/sup> \u2013 \u00e9tayages li\u00e9s aux interactions pr\u00e9coces, \u00e0 l\u2019introjection d\u2019exp\u00e9riences suffisamment bonnes et d\u2019images parentales s\u00e9curisantes, protectrices et r\u00e9paratrices \u2013, qui permet habituellement l\u2019\u00e9laboration de cette violence. En effet, ces \u00e9tayages permettent au moi de se constituer en explorant les capacit\u00e9s \u00e9motionnelles du sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la violence est d\u2019origine traumatique, et \u00e0 l\u2019adolescence elle l\u2019est, son d\u00e9passement n\u00e9cessite une mise en r\u00e9cit comme perspective de reconstruction subjectale. Le temps pour dire se substituant au temps de l\u2019action, la parole cr\u00e9ant des liens associatifs qui reconstituent la trame sur laquelle va pouvoir se reprendre une histoire. L\u2019histoire de ce r\u00e9cit, objet du lien \u00e0 l\u2019autre (souvent un ami, un fr\u00e8re, parfois, mais plus rarement un parent) devient le temps fort de cette reconstruction, comme une histoire dans l\u2019Histoire. Ainsi parler, parler de soi \u00e0 un autre, redonne la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9prouver, de retrouver les \u00e9motions parfois li\u00e9es au premier temps du traumatisme. La violence de l\u2019adolescence d\u00e9couvre la fragilit\u00e9 narcissique de l\u2019adolescent, qui est mise \u00e0 nu. La g\u00e9nitalit\u00e9 oriente l\u2019investis-sement vers les objets, \u00e0 la recherche de signifiants qui pourraient donner sens \u00e0 cette exp\u00e9rience insens\u00e9e. Si la pubert\u00e9 blesse le narcissisme de l\u2019enfant devenu pub\u00e8re, la \u00ab&nbsp;sensorialit\u00e9 adolescente&nbsp;\u00bb est \u00e0 mettre en mots, comme la m\u00e8re le faisait, en tant que porte parole de l\u2019enfant, \u00e0 un moment o\u00f9 il ne lui \u00e9tait pas possible d\u2019inventer seul le sens des situations, souvent traumatiques, qu\u2019il vivait. L\u2019\u00e9v\u00e9nement pubertaire est donc bien exc\u00e8s, exc\u00e8s de sens, (entendons \u00e0 la fois sensorialit\u00e9 et signification), exc\u00e8s de sensations qui \u00e0 ce titre constitue un v\u00e9ritable traumatisme \u00e0 \u00e9laborer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le r\u00f4le de l\u2019environnement<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9laboration psychique de la violence qui fait irruption au moment de la pubert\u00e9 implique \u00e9galement la capacit\u00e9 de l\u2019environnement \u00e0 supporter les attaques destructrices des adolescents<sup>13<\/sup> et \u00e0 leur offrir un contenant qui leur donne les rep\u00e8res pour d\u00e9passer leur propre agressivit\u00e9. D\u00e9truire semble alors n\u00e9cessaire pour se s\u00e9parer (psychiquement), mais r\u00e9parer, pardonner, est aussi une n\u00e9cessit\u00e9 pour continuer \u00e0 vivre. C\u2019est l\u00e0 que les parents jouent un r\u00f4le fondamental et irrempla\u00e7able dans cette \u00e9laboration souvent difficile de la violence adolescente. Les parents doivent \u00e0 leur tour survivre aux attaques destructrices des adolescents, comme nous l\u2019a sugg\u00e9r\u00e9 D.W. Winnicott, pour que ces derniers puissent surmonter la culpabilit\u00e9 qu\u2019entra\u00eene leur propre \u00e9nergie destructrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque les parents sont attaqu\u00e9s par leurs adolescents, s\u2019ils se sentent menac\u00e9s, ils induisent le sentiment que ces attaques sont irr\u00e9parables, ce qui augmente sensiblement la culpabilit\u00e9 inconsciente des adolescents. On observe ce ph\u00e9nom\u00e8ne chez les parents battus qui ne peuvent contenir la destructivit\u00e9 de leurs enfants et qui, par leur effondrement, l\u2019encouragent. Cette position parentale masque l\u2019impossibilit\u00e9 pour ces adultes \u00e0 s\u2019identifier \u00e0 une fonction parentale. La violence de l\u2019adolescent exprime dans ce cas celle que les parents n\u2019ont pu manifester \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leurs propres parents. La violence de l\u2019adolescent vise les grand-parents (le plus souvent paternels), comme si l\u2019op\u00e9ration symbolique du meurtre du p\u00e8re n\u2019avait pas eu lieu \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente, comme si la violence pubertaire des parents n\u2019avait pu ni s\u2019exprimer ni s\u2019\u00e9laborer. La violence de l\u2019adolescent comm\u00e9more en l\u2019agissant, en la rendant manifeste, celle que les parents n\u2019ont pu vivre \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leurs propres parents. En agressant leurs parents, ces adolescents cherchent \u00e0 explorer une voie diff\u00e9rente que celle que leurs parents ont emprunt\u00e9e. Ils reprennent \u00e0 leur fa\u00e7on la question insuffisamment \u00e9labor\u00e9e psychiquement par leurs parents, esp\u00e9rant peut-\u00eatre rencontrer chez eux un soutien narcissique dans leur expression violente, signe de leur capacit\u00e9 \u00e0 les affronter, ce que les parents n\u2019avaient pas pu faire avec leurs propres parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Les objets externes, les parents notamment, ont donc une importance de premier plan. Supports de l\u2019op\u00e9ration de qu\u00eate de sens d\u2019un v\u00e9cu d\u00e9personnalisant, ils sont aussi objets de projection de la haine n\u00e9cessaire \u00e0 la constitution d\u2019un espace de pens\u00e9e autonome. On ne s\u2019\u00e9tonnera donc pas qu\u2019ils soient fortement sollicit\u00e9s et souvent \u00e9branl\u00e9s dans le double registre de leur r\u00f4le de soutien narcissique de l\u2019adolescent d\u2019une part et de celui de cible de son agressivit\u00e9, d\u2019autre part. La violence de l\u2019adolescent les visera d\u2019autant plus que les espaces de pens\u00e9e seront confondus. Cette confusion a des cons\u00e9quences dans la mesure o\u00f9 le v\u00e9cu fantasmatique de l\u2019adolescent rencontre une sorte de r\u00e9alit\u00e9 avec l\u2019effondrement d\u00e9pressif des parents, leur \u00e9tat de d\u00e9tresse, ou leur contre-violence. Avoir pu exp\u00e9rimenter la col\u00e8re parentale, la fonction de limite et de pare-excitations qu\u2019elle peut repr\u00e9senter, offre \u00e0 l\u2019enfant (et \u00e0 l\u2019adolescent) la meilleure chance de pouvoir \u00e0 son tour contenir sa propre violence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soutien narcissique parental constitue en effet le meilleur moyen pour permettre aux adolescents de lutter efficacement contre leur propre tendance \u00e0 la destruction, contre les projections parano\u00efaques. Mais ce soutien narcissique parental inclue la capacit\u00e9 des parents \u00e0 offrir \u00e0 leurs enfants un support \u00e0 leur agressivit\u00e9. C\u2019est ainsi que le conflit avec les objets externes peut na\u00eetre et progressivement s\u2019int\u00e9rioriser, reprenant le chemin des voies d\u2019\u00e9laboration des conflits de l\u2019enfance, puisant dans les nouvelles possibilit\u00e9s qu\u2019offre le conflit \u0153dipien pubertaire. Je souligne ici la n\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019adolescent de se confronter \u00e0 l\u2019adulte pour se construire. L\u2019art d\u2019\u00eatre parent \u00e9tant de pouvoir s\u2019offrir comme objet de r\u00e9sistance dans cette confrontation, sans y contre-r\u00e9agir, sans devenir violent \u00e0 son tour, ce qui, dans ce cas, l\u00e9gitimerait aux yeux de l\u2019adolescent lui-m\u00eame une violence qui ne saurait l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il arrive, comme dans le cas des parents qui ne peuvent r\u00e9sister \u00e0 la violence de leurs enfants, que les adultes ne parviennent pas \u00e0 adopter cette position de soutien narcissique. Dans ces cas, les parents (ou \u00e9ducateurs) contre-r\u00e9agissent \u00e0 la violence de l\u2019adolescent, d\u00e9missionnent, ne pouvant soutenir la confrontation avec lui. Parfois aussi, ils ont peur face \u00e0 cette violence. Quelques soient les raisons qui conduisent ces adultes \u00e0 ne pas pouvoir occuper cette position de soutien, il convient qu\u2019ils puissent reconna\u00eetre la limite qu\u2019ils ont atteint et qu\u2019ils acceptent aussi de demander de l\u2019aide \u00e0 des tiers dont c\u2019est le m\u00e9tier, dont c\u2019est la comp\u00e9tence. Reconna\u00eetre sa limite vaut mieux que de se cacher \u00e0 soim\u00eame la difficult\u00e9. En ayant recours \u00e0 l\u2019aide d\u2019un tiers, l\u2019adulte pourra ainsi aider en retour l\u2019adolescent. Dans ces conditions, la fonction de soutien narcissique parental peut continuer \u00e0 s\u2019exercer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La fonction maternelle int\u00e9rioris\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p>La violence ordinaire contenue dans un corps pub\u00e8re changeant, se m\u00e9tamorphosant, va \u00eatre progressivement assimil\u00e9e par l\u2019adolescent gr\u00e2ce \u00e0 ce que l\u2019on pourrait appeler la fonction maternelle int\u00e9rioris\u00e9e, fonction qui lui permet de proc\u00e9der \u00e0 un \u00ab&nbsp;accordage adolescent&nbsp;\u00bb pour int\u00e9grer le corps pub\u00e8re en lui, dans une nouvelle unit\u00e9 psych\u00e9-soma. Cet accordage adolescent \u00e9tablit une distance harmonieuse, comme l\u2019accordage affectif du couple m\u00e8re\/enfant. Mais, \u00e0 l\u2019adoles-cence, le mouvement n\u2019est plus dans la prise de distance, dans l\u2019\u00e9loignement m\u00e8re\/enfant, mais dans le rapprochement, l\u2019unification ou l\u2019int\u00e9gration. Ce mouve-ment de (r\u00e9)int\u00e9gration du corps pub\u00e8re s\u2019accomplit malgr\u00e9 la violence qui lui est attribu\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 la fonction maternelle a pu \u00eatre int\u00e9rioris\u00e9e dans l\u2019enfance. Cette fonction offre \u00e0 l\u2019adoles-cent, au moment de l\u2019effraction pubertaire, les moyens d\u2019accompagner psychiquement cette mutation physiologique, dont la violence est, en elle-m\u00eame, source de traumatisme. Cette fonction d\u2019int\u00e9gration de la nouveaut\u00e9 pubertaire, si violente soit-elle, permet donc habituellement la r\u00e9appropriation de l\u2019objet g\u00e9nital (le corps pub\u00e8re). La violence de l\u2019effraction est ainsi m\u00e9tabolis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la fonction maternelle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 int\u00e9rioris\u00e9e dans l\u2019enfance, du fait d\u2019un \u00ab&nbsp;traumatisme par carence&nbsp;\u00bb, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les assises narcissiques, fragiles, sont attaqu\u00e9es par la violence de l\u2019objet g\u00e9nital, le mouvement de r\u00e9appropriation du corps pub\u00e8re est contrari\u00e9, voire entrav\u00e9. La violence de l\u2019effraction pubertaire n\u2019est ni endigu\u00e9e, ni \u00e9labor\u00e9e&nbsp;; le traumatisme pubertaire ordinaire devient pathologique, la violence attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019objet g\u00e9nital continuant \u00e0 s\u2019exercer dans des attaques mena\u00e7antes. L\u2019adolescent vit son propre corps comme un pers\u00e9cuteur qu\u2019il faut tenir \u00e0 distance, au prix de clivages et de d\u00e9nis, semblables \u00e0 ceux que l\u2019on observe dans la clinique des anorexies mentales. L\u2019influence de l\u2019objet est telle que l\u2019adolescent doit parfois recourir \u00e0 une contreviolence, dont les conduites automutilantes offrent une bonne illustration. L\u2019objet g\u00e9nital demeure un ennemi dont la violence justifie celle que l\u2019adolescent d\u00e9ploie pour tenter de la contrer. Ce qui est, un peu trop rapidement peut-\u00eatre, qualifi\u00e9 d\u2019autodestruction s\u2019inscrit dans un mouvement d\u2019autod\u00e9fense. Le travail d\u2019\u00e9laboration de la violence li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement pubertaire, confronte l\u2019adolescent \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une interpr\u00e9tation. Il se fait interpr\u00e8te en qu\u00eate de sens, comme dirait P. Aulagnier, devant puiser dans son exp\u00e9rience infantile pour trouver les ressources suffisantes \u00e0 cette op\u00e9ration symbolisante.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La violence intra familiale du parricide au fratricide<sup>14<\/sup><\/h2>\n\n\n\n<p>Pour S. Freud<sup>15<\/sup>, le meurtre fondateur de la culture est un parricide, \u2013 la famille trouvant son origine dans ce meurtre \u2013. Mais le premier crime sanglant dans l\u2019histoire du monde, du moins telle qu\u2019elle est rapport\u00e9e dans le Livre de la Gen\u00e8se, est un fratricide. Ca\u00efn tue Abel, son fr\u00e8re cadet, sans un mot&nbsp;; acte furieux, acte de jalousie. Abel meurt, sans un mot, victime innocente. C\u2019est un dialogue de sourds! Le sc\u00e9nario se grave dans la m\u00e9moire de l\u2019homme comme s\u2019il y avait d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la haine et de l\u2019autre l\u2019amour. La haine, c\u2019est toujours celle de l\u2019autre, comme la violence&nbsp;; l\u2019innocence, c\u2019est toujours la sienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ca\u00efn et son fr\u00e8re Abel sont les deux premiers vrais humains, enfants d\u2019humains et non cr\u00e9atures \u00ab&nbsp;directes&nbsp;\u00bb de Dieu. Ils symbolisent la n\u00e9cessaire imperfection de l\u2019homme, son c\u00f4t\u00e9 boiteux (souvenir de la lutte de Jacob avec l\u2019Ange), ils rappellent la faute des parents, marqu\u00e9e du d\u00e9sir, de l\u2019envie. Ce sont Ca\u00efn et Abel qui ont fait d\u2019Adam et d\u2019\u00c8ve des parents, des \u00eatres qui ne mangent pas des fruits de l\u2019Arbre (litt\u00e9ralement, qui ne tuent pas leurs enfants, le fruit de leur descendance). \u00catre parents, c\u2019est reconna\u00eetre ses enfants, les compter, les d\u00e9nombrer, les inscrire dans le livre de la g\u00e9n\u00e9alogie. Adam et \u00c8ve marquent la coupure d\u2019avec l\u2019avant, temps du paradis, perdu mais \u00e0 venir, \u00e0 retrouver. Temps mythique de l\u2019Eden, \u00e2ge d\u2019or dont il ne reste que le r\u00e9cit parental et qui \u00e9chappe au temps dans lequel vivent les enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Yahv\u00e9 dit \u00e0 Ca\u00efn&nbsp;: \u00ab&nbsp;O\u00f9 est ton fr\u00e8re Abel&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il r\u00e9pondit: \u00ab&nbsp;Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon fr\u00e8re&nbsp;?&nbsp;\u00bb Yahv\u00e9 reprit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019as-tu fait&nbsp;! \u00c9coute le sang de ton fr\u00e8re crier vers moi du sol&nbsp;! Maintenant, sois maudit et chass\u00e9 du sol fertile qui a ouvert la bouche pour recevoir de ta main le sang de ton fr\u00e8re. Si tu cultives le sol, il ne te donnera plus son produit&nbsp;: tu seras un errant parcourant la terre&nbsp;\u00bb. Alors Ca\u00efn dit \u00e0 Yahv\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ma peine est trop lourde \u00e0 porter. Vois! tu me bannis aujourd\u2019hui du sol fertile, je devrai me cacher loin de ta face et je serai un errant parcourant la terre&nbsp;: mais, le premier venu me tuera&nbsp;!&nbsp;\u00bb Yahv\u00e9 lui r\u00e9pondit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Aussi bien, si quelqu\u2019un tue Ca\u00efn, on le vengera sept fois&nbsp;\u00bb, et Yahv\u00e9 mit un signe sur Ca\u00efn, afin que le premier venu ne le frappe point. Ca\u00efn se retira de la pr\u00e9sence de Yahv\u00e9 et s\u00e9journa au pays du Nord, \u00e0 l\u2019orient d\u2019Eden.<sup>16<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 l\u2019Est d\u2019\u00c9den, l\u00e0 o\u00f9 d\u00e9sormais Ca\u00efn est condamn\u00e9 \u00e0 vivre, qu\u2019Elia Kazan<sup>17<\/sup> campe l\u2019histoire de deux fr\u00e8res, un bon et un maudit, en lutte fratricide. James Dean incarne le r\u00f4le \u00ab&nbsp;d\u2019un fils qui tente de faire plaisir \u00e0 son p\u00e8re qui le d\u00e9sapprouve&nbsp;\u00bb<sup>18<\/sup>, tandis que le \u00ab&nbsp;bon fils&nbsp;\u00bb essaie de priver son fr\u00e8re de l\u2019amour paternel. Dans cette transposition moderne, et libre, du r\u00e9cit biblique, l\u2019auteur a voulu communiquer sa sympathie pour le \u00ab&nbsp;mauvais fils&nbsp;\u00bb&nbsp;; il a voulu nous rendre sensibles au destin d\u2019un fils maudit. Le film de Kazan est un hymne \u00e0 la compassion et \u00e0 la compr\u00e9hension de la souffrance&nbsp;; il est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 tous les Ca\u00efn, \u00e0 tout ce qui, en chacun de nous, est notre part intime incarn\u00e9e par Ca\u00efn.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la Bible, la faute d\u2019Adam et \u00c8ve doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme terrible, (peut-\u00eatre s\u2019agit-il, comme nous l\u2019indiquions plus haut, de la tentation de l\u2019infanticide) puisqu\u2019elle est \u00e0 l\u2019origine de la col\u00e8re de Yahv\u00e9 et de sa d\u00e9cision de les chasser du paradis. Que dire alors de celle de Ca\u00efn, sinon qu\u2019elle est pire encore (Ca\u00efn dit \u00e0 Yahv\u00e9: \u00ab&nbsp;Ma peine (faute) est trop lourde \u00e0 porter&nbsp;\u00bb), puisqu\u2019il a commis un meurtre. Mais de qui pouvait-il apprendre la gravit\u00e9 de son geste&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La faute s\u2019installe avec l\u2019instauration des g\u00e9n\u00e9rations: les parents transmettent \u00e0 leur descendance un h\u00e9ritage mat\u00e9riel, spirituel, moral. Adam et \u00c8ve transmettent \u00e0 leurs enfants le go\u00fbt pour la possession de la terre, puisqu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s au labeur par Yahv\u00e9, et le go\u00fbt pour le culte du Cr\u00e9ateur, en souvenir du Jardin d\u2019\u00c8den, \u00e0 jamais inaccessible pour les enfants. Ils transmettent avec eux une s\u00e9rie d\u2019\u00e9nigmes qui se sont constitu\u00e9es au cours de leur propre vie sans qu\u2019ils aient pu toujours en trouver le sens. Les enfants h\u00e9ritent de ces messages \u00e9tranges qui vont gouverner leur vie et se transmettre \u00e0 leurs propres enfants. Chaque g\u00e9n\u00e9ration trouve des voies, des am\u00e9nagements, des d\u00e9buts de solution \u00e0 ces \u00e9nigmes; mais elle rencontre aussi des impasses. Dans la Bible, les grands mythes ou les l\u00e9gendes, ce sont les mal\u00e9dictions qui s\u2019abattent sur les h\u00e9ros et leur descendance, les oracles qui pr\u00e9disent le destin des enfants \u00e0 venir. Par leur caract\u00e8re magique et leur origine divine, l\u2019encha\u00eenement fatal (<em>fatum<\/em>) de ces destin\u00e9es masque souvent le fait que ce sont les humains qui organisent malgr\u00e9 eux cette fatalit\u00e9 tragique de la r\u00e9p\u00e9tition. Avant m\u00eame que ne naisse La\u00efos, p\u00e8re d\u2019\u0152dipe, les membres de sa famille (les Labdacides) se battaient entre eux. La\u00efos, en commet-tant la faute qui allait entra\u00eener sa mort, ne fait que rejouer une des sc\u00e8nes de cette trag\u00e9die qui court \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations. Le parricide d\u2019\u0152dipe est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 du v\u0153u infanticide de La\u00efos. Apr\u00e8s le double crime d\u2019\u0152dipe, ses enfants, Et\u00e9ocle et Polynice, se d\u00e9chirent entre eux dans une lutte fratricide pour la conqu\u00eate du pouvoir, perp\u00e9tuant ainsi la mal\u00e9diction proclam\u00e9e par l\u2019oracle \u00e0 l\u2019encontre de La\u00efos et de sa descendance. Racine, ne concluait-il pas la pr\u00e9face \u00e0 sa Th\u00e9ba\u00efde par ses mots: \u00ab&nbsp;je suis persuad\u00e9 que les tendresses ou les jalousies des amants ne sauraient trouver que fort peu de place parmi les incestes, les parricides et toutes les autres horreurs qui composent l\u2019histoire d\u2019\u0152dipe et de sa malheureuse famille&nbsp;\u00bb<sup>19<\/sup>.<br>Le fratricide est au fondement de la g\u00e9n\u00e9alogie, de l\u2019\u00e9tablissement des liens de filiation. R\u00e9v\u00e9lant ce qui s\u2019agit entre les enfants (adolescents sans doute plut\u00f4t qu\u2019enfants) mais qui appartient \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration des parents (v\u0153ux infanticides), le fratricide permet de penser la rivalit\u00e9 fraternelle autrement que dans le registre \u0153dipien. L\u2019agir fratricide ferait \u00e9cho \u00e0 un v\u0153u de mort inconscient \u00e9manant des parents. L\u2019interdit fondamental est peut-\u00eatre autant \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019interdit du cannibalisme que de celui de l\u2019inceste&nbsp;: tu ne mangeras pas des fruits de l\u2019arbre peut s\u2019entendre dans la Gen\u00e8se comme tu ne mangeras pas tes enfants. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s le fratricide de Ca\u00efn sur Abel que l\u2019enfant d\u2019Adam et d\u2019\u00c8ve compte pour un. Ce n\u2019est qu\u2019avec Seth que commence \u00e0 se penser une g\u00e9n\u00e9alogie humaine. Comme s\u2019il avait fallu que les g\u00e9niteurs reconnaissent que l\u2019enfant compte pour eux, pour qu\u2019ils deviennent parents et que commence enfin la g\u00e9n\u00e9alogie humaine.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Nous avons souvent tendance \u00e0 consid\u00e9rer aujourd\u2019hui que notre soci\u00e9t\u00e9 est violente. En r\u00e9alit\u00e9, le niveau de la violence que l\u2019on observe, \u2013par exemple dans le nombre de jugements et de condamnations pour crimes, coups et blessures, meurtres \u2013, est en constante diminution depuis plus d\u2019un si\u00e8cle (aujourd\u2019hui le taux de violence ainsi enregistr\u00e9 est trois fois moins \u00e9lev\u00e9 qu\u2019il y a cent ans). Notre soci\u00e9t\u00e9 est plus intol\u00e9rante \u00e0 l\u2019expression de la violence qu\u2019auparavant&nbsp;; c\u2019est vraisemblablement le prix \u00e0 payer pour notre \u00e9volution. La part qui revient \u00e0 la jeunesse dans cette d\u00e9linquance est relativement faible, m\u00eame si l\u2019on observe depuis environ une vingtaine d\u2019ann\u00e9es une l\u00e9g\u00e8re augmen-tation des d\u00e9lits et de la violence des mineurs. On notera aussi que cette violence s\u2019exerce de plus en plus t\u00f4t. Mais la d\u00e9linquance structur\u00e9e chez les mineurs est assez faible, \u00e9valu\u00e9e \u00e0 moins de 10&nbsp;% de l\u2019ensemble de la d\u00e9linquance (occasionnelle) des mineurs. C\u2019est pourquoi il convient de distinguer la violence pathologique, celle qui s\u2019exerce contre les biens et les personnes, de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9titive chez certains sujets, violence d\u00e9lictueuse pouvant entra\u00eener des cons\u00e9quences m\u00e9dico-l\u00e9gales, de la violence ordinaire, plus banale et plus fr\u00e9quente que la premi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescence est violence par la nouveaut\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pubertaire, source potentielle de traumatisme chez l\u2019adolescent. En fait, c\u2019est la sexualit\u00e9 qui fait traumatisme de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale chez l\u2019humain, l\u2019adolescence posant le probl\u00e8me d\u2019une mani\u00e8re plus bruyante. Ce caract\u00e8re traumatique peut s\u2019observer dans le nombre tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 des accidents (essentiellement de la circulation) dont sont victimes les adolescents (surtout les gar\u00e7ons). Chaque ann\u00e9e, 1 adolescent sur 4 consulte en m\u00e9decine \u00e0 la suite d\u2019un accident. Mais c\u2019est bien s\u00fbr dans les tentatives de suicide qui sont faites \u00e0 cet \u00e2ge que se mesure encore plus le caract\u00e8re traumatique de cet \u00e9v\u00e9nement pubertaire, puisqu\u2019il existe deux pics statistiquement observables en mati\u00e8re de tentative de suicide, celui de l\u2019adolescence (14-20 ans) et celui de la vieillesse (plus de 65 ans)&nbsp;; les personnes \u00e2g\u00e9es \u00ab&nbsp;r\u00e9ussissant&nbsp;\u00bb mieux leurs tentatives que les adolescents qui, eux, g\u00e9n\u00e9ralement les ratent. Facteur de traumatisme, de risque, l\u2019adolescence appara\u00eet comme une p\u00e9riode de fragilit\u00e9 particuli\u00e8rement intense sur le plan narcissique. Les attaques contre le corps propre sont nombreuses, non seulement dans les conduites suicidaires av\u00e9r\u00e9es, mais aussi dans les troubles des conduites alimentaires (anorexies \u2013 boulimies, 95&nbsp;% de ce type de pathologie concerne les adolescentes), les toxicomanies, les conduites dites \u00ab&nbsp;\u00e0 risque&nbsp;\u00bb, qui, elles, concernent davantage les gar\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9num\u00e9ration ne doit pas servir d\u2019\u00e9pouvantail&nbsp;; il ne s\u2019agit pas de \u00ab&nbsp;pathologiser&nbsp;\u00bb ce qui ne doit pas l\u2019\u00eatre. D.W. Winnicott ne disait-il pas que l\u2019adolescence est une exp\u00e9rience \u00e0 vivre&nbsp;? Il s\u2019agit plut\u00f4t ici de montrer que si violence et adolescence sont souvent associ\u00e9es, c\u2019est pour faire entendre que l\u2019adolescence est une violence qui s\u2019exerce contre les adolescents eux-m\u00eames, adolescence dont ils se sentent parfois la victime. Si l\u2019on peut admettre une telle r\u00e9alit\u00e9 psychologique, alors nous serons dans des dispositions diff\u00e9rentes vis-\u00e0-vis des adolescents, surtout dans des situations o\u00f9 le risque de l\u2019explosion de la violence agie est important. En effet, si les adultes peuvent se repr\u00e9senter les adolescents comme des personnes fragiles qui se sentent eux-m\u00eames menac\u00e9s et qui, pour se d\u00e9fendre contre ce sentiment de menace se font parfois mena\u00e7ants, la confrontation avec eux se fera sur d\u2019autres bases.<\/p>\n\n\n\n<p>Les propositions concernant la violence et son traitement vont toutes du c\u00f4t\u00e9 de la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir et d\u2019entretenir un lien de parole entre adultes et adolescents, m\u00eame dans la confrontation, dans l\u2019opposition. Cette confrontation est parfois n\u00e9cessaire, comme est n\u00e9cessaire le fait que l\u2019adolescent sente que l\u2019adulte tient bon, qu\u2019il reste \u00e0 sa place, dans le respect de son interlocuteur (respect, ma\u00eetre mot qui revient souvent chez les adolescents tent\u00e9s de recourir \u00e0 la violence pour se prot\u00e9ger contre un sentiment d\u2019injustice et de manque de consid\u00e9ration de leur position de sujet).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces propositions sont fond\u00e9es sur le fait que les adultes ont le devoir d\u2019aider leurs enfants \u00e0 passer ce cap\u00a0; les adolescents sont l\u2019avenir de la soci\u00e9t\u00e9. Cette solidarit\u00e9 entre les g\u00e9n\u00e9rations est une position \u00e9thique qui instaure un compagnonnage entre les g\u00e9n\u00e9rations qui permet de transmettre ce que la vie elle-m\u00eame exige des \u00eatres humains, \u00e0 savoir la n\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019homme de symboliser la violence, de la repr\u00e9senter pour la sublimer et la mettre au service de la culture.<br>Aider, dans le lien de parole, les adolescents \u00e0 pacifier leur propre exp\u00e9rience de violence interne, \u00e0 \u00e9laborer psychiquement ce qui vient faire exc\u00e8s, n\u2019est-ce pas une fa\u00e7on de pr\u00e9venir la violence, une fa\u00e7on de leur permettre de trouver des alternatives \u00e0 la solution trompeuse de la projection de la violence sur le monde externe\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences bibliograhiques<\/h2>\n\n\n\n<p>1 Bergeret J., <em>La violence fondamentale<\/em>, Paris, PUF, 1984.<\/p>\n\n\n\n<p>2 <em>Cf.<\/em> Freud S., 1911, \u00ab&nbsp;Formulations sur les deux principes du cours des \u00e9v\u00e9nements psychiques&nbsp;\u00bb, in <em>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes<\/em>, Paris, PUF, 1984, p. 135-143. S. Freud y distingue le principe de d\u00e9charge (plaisir) du principe de diff\u00e9r\u00e9 (r\u00e9alit\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p>3 La psychopathie, d\u00e9finie par Diatkine G. et Balier C., \u00ab n\u2019est ni une maladie dont il faut faire l\u2019inventaire des signes et les d\u00e9crire, ni un trouble de la personnalit\u00e9 que l\u2019on ne peut gu\u00e8re qu\u2019observer, mais un mode particulier de faire face \u00e0 la tension psychique en \u00e9vitant l\u2019\u00e9laboration mentale par des r\u00e9ponses agies au d\u00e9triment de l\u2019\u00e9laboration mentale \u00bb, in <em>Nouveau Trait\u00e9 de Psychiatrie de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent<\/em>, T II, Lebovici S., Diatkine R., Soul\u00e9 M., Paris, PUF, 1995, p. 1363-1411.<\/p>\n\n\n\n<p>4 Freud S., 1912, <em>Totem et Tabou<\/em>, Paris, Payot, 1976.<\/p>\n\n\n\n<p>5 Mongin O., <em>La violence des images<\/em>, Paris, Seuil, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p>6 Atlan H., \u00ab Le plaisir, la douleur et les niveaux de l\u2019\u00e9thique \u00bb, in <em>Journal international de bio\u00e9thique<\/em>, 1995, 6, pp. 53-64, Hors S\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>7 Bourguignon A., \u00ab L\u2019homme impr\u00e9vu \u00bb, in <em>Histoire naturelle de l\u2019homme<\/em>, Paris, PUF, 1989, T 1.<\/p>\n\n\n\n<p>8 Stern D., <em>Le monde interpersonnel du nourrisson<\/em>, Paris, PUF, 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>9 secondes Freud d\u00e9crit le processus de l\u2019effraction: \u00ab des excitations externes assez fortes pour faire effraction dans le pare excitations \u00bb, in, (1923), <em>Essais de psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1981, p. 72.<\/p>\n\n\n\n<p>10 A propos de la n\u00e9vrose traumatique grave, S. Freud \u00e9voque l\u2019\u00e9branlement m\u00e9canique: \u00ab C\u2019est dans cet ordre d\u2019id\u00e9es que nous devons chercher l\u2019explication du fait que l\u2019action combin\u00e9e de l\u2019\u00e9pouvante et de l\u2019\u00e9branlement m\u00e9canique engendre l\u2019hyst\u00e9rie traumatique grave \u00bb, in Freud S., (1905), <em>Trois essais sur la th\u00e9orie de la sexualit\u00e9<\/em>, Paris, Gallimard, 1962, p. 101.<\/p>\n\n\n\n<p>11 <em>Cf.<\/em> Coslin P. G., <em>Les adolescents devant les d\u00e9viances<\/em>, Paris, PUF, 1996.<\/p>\n\n\n\n<p>12 <em>Cf.<\/em> Jeammet P., \u00ab&nbsp;R\u00e9alit\u00e9 externe et r\u00e9alit\u00e9 interne. Importance et sp\u00e9cificit\u00e9 de leur articulation \u00e0 l\u2019adolescence&nbsp;\u00bb, in <em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, 1980, 3-4, p. 481-521.<\/p>\n\n\n\n<p>13 <em>Cf.<\/em> Winnicott D. W., 1968, \u00ab&nbsp;Concepts actuels du d\u00e9veloppement de l\u2019adolescent: leurs cons\u00e9quences quant \u00e0 l\u2019\u00e9ducation&nbsp;\u00bb, in <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>, Paris, Gallimard, 1975, p. 190-207.<\/p>\n\n\n\n<p>14 J\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 cette question du fratricide dans les m\u00eames termes dans le num\u00e9ro de Juin\/juillet 1999 de la revue <em>Enfances et Psy<\/em> (\u00e0 para\u00eetre).<\/p>\n\n\n\n<p>15 Freud S., (1912), <em>Totem et Tabou<\/em>, op. cit.<\/p>\n\n\n\n<p>16 Le livre de la Gen\u00e8se, 1, 4<\/p>\n\n\n\n<p>17 Kazan E., 1955, <em>A l\u2019Est d\u2019Eden<\/em>, adaptation cin\u00e9matographique du roman de J. Steinbeck.<\/p>\n\n\n\n<p>18 Ciment M., <em>Kazan par Kazan<\/em>, Paris, Stock, pp. 198-199.<\/p>\n\n\n\n<p>19 Racine J., 1664, \u00ab La th\u00e9ba\u00efde ou les fr\u00e8res ennemis \u00bb, Trag\u00e9die, in <em>Racine, th\u00e9\u00e2tre complet<\/em><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9988?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La violence semble avoir envahi depuis quelques ann\u00e9es le champ de notre vie, que ce soit dans les images (films, spots t\u00e9l\u00e9visuels, jeux vid\u00e9os, bandes dessin\u00e9es), dans le langage (les dialogues entendus entre les jeunes, mais aussi entre les adultes&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1217,1231,1215],"thematique":[290],"auteur":[1551],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[942],"type_article":[453],"check":[2023],"class_list":["post-9988","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-adolescence","rubrique-enfance","rubrique-psychopathologie","thematique-violence","auteur-francois-marty","mode-gratuit","revue-942","type_article-recherche","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9988","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9988"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9988\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17062,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9988\/revisions\/17062"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9988"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9988"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9988"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9988"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9988"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9988"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9988"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9988"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9988"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}