{"id":9971,"date":"2021-08-22T07:31:01","date_gmt":"2021-08-22T05:31:01","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/les-images-pourraient-elles-prendre-la-place-de-limagination-2\/"},"modified":"2021-09-19T22:50:32","modified_gmt":"2021-09-19T20:50:32","slug":"les-images-pourraient-elles-prendre-la-place-de-limagination","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/les-images-pourraient-elles-prendre-la-place-de-limagination\/","title":{"rendered":"Les images pourraient-elles prendre la place de l&rsquo;imagination ?"},"content":{"rendered":"\n<p>La question est-elle vraiment nouvelle? Margaret Mead&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les troubles dont souffre notre adolescence sont-ils dus \u00e0 la nature m\u00eame de l\u2019adolescence ou \u00e0 notre civilisation?&nbsp;\u00bb (<em>M\u0153urs et sexualit\u00e9 en Oc\u00e9anie<\/em>, Plon, 1963). Notre cyber-\u00e9poque g\u00e9n\u00e9rerait-elle un nouveau rapport \u00e0 la sexualit\u00e9 \u00e0 l\u2019adolescence&nbsp;? Les probl\u00e9matiques narcissiques plus nombreuses que nous rencontrons dans nos pratiques engendreraient-elles un rapport \u00e0 Soi plus qu\u2019une qu\u00eate de l\u2019autre&nbsp;? Les \u00e9volutions technologiques et le rapport pr\u00e9coce aux images cr\u00e9eraient-ils une facilitation \u00e0 l\u2019agir au d\u00e9triment des sublimations esp\u00e9r\u00e9es&nbsp;? Les stimulations pr\u00e9coces estim\u00e9es favorables au d\u00e9veloppement de l\u2019enfant, voire du b\u00e9b\u00e9, par beaucoup de parents d\u2019aujourd\u2019hui pr\u00e9parent-elles le terrain \u00e0 une recherche ult\u00e9rieure d\u2019exp\u00e9riences sensorielles fortes&nbsp;? Y aurait il un \u00ab&nbsp;Trop de r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb depuis quelques temps, comme le soutient Annie Le Brun<sup>1<\/sup>&nbsp;? En t\u00e9moigneraient un certain nombre de modalit\u00e9s de fonctionnement chez les enfants \u00e0 type d\u2019agitation et d\u2019inattention par exemple, voire d\u2019auto ou h\u00e9t\u00e9ro agressivit\u00e9 et, chez un nombre croissant d\u2019adolescents&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>le <em>happy slapping<\/em>, \u00e0 la recherche des signes visibles de peur chez la victime d\u2019une agression programm\u00e9e, \u00e0 la mesure de celle \u00e9prouv\u00e9e par l\u2019agresseur, mais non repr\u00e9sentable pour lui.<\/li><li>les ivresses aigu\u00ebs, le <em>binge drinking<\/em>, \u00e0 la recherche de sensations fortes et imm\u00e9diates, auto procur\u00e9es, non pour se d\u00e9sinhiber, mais plut\u00f4t pour se rassurer sur son existence.<\/li><li>l\u2019abus des \u00e9crans&nbsp;: ces adolescents aimant\u00e9s par les \u00e9crans, \u00ab&nbsp;aimants&nbsp;\u00bb des \u00e9crans, qui pourraient reprendre \u00e0 leur compte cette phrase de Baudelaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Image, ma seule, mon unique passion&nbsp;\u00bb. Et tous ces autres replis baptis\u00e9s rapidement phobiques de fa\u00e7on abusive.<\/li><li>les violences et les viols en r\u00e9union&nbsp;: quand la passion d\u00e9truite se transforme en passion de d\u00e9truire, et ce, d\u00e8s les premiers temps de la vie. Et quand l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure persiste faute de traitement, g\u00e9n\u00e9rant l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 chez les autres avec l\u2019espoir d\u2019un apaisement succ\u00e9dant \u00e0 ce d\u00e9placement.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ces manifestations se retrouvant de plus en plus aussi chez les jeunes filles<sup>2<\/sup>. Quels en sont les facteurs explicatifs\u00a0? Parmi ces facteurs, il faut envisager le destin de l\u2019excitation et des stimulations pr\u00e9coces. Du b\u00e9b\u00e9 sur-stimul\u00e9 \u00e0 l\u2019adolescent en recherche de stimulations, il n\u2019y a qu\u2019un pas. L\u2019hyper activation &#8211; et non l\u2019hyperactivit\u00e9 &#8211; se manifeste de plus en plus souvent \u00e0 la maison, comme \u00e0 l\u2019\u00e9cole, avec ses effets probl\u00e9matiques. Quel r\u00f4le jouent l\u2019excitation pr\u00e9coce et les stimulations nombreuses et r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dont les petits sont l\u2019objet depuis quelques temps\u00a0? Comment le r\u00e9tr\u00e9cissement de la phase de latence de ce fait permet-il d\u2019aborder correctement les rives de la pubert\u00e9\u00a0? C\u2019est en effet un \u00e2ge o\u00f9 l\u2019inhibition de la sexualit\u00e9 permet l\u2019expression de la tendresse. Le refoulement ouvre aux possibilit\u00e9s sublimatoires et aux activit\u00e9s transitionnelles. Mais \u00ab\u00a0si l\u2019excitation ne trouve pas la voie d\u2019une satisfaction en accord avec le d\u00e9veloppement du psychisme de l\u2019enfant, celui-ci se trouve surcharg\u00e9, d\u00e9bord\u00e9&#8230; L\u2019excitation psychique est alors d\u00e9sorganis\u00e9e et d\u00e9sorganisante\u00a0\u00bb<sup>3<\/sup>. Mais c\u2019est aussi un \u00e2ge o\u00f9 l\u2019enfant est facilement excitable et particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable aux traumatismes. Et l\u2019on sait qu\u2019un enfant sur deux, en CM2, a d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 des images pornographiques. Pour se d\u00e9brouiller de ces situations, \u00e9prouvant des sentiments de honte et se r\u00e9fugiant dans le silence, l\u2019enfant risque alors de recourir de fa\u00e7on d\u00e9fensive \u00e0 des sensations provoqu\u00e9es et \u00e0 des actes d\u00e9charge. A faire peur autant qu\u2019\u00e0 rechercher ce qui fait peur, \u00e0 s\u2019agiter autant qu\u2019\u00e0 agiter. Et plus tard, que faire des <em>stimuli<\/em> internes pubertaires face aux <em>stimuli<\/em> externes. Ces derniers peuvent \u00eatre recherch\u00e9s pour refouler les premiers. La d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019excitation dont parle M. Agu\u00e9ev<sup>4<\/sup> \u00e0 propos de son h\u00e9ros Vadim Maslennikov durant la premi\u00e8re guerre mondiale, l\u2019alcoolisation aigu\u00eb, les scarifications&#8230;, bref, la recherche d\u2019une excitation sensorielle auto-procur\u00e9e, en lieu et place d\u2019une sexualit\u00e9 marqu\u00e9e par le rapport \u00e0 l\u2019autre. C\u2019est tout le chapitre des pathologies de l\u2019excitation qui s\u2019ouvre l\u00e0 et se d\u00e9ploie largement ces derni\u00e8res ann\u00e9es. C\u2019est aussi la question des normes g\u00e9n\u00e9rationnelles implicites et de la performance, y compris sexuelle, au service d\u2019une image de soi fragile, comme on le voit dans des prises de risques et des passages \u00e0 l\u2019acte sexuels. La transformation adolescente conduit au passage de la qu\u00eate infantile par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9nigme du sexuel \u00e0 l\u2019\u00eatre adolescent dot\u00e9 de capacit\u00e9s nouvelles de r\u00e9alisations de ses d\u00e9sirs sexuels. Elle appara\u00eet tr\u00e8s clairement dans la litt\u00e9rature romanesque.<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9clinerai ce passage en deux temps&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Imaginer ou faire, tout d\u2019abord&nbsp;: autrement dit, la r\u00eaverie ou les actes. Jean-Paul Sartre en t\u00e9moigne ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;En sa pr\u00e9sence, j\u2019avais autrefois demand\u00e9 la permission de lire <em>Madame Bovary<\/em>, et ma m\u00e8re avait pris sa voix trop musicale&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais si mon petit ch\u00e9ri lit ce genre de livre \u00e0 son \u00e2ge, qu\u2019est-ce qu\u2019il fera quand il sera grand. &#8211; Je les vivrai&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Cette r\u00e9plique avait connu le succ\u00e8s le plus grand et le plus durable<sup>5<\/sup>, posant la question de l\u2019impact de la r\u00e9alit\u00e9 sur la curiosit\u00e9 infantile et juv\u00e9nile. Que devient la th\u00e9orie sexuelle et ses devenirs quand la crudit\u00e9 remplace la fantaisie et la r\u00eaverie&nbsp;? C\u2019est une question contemporaine forte. L\u2019investissement sexuel d\u2019un domaine th\u00e9orique est \u00e0 l\u2019origine du fonctionnement sublimatoire qui permet une d\u00e9rivation de l\u2019excitation vers l\u2019activit\u00e9 th\u00e9orique, dissoci\u00e9e des questions sexuelles. A d\u00e9faut de cette d\u00e9rivation, se manifeste la tentation de \u00ab&nbsp;faire&nbsp;\u00bb pour tenter de se d\u00e9barrasser des questions li\u00e9es \u00e0 la sexualit\u00e9. Nommer ou montrer dans un second temps&nbsp;: dans <em>La Chartreuse de Parme<\/em> de Stendhal, lorsque s\u2019\u00e9loigne la berline avec Fabrice et la Sanseverina, le comte Mosca pense&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si le mot d\u2019Amour vient \u00e0 surgir entre eux, je suis perdu&nbsp;\u00bb. Cette phrase sera reprise par Sartre pour expliquer que nommer une chose, un sentiment, une passion, c\u2019est les faire exister. Ce que La Rochefoucauld affirmait bien avant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y a des gens qui n\u2019auraient jamais \u00e9t\u00e9 amoureux s\u2019ils n\u2019avaient jamais entendu parler de l\u2019amour&nbsp;\u00bb. En montrant sans nommer, quelle place cela laisse pour l\u2019amour? Que dire alors des productions pornographiques et de leur impact sur les jeunes&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle place reste-t-il pour le courant tendre&nbsp;? Pour le myst\u00e8re qu\u2019\u00e9voque Marguerite Duras&nbsp;: \u00ab&nbsp;Elle a entendu parler des passages lorsqu\u2019elle \u00e9tait jeune. Certaines filles y \u00e9taient all\u00e9es pour se faire toucher par les hommes\u2026 Celles qui y \u00e9taient all\u00e9es, une fois revenues de l\u00e0, ne pouvaient plus jamais \u00eatre pareilles \u00e0 celles qui ne savaient pas. Elle y \u00e9tait all\u00e9e elle aussi, une nuit, elle avait 13 ans\u2026 Ce que l\u2019enfant n\u2019avait pas su avant ce soir-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait si cette femme avait elle aussi franchi cet \u00c9quateur de l\u2019autre versant. C\u2019\u00e9tait au regard de la m\u00e8re sur son enfant, ce soir-l\u00e0, \u00e0 ce silence entre elles, \u00e0 ce rire cach\u00e9 qui traversait le regard de connivence inavouable qu\u2019elle l\u2019avait appris. Elles \u00e9taient les m\u00eames sur le point de ce qui se passait \u00e0 cet endroit de la nuit.<sup>6<\/sup>&nbsp;\u00bb Imaginer ou montrer, nommer ou montrer, ce sont donc de vieilles questions que chaque \u00e9poque traite \u00e0 sa mani\u00e8re, d\u00e9finissant en creux ce qu\u2019elle estime \u00eatre la norme ou la d\u00e9viance.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais quoi de neuf en fait&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Plus loin en arri\u00e8re dans le temps, allons voir du c\u00f4t\u00e9 d\u2019H\u00e9roard et de son fameux journal<sup>7<\/sup>. H\u00e9roard, m\u00e9decin, v\u00e9t\u00e9rinaire, fut d\u00e9sign\u00e9 par Henri IV pour s\u2019occuper de noter tous les faits et gestes du futur Roi Louis XIII d\u00e8s sa naissance, le 27 septembre 1601. Le 27 janvier 1602, \u00e0 4 mois, il rel\u00e8ve&nbsp;: \u00ab&nbsp;amus\u00e9, dans\u00e9 aux branles, \u00e9tant par avant songeant et triste pour ne voir personne, l\u2019on fait venir des femmes, il se prend \u00e0 les faire danser, se joue \u00e0 la petite Marguerite, la baise, l\u2019accole, la renverse \u00e0 bas, se jette sur elle avec tr\u00e9pignement de tout le corps et grincements de dents&nbsp;\u00bb. Il est not\u00e9 \u00e0 8 mois&nbsp;: \u00ab&nbsp;V\u00eatu \u00e0 sept heures, il prend plaisir et se rit \u00e0 plein poumon, quand la remueuse lui branle du bout des doigts sa guillery&nbsp;\u00bb. \u00c0 dix mois, le page de Mme de Longueville arrivant pour avoir de ses nouvelles&nbsp;: \u00ab&nbsp;le dauphin l\u2019appelle d\u2019un H\u00e9&nbsp;! et se retrousse, lui montrant sa guillery&nbsp;\u00bb. \u00c0 1 an, en septembre 1602, \u00ab&nbsp;fort gai, \u00e9merillonn\u00e9 (vif, \u00e9veill\u00e9), il fait baiser \u00e0 chacun sa guillery&nbsp;\u00bb, et quelques jours plus tard, le 30 septembre, \u00ab&nbsp;\u00c0 douze heures un quart, le sieur de Bonni\u00e8res et sa fille, jeune. Il lui a fort ri, se retrousse, lui montre sa guillery, mais surtout \u00e0 sa fille, car alors la tenant et riant son petit rire, il s\u2019\u00e9branlait tout le corps.&nbsp;\u00bb Et \u00e0 douze heures et demie, le baron de Prunay avec une petite demoiselle&nbsp;: \u00ab&nbsp;il a retrouss\u00e9 sa cotte, lui montre sa guillery avec une telle ardeur qu\u2019il en \u00e9tait tout hors de soi. Il se couchait \u00e0 la renverser pour la lui montrer.&nbsp;\u00bb Et le 12 juin 1603, \u00e0 bient\u00f4t 2 ans&nbsp;: \u00ab&nbsp;en t\u00e9tant, il gratte sa marchandise, droite et dure comme du bois&nbsp;\u00bb. Il y aurait bien d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 une exposition de soi directe et soutenue par l\u2019entourage qui pourrait choquer aujourd\u2019hui. Mais aussi, et c\u2019est une diff\u00e9rence majeure, une mise en r\u00e9cit par l\u2019adulte des \u00e9prouv\u00e9s infantiles et adolescents, avec ouverture de perspectives nouvelles. La sexualisation r\u00e9pond \u00e0 une attente clairement \u00e9voqu\u00e9e, en l\u2019occurrence la procr\u00e9ation ult\u00e9rieure garantissant la continuit\u00e9 du royaume.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mythe de l\u2019innocence de l\u2019enfant, battu en br\u00e8che par Freud, \u00e9tait donc remis en question bien avant d\u00e9j\u00e0. Henry Maudsley par exemple, psychiatre en Angleterre, en 1867, \u00e0 propos de la pulsion sexuelle, trouve \u00ab&nbsp;de fr\u00e9quents t\u00e9moignages de son action &#8211; l\u2019instinct de reproduction &#8211; durant la prime jeunesse, tant chez les animaux que chez les enfants, sans qu\u2019il y ait conscience des fins ou de l\u2019objectif poursuivi par cette impulsion aveugle. Quiconque nie la chose n\u2019a gu\u00e8re pr\u00eat\u00e9 attention aux \u00e9bats des jeunes animaux, et se montre singuli\u00e8rement oublieux de sa petite enfance&nbsp;\u00bb. Les \u00e9thologues l\u2019ont observ\u00e9 de longue date&nbsp;: le jeu sexuel chez les mammif\u00e8res est la r\u00e8gle, comme mise en \u0153uvre d\u2019actes et de postures correspondant \u00e0 des conduites adultes, mais s\u00e9par\u00e9es de leurs conditions de d\u00e9clenchement et de leur finalit\u00e9. Ces jeux disparaissent \u00e0 l\u2019approche de la pubert\u00e9. \u00c0 l\u2019inverse, dans des conditions de privation relationnelle d\u00e8s sa naissance et durant son enfance, le jeune macaque se montre incapable d\u2019une activit\u00e9 sexuelle coordonn\u00e9e (cf Harlow et ses travaux). La femelle est moins gravement perturb\u00e9e. Ces troubles sont plus limit\u00e9s dans d\u2019autres esp\u00e8ces comme les chiens.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit bien \u00e0 travers les t\u00e9moignages historiques que le contexte culturel d\u2019une \u00e9poque influe grandement sur ce qu\u2019elle est pr\u00eate ou non \u00e0 accepter et entendre&nbsp;: dans la soci\u00e9t\u00e9 viennoise du temps de Freud, la notion de sexualit\u00e9 infantile \u00e9tait provocante et audacieuse, alors que 300 ans avant elle \u00e9tait \u00e9vidente. Ce qui est appel\u00e9 d\u00e9couverte ou invention n\u2019est parfois qu\u2019une nouvelle formulation d\u2019un savoir d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli par d\u2019autres. De m\u00eame, la libido se trouve-t-elle identifi\u00e9e et accept\u00e9e dans ses manifestations visibles, \u00e0 la mesure des repr\u00e9sentations dont elle est l\u2019objet \u00e0 une \u00e9poque donn\u00e9e. \u00ab&nbsp;Le petit enfant, \u00e9crit Freud (in <em>La sexualit\u00e9 infantile<\/em>), manque au plus haut point de pudeur et montre, dans les ann\u00e9es de la premi\u00e8re enfance, un plaisir non \u00e9quivoque \u00e0 d\u00e9couvrir son corps en attirant l\u2019attention sur ses parties g\u00e9nitales&nbsp;\u00bb. Le mot pudeur, t\u00e9moin du point de vue de l\u2019\u00e9poque\u2026 et vu du c\u00f4t\u00e9 des adultes. Il poursuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;le caract\u00e8re le plus frappant de cette activit\u00e9 sexuelle, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019est pas dirig\u00e9e vers une autre personne. L\u2019enfant se satisfait de son propre corps&nbsp;\u00bb. Mais Heroard ne l\u2019avait il pas d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui pour nos adolescents confront\u00e9s \u00e0 des repr\u00e9sentations crues et pornographiques de la sexualit\u00e9, et pour nombre d\u2019enfants souvent avant m\u00eame la pubert\u00e9&nbsp;? Comment aujourd\u2019hui se rejoignent les courants tendres et sensuels&nbsp;? En reviendrait-on, dans un \u00e9ternel recommencement (m\u00eame si les formes changent grandement), \u00e0 ce qui se jouait dans l\u2019Antiquit\u00e9 ou au temps de Louis XIII&nbsp;? Mais\u2026 Les images sur les \u00e9crans ont-elles la m\u00eame valeur que les sc\u00e8nes sexuelles surprises dans les lits partag\u00e9s d\u2019autrefois, ou entre les animaux de la ferme\u2026 <em>L\u2019Origine du monde<\/em>, le fameux tableau de Courbet de 1866, aurait-il le m\u00eame impact de d\u00e9voilement d\u2019un myst\u00e8re concernant la femme et la sexualit\u00e9 qu\u2019une image pornographique&nbsp;? Ne sous-estime-t-on pas souvent la capacit\u00e9 humaine \u00e0 imaginer autre chose que ce qui lui est soumis comme image&nbsp;? Et pourtant\u2026 Voir des images ou imaginer&nbsp;: l\u2019un emp\u00eache-t-il l\u2019autre&nbsp;? La plupart des adolescents pourront composer avec ce qui s\u2019impose comme repr\u00e9sentations de la sexualit\u00e9 <em>via<\/em> les images. Ils pourront en jouer, s\u2019en moquer. Mais ceux qui ne disposent pas de la capacit\u00e9 de r\u00eaverie, ou qui auront \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t dans leur vie dans une relation pr\u00e9valente \u00e0 l\u2019excitation sans repr\u00e9sentations verbales courent le risque de s\u2019y trouver coinc\u00e9s par manque de jeu. Ils sont alors condamn\u00e9s \u00e0 op\u00e9rer sur un mode cliv\u00e9&nbsp;: les affects d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la sexualit\u00e9 de l\u2019autre. Ce sont ces jeunes adolescents que je rencontre dans la pratique expertale, par exemple, impliqu\u00e9s dans des viols en r\u00e9union sans la moindre culpabilit\u00e9, en lien fr\u00e9quent avec des s\u00e9ductions pr\u00e9coces traumatiques. Et qui peuvent \u00eatre, dans le m\u00eame temps, fous amoureux d\u2019une autre jeune fille qui l\u2019ignore, car ils n\u2019osent lui faire savoir leurs sentiments. Les liens avec la base premi\u00e8re de construction sont \u00e0 l\u2019\u00e9vidence d\u00e9terminants dans ces affaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Les images violentes et pornographiques en quasi libre acc\u00e8s d\u00e8s l\u2019enfance posent des questions aux parents, \u00e9ducateurs et soignants. Le \u00ab&nbsp;trop de r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb qu\u2019elles imposent a-t-il un r\u00f4le dans la construction des repr\u00e9sentations de la sexualit\u00e9 et sur le mode de relation qui en d\u00e9coule? Leur pr\u00e9sence in\u00e9vitable, malgr\u00e9 les n\u00e9cessaires et utiles contr\u00f4les parentaux et autres dispositifs de protection, n\u2019impose-t-elle pas aux adultes d\u2019en parler le plus t\u00f4t possible aux enfants afin de leur permettre de mieux op\u00e9rer la distinction entre fiction et r\u00e9alit\u00e9, entre fantasme et acte. Le virtuel n\u2019est en rien semblable \u00e0 l\u2019imaginaire. Alors, entre diabolisation et banalisation, tentons d\u2019appr\u00e9cier mieux ce qui revient aux \u00e9carts entre ce qu\u2019une \u00e9poque admet et ce qui, de fait, s\u2019impose \u00e0 elle. Par ailleurs, donnons toute sa place au r\u00f4le des fragilit\u00e9s premi\u00e8res qui emp\u00eachent le jeu et la diff\u00e9renciation entre fiction et r\u00e9alit\u00e9, images sur \u00e9crans et imagination, et donc aux interventions pr\u00e9coces \u00e0 leur sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers temps de la vie sont l\u00e0 encore d\u00e9cidemment d\u00e9terminants pour la construction d\u2019assises et d\u2019exp\u00e9riences permettant un fonctionnement psychique suffisamment souple, et \u00e0 m\u00eame de sortir des impasses de la crudit\u00e9 \u00e0 l\u2019adolescence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Annie Le Brun (2010), <em>Du trop de r\u00e9alit\u00e9<\/em>, Folio essais.<\/li><li>Patrice Huerre, St\u00e9phanie Rubi (2013), <em>Adolescentes&nbsp;: Les nouvelles rebelles<\/em>, \u00e9ditions Bayard, Paris.<\/li><li>P. Denis (2001), \u00ab&nbsp;L\u2019excitation \u00e0 la p\u00e9riode de latence&nbsp;\u00bb, <em>Enfances &amp; Psy<\/em> 2\/2001 (n\u00b014), p. 77-83. Et <em>Eloge de la b\u00eatise<\/em>, PUF.<\/li><li>M. Agu\u00e9ev (2011), <em>Roman avec coca\u00efne<\/em>, 10\/18, Belfond.<\/li><li>Jean-Paul Sartre (1972), <em>Les mots<\/em>, Folio, p.87.<\/li><li>Marguerite Duras (1986), <em>Les yeux bleus, cheveux noirs<\/em>, \u00e9ditions de Minuit.<\/li><li><em>Nouvelle revue de psychanalyse<\/em>, Gallimard, n\u00b019, printemps 1979.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9971?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question est-elle vraiment nouvelle? Margaret Mead&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les troubles dont souffre notre adolescence sont-ils dus \u00e0 la nature m\u00eame de l\u2019adolescence ou \u00e0 notre civilisation?&nbsp;\u00bb (M\u0153urs et sexualit\u00e9 en Oc\u00e9anie, Plon, 1963). 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