{"id":9968,"date":"2021-08-22T07:31:01","date_gmt":"2021-08-22T05:31:01","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-seduction-premiere-et-ses-abus-2\/"},"modified":"2021-10-02T17:19:04","modified_gmt":"2021-10-02T15:19:04","slug":"la-seduction-premiere-et-ses-abus","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-seduction-premiere-et-ses-abus\/","title":{"rendered":"La s\u00e9duction premi\u00e8re et ses abus"},"content":{"rendered":"\n<p>La question de la \u00ab&nbsp;s\u00e9duction&nbsp;\u00bb, qu\u2019elle soit dite \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e&nbsp;\u00bb ou plus ponctuelle, donc \u00ab&nbsp;restreinte&nbsp;\u00bb, rencontre le probl\u00e8me majeur de l\u2019influence de l\u2019objet sur la vie pulsionnelle&nbsp;: dans la mesure o\u00f9 la s\u00e9duction superpose objet et source pulsionnelle, elle fait de l\u2019objet une source pulsionnelle potentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>La question de l\u2019influence de l\u2019objet, et plus g\u00e9n\u00e9ralement la question de la place de l\u2019objet consid\u00e9r\u00e9 comme autre-sujet, souvent implicite dans sa d\u00e9marche, est clairement pos\u00e9e par Freud en 1921 dans les premi\u00e8res lignes de <em>Psychologie des masses et analyse du Moi<\/em>, je cite ce passage peu comment\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Certes, la psychologie individuelle est r\u00e9gl\u00e9e sur l\u2019homme pris isol\u00e9ment et elle s\u2019attache \u00e0 savoir par quelles voies celui-ci cherche \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 la satisfaction de ses motions pulsionnelles, mais ce faisant elle ne se trouve que rarement en mesure \u2013 dans des conditions d\u2019exceptions d\u00e9termin\u00e9es \u2013 de pouvoir faire abstraction des relations de cet individu avec d\u2019autres individus&nbsp;\u00bb (1921, p. 5). Il poursuit ensuite&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans la vie d\u2019\u00e2me de l\u2019individu, l\u2019autre entre en ligne de compte comme mod\u00e8le, comme aide et comme adversaire, et de ce fait la psychologie individuelle est aussi d\u2019embl\u00e9e, simultan\u00e9ment, psychologie sociale, en ce sens \u00e9largi mais tout \u00e0 fait fond\u00e9&nbsp;\u00bb <em>(ibid.).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ces lignes, qui inaugurent l\u2019article de 1921, proposent une issue aux impasses rencontr\u00e9es en 1920 dans <em>Au-del\u00e0 du principe du plaisir<\/em> \u00e0 propos de la contrainte de r\u00e9p\u00e9tition, et du solipsisme dans lequel la psych\u00e9 et le raisonnement \u00ab&nbsp;narcissique&nbsp;\u00bb sont alors enferm\u00e9s. Le narcissisme \u00ab&nbsp;tourne&nbsp;\u00bb en rond et s\u2019enferme dans les impasses de la r\u00e9p\u00e9tition quand manque l\u2019objet ou manque \u00e0 \u00eatre rep\u00e9r\u00e9e sa place dans le processus psychique. Elles invitent le psychanalyste \u00e0 une \u00e9volution paradigmatique dans laquelle la place de l\u2019influence de l\u2019objet devrait trouver toute son importance. Cette \u00e9volution paradigmatique travaille en sous-main tous les textes de Freud qui vont suivre concernant par exemple, en 1921, \u00ab&nbsp;L\u2019identification&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;Les identifications d\u2019emprunt&nbsp;\u00bb (1923), forme arch\u00e9typique de l\u2019influence de l\u2019objet et de son int\u00e9riorisation, mais aussi le r\u00eave, longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme le bastion narcissique par excellence mais entam\u00e9 dans l\u2019article sur le r\u00eave de complaisance (1923), la vie psychique inconsciente avec la question de la t\u00e9l\u00e9pathie (1924)\u2026 \u00ab&nbsp;L\u2019ombre de l\u2019objet&nbsp;\u00bb consid\u00e9r\u00e9 comme autre, autre-sujet, \u00ab&nbsp;est tomb\u00e9e&nbsp;\u00bb sur la m\u00e9tapsychologie et il s\u2019agit de m\u00e9taboliser cet impact, de l\u2019assimiler, de lui trouver une place dans la psych\u00e9 (id\u00e9al du Moi, Surmoi). C\u2019est l\u2019un des enjeux majeurs de ce que la seconde m\u00e9tapsychologie travaille.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s Freud, le travail de rep\u00e9rage de l\u2019impact de l\u2019objet autre-sujet sur le fonctionnement psychique va \u00eatre progressivement \u00e9tendu, citons, pour s\u2019en tenir \u00e0 la psychanalyse fran\u00e7aise&nbsp;: <em>les communaut\u00e9s de d\u00e9ni<\/em> (M. Fain), les diverses formes de <em>pactes d\u00e9n\u00e9gatifs<\/em> (R. Ka\u00ebs), <em>les deuils extrad\u00e9s<\/em> (P.-C. Racamier), <em>le contrat narcissique<\/em> (P. Aulagnier), <em>le t\u00e9lescopage de g\u00e9n\u00e9rations<\/em> (H. Faimberg)\u2026 J\u2019ai aussi contribu\u00e9 personnellement \u00e0 ces rep\u00e9rages cliniques en d\u00e9crivant des <em>clivages partag\u00e9s<\/em> et des <em>forclusions communes<\/em>, et plus r\u00e9cemment des formes de <em>contrat libidinal<\/em> et de <em>contrat symbolique<\/em>. Il n\u2019est gu\u00e8re envisageable \u00e0 l\u2019heure actuelle de n\u00e9gliger l\u2019impact des objets consid\u00e9r\u00e9s comme autres-sujets sur le fonctionnement psychique du sujet, au moins en th\u00e9orie, car l\u2019exp\u00e9rience montre que le maniement de l\u2019analyse de cette influence est plus d\u00e9licat en pratique d\u00e8s que l\u2019on sort de la figure de l\u2019identification. Mais on aura remarqu\u00e9 que dans la citation de Freud relev\u00e9e plus haut, celui-ci \u00e9voque l\u2019autre comme mod\u00e8le, aide ou adversaire, sans \u00e9voquer directement (car on peut penser que le mod\u00e8le, l\u2019aide voire l\u2019adversaire sont investis) sa place et son influence comme objet sexuel. Il revient \u00e0 Laplanche d\u2019avoir pos\u00e9 la question de l\u2019influence de l\u2019objet autre-sujet dans la vie sexuelle et peut-\u00eatre plus g\u00e9n\u00e9ralement dans l\u2019organisation de la vie pulsionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenons les termes de la question.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1996, un d\u00e9bat important a oppos\u00e9 Laplanche et Green \u00e0 propos de la question de l\u2019origine de la pulsion&nbsp;: le premier soutient la th\u00e9orie dite de la \u00ab&nbsp;s\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e&nbsp;\u00bb, il propose l\u2019id\u00e9e que la pulsion sexuelle est implant\u00e9e chez le b\u00e9b\u00e9 par la m\u00e8re, qui importe dans la \u00ab&nbsp;situation anthropologique fondamentale&nbsp;\u00bb des \u00ab&nbsp;signifiants \u00e9nigmatiques&nbsp;\u00bb pour le b\u00e9b\u00e9, issus de sa sexualit\u00e9 de femme adulte. Ces signifiants sont \u00e9nigmatiques pour le b\u00e9b\u00e9 dans la mesure o\u00f9 ils comportent des sensations sexuelles r\u00e9sultant des transformations du corps li\u00e9es \u00e0 la pubert\u00e9. De son c\u00f4t\u00e9, Green soutient que la pulsion est ancr\u00e9e dans le corps et ne saurait se concevoir ind\u00e9pendamment de son lien avec le corps propre en tant qu\u2019il est porteur de zones \u00e9rog\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici pour sch\u00e9matiser l\u2019opposition, en allant \u00e0 l\u2019essentiel voire \u00e0 la caricature, des propositions des deux auteurs. Il se trouve que j\u2019ai \u00e9t\u00e9, bien malgr\u00e9 moi, indirectement m\u00eal\u00e9 \u00e0 ce d\u00e9bat car peu apr\u00e8s que la pol\u00e9mique a \u00e9clat\u00e9e entre eux, H. Faimberg, en 1997, a organis\u00e9 au sein de l\u2019ipa (International Psychoanalytical Association) une \u00ab&nbsp;pr\u00e9sentation de la psychanalyse fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb au reste du monde psychanalytique et a orchestr\u00e9 un grand colloque international \u00e0 Paris r\u00e9unissant les plus \u00e9minents repr\u00e9sentants des divers pays composants notables de l\u2019ipa. Les trois repr\u00e9sentants choisis pour la pr\u00e9sentation de la psychanalyse \u00e0 la fran\u00e7aise \u00e9taient Laplanche, Green et moi-m\u00eame, je me suis donc retrouv\u00e9 de fait au milieu de leur conflit qui battait son plein \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu \u00e9cartel\u00e9 entre les deux et \u00e0 la fois d\u2019accord et pas d\u2019accord avec chacun, je me suis vu dans une forme de n\u00e9cessit\u00e9 de trouver une voie tierce. J\u2019avais le sentiment que chacun avait raison \u2013 et j\u2019\u00e9tais sensible \u00e0 la qualit\u00e9 de leurs arguments \u2013, et qu\u2019en m\u00eame temps chacun avait tort de trouver que sa position excluait celle de l\u2019autre et qu\u2019elle totalisait le probl\u00e8me. C\u2019est peut-\u00eatre un int\u00e9r\u00eat de venir de Lyon dans ces circonstances, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019\u00eatre un peu excentr\u00e9 du vif de la pol\u00e9mique. Mais surtout, \u00e0 Lyon, J. Cosnier d\u00e9veloppe depuis nombre d\u2019ann\u00e9es le mod\u00e8le de l\u2019\u00e9pigen\u00e8se interactionnelle qui cherche \u00e0 mod\u00e9liser les effets d\u2019influence r\u00e9ciproque des facteurs endog\u00e8nes et exog\u00e8nes dans le d\u00e9veloppement des processus psychiques et des formations de l\u2019inconscient. C\u2019est ce mod\u00e8le sur lequel je me suis alors appuy\u00e9 pour sortir de la conflictualit\u00e9 dans laquelle je me trouvais plac\u00e9. Mais avant d\u2019en venir au mod\u00e8le que j\u2019ai fini par proposer, j\u2019aimerais le mettre en perspective en me penchant sur une difficult\u00e9 dans la pens\u00e9e de Freud et qui se pr\u00e9sente comme une forme de sympt\u00f4me th\u00e9orique, signe d\u2019une forme d\u2019embarras chez lui quant \u00e0 la d\u00e9finition de la sexualit\u00e9 infantile. Lorsqu\u2019on lit attentivement les <em>Trois essais sur la th\u00e9orie de la sexualit\u00e9<\/em>, on ne peut qu\u2019\u00eatre frapp\u00e9 du rapprochement de deux de ses \u00e9nonc\u00e9s qui ne sont s\u00e9par\u00e9s que de deux pages. Voici ce qu\u2019il d\u00e9clare d\u2019abord en 1905, p. 105&nbsp;: \u00ab&nbsp;Lorsqu\u2019on voit un enfant rassasi\u00e9 quitter le sein en se laissant choir en arri\u00e8re et s\u2019endormir, les joues rouges, avec un sourire bienheureux, on ne peut manquer de se dire que cette image reste le prototype de l\u2019expression de la satisfaction sexuelle dans l\u2019existence ult\u00e9rieure.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas douteux que dans ce passage Freud situe clairement le plaisir pris dans la rencontre avec l\u2019objet, le plaisir pris avec l\u2019objet, et qu\u2019il en fait m\u00eame \u00ab&nbsp;le prototype de l\u2019expression de la satisfaction sexuelle&nbsp;\u00bb. Ici, la sexualit\u00e9 infantile est donc \u00ab&nbsp;avec l\u2019objet, en pr\u00e9sence de l\u2019objet, dans la rencontre avec l\u2019objet&nbsp;\u00bb. Mais il est vrai qu\u2019alors sexualit\u00e9 et nutrition sont \u00e9troitement intriqu\u00e9es. Freud continue autour de ce point particulier. \u00ab&nbsp;Puis le besoin de r\u00e9p\u00e9tition de la satisfaction sexuelle se s\u00e9pare du besoin de nutrition, s\u00e9paration qui est in\u00e9vitable au moment o\u00f9 les dents font leur apparition\u2026&nbsp;\u00bb L\u2019\u00e9vocation du sevrage devenu n\u00e9cessaire souligne l\u2019imp\u00e9ratif de s\u00e9parer sexuel et nutrition, mais fait-il pour autant dispara\u00eetre le sexuel \u00ab&nbsp;avec l\u2019objet&nbsp;\u00bb&nbsp;? \u00c0 diverses reprises par la suite, Freud \u00e9voquera le r\u00f4le s\u00e9ducteur des soins maternels et leur fonction \u00ab&nbsp;initiatrice&nbsp;\u00bb dans la sexualit\u00e9 plus tardive. Pourtant en 1905, deux pages plus loin, Freud de conclure que la sexualit\u00e9 infantile s\u2019\u00e9taye sur l\u2019autoconservation et qu\u2019elle est \u00ab&nbsp;auto\u00e9rotique et sans objet&nbsp;\u00bb (Freud 1905, p. 107).<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pu faire l\u2019hypoth\u00e8se que la th\u00e9orie d\u2019une sexualit\u00e9 infantile \u00ab&nbsp;sans objet et purement auto\u00e9rotique&nbsp;\u00bb \u00e9tait construite comme une d\u00e9fense contre les \u00e9mois potentiellement ressentis par le p\u00e8re face \u00e0 l\u2019impression d\u2019une sexualit\u00e9 entre m\u00e8re et b\u00e9b\u00e9, d\u2019une sexualit\u00e9 premi\u00e8re, primitive, primordiale a-t-on pu dire. \u00c9mois qu\u2019il faut rapprocher de ceux du p\u00e8re de la horde primitive, p\u00e8re jaloux, exclusif, qui chasse, bannit ou ch\u00e2tre, voire tue ses fils. \u00c9mois violents et donc dangereux pour l\u2019<em>infans<\/em>, dont il faut le prot\u00e9ger \u00e0 l\u2019aide de la th\u00e9orie d\u2019une sexualit\u00e9 infantile \u00ab&nbsp;auto\u00e9rotique et sans objet&nbsp;\u00bb, d\u2019une th\u00e9orie qui fait dispara\u00eetre le sexuel de la rencontre premi\u00e8re, d\u2019une th\u00e9orie qui n\u2019interroge pas la question du plaisir pris dans cette rencontre premi\u00e8re, par les deux protagonistes de la sc\u00e8ne. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s un long travail d\u2019\u00e9laboration personnel conduit en \u00e9tayage sur la th\u00e9orie, effectu\u00e9 \u00e0 travers le travail th\u00e9orique, que Freud sera pleinement en mesure de penser la s\u00e9duction maternelle \u00e0 travers les soins maternels, et peut-\u00eatre au-del\u00e0 \u00e0 travers le mode de pr\u00e9sence de la m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La sexualit\u00e9 infantile appara\u00eet alors double, comme toutes les formes de sexualit\u00e9 humaine, elle est avec l\u2019objet dans la rencontre avec l\u2019objet, dans le plaisir pris avec l\u2019objet et, nous le verrons, dans les r\u00e9ponses de l\u2019objet aux mouvements pulsionnels du b\u00e9b\u00e9&nbsp;; mais elle est aussi, bien s\u00fbr, auto\u00e9rotique, et peut se passer de la pr\u00e9sence effective de l\u2019objet quand celui-ci est absent, indisponible.<\/p>\n\n\n\n<p>Je peux maintenant en venir au mod\u00e8le de l\u2019\u00e9pigen\u00e8se interactionnelle que je propose en d\u00e9passement de la pol\u00e9mique entre Green et Laplanche. Green a raison d\u2019ancrer la pulsion et la sexualit\u00e9 dans le corps propre du sujet, de lui donner une origine biologique, mais Laplanche a raison de reconna\u00eetre pleinement le r\u00f4le et la place de la sexualit\u00e9 maternelle dans le devenir de la pulsion, de reconna\u00eetre pleinement ce qu\u2019il y a de s\u00e9duction incontournable dans le d\u00e9veloppement de la sexualit\u00e9 humaine. C\u2019est que la sexualit\u00e9 infantile, comme d\u2019ailleurs tout le d\u00e9veloppement de l\u2019enfant, ne se pense bien qu\u2019au sein d\u2019un mod\u00e8le complexe qui intrique facteurs endog\u00e8nes et facteurs exog\u00e8nes, qui \u00e9tudie leur mode de correspondance. Le d\u00e9veloppement premier, D.W. Winnicott l\u2019a fortement soulign\u00e9, se joue en cr\u00e9\u00e9 \/ trouv\u00e9, dans l\u2019entre-jeu qui se d\u00e9roule entre les mouvements et \u00e9lans du b\u00e9b\u00e9, entre les processus potentiels dont il a la pr\u00e9conception de par son patrimoine g\u00e9n\u00e9tique, et les r\u00e9ponses et couleurs particuli\u00e8res dont les r\u00e9ponses de l\u2019environnement vont teinter ceux-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici d\u00e8s lors le mod\u00e8le auquel on peut aboutir en cherchant \u00e0 donner place aux divers facteurs qui contribuent aux d\u00e9veloppements premiers de la sexualit\u00e9 infantile.<\/p>\n\n\n\n<p>Je propose de concevoir celui-ci comme un amalgame, une intrication, une tresse form\u00e9e de cinq \u00ab&nbsp;brins&nbsp;\u00bb qui reprend et complexifie la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9tayage. Il faut supposer une mont\u00e9e de tension chez le b\u00e9b\u00e9, par exemple il a faim, cette mont\u00e9e de tension provoque l\u2019expression d\u2019un d\u00e9plaisir et en m\u00eame temps la qu\u00eate d\u2019un objet pour abaisser la tension. On peut imaginer qu\u2019\u00e0 l\u2019origine, le b\u00e9b\u00e9 a la pr\u00e9conception du type d\u2019objet susceptible de satisfaire son besoin et son d\u00e9sir d\u2019apaiser la tension, et que par la suite, celle-ci s\u2019est enrichie des traces des exp\u00e9riences ant\u00e9rieures. L\u2019investissement de la pr\u00e9conception et des traces d\u2019exp\u00e9riences ant\u00e9rieures produit une hallucination de l\u2019objet qui en m\u00eame temps mobilise un appel et une qu\u00eate de l\u2019objet. L\u2019objet, la m\u00e8re, qui est un autre sujet, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas encore d\u00e9couvert comme tel par le b\u00e9b\u00e9, r\u00e9pond \u00e0 cet \u00e9lan pulsionnel pour des raisons qui lui sont propres et en lien avec sa repr\u00e9sentation du maternel, et vient \u00e0 sa rencontre. La rencontre va mobiliser un ensemble complexe de donn\u00e9es et de plaisirs (ou de d\u00e9plaisirs), elle va s\u2019inscrire au sein du principe du plaisir\/d\u00e9plaisir. D\u00e9taillons les diverses composantes de la rencontre du point de vue du plaisir attendu par le b\u00e9b\u00e9 et de ce qu\u2019il \u00ab&nbsp;trouve&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>1. Il y a d\u2019abord le plaisir li\u00e9 \u00e0 la satisfaction des pulsions d\u2019autoconservation, sp\u00e9cifiquement tributaire de la baisse des tensions somatiques, telle la faim. Il est <em>sine qua non<\/em>, car s\u2019il est durablement non satisfait, le b\u00e9b\u00e9 meurt, mais il ouvre la question de la mani\u00e8re dont la satisfaction des pulsions d\u2019autoconservation va \u00eatre obtenue.<\/p>\n\n\n\n<p>2. Les zones par lesquelles l\u2019autoconservation s\u2019exerce sont aussi des zones \u00e9rog\u00e8nes dont l\u2019activation produit un plaisir propre, plaisir potentiellement ind\u00e9pendant de l\u2019autoconservation elle-m\u00eame, plaisir auto-sensuel et potentiellement sous-jacent \u00e0 l\u2019auto\u00e9rotisme. On peut imaginer qu\u2019\u00e0 l\u2019origine, sauf pathologie corporelle, il est potentiellement au rendez-vous de la rencontre, pour autant que celle-ci respecte suffisamment ses particularit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>3. Cependant, ces deux plaisirs ne se \u00ab&nbsp;composent&nbsp;\u00bb et ne s\u2019\u00e9prouvent v\u00e9ritablement qu\u2019en fonction de la mani\u00e8re dont la m\u00e8re assure sa fonction maternelle, qu\u2019en fonction en particulier du plaisir et du type de plaisir qu\u2019elle prend dans cette t\u00e2che. Le rapport de la m\u00e8re au plaisir fonctionne ici comme un miroir des plaisirs potentiels du b\u00e9b\u00e9&nbsp;: il ne peut \u00e9prouver pleinement les plaisirs potentiels li\u00e9s \u00e0 la satisfaction de l\u2019auto-conservation et \u00e0 l\u2019\u00e9rotique de zone corporelle que pour autant que ceux-ci lui soient refl\u00e9t\u00e9s suffisamment par la m\u00e8re, que pour autant qu\u2019ils soient partag\u00e9s. Le plaisir partag\u00e9 donne au b\u00e9b\u00e9 l\u2019illusion d\u2019\u00eatre capable de trouver ce qu\u2019il est capable de cr\u00e9er.<\/p>\n\n\n\n<p>Inversement, si le plaisir partag\u00e9 n\u2019est pas au rendez-vous de la rencontre, le plaisir de l\u2019autoconservation comme celui aff\u00e9rent \u00e0 l\u2019\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de zone peuvent ne pas \u00eatre sensibles, ils peuvent ne pas \u00eatre \u00ab&nbsp;compos\u00e9s&nbsp;\u00bb et per\u00e7us, ils peuvent ne rester qu\u2019inconscients. Avec la question du \u00ab&nbsp;partage du plaisir&nbsp;\u00bb, c\u2019est celle de l\u2019entre sujet qui prend place organisatrice dans la polyphonie des plaisirs&nbsp;; le plaisir partag\u00e9, et plus g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019affect de l\u2019objet, ouvre la question de sa place de l\u2019autre-sujet, la m\u00e8re dans le d\u00e9ploiement de la vie pulsionnelle. C\u2019est par le partage que le plaisir d\u00e9bouche sur la satisfaction effective, qu\u2019il devient \u00ab&nbsp;satisfaction&nbsp;\u00bb, qu\u2019il transforme les aspirations narcissiques premi\u00e8res des motions pulsionnelles en satisfaction v\u00e9ritable. La r\u00e9ponse de l\u2019objet transforme l\u2019enjeu de la vie pulsionnelle, le transforme ou lui permet de se reconna\u00eetre comme domin\u00e9 par l\u2019importance de la rencontre avec l\u2019objet, l\u2019importance des qualit\u00e9s sp\u00e9cifiques de cette rencontre. C\u2019est l\u00e0 que la question des \u00ab&nbsp;signifiants \u00e9nigmatiques&nbsp;\u00bb issus du plaisir et de la sexualit\u00e9 de la m\u00e8re doit \u00eatre introduite. Mais \u2013 ce que Laplanche ne d\u00e9veloppe pas suffisamment \u2013, ces signifiants \u00e9nigmatiques sont tr\u00e8s variables et leurs effets sur le b\u00e9b\u00e9 ne le sont pas moins.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le plaisir de la m\u00e8re, son plaisir manifeste, celui qu\u2019elle peut refl\u00e9ter au b\u00e9b\u00e9, est trop faible, elle va adresser au b\u00e9b\u00e9 des signes d\u2019ennui, d\u2019insatisfaction, voire de rejet. Et l\u2019\u00e9cho ainsi renvoy\u00e9 au b\u00e9b\u00e9 par le mode de pr\u00e9sence de sa m\u00e8re va avoir un effet retour sur son rapport \u00e0 la vie pulsionnelle et \u00e0 la composition de ses \u00e9prouv\u00e9s pulsionnels&nbsp;; il ne peut trouver ce qu\u2019il \u00e9tait potentiellement capable de cr\u00e9er, et ce qu\u2019il \u00e9tait potentiellement capable de cr\u00e9er est menac\u00e9 de d\u00e9potentialisation. C\u2019est l\u00e0 le point d\u00e9terminant pour le devenir de l\u2019organisation de la pulsion. L\u2019implantation telle que Laplanche la con\u00e7oit ne met pas assez l\u2019accent sur la dialectique qui s\u2019\u00e9tablit entre l\u2019\u00e9lan pulsionnel du b\u00e9b\u00e9 et les caract\u00e9ristiques de la \u00ab&nbsp;r\u00e9ponse&nbsp;\u00bb maternelle \u00e0 cet \u00e9lan, les caract\u00e9ristiques de ce qui est interpr\u00e9t\u00e9 par le b\u00e9b\u00e9 <em>comme des r\u00e9ponses \u00e0 son engagement pulsionnel<\/em>. Il en va de m\u00eame si le plaisir manifeste de la m\u00e8re est trop fort, s\u2019il est trop directement reli\u00e9 \u00e0 sa sexualit\u00e9 adulte \u2013 certaines m\u00e8res d\u00e9crivent des orgasmes pendant la t\u00e9t\u00e9e \u2013, car alors la rencontre du b\u00e9b\u00e9 avec le plaisir \u00e9nigmatique de la m\u00e8re exc\u00e8de ses capacit\u00e9s et l\u2019intensit\u00e9 m\u00eame de l\u2019\u00e9prouv\u00e9 maternel provoque une d\u00e9sorganisation dans l\u2019\u00e9tat psychique du b\u00e9b\u00e9. Le b\u00e9b\u00e9 ne peut trouver dans l\u2019\u00e9cho du plaisir maternel un reflet suffisamment bien temp\u00e9r\u00e9 du sien, ou plut\u00f4t le plaisir de la m\u00e8re lui appara\u00eet comme mena\u00e7ant, comme si la m\u00e8re lui renvoyait une image amplifi\u00e9e de son propre mouvement pulsionnel, une image terrifiante \u00e0 force d\u2019\u00eatre amplifi\u00e9e. Le plaisir de la m\u00e8re ne produit pas d\u2019effet de satisfaction, il ne peut \u00eatre partag\u00e9 du fait de ses caract\u00e9ristiques propres qui exc\u00e8dent les capacit\u00e9s du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er ce qu\u2019il trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>On con\u00e7oit donc que la notion de signifiants \u00e9nigmatiques ne suffit pas \u00e0 caract\u00e9riser ce qui se produit, m\u00eame si elle \u00e9claire la question qu\u2019il faut se poser de ce qui se produit au niveau des plaisirs r\u00e9ciproques. Il faut lui ajouter toute la question du rapport de la m\u00e8re au plaisir, et ceci aussi bien \u00e0 un niveau quantitatif qu\u2019\u00e0 un niveau qualitatif. Cela ouvre non plus seulement \u00e0 la question de la s\u00e9duction mais \u00e0 celle de l\u2019abus. Ce n\u2019est pas la s\u00e9duction qui fait probl\u00e8me, elle est in\u00e9vitable, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9, en creux ou en plein, manque \u00e0 pouvoir se d\u00e9ployer l\u2019imp\u00e9ratif du cr\u00e9er\/trouver n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019exercice de la fonction \u00ab&nbsp;miroir&nbsp;\u00bb de la rencontre primitive, qu\u2019elle fait probl\u00e8me, qu\u2019elle prend alors la forme de l\u2019abus. Mais le cr\u00e9\u00e9\/trouv\u00e9 n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre absolu, il suffit qu\u2019il soit suffisant pour que le travail psychique du b\u00e9b\u00e9 soit maintenu possible, qu\u2019il puisse ajuster le cr\u00e9\u00e9 au trouv\u00e9 et le trouv\u00e9 au cr\u00e9\u00e9. C\u2019est ce que nous allons voir maintenant en reprenant le fil de notre mod\u00e8le d\u2019une tresse complexe.<\/p>\n\n\n\n<p>4. Du fait de la pr\u00e9sence des signifiants \u00e9nigmatiques, le \u00ab&nbsp;partage de plaisir&nbsp;\u00bb a ses limites dans tous les cas, le plaisir de l\u2019objet comporte une part qui, li\u00e9e au potentiel orgasmique de la sexualit\u00e9 adulte que celle-ci implique, \u00e9chappe au processus d\u2019accordage, n\u00e9cessairement, in\u00e9vitablement, dans la mesure o\u00f9 il r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des exp\u00e9riences corporelles \u00e9trang\u00e8res \u00e0 celles du b\u00e9b\u00e9 et qu\u2019il ne peut empathiser faute de sensations et d\u2019exp\u00e9riences suffisamment similaires. Il y a une diff\u00e9rence entre l\u2019enjeu et le plaisir\/d\u00e9plaisir du b\u00e9b\u00e9 et ceux de la m\u00e8re, une diff\u00e9rence autant li\u00e9e \u00e0 leur diff\u00e9rence dans l\u2019exp\u00e9rience du sexuel qu\u2019\u00e0 leur diff\u00e9rence de maturation psychique et de m\u00e9tabolisation de ces exp\u00e9riences.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, quand elle est suffisamment temp\u00e9r\u00e9e, la part \u00e9nigmatique de l\u2019objet ouvre la question du p\u00e8re, et au-del\u00e0 celle de la sc\u00e8ne primitive et des origines. Quand l\u2019\u00e9nigme n\u2019a pas valeur d\u00e9sorganisatrice, c\u2019est-\u00e0-dire quand le partage de plaisir en trouv\u00e9\/cr\u00e9\u00e9 est suffisant, elle introduit au \u00ab&nbsp;plaisir de l\u2019\u00e9nigme&nbsp;\u00bb, \u00e0 la curiosit\u00e9, qui est tout autant un plaisir pris dans le caract\u00e8re \u00e9nigmatique des signifiants sexuels adultes transmis par l\u2019objet que dans le caract\u00e8re \u00e9nigmatique du plaisir lui-m\u00eame, de tout plaisir. Les \u00ab&nbsp;signifiants \u00e9nigmatiques&nbsp;\u00bb suffisamment bien temp\u00e9r\u00e9s \u00ab&nbsp;pr\u00e9sentent&nbsp;\u00bb le p\u00e8re au b\u00e9b\u00e9, ils inscrivent en creux la place qu\u2019il viendra occuper. Mais l\u00e0 encore, il faut pr\u00e9ciser. Le p\u00e8re a une existence propre, ind\u00e9pendamment de la m\u00e8re, il initie des modes de communication et d\u2019\u00e9change qui lui sont sp\u00e9cifiques et ne sont pas directement reli\u00e9s \u00e0 la m\u00e8re ni \u00e0 la place qu\u2019il occupe dans le d\u00e9sir de celle-ci. Mais en revanche, et c\u2019est une autre question, la pr\u00e9forme de sa place symbolique dans l\u2019organisation de la sc\u00e8ne primitive d\u00e9pend en partie de que j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 introduire plus haut concernant la fonction de d\u00e9signation des signifiants \u00e9nigmatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>5. Enfin, il faut encore \u00e9voquer le plaisir pris dans l\u2019int\u00e9riorisation des formes incorporatives premi\u00e8res \u00e0 celles plus tardives de l\u2019introjection par lesquelles les auto\u00e9rotismes v\u00e9ritables se constituent. C\u2019est dans ce plaisir que l\u2019appropriation subjective trouve le socle sur lequel elle va pouvoir se d\u00e9velopper. Progressivement, les interdits successifs qui vont ensuite se d\u00e9ployer \u2013 interdit du cannibalisme, interdit du toucher, interdit du voir, puis interdit de la repr\u00e9sentation sp\u00e9culaire \u2013 vont contraindre l\u2019enfant \u00e0 d\u00e9condenser cette polyphonie et cet amalgame premier des formes du plaisir, au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il va devoir quitter le corps \u00e0 corps avec l\u2019objet et se s\u00e9parer toujours plus de celui-ci. Ces divers interdits vont contraindre en effet le b\u00e9b\u00e9 puis l\u2019enfant \u00e0 d\u00e9velopper des auto\u00e9rotismes et des processus appropriatifs \u00e0 partir desquels il va affirmer toujours plus ses caract\u00e9ristiques propres, mais sur fond de ce qui s\u2019est et ne s\u2019est pas produit dans les rencontres avec les objets autres-sujets. L\u2019activit\u00e9 repr\u00e9sentative et l\u2019\u00e9change symbolique devront alors suppl\u00e9er toujours plus cet \u00e9loignement des conditions premi\u00e8res de la satisfaction. Mais ces divers temps de d\u00e9condensation et de d\u00e9ploiement ne peuvent jouer que pour autant que les liens premiers et les exp\u00e9riences premi\u00e8res qui unissent les divers brins de la tresse que je viens de configurer sont suffisamment intriqu\u00e9s entre eux. Il y a une \u00ab&nbsp;respiration du processus psychique&nbsp;\u00bb qui comporte des temps de rassemblement alternant avec des temps de d\u00e9condensation. Autrement dit, il y a des temps de synth\u00e8se qui sont aussi essentiels aux temps d\u2019analyse et de travail \u00ab&nbsp;d\u00e9tail par d\u00e9tail&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9ros, avance Freud en 1920, aime \u00e0 faire des ensembles toujours plus vastes, et il souligne \u00e9galement vers la fin de sa vie qu\u2019une des causes de la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition est \u00e0 chercher dans les exp\u00e9riences les plus pr\u00e9coces, en raison de la faible capacit\u00e9 de synth\u00e8se du Moi du petit enfant. On se souvient que M. Klein souligne la pr\u00e9sence de m\u00e9canismes schizo\u00efdes dans la premi\u00e8re enfance, et donc de m\u00e9canismes de clivages \u2013 affirmations qui vont dans le m\u00eame sens. Freud indique ainsi que le sexuel a une fonction importante dans les capacit\u00e9s de synth\u00e8se et dans la possibilit\u00e9 de sortir des aspects mortif\u00e8res du narcissisme.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, comme D.W. Winnicott y a fortement insist\u00e9, les premi\u00e8res exp\u00e9riences du b\u00e9b\u00e9 ne sont pas d\u2019embl\u00e9e int\u00e9gr\u00e9es, on peut m\u00eame aller jusqu\u2019\u00e0 dire, comme M. David, que le b\u00e9b\u00e9 est une \u00ab&nbsp;n\u00e9buleuse subjective&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il vit des \u00e9tats non reli\u00e9s les uns aux autres ou qui ne seront reli\u00e9s les uns aux autres que progressivement. Cela signifie que l\u2019environnement premier a une part importante \u00e0 jouer pour vicarier la fonction de synth\u00e8se et de continuit\u00e9 que le petit enfant ne peut assurer seul. Mais de telles r\u00e9flexions ouvrent aussi la question de savoir s\u2019il y a des exp\u00e9riences d\u2019int\u00e9gration particuli\u00e8rement importantes et qui vont contribuer \u00e0 \u00e9tayer les liaisons premi\u00e8res et ainsi aux premi\u00e8res formes de synth\u00e8se. Tout porte \u00e0 penser que les sensations corporelles repr\u00e9sentent un point d\u2019appui important dans l\u2019int\u00e9gration psychique et le travail de rassemblement. Les b\u00e9b\u00e9s se mettent volontiers en position rassembl\u00e9e, en position f\u0153tale. Mais les tout jeunes b\u00e9b\u00e9s ne peuvent pas encore prendre cette position en raison de leur immaturit\u00e9. Ils ont souvent les bras \u00ab&nbsp;en chandelle&nbsp;\u00bb du fait de l\u2019action des muscles hyper extenseurs. A. Bullinger a remarqu\u00e9 que l\u2019appui dos, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019appui recherch\u00e9 sur le centre du dos des b\u00e9b\u00e9s, ph\u00e9nom\u00e8ne souvent soulign\u00e9 dans la clinique des tout-petits, a pour effet de lib\u00e9rer les bras de la pression des muscles hyper extenseurs, ce qui a pour cons\u00e9quence de leur permettre de ramener les mains dans le champ visuel des yeux et \u00e0 port\u00e9e de bouche, geste qui rend possible un effet de \u00ab&nbsp;rassemblement&nbsp;\u00bb sensoriel et m\u00eame sensori-moteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce qui est ainsi obtenu par effet de posture corporelle ne repr\u00e9sente qu\u2019une matrice possible pour une exp\u00e9rience de rassemblement \u00ab&nbsp;psychique&nbsp;\u00bb&nbsp;; pour que cette exp\u00e9rience prenne sens et fournisse l\u2019une des exp\u00e9riences d\u2019\u00e9tayage du travail d\u2019int\u00e9gration et de synth\u00e8se, il est n\u00e9cessaire qu\u2019elle soit libidinalis\u00e9e, qu\u2019elle soit pulsionnellement investie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le mod\u00e8le de la tresse des brins de plaisir que j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 plus haut, la charge libidinale est importante du fait des divers plaisirs qui sont pr\u00e9sents en m\u00eame temps dans l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue quand elle se d\u00e9roule suffisamment bien. C\u2019est une exp\u00e9rience de rassemblement des divers types de plaisirs importants dans la vie du b\u00e9b\u00e9, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une forme d\u2019exp\u00e9rience de synth\u00e8se, mais si la mani\u00e8re de porter le b\u00e9b\u00e9 lui permet en outre de r\u00e9aliser le rassemblement sensoriel que d\u00e9crit Bullinger, celui-ci se trouve du m\u00eame coup devenir partie prenante de l\u2019exp\u00e9rience de plaisir&nbsp;; il se m\u00eale \u00e0 la f\u00eate et s\u2019en trouve \u00eatre libidinalis\u00e9 du m\u00eame coup, il apporte sa contribution \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de rassemblement somato-psychique. Il se pourrait m\u00eame qu\u2019il soit indispensable au rassemblement des brins de la tresse des formes du plaisir premier&nbsp;: on imagine mal un b\u00e9b\u00e9 satisfait par une exp\u00e9rience de t\u00e9t\u00e9e dans laquelle il ne pourrait pas \u00eatre aussi \u00ab&nbsp;rassembl\u00e9&nbsp;\u00bb corporellement. D\u2019ailleurs, la main lib\u00e9r\u00e9e des muscles hyper extenseurs \u00e9taye \u00e9galement les possibilit\u00e9s d\u2019appropriation de l\u2019exp\u00e9rience. I. Haufmann, dans une \u00e9tude assez bouleversante publi\u00e9e dans la revue <em>Devenir<\/em>, montre, \u00e0 l\u2019inverse, que certains b\u00e9b\u00e9s m\u00e8nent une lutte intense contre leur m\u00e8re qui cherche \u00e0 leur immobiliser la main pour qu\u2019elle soit en dehors de la sc\u00e8ne de la t\u00e9t\u00e9e, une lutte o\u00f9 le rapport de force ne peut gu\u00e8re tourner en faveur des b\u00e9b\u00e9s. On se souvient du b\u00e9b\u00e9 \u0152dipe expos\u00e9 sur le Cit\u00e9ron, pieds et poings li\u00e9s, entrav\u00e9 \u00e0 mort dans sa motricit\u00e9 puis confront\u00e9 \u00e0 un destin funeste dont il ne peut se d\u00e9prendre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 tous les niveaux de la naissance du sexuel et du d\u00e9veloppement de la vie psychique, on retrouve la place de la pr\u00e9sence de l\u2019objet en tant qu\u2019il est autre sujet, et donc dot\u00e9 d\u2019une autonomie et de d\u00e9sirs et traits de comportement ou de caract\u00e8re propres, et pas seulement consid\u00e9r\u00e9 comme objet de la pulsion. L\u2019objet autre-sujet est n\u00e9cessairement pr\u00e9sent, et il s\u00e9duit aussi n\u00e9cessairement par ses particularit\u00e9s, et toute la question sera donc de savoir comment cette s\u00e9duction est organis\u00e9e pour que, dans le fil du devenir, l\u2019enfant, l\u2019adolescent puis l\u2019adulte puissent s\u2019en d\u00e9gager suffisamment pour d\u00e9velopper leur \u00ab&nbsp;psychologie individuelle&nbsp;\u00bb. S\u00e9duction n\u2019est pas abus, et si l\u2019on veut \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9raliser la s\u00e9duction&nbsp;\u00bb, alors il faut bien la diff\u00e9rencier de l\u2019abus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Freud, S. 1905. <em>Trois essais sur la th\u00e9orie de la sexualit\u00e9<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S. 1920. \u00ab&nbsp;Au-del\u00e0 du principe du plaisir&nbsp;\u00bb, dans <em>Essais de psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1982.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S. 1921. \u00ab&nbsp;Psychologie des masses et analyse du Moi&nbsp;\u00bb, <em>oc<\/em>, XVI, Paris, Puf, 1991.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S. 1921. \u00ab&nbsp;L\u2019identification&nbsp;\u00bb dans <em>Essais de psychanalyse<\/em>, Paris, Payot, 1979.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9968?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question de la \u00ab&nbsp;s\u00e9duction&nbsp;\u00bb, qu\u2019elle soit dite \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e&nbsp;\u00bb ou plus ponctuelle, donc \u00ab&nbsp;restreinte&nbsp;\u00bb, rencontre le probl\u00e8me majeur de l\u2019influence de l\u2019objet sur la vie pulsionnelle&nbsp;: dans la mesure o\u00f9 la s\u00e9duction superpose objet et source pulsionnelle, elle fait de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1223,1214],"thematique":[210],"auteur":[1484],"dossier":[838],"mode":[60],"revue":[855],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9968","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-perinatalite","rubrique-psychanalyse","thematique-sexualite","auteur-rene-roussillon","dossier-sexe-sexuel-sexualites","mode-payant","revue-855","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9968","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9968"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9968\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16474,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9968\/revisions\/16474"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9968"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9968"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9968"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9968"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9968"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9968"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9968"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9968"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9968"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}