{"id":9962,"date":"2021-08-22T07:31:01","date_gmt":"2021-08-22T05:31:01","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/conversions-somatiques-et-travail-psychique-leclairage-du-bilan-2\/"},"modified":"2021-09-21T11:28:45","modified_gmt":"2021-09-21T09:28:45","slug":"conversions-somatiques-et-travail-psychique-leclairage-du-bilan","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/conversions-somatiques-et-travail-psychique-leclairage-du-bilan\/","title":{"rendered":"Conversions somatiques et travail psychique : l&rsquo;\u00e9clairage du bilan"},"content":{"rendered":"\n<p>La pr\u00e9sentation du cas d\u2019Amandine pose de multiples questions, et c\u2019est pourquoi je remercie vivement Caroline Hurvy de l\u2019avoir choisi, tant il est propice aux r\u00e9flexions sur le sujet de la n\u00e9vrose chez l\u2019enfant. Sans aborder tous les aspects que soul\u00e8ve ce cas, j\u2019engagerai ma pr\u00e9sentation selon quelques axes pour introduire et encadrer ma lecture des protocoles de projectifs de cette pr\u00e9-adolescente. J\u2019ai en effet pris le parti de ne travailler que sur les donn\u00e9es des protocoles et pas sur le texte de Caroline Hurvy. Par ce parti pris, j\u2019ai souhait\u00e9 me tenir hors de l\u2019influence de son analyse, afin de mieux mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la lecture en aveugle des \u00e9preuves projectives, mode d\u2019approche qui doit, si nos observations convergent, souligner les apports du Rorschach et du TAT interpr\u00e9t\u00e9s dans la perspective psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>Amandine se pr\u00e9sente \u00e0 la consultation avec des troubles de conversion affectant les jambes. La question qui se pose au clinicien est celle du registre de fonctionnement psychique sous-jacent \u00e0 ce sympt\u00f4me, compr\u00e9hension importante pour aider aux d\u00e9cisions de prise en charge, servir une perspective pronostique et aider l\u2019\u00e9quipe soignante dans son travail th\u00e9rapeutique.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019agissant de conversion somatique (le corps est en jeu mais l\u2019organe n\u2019est pas atteint), l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une organisation hyst\u00e9rique se pose, dans la perspective psychanalytique qui est la n\u00f4tre. Nous pourrions, si nous en avions le temps, nous engager d\u00e8s cette hypoth\u00e8se dans des d\u00e9bats multidimensionnels&nbsp;: le premier concerne la dimension authentiquement n\u00e9vrotique de l\u2019hyst\u00e9rie, actuellement remise en question dans de nombreux travaux (ceux de Bertrand Cramer que je vais \u00e9voquer, ceux des psychosomaticiens de l\u2019<em>\u00c9cole de Paris<\/em>, avec pour commencer la publication en 1968 de l\u2019article <em>Le cas Dora et le point de vue psychosomatique<\/em> par Pierre Marty, Michel Fain, Michel de M\u2019Uzan et Christian David, et un num\u00e9ro r\u00e9cent (2004) de la <em>Revue fran\u00e7aise de psychosomatique<\/em>, qui nous m\u00e8neraient trop loin du propos de cette Journ\u00e9e. Les deux autres sont li\u00e9s d\u2019une part au sympt\u00f4me lui-m\u00eame et d\u2019autre part \u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019Amandine&nbsp;: je les \u00e9voquerai bri\u00e8vement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>1- le sympt\u00f4me de conversion est-il toujours li\u00e9 \u00e0 des troubles hyst\u00e9riques&nbsp;?<\/em><\/strong> Un certain nombre de travaux, portant essentiellement sur la psychopathologie de l\u2019adulte, ont mis en \u00e9vidence la n\u00e9cessit\u00e9 de disjoindre le lien \u00e9troitement pos\u00e9 entre l\u2019un et l\u2019autre \u00e0 partir des premiers travaux de Freud sur l\u2019hyst\u00e9rie, Freud lui-m\u00eame ayant d\u2019ailleurs admis d\u00e8s 1916 la pr\u00e9sence de ph\u00e9nom\u00e8nes de conversion mineurs ailleurs que dans l\u2019hyst\u00e9rie de conversion (1916-1917a).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>2- Amandine a 10 ans&nbsp;: peut-on parler de n\u00e9vrose \u00e0 cet \u00e2ge, et en particulier de n\u00e9vrose hyst\u00e9rique&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Amandine a 10 ans, et m\u00eame si elle n\u2019est pas encore pub\u00e8re elle se situe \u00e0 l\u2019or\u00e9e de la pubert\u00e9. On sait en effet que celle-ci se manifeste \u00e0 un \u00e2ge de plus en plus pr\u00e9coce au fil du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la description que fait Freud, dans <em>Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle<\/em>, de l\u2019\u00e9volution psychique des jeunes sujets, il situe \u00e0 la pubert\u00e9, sous l\u2019effet du refoulement, l\u2019apparition de la n\u00e9vrose qui \u00ab&nbsp;vient se substituer \u00e0 la perversion&nbsp;\u00bb (1905, p. 189). Les causes sugg\u00e9r\u00e9es pour l\u2019\u00e9closion des troubles n\u00e9vrotiques sont nombreuses, et tiennent pour beaucoup \u00e0 la dimension biphasique du d\u00e9veloppement sexuel humain&nbsp;: les remaniements pubertaires survenant apr\u00e8s le temps de la latence entra\u00eenent un afflux pulsionnel qui d\u00e9borde les capacit\u00e9s de gestion par la psych\u00e9, et n\u00e9cessitent le recours au refoulement&nbsp;; le regroupement des pulsions sous le primat du g\u00e9nital, t\u00e2che de l\u2019adolescence, est parfois entrav\u00e9 par des fixations pr\u00e9g\u00e9nitales. Le changement d\u2019objet libidinal rendu n\u00e9cessaire par l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la g\u00e9nitalit\u00e9 ne peut parfois s\u2019op\u00e9rer, du fait de l\u2019intensit\u00e9 des fixations incestueuses, et de la trop grande similarit\u00e9 du nouvel objet avec le premier objet.<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, avec la pubert\u00e9, le processus de sexualisation donne aux fantasmes infantiles et aux \u00e9v\u00e9nements ant\u00e9rieurs une signification qui intervient dans la psych\u00e9 adolescente avec un effet d\u2019apr\u00e8s-coup traumatique. M\u00eame si c\u2019est seulement avec le d\u00e9ploiement de l\u2019adolescence, voire, pour Peter Blos (1985), \u00e0 son issue, qu\u2019on peut vraiment parler de n\u00e9vrose, la question de son amorce dans le cas d\u2019Amandine reste donc ouverte.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Axes retenus&nbsp;: corps et pubert\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, les \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques montrent que les troubles de conversion apparaissent de mani\u00e8re pr\u00e9valente aux alentours de la pubert\u00e9, dans une tranche d\u2019\u00e2ge situ\u00e9e, selon les auteurs, autour de 11 ans (Danjoux cit\u00e9 <em>in<\/em> Cramer, 1977, p 29) ou plus largement entre 9 et 15 ans (Bezy, <em>ibid.<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un article qui fait sur la question un point toujours actuel, Bertrand Cramer choisit clairement d\u00e8s son titre les axes que je vais privil\u00e9gier dans cette \u00e9tude, ceux du corps et de la pubert\u00e9&nbsp;: l\u2019article s\u2019intitule <em>Vicissitudes de l\u2019investissement du corps&nbsp;: sympt\u00f4mes de conversion en p\u00e9riode pubertaire<\/em> (Cramer, 1977). Apr\u00e8s avoir soulign\u00e9 le fait que la signification de la conversion diff\u00e8re en fonction de l\u2019\u00e2ge des sujets (enfance &#8211; rare, il faut le pr\u00e9ciser &#8211; adolescence ou \u00e2ge adulte), Cramer revient sur la d\u00e9finition de la conversion, d\u00e9finition qui la distingue justement des somatisations \u00abfaciles et rapides\u00bb du jeune \u00e2ge. La conversion rel\u00e8ve, \u00e0 partir de la fin de la p\u00e9riode de latence et au d\u00e9cours de la pubert\u00e9, d\u2019un \u00ab&nbsp;ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9gressif o\u00f9 la somatisation l\u2019emporte sur la mentalisation \u00e0 la faveur d\u2019un mouvement d\u00e9fensif contre certaines pulsions et affects&nbsp;\u00bb (ibid.., p. 28). Il rejoint dans sa d\u00e9finition la perspective freudienne en \u00e9voquant la transposition dans le corps de conflits psychiques inacceptables, la signification symbolique du sympt\u00f4me, symbolisation qui engage le d\u00e9placement et la condensation, et enfin l\u2019importance du refoulement (la libido, d\u00e9tach\u00e9e de la repr\u00e9sentation refoul\u00e9e, l\u2019exprime par le corps).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette perspective, une th\u00e8se centrale du travail de Cramer vise \u00e0 mettre en \u00e9vidence la sp\u00e9cificit\u00e9 de la conversion comme \u00e9laboration d\u00e9fensive \u00e0 la p\u00e9riode pubertaire et imm\u00e9diatement p\u00e9ri-pubertaire, sans pour autant pr\u00e9juger de la dimension hyst\u00e9rique du sympt\u00f4me. Sa recherche montre en effet que le sympt\u00f4me conversif ne se retrouve pas exclusivement dans des modalit\u00e9s de fonctionnement n\u00e9vrotique, m\u00eame si, tout comme dans la recherche men\u00e9e par Caroline Hurvy aupr\u00e8s de pr\u00e9-adolescents et adolescents, ce type d\u2019organisation, sans \u00eatre exclusif, semble pr\u00e9valent.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, compte-tenu de la teneur \u00ab&nbsp;pubertaire&nbsp;\u00bb des protocoles, j\u2019ai choisi d\u2019\u00e9tudier le fonctionnement d\u2019Amandine aux \u00e9preuves projectives en m\u2019attachant aux probl\u00e9matiques qui marquent l\u2019anticipation de la pubert\u00e9 afin de r\u00e9fl\u00e9chir aux liens susceptibles d\u2019exister entre ces probl\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019adolescence et le sympt\u00f4me pr\u00e9sent\u00e9 par Amandine.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc sur les liens entre pubert\u00e9-adolescence et troubles conversifs que je vais m\u2019attarder, en articulant la question de ces troubles avec celle du corps \u2013 dont on sait la place qu\u2019il occupe \u00e0 cette p\u00e9riode. J\u2019\u00e9voquerai \u00e9galement ce qui se joue au plan des processus de pens\u00e9e afin de mettre au regard de ce sympt\u00f4me prenant le corps pour lieu d\u2019expression les capacit\u00e9s de symbolisation des conflits. Par ailleurs, compte tenu de la question qui fait d\u00e9bat, s\u2019agissant de troubles conversifs, du registre de fonctionnement n\u00e9vrotique ou non n\u00e9vrotique sous-jacent, je retiendrai quelques crit\u00e8res d\u2019analyse classiques au Rorschach et au TAT, afin d\u2019alimenter &#8211; ou du moins d\u2019amorcer &#8211; la discussion relative \u00e0 ce point&nbsp;: le registre des probl\u00e9matiques, l\u2019angoisse, les m\u00e9canismes de d\u00e9fense, et le rapport au r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019appuierai sur les protocoles de Rorschach et de TAT non pour donner un diagnostic \u2013 \u00e9minemment douteux, \u00e0 cet \u00e2ge de la vie \u2013 mais pour d\u00e9gager les lignes de force, les probl\u00e9matiques susceptibles de nous guider dans la compr\u00e9hension du fonctionnement psychique d\u2019Amandine. L\u2019exercice a ses limites, nous les connaissons&nbsp;: en effet il nous manque d\u2019une part l\u2019\u00e9change avec le sujet, les donn\u00e9es de l\u2019entretien et celles issues de la relation transf\u00e9ro-contre-transf\u00e9rentielle, mais aussi la rencontre avec les parents, la possibilit\u00e9, dont on sait l\u2019importance \u00e0 cet \u00e2ge, de situer le sympt\u00f4me dans une \u00e9conomie familiale globale. Quelques \u00e9l\u00e9ments apport\u00e9s par Caroline Hurvy, recueillis au cours des entretiens, permettent d\u2019en dessiner le contour, mais cela ne saurait remplacer les donn\u00e9es de consultations r\u00e9guli\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019anticipation de l\u2019adolescence<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Le protocole de Rorschach<\/em> d\u2019Amandine est caract\u00e9ristique, au plan de la tonalit\u00e9 d\u2019ensemble, de l\u2019intensit\u00e9 de la participation et des modalit\u00e9s d\u00e9fensives pr\u00e9valentes, du passage entre fin de la latence et entr\u00e9e dans l\u2019adolescence, l\u2019ensemble s\u2019inscrivant dans un registre dont les modalit\u00e9s adaptatives soutiennent les capacit\u00e9s \u00e0 imaginer et \u00e0 symboliser&nbsp;: comme \u00e0 l\u2019adolescence, la participation est importante (29 r\u00e9ponses) et s\u2019accompagne d\u2019un investissement notable du mat\u00e9riel, avec une sensibilit\u00e9 \u00e9vidente aux variations que ce dernier pr\u00e9sente et donc aux diff\u00e9rents registres de sollicitation qu\u2019il propose. De la latence, le protocole garde un aspect d\u00e9fensif qui s\u2019attarde dans le registre rigide propre \u00e0 cet \u00e2ge (pr\u00e9cautions verbales, appui sur les positions spatiales telles que dessus, dessous, au milieu, derri\u00e8re), contention dans le d\u00e9ploiement du fantasme, d\u00e9fenses permettant de contr\u00f4ler la mise en jeu de la dynamique pulsionnelle, l\u2019excitation, et l\u2019\u00e9mergence de l\u2019angoisse de castration aux planches rouges mais aussi aux planches pastels, en particulier la planche X, ainsi que les angoisses suscit\u00e9es par l\u2019appel aux identifications masculines (planche IV et VI) et f\u00e9minines (VII, IX). Les mouvements de refoulement viennent en renfort, en particulier dans les planches I et V dont la sollicitation dans le registre corporel est directement pr\u00e9valente, ou aux planches II et III, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9es, qui mettent en jeu le corps \u00e0 partir d\u2019une r\u00e9activation pulsionnelle due aux particularit\u00e9s du mat\u00e9riel. Comme c\u2019est le cas \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019adolescence, le protocole s\u2019enrichit d\u2019oscillations entre registre \u0153dipien, dont on pressent la r\u00e9activation et ses cons\u00e9quences en termes d\u2019angoisse, et registre narcissique, qui traduit \u00e0 la fois la fragilisation apport\u00e9e par la pouss\u00e9e pubertaire et l\u2019investissement \u00e0 vis\u00e9e d\u00e9fensive que cette derni\u00e8re sollicite.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, cet investissement narcissique, qui se r\u00e9v\u00e8le dans les Rorschach d\u2019adolescents par l\u2019augmentation des r\u00e9ponses et le d\u00e9ploiement des modalit\u00e9s repr\u00e9sentationnelles, l\u2019investissement de la pens\u00e9e au service de la pr\u00e9sentation des conflits, le plaisir \u00e0 jouer et \u00e0 penser, l\u2019investissement de la repr\u00e9sentation de soi, reste ici encore contenu sauf dans l\u2019inflation du score Barri\u00e8re\/P\u00e9n\u00e9tration, sur lequel je vais revenir. Je retiendrai une impression d\u2019ensemble qui rend compte d\u2019un compromis entre plaisir de la participation et d\u00e9fense par rapport \u00e0 l\u2019exc\u00e8s d\u2019excitation que, visiblement, le mat\u00e9riel engendre chez Amandine.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Particularit\u00e9s de l\u2019investissement du corps<\/h2>\n\n\n\n<p>Le Rorschach constitue, on le sait, une \u00e9preuve particuli\u00e8rement propice \u00e0 l\u2019appel au corps, appel qui se joue &#8211; en \u00e9cho privil\u00e9gi\u00e9, bien entendu, avec le mode de fonctionnement du sujet &#8211; dans le registre narcissique comme dans le registre objectal. Comment utiliser ces caract\u00e9ristiques pour appr\u00e9hender la qualit\u00e9 et la nature de l\u2019investissement du corps, permettant si ce n\u2019est d\u2019\u00e9clairer le sympt\u00f4me de conversion par la connaissance de sa fonction, du moins de mieux comprendre dans quel registre il s\u2019inscrit&nbsp;? La d\u00e9marche n\u2019est pas classique, mais elle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre men\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis attard\u00e9e, pour y parvenir, d\u2019une part sur les indices Rorschach commun\u00e9ment li\u00e9s \u00e0 la repr\u00e9sentation du corps dans sa dimension narcissique et traduisant l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la repr\u00e9sentation, le sentiment de continuit\u00e9 d\u2019exister, la d\u00e9limitation entre soi et l\u2019ext\u00e9rieur, l\u2019investissement libidinal de la repr\u00e9sentation de soi, ou leurs d\u00e9faillances, et d\u2019autre part sur les indices qui r\u00e9v\u00e8lent l\u2019inscription du corps dans un registre d\u2019\u00e9changes investis d\u2019une libido qui circule de soi \u00e0 l\u2019autre et qui int\u00e8gre l\u2019objet ou le place au sein de relations agressives. A l\u2019intersection \u00e9troite des deux registres s\u2019inscrivent les identifications. Chez Amandine, ce qui rel\u00e8ve de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 corporelle s\u2019av\u00e8re sans d\u00e9faillances, les limites entre soi et l\u2019objet sont bien assur\u00e9es, le tout allant de pair avec le bon rapport au r\u00e9el d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les repr\u00e9sentations figurant l\u2019investissement des limites corporelles<\/em>, ou ce qui peut en tenir lieu ou leur servir de protection (manteau, chaussures, chaussons, crabe, scorpion), sont hautement investies, tout comme les repr\u00e9sentations figurant, \u00e0 l\u2019inverse, les ouvertures, les absences de contour, les voies vers l\u2019effraction (espace, trou, all\u00e9e, chemin, route ouverte). Le score Barri\u00e8re\/P\u00e9n\u00e9tration, propos\u00e9 par Fisher et Cleveland (1958) dans une vis\u00e9e de recherche concernant les repr\u00e9sentations du corps, score qui s\u2019appuie sur des contenus relevant de ces deux registres de r\u00e9ponses, est chez Amandine nettement sup\u00e9rieur aux normes (Normes&nbsp;: 4B\/2P). En ceci, il correspond d\u00e9j\u00e0, de mani\u00e8re bien \u00e9loign\u00e9e d\u2019un fonctionnement latent, \u00e0 ce que l\u2019on rencontre dans les protocoles marqu\u00e9s par l\u2019engagement dans le processus d\u2019adolescence. Le surinvestissement marqu\u00e9 de ces deux registres de repr\u00e9sentations traduit la place occup\u00e9e par le corps dans le fonctionnement psychique d\u2019Amandine&nbsp;: corps investi comme lieu de l\u2019\u00e9rotisation et de l\u2019atteinte, dans un registre ou l\u2019attrait et la d\u00e9fense vis-\u00e0-vis de la passivit\u00e9 se dessinent, et o\u00f9 le masochisme se laisse entrevoir. S\u2019inscrit dans ce registre la s\u00e9rie des repr\u00e9sentations en lien \u00e9troit avec le sympt\u00f4me pr\u00e9sent\u00e9, et dont on peut soup\u00e7onner le soutien d\u2019un investissement \u00e9rog\u00e8ne de la douleur (chaussures, pieds, choses pour faire de la danse classique&nbsp;: chausson, ballerine), ou encore la s\u00e9quence d\u00e9clinant des versions fantasmatiques du f\u00e9minin passif-effract\u00e9&nbsp;: plante, fleur rose, p\u00e9tales roses, moule (ouverte de chaque c\u00f4t\u00e9) sur laquelle je vais revenir.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Si l\u2019investissement de la repr\u00e9sentation de soi<\/em> repose sur un socle assur\u00e9 quant aux limites (planches I, IV&nbsp;: papillon, chauve-souris), cette repr\u00e9sentation suscite toutefois un certain doute (\u00ab&nbsp;Un papillon un peu bizarre&nbsp;\u00bb), et des mouvements de refoulement (planche I&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne sais pas, c\u2019est la forme&nbsp;\u00bb&nbsp;; planche V&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne vois que \u00e7a&nbsp;\u00bb) qui tiennent peut-\u00eatre \u00e0 la difficult\u00e9 d\u2019adopter un choix identificatoire, le renoncement \u00e0 l\u2019illusion bisexuelle \u00e9tant v\u00e9cu comme castration.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, les repr\u00e9sentations amen\u00e9es par les planches aux sollicitations diff\u00e9renci\u00e9es, dans le registre phallique (IV, VI) et dans le registre f\u00e9minin\/maternel (VII, IX), s\u2019inscrivent dans la prise en compte de ces sollicitations respectives. Elles traduisent la d\u00e9fense contre une angoisse de castration qui d\u00e9coule aussi bien d\u2019un registre identificatoire que de l\u2019autre. Les identifications masculines donnent lieu \u00e0 une surench\u00e8re d\u2019\u00e9l\u00e9ments phalliques partiels soutenus par l\u2019isolation (planche VI&nbsp;: \u00ab&nbsp;Deux gros pieds&nbsp;; la t\u00eate d\u2019un manchot&nbsp;\u00bb) qui ne prot\u00e8ge pas, pour finir, du v\u00e9cu de passivit\u00e9 (\u00ab&nbsp;Un escargot vu d\u2019en dessous&nbsp;\u00bb \u2013 \u00e0 la suite de quoi, note la psychologue, Amandine attend que celle-ci r\u00e9agisse). A la planche VII, on voit se succ\u00e9der l\u2019investissement phallique du f\u00e9minin, (\u00ab&nbsp;Deux filles oppos\u00e9es, mais qui ont deux queues sur la t\u00eate&nbsp;\u00bb), qui entra\u00eene la m\u00eame remarque troubl\u00e9e (\u00ab&nbsp;C\u2019est un peu bizarre&nbsp;\u00bb) et, sym\u00e9triquement, le d\u00e9ploiement de repr\u00e9sentations symboliques de la f\u00e9minit\u00e9 (\u00ab&nbsp;Deux montagnes rondes et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur il y a comme un espace et on dirait qu\u2019il y a comme une petite porte (&#8230;) mais on dirait que c\u2019est une harpe ici&nbsp;\u00bb) que freine d\u00e9fensivement le recours \u00e0 la position active (\u00ab&nbsp;Et on dirait des hommes qui partent, il y a des barreaux entre les deux&#8230;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00eame mouvement d\u2019alternance labile entre position active et position passive, les m\u00eames d\u00e9fenses par le recours aux d\u00e9tails phalliques (pont, trait au milieu, tige) ne parviennent pas, planche IX, \u00e0 entraver l\u2019arr\u00eat sur l\u2019image symbolique d\u2019un f\u00e9minin effract\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;La chose orange serait une moule, mais une moule ouverte de chaque c\u00f4t\u00e9&nbsp;\u00bb, traduisant un fantasme qui sans se d\u00e9ployer se lit plus clairement \u00e0 l\u2019enqu\u00eate (\u00ab&nbsp;\u00c7a m\u2019a fait penser en premier \u00e0 une plante, \u00e0 une fleur rose, des p\u00e9tales roses, et derri\u00e8re on dirait un peu comme le pont du Gard. La tige marron et un bout de bleu \u00e7a m\u2019a fait penser \u00e0 une flaque, l\u00e0 les choses en orange c\u2019est pas du tout dans le rapport, mais \u00e7a m\u2019a fait penser \u00e0 des moules&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps me manque pour d\u00e9ployer les condensations qui marquent d\u2019une coloration hyst\u00e9rique les s\u00e9quences de r\u00e9ponse&nbsp;: je retiendrai comme significative la s\u00e9quence qui glisse de l\u2019investissement, planche III, d\u2019une position active, libidinale, franchement sexu\u00e9e, (\u00ab&nbsp;On dirait deux femmes qui appuient sur un bouton, sur la radio&nbsp;\u00bb, &#8211; \u00e0 l\u2019enqu\u00eate&nbsp;: \u00ab&nbsp;Deux femmes qui sont en train de danser, qui appuient sur un bouton d\u2019un poste de radio&nbsp;\u00bb) vers des repr\u00e9sentations \u00e9voquant le f\u00e9minin passif (\u00ab&nbsp;Deux guitares au dessus&nbsp;\u00bb), puis vers un attribut narcissique (\u00ab&nbsp;Un n\u0153ud comme pour mettre dans les cheveux&nbsp;\u00bb) qui devient \u00e0 l\u2019enqu\u00eate objet phallique&nbsp;: \u00ab&nbsp;un n\u0153ud papillon&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La probl\u00e9matique pr\u00e9valente rel\u00e8ve, dans le fil qui se d\u00e9roule au long du protocole, de la lutte contre l\u2019angoisse suscit\u00e9e par l\u2019excitation pulsionnelle, des difficult\u00e9s d\u2019acceptation d\u2019une position f\u00e9minine, engageant une probl\u00e9matique de castration, et n\u00e9cessitant le recours \u00e0 une palette de d\u00e9fenses diverses (refoulement, d\u00e9n\u00e9gation, isolation, d\u00e9placement, d\u00e9fenses narcissiques), auxquelles s\u2019ajoute, pour conforter la d\u00e9n\u00e9gation du manque, le retournement par une mise en avant du trop (planche II&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le probl\u00e8me, c\u2019est que j\u2019ai trop d\u2019imagination&nbsp;\u00bb). On voit toutefois appara\u00eetre \u00e0 la planche VIII une probl\u00e9matique plus d\u00e9pressive, qui succ\u00e8de \u00e0 des h\u00e9sitations renouvel\u00e9es concernant position masculine et position f\u00e9minine (\u00ab&nbsp;Comme les dauphins, les baleines&nbsp;\u00bb). Soudain \u00e9merge une s\u00e9quence tr\u00e8s isol\u00e9e de l\u2019ensemble du protocole et qui pose la question d\u2019une repr\u00e9sentation maternelle d\u00e9pressive&nbsp;: \u00ab&nbsp;En bleu, un chemin dans la glace&nbsp;\u00bb (enqu\u00eate&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comme un long chemin, au-dessus c\u2019est comme une all\u00e9e de glace et au-dessus c\u2019est comme de la vitre ou du verre. Comme c\u2019est blanc et comme c\u2019est bleu, \u00e7a m\u2019a fait penser \u00e0 la glace&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019investissement des processus de pens\u00e9e est au service du contr\u00f4le (r\u00e9ponses formelles nombreuses et formellement ad\u00e9quates&nbsp;; pourcentage \u00e9lev\u00e9 de grands d\u00e9tails), de l\u2019appui sur une dimension adaptative (A% dans les normes, 4 r\u00e9ponses Banales), mais la souplesse du fonctionnement se r\u00e9v\u00e8le n\u00e9anmoins dans les organisations cr\u00e9\u00e9es \u00e0 plusieurs planches par la succession des r\u00e9ponses d\u00e9tail, qui finissent par constituer des sc\u00e8nes. Le tout, malgr\u00e9 le peu de r\u00e9ponses kinesth\u00e9siques, traduit une dynamique fantasmatique qui insiste pour se laisser exprimer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Investissement du corps et modalit\u00e9s relationnelles<\/h2>\n\n\n\n<p><strong><em>Le protocole de TAT<\/em><\/strong>, \u00e9preuve sollicitant r\u00e9p\u00e9titivement la probl\u00e9matique \u0153dipienne et ses diverses implications, et proposant un mode de participation ancr\u00e9 sur la mise en r\u00e9cit, la secondarisation (raconter une histoire), ouvre sur un mode de fonctionnement plus franchement labile&nbsp;: les divers proc\u00e9d\u00e9s du discours relevant de ce registre sont appel\u00e9s \u00e0 la rescousse pour faire face au jeu du d\u00e9sir et de la d\u00e9fense, \u00e0 l\u2019angoisse de castration induite par la repr\u00e9sentation de l\u2019immaturit\u00e9 (planche 1, planche 13 B), aux angoisses d\u2019abandon li\u00e9es \u00e0 la position f\u00e9minine (planche 9 GF) \u00e0 l\u2019angoisse de perte d\u2019amour de la part de l\u2019objet maternel (planche 7 GF). Avec un plaisir de fonctionnement soutenu par les d\u00e9fenses labiles, un vif investissement des processus de pens\u00e9e, Amandine investit la dramatisation, donne des titres aux histoires, met ses r\u00e9cits en dialogue, met en avant les affects, \u00e9rotise les relations sur un mode qui reste symbolis\u00e9, termine certains r\u00e9cits par des fins magiques. Le registre trop directement g\u00e9nital des conflits \u00e0 certaines planches mettant en sc\u00e8ne un couple est toutefois esquiv\u00e9 au profit de mouvements r\u00e9gressifs vers l\u2019oralit\u00e9 (planche 4, o\u00f9 l\u2019\u00e9pouse r\u00e9clame \u00e0 son mari une invitation \u00e0 d\u00eener au restaurant \u00ab&nbsp;parce qu\u2019il ne l\u2019a pas invit\u00e9e la nuit de [leurs] noces&nbsp;\u00bb) ou au profit d\u2019un repli franchement narcissique. On trouve une illustration de ce dernier mouvement de repli \u00e0 la planche 6&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est une marquise devant son miroir, tous les matins elle se leva, elle se regarda dans un miroir et se dit&nbsp;: ah, je suis jolie&nbsp;! Un jour, un homme vena. Ils parl\u00e8rent et ils se racont\u00e8rent qu\u2019ils faisaient tous les deux la m\u00eame chose le matin et un jour quand elle fut mari\u00e9e \u00e0 lui elle fut surprise car ce qu\u2019il avait dit \u00e9tait vrai&nbsp;: tous les matins il y avait deux miroirs, deux tabourets, deux salles de bain et deux brosses. <em>The end<\/em>&nbsp;\u00bb. En lisant l\u2019ensemble du protocole pour y \u00e9tudier les modalit\u00e9s d\u2019investissement du corps, on est frapp\u00e9 par l\u2019intensit\u00e9 de cet investissement, qui prend des formes diverses, mais est pr\u00e9sent d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Soutenue par la dimension figurative du mat\u00e9riel, qui pr\u00e9sente \u00e0 la plupart des planches des personnages sexu\u00e9s sans ambiguit\u00e9, sauf aux planches 3, 11, 12 et 13 B, Amandine engage ses r\u00e9cits \u00e0 toutes les planches (y compris ces derni\u00e8res) \u00e0 partir de relations port\u00e9es sans \u00e9quivoque par des personnages occupant leur r\u00f4le masculin ou f\u00e9minin, et engag\u00e9s dans des interactions en accord avec ces r\u00f4les, de mani\u00e8re quasi caricaturale. Les filles se marient, espionnent leur mari, proposent de faire la cuisine, font la lessive ou le m\u00e9nage, ou fuient une proposition de mariage (incestueux, il est vrai, \u00e0 la planche 2), les gar\u00e7ons agissent, proposent le mariage ou l\u2019esquivent, sont pirates et abordent des bateaux, b\u00e2tissent de grandes maisons, donnent des ordres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le tout se joue dans une surench\u00e8re d\u2019actions par lesquelles, bien entendu, le corps est toujours au premier plan&nbsp;: il semble porteur du d\u00e9sir et de la d\u00e9fense, il est donc le lieu o\u00f9 se jouent les conflits. J\u2019en donnerai pour exemple le r\u00e9cit de la planche 2, dans lequel Amandine tente de se d\u00e9gager d\u2019une probl\u00e9matique \u0153dipienne flamboyante en proposant \u00e0 son h\u00e9ro\u00efne un projet non pas \u00e9rotique mais sublimatoire. C\u2019est le seul r\u00e9cit dans lequel la fille occupe une position active, en d\u00e9fense par rapport aux injonctions paternelles. C\u2019est \u00e0 partir d\u2019une s\u00e9rie d\u2019actions, scand\u00e9e par l\u2019usage des verbes, qu\u2019elle met en sc\u00e8ne cette dynamique \u0153dipienne conflictuelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u201c Le r\u00eave de Leila \u201d. Il \u00e9tait une fois il y a tr\u00e8s longtemps, il vivait dans un champ une famille de cinq enfants, quatre \u00e9taient des gar\u00e7ons et l\u2019a\u00een\u00e9e \u00e9tait une fille. Un jour, pendant que Leila l\u2019a\u00een\u00e9e parle \u00e0 sa m\u00e8re, son p\u00e8re vint et lui dit&nbsp;: \u201c Tu te marieras \u00e0 un de tes fr\u00e8res, pour suivre la lign\u00e9e de ta famille \u201d. Leila r\u00e9pondit&nbsp;: \u201c Non, je veux aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u201d. Toute la famille se stopp\u00e8rent et regard\u00e8rent Leila, effray\u00e9s. Et Leila dit pour apaiser l\u2019attention&nbsp;: \u201c Ne vous inqui\u00e9tez pas, si je vais \u00e0 l\u2019\u00e9cole, je vous promets que je vais r\u00e9ussir dans la vie \u201d. \u201c \u00c7a fait la centi\u00e8me fois que je te dis que nous n\u2019avons pas assez d\u2019argent pour payer ces \u00e9tudes \u201d. \u201c Et si je trouve un petit travail pour les payer&nbsp;? \u201d \u201c Et qui m\u2019aidera pour faire la lessive, qui m\u2019aidera pour faire le m\u00e9nage&nbsp;? \u201d r\u00e9pondit sa m\u00e8re. Alors ce soir l\u00e0, Leila fit une fugue en laissant un petit mot \u00e0 ses parents qui disait&nbsp;: \u201c Ch\u00e8re m\u00e8re, cher p\u00e8re, je suis partie aujourd\u2019hui pour trouver un petit travail et je serai connue dans le monde entier car je deviendrai une grande avocate \u201d. Ce qui fut dit, fut fait. Elle trouva un travail, paya ses \u00e9tudes et \u00e9tudia \u00e0 Harvard&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le corps est utilis\u00e9 ici dans une vis\u00e9e de contre-investissement de l\u2019excitation libidinale, trop vive du fait du fantasme incestueux mal refoul\u00e9. On appr\u00e9ciera la mise en \u00e9quation sans d\u00e9lai du d\u00e9sir et de la r\u00e9alisation (ce qui fut dit fut fait) qui retourne la situation d\u2019impuissance \u0153dipienne et signe la r\u00e9alisation magique du d\u00e9sir de toute puissance phallique (devenir une grande avocate) venant s\u2019opposer \u00e0 la d\u00e9valorisation de l\u2019image f\u00e9minine et \u00e0 la position passive assign\u00e9e \u00e0 la femme (tu te marieras&#8230;&nbsp;; qui m\u2019aidera pour faire le m\u00e9nage).<\/p>\n\n\n\n<p>La planche 9 GF qui met en jeu la rivalit\u00e9 \u0153dipienne voit le conflit de rivalit\u00e9 m\u00e8re-fille \u00e9vit\u00e9 par l\u2019investissement d\u2019une intense activit\u00e9 corporelle inconsciemment \u00e9rotis\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u201c Le feu va toucher le village \u201d. \u201c Vite, vite&nbsp;! tout le monde sort du village, vite, cria le maire, le feu arrive, sortez&nbsp;! Vite, sortez, le feu arrive&nbsp;! \u201d. Toutes les femmes, hommes et enfants du village prirent leurs affaires et coururent leurs jambes \u00e0 leur cou. Quelqu\u2019un l\u2019avait d\u00e9clench\u00e9, ou peut-\u00eatre \u00e9tait-ce le soleil, ou une brindille, mais tout le feu avait br\u00fbl\u00e9 le village. Mais le maire \u00e9tait content, comme \u00e7a, on va tout reconstruire, c\u2019est surtout pour le maire, comme \u00e7a, il sera plus \u00e0 l\u2019aise. Mais certains pensent que c\u2019est lui. <em>The End<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Traduction \u00e9clairante du conflit pubertaire, de l\u2019impact qu\u2019il a sur le corps, de ses enjeux et de ses risques, qui \u00e9merge \u00e0 cette planche sollicitant le conflit \u0153dipien et qu\u2019elle traite de mani\u00e8re originale, reportant sur la seule figure masculine (le maire) la responsabilit\u00e9 de cet embrasement. Cette figuration de l\u2019\u00e9branlement pubertaire se retrouve \u00e9galement \u00e0 la planche 11, planche moins structur\u00e9e, plus phobog\u00e8ne, qui semble engager pour elle \u00e0 nouveau quelque chose de son rapport au corps&nbsp;; cette fois, le personnage masculin (le chef d\u2019\u00e9quipe) y joue un r\u00f4le protecteur. Planche 11&nbsp;: \u201c la secousse \u00e0 10\/5 \u201d&nbsp;; \u201c Vite, vite&nbsp;! Sauvez-vous&nbsp;! Il commence \u00e0 y avoir des fissures dans le mur, la magn\u00e9tude est \u00e0 10\/5&nbsp;! Grimpez&nbsp;! \u201d. \u201c Nous sommes pris au pi\u00e8ge&nbsp;! \u201d. La fissure commen\u00e7ait \u00e0 faire tout le mur, une partie s\u2019\u00e9croula. \u201c Grimpez sur ceux-l\u00e0&nbsp;! \u201d dit le chef d\u2019\u00e9quipe. A partir de l\u00e0 toute l\u2019\u00e9quipe put grimper mais le cauchemar n\u2019\u00e9tait pas fini car une partie du pays se d\u00e9tachait. \u201c Mais nous devons changer toutes les cartes du monde car nous ne sommes plus la Californie, mais l\u2019\u00eele de la Californie \u201d&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est tentant d\u2019entendre ce r\u00e9cit comme une condensation des probl\u00e9matiques adolescentes de transformation et de s\u00e9paration, s\u00e9paration qui va se jouer avec soi et autrui, avec le corps de l\u2019enfance et avec les objets \u0153dipiens, et d\u2019y percevoir l\u2019excitation, l\u2019angoisse et la jubilation \u00e9troitement m\u00eal\u00e9s. Et c\u2019est encore par le recours au corps, \u00e0 l\u2019action de ses personnages, qu\u2019Amandine lutte contre les angoisses de perte d\u2019objet que r\u00e9active la planche 7 GF, avec la pr\u00e9sentation d\u2019une relation triangulaire m\u00e8re\/enfant\/plus jeune enfant, o\u00f9 elle occupe la position identificatoire de l\u2019enfant exclu. Elle contre-investit la d\u00e9tresse, la haine, l\u2019agressivit\u00e9, les mouvements d\u00e9pressifs, par l\u2019attribution d\u2019un r\u00f4le actif \u00e0 la fillette, qui prend possession du petit fr\u00e8re, d\u00e9cide la premi\u00e8re du nom \u00e0 lui donner.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Comme dans les histoires d\u2019Amandine, le temps presse, et il me faut conclure. Je ne le ferai pas \u00e0 la mani\u00e8re de Sganarelle dans <em>Le m\u00e9decin malgr\u00e9 lui<\/em>, en affirmant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Voil\u00e0 justement ce qui fait que cette fille est non pas muette mais atteinte aux jambes (paralys\u00e9e)&nbsp;\u00bb, mais je condenserai les quelques \u00e9l\u00e9ments recueillis dans ces deux \u00e9preuves en quelques phrases conclusives destin\u00e9es \u00e0 relancer la discussion. Amandine m\u2019appara\u00eet, dans ses protocoles, comme une pr\u00e9-adolescente, d\u00e9j\u00e0 prise dans l\u2019anticipation des remous pubertaires&nbsp;: de mani\u00e8re pr\u00e9coce, elle semble s\u2019engager dans une r\u00e9activation pulsionnelle dangereusement color\u00e9e par la dynamique \u0153dipienne qui se r\u00e9veille dans le m\u00eame mouvement. En ce premier moment, qui la m\u00e8ne vers des modifications in\u00e9luctables du corps et des relations sans que, pour l\u2019instant, celles-ci soient effectives, elle nous livre la traduction au Rorschach, la figuration explicite au TAT d\u2019un m\u00e9lange d\u2019excitation et d\u2019angoisse, li\u00e9es au sentiment de subir, et contre lequel elle lutte par des tentatives r\u00e9p\u00e9t\u00e9es d\u2019occuper une position active.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une mani\u00e8re qui peut para\u00eetre paradoxale compte-tenu de ses processus de conversion, elle a des capacit\u00e9s non pas de traitement mais, du moins en apparence, d\u2019abord psychique des conflits&nbsp;: elle s\u2019engage vivement dans la symbolisation, le d\u00e9placement, nous livrant des traductions clairement lisibles de leurs traces, de ce qu\u2019elle en refuse. Mais si l\u2019on y regarde de plus pr\u00e8s, et c\u2019est particuli\u00e8rement clair au TAT, tout ce travail psychique, cet engagement dans les histoires, cet appui sur des traductions symboliques n\u2019expose pas directement le motif du conflit mais le dissimule, le reporte, le d\u00e9place. Amandine ne traite pas l\u2019excitation, le conflit \u0153dipien, le sentiment d\u2019abandon et les angoisses de perte&nbsp;: elle use de strat\u00e9gies d\u00e9fensives pour les contourner, cr\u00e9er des pare-feux, des contre-investissements. Les d\u00e9fenses existent, elles sont vari\u00e9es, mais manquent malgr\u00e9 tout un peu de souplesse et le refoulement est parfois d\u00e9bord\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais peut-on, me dira-t-on, traiter ces conflits \u00e0 son \u00e2ge, ou m\u00eame un peu plus tard, en pleine adolescence&nbsp;? Je ne le pense pas, en effet. Amandine, toutefois, montre une grande pr\u00e9cocit\u00e9, je le r\u00e9p\u00e8te, dans l\u2019abord des probl\u00e9matiques adolescentes, elle semble malgr\u00e9 ses armes psychiques naviguer sur la cr\u00eate d\u2019une surexcitation d\u00e9passant par moments les capacit\u00e9s de gestion de son appareil psychique. C\u2019est ainsi que je comprends le ph\u00e9nom\u00e8ne de conversion qui, chez elle, s\u2019inscrit dans des modalit\u00e9s de fonctionnement \u00e0 coloration hyst\u00e9rique. La question de savoir, comme le demande Caroline Hurvy, s\u2019il s\u2019agit d\u2019une hyst\u00e9rie de conversion ou d\u2019une conversion hyst\u00e9rique engage un d\u00e9bat qui se situe peut-\u00eatre au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019\u00e9nigme adolescente.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9962?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pr\u00e9sentation du cas d\u2019Amandine pose de multiples questions, et c\u2019est pourquoi je remercie vivement Caroline Hurvy de l\u2019avoir choisi, tant il est propice aux r\u00e9flexions sur le sujet de la n\u00e9vrose chez l\u2019enfant. 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