{"id":9955,"date":"2021-08-22T07:31:01","date_gmt":"2021-08-22T05:31:01","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-phobie-des-tcc-2\/"},"modified":"2021-09-24T16:07:47","modified_gmt":"2021-09-24T14:07:47","slug":"la-phobie-des-tcc","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-phobie-des-tcc\/","title":{"rendered":"La phobie des TCC"},"content":{"rendered":"\n<p>Les TCC proposent aujourd\u2019hui de gu\u00e9rir une phobie en 10 \u00e0 15 s\u00e9ances. En prenant au s\u00e9rieux cette offre th\u00e9rapeutique et en accordant un cr\u00e9dit aux psychiatres et aux psychologues cliniciens qui ont adopt\u00e9s ces pratiques, je vais m\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce qui dans la clinique et dans la subjectivit\u00e9 d\u2019un sujet phobique peut venir r\u00e9pondre \u00e0 cette m\u00e9thode des TCC.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une question de m\u00e9thode<\/h2>\n\n\n\n<p>Freud<sup>1<\/sup> ne s\u2019est pas oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019insertion possible de la psychanalyse dans la m\u00e9decine \u00e0 condition qu\u2019elle y apparaisse comme une sp\u00e9cialit\u00e9 de la m\u00e9decine. Il craignait n\u00e9anmoins que la vis\u00e9e th\u00e9rapeutique de sa m\u00e9thode ne l\u2019emporte sur la recherche scientifique de la psychanalyse. Cette articulation entre la recherche et la th\u00e9rapeutique est au c\u0153ur de la m\u00e9thode freudienne&nbsp;: pas l\u2019une sans l\u2019autre. C\u2019est d\u2019ailleurs ce nouage qui permet de distinguer, comme Freud le proposa lui-m\u00eame, entre la psychanalyse et les psychoth\u00e9rapies<sup>2<\/sup>. Freud reconna\u00eet aux psychoth\u00e9rapies la volont\u00e9 de gu\u00e9rir par l\u2019ext\u00e9rieur, par le soutien externe, ce qui est en souffrance chez le sujet. Il en va autrement de la psychanalyse qui tente de l\u2019attraper par l\u2019int\u00e9rieur avec l\u2019aide du sujet. La plupart des psychoth\u00e9rapies s\u2019appuient sur la d\u00e9couverte freudienne du transfert, sans forc\u00e9ment le distinguer de la suggestion; ce qui a comme effet de renforcer la croyance dans un Autre suppos\u00e9 savoir. Nos patients viennent avec cette demande d\u2019obtenir une parole de l\u2019Autre suppos\u00e9 savoir mieux qu\u2019eux la v\u00e9rit\u00e9 de leurs souffrances. Cette d\u00e9finition du transfert qui permet de saisir les effets th\u00e9rapeutiques de toutes situations de demande de soins adress\u00e9e \u00e0 un Autre, m\u00e9decin, psychoth\u00e9rapeute, etc&#8230;., qui pour presque naturelle dans la relation humaine, suppose n\u00e9anmoins un \u00ab\u00a0savoir y faire avec\u00a0\u00bb de la part de celui qui vient \u00e0 cette place du sujet-suppos\u00e9-savoir, ceci pour \u00e9viter un simple effet hypnotique passager.<\/p>\n\n\n\n<p>La cure freudienne apporte un savoir nouveau au patient, un savoir qu\u2019il cherche au-del\u00e0 des limites de sa raison; ne se plaint-il pas souvent pendant la cure de n\u2019avoir encore rien trouver de neuf qui puisse l\u2019\u00e9clairer et par cons\u00e9quent le soulager. Bref, l\u2019inconscient est un savoir, Freud parlait de notre meilleur savoir, celui qui a un effet th\u00e9rapeutique par sa recherche et sa d\u00e9couverte. Ce que les grecs reconnaissaient de la v\u00e9rit\u00e9 comme <em>al\u00eath\u00e9ia<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Dosto\u00efevski, il y avait d\u00e9j\u00e0 deux sortes d\u2019hommes, ceux qui sont dans l\u2019action et ceux qui ne peuvent s\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00eatre dans la r\u00e9flexion. Ni l\u2019un, ni l\u2019autre ne se prescrivent, mais le passage est possible. Ce qui a fait dire \u00e0 Lacan dans <em>T\u00e9l\u00e9vision<\/em>, qu\u2019il faut au sujet avoir \u00ab\u00a0un d\u00e9sir d\u00e9cid\u00e9\u00a0\u00bb<sup>3<\/sup> pour engager une cure psychanalytique. En tout cas, Freud insistait sur le fait qu\u2019il ne faut pas c\u00e9der aux consid\u00e9rations pratiques et politiques de la demande psychoth\u00e9rapique. Ce qui est \u00e0 m\u00e9diter aujourd\u2019hui o\u00f9 la demande psychoth\u00e9rapique \u00e9merge du politique en jouant du pluralisme des demandes et des r\u00e9ponses \u00e0 apporter aux patients.<\/p>\n\n\n\n<p>Les TCC proposent la gu\u00e9rison d\u2019un comportement mal conditionn\u00e9, comme une phobie, sur le mod\u00e8le de la r\u00e9\u00e9ducation de patients c\u00e9r\u00e9braux-l\u00e9s\u00e9s. On re-conditionne, on r\u00e9-\u00e9duque, on re-formate, en passant contrat avec son patient, dans une situation qui se veut \u00ab\u00a0hors-transfert\u00a0\u00bb et qui pourrait \u00eatre appliqu\u00e9e par n\u2019importe quel th\u00e9rapeute aupr\u00e8s de n\u2019importe quel sujet. Le contrat prime<sup>4<\/sup>. Avec le \u00ab\u00a0contrat\u00a0\u00bb comme engagement th\u00e9rapeutique, nous pouvons d\u2019embl\u00e9e reconna\u00eetre ce que nous savons bien, \u00e0 savoir que le \u00ab\u00a0contrat\u00a0\u00bb engage deux instances \u00ab\u00a0mo\u00efques\u00a0\u00bb et fait de la conscience le lieu de sa garantie.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les <em>Etudes sur l\u2019hyst\u00e9rie<\/em>, Freud fait le distinguo entre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>La th\u00e9rapie symptomatique&nbsp;;<\/li><li>La th\u00e9rapie causale.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ceci en attirant notre attention sur le d\u00e9placement toujours possible du sympt\u00f4me dans la th\u00e9rapie symptomatique. Par contre, la vis\u00e9e de la th\u00e9rapie causale est non seulement la cause du sympt\u00f4me, mais \u00e9galement la cause de la n\u00e9vrose. Depuis Aristote, nous savons que c\u2019est le savoir sur la cause qui peut pr\u00e9tendre \u00e0 la scientificit\u00e9. Il faut maintenant r\u00e9pondre \u00e0 la question de ce que c\u2019est qu\u2019un sympt\u00f4me. Le sympt\u00f4me n\u2019est pas qu\u2019une formation de l\u2019inconscient, c\u2019est-\u00e0-dire un message inconscient qui est \u00e0 d\u00e9chiffrer comme un r\u00eave. Il est aussi la production d\u2019une jouissance, ce que la n\u00e9vrose traumatique, la r\u00e9p\u00e9tition et la r\u00e9action th\u00e9rapeutique n\u00e9gative nous apprennent. Que l\u2019\u00eatre humain r\u00e9p\u00e8te le Bien est une chose, mais qu\u2019il puisse aussi r\u00e9p\u00e9ter le Mal, cela para\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue aberrant. Pourtant l\u2019histoire en a fait la monstration par la barbarie. C\u2019est justement cette compulsion \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition du sympt\u00f4me qui \u00e9chappe, selon leurs praticiens, aux TCC. Dosto\u00efevski dans <em>Les nuits blanches<\/em> attribuait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019homme la pr\u00e9f\u00e9rence d\u2019un grand malheur \u00e0 un petit bonheur&nbsp;; comme il se cramponnera <sup>5<\/sup> avec son \u00ab\u00a0fait-pipi\u00a0\u00bb. En m\u00eame temps, le sujet ne renonce pas \u00e0 la castration, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 vouloir perdre cet objet de jouissance pr\u00e9g\u00e9nital. Entre ces deux positions, le sujet va se construire une figure imaginaire du p\u00e8re, un P\u00e8re Id\u00e9al pour lui, celui qui fermerait les yeux sur ces d\u00e9sirs infantiles. La lecture du <em>Roi des Aulnes<\/em> de Goethe nous invite \u00e0 ce savoir. Nous venons de constater qu\u2019on passe du sympt\u00f4me \u00e0 la n\u00e9vrose et de la n\u00e9vrose au transfert comme n\u00e9vrose de transfert. On l\u2019aura saisi, le sympt\u00f4me est \u00e0 la n\u00e9vrose ce que la feuille est \u00e0 l\u2019arbre.<br>La psychoth\u00e9rapie pratiqu\u00e9e par un psychanalyste se distingue de la cure analytique par une adaptation de la m\u00e9thode \u00e0 l\u2019enveloppe subjective du patient \u00e0 m\u00eame de supporter une certaine dose de dialectique entre \u00ab\u00a0la feuille\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019arbre\u00a0\u00bb de la structure.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La phobie<\/h2>\n\n\n\n<p>Il est temps maintenant d\u2019examiner pourquoi la phobie est devenue de fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e la cible des TCC \u00e0 un moment de notre histoire o\u00f9 les psychoth\u00e9rapies sont redevenues l\u2019objet de la demande politique et sociale. Dans un excellent article sur la phobie<sup>6<\/sup>, C. Melman \u00e9voque Legrand du Saulle qui au 19<sup class=\"exposant\">\u00e8me<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle avait d\u00e9j\u00e0 bien per\u00e7u la structure de l\u2019agoraphobie. Il a not\u00e9 que l\u2019angoisse se d\u00e9clenchait dans un espace comme un th\u00e9\u00e2tre ou une cath\u00e9drale, lorsque le sujet est en rapport direct avec l\u2019ab\u00eeme. Ce qui peut se produire \u00e0 l\u2019op\u00e9ra du haut d\u2019un balcon en regardant la corbeille, lorsque plus rien ne fait obstacle entre le sujet et le trou ou le vide. Il suffirait d\u2019un petit rien architectural pour le rassurer. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, nous pouvons constater que l\u2019angoisse se d\u00e9clenche dans un espace \u00e0 point de fuite. Ce point phobog\u00e8ne est le point \u00e0 l\u2019infini d\u2019o\u00f9 le regard peut \u00e9merger dans l\u2019espace. Bref, le trou vaut comme regard. Mais que se passe-t-il lors de l\u2019\u00e9mergence du regard dans l\u2019espace d\u2019un sujet&nbsp;? M. Safouan, dans un bel article&nbsp;<em class=\"marquage italique\">Du regard<\/em><sup>7<\/sup>&nbsp;nous permet de saisir de quoi il s\u2019agit. Il donne l\u2019exemple d\u2019une analysante s\u2019est trouv\u00e9e saisie d\u2019effroi au moment o\u00f9 elle quittait la cabine d\u2019essayage d\u2019un magasin de v\u00eatements, en percevant un regard jet\u00e9 sur elle. On distingue bien ici la diff\u00e9rence entre l\u2019exp\u00e9rience narcissique du miroir o\u00f9 le regard est sollicit\u00e9 par le sujet et le moment o\u00f9 le regard de l\u2019Autre se donne \u00e0 voir\u202f<sup>8<\/sup>. Dans ce cas le regard se r\u00e9duisait finalement \u00e0 un \u00e9clat de lumi\u00e8re sur un mannequin. Nous saisissons ainsi que hors de son cadre narcissique, le miroir, le regard peut se r\u00e9duire \u00e0 un ocelle de papillon o\u00f9 on reconna\u00eet son caract\u00e8re insaisissable, inconnu, c\u2019est-\u00e0-dire hors des coordonn\u00e9es du narcissisme. C\u2019est l\u00e0 dans cette surprise o\u00f9 le regard de l\u2019Autre se montre que commence la chute du sujet phobique. Quelle chute&nbsp;? Nous venons de constater avec M. Safouan que le regard est d\u00e9sir\u00e9, mais c\u2019est l\u2019effroi quand il se montre. Pour le phobique de l\u2019espace, et du regard, il se produit, ce que C. Melman, d\u00e9crit bien comme une dissolution du fantasme avec sa cons\u00e9quence qui est l\u2019\u00e9vanouissement du sujet. Cette dissolution de l\u2019imaginaire, qui est celle du moi avec ses coordonn\u00e9es de l\u2019image du corps, provoque la paralysie du sujet. Le sujet en chute libre ne peut que rechercher un semblable pour s\u2019en servir comme d\u2019un \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb qui lui permettra de se stabiliser \u00e0 nouveau dans l\u2019espace et retrouver ainsi le mouvement. Nous rep\u00e9rons l\u00e0 tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019usage orthop\u00e9dique d\u2019un Moi de secours, qu\u2019on appelle classiquement l\u2019objet contraphobique. Cet usage est une solution structurale temporaire de la phobie. Le th\u00e9rapeute TCC vient proposer ses bons soins en s\u2019offrant comme Moi orthop\u00e9dique par contrat avec le moi du sujet phobique. Ce qui nous fait conna\u00eetre maintenant l\u2019effet produit par ses th\u00e9rapies et leur ressort. Cet effet orthop\u00e9dique, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9, n\u2019a rien de psychoth\u00e9rapeutique <sup>9<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li id=\"no1\" class=\"note renvoi-in-alinea\">S. Freud, \u00ab&nbsp;Postface de 1927&nbsp;\u00bb&nbsp;<strong class=\"marquage gras\" style=\"color: initial; font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif;\">La question de l\u2019analyse profane<\/strong>, Gallimard, 1985.<\/li><li id=\"no2\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Cf. l\u2019excellent article de Annie Tardits,&nbsp;<em>in<\/em>&nbsp;Psychologie clinique N\u00b0&nbsp;20, L\u2019Harmattan.<\/li><li id=\"no3\" class=\"note renvoi-in-alinea\">J. Lacan (1974),&nbsp;<em>T\u00e9l\u00e9vision<\/em>, Autres \u00e9crits, Seuil, 2001.<\/li><li id=\"no4\" class=\"note renvoi-in-alinea\">G. Vila, \u00ab&nbsp;Faut-il exposer le petit Hans&nbsp;? Regard sur les TCC du Trauma et de l\u2019ESPT chez l\u2019enfant&nbsp;\u00bb, Revue francophone du Stress et du Trauma, N\u00b03, 2006.<\/li><li id=\"no5\" class=\"note renvoi-in-alinea\">S. Freud, \u00ab\u00a0Analyse d\u2019une phobie chez un petit gar\u00e7on de 5 ans (Le petit Hans)\u00a0\u00bb,&nbsp;<strong class=\"marquage gras\" style=\"color: initial; font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif;\">Cinq psychanalyses<\/strong>, Puf, 1970<\/li><li id=\"no6\" class=\"note renvoi-in-alinea\">C. Melman, \u00ab\u00a0Le nouage borrom\u00e9en dans la phobie\u00a0\u00bb,&nbsp;<em>Cliniques M\u00e9diterran\u00e9ennes<\/em>&nbsp;N\u00b0&nbsp;51\/52, Er\u00e8s.<\/li><li id=\"no7\" class=\"note renvoi-in-alinea\">M. Safouan,&nbsp;<em>Du regard<\/em>, Dix conf\u00e9rences, Fayard, 2001.<\/li><li id=\"no8\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Ce que H. Damisch distingue dans le tableau entre le point g\u00e9om\u00e9trique du sujet (le point de fuite) et son lieu imaginaire, in&nbsp;<em>L\u2019origine de la perspective<\/em>, Flammarion, 1987.<\/li><li id=\"no9\" class=\"note renvoi-in-alinea\">R. Gori, C. Hoffmann, A. Vanier,&nbsp;<em>Les TCC ne sont pas des psychoth\u00e9rapies, Carnet\/Psy<\/em>&nbsp;N\u00b0&nbsp;103, 2005.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9955?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les TCC proposent aujourd\u2019hui de gu\u00e9rir une phobie en 10 \u00e0 15 s\u00e9ances. 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