{"id":9954,"date":"2021-08-22T07:31:01","date_gmt":"2021-08-22T05:31:01","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/passion-de-la-haine-et-adolescence-2\/"},"modified":"2021-10-08T02:38:18","modified_gmt":"2021-10-08T00:38:18","slug":"passion-de-la-haine-et-adolescence","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/passion-de-la-haine-et-adolescence\/","title":{"rendered":"Passion de la haine et adolescence"},"content":{"rendered":"\n<p>La passion de la haine semble bien se porter ces temps-ci. L\u2019actualit\u00e9 en t\u00e9moigne abondamment. Qu\u2019il s\u2019agisse de faits divers individuels horrifiants ou de mouvements de haine collectifs aux cons\u00e9quences dramatiques. En face, la \u201cn\u00e9gative attitude\u201d (Roger Pol Droit) fleurit&nbsp;: \u201cpessimistes de tous les pays, unissez-vous&nbsp;!\u201d. Toutes les figures de la haine se d\u00e9ploient&nbsp;: la haine de soi, celle des autres, la haine du monde&#8230; Toutes en rapport, de pr\u00e8s ou de loin, avec la recherche d\u2019une affirmation identitaire. C\u2019est en cela que cette question se trouve particuli\u00e8rement en r\u00e9sonance avec la probl\u00e9matique adolescente. D\u2019une part du fait que les adolescents cherchent des mod\u00e8les pour donner forme \u00e0 leur app\u00e9tit de vie, rencontrant de plus en plus souvent l\u2019app\u00e9tit du malheur des adultes, comme le souligne Philippe Jeammet&nbsp;; d\u2019autre part, parce que, \u201cayant la haine\u201d, certains d\u2019entre eux deviennent les condensateurs et les acteurs de haines cumul\u00e9es par d\u2019autres dans les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. Cette haine soutient chez eux une identit\u00e9 probl\u00e9matique qui se trouve artificiellement confort\u00e9e par la fascination qu\u2019elle suscite. Les faits divers relatifs \u00e0 la jeunesse continuent, depuis le d\u00e9but du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 int\u00e9resser davantage que ceux qui impliquent des b\u00e9b\u00e9s ou des vieillards&nbsp;! \u201cJe br\u00fble, donc je suis. Je vous fais peur, donc j\u2019existe.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>La figure du \u201cm\u00e9chant\u201d \u00e9tant non pas associ\u00e9e \u00e0 \u201ccelui qui fait le mal mais qui aime le mal\u201d <sup>8<\/sup>, elle appara\u00eet particuli\u00e8rement attractive \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 de nombreuses satisfactions se trouvent renvoy\u00e9es \u00e0 plus tard. \u201c L\u2019amour de la haine\u201d dont parle Fran\u00e7ois Roustang, et que l\u2019on retrouve souvent dans les relations surinvesties entre parents et enfants, s\u2019accompagne d\u2019un \u201cplaisir de ha\u00efr\u201d (qu\u2019\u00e9voque William Hazlitt <sup>10<\/sup> au d\u00e9but du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle)&nbsp;: \u201con prend un plaisir pervers, mais bien heureux, \u00e0 \u00eatre m\u00e9chant, car c\u2019est une source de satisfaction qui ne s\u2019\u00e9puise jamais\u201d. Cet auteur continue en relatant comment il se retrouve \u201ctoujours d\u00e9\u00e7u par ce en quoi (il avait) le plus confiance\u201d et affirme que \u201cle plus grand bien possible pour chaque individu consiste \u00e0 faire tout le mal qu\u2019il peut \u00e0 son prochain \u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Gardons-nous de consid\u00e9rer qu\u2019un tel sujet\u2013la passion de la haine- pourrait trouver des explications simples&nbsp;: Julia Kristeva<sup>11<\/sup> nous le rappelle dans <em>La haine et le pardon&nbsp;: pouvoirs et limites de la psychanalyse<\/em>&nbsp;: \u201cC\u2019est en se situant \u00e0 l\u2019interface des diverses \u201cdisciplines\u201d qu\u2019on peut avoir une chance d\u2019\u00e9lucider tant soit peu ce qui reste toujours \u00e9nigmatique&nbsp;: la psychose, la sublimation, la croyance et le nihilisme, la passion, la guerre des sexes, la folie maternelle, la haine meurtri\u00e8re\u201d. C\u2019est pourquoi nous nous contenterons d\u2019en \u00e9voquer plus loin quelques figures.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">I \u2013 La passion de la haine<\/h2>\n\n\n\n<p>On entend dire souvent que la passion, \u00e7a ne peut pas durer. Que c\u2019est forc\u00e9ment destructeur. Je pense que ce n\u2019est pas toujours vrai et qu\u2019associer passion \u00e0 mouvement transitoire peut conduire au m\u00eame travers que l\u2019association crise d\u2019adolescence et p\u00e9riode passag\u00e8re. Nous savons bien que dans la plupart des cas ce sera juste, mais que dans d\u2019autres cette \u201ccrise\u201d inaugurera un processus durable et, dans le cas qui nous occupe, un type d\u2019investissement stable. La passion est aussi consid\u00e9r\u00e9e comme un mouvement de cl\u00f4ture de l\u2019<em>ego<\/em> sur lui-m\u00eame. Comme une exigence qui refuse tout compromis et se trouve \u00e0 ce titre tr\u00e8s proche de ce que vivent ordinairement les adolescents. Ne pourrait-on dire -en paraphrasant Winnicott- qu\u2019une adolescence sans passion serait une adolescence pathologique&nbsp;? Elle est aussi tr\u00e8s proche par la recherche d\u2019une relation fusionnelle \u00e0 laquelle elle conduit, relation que la pubert\u00e9 -par la diversit\u00e9 et la nouveaut\u00e9 des investissements possibles- remet en position nostalgique, autant qu\u2019inqui\u00e9tante et rejet\u00e9e. D\u2019o\u00f9 les tentatives de d\u00e9placement qui s\u2019op\u00e8rent sur d\u2019autres sc\u00e8nes, scolaire ou sociale par exemple. Autres lieux de fusion ou de haine. La passion se manifesterait donc davantage \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 un fort investissement, \u00e0 un mode de relation regrett\u00e9. \u201cNos passions se rapportent au seul amour\u201d, nous rappelle Bossuet<sup>2<\/sup>. Comment comprendre autrement les attaques incendiaires contre les cr\u00e8ches et les \u00e9coles&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais dans passion, il y a passivit\u00e9. Or c\u2019est plut\u00f4t l\u2019action que l\u2019on associe \u00e0 la passion&nbsp;! Il y aurait lieu de r\u00e9fl\u00e9chir, au sujet des adolescents, \u00e0 ce lien bien connu entre une passivit\u00e9 redout\u00e9e \u00e0 laquelle ils seraient renvoy\u00e9s par les changements pubertaires et le besoin d\u2019action qui en r\u00e9sulterait. Surtout quand \u00e0 cela s\u2019ajoute la question de la pr\u00e9servation d\u2019une identit\u00e9 encore pr\u00e9caire qui occupe la plupart d\u2019entre eux. \u00c0 ce titre, ils se trouvent dans la n\u00e9cessit\u00e9 de parer \u00e0 toute menace qui risquerait de la fragiliser encore. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de l\u2019amour-propre \u00e0 cet \u00e2ge, dont les parents, comme les professionnels, savent bien combien il importe de le respecter. Sinon, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019amour-propre, ce serait la haine-sale&nbsp;? \u201cLes prototypes v\u00e9ritables de la relation de haine ne proviennent pas de la vie sexuelle mais de la lutte du Moi pour sa conservation et son affirmation\u201d, nous rappelle Freud <sup>7<\/sup>. Comme le b\u00e9b\u00e9 d\u00e9crit par M\u00e9lanie Klein, l\u2019adolescent retrouve une ambivalence fondamentale dans la relation aux figures parentales, relations o\u00f9 haine et amour coexistent. S\u00e9nault <sup>14<\/sup>, au XVII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, nous dit \u00e0 sa mani\u00e8re cette inversion possible d\u2019un p\u00f4le en son contraire&nbsp;: \u201cmais s\u2019il est vrai que l\u2019amour fasse toutes nos passions, il faudra qu\u2019il se transforme quelquefois en son contraire, et que par une m\u00e9tamorphose plus incroyable que celle des po\u00e8tes, il se convertisse en haine\u201d. Ce que Andr\u00e9 Green dira plus tard en parlant de la \u201cdouleur cr\u00e9\u00e9e par la perte d\u2019amour\u201d <sup>8<\/sup>. Ou encore Lawrence Durrell <sup>6<\/sup>: \u201cLa haine n\u2019est que de l\u2019amour inaccompli\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019emprunterai \u00e0 deux penseurs disparus du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, m\u00eame si leurs propos ne cherchent pas \u00e0 rendre compte de ce qui se joue \u00e0 l\u2019adolescence, les figurations de ce que l\u2019on retrouve fr\u00e9quemment \u00e9prouv\u00e9 \u00e0 cet \u00e2ge. C\u2019est Sartre qui parle d\u2019 \u201cexister par la haine\u201d dans <em>La naus\u00e9e<\/em> <sup>13<\/sup>. Et c\u2019est surtout Cioran <sup>3<\/sup>, qui avec Nietzsche pourfend les bons sentiments&nbsp;: \u201csi j\u2019existe, c\u2019est parce que j\u2019ai horreur d\u2019exister. C\u2019est moi, c\u2019est moi qui me tire du n\u00e9ant auquel j\u2019aspire&nbsp;: la haine, le d\u00e9go\u00fbt d\u2019exister, ce sont autant de mani\u00e8res de me faire exister, de m\u2019enfoncer.\u201d Pour lui, l\u2019\u00eatre conscient devient in\u00e9vitablement \u201cson propre ennemi\u201d. Il poursuit&nbsp;: \u201cseuls nous s\u00e9duisent les esprits qui se sont d\u00e9truits pour avoir voulu donner un sens \u00e0 leur vie\u201d. Il parle l\u00e0 de Rimbaud ou de Nietzsche en comparant leurs repr\u00e9sentations de la vie \u00e0 l\u2019absence de vertiges propos\u00e9e par Lao Tse. Bon nombre d\u2019adolescents s\u2019y retrouveraient. De m\u00eame, dans ce que Freud dit de la haine comme \u201cle r\u00e9sultat de la relation primordiale aux objets externes que le sujet tend \u00e0 d\u00e9tester chaque fois qu\u2019ils ne donnent pas satisfaction\u201d. C\u2019est donc bien un mouvement \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un objet investi, qui ne peut durer que gr\u00e2ce au maintien de cet objet. La destruction ou la disparition de l\u2019objet risqueraient d\u2019arr\u00eater ce mouvement. Combien d\u2019adolescents n\u2019op\u00e8rent-ils pas ce d\u00e9placement de leurs insatisfactions internes sur des objets ext\u00e9rieurs&nbsp;? Empruntant en cela aux ressources du b\u00e9b\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient. Il s\u2019agit alors de projeter le mauvais \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur pour qu\u2019il ne vous tue pas \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Et plus leur monde interne sera vacillant, plus la haine pourra grandir&nbsp;: \u201cqui tremble r\u00eave de faire trembler les autres&nbsp;; qui vit dans l\u2019\u00e9pouvante finit dans la f\u00e9rocit\u00e9\u201d, \u00e9crit Cioran. Tous ceux qui ont \u00e0 conna\u00eetre des adolescents engag\u00e9s dans des conduites agressives ou criminelles retrouvent dans cette \u00e9vocation une grande part de v\u00e9rit\u00e9. \u00c0 d\u00e9faut d\u2019alternatives, cela deviendra un facteur de maintien de leur coh\u00e9sion narcissique, avec tous les risques d\u2019induction, pour cette raison principalement, d\u2019une organisation de la personnalit\u00e9 sur un mode psychopathique. Ces jeunes perdent alors la capacit\u00e9 de se repr\u00e9senter autrui comme diff\u00e9rent de ce qu\u2019en ferait leur n\u00e9cessit\u00e9 interne&nbsp;: ils sont alors conduits \u00e0 \u201cne pas pouvoir imaginer les d\u00e9sirs et les angoisses de l\u2019autre, le consid\u00e9rer uniquement comme ce par quoi la pulsion peut r\u00e9aliser son but\u201d (R. Diatkine)<sup>4<\/sup>. Ils deviennent condamn\u00e9s \u00e0 la \u201crage de vivre\u201d ou, dans les meilleurs cas, \u00e0 la \u201cfureur de vivre\u201d.<br>En effet, c\u2019est \u00e0 l\u2019adolescence en particulier que se pose la question du destin de la passion&nbsp;: du <em>Sturm und Drang<\/em> du romantisme allemand et des h\u00e9ros juv\u00e9niles comme ceux de Goethe \u00e0 la passion de la haine, il n\u2019y a qu\u2019un pas. Quand la haine devient l\u2019objet de passion, qu\u2019il s\u2019agisse de la haine de soi, des autres, ou des objets investis comme les parents, l\u2019\u00e9cole\u2026 Pour certains, la \u201cfatigue d\u2019\u00eatre soi\u201d laissera la place \u00e0 la fatigue du bonheur. \u201cJe suis en enfer et il faut que j\u2019y reste\u201d, lan\u00e7ait le jeune Rastignac, rendu \u00e0 la lucidit\u00e9, \u00e0 la fin du <em>P\u00e8re Goriot<\/em>. Pour d\u2019autres encore, la haine fait rempart contre les angoisses de s\u00e9paration. Elle remplace une continuit\u00e9 narcissique mise en p\u00e9ril par ce qui est v\u00e9cu comme la trahison de l\u2019autre, renvoyant ainsi \u00e0 des failles narcissiques pr\u00e9coces.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">II \u2013 Quelques figures<\/h2>\n\n\n\n<p>Parmi les multiples situations comportementales ou psychopathologiques que l\u2019on rencontre \u00e0 l\u2019adolescence qui pourraient illustrer la passion de la haine, j\u2019en isolerai quelques-unes qui empruntent toutes, quelle que soit leur h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 apparente, aux m\u00e9canismes que nous venons d\u2019\u00e9voquer.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La haine des autres<\/h3>\n\n\n\n<p>Ils cherchent \u00e0 impressionner, \u00e0 faire peur. C\u2019est sur cette base qu\u2019ils ont construit leur mode de relation aux autres, ceux d\u2019un autre \u00e2ge, plus \u00e2g\u00e9s, ou ceux qui habitent au del\u00e0 d\u2019une proche fronti\u00e8re. Sur leur territoire, ils sont tout-puissants, r\u00e8gnent en ma\u00eetres et d\u00e9finissent les r\u00e8gles du jeu. Les plus jeunes s\u2019y soumettent avec envie. Les plus vieux avec peur ou col\u00e8re. M\u00eame les repr\u00e9sentants les plus officiels de notre soci\u00e9t\u00e9 comme les pompiers, ou la police, ne s\u2019y rendent que contraints et forc\u00e9s. Souvent marginalis\u00e9s scolaires, ils existent par ce qu\u2019ils obtiennent et pr\u00e9f\u00e8rent la haine \u00e0 l\u2019ennui. Tenus autant que tenants par le groupe auquel ils appartiennent, ils trouvent l\u00e0 l\u2019\u00e9tayage d\u2019une identit\u00e9 pr\u00e9caire. Semblables \u00e0 ceux qu\u2019ils terrorisent et qu\u2019ils ha\u00efssent autant qu\u2019ils en ont peur, ils les recherchent \u00e0 la fronti\u00e8re qui les s\u00e9pare, avec l\u2019espoir redout\u00e9 d\u2019une provocation qui mettrait le feu aux poudres. Ainsi la haine se trouve-t-elle r\u00e9guli\u00e8rement aliment\u00e9e, comme la flamme n\u00e9cessaire \u00e0 la survie de la tribu. Quand je rencontre l\u2019un d\u2019entre eux dans le cadre d\u2019expertise p\u00e9nale, appara\u00eet presque toujours le d\u00e9calage magistral, irr\u00e9ductible, entre la bravoure qui le caract\u00e9rise en groupe \u00e0 la marge de son territoire et la terreur qu\u2019il \u00e9prouve lors des sorties dans des zones nouvelles, des quartiers inconnus o\u00f9 il lui semble impossible de se rendre sans le soutien de sa bande. Prendre le RER et le m\u00e9tro pour venir seul \u00e0 un rendez-vous d\u2019expertise devient une aventure. La plupart ne peuvent s\u2019y rendre qu\u2019accompagn\u00e9s. En outre, ils ont perdu toute libert\u00e9 de s\u2019\u00e9manciper, coupables par avance \u00e0 l\u2019id\u00e9e de trahir leur tribu, renvoy\u00e9s \u00e0 une peur de l\u2019abandon, peur archa\u00efque, depuis qu\u2019ils sont tous petits. Ils n\u2019ont d\u2019autre choix d\u00e8s lors que de rester dans le d\u00e9sir de l\u2019autre, le leader, ou des autres, quitte \u00e0 se sacrifier. Comme ce jeune homme qui avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rester incarc\u00e9r\u00e9 pour complicit\u00e9 de meurtre plut\u00f4t que de d\u00e9voiler l\u2019identit\u00e9 de son camarade criminel&nbsp;: la sanction de la solitude dans son quartier aurait \u00e9t\u00e9 bien plus lourde que la prison. Par ailleurs, les autres, ceux du quartier voisin par exemple, et qui leurs ressemblent tant, sont ceux autour desquels tout s\u2019organise, y compris la survie de chacun&nbsp;: \u201cce qui suscite l\u2019amour et nous en tient captifs, c\u2019est l\u2019autre, et, dans l\u2019autre, le plus \u00e9tranger&nbsp;; ce qui cimente la haine et la rend plus durable, plus tenace que l\u2019amour, c\u2019est le semblable\u201d. (J.B. Pontalis) <sup>12<\/sup>. Que ne savent-ils pas que \u201cvivre dans la haine, c\u2019est vivre au service de son ennemi\u201d (Mario Vargas Llosa).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La haine de soi<\/h3>\n\n\n\n<p>Autre sc\u00e8ne. Un groupe th\u00e9rapeutique que j\u2019anime de 6 jeunes gens hospitalis\u00e9s dans l\u2019\u00e9tablissement que je dirige. Une jeune fille propose comme th\u00e8me de discussion aux autres, les cadeaux, en particulier les compliments, autant que ceux mat\u00e9riels. \u201cSi l\u2019on m\u2019en fait, je trouve \u00e7a louche ou erron\u00e9, ou encore mal intentionn\u00e9, dit-elle. Si l\u2019on n\u2019en fait pas, j\u2019estime \u00e7a normal car je ne le vaux pas. Dans tous les cas c\u2019est une source de d\u00e9stabilisation et de malheurs.\u201d Plus tard, elle \u00e9voquera des souvenirs de No\u00ebl marqu\u00e9s avant tout par des sc\u00e8nes haineuses en famille. Elle \u00e9tait pr\u00e9cocement l\u2019observatrice de ces haines qu\u2019elle craignait elle-m\u00eame \u00e0 chaque fois de subir. Elle avait \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 la haine circulant dans le couple de ses parents et \u00e0 leur d\u00e9sir de mort durant la grossesse qui l\u2019a vu na\u00eetre. Support de la haine de ses parents, elle subit r\u00e9guli\u00e8rement des humiliations la rendant progressivement d\u00e9pendante des affects haineux de ces derniers. Depuis lors elle ne peut s\u2019en \u00e9loigner ni s\u2019en diff\u00e9rencier. Elle a d\u00fb construire des digues pour prot\u00e9ger un Soi menac\u00e9 et \u00e9viter les risques d\u2019h\u00e9morragie narcissique. Pour ne pas la subir, pour ne pas en avoir peur autant, elle est devenue l\u2019auteur de la haine de soi. Chaque cadeau comme chaque compliment r\u00e9actualise la menace d\u2019un inconnu troublant et potentiellement dangereux. Le tiers est mena\u00e7ant par rapport \u00e0 cet \u00e9quilibre pr\u00e9caire et douloureux.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les haines \u201cvalorisantes\u201d<\/h3>\n\n\n\n<p>Dans un tout autre registre, mais anim\u00e9s par les m\u00eames n\u00e9cessit\u00e9s imp\u00e9rieuses dict\u00e9es par un narcissisme fragile, n\u2019oublions pas celles ou ceux qui satisfont tout un temps les attentes de leurs parents et de leur entourage, les sportifs de haut niveau ou les trop bons \u00e9l\u00e8ves, ou encore certaines jeunes filles anorexiques. Cela permet de souligner la diversit\u00e9 des figures emprunt\u00e9es par la passion de la haine, y compris celles qui re\u00e7oivent gratifications et honneurs. Leurs performances sont \u00e0 la mesure bien souvent du sentiment d\u2019inexistence qu\u2019ils ont aux yeux des autres. Elles servent de proth\u00e8se et deviennent indispensables \u00e0 leur survie. La peur d\u2019inexister se transforme en haine, conduisant l\u2019enfant, souvent pr\u00e9cocement, \u00e0 se mettre en position de souteneur de ses parents dont, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, il pense que la survie en d\u00e9pend. La haine devient alors le moyen trouv\u00e9 pour moins subir les effets terrifiants d\u2019un effondrement dont ils se jugeraient responsables. Elle appara\u00eet comme une l\u00e9gitime d\u00e9fense, comme un mode de survie, au service de l\u2019auto-conservation. C\u2019est Winnicott <sup>15<\/sup> qui parlait si bien de cette peur qu\u2019\u00e9prouvent certains enfants d\u2019un effondrement de leurs assises narcissiques. D\u2019o\u00f9 l\u2019obligation pour eux d\u2019une hyper-maturit\u00e9 et l\u2019exigence vitale de la pr\u00e9sence et de la permanence de l\u2019objet investi&nbsp;: ici les apprentissages scolaires, l\u00e0, la performance sportive, ou encore ailleurs le poids, en s\u2019assurant de la ma\u00eetrise d\u2019\u00e9prouv\u00e9s destructeurs. Il s\u2019agit pour ces jeunes de gagner, de tuer l\u2019autre rival potentiel mena\u00e7ant l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du sujet&nbsp;; la haine de l\u2019adversaire devient alors le moteur n\u00e9cessaire pour gagner.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une haine qui d\u00e9borde<\/h3>\n\n\n\n<p>La porte de l\u2019appartement vient de claquer bruyamment. Il quitte les lieux les poings serr\u00e9s dans les poches. Encore un clash, comme chaque soir. C\u2019est si simple. C\u2019est toujours la m\u00eame histoire&nbsp;: il rentre pour piocher dans le r\u00e9frig\u00e9rateur&nbsp;; il est d\u00e9j\u00e0 de mauvaise humeur. \u201cC\u2019est \u00e0 c\u2019t heure l\u00e0 que tu rentres, tu nous prends pour un h\u00f4tel&nbsp;? Quelle connerie t\u2019as encore fait aujourd\u2019hui&nbsp;?\u201d, lui demande sa m\u00e8re. Ca fait si longtemps que \u00e7a dure. Elle le hait, il en est s\u00fbr&nbsp;: jamais un mot aimable. Toujours des reproches&nbsp;: \u201ct\u2019es bien comme ton p\u00e8re, un bon \u00e0 rien. Tu vas mal finir comme lui, c\u2019est s\u00fbr\u201d. Jamais elle n\u2019en a dit plus sur ce p\u00e8re. Il ne l\u2019a jamais vu. Il ne conna\u00eet m\u00eame pas son nom. Seulement \u201cce salaud\u201d! Une fois, il \u00e9tait encore tout petit, elle a embrass\u00e9 le jeune gar\u00e7on sur la bouche, puis elle l\u2019a gifl\u00e9 ensuite. Tout en avalant rapidement une rasade de coca et un morceau de pain, il maugr\u00e9e&nbsp;: \u201cj\u2019t\u2019emmerde\u201d. \u201cEh&nbsp;! T\u2019entends \u00e7a&nbsp;! Pour qui y se prend ce petit con&nbsp;? Tous pareils les mecs&nbsp;! Viens donc le corriger un peu&nbsp;; sors de ton fauteuil\u201d, dit-elle en s\u2019adressant \u00e0 son nouveau compagnon. Avant que l\u2019homme n\u2019ait le temps de se lever, Jean a d\u00e9j\u00e0 fil\u00e9. Il entend leurs cris derri\u00e8re la porte. Ils s\u2019engueulent. Il s\u2019\u00e9loigne vite car il sait qu\u2019apr\u00e8s ils vont faire l\u2019amour, les portes grandes ouvertes&nbsp;; que sa m\u00e8re va sortir nue de la chambre, vitup\u00e9rant -\u201ctous des salauds\u201d- Il se jure de ne plus remettre les pieds chez eux, mais il sait que tard dans la nuit il reviendra chercher un moment de sommeil agit\u00e9 jusqu\u2019au r\u00e9veil brutal par sa m\u00e8re qui lui cognera dessus pour lui dire d\u2019aller se faire voir ailleurs. Ah&nbsp;! S\u2019il pouvait aller chez sa copine. Mais ils ne sont pas au courant de leur relation. Pourtant bient\u00f4t il faudra parler&nbsp;: elle est enceinte de lui. A 16 ans, \u00e7a fait longtemps qu\u2019il ne va plus au coll\u00e8ge. Il d\u00e9ambule dans la cit\u00e9 endormie, shootant dans les canettes qui tra\u00eenent, la t\u00eate baiss\u00e9e, la rage au ventre. C\u2019est comme une route sur laquelle il prendrait de la vitesse, acc\u00e9l\u00e9rant sans cesse, avec au loin un mur bloquant le passage. Il va s\u2019\u00e9craser mais ne cherche pas \u00e0 se d\u00e9router. Le mur s\u2019\u00e9cartera miraculeusement&nbsp;: il le d\u00e9foncera et il vivra ou bien il dispara\u00eetra. Dans tous les cas une solution. De toutes fa\u00e7ons, tout le monde s\u2019en fout&nbsp;! Soudain il aper\u00e7oit une silhouette f\u00e9minine sur le chemin qui vient de la gare. Il court sans penser. Elle acc\u00e9l\u00e8re. Il la rattrape. Elle a environ 40 ans, comme sa m\u00e8re. Elle a l\u2019air terroris\u00e9e. Il la plaque au sol derri\u00e8re un bosquet le long du sentier. Il la viole. Lorsqu\u2019il est arr\u00eat\u00e9 par la police, il reconna\u00eet les faits qui lui sont reproch\u00e9s et est incarc\u00e9r\u00e9. \u201cC\u2019est bien le fils de son p\u00e8re&nbsp;!\u201d a dit sa m\u00e8re aux enqu\u00eateurs qui l\u2019interrogeaient. Le juge lui apprendra, plus tard dans l\u2019instruction, que son p\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 incarc\u00e9r\u00e9 pour viol juste avant qu\u2019il ne naisse.<\/p>\n\n\n\n<p>La violence, la d\u00e9faillance des investissements, l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 des parents repr\u00e9sente une menace pour l\u2019int\u00e9grit\u00e9 psychique de l\u2019enfant. Si cette menace persiste, la haine est au rendez-vous. Ce jeune homme est la victime, le substitut, d\u2019un personnage -son p\u00e8re- dont il poursuit l\u2019image sans le savoir. Il en est devenu comme un double narcissique dans lequel sa m\u00e8re retrouve intacte la haine qu\u2019elle lui vouait. Il n\u2019existe pas pour lui-m\u00eame mais seulement par ce qu\u2019il permet de r\u00e9actualiser du pass\u00e9. La constance de sa pr\u00e9sence est devenue n\u00e9cessaire pour maintenir en l\u2019\u00e9tat la haine de sa m\u00e8re. En violant une passante, il prot\u00e8ge sa m\u00e8re d\u2019une attaque haineuse li\u00e9e au d\u00e9sir incestueux -et haineux-dont il est l\u2019objet et aux repr\u00e9sentations insupportables d\u2019une sexualit\u00e9 per\u00e7ue comme abjecte autant qu\u2019excitante. Comme le disait Piera Aulagnier <sup>1<\/sup>, \u201cla rencontre du Je avec un \u00e9v\u00e9nement psychique qui lui d\u00e9voile une catastrophe identificatoire qui a d\u00e9j\u00e0 eu lieu\u201d condamne \u00e0 l\u2019acte pour garantir ce que Winnicott appelait \u201cla continuit\u00e9 d\u2019exister\u201d. Il poursuivait&nbsp;: \u201cj\u2019\u00e9mets l\u2019hypoth\u00e8se que la m\u00e8re hait le petit enfant avant que le petit enfant ne puisse ha\u00efr sa m\u00e8re et avant qu\u2019il puisse savoir que sa m\u00e8re le hait\u201d. On retrouve dans cette histoire, comme dans beaucoup d\u2019autres un moteur destructeur tout \u00e0 fait en phase avec ce que Andr\u00e9 Green <sup>9<\/sup> \u00e9crivait&nbsp;: \u201cles objets de la passion sont \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 des objets partiels -pris sur le corps de sa m\u00e8re ou du sujet- ou des images parentales. Les angoisses archa\u00efques sont l\u2019effet des passions narcissiques l\u00e0 o\u00f9 amour et destructivit\u00e9 affectent d\u2019un m\u00eame souffle le Moi et l\u2019objet. (Ce sont)\u2026 des amours qui font souffrir\u201d.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">III \u2013 Qu\u2019en faire&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Les psychiatres et les psychologues ne sont pas les seuls \u00e0 s\u2019en occuper, et quand ils s\u2019en occupent, c\u2019est le plus souvent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des juges ou des services \u00e9ducatifs. Quoi de plus difficile pour nos m\u00e9tiers que de s\u2019occuper de ces \u201cpassionn\u00e9s du malheur\u201d et de ces \u201cennemis de Soi\u201d dont parle Cioran <sup>3<\/sup>. Ils ont besoin de \u201cla cruaut\u00e9 pour oublier la peur\u201d, de perdre les autres pour rejoindre leur propre perte. Ils ne peuvent et ne veulent se d\u00e9faire de la haine de soi. \u201cS\u2019\u00e9cartant de la ligne des \u00eatres, des chemins battus du salut, il innove sans rel\u00e2che pour pouvoir soutenir sa r\u00e9putation d\u2019animal int\u00e9ressant.\u201d Ils cherchent \u00e0 perp\u00e9tuer aussi longtemps que possible des relations de haine, \u201cc\u2019est-\u00e0-dire, rapporte Andr\u00e9 Green, aussi longtemps qu\u2019ils trouvent un partenaire qui accepte de remplir le r\u00f4le qu\u2019ils lui attribuent, la forme de relation qu\u2019ils ont \u00e9lue. La r\u00e9ponse \u00e0 cette logique du d\u00e9sespoir ne consiste pas \u00e0 rassurer le patient en lui pr\u00e9sentant la perspective d\u2019un espoir possible qui, aussit\u00f4t formul\u00e9, serait r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant inexorablement. Elle ne consiste pas non plus \u00e0 se laisser entra\u00eener par le patient dans le d\u00e9sespoir. Elle tendrait plut\u00f4t \u00e0 montrer au patient que son besoin de cr\u00e9er du d\u00e9sespoir chez l\u2019analyste lui est aussi n\u00e9cessaire que de pouvoir v\u00e9rifier que l\u2019analyste peut survivre \u00e0 cette haine et contribu\u00e9e \u00e0 analyser ce qui se passe dans son univers mental\u201d <sup>9<\/sup>. \u00c0 d\u00e9faut, les passionn\u00e9s de la haine pourraient bien nous interroger&nbsp;: \u201c\u00e0 quelles tentations, \u00e0 quelles extr\u00e9mit\u00e9s nous conduit la lucidit\u00e9&nbsp;?\u201d. Le risque d\u2019un traitement pourrait leur sembler plus grand que les avantages \u00e0 en esp\u00e9rer. Le refus de savoir est fr\u00e9quemment associ\u00e9 \u00e0 la passion&nbsp;: ils pr\u00e9f\u00e8rent \u201ctenter une cure d\u2019inefficacit\u00e9\u201d comme le disait Cioran pour souligner de son point de vue que nous n\u2019y arriverons jamais dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9conisait en Asie Tchouang-Tse&nbsp;: \u201cque l\u2019homme n\u2019aime rien et il sera invuln\u00e9rable\u201d. Cioran poursuit&nbsp;: \u201cr\u00e9sister au bonheur, la plupart y arrivent&nbsp;; le malheur, lui, est autrement insidieux. Y avez-vous go\u00fbt\u00e9&nbsp;? Vous n\u2019en serez jamais rassasi\u00e9s, vous le rechercherez avec avidit\u00e9 et de pr\u00e9f\u00e9rence l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019est pas \u2026 Je suis la plaie et le couteau, voil\u00e0 notre absolu, notre \u00e9ternit\u00e9\u201d. Ou plus loin encore, quand il d\u00e9crit les risques que court celui qui chercherait l\u2019apaisement qu\u2019il demande par ailleurs&nbsp;: \u201cpour d\u2019aucuns, le bonheur est une sensation si insolite qu\u2019aussit\u00f4t qu\u2019il \u00e9prouve, il s\u2019en alarme et s\u2019interroge sur leur normal \u00e9tat\u2026 C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019il sorte de la s\u00e9curit\u00e9 du pire\u2026 Ils y sont si mal pr\u00e9par\u00e9s que, pour en jouir, ils doivent l\u2019annexer \u00e0 leurs anciennes terreurs\u201d. C\u2019est dire combien la t\u00e2che est difficile, plus le patient oeuvrant pour s\u2019en sortir et trouvant une attention inconnue de lui jusqu\u2019alors, plus les risques qu\u2019il \u00e9prouve sont grands. Ren\u00e9 Diatkine <sup>4<\/sup> d\u00e9crit bien ce qui se joue alors&nbsp;: \u201c\u2026 tout semble aller de plus en plus mal. Une flamb\u00e9e d\u2019angoisse envahit le syst\u00e8me conscient, tandis que de grands secteurs d\u2019inhibition s\u2019installent. Le psychanalyste est indiscutablement agress\u00e9 par cette r\u00e9ponse \u00e0 son accueil et l\u2019\u00e9volution de la cure va d\u00e9pendre de sa capacit\u00e9 \u00e0 ne pas se d\u00e9sorganiser lui-m\u00eame et \u00e0 analyser son contre-transfert. L\u2019explication habituelle de ce ph\u00e9nom\u00e8ne p\u00e9nible et dangereux est que la relation analytique naissante a raviv\u00e9 le tr\u00e8s ancien d\u00e9sir d\u2019\u00eatre l\u2019objet d\u2019un amour absolu et que les limites, d\u00e9finissant aussi bien le cadre analytique que le langage, constituent en elles-m\u00eames des agressions insupportables.\u201d C\u2019est pourquoi bien souvent les propositions groupales sont bienvenues&nbsp;: elles permettent un assouplissement des exigences extr\u00eames visant \u00e0 maintenir l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la personne, exigences menac\u00e9es dans la relation duelle. L\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des membres du groupe permet aussi d\u2019offrir des supports identificatoires vari\u00e9s et diff\u00e9renci\u00e9s. Ainsi peuvent \u00eatre dilu\u00e9s les mouvements transf\u00e9rentiels amoureux ou et haineux, ce qui les rend plus supportables. Mais l\u2019entreprise est difficile&nbsp;! Pour toutes ces raisons, et pour celles li\u00e9es \u00e0 ce que ces passionn\u00e9s de la haine \u00e9veillent en m\u00eame temps comme peurs de l\u2019\u00e9tranger en nous et de ce qu\u2019ils nous d\u00e9voilent aussi de familier, les soignants pr\u00e9f\u00e8rent souvent les voir pris en charge par d\u2019autres. Ils suscitent en effet des contre attitudes fortes \u00e0 la hauteur des menaces qui les guettent. Ils int\u00e9ressent, vivement, mais \u00e0 distance, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du papier des journaux ou de l\u2019\u00e9cran des t\u00e9l\u00e9visions. Fascinants autant que r\u00e9voltants, les effets de leur passion irriguent l\u2019existence de ceux que la vie ennuie.<\/p>\n\n\n\n<p>B\u00e9b\u00e9s comme adolescents, loin des chuchotements, connaissent pour certains \u00e9galement les cris, la haine et parfois sa passion. Pour m\u2019\u00eatre occup\u00e9 pendant longtemps de nouveau-n\u00e9s en m\u00eame temps que d\u2019adolescents, en dehors des diff\u00e9rences d\u2019effets li\u00e9s \u00e0 des configurations morphologiques dont il est ais\u00e9 de convenir qu\u2019elles sont diff\u00e9rentes et qu\u2019elles emp\u00eachent ou facilitent la r\u00e9alisation de fantasmes agressifs selon l\u2019\u00e2ge, je ne trouve pour les diff\u00e9rencier vis-\u00e0-vis du sujet qui nous occupe qu\u2019un seul point\u00a0: les effets de groupe\u00a0! Rares sont en effet encore les b\u00e9b\u00e9s constitu\u00e9s en bande -encore que parfois \u00e0 la cr\u00e8che on puisse en identifier les pr\u00e9mices-. Mais, si tel \u00e9tait le cas, il faudrait \u00e0 coup s\u00fbr s\u2019alarmer de cette constatation dans le cadre d\u2019un d\u00e9pistage pr\u00e9coce d\u2019un risque majeur \u00e0 venir de d\u00e9linquance juv\u00e9nile\u00a0!<\/p>\n\n\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>1 Aulagnier P (1984) \u00ab Telle une zone sinistr\u00e9e \u00bb, Adolescence, num\u00e9ro 1, Tome 2, p. 9 \u00e0 21.<\/p>\n<p>2 Bossuet J. B., \u00ab De la connaissance de Dieu et de soi m\u00eame \u00bb.<\/p>\n<p>3 Cioran E.M. (1974) \u00ab La tentation d\u2019exister \u00bb, Gallimard id\u00e9es.<\/p>\n<p>4 Diatkine R.(1984) \u00ab Agression et violence \u00bb, RFP, 4\/1984.<\/p>\n<p>5 Durrell L., \u00ab Justine \u00bb.<\/p>\n<p>6 Dupuis-Gauthier C. (2005) \u00ab La haine entre m\u00e8re et fille en litt\u00e9rature \u00bb, Synapse, n\u00b0216, juin 2005.<\/p>\n<p>7 Freud S. (1917) \u00ab Introduction \u00e0 la psychanalyse \u00bb.<\/p>\n<p>8 Green A., (1990). \u00ab La folie priv\u00e9e, psychanalyse des cas limites \u00bb, NRF, Gallimard.<\/p>\n<p>9 Green A. (1980) \u00ab Passions et destins des passions \u00bb, NRP, n\u00b021, Gallimard, printemps 1980.<\/p>\n<p>10 Hazlitt W. (1805). \u00ab Le plaisir de ha\u00efr \u00bb, Ed. Allia,.<\/p>\n<p>11 Kristeva J. (2005). \u00ab La haine et le pardon. Pouvoirs et limites de la psychanalyse \u00bb, III, Fayard.<\/p>\n<p>12 Pontalis J.B. (2001). \u00ab La haine ill\u00e9gitime \u00bb in L\u2019amour de la haine, Folio essais, Paris.<\/p>\n<p>13 Sartre J.P., \u00ab La naus\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>14 S\u00e9nault J.F. (1641). \u00ab De l\u2019usage des passions \u00bb, Paris.<\/p>\n<p>15 Winnicott D.W. (1947), \u00ab La haine dans le contre-transfert \u00bb in De la p\u00e9diatrie \u00e0 la psychanalyse, Payot, Paris, 1969.<br \/>Et de l\u2019auteur, relative au propos\u00a0:<br \/>\u00ab\u00a0L\u2019adolescence en h\u00e9ritage\u00a0\u00bb (1996). Calmann L\u00e9vy, Paris.<br \/>\u00ab\u00a0Ni anges, ni sauvages\u00a0: les jeunes et la violence\u00a0\u00bb, Anne Carri\u00e8re, Paris 2002, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en Livre de poche en 2004.<br \/>\u00ab\u00a0Faut-il plaindre les bons \u00e9l\u00e8ves\u00a0? Le prix de l\u2019excellence\u00a0\u00bb, Hachette litt\u00e9ratures, Paris, 2005.<\/p><div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9954?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La passion de la haine semble bien se porter ces temps-ci. L\u2019actualit\u00e9 en t\u00e9moigne abondamment. Qu\u2019il s\u2019agisse de faits divers individuels horrifiants ou de mouvements de haine collectifs aux cons\u00e9quences dramatiques. 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