{"id":9949,"date":"2021-08-22T07:30:59","date_gmt":"2021-08-22T05:30:59","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-normalite-cest-la-perversion-2\/"},"modified":"2021-10-05T18:21:19","modified_gmt":"2021-10-05T16:21:19","slug":"la-normalite-cest-la-perversion","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-normalite-cest-la-perversion\/","title":{"rendered":"La normalit\u00e9, c&rsquo;est la perversion"},"content":{"rendered":"\n<p>La derni\u00e8re parution des tenants de la cause antipsychanalytique, le dit <em>Livre noir de la psychanalyse<\/em> (c\u2019est le titre de la collection) met en cause le rapport de la psychanalyse \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9. Ce th\u00e8me a \u00e9t\u00e9 abondamment repris dans le <em>Nouvel Observateur<\/em>. La psychanalyse refuserait \u201cd\u2019accr\u00e9diter\u201d comme psychanalyste ceux qui usent d\u2019une sexualit\u00e9 qu\u2019elle \u201cjugerait\u201d d\u00e9viante&nbsp;: la pratique sexuelle homosexuelle. Que n\u2019importe quel annuaire d\u2019une association de psychanalystes d\u00e9mente ces propos n\u2019arr\u00eatera pas les pourfendeurs d\u2019une psychanalyse per\u00e7ue comme norme. Pour ma part j\u2019ai quelques coll\u00e8gues que cette affirmation fait franchement sourire <em>in petto<\/em>, car tous ne consid\u00e8rent pas n\u00e9cessaire de faire leur <em>coming out<\/em>. La pratique sexuelle en acte, qu\u2019elle soit homosexuelle, h\u00e9t\u00e9rosexuelle, bisexuelle voire transsexuelle, n\u2019est pas le lieu \u00e0 partir duquel la psychanalyse d\u00e9termine la subjectivation d\u2019un sujet humain, <em>a contrario<\/em> de certains ap\u00f4tres modernes de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les sexes et les pratiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Non, l\u2019homosexualit\u00e9 n\u2019emp\u00eache pas la pratique de la psychanalyse, ni l\u2019\u00e9ducation des enfants. Non, la psychanalyse ne pr\u00f4ne pas une version simplifi\u00e9e et r\u00e9ductrice de la pratique sexuelle comme le disent les parangons de la vertu post-moderne et de la r\u00e9alisation de l\u2019individu en acte. Ce que propose la psychanalyse, comme compr\u00e9hension du monde et de ses plaisirs est plus subtile et complexe que les simplifications qu\u2019en proposent les r\u00e9ducteurs de t\u00eates post-modernes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que propose la psychanalyse m\u00e9rite d\u2019\u00eatre ici explicit\u00e9. Le mod\u00e8le humain de la jouissance reste, pour chaque individu, pris un par un, la jouissance mod\u00e8le, la premi\u00e8re jouissance qu\u2019il a connue, la jouissance archa\u00efque de la m\u00e8re, celle d\u2019avant la naissance m\u00eame, <em>in utero<\/em>. Jouissance sans manque, sans limite, sans \u201cemp\u00eacheur de jouir en rond\u201d, cette jouissance archa\u00efque devient pour tout \u00eatre survenu dans le monde, une jouissance interdite et impossible au sujet. Tout le rapport au langage du sujet humain, qui fait que le monde ne lui est plus donn\u00e9 mais doit \u00eatre conquis, t\u00e9moigne de cet \u00e9cart entre l\u2019humanit\u00e9 qui doit reconstruire son rapport de jouissance au monde et l\u2019animalit\u00e9, qui reste de plein pied dans la satisfaction. Or, ce que je nomme les parlottes post-modernes, dont le <em>Livre noir<\/em> est une des formes, contourne cette impossibilit\u00e9 logique de l\u2019\u00eatre humain (de jouir vraiment et compl\u00e8tement) d\u2019une mani\u00e8re tout \u00e0 fait subtile en proposant \u00e0 nos modernes concitoyens un catalogue des modalit\u00e9s perverses de la jouissance. Dans le registre de la ma\u00eetrise du semblable qui est le support de tous les jeux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s actuels, dans le registre du sexuel o\u00f9 le r\u00e9cit pornographique sert de mod\u00e8le \u00e0 la r\u00e9alisation du rapport sexuel, dans le registre du corporel o\u00f9 la monstration du corps et des inscriptions sur celui-ci (tatouage, piercing, scarifications, etc.) tiennent aujourd\u2019hui lieu de norme, dans le registre de l\u2019identit\u00e9 sexuelle o\u00f9 le \u201ctout\u201d possible r\u00e8gle le fonctionnement social, nos modernes discours de la r\u00e9alisation du plaisir sont des illlustrations forc\u00e9es des divers modes possibles de jouissances perverses. Ils sont le plus banal et classique des passe-temps. Qualifier ces modalit\u00e9s de communications de jouissances perverses n\u00e9cessite d\u2019en dire un peu plus sur la fa\u00e7on dont se con\u00e7oit la perversion dans le cadre psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>La perversion, que Freud inscrit comme premi\u00e8re partie de ses <em>Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle<\/em> sous le titre <em>les Aberrations sexuelles<\/em>, n\u2019a aucun point commun avec le sens commun de la perversion qui emporte avec lui une r\u00e9probation morale. La perversion est un mode particulier de rapport \u00e0 la jouissance, partag\u00e9 par l\u2019ensemble de l\u2019humanit\u00e9, qui vient opposer un refus \u00e0 la limite faite \u00e0 la jouissance. La perversion, en son sens psychanalytique, est la fa\u00e7on dont un sujet, dans un domaine pr\u00e9cis de son rapport au semblable, refuse, nie, d\u00e9savoue, l\u2019impossibilit\u00e9 de la jouissance pleine et totale. C\u2019est sur ce refus que se construit la dynamique fantasmatique du sujet et sa croyance intime en un bonheur enfin r\u00e9alisable. C\u2019est ce refus qui s\u2019exprime dans le fantasme ($\u00d8a) et dans la croyance en sa r\u00e9alisation. Freud ne disait pas autre chose quand il nommait l\u2019enfant de pervers polymorphe, il signifiait par l\u00e0 que l\u2019enfant cherche d\u2019abord la satisfaction, et qu\u2019il l\u2019a cher che par tous les moyens pulsionnels possibles (d\u00e9voration orale, r\u00e9tention anale, phallicisme \u0153dipien, r\u00eaverie latente, agir adolescent, ma\u00eetrise de l\u2019autre, emprise, etc.). Le r\u00f4le du social est de brider, mettre en ordre, refouler, interdire, l\u2019expression brute de la satisfaction pulsionnelle, pour en construire une satisfaction substitutive tol\u00e9rable pour les autres et pour le sujet. En effet la pulsion, comme le montre bien l\u2019enfant livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, finit par d\u00e9truire l\u2019objet de satisfaction, par l\u2019an\u00e9antir dans le plaisir du sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lien social tiss\u00e9 par les parlottes postmodernes a bien retenu une des le\u00e7ons de la psychanalyse&nbsp;: la satisfaction subjective est le but \u00e9go\u00efste de toute vie humaine. C\u2019est ce que pr\u00f4nent nos nouveaux directeurs de conscience cognitivo-comportementalistes. Mais il a oubli\u00e9 la deuxi\u00e8me&nbsp;: toute jouissance ne peut \u00eatre qu\u2019incompl\u00e8te pour pr\u00e9server la coh\u00e9sion du groupe social. Le mod\u00e8le dominant du lien social, le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique propose au \u201cparl\u00eatre\u201d de r\u00e9aliser son but, la jouissance, en comptant sur la r\u00e9gulation du march\u00e9 par l\u2019offre et la demande. Pour ce faire il fait de l\u2019offre, il propose au sujet de voir, de regarder les diff\u00e9rents possibles de la r\u00e9alisation fantasmatique. De la monstration du meurtre \u00e0 celle de la domination totale de l\u2019autre, en passant par les diverses modalit\u00e9s de la r\u00e9alisation sexuelle, toutes les expressions fantasmatiques trouvent droit de cit\u00e9 dans les divers moyens de communications \u00e0 disposition des humains. Au nom du \u201cdroit \u00e0 la parole et \u00e0 la diff\u00e9rence\u201d, aucun mode de jouissance ne peut \u00eatre interdit. Seules les jouissances p\u00e9dophiles, n\u00e9crophiles et cannibales, provoquent encore des oppositions massives car elles touchent au plus profond de la destructivit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019homme. Pour les autres elles sont devenues non seulement tol\u00e9rables, mais encore revendicables par les sujets qui les pratiquent.<br>Ce n\u2019est pas la psychanalyse qui interdit les formes perverses de la jouissance, elle leur a m\u00eame donn\u00e9 un statut social que revendiquent nos modernes parangons de la vertu lib\u00e9rale de la r\u00e9alisation subjective. La psychanalyse n\u2019interdit pas une forme de jouissance, pas plus l\u2019homosexuelle qu\u2019une autre, elle pose simplement la limite \u00e0 la \u201ctoute-jouissance\u201d. Quoiqu\u2019en disent les tenants d\u2019une r\u00e9alisation du bonheur, (dont le <em>Livre noir<\/em> t\u00e9moigne \u00e0 plusieurs reprises et que le <em>Nouvel Observateur<\/em> porte, au moins sous la plume de la journaliste, aux nues) la psychanalyse ne refuse pas la perversion, c\u2019est au contraire elle, d\u00e8s son origine freudienne reprise magistralement par Lacan, qui a fait de la perversion (l\u2019homosexuelle et les autres) la normalit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9, \u00e0 condition qu\u2019elle ne m\u00e8ne pas \u00e0 la destruction de l\u2019autre, mon objet d\u2019amour.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9949?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La derni\u00e8re parution des tenants de la cause antipsychanalytique, le dit Livre noir de la psychanalyse (c\u2019est le titre de la collection) met en cause le rapport de la psychanalyse \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9. 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