{"id":9945,"date":"2021-08-22T07:30:59","date_gmt":"2021-08-22T05:30:59","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/il-me-faut-tout-oublier-berlinde-de-bruyckere-et-philippe-vandenberg-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:30:59","modified_gmt":"2021-08-22T05:30:59","slug":"il-me-faut-tout-oublier-berlinde-de-bruyckere-et-philippe-vandenberg","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/il-me-faut-tout-oublier-berlinde-de-bruyckere-et-philippe-vandenberg\/","title":{"rendered":"Il me faut tout oublier &#8211; Berlinde De Bruyckere et Philippe Vandenberg"},"content":{"rendered":"<p>La Maison Rouge, Paris (jusqu\u2019au 11 mai 2014)<\/p>\n<p>Lorsque j\u2019ai d\u00e9couvert Berlinde De Bruyckere, en 2005, ici m\u00eame, \u00e0 <em>La Maison Rouge,<\/em> o\u00f9 elle \u00e9tait expos\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en France, c\u2019\u00e9tait un choc, tant ses \u0153uvres sont puissantes et dramatiques, tant ses techniques sont \u00e9poustouflantes. Je me rappelle des d\u00e9pouilles de chevaux, tragiquement humaines.<\/p>\n<p>L\u2019exposition actuelle consiste en une confrontation entre des sculptures de Berlinde De Bruyckere et des \u0153uvres d\u2019un peintre peu expos\u00e9 en France, Philippe Vandenberg (1952-2009) lui aussi originaire de Gand. C\u2019est Berlinde De Bruyckere qui a s\u00e9lectionn\u00e9 les tableaux et dessins de Philippe Vandenberg, dans son atelier, apr\u00e8s le suicide de celui-ci. Etrange d\u00e9marche. \u00ab Au cours d&rsquo;une longue ann\u00e9e, je me suis rendue \u00e0 l&rsquo;atelier de Philippe Vandenberg \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. (\u2026) Une lente progression, \u00e0 pied, en tram, en train, en taxi, entrecoup\u00e9e d\u2019attentes. (\u2026) Que penserais-je si, apr\u00e8s ma mort, un autre artiste \u00e9tait autoris\u00e9 \u00e0 tra\u00eener dans mon atelier et \u00e0 feuilleter mes livres ? \u00bb<\/p>\n<p>A vrai dire, le rapprochement n\u2019est pas convaincant, car les sculptures de Berlinde de Bruyckere l\u2019emportent largement par leur puissance \u00e9vocatrice et leur \u00e9tranget\u00e9 sur les peintures de Philippe Vandenberg, qui p\u00e2tissent de la comparaison. <\/p>\n<p>Berlinde De Bruyckere est une artiste flamande n\u00e9e en 1964 \u00e0 Gand, o\u00f9 ses parents tenaient une boucherie. Elle a re\u00e7u une \u00e9ducation religieuse stricte, qui l\u2019a beaucoup marqu\u00e9e. Ses corps tortur\u00e9s rappellent les martyrs des saints et \u00e9voquent les quartiers de viande que son p\u00e8re \u00e9quarrissait dans sa boucherie. On pense \u00e0 Bacon. <br \/>\nLe th\u00e8me de ses sculptures est le corps, le corps humain, lieu de toutes les m\u00e9tamorphoses, entre l\u2019humain, l\u2019animal et le v\u00e9g\u00e9tal. Elle m\u00e9lange avec une grande virtuosit\u00e9 toutes sortes de mat\u00e9riaux : pigments, objets, cheveux, crins de cheval, poils et fragments de peau animale, bois, tissus, et surtout la cire qui permet toutes les m\u00e9tamorphoses. Ces corps, on ne sait plus de quoi ils sont faits.<\/p>\n<p>Au centre de l\u2019exposition, <em>Actaeon III<\/em>, fait suite \u00e0<em> Crippelwood,<\/em> expos\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re Biennale de Venise, repr\u00e9sentant un \u00e9norme Saint-S\u00e9bastien, fait de troncs d\u2019arbres. Act\u00e9on, un chasseur, surprend Diane dans sa nudit\u00e9. Pour punition, il sera transform\u00e9 en cerf et d\u00e9vor\u00e9 par ses propres chiens qui ne le reconnaissent plus. \u00ab Tandis qu&rsquo;ils arr\u00eatent le malheureux Act\u00e9on, la meute arrive, fond sur lui, le d\u00e9chire, et bient\u00f4t sur tout son corps, il ne reste aucune place \u00e0 de nouvelles blessures. Il g\u00e9mit, et les sons plaintifs qu&rsquo;il fait entendre, s&rsquo;ils diff\u00e8rent de la voix de l&rsquo;homme, ne ressemblent pas non plus \u00e0 celle du cerf. Il remplit de ses cris ces lieux qu&rsquo;il a tant de fois parcourus ; et, tel un suppliant, fl\u00e9chissant le genou, mais ne pouvant tendre ses bras, il tourne en silence autour de lui sa t\u00eate languissante \u00bb, dit le texte d\u2019Ovide.&#160; <\/p>\n<p>Ce corps d\u00e9chiquet\u00e9, m\u00e9connaissable, on le voit ici, dans cet amoncellement savamment compos\u00e9 de branches. Tout l\u2019art de De Bruyckere est dans cette \u00e9tonnante capacit\u00e9 \u00e0 transformer des bouts de bois en chair humaine. Cette recherche pour figurer la chair rappelle Gericault. Mais c\u2019est au prix d\u2019un long travail, tr\u00e8s technique. Car, ce que l\u2019on voit ce ne sont pas des branches qu\u2019elle aurait choisies et d\u00e9pos\u00e9es, mais des moulages en cire, des branches transpos\u00e9es dans une autre mati\u00e8re, retravaill\u00e9es, repeintes, recompos\u00e9es (la recomposition de corps hybrides \u00e9voque Rodin). On pense \u00e0 Louise Bourgeois, bien s\u00fbr, mais \u00e9galement \u00e0 Alina Szapocznikow, utilisant des moulages de son propre corps pour repr\u00e9senter un corps f\u00e9minin morcel\u00e9 et mutil\u00e9. Les branches d\u00e9membr\u00e9es de De Bruyckere (le th\u00e8me de l\u2019amputation revient) portent des traces de blessures. Les cicatrices sont entour\u00e9es de vieilles couvertures et de vieux draps, des lani\u00e8res en cuir, rouges, couleur chair, comme imbib\u00e9es de sang. <\/p>\n<p>Daphn\u00e9 m\u00e9tamorphos\u00e9e en arbre, Act\u00e9on en cerf, ici c\u2019est le contraire : l\u2019arbre, ou les bois de cerf, sont m\u00e9tamorphos\u00e9s en corps humain, celui d\u2019Act\u00e9on, celui de Saint-S\u00e9bastien, celui de chacun de nous. Et ce qui est \u00e9tonnant, c\u2019est la beaut\u00e9 de ces corps tellement douloureux et souffrants. A propos de la visite aux abattoirs, Berlinde De Bruyckere s\u2019exclame \u00ab Et ces entassements de peaux sont si beaux ! \u00bb<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9945?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Maison Rouge, Paris (jusqu\u2019au 11 mai 2014) Lorsque j\u2019ai d\u00e9couvert Berlinde De Bruyckere, en 2005, ici m\u00eame, \u00e0 La Maison Rouge, o\u00f9 elle \u00e9tait expos\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en France, c\u2019\u00e9tait un choc, tant ses \u0153uvres sont puissantes&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1318],"thematique":[396],"auteur":[1391],"dossier":[],"mode":[61],"revue":[397],"type_article":[451],"check":[],"class_list":["post-9945","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-exposition","thematique-art","auteur-simone-korff-sausse","mode-gratuit","revue-397","type_article-articles"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9945","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9945"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9945\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9945"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9945"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9945"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9945"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9945"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9945"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9945"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9945"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9945"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}