{"id":9921,"date":"2021-08-22T07:30:56","date_gmt":"2021-08-22T05:30:56","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/de-quoi-le-handicap-est-il-trace-la-handicap-comme-attracteur-de-subjectivite-2\/"},"modified":"2021-10-03T11:57:14","modified_gmt":"2021-10-03T09:57:14","slug":"de-quoi-le-handicap-est-il-trace-la-handicap-comme-attracteur-de-subjectivite","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/de-quoi-le-handicap-est-il-trace-la-handicap-comme-attracteur-de-subjectivite\/","title":{"rendered":"De quoi le handicap est-il trace ? La handicap comme attracteur de subjectivit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019approche psychanalytique du handicap consiste entre autres \u00e0 consid\u00e9rer le handicap comme un contexte attracteur de certains aspects de la r\u00e9alit\u00e9 psychique, de la subjectivit\u00e9, pour le sujet comme pour son entourage. On peut dire que le handicap d\u2019un sujet, d\u2019un enfant, est objet ou cible de projections de la part du sujet et de son entourage, et que par ailleurs il attracte ces m\u00eames projections. Le handicap est lieu d\u2019attraction de conflictualit\u00e9s ou de sc\u00e8nes psychiques diverses.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le sujet lui-m\u00eame, on peut dire que le handicap &#8211; lorsqu\u2019il concerne le corps &#8211; repr\u00e9sente une forme de ce que Freud appelait la \u00ab&nbsp;complaisance somatique&nbsp;\u00bb&nbsp;: le corps se pr\u00eate pour donner forme \u00e0 certaines sc\u00e8nes psychiques, certaines conflictualit\u00e9s psychiques. On peut dire la m\u00eame chose de tout contexte corporel, comme la maladie somatique, par exemple (il n\u2019est \u00e9videmment pas question l\u00e0 de liens de causalit\u00e9). Si c\u2019est l\u2019hyst\u00e9rie qui a inaugur\u00e9 ce mod\u00e8le du transit de la r\u00e9alit\u00e9 psychique dans la r\u00e9alit\u00e9 du corps, on peut dire que tous les contextes corporels se pr\u00eatent, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, \u00e0 ce transit, tous les contextes corporels \u2013 comme d\u2019autres contextes d\u2019ailleurs \u2013 sont attracteurs de certains pans de la r\u00e9alit\u00e9 psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le contexte du handicap, que concernent ces projections, quelles exp\u00e9riences produisent-elles et quelles traces inscrivent-elles&nbsp;? Que se passe-t-il, d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale et pour le b\u00e9b\u00e9 en particulier, lorsque le corps est ab\u00eem\u00e9, lorsque le b\u00e9b\u00e9 pr\u00e9sente une anomalie&nbsp;? Quelles r\u00e9alit\u00e9s psychiques attractent le handicap, et que repr\u00e9sente ce dernier&nbsp;? J\u2019envisagerai quelques-unes de ces traces potentielles en commen\u00e7ant par les plus \u00e9videntes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le traumatisme<\/h2>\n\n\n\n<p>Il est tout d\u2019abord \u00e9vident que le handicap, la marque sur le corps, le stigmate, est une trace, pour l\u2019enfant et pour son entourage, de la catastrophe originelle, du traumatisme inaugural qui inscrit son empreinte \u00e0 jamais, et qui donne sa particularit\u00e9 au travail de deuil, dans la mesure o\u00f9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique est pers\u00e9cutoire par son omnipr\u00e9sence&nbsp;: le handicap est toujours l\u00e0, toujours visible, rappelant en permanence la catastrophe originelle. Il y a l\u00e0 un effet que j\u2019ai appel\u00e9 \u00ab&nbsp;effet de d\u00e9ception originaire&nbsp;\u00bb, d\u00e9ception fondatrice du lien, et qui va se r\u00e9p\u00e9ter ind\u00e9finiment. En effet, le moindre probl\u00e8me rencontr\u00e9 dans la vie avec ce b\u00e9b\u00e9, cet enfant, ram\u00e8nera \u00e0 l\u2019origine traumatique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La culpabilit\u00e9 et la honte<\/h2>\n\n\n\n<p>Il est classique, aussi, de dire que le handicap, l\u2019anomalie, le trouble chez le b\u00e9b\u00e9 ou l\u2019enfant produisent de la culpabilit\u00e9 et de la honte. Le stigmate corporel est le signe, la figuration d\u2019une sexualit\u00e9 coupable ou honteuse, d\u2019une sc\u00e8ne primitive monstrueuse. Il est l\u2019inscription, la marque, la trace de la faute. L\u2019exposition au regard d\u2019autrui convoque par ailleurs l\u2019analit\u00e9. Le handicap est ainsi potentiellement la trace de l\u2019analit\u00e9 expos\u00e9e. Et l\u2019affect de honte est tout particuli\u00e8rement li\u00e9 \u00e0 l\u2019analit\u00e9 expos\u00e9e \u2013 expos\u00e9e au regard d\u2019autrui ainsi qu\u2019au regard de son propre id\u00e9al sur soi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les souffrances narcissiques<\/h2>\n\n\n\n<p>On peut dire aussi que si le handicap est un attracteur de subjectivit\u00e9, il attractera plus particuli\u00e8rement les aspects les plus archa\u00efques, les plus narcissiques de la subjectivit\u00e9, pour le sujet comme pour l\u2019entourage. Le handicap est le si\u00e8ge potentiel de traitements des souffrances les plus archa\u00efques, narcissiques. Il pr\u00e9sentifie la blessure narcissique, le manque. Il en est la cicatrice qui rappelle en permanence la douleur.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le parent interne ab\u00eem\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Le handicap va attirer, attracter, non seulement les aspects narcissiques, mais aussi les imagos parentales. Le handicap peut souvent s\u2019envisager comme repr\u00e9sentant ou se pr\u00eatant \u00e0 la repr\u00e9sentation du parent ab\u00eem\u00e9, de l\u2019imago du parent ab\u00eem\u00e9. Et le rapport que l\u2019enfant entretiendra avec le handicap sera tributaire ou racontera quelque chose du rapport qu\u2019il entretient avec ses imagos parentales narcissiquement et fantasmatiquement ab\u00eem\u00e9es par l\u2019exp\u00e9rience de rencontre traumatique avec le handicap. On peut rapprocher cette id\u00e9e de celle \u00e9nonc\u00e9e par certains auteurs, th\u00e9oriciens de l\u2019adolescence, qui font l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle le corps pub\u00e8re de l\u2019adolescent repr\u00e9senterait le parent potentiellement incestueux et dangereux, le rapport au corps \u00e9tant ainsi tributaire du rapport fantasmatique au parent incestueux. On peut dire la m\u00eame chose du handicap&nbsp;: le handicap est une repr\u00e9sentation corporelle ou corpor\u00e9is\u00e9e du parent d\u00e9truit, qui ne tient pas, qui ne contient pas (dans le cas de handicap moteur, par exemple).<\/p>\n\n\n\n<p>La partie du corps ab\u00eem\u00e9e repr\u00e9sente le parent interne ab\u00eem\u00e9. Elle repr\u00e9sente le lien \u00e0 un parent interne ab\u00eem\u00e9. On observe cela, par exemple, avec certains enfants qui, dans leurs jeux, symbolisent leur handicap avec un m\u00eame symbole qui repr\u00e9sente aussi une image parentale, ab\u00eem\u00e9e, d\u00e9prim\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les identifications forc\u00e9es, les imagos ancestrales<\/h2>\n\n\n\n<p>Le handicap, en outre, est un attracteur aussi pour les histoires traumatiques pass\u00e9es, qu\u2019il r\u00e9veille, r\u00e9chauffe, rappelle \u00e0 la m\u00e9moire. Et il attracte potentiellement tout particuli\u00e8rement des imagos d\u2019anc\u00eatres porteurs d\u2019un stigmate, dont l\u2019anomalie de l\u2019enfant actuel repr\u00e9sente une trace phylog\u00e9n\u00e9tique, pourrait-on dire. Le handicap est la trace d\u2019histoires pass\u00e9es, de tares h\u00e9rit\u00e9es de diff\u00e9rents anc\u00eatres. L\u2019enfant, le b\u00e9b\u00e9, fera ainsi fr\u00e9quemment l\u2019objet d\u2019identifications forc\u00e9es, que beaucoup ont explor\u00e9es et que j\u2019ai moi-m\u00eame d\u00e9crites sous les termes d\u2019 \u00ab&nbsp;empi\u00e9tements imago\u00efques&nbsp;\u00bb. Cette recherche ou cette contrainte d\u2019identification forc\u00e9e r\u00e9pond en partie \u00e0 la rupture du lien de filiation, \u00e0 la rupture du lien g\u00e9n\u00e9alogique, telle que la produit le handicap.<\/p>\n\n\n\n<p>Une m\u00e8re d\u2019un enfant IMC (Infirmit\u00e9 Motrice C\u00e9r\u00e9brale), par exemple, avait dans sa g\u00e9n\u00e9alogie un grand-p\u00e8re h\u00e9ro\u00efque, qui avait perdu un bras \u00e0 la guerre, et qui avait surmont\u00e9 ce handicap, r\u00e9alis\u00e9 des travaux spectaculaires, comme construire seul sa maison, par exemple, et cette m\u00e8re projetait sur le b\u00e9b\u00e9 cette imago h\u00e9ro\u00efque, cette figure d\u2019handicap\u00e9 h\u00e9ro\u00efque, de h\u00e9ros m\u00e9connu, ce qui bien s\u00fbr surchargeait l\u2019enfant d\u2019un fardeau suppl\u00e9mentaire et l\u2019exposait \u00e0 de nouveaux effets de d\u00e9ception, ce que l\u2019on pouvait observer tr\u00e8s directement dans les interactions m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9. En effet, chaque fois par exemple qu\u2019une repr\u00e9sentation du handicap apparaissait sur la sc\u00e8ne de l\u2019interaction \u2013 par exemple, l\u2019enfant \u00e9tait souvent int\u00e9ress\u00e9 par une figurine d\u2019animal, mais qui avait une patte cass\u00e9e et ne tenait pas debout \u2013, la m\u00e8re \u00e9loignait syst\u00e9matiquement, sans m\u00eame s\u2019en apercevoir, l\u2019objet \u00e9vocateur du handicap, la repr\u00e9sentation du handicap, tout en parlant de choses et d\u2019autres, et en particulier tout en objectivant les progr\u00e8s de l\u2019enfant, dans un discours maniaque qui mettait en sc\u00e8ne un b\u00e9b\u00e9 id\u00e9alis\u00e9, grandiose. Le b\u00e9b\u00e9 alors s\u2019absentait, ou bien manifestait un mouvement auto-agressif (il se frappait), ou bien encore babillait des sons incompr\u00e9hensibles, et la m\u00e8re, agac\u00e9e, confront\u00e9e \u00e0 une d\u00e9ception r\u00e9p\u00e9titive, le disqualifiait et se montrait intrusive&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tiens-toi droit&nbsp;!&nbsp;\u00bb, hurlait-elle \u00e0 son encontre, par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>On voyait comment l\u2019enfant ne pouvait honorer un tel \u00ab&nbsp;contrat narcissique&nbsp;\u00bb&nbsp;: reprendre \u00e0 son propre compte l\u2019id\u00e9al de l\u2019anc\u00eatre, se tenir droit malgr\u00e9 le manque, comme le grand-p\u00e8re h\u00e9ro\u00efque.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette projection identificatoire, cet empi\u00e9tement imago\u00efque avait pour fonction, outre la gestion des conflictualit\u00e9s \u0153dipiennes, de suturer le lien de filiation bris\u00e9 par le handicap, de restaurer le lien g\u00e9n\u00e9alogique. L\u2019enfant, identifi\u00e9 au grand-p\u00e8re handicap\u00e9 h\u00e9ro\u00efque, est bien dans la g\u00e9n\u00e9alogie, lui dont le handicap produit une alt\u00e9rit\u00e9 brutale et absolue, le situe hors g\u00e9n\u00e9ration, hors g\u00e9n\u00e9alogie, produit une \u00ab&nbsp;d\u00e9-g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le fantasme de transmission, trace de la g\u00e9n\u00e9alogie<\/h2>\n\n\n\n<p>Cet empi\u00e9tement imago\u00efque, par ailleurs, et suivant cette m\u00eame logique, soutient la construction de ce que j\u2019ai appel\u00e9, apr\u00e8s Ren\u00e9 Ka\u00ebs, des \u00ab&nbsp;fantasmes de transmission&nbsp;\u00bb&nbsp;: la tare est souvent transmise, dans le fantasme, par l\u2019anc\u00eatre stigmatis\u00e9, ce qui l\u00e0 encore suture la g\u00e9n\u00e9alogie, et soutient l\u2019appropriation par le sujet, le parent, de cette histoire traumatique \u2013 dans le m\u00eame mouvement qui le conduit \u00e0 s\u2019en dessaisir, \u00e0 s\u2019en innocenter (\u00e7a ne m\u2019appartient pas et je n\u2019y suis pour rien puisque \u00e7a ne vient pas de moi mais d\u2019un anc\u00eatre, mais comme c\u2019est mon anc\u00eatre, c\u2019est bien mon histoire et \u00e7a m\u2019appartient bien).<\/p>\n\n\n\n<p>La construction de fantasmes de transmission repr\u00e9sente donc une modalit\u00e9 de suture de la rupture du lien de filiation. La tare, qui brise la g\u00e9n\u00e9alogie, est en m\u00eame temps ce qui permet de la restaurer. Le handicap porte ainsi la trace du g\u00e9n\u00e9alogique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les communaut\u00e9s de d\u00e9ni et autres pactes inconscients<\/h2>\n\n\n\n<p>Le handicap peut faire l\u2019objet d\u2019une m\u00e9connaissance ou d\u2019un d\u00e9ni parental, et l\u2019enfant peut reprendre \u00e0 son propre compte le d\u00e9ni. Le handicap sera ainsi la trace des communaut\u00e9s de d\u00e9ni et autres pactes inconscients. Le d\u00e9ni peut produire &#8211; et \u00eatre soutenu par &#8211; des fantasmes de toute-puissance. Nombre d\u2019enfants porteurs de handicap nourrissent des projets exceptionnels, omnipotents (\u00eatre champion de karat\u00e9, aviateur\u2026). \u00c9prouver la d\u00e9tresse, l\u2019impuissance, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 peut conduire \u00e0 l\u2019illusion de toute-puissance. La partie du corps si\u00e8ge du handicap peut \u00eatre non pas d\u00e9ni\u00e9e mais v\u00e9cue comme mauvaise, pers\u00e9cutrice, et faire l\u2019objet d\u2019un m\u00e9pris, d\u2019une \u00ab&nbsp;maltraitance&nbsp;\u00bb par les parents et l\u2019enfant lui-m\u00eame, qui d\u00e9veloppera une image spatialement cliv\u00e9e de son corps, ou l\u2019image d\u2019un corps pr\u00e9sentant un appendice monstrueux qu\u2019il faudrait d\u00e9tacher, jeter \u00e0 la poubelle, etc. Cette partie du corps peut aussi \u00eatre hyperinvestie, hyperrepr\u00e9sent\u00e9e, par les parents et l\u2019enfant&nbsp;: on peut voir des enfants sourds par exemple dessiner des bonhommes avec d\u2019immense oreilles, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9ni peut aussi ne pas \u00eatre partag\u00e9, n\u2019\u00eatre utilis\u00e9 que par l\u2019enfant et correspondre chez lui au pouvoir qu\u2019il entend d\u00e9tenir sur son corps, et qu\u2019il n\u2019entend pas laisser aux adultes. L\u2019enfant affichera alors une opposition syst\u00e9matique&nbsp;: refus de toute approche r\u00e9\u00e9ducative, de toute proth\u00e8se, etc. Le d\u00e9ni peut aussi n\u2019\u00eatre l\u2019\u0153uvre que des parents (d\u00e9ni du handicap ou plut\u00f4t d\u00e9ni des affects \u00e0 propos du handicap). L\u2019enfant pourra alors revendiquer le handicap, par exemple, dans un mouvement maniaque, ou dans un renversement de la honte dont je parlais plus haut (la sienne ou bien celle de ses parents).<\/p>\n\n\n\n<p>Un enfant sourd, par exemple, dont la m\u00e8re s\u2019\u00e9vertuait \u00e0 cacher les oreilles en lui laissant pousser les cheveux, pour masquer les appareils auditifs, stigmates de son handicap, r\u00e9clamait lui, haut et fort, des appareils de couleur rouge fluo\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant dont les parents d\u00e9nient le handicap ou ses effets peut aussi \u00ab&nbsp;ramener son corps handicap\u00e9&nbsp;\u00bb au moment o\u00f9 celui-ci fait l\u2019objet d\u2019un d\u00e9ni parental&nbsp;: il peut se mettre \u00e0 r\u00e9gresser, \u00e0 convulser, ou bien \u00e0 d\u00e9velopper des comportements ou des jeux qui t\u00e9moignent du poids subjectif du handicap. Dans tous les cas, le rapport au handicap racontera la mani\u00e8re dont l\u2019enfant se d\u00e9brouille avec les pactes et alliances inconscientes qu\u2019il noue n\u00e9cessairement avec ses parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Un enfant de 4 ans, par exemple, porteur d\u2019une infirmit\u00e9 motrice c\u00e9r\u00e9brale, particuli\u00e8rement tyrannique avec sa m\u00e8re (une m\u00e8re tr\u00e8s bless\u00e9e et qui d\u00e9nie toute d\u00e9pression) et particuli\u00e8rement r\u00e9fractaire \u00e0 toute r\u00e9\u00e9ducation, exprime lors d\u2019une s\u00e9ance son sentiment d\u2019\u00eatre dans un \u00ab&nbsp;pi\u00e8ge&nbsp;\u00bb d\u2019o\u00f9 il veut sortir. Apr\u00e8s cet \u00e9nonc\u00e9, il raconte l\u2019histoire de sa naissance, histoire qu\u2019il a entendue et dont il a reconstruit la sc\u00e8ne&nbsp;: il \u00e9tait dans une couveuse, parce que trop petit et trop froid&nbsp;; dans sa couveuse il avait \u00ab&nbsp;des tuyaux pour manger et des tuyaux pour faire sortir le pipi et le caca&nbsp;\u00bb, dit-il. Il explique ensuite que de toute fa\u00e7on sa maman n\u2019avait pas de chagrin, les mamans ne pleurent pas, seuls les b\u00e9b\u00e9s pleurent.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet enfant, qui montre quotidiennement que son handicap ne le concerne pas, d\u00e9crit l\u00e0 l\u2019image d\u2019un corps travers\u00e9 par des tuyaux, d\u00e8s l\u2019origine, corps froid et passif, corps travers\u00e9 par une histoire qui lui est \u00e9trang\u00e8re. On peut se demander quelles traces a-t-il de cette histoire. On peut aussi dire que par le fait m\u00eame de se raconter, et de se raconter \u00e9tranger, l\u2019enfant s\u2019approprie cette histoire, il s\u2019approprie cette \u00e9tranget\u00e9, il devient sujet de son histoire. Mais ce mouvement d\u2019appropriation, de subjectivation contient un risque&nbsp;: celui de faire d\u00e9primer la m\u00e8re, de lui donner du chagrin, de la faire pleurer, de la d\u00e9truire, de la rendre froide et passive \u00e0 son tour. C\u2019est cela le pi\u00e8ge dans lequel l\u2019enfant est pris, captif de cette situation paradoxale et sans issue, situation o\u00f9 le moi doit choisir entre perdre l\u2019objet ou se perdre lui-m\u00eame, sachant que chacune des positions a pour effet l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi la trace de cette perte qui s\u2019est inscrite avec l\u2019inscription ou le marquage du handicap.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 quelques-unes des traces que le handicap peut contenir, ou quelques-uns des \u00e9l\u00e9ments ou des processus qu\u2019il peut attracter et dont il peut \u00eatre la trace.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>1991, \u00ab&nbsp;Surdit\u00e9 et soin familial pr\u00e9coce&nbsp;\u00bb, <em>Revue internationale de p\u00e9diatrie<\/em>, n\u00b0 216, p. 17-20.<\/p>\n\n\n\n<p>1996, \u00ab&nbsp;La filiation \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du handicap&nbsp;: fantasme de culpabilit\u00e9 et fantasme de transmission&nbsp;\u00bb, <em>Contraste<\/em>, n\u00b0 4, p. 61-70.<\/p>\n\n\n\n<p>1997, \u00ab&nbsp;Empi\u00e9tement imago\u00efque et fantasme de transmission&nbsp;\u00bb, in Eiguer (dir.), <em>Le G\u00e9n\u00e9rationnel. Approche en th\u00e9rapie familiale psychanalytique<\/em>, Paris, Dunod, p. 151-185.<\/p>\n\n\n\n<p>1999, <em>La Transmission psychique inconsciente&nbsp;: identification projective et fantasme de transmission<\/em>, Paris, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>2000, \u00ab&nbsp;Travail du traumatisme et fantasme de transmission dans la rencontre avec le handicap&nbsp;\u00bb, <em>Le Divan familial<\/em>, n\u00b0 5, p. 177-186.<\/p>\n\n\n\n<p>2002 \u00ab&nbsp;Fantasme de transmission et appropriation du g\u00e9n\u00e9rationnel&nbsp;\u00bb, <em>Groupal<\/em>, n\u00b0 11, p. 47-64.<\/p>\n\n\n\n<p>2007, \u00ab&nbsp;La transmission psychique \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du handicap&nbsp;\u00bb, in Ciccone, Korff-Sausse, Missonnier, Scelles (dir.), <em>Cliniques du sujet handicap\u00e9. Actualit\u00e9s des pratiques et des recherches<\/em>, Toulouse, \u00c9res, p. 75-92.<\/p>\n\n\n\n<p>2007, \u00ab&nbsp;La tyrannie chez l\u2019enfant porteur de handicap&nbsp;\u00bb, <em>Champ psychosomatique<\/em>, n\u00b0 45, p. 35-51.<\/p>\n\n\n\n<p>2008, \u00ab&nbsp;Violence dans le soin au handicap&nbsp;\u00bb, in Scelles (dir.), <em>Handicap&nbsp;: l\u2019\u00e9thique dans les pratiques cliniques<\/em>, Toulouse, \u00c9r\u00e8s, p. 43-54.<\/p>\n\n\n\n<p>2009, \u00ab&nbsp;Handicap du b\u00e9b\u00e9 et travail de la honte dans la famille&nbsp;\u00bb, in Presme, Delion et Missonnier (dir.), <em>Les professionnels de la p\u00e9rinatalit\u00e9 accueillent le handicap<\/em>, Toulouse, \u00c9r\u00e8s, p. 99-124.<\/p>\n\n\n\n<p>2009, \u00ab&nbsp;Potentialit\u00e9s incestuelles et mise en histoire g\u00e9n\u00e9rationnelle dans les contextes de handicap&nbsp;\u00bb, <em>Le Divan familial<\/em>, n\u00b0 22, p. 67-80.<\/p>\n\n\n\n<p>2009, <em>Honte, culpabilit\u00e9 et traumatisme<\/em>, avec A. Ferrant, Paris, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>2009, \u00ab&nbsp;Faire violence sous pr\u00e9texte de soigner&nbsp;\u00bb, in Korff-Sausse (dir.), <em>La Vie psychique des personnes handicap\u00e9es<\/em>, Toulouse, \u00c9r\u00e8s, p. 197-205.<\/p>\n\n\n\n<p>2010, \u00ab&nbsp;Le handicap, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et le sexuel&nbsp;\u00bb, in Ciccone (dir.), <em>Handicap, identit\u00e9 sexu\u00e9e et vie sexuelle<\/em>, Toulouse, \u00c9r\u00e8s, p. 7-24.<\/p>\n\n\n\n<p>2011, \u00ab&nbsp;Embo\u00eetements d\u2019affects dans les contextes de handicap&nbsp;\u00bb, avec A. Ferrant, in Missonnier (dir.), <em>Honte et culpabilit\u00e9 dans la clinique du handicap<\/em>, Toulouse, \u00c9r\u00e8s, sous presse.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9921?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019approche psychanalytique du handicap consiste entre autres \u00e0 consid\u00e9rer le handicap comme un contexte attracteur de certains aspects de la r\u00e9alit\u00e9 psychique, de la subjectivit\u00e9, pour le sujet comme pour son entourage. 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