{"id":9908,"date":"2021-08-22T07:30:54","date_gmt":"2021-08-22T05:30:54","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/pour-une-conception-psychosomatique-de-linstabilite-chez-lenfant-2\/"},"modified":"2021-09-27T16:12:06","modified_gmt":"2021-09-27T14:12:06","slug":"pour-une-conception-psychosomatique-de-linstabilite-chez-lenfant","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/pour-une-conception-psychosomatique-de-linstabilite-chez-lenfant\/","title":{"rendered":"Pour une conception psychosomatique de l&rsquo;instabilit\u00e9 chez l&rsquo;enfant"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019hyperkin\u00e9sie, l\u2019instabilit\u00e9 et l\u2019hyperactivit\u00e9 comme sympt\u00f4mes et entit\u00e9s cliniques, posent des questions importantes \u00e0 la psychologie clinique. Il s\u2019agit en fait de questions qui rel\u00e8vent \u00e0 la fois de la technique d\u2019intervention mais tout aussi bien de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie propre \u00e0 ce champ de la psychologie. Sur un plan \u00e9pist\u00e9mologique, la question est de savoir si la psychologie clinique et plus particuli\u00e8rement l\u2019\u00e9cole psychanalytique, peut interpr\u00e9ter des troubles du comportement et quel sens elle peut leur donner. Sur un plan technique, la question est de savoir comment le th\u00e9rapeute peut intervenir dans des troubles du d\u00e9veloppement&nbsp;; faut-il privil\u00e9gier la parole, l\u2019interpr\u00e9tation&nbsp;? Ou bien faudrait-il beaucoup plus qu\u2019il joue avec l\u2019enfant et qu\u2019il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la question de savoir comment se constitue et quelle est la qualit\u00e9 du jeu chez les enfants en th\u00e9rapie. De fa\u00e7on lapidaire, on pourrait, en effet, poser la question de savoir quelle est la place du jeu dans l\u2019activit\u00e9 psychoth\u00e9rapeutique chez l\u2019enfant et dans quelle mesure, jusqu\u2019\u00e0 quel degr\u00e9 le th\u00e9rapeute, doit s\u2019impliquer dans cette activit\u00e9 ludique. Winnicott a bien montr\u00e9 que cette activit\u00e9 ludique ne se d\u00e9veloppe pas sans que la m\u00e8re aide l\u2019enfant \u00e0 cr\u00e9er cette illusion. Dans son livre intitul\u00e9 <em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>, Winnicott nous dit que&nbsp;: \u201cla m\u00e8re met le sein \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019enfant est pr\u00eat \u00e0 le cr\u00e9er\u201d. Dans cette perspective, l\u2019activit\u00e9 ludique est le r\u00e9sultat d\u2019une interaction o\u00f9 l\u2019environnement porte l\u2019enfant \u00e0 d\u00e9velopper cette activit\u00e9 ludique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est temps que la psychologie de l\u2019enfant abandonne une affiliation trop stricte au diagnostic de la psychopathologie de l\u2019adulte pour se concentrer sur le d\u00e9veloppement et les probl\u00e9matiques qu\u2019il soul\u00e8ve et les impasses auxquelles parfois les enfants sont soumis. Or, il existe une forme de psychopathologie chez l\u2019enfant dont on pourrait dire qu\u2019une des caract\u00e9ristiques majeures est de ne pas avoir d\u00e9velopp\u00e9 d\u2019activit\u00e9 ludique. Il en va ainsi des enfants hyperkin\u00e9tiques. Ces enfants ne jouent pas v\u00e9ritablement&nbsp;; ils semblent toujours occup\u00e9s \u00e0 manipuler des objets, tenter d\u2019en rep\u00e9rer les contours sans pour autant pouvoir les utiliser et encore moins les transformer. Les objets sont, en effet, toujours consid\u00e9r\u00e9s pour ce qu\u2019ils sont et non pour ce qu\u2019ils pourraient repr\u00e9senter ou devenir ainsi que cela se produit lorsqu\u2019un enfant a une v\u00e9ritable activit\u00e9 ludique. L\u2019hyperkin\u00e9sie chez l\u2019enfant nous invite donc \u00e0 d\u00e9velopper une clinique du d\u00e9veloppement de l\u2019activit\u00e9 de jeu chez l\u2019enfant. Une deuxi\u00e8me caract\u00e9ristique des enfants hyperkin\u00e9tiques est bien entendu le rapport \u00e0 la temporalit\u00e9. Nous savons que le temps est une des donn\u00e9es essentielles du d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e, mais l\u00e0 encore, nous avons trop peu de connaissances sur les conditions dans lesquelles et gr\u00e2ce auxquelles se d\u00e9veloppent une intuition de la temporalit\u00e9 chez l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant hyperkin\u00e9tique semble vivre dans un temps o\u00f9 l\u2019histoire ne parvient pas \u00e0 se construire&nbsp;; il semble \u00eatre soumis \u00e0 une exploration sans but, sans organisation et surtout sans projet, c\u2019est-\u00e0-dire, sans organisation temporelle \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui. Son hyperactivit\u00e9 se d\u00e9ploie, en effet, sur une temporalit\u00e9 que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme imm\u00e9diate en permanence. Ces hypoth\u00e8ses sur la temporalit\u00e9 ne sont pas sans rappeler certaines hypoth\u00e8ses sur l\u2019hyperkin\u00e9sie qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9es du c\u00f4t\u00e9 des neurosciences. Certains de ces chercheurs ont insist\u00e9 en effet, sur le fait que ces enfants auraient une hyperactivit\u00e9 pour tenter de maintenir un niveau minimal d\u2019activation c\u00e9r\u00e9brale qu\u2019ils ne parviennent pas \u00e0 maintenir \u00e0 un niveau satisfaisant. Leur hyperactivit\u00e9 serait en quelque sorte une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e pour pouvoir \u00e9tablir des m\u00e9canismes d\u2019attention suffisant. Nous pensons que dans cet ordre d\u2019id\u00e9e, il serait int\u00e9ressant de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 certaines hypoth\u00e8ses qui concerneraient la mani\u00e8re dont les enfants peuvent progressivement apprendre \u00e0 alterner les moments de passivit\u00e9 et les moments d\u2019activit\u00e9s. Cette alternance nous renvoie aussi \u00e0 des questions de temporalit\u00e9, notamment en ce qui concerne la question des rythmes (Gauthier et coll. 2000 et 2002).<\/p>\n\n\n\n<p>Les enfants hyperkin\u00e9tiques nous confrontent aussi \u00e0 la question de l\u2019espace. On pourrait dire que les enfants hyperkin\u00e9tiques sont des enfants qui ne d\u00e9veloppent pas de territorialisation propre. L\u2019univers et l\u2019espace semblent indiff\u00e9rents, d\u00e9sorganis\u00e9s sans point de r\u00e9f\u00e9rence. Or, nous savons combien d\u00e8s le d\u00e9veloppement de leur motricit\u00e9, les enfants ont un plaisir intense \u00e0 pouvoir jouer \u00e0 cache- cache, dispara\u00eetre et se dissimuler aux yeux de leur m\u00e8re. Cette activit\u00e9, suppose que soit constitu\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019eux, une repr\u00e9sentation de l\u2019espace de s\u00e9paration. Ils ont alors beaucoup de plaisir \u00e0 se cacher et surtout \u00e0 \u00eatre retrouv\u00e9s, cherch\u00e9s par leur m\u00e8re. De nouveau, nous retrouvons dans cette perspective, la question de savoir comment un enfant d\u00e9veloppe cette capacit\u00e9 de territorialisation et de repr\u00e9sentation de l\u2019espace et nous voyons toujours que cette organisation progressive ne peut \u00eatre con\u00e7ue sans se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de la m\u00e8re \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeu, le temps, l\u2019espace sont des dimensions essentielles de l\u2019hyperkin\u00e9sie, de m\u00eame que, le corps comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 (J-M Gauthier et Coll. 2002), on n\u2019a jamais imagin\u00e9 allonger un enfant sur un divan pour organiser un espace th\u00e9rapeutique. Il est bien \u00e9vident, lorsque l\u2019on pose cette question de savoir pourquoi cela n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 propos\u00e9, on obtient une r\u00e9ponse tr\u00e8s rapide disant que c\u2019est impossible, mais il reste encore \u00e0 savoir pourquoi c\u2019est impossible. Il est \u00e9vident que tout le monde peut imaginer que si l\u2019on allongeait un enfant sur un divan, il faudrait le maintenir sur ce divan par coercition, ce qui rendrait vain toute tentative de cr\u00e9ation d\u2019un espace th\u00e9rapeutique. Mais il faut encore aller plus loin, et se demander pourquoi l\u2019enfant ne peut rester allonger sur un divan. Ce n\u2019est sans doute pas uniquement par indiscipline ou manque de compr\u00e9hension de ce qui lui est propos\u00e9. Plus fondamentalement, nous pensons en ce qui nous concerne, que chez l\u2019enfant la pens\u00e9e est intimement li\u00e9e et au gestes et \u00e0 la relation avec l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est que fort tardivement, que la plupart des individus deviennent plus ou moins capables de penser seul et de penser sans que le corps soit en mouvement. Chez l\u2019enfant, on ne peut imposer ce silence au corps de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019il est impossible de jouer avec un enfant si on reste fig\u00e9 sur son si\u00e8ge. Il est bien \u00e9vident, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9, il y a quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 (Gauthier J-M Coll.2000), que la psychoth\u00e9rapie de l\u2019enfant nous confronte non seulement \u00e0 son corps mais bien entendu \u00e0 notre propre corps et \u00e0 la mani\u00e8re dont nous investissons ce corps dans l\u2019espace th\u00e9rapeutique avec lui. C\u2019est ce que nous avons appel\u00e9 le \u201ccontre-transfert corporel\u201d. Dans certaines situations, il est ainsi aussi essentiel de savoir comment nous regardons un enfant que de savoir comment nous interpr\u00e9tons sa pathologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pensons ainsi avoir sugg\u00e9r\u00e9 combien le travail avec enfants hyperkin\u00e9tiques doit nous conduire \u00e0 revoir certaines de nos conceptions de l\u2019intervention th\u00e9rapeutique mais aussi les conceptions m\u00e9tapsychologiques qui sont les n\u00f4tres. Selon nous, la psychopathologie de l\u2019enfant doit int\u00e9grer la question du d\u00e9veloppement et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce d\u00e9veloppement, la motricit\u00e9 occupe une place importante. Si l\u2019\u00e9tude du d\u00e9veloppement de la motricit\u00e9 s\u2019est souvent limit\u00e9e actuellement \u00e0 la question de l\u2019ana-lit\u00e9, nous pensons qu\u2019il faudrait renouveler cette \u00e9tude en l\u2019\u00e9tendant du c\u00f4t\u00e9 de la motricit\u00e9 qui ne doit pas non seulement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une extension de l\u2019analit\u00e9 mais \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e dans sa dynamique propre, c\u2019est-\u00e0-dire dans le plaisir sp\u00e9cifique que les enfants ont \u00e0 cr\u00e9er l\u2019espace et aussi \u00e0 cr\u00e9er des maisons, des nids, des camps qui leur permettent d\u2019organiser l\u2019espace dans ses diff\u00e9rents dimensions.<br>Trop souvent, l\u2019hyperkin\u00e9sie est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019expression d\u2019un d\u00e9ficit de capacit\u00e9 de repr\u00e9sentation chez l\u2019enfant. Cette interpr\u00e9tation n\u2019apporte rien au d\u00e9bat ni \u00e0 la conception que l\u2019on peut avoir de ce trouble. Cette perspective n\u2019est au mieux, en effet, qu\u2019une tautologie qui confine \u00e0 l\u2019\u00e9vidence. Cette pathologie est en effet \u00e9videmment une pathologie du geste et du mouvement. Affirmer qu\u2019il y a carence de repr\u00e9sentation n\u2019ajoute rien \u00e0 la compr\u00e9hension de cette pathologie aussi longtemps que nous ne comprendrons pas comment le geste, l\u2019espace, le corps et le temps s\u2019organisent progressivement chez l\u2019enfant et dans la relation avec ses parents. Il faudrait \u00e9viter que cette affirmation ne recouvre en fait notre propre ignorance de ces conditions de d\u00e9veloppement de l\u2019enfant. La carence de repr\u00e9sentation serait alors tout autant du c\u00f4t\u00e9 de la psychologie clinique que du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019enfant, si nous continuons \u00e0 appliquer une m\u00e9tapsychologie qui m\u00e9conna\u00eet le corps, le geste et la probl\u00e9matique du d\u00e9veloppement de l\u2019enfant.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9908?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019hyperkin\u00e9sie, l\u2019instabilit\u00e9 et l\u2019hyperactivit\u00e9 comme sympt\u00f4mes et entit\u00e9s cliniques, posent des questions importantes \u00e0 la psychologie clinique. Il s\u2019agit en fait de questions qui rel\u00e8vent \u00e0 la fois de la technique d\u2019intervention mais tout aussi bien de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie propre \u00e0&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1231,1215,1245],"thematique":[292],"auteur":[1741],"dossier":[294],"mode":[60],"revue":[295],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9908","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-enfance","rubrique-psychopathologie","rubrique-soin","thematique-hyperactivite","auteur-jean-marie-gauthier","dossier-lenfant-instable","mode-payant","revue-295","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9908","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9908"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9908\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15685,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9908\/revisions\/15685"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9908"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9908"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9908"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9908"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9908"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9908"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9908"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9908"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}