{"id":9906,"date":"2021-08-22T07:30:54","date_gmt":"2021-08-22T05:30:54","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/cheval-mon-beau-miroir-2\/"},"modified":"2021-09-22T11:45:05","modified_gmt":"2021-09-22T09:45:05","slug":"cheval-mon-beau-miroir","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/cheval-mon-beau-miroir\/","title":{"rendered":"Cheval, mon beau miroir"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019homme se d\u00e9clare comme non-animal et se d\u00e9finit dans sa distinction d\u2019avec l\u2019animal. Ainsi, il y a d\u2019embl\u00e9e un d\u00e9ni de l\u2019animalit\u00e9. Quoi de mieux pour d\u00e9montrer cette id\u00e9e que la fameuse r\u00e9plique de John Merrick, dans <em>Elephant Man<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Non, je ne suis pas un animal, je suis un \u00eatre humain, humain&nbsp;\u00bb. L\u2019humain s\u2019auto-proclame comme non animal. C\u2019est comme si nous ne pouvions \u00eatre humains qu\u2019\u00e0 condition d\u2019att\u00e9nuer, de d\u00e9nier ou de refouler notre animalit\u00e9. C\u2019est ce que nous dit Freud (1929), lorsqu\u2019il parle de la n\u00e9cessit\u00e9 de ma\u00eetriser &#8211; donc de refouler &#8211; les pulsions archa\u00efques (sexuelles et agressives) desquelles la vie en collectivit\u00e9 exige le sacrifice.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, on peut dire que l\u2019animal appara\u00eet comme une \u00e9trange figure de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 pour l\u2019homme. En outre, peut-on percevoir l\u2019animal comme un outil pour se penser soi-m\u00eame, en tant qu\u2019humain&nbsp;? En effet, l\u2019animal peut appara\u00eetre comme un \u00ab&nbsp;tiers pensant&nbsp;\u00bb, qui nous renvoie \u00e0 la fois les diff\u00e9rences qui nous s\u00e9parent de lui (comme la parole et la conceptualisation par exemple), mais qui peut aussi nous permettre de plonger dans les profondeurs archa\u00efques de notre \u00eatre, et d\u2019en appr\u00e9hender l\u2019individualit\u00e9, et les limites, mais aussi les capacit\u00e9s cr\u00e9atrices. Il semble que cette id\u00e9e est particuli\u00e8rement adapt\u00e9e \u00e0 un animal&nbsp;: le cheval.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude du comportement du cheval lorsqu\u2019il est en interaction avec un humain permet de mettre en relief les m\u00e9canismes psychiques sous-jacents \u00e0 cette relation homme\/ animal. Et plus avant, de mettre en relief les m\u00e9canismes psychiques internes de l\u2019individu en relation avec un cheval.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cheval, animal familier de par sa place dans notre soci\u00e9t\u00e9 et dans nos inconscients, est pr\u00e9sent aupr\u00e8s de l\u2019homme depuis la nuit des temps. Il a toujours \u00e9t\u00e9 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, \u00e0 son service. Il fut un temps o\u00f9 il \u00e9tait un outil servant \u00e0 (se) d\u00e9placer plus vite, plus loin&nbsp;; animal de labour, de labeur, de guerre. Animal \u00e9tant, plus qu\u2019aucun autre, mort au service de l\u2019homme. Aujourd\u2019hui trains, avions, tracteurs, chars l\u2019ont remplac\u00e9. Cependant il est toujours l\u00e0. Et dans nos soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 r\u00e8gnent la production, l\u2019efficacit\u00e9, la rapidit\u00e9 et les lois du march\u00e9, il est int\u00e9ressant de se demander pour qui, pourquoi le cheval est-il toujours l\u00e0&nbsp;? Il demande de l\u2019\u00e9nergie et beaucoup de temps. Il ne produit rien de palpable, et il n\u2019a rien \u00e0 vendre. Plus encore, il co\u00fbte beaucoup plus qu\u2019il ne rapporte. Alors pourquoi&nbsp;? S\u2019il ne rapporte pas physiquement, mat\u00e9riellement, qu\u2019est-ce que l\u2019homme a \u00e0 gagner&nbsp;? Pourquoi continuer \u00e0 faire vivre cette relation&nbsp;? Mon hypoth\u00e8se est la suivante&nbsp;: l\u2019homme y gagne psychiquement.<br>Le cheval est souvent \u00e9voqu\u00e9, imag\u00e9, dans ce que l\u2019on appelle l\u2019inconscient collectif. Il a sa place d\u2019all\u00e9gorie, de symbole. Qui n\u2019a jamais crois\u00e9 les chemins, au fil des pages, de <em>Joly Jumper<\/em>, de <em>P\u00e9gase<\/em> et du cheval de <em>Zorro<\/em>&nbsp;? Qui n\u2019a jamais entendu parler de la licorne&nbsp;? La symbolique li\u00e9e au cheval est assez paradoxale. Il est \u00e0 la fois embl\u00e8me de puissance, de gloire (repr\u00e9sentez-vous ce chevalier vainqueur et son cheval brave et vaillant venus \u00e0 bout d\u2019un combat sanglant)&nbsp;; mais il y a aussi l\u2019id\u00e9e du cheval incontr\u00f4lable, indomptable (le cheval sauvage capable de tuer un homme). Quoi qu\u2019il en soit, le cheval est un support de projections, de fantasmes, d\u2019identifications. Dans le <em>Dictionnaire des symboles<\/em> de J. Chevalier et A. Gheerbrant, \u00ab&nbsp;le cheval symbolise les composantes animales de l\u2019homme&nbsp;\u00bb. Il incarne aussi un symbole phallique&nbsp;: \u00ab&nbsp;il repr\u00e9sente l\u2019imp\u00e9tuosit\u00e9 du d\u00e9sir, de la jeunesse de l\u2019homme.&nbsp;\u00bb Il y a un archa\u00efsme r\u00e9veill\u00e9 par le contact avec le cheval&nbsp;: \u00ab&nbsp;il est le symbole de notre animalit\u00e9&nbsp;\u00bb, voire de notre inconscient&nbsp;? Le cheval baigne dans un univers primaire, non conceptualis\u00e9. On peut dire qu\u2019il est dans l\u2019essence du corporel, dans l\u2019\u00e9motion, les sensations \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut. Dans la relation, le cheval appara\u00eet comme non intrusif, non jugeant. Peut-on dire qu\u2019il est \u00ab&nbsp;sans m\u00e9moire, sans connaissance et sans d\u00e9sir&nbsp;\u00bb&nbsp;? Avec le cheval, on tend vers une relation toujours nouvelle, qui se d\u00e9roule dans l\u2019instant. Ainsi, la relation homme\/cheval rec\u00e8le une tonalit\u00e9 toute particuli\u00e8re, parce que la parole n\u2019est pas la condition du lien et parce que la modalit\u00e9 de \u00ab&nbsp;non-attente&nbsp;\u00bb du cheval offre une libert\u00e9 \u00e0 l\u2019homme, libert\u00e9 se rapprochant \u00e0 mon sens de la position du patient face \u00e0 la \u00ab&nbsp;neutralit\u00e9 bienveillante&nbsp;\u00bb de l\u2019analyste. Nous allons voir que le cheval induit une mise en mouvement psychique du sujet. Plus avant, il appara\u00eet que la relation sujet\/cheval a, \u00e0 bien des \u00e9gards, \u00e0 voir avec la relation b\u00e9b\u00e9\/m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Fonction de portage et de manipulation<\/h2>\n\n\n\n<p>Le cheval a naturellement tendance \u00e0 \u00e9veiller des sensations archa\u00efques proches de celles que l\u2019enfant a v\u00e9cues avec sa m\u00e8re dans les premiers mois de sa vie&nbsp;: le fait d\u2019\u00eatre port\u00e9, balanc\u00e9, de ressentir une certaine chaleur semble faire \u00e9cho aux premiers mois de la vie, voire m\u00eame \u00e0 la vie intra-ut\u00e9rine. Je pense ici, tout particuli\u00e8rement aux concepts de <em>Holding<\/em> et de <em>Handling<\/em> de Winnicott.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019utilisation du cheval en th\u00e9rapie, la fonction de <em>Holding<\/em> est pr\u00e9sente et le cheval en est l\u2019origine. Il est porteur, et permet le bercement, par la r\u00e9gularit\u00e9 de son pas, et sa hauteur fait dominer le monde (la supr\u00e9matie du cavalier sur le pi\u00e9ton engendre une revalorisation psychologique et un sentiment de toute puissance -lorsqu\u2019on ma\u00eetrise un cheval, par exemple &#8211; que l\u2019on peut lier \u00e0 l\u2019illusion d\u2019omnipotence). De plus, le patient est en contact direct avec le corps de l\u2019animal dont la chaleur est s\u00e9curisante, car elle renvoie \u00e0 celle du corps de sa m\u00e8re. En effet, le cheval porte et transporte physiquement (et psychiquement). Il y a donc bien cette id\u00e9e de soutien, dans lequel le centre de gravit\u00e9 du sujet se situe entre lui et le cheval. Le cheval est donc un animal vivant, porteur et chaud (<em>holding<\/em>), mais c\u2019est aussi un animal \u00e0 poils qui est manipulable.<\/p>\n\n\n\n<p>La notion de <em>handling<\/em> (maniement) d\u00e9signe la mani\u00e8re dont l\u2019enfant est trait\u00e9, manipul\u00e9, soign\u00e9. Cela peut \u00eatre assimil\u00e9 aux promenades avec le cheval tenu \u00e0 la main par le sujet, et au pansage qui provoque le contact. Le pansage a une triple fonction&nbsp;: de soins, de massage, de relation&nbsp;: il s\u2019agit de la rencontre de deux \u00eatres vivants qui s\u2019observent. L\u2019activit\u00e9 de pansage est souvent le cadre d\u2019un questionnement et d\u2019une observation attentive sur la diff\u00e9rence des sexes, la diff\u00e9renciation entre le corps de l\u2019homme et le corps de l\u2019animal, et souligne l\u2019importance accord\u00e9e aux soins corporels autant pour le cheval que pour le corps de chacun des patients. En effet, le corps et les sensations qui l\u2019habitent constituent la base et le support privil\u00e9gi\u00e9 du sentiment d\u2019identit\u00e9. L\u2019identit\u00e9 se construit dans un double mouvement de va-et-vient entre identification aux autres et distinction par rapport \u00e0 eux. C\u2019est ainsi que le sujet va pouvoir prendre conscience de son corps dans sa totalit\u00e9 et dans sa subjectivit\u00e9. En fait, c\u2019est en voyant les parties du corps du cheval que le sujet va pouvoir se diff\u00e9rencier de lui. De plus, le contact avec le cheval met en place la n\u00e9cessit\u00e9 absolue pour le sujet de tenir compte de \u00ab&nbsp;l\u2019Autre&nbsp;\u00bb. Ainsi, nous pouvons \u00e9tablir un parall\u00e8le entre la relation m\u00e8re-nourrisson telle que l\u2019envisage Winnicott, et la relation \u00e9tablie lors de la r\u00e9gression engendr\u00e9e par la situation th\u00e9rapeutique dans le cadre de l\u2019utilisation du m\u00e9dia cheval. Peut-on alors faire l\u2019hypoth\u00e8se suivante&nbsp;: envisager le cheval comme un substitut symbolique de la fonction maternelle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Associ\u00e9s au portage&nbsp;: le bercement et le rythme<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019allure la plus importante, dans la vis\u00e9e de la th\u00e9rapie avec le cheval, est le pas. Cette allure rythm\u00e9e \u00e0 4 temps, sym\u00e9trique, est s\u00e9curisante et provoque un bercement. Le rythme et les r\u00e9p\u00e9titions qu\u2019apporte le bercement permettent de contenir, d\u2019administrer l\u2019excitation. On peut sans doute mettre cela en rapport avec la vie f\u0153tale, pendant laquelle les sons et rythmes (cardiaque de la m\u00e8re, rythme respiratoire) ont une importance plus que notable, puisqu\u2019il s\u2019agit des premi\u00e8res exp\u00e9riences sensibles li\u00e9es aux vibrations. On peut avancer que le rythme du cheval au pas peut rappeler ces instants de vie <em>in utero<\/em>, pendant lesquels le b\u00e9b\u00e9 \u00e9tait en parfaite s\u00e9curit\u00e9. Ainsi, voit-on chez les sujets que le rythme induit par le pas produit (ou reproduit) une sensation s\u00e9curisante.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quatre temps que constitue le mouvement du cheval qui marche au pas se succ\u00e8dent de la fa\u00e7on suivante&nbsp;: pos\u00e9 du post\u00e9rieur droit \u2013 pos\u00e9 de l\u2019ant\u00e9rieur droit \u2013 pos\u00e9 du post\u00e9rieur gauche \u2013 pos\u00e9 de l\u2019ant\u00e9rieur gauche. Cela provoque dans le corps du cavalier un mouvement de bercement, d\u2019avant en arri\u00e8re, du bas vers le haut et de droite \u00e0 gauche. Cela anime le corps du cavalier dans un mouvement h\u00e9lico\u00efdal, sorte de huit, de chiffre allong\u00e9. Plus avant, on peut dire que ce balancement donne l\u2019impression de \u00ab&nbsp;faire le tour de soi-m\u00eame&nbsp;\u00bb. Il y a l\u00e0 l\u2019id\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9e d\u2019une unification corporelle (et psychique&nbsp;?) Le bercement provoqu\u00e9 par le cheval peut \u00eatre mis en rapport avec le bercement qu\u2019op\u00e8re la m\u00e8re sur son b\u00e9b\u00e9, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur la fonction de portage de la m\u00e8re. Cette fonction maternelle est en lien avec la fonction contenante de la m\u00e8re. Peut-on, ici faire l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle le cheval pourrait prendre le r\u00f4le d\u2019objet contenant, voire de fonction contenante&nbsp;? En effet, le cheval est perm\u00e9able aux <em>stimuli<\/em> de l\u2019environnement au sens o\u00f9 il les re\u00e7oit. Il est dot\u00e9 d\u2019une alliance entre non-attente, pr\u00e9sence, r\u00e9ception. Il y a l\u2019id\u00e9e d\u2019une pr\u00e9sence capable d\u2019accueillir &#8211; les demandes, pulsions, \u00e9motions du sujet &#8211; sans \u00eatre intrusif \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce dernier. Le cheval peut appara\u00eetre comme un support identificatoire pour le sujet, tant sur le plan de l\u2019identit\u00e9 psychique que sur ceux de l\u2019identit\u00e9 corporelle et sociale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Entre cheval et homme, une relation \u00ab&nbsp;corps \u00e0 corps&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9laboration de l\u2019image du corps induit l\u2019appr\u00e9hension de la sensorialit\u00e9. Ouie, vue, odorat, toucher\u2026 Tout cela est extr\u00eamement pr\u00e9sent dans la relation avec le cheval, o\u00f9 le corporel et l\u2019espace des sens sont au premier plan. Au contact du cheval, les sens sont en perp\u00e9tuel \u00e9veil, et c\u2019est notre corps qui parle. En outre, une sorte de mim\u00e9tisme est rep\u00e9rable, dans le contact entre sujet et cheval. Tout mouvement du sujet (ou du cavalier) tend \u00e0 provoquer chez le cheval un mouvement homologue, et, \u00e0 l\u2019inverse, tout mouvement du cheval entra\u00eene chez le sujet une gestualit\u00e9 homologue. Ce mim\u00e9tisme peut \u00e9galement \u00eatre pr\u00e9sent dans ce qui est de l\u2019ordre de l\u2019affectivit\u00e9, et il s\u2019agira alors d\u2019une mise en relation affective synchronis\u00e9e entre sujet et cheval. On parlera alors d\u2019isoesth\u00e9sie, du grec <em>iso<\/em>&nbsp;: \u00e9gal et <em>esth\u00e9sie<\/em>&nbsp;: sensibilit\u00e9. Il y a donc une sorte de mouvement de va-et-vient corporel et \u00e9motionnel entre le sujet et le cheval.<\/p>\n\n\n\n<p>Par sa finesse de perception des <em>stimuli<\/em>, le cheval est capable de capter les messages infra-verbaux \u00e9mis par l\u2019homme. Ainsi, on peut dire que le cheval per\u00e7oit le langage corporel et \u00e9motionnel de l\u2019homme alors que ce dernier n\u2019en a lui-m\u00eame pas conscience. De plus, le cheval semble retranscrire parfaitement \u00ab&nbsp;en miroir&nbsp;\u00bb l\u2019\u00e9tat \u00e9motionnel du sujet. Il y aurait donc une sorte de \u00ab&nbsp;code corporel inconscient&nbsp;\u00bb que le cheval serait capable de saisir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;Effet miroir&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p>Le cheval r\u00e9pond en miroir aux <em>stimuli<\/em> sensoriels et infra-verbaux \u00e9mis par l\u2019homme. De plus, il semblerait que \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9tat \u00e9motionnel d\u2019un humain pourrait avoir des incidences sur la sant\u00e9 d\u2019un cheval&nbsp;\u00bb. J\u2019ai eu moi-m\u00eame le cas d\u2019un jeune cheval qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9, car sa propri\u00e9taire avait, me dit-elle \u00ab&nbsp;perdu le contr\u00f4le sur lui&nbsp;\u00bb. Ce cheval \u00e9tait tr\u00e8s fougueux et particuli\u00e8rement stress\u00e9, jamais calme, jamais au repos, et cela sp\u00e9cialement en pr\u00e9sence de sa propri\u00e9taire. Je commen\u00e7ai donc un travail technique dont je passe les d\u00e9tails ici. Cependant, je d\u00e9celai un probl\u00e8me de fond, un r\u00e9el stress qui se traduisait par des coliques \u00e0 r\u00e9p\u00e9titions. La propri\u00e9taire, qui \u00e9tait une amie, avait elle-m\u00eame un temp\u00e9rament vif doubl\u00e9, au moment des faits, d\u2019un grand stress engendr\u00e9 par une s\u00e9rie d\u2019examens m\u00e9dicaux particuli\u00e8rement \u00e9prouvants. Au d\u00e9tour d\u2019une conversation elle m\u2019expliqua qu\u2019elle \u00e9tait tr\u00e8s angoiss\u00e9e, au point qu\u2019elle \u00e9tait elle-m\u00eame constip\u00e9e. Il semble que son cheval ait ressenti et assimil\u00e9 ce stress. Peut-on aller jusqu\u2019\u00e0 dire qu\u2019il se l\u2019est appropri\u00e9&nbsp;? En tout cas, il y avait bien l\u00e0 quelque chose de l\u2019ordre de cet effet miroir entre cette cavali\u00e8re et son cheval. Ce que nous donne \u00e0 voir le cheval est en \u00e9troite relation avec l\u2019\u00e9tat interne du sujet qui interagit avec lui. Afin de mettre cette hypoth\u00e8se \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 plusieurs exp\u00e9riences, dont celle que je rapporte ici. J\u2019ai plac\u00e9 une jument, libre de tout lien, dans une carri\u00e8re et ai propos\u00e9 \u00e0 un sujet d\u2019entrer en contact avec elle. La seule consigne \u00e9tait la suivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tentez d\u2019entrer en relation avec la jument, en laissant libre court \u00e0 votre inspiration&nbsp;\u00bb.<br>J\u2019observai d\u2019embl\u00e9e une difficult\u00e9 chez les adultes \u00ab&nbsp;adapt\u00e9s&nbsp;\u00bb, que je ne trouvai pas chez les handicap\u00e9s et les enfants. En effet, j\u2019ai souvent \u00e9cout\u00e9, chez ces adultes, des phrases du type&nbsp;: \u00ab&nbsp;combien de temps dois-je tenir&nbsp;?&nbsp;\u00bb Et au bout de quelques instants pass\u00e9s avec la jument&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne sais plus quoi faire&nbsp;\u00bb. Dans le contact avec le cheval, j\u2019ai observ\u00e9 que ce type de sujet abandonnait tr\u00e8s vite la relation, par exemple lorsque la jument tournait le dos brusquement. Cependant, il est int\u00e9ressant d\u2019analyser ces comportements, car j\u2019ai remarqu\u00e9 que la jument \u00ab&nbsp;l\u00e2chait&nbsp;\u00bb rapidement le contact avec ces personnes. Elle tournait le dos, ou portait son attention vers tout autre chose, d\u00e9laissant totalement le sujet \u00e0 pied. Peut-on avancer que ces sujets, ayant une appr\u00e9hension par rapport au temps, au regard de l\u2019autre, g\u00ean\u00e9s peut-\u00eatre par l\u2019animalit\u00e9 que la jument leur renvoie, d\u00e9concert\u00e9s sans doute par ce contact brut et non verbal avec l\u2019animal, puissent g\u00e9n\u00e9rer chez lui ce non-investissement de la relation&nbsp;? De fait, on peut dire qu\u2019il y a une sorte de \u00ab&nbsp;r\u00e9ponse en miroir&nbsp;\u00bb de la part du cheval, au comportement et mode d\u2019appr\u00e9hension de la situation de l\u2019homme. Peut-on avancer que le cheval est capable de refl\u00e9ter ce qui est de l\u2019ordre de l\u2019\u00e9tat interne (\u00e9motionnel, psychique) du sujet&nbsp;? Ainsi, ce que voit le sujet \u00e0 travers le cheval, c\u2019est lui-m\u00eame. Et l\u2019animal deviendrait une v\u00e9ritable boussole pour le th\u00e9rapeute.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le cheval&nbsp;: quel objet&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, le cheval peut appara\u00eetre comme un v\u00e9ritable objet transf\u00e9rentiel, au sens o\u00f9 il peut r\u00e9\u00e9diter la fonction maternelle et les notions de portage et de s\u00e9curisation qu\u2019elle met en jeu. De plus, le cheval permet de rejouer les besoins primaires. En effet, il semble pouvoir \u00e9veiller des sensations et \u00e9motions archa\u00efques li\u00e9es \u00e0 la m\u00e8re, car le cheval porteur au pelage doux et chaud, au rythme berceur du pas, semble pr\u00e9senter les aptitudes n\u00e9cessaires pour faire vivre au patient une situation r\u00e9gressive. En outre, le cheval semble r\u00e9\u00e9diter quelque chose de l\u2019ordre de la fonction paternelle, au sens o\u00f9 il a une fonction cadrante, car le travail avec le cheval n\u00e9cessite la mise en place et le maintien d\u2019un cadre et de r\u00e8gles. Le cheval peut donc incarner l\u2019image paternelle \u00e0 travers les notions de lois et de r\u00e8gles. De plus, symboliquement le cheval peut repr\u00e9senter le p\u00e8re, de par sa puissance et de par son sexe, qui ne peut qu\u2019\u00eatre le paradigme de la puissance phallique. Ensuite, on peut penser le cheval comme objet interm\u00e9diaire, car il se positionne comme un interm\u00e9diaire entre le sujet et l\u2019\u00ab&nbsp;Autre&nbsp;\u00bb. L\u2019objet interm\u00e9diaire, pour Rojas-Bermudez, doit pr\u00e9senter une existence r\u00e9elle et concr\u00e8te, il doit avoir un caract\u00e8re inoffensif et \u00eatre mall\u00e9able, manipulable. De plus, il doit permettre la communication, tout en gardant une distance juste. Il doit pouvoir s\u2019adapter facilement au sujet et \u00eatre assimilable par lui. Enfin, il doit avoir le caract\u00e8re d\u2019un outil et \u00eatre facilement identifiable. Nous retrouvons bien toutes ces caract\u00e9ristiques chez le cheval. Enfin, nous pouvons envisager la notion de Winnicott d\u2019objet transitionnel. Nous allons voir que c\u2019est justement dans un espace entre le moi et le non-moi que va se situer le sujet dans sa relation avec le cheval. Ainsi, le cheval se trouve dans la \u00ab&nbsp;zone interm\u00e9diaire&nbsp;\u00bb de Winnicott, \u00e0 mi-chemin entre le dedans et le dehors.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9\u00e9dition symbolique de la relation maternelle&nbsp;: de l\u2019illusion \u00e0 la d\u00e9sillusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Le travail relationnel entre un sujet et un cheval, semble \u00eatre ponctu\u00e9 par deux grandes phases (qui ne se succ\u00e8dent pas forc\u00e9ment de fa\u00e7on chronologique). Tout d\u2019abord, on rep\u00e8re un moment o\u00f9 le sujet ne fait qu\u2019un avec l\u2019animal. Une sorte de symbiose se met en place et il semble que celle-ci fasse r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019illusion primaire de Winnicott, ou \u00e0 la phase symbiotique de l\u2019enfant avec sa m\u00e8re, que d\u00e9crit M. Mahler. C\u2019est dans cette phase fusionnelle que l\u2019on peut observer des sujets qui enfouissent leurs visages dans le poil du cheval ou qui s\u2019aggripent \u00e0 lui. Comme coll\u00e9s \u00e0 l\u2019animal (identification adh\u00e9sive ou collage), ils semblent apais\u00e9s et en s\u00e9curit\u00e9, comme pourrait l\u2019\u00eatre un enfant dans les bras de sa m\u00e8re. Ensuite, il y a une phase que l\u2019on pourrait rapprocher de la d\u00e9sillusion que doit produire la \u00ab&nbsp;m\u00e8re suffisamment bonne&nbsp;\u00bb sur son enfant, selon Winnicott. L\u2019animal administre lui-m\u00eame des castrations au sujet, et c\u2019est par la nomination (qui induit la s\u00e9paration), que le th\u00e9rapeute va ouvrir les voies de la symbolisation et de l\u2019individuation. Ainsi, une \u00ab&nbsp;d\u00e9fusion&nbsp;\u00bb op\u00e8re et le fait de nommer va pouvoir cr\u00e9er une distance entre la sensorialit\u00e9 du sujet et celle du cheval. Le but est de faire passer le sujet du collage \u00e0 la relation, ce qui induit la prise de conscience d\u2019un soi propre et individuel. Cela entra\u00eene la mise en place de la continuit\u00e9 d\u2019exister du sujet, qui fait passer le cheval d\u2019une prolongation de soi \u00e0 une entit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e&nbsp;; du statut d\u2019objet partiel \u00e0 celui d\u2019objet total.<br>Le th\u00e9rapeute, peu \u00e0 peu, aide le patient \u00e0 \u00e9merger de la situation fusionnelle et \u00e0 faire vivre le cheval comme Autre, condition n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019individuation et \u00e0 la formation du Moi. C\u2019est l\u00e0 le but de la th\u00e9rapie avec le cheval&nbsp;: permettre au sujet de trouver sa propre subjectivit\u00e9, pour enfin aller \u00e0 la rencontre de son moi propre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Freud S. (1929),\u00a0<em>Malaise dans la civilisation<\/em>, Paris, PUF, 1994.<\/li><li>Chevalier J. et Gheerbrant A. (1997),\u00a0<em>Dictionnaire des symboles\u00a0: Mythes, r\u00eaves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres<\/em>, Ed. Robert Laffont.<\/li><li>Bion W.R. (1962) \u00ab\u00a0Une th\u00e9orie de l\u2019activit\u00e9 de pens\u00e9e\u00a0\u00bb in\u00a0<em>R\u00e9flexion faite<\/em>, Paris, PUF, 1983.<\/li><li>Winnicott D. W. (1971),\u00a0<em>Jeu et r\u00e9alit\u00e9<\/em>, Paris, Ed Gallimard, 1975.<\/li><li>Claude I. (2007),\u00a0<em>Le cheval, miroir de nos \u00e9motions<\/em>, Bordeaux, Ed D.F.R.<\/li><li>Chez le cheval, la colique est synonyme de constipation.<\/li><li>Lubersac R. DE, dir., (2000),\u00a0<em>Th\u00e9rapies avec le cheval<\/em>, Vincennes, Ed Fentac.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9906?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019homme se d\u00e9clare comme non-animal et se d\u00e9finit dans sa distinction d\u2019avec l\u2019animal. Ainsi, il y a d\u2019embl\u00e9e un d\u00e9ni de l\u2019animalit\u00e9. 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