{"id":9881,"date":"2021-08-22T07:30:51","date_gmt":"2021-08-22T05:30:51","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/partage-dexperiences-et-rythmicite-dans-le-travail-de-subjectivation-2\/"},"modified":"2021-09-24T17:37:09","modified_gmt":"2021-09-24T15:37:09","slug":"partage-dexperiences-et-rythmicite-dans-le-travail-de-subjectivation","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/partage-dexperiences-et-rythmicite-dans-le-travail-de-subjectivation\/","title":{"rendered":"Partage d&rsquo;exp\u00e9riences et rythmicit\u00e9 dans le travail de subjectivation"},"content":{"rendered":"\n<p>Je vais proposer quelques r\u00e9flexions concernant les processus \u00e0 l\u2019aube de la subjectivation, \u00e0 partir d\u2019une double pratique&nbsp;: une pratique psychanalytique aupr\u00e8s d\u2019adultes, d\u2019enfants, et une pratique d\u2019observation de b\u00e9b\u00e9s. Ces r\u00e9flexions s\u2019appuieront aussi sur l\u2019id\u00e9e que l\u2019exp\u00e9rience aupr\u00e8s du b\u00e9b\u00e9, la connaissance du b\u00e9b\u00e9 et des particularit\u00e9s du lien parent-b\u00e9b\u00e9, peut aider \u00e0 construire des mod\u00e8les du soin psychique en g\u00e9n\u00e9ral et du travail psychanalytique en particulier ou de certains de ses aspects.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019esquisserai simplement trois id\u00e9es&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>la premi\u00e8re consiste \u00e0 dire que le travail de subjectivation, de saisie des exp\u00e9riences subjectives s\u2019appuie, pour partie, sur des processus de partage d\u2019exp\u00e9riences, et en particulier de partage d\u2019exp\u00e9riences \u00e9motionnelles et affectives&nbsp;;<\/li><li>la seconde id\u00e9e est celle selon laquelle le travail psychique de subjectivation suppose et repose sur une rythmicit\u00e9 de telles exp\u00e9riences&nbsp;;<\/li><li>la troisi\u00e8me, enfin, soulignera la mani\u00e8re dont ces consid\u00e9rations concernent tout autant le d\u00e9veloppement psychique du b\u00e9b\u00e9 que le d\u00e9veloppement du processus psychanalytique et de l\u2019exp\u00e9rience de rencontre que le dispositif psychanalytique permet et soutient.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Subjectivation et partage intersubjectif d\u2019exp\u00e9riences<\/h2>\n\n\n\n<p>Je soulignerai donc d\u2019abord l\u2019id\u00e9e que le travail de subjectivation, de saisie, d\u2019appropriation d\u2019une exp\u00e9rience subjective, suppose l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un partage, et d\u2019abord d\u2019un partage \u00e9motionnel, affectif. Autrement dit, la subjectivation suppose la cr\u00e9ation et le passage par des aires intersubjectives d\u2019exp\u00e9riences. Le partage d\u2019exp\u00e9riences, d\u2019\u00e9motions, d\u2019affects, est \u00e0 la fois l\u2019une des figures ou l\u2019une des sc\u00e8nes de l\u2019intersubjectivit\u00e9 et l\u2019une des conditions de sa constitution. La notion d\u2019intersubjectivit\u00e9 a un double sens. Elle d\u00e9signe \u00e0 la fois ce qui s\u00e9pare, ce qui cr\u00e9e un \u00e9cart, et ce qui est commun, ce qui articule deux ou plusieurs subjectivit\u00e9s. L\u2019intersubjectivit\u00e9 est \u00e0 la fois ce qui fait tenir ensemble et ce qui conflictualise les espaces psychiques des sujets en lien. On sait combien l\u2019intersubjectivit\u00e9 est une notion tout \u00e0 fait actuelle, centrale dans nombre de travaux et dans des \u00e9pist\u00e9mologies diff\u00e9rentes \u2013 m\u00eame si la conception de l\u2019intersubjectivit\u00e9 n\u2019est bien s\u00fbr pas tout \u00e0 fait identique d\u2019une \u00e9pist\u00e9mologie \u00e0 l\u2019autre. Mais tous ces travaux explorent en particulier, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, la fa\u00e7on dont la subjectivation s\u2019origine, prend sa source dans des exp\u00e9riences intersubjectives. Si la subjectivit\u00e9 se d\u00e9veloppe \u00e0 partir d\u2019exp\u00e9riences intersubjectives, ce processus de croissance va n\u00e9cessiter tout un travail de l\u2019objet. La subjectivation se d\u00e9ploie \u00e0 partir du travail psychique de l\u2019objet dont le sujet -ou le futur sujet- est d\u00e9pendant. Le b\u00e9b\u00e9 pense d\u2019abord avec l\u2019appareil \u00e0 penser d\u2019un autre, avant d\u2019int\u00e9rioriser cette exp\u00e9rience et de construire son propre appareil \u00e0 penser. Ce n\u2019est bien s\u00fbr pas l\u00e0 une id\u00e9e nouvelle ni originale. La psychanalyse repose d\u2019une certaine mani\u00e8re sur une telle conception&nbsp;: tout seul on n\u2019y voit pas clair&nbsp;; on a besoin d\u2019un autre pour pouvoir penser&nbsp;; la pens\u00e9e se d\u00e9veloppe dans le lien \u00e0 un autre (cf. aussi Ciccone, 2004).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Partage d\u2019affect et d\u2019\u00e9motion dans la psychanalyse<\/h2>\n\n\n\n<p>On sait combien certains -Bion, par exemple, ou d\u2019autres- accordent une importance primordiale \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience d\u2019\u00eatre en contact avec le patient. L\u2019attention est port\u00e9e \u00e0 ce point de de \u201cc\u00e9sure\u201d (comme dit Bion, 1975), et l\u2019analyse concerne la rencontre elle-m\u00eame&nbsp;: \u201cIl n\u2019y a pas de s\u00e9miologie et de psychanalyse du patient, il y a une s\u00e9miologie et une psychanalyse de la rencontre\u201d, comme le dit Salomon Resnik (1999) \u2013 un de ses livres s\u2019intitule d\u2019ailleurs <em>S\u00e9miologie de la rencontre<\/em> (Resnik et al, 1982). Le mod\u00e8le du fonctionnement <em>alpha<\/em> de Bion (1962) est bien un mod\u00e8le intersubjectif, un mod\u00e8le du partage d\u2019exp\u00e9riences, \u00e9motionnelles, affectives \u2013 m\u00eame s\u2019il faudrait diff\u00e9rencier la projection d\u2019affects ou d\u2019\u00e9motions et l\u2019identification projective qui consistent \u00e0 se d\u00e9barrasser des contenus mentaux concern\u00e9s, et le v\u00e9ritable partage, qui lui, s\u2019inscrit dans l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une position d\u00e9pressive, suppose l\u2019acc\u00e8s \u00e0 et la tol\u00e9rance d\u2019une position d\u00e9pressive. Le lieu de l\u2019exploration est toujours l\u2019exp\u00e9rience \u00e9motionnelle actuelle, au moment pr\u00e9sent, non pas du sujet mais du couple analytique au travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Les affects et les \u00e9motions occuperont par ailleurs une place d\u2019embl\u00e9e centrale, primordiale, aussi bien en ce qui concerne les mod\u00e8les de d\u00e9veloppement qu\u2019en ce qui concerne les pratiques et les th\u00e9ories des pratiques psychanalytiques. La croissance mentale du b\u00e9b\u00e9 et du sujet est intiment corr\u00e9l\u00e9e au d\u00e9veloppement de sa vie \u00e9motionnelle&nbsp;; le soin psychique suppose et r\u00e9sulte du contact avec la vie \u00e9motionnelle, de la transformation et de la repr\u00e9sentation de la vie \u00e9motionnelle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Partage d\u2019exp\u00e9riences dans les mod\u00e8les cognitivistes, d\u00e9veloppementaux et interactionnistes<\/h2>\n\n\n\n<p>Hors l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie psychanalytique, on sait comment les interactionnistes, les psychologues du d\u00e9veloppement ont pu particuli\u00e8rement \u00e9tudier et mod\u00e9liser, \u00e0 leur mani\u00e8re, de telles exp\u00e9riences intersubjectives. On a ainsi, par exemple, soulign\u00e9 le r\u00f4le et la fonction essentiels des exp\u00e9riences d\u2019accordage, d\u2019ajustement, de partage \u00e9motionnel, de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle mutuelle, de cr\u00e9ation commune d\u2019exp\u00e9riences subjectives. On sait comment Daniel Stern (1997, 2003), par exemple, a pu explorer dans le d\u00e9tail et donner une figuration pr\u00e9cise des \u201cmoments de rencontre\u201d, de ce qui se produit dans le paysage intersubjectif d\u2019une relation m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9 ou th\u00e9rapeute-patient, lorsque se r\u00e9alise une rencontre&nbsp;: le contexte intersubjectif, le \u201cmode d\u2019\u00eatre ensemble\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire la connaissance implicite partag\u00e9e par chacun des partenaires, est perturb\u00e9e, d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e par une connaissance nouvelle, un mot nouveau, une interpr\u00e9tation\u2026, et cette perturbation, si elle est mutuellement reconnue, produira un moment de rencontre qui g\u00e9n\u00e9rera un nouvel \u00e9tat intersubjectif, une nouvelle connaissance implicite partag\u00e9e, un nouveau mode d\u2019\u00eatre ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres approches d\u00e9veloppementales d\u00e9crivent, par exemple, la mani\u00e8re dont le b\u00e9b\u00e9 recherche une exp\u00e9rience commune, une exp\u00e9rience subjective partag\u00e9e, pour par exemple donner sens \u00e0 une situation asens\u00e9e, incompr\u00e9hensible. Le b\u00e9b\u00e9 recherche un tel partage \u00e0 travers, par exemple, l\u2019utilisation de ce qu\u2019on appelle la \u201cr\u00e9f\u00e9rence sociale\u201d, le \u201cregard r\u00e9f\u00e9rentiel\u201d (qui consiste \u00e0 lire sur le visage d\u2019un autre le sens \u00e9motionnel d\u2019une situation dans laquelle se retrouve le b\u00e9b\u00e9 et qui est \u00e9nigmatique, inconnue, ou dont la teneur affective est \u00e9nigmatique). Le b\u00e9b\u00e9 a par exemple recours \u00e0 une telle man\u0153uvre pour savoir s\u2019il peut s\u2019engager dans la situation, dans l\u2019action, si la situation n\u2019est pas dangereuse. Lorsque le partenaire du b\u00e9b\u00e9 indique que la situation n\u2019est pas dangereuse, que le b\u00e9b\u00e9 peut la surmonter, qu\u2019il peut y aller, etc., le b\u00e9b\u00e9 vit alors ce que les psychologues du d\u00e9veloppement appellent l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un \u201cmoi dyadique\u201d, l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un \u201caller ensemble\u201d, d\u2019un \u201caller avec\u201d, qui bien s\u00fbr fortifie son sentiment de s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieur, son sentiment d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9 dans son for int\u00e9rieur, lors d\u2019exp\u00e9riences de rencontre avec l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, avec la r\u00e9alit\u00e9. Les comportements de r\u00e9f\u00e9rence sociale ne sont bien s\u00fbr pas utilis\u00e9s seulement par les b\u00e9b\u00e9s. Si l\u2019on se retrouve par exemple dans une situation pas tr\u00e8s habituelle et potentiellement inqui\u00e9tante (dans un avion qui traverse une zone de turbulences, ou sur un t\u00e9l\u00e9si\u00e8ge qui s\u2019arr\u00eate suspendu \u00e0 20 m\u00e8tres du sol), on va chercher sur le visage des gens qui nous entourent, suppos\u00e9s habitu\u00e9s d\u2019une telle situation, des signes indiquant s\u2019il y a lieu de s\u2019inqui\u00e9ter ou pas.<br>Bref, on sait que les exp\u00e9riences de partage intersubjectif sont pr\u00e9coces, primaires, le b\u00e9b\u00e9 ayant d\u2019embl\u00e9e, d\u00e8s les premiers mois, une sensibilit\u00e9 aux sentiments, aux int\u00e9r\u00eats, aux intentions des personnes de son entourage (Trevarthen, 1979, 1989, 1996). Elles se d\u00e9veloppent jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019apparaissent aux alentours de 18 mois ce que les psychologues du d\u00e9veloppement appellent la \u201cconscience r\u00e9flexive\u201d (cf. Emde, 1999), que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme l\u2019aboutissement des exp\u00e9riences r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de partage \u00e9motionnel et affectif. L\u2019enfant devient par exemple capable non seulement d\u2019entrer en contact avec un sentiment de d\u00e9sarroi \u00e9prouv\u00e9 par un autre mais aussi de s\u2019impliquer dans cette situation par des actes adress\u00e9s \u00e0 l\u2019autre&nbsp;: l\u2019enfant \u00e0 partir de 18 mois peut s\u2019occuper d\u2019un autre enfant en d\u00e9tresse, le consoler, l\u2019aider.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quelques enjeux du partage intersubjectif d\u2019exp\u00e9riences<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans toutes ces situations d\u2019intersubjectivit\u00e9, dont je viens simplement d\u2019esquisser tr\u00e8s rapidement quelques indices, on peut dire que le partage intersubjectif conduit l\u2019enfant \u00e0 trois types d\u2019exp\u00e9rience, qui peuvent se recouvrir&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>le premier est l\u2019apprentissage, la saisie, la figuration de l\u2019affect de l\u2019autre, des \u00e9motions de l\u2019autre, et de ce fait la compr\u00e9hension de ses \u00e9tats mentaux&nbsp;;<\/li><li>le second est la saisie par le b\u00e9b\u00e9 de ses propres affects et \u00e9motions refl\u00e9t\u00e9s ou indiqu\u00e9s par l\u2019autre, par l\u2019objet -indiqu\u00e9s ou voire transmis et impos\u00e9s par l\u2019objet&nbsp;;<\/li><li>le troisi\u00e8me est l\u2019exploration par le b\u00e9b\u00e9 de ses propres affects ou \u00e9motions \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019objet, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un autre espace mental (c\u2019est l\u00e0 une d\u00e9finition de l\u2019identification projective, ou d\u2019une forme d\u2019identification projective). Les exp\u00e9riences de rencontre, de partage d\u2019affect ou d\u2019\u00e9motions, de lien intersubjectif, si elles sont essentielles, si elles n\u00e9cessitent des ajustements, des accordages, supposent par ailleurs une temporalit\u00e9 particuli\u00e8re. Elles supposent, pour soutenir le contact avec le monde, avec l\u2019autre et avec soi-m\u00eame, une rythmicit\u00e9 qui assure l\u2019\u00e9prouv\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience. Je vais juste dire quelques mots sur l\u2019importance de la rythmicit\u00e9 des exp\u00e9riences en g\u00e9n\u00e9ral, et des exp\u00e9riences de rencontre ou de partage affectif et \u00e9motionnel en particulier (cf. Ciccone, 2005a).<\/li><\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La rythmicit\u00e9 des exp\u00e9riences<\/h2>\n\n\n\n<p>La rythmicit\u00e9 des exp\u00e9riences concerne au moins trois types d\u2019exp\u00e9rience&nbsp;: elles concernent tout \u00e0 la fois l\u2019alternance des positions d\u2019ouverture objectale et de repli narcissique, les \u00e9changes interactifs et intersubjectifs, et les \u00e9preuves de pr\u00e9sence\/absence de l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le rythme comme base de s\u00e9curit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Une premi\u00e8re perspective consiste \u00e0 consid\u00e9rer le rythme comme constitutif d\u2019une base de s\u00e9curit\u00e9. La s\u00e9curit\u00e9 de base est l\u2019effet de -ou suppose- une rythmicit\u00e9, une exp\u00e9rience rythmique. Il est classique de dire que la rythmicit\u00e9 des exp\u00e9riences, notamment des exp\u00e9riences de pr\u00e9sence et d\u2019absence, donne une illusion de continuit\u00e9. Pour cela, l\u2019objet ne doit pas s\u2019absenter un temps au-del\u00e0 duquel le b\u00e9b\u00e9 est capable d\u2019en garder le souvenir vivant. Winnicott (1971) a bien soulign\u00e9 l\u2019aspect traumatique de la s\u00e9paration qui, au-del\u00e0 d\u2019un certain temps, produit une perte et plonge le b\u00e9b\u00e9 dans une exp\u00e9rience d\u2019agonie. L\u2019objet ne doit pas d\u00e9mentir la promesse de retrouvaille, et la retrouvaille doit s\u2019effectuer de mani\u00e8re rythmique, et \u00e0 un rythme qui garantisse la continuit\u00e9 (s\u2019il faut nourrir un b\u00e9b\u00e9 toutes les trois heures, ce n\u2019est pas seulement pour des raisons physiologiques) -et on peut bien s\u00fbr dire la m\u00eame chose \u00e0 propos de la rythmicit\u00e9 des s\u00e9ances dans le dispositif th\u00e9rapeutique, psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, la rythmicit\u00e9 est une des conditions d\u2019une exp\u00e9rience de s\u00e9curit\u00e9. C\u2019est un tel \u201crythme de s\u00e9curit\u00e9\u201d, comme disait Tustin (1986), rythme basal de s\u00e9curit\u00e9, qui fait cruellement d\u00e9faut \u00e0 l\u2019enfant autiste, par exemple, et G. Haag (1986), entre autres, a tr\u00e8s bien d\u00e9crit, \u00e0 partir de la clinique de l\u2019autisme, cette structure rythmique du premier contenant. On pourrait bien s\u00fbr \u00e9voquer aussi ce que les psychosomaticiens appellent les \u201cproc\u00e9d\u00e9s auto-calmants\u201d (Smadja, 1993&nbsp;; Szwec, 1993), qui sont aussi souvent de nature rythmique, qui diff\u00e8rent des agrippements rythmiques autistiques, mais qui ont aussi pour fonction de produire une zone de perception permanente, qui donne au sujet un sentiment de s\u00e9curit\u00e9 et de ma\u00eetrise dans son exp\u00e9rience de soi et son exp\u00e9rience du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>La rythmicit\u00e9 comme s\u00e9curit\u00e9 de base peut s\u2019observer tr\u00e8s facilement chez un b\u00e9b\u00e9 ordinaire. Prenons par exemple la situation suivante&nbsp;: on peut observer un b\u00e9b\u00e9 de 8 ou 9 mois essayer de symboliser les d\u00e9parts soudains et impr\u00e9visibles de la m\u00e8re en jouant avec des objets qu\u2019il frappe l\u00e9g\u00e8rement et \u00e0 plusieurs reprises l\u2019un contre l\u2019autre, comme s\u2019il essayait d\u2019exp\u00e9rimenter et de contr\u00f4ler le collage\/d\u00e9collage des objets qui symbolise le contact\/d\u00e9tachement d\u2019avec la m\u00e8re qui appara\u00eet et dispara\u00eet (c\u2019est l\u00e0 un pr\u00e9curseur du jeu de la bobine). Mais une observation fine r\u00e9v\u00e8lera que le b\u00e9b\u00e9, en m\u00eame temps qu\u2019il r\u00e9alise ces gestes avec ses mains et qu\u2019il est occup\u00e9 \u201cconsciemment\u201d -si l\u2019on peut dire les choses ainsi- \u00e0 son exploration, est aussi en train de faire un autre geste avec ses pieds et ses jambes&nbsp;: il frotte l\u00e9g\u00e8rement et de mani\u00e8re rythmique la plante d\u2019un pied contre la cheville de l\u2019autre jambe. On peut voir ainsi comment le contact discontinu des objets manipul\u00e9s, repr\u00e9sentant la discontinuit\u00e9 du lien \u00e0 la m\u00e8re, est repr\u00e9sentable, jouable, sur fond de contact continu, d\u2019une zone de permanence rythmique repr\u00e9sentant la s\u00e9curit\u00e9 de base du lien d\u2019attachement.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on poursuit l\u2019observation, on verra le b\u00e9b\u00e9 babiller, semblant se raconter une histoire avec les jouets qu\u2019il entrechoque, manipule. Puis il initiera un jeu avec l\u2019observateur, \u00e0 qui il tendra un jouet mais sans le l\u00e2cher, jouet qu\u2019il jettera ensuite \u00e0 terre attendant que l\u2019observateur le ramasse et le lui redonne, etc. Tout cela dans un plaisir partag\u00e9. La s\u00e9paration et la permanence du lien sont symbolis\u00e9es, repr\u00e9sent\u00e9es, par le jeu, de soi \u00e0 soi, de soi \u00e0 l\u2019autre, sur fond de continuit\u00e9. La discontinuit\u00e9 est \u00e9prouv\u00e9e et est cr\u00e9atrice sur fond de continuit\u00e9.<br>On pourrait relever aussi de telles man\u0153uvres rythmiques chez des enfants, dans leurs dessins, leurs productions, leurs comportements, ou chez des patients adultes, dans leurs attitudes, leurs discours, leurs associations, etc., et l\u2019on verrait la mani\u00e8re dont ces man\u0153uvres prot\u00e8gent d\u2019angoisses primitives, d\u2019\u00e9prouv\u00e9s de chute ou de chaos li\u00e9s \u00e0 la perte, \u00e0 la s\u00e9paration. On peut donc dire que la rythmicit\u00e9 organise la s\u00e9paration, la fracture que celle-ci produit, le chaos dans lequel elle plonge. Le chaos provient tout autant de la s\u00e9paration d\u2019avec l\u2019objet primaire que de la rencontre avec le monde, avec l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. (C\u2019est par le rythme que s\u2019op\u00e8re le passage du chaos \u00e0 l\u2019ordre, comme le dit le philosophe Henri Maldiney, 1973.) Si le rythme organise le chaos de l\u2019\u00eatre au monde, il fait partie du d\u00e9veloppement lui-m\u00eame, il est intrins\u00e8que au d\u00e9veloppement. On peut dire, par exemple, que le d\u00e9veloppement suppose une oscillation rythmique des mouvements d\u2019ouverture objectale et des mouvements de fermeture narcissique. Bion (1963) consid\u00e9rait que tout d\u00e9veloppement, en particulier lors de \u201cchangements catastrophiques\u201d -comme l\u2019apparition d\u2019une id\u00e9e nouvelle-, se produit par une fluctuation entre les positions parano\u00efde-schizo\u00efde et d\u00e9pressive. On peut, en effet, consid\u00e9rer le d\u00e9veloppement psychique comme non pas une succession de stades ou de phases de d\u00e9veloppement, mais comme une oscillation, rythmique, entre diff\u00e9rentes positions, certaines plus objectales d\u2019autres plus narcissiques, l\u2019une dominant selon l\u2019histoire du d\u00e9veloppement et selon le contexte intra et intersubjectif (Ciccone et Lhopital, 2001).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Rythme, intersubjectivit\u00e9 et interactions<\/h2>\n\n\n\n<p>Quelle est maintenant la fonction du rythme dans l\u2019intersubjectivit\u00e9, dans le partage intersubjectif, \u00e9motionnel, affectif, et dans les interactions, corr\u00e9lats comportementaux de l\u2019intersubjectivit\u00e9&nbsp;? Certains interactionnistes d\u00e9crivent les interactions m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9 comme une v\u00e9ritable danse, une chor\u00e9graphie. Les accordages, les ajustements dans cette chor\u00e9graphie visent \u00e0 trouver ou cr\u00e9er le rythme qui soutiendra la rencontre inter-subjective, la communaut\u00e9 d\u2019exp\u00e9rience, le partage d\u2019exp\u00e9rience. Notons qu\u2019il y a de nombreux \u201cfaux-pas\u201d dans cette danse (un chapitre d\u2019un livre de Stern s\u2019intitulait <em>Faux pas dans la danse<\/em>, 1977). Les microanalyses des interactions r\u00e9v\u00e8lent que la majeure partie des interactions (les trois quarts environ) sont des interactions d\u2019ajustement. Seuls un quart des interactions sont des interactions de communication, ou de \u201ccommunion\u201d pourrait-on dire. Autrement dit, il est normal de se rater, la dysrythmie est normale. Et comme je le dis souvent, une m\u00e8re suffisamment bonne est une m\u00e8re aux trois quarts mauvaise.<\/p>\n\n\n\n<p>La rythmicit\u00e9 des interactions est notamment caract\u00e9ris\u00e9e par une succession d\u2019engagements et de retraits (je parlais de la rythmicit\u00e9 des mouvements d\u2019ouverture objectale et de fermeture narcissique). Et il est important que le parent, l\u2019adulte respecte les retraits du b\u00e9b\u00e9. Et c\u2019est la m\u00eame chose pour le travail psychanalytique. Le retrait permet l\u2019int\u00e9riorisation, l\u2019investissement \u201cauto\u201d de l\u2019interrelation. Il a un effet par ailleurs de pare-excitation. Un engagement continu est sur-excitant et produira entre autres des retraits anormalement longs chez le b\u00e9b\u00e9 (cf. Decerf, 1987). \u00c0 propos de la rythmicit\u00e9 des interactions, il faut bien s\u00fbr rappeler les travaux de Daniel Marcelli (1986, 1992, 2000), dont on sait la mani\u00e8re dont il a soulign\u00e9 les particularit\u00e9s de la rythmicit\u00e9 dans les interactions, notamment dans les interactions ludiques.<br>Tous les travaux sur les interactions ludiques pr\u00e9coces (Ciccone, 2005b) soulignent la r\u00e9ciprocit\u00e9 \u00e9motionnelle, affective, la dimension intersubjective de ces jeux pr\u00e9coces. L\u2019exp\u00e9rience de soi dans le jeu du b\u00e9b\u00e9 est une \u201ccr\u00e9ation mutuelle\u201d, comme dit Stern (1985).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La rythmicit\u00e9 dans le processus th\u00e9rapeutique<\/h2>\n\n\n\n<p>Toutes ces consid\u00e9rations concernant la rythmicit\u00e9 des interactions, des interrelations intersubjectives peuvent bien s\u00fbr s\u2019appliquer au processus th\u00e9rapeutique, psychanalytique, \u00e0 la rencontre au sein de ce processus (Ciccone, 2005a&nbsp;; Ciccone et Ferrant, 2006). On peut d\u00e9crire, souligner la rythmicit\u00e9 dans la rencontre, dans le contact \u00e9motionnel, dans la compr\u00e9hension, dans les accordages, les ajustements entre analyste et patient.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques travaux ont explor\u00e9 une telle rythmicit\u00e9 du processus. D. Meltzer, par exemple, dans un \u00e9crit ancien, intitul\u00e9 <em>Le processus psychanalytique<\/em> (1967), mettait en \u00e9vidence le rythme cyclique form\u00e9 par l\u2019abord d\u2019une position d\u00e9pressive puis le mouvement de reflux li\u00e9 aux \u00e9prouv\u00e9s de s\u00e9paration. Il d\u00e9crivait ce rythme cyclique, oscillatoire sur plusieurs s\u00e9quences de temps, montrant comment on peut retrouver dans la s\u00e9quence d\u2019une ann\u00e9e la m\u00eame rythmicit\u00e9 particuli\u00e8re \u00e0 un patient que dans celle d\u2019un trimestre, celle d\u2019une semaine et m\u00eame celle d\u2019une seule s\u00e9ance. Dans un \u00e9crit plus r\u00e9cent (<em>Le monde vivant du r\u00eave<\/em>, 1984), Meltzer d\u00e9crit le rythme dans le travail du psychanalyste, travail d\u2019exploration, de formulation ou d\u2019interpr\u00e9tation, de compr\u00e9hension du mat\u00e9riel. Un tel travail est rythm\u00e9 par l\u2019alternance de diff\u00e9rents \u00e9tats \u00e9motionnels&nbsp;: depuis la confusion, suivie par une mont\u00e9e de l\u2019excitation, jusqu\u2019\u00e0 la formation d\u2019une intuition interpr\u00e9tative, laquelle conduit \u00e0 une formulation qui rend compte de, et transmet, une compr\u00e9hension. Ce processus aboutit \u00e0 une v\u00e9ritable exp\u00e9rience esth\u00e9tique, ce cycle se renouvelant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une s\u00e9ance ou d\u2019une s\u00e9ance \u00e0 l\u2019autre. Cette rythmicit\u00e9 dans le d\u00e9roulement et dans le d\u00e9veloppement de la compr\u00e9hension traduit bien s\u00fbr l\u2019ajustement entre patient et analyste, jusqu\u2019\u00e0 cette exp\u00e9rience commune d\u2019accordage, de rencontre dans et par une compr\u00e9hension partag\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire la trouvaille ou la co-cr\u00e9ation d\u2019un rythme commun.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut trouver aussi une br\u00e8ve \u00e9tude du rythme dans une s\u00e9quence rapport\u00e9e par Bion. Ce dernier a tr\u00e8s peu \u00e9voqu\u00e9 cette question mais il fait une allusion au rythme dans son travail sur <em>Le jumeau imaginaire<\/em> (1950) -ce qui introduit une figure inh\u00e9rente \u00e0 la notion de partage intersubjectif et qu\u2019il faudrait explorer&nbsp;: la figure du double. Ce n\u2019est pas dans ce sens l\u00e0 que Bion \u00e9voque le rythme, mais il est int\u00e9ressant de constater que c\u2019est \u00e0 l\u2019occasion de sa r\u00e9flexion sur le jumeau imaginaire qu\u2019il le fait. Bion pr\u00eate une attention particuli\u00e8re au rythme des associations et des interactions, et montre comment l\u2019analyste peut s\u2019accorder au rythme du patient, ou bien casser le rythme, ce qui produit angoisse, incompr\u00e9hension, r\u00e9actions hostiles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Partage intersubjectif et mod\u00e8les du soin<\/h2>\n\n\n\n<p>J\u2019ai parl\u00e9 du partage intersubjectif, de la rythmicit\u00e9 qui sous-tend une telle exp\u00e9rience, cela aussi bien dans le couple parent-b\u00e9b\u00e9 que dans le couple psychanalyste-patient. Revenons, pour terminer, au couple parent-b\u00e9b\u00e9 et \u00e0 ce que celui-ci peut nous apprendre sur les mod\u00e8les du soin, \u00e0 partir des exp\u00e9riences de partage \u00e9motionnel et affectif. L\u2019un des int\u00e9r\u00eats de l\u2019observation de b\u00e9b\u00e9s r\u00e9side dans le fait qu\u2019elle donne des mod\u00e8les du soin psychique, de la position soignante (Ciccone, 1998). On peut trouver ou construire de tels mod\u00e8les en diff\u00e9rents endroits. Je n\u2019en \u00e9voquerai ici qu\u2019un seul&nbsp;: les conduites de consolation. Comment un parent s\u2019y prend-il pour consoler un b\u00e9b\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire pour d\u00e9toxiquer une exp\u00e9rience traumatique, la transformer, en permettre le d\u00e9passement&nbsp;? Et quel mod\u00e8le cela peut-il nous donner du processus psychanalytique, ou d\u2019un aspect du processus psychanalytique&nbsp;? On est l\u00e0 dans des exp\u00e9riences prototypiques de partage d\u2019affect, et de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle mutuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a plusieurs mani\u00e8res de consoler un b\u00e9b\u00e9. L\u2019une des mani\u00e8res, que l\u2019on observe chez les parents, consiste \u00e0 d\u00e9tourner l\u2019attention du b\u00e9b\u00e9, et \u00e0 attirer son attention sur un objet, un \u00e9v\u00e9nement plaisant. On a l\u00e0 un mod\u00e8le de soin bas\u00e9 sur le renforcement au mieux du refoulement, au pire du d\u00e9ni. C\u2019est le soin \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine o\u00f9 il s\u2019agit de positiver, de voir le bon aspect des choses\u2026 Il y a des mani\u00e8res beaucoup plus subtiles et complexes de consoler. L\u2019une d\u2019entre elle consiste \u00e0 r\u00e9aliser ce que Stern appelle des \u201caccordages manqu\u00e9s \u00e0 dessein\u201d, \u201cintentionnellement manqu\u00e9s\u201d (1985). De quoi s\u2019agit-il&nbsp;? Il s\u2019agit d\u2019un ajustement o\u00f9 l\u2019adulte va refl\u00e9ter l\u2019expression d\u2019un b\u00e9b\u00e9 mais en diminuant ou en augmentant volontairement le niveau d\u2019activit\u00e9, d\u2019affectivit\u00e9, de tension ou de dramatisation. L\u2019adulte, la m\u00e8re, \u201cse glisse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur\u201d de l\u2019\u00e9tat \u00e9motionnel du nourrisson, suffisamment profond\u00e9ment pour le saisir, et elle le traduit avec assez de d\u00e9formations pour modifier le comportement ou l\u2019exp\u00e9rience du b\u00e9b\u00e9 sans aller jusqu\u2019\u00e0 briser le sens de l\u2019accordage en cours.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais juste commenter ce qui se passe lorsque le parent augmente ou exag\u00e8re l\u2019expression du b\u00e9b\u00e9 (le b\u00e9b\u00e9 pleure, la m\u00e8re exag\u00e8re l\u2019\u00e9prouv\u00e9&nbsp;: \u201cOh l\u00e0 l\u00e0, quel gros malheur je vis&nbsp;! qu\u2019elle est m\u00e9chante cette maman&nbsp;!\u2026 etc.). Des interactionnistes ont d\u00e9crit cette situation en termes de \u201cmarquage\u201d de l\u2019affect par \u201cd\u00e9couplement r\u00e9f\u00e9rentiel\u201d (Gergely, 1998). Qu\u2019est-ce que cela veut dire&nbsp;? Cela veut dire que l\u2019expression r\u00e9fl\u00e9chie est diff\u00e9renci\u00e9e de l\u2019expression d\u2019une \u00e9motion v\u00e9ritable parce qu\u2019elle est d\u00e9li\u00e9e, d\u00e9coupl\u00e9e de sa source, de son agent, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019adulte qui la refl\u00e8te (pour pouvoir \u00eatre, si la r\u00e9ponse est par ailleurs contingente, appropri\u00e9e par le b\u00e9b\u00e9, pour que le b\u00e9b\u00e9 comprenne qu\u2019il s\u2019agit de son \u00e9motion \u00e0 lui et pas de celle de l\u2019adulte). Autrement dit, le marquage de l\u2019affect, par d\u00e9couplement et par exag\u00e9ration de l\u2019\u00e9motion, introduit un \u201ccomme si\u201d, \u00e0 l\u2019image de ce qui caract\u00e9rise le ludique. Ainsi, lorsque le parent, la m\u00e8re, fait cela, elle th\u00e9\u00e2tralise l\u2019\u00e9prouv\u00e9 du b\u00e9b\u00e9 (comme dirait Genevi\u00e8ve Haag), elle transitionnalise l\u2019exp\u00e9rience, elle introduit du ludique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi cela est-il important et quel mod\u00e8le d\u2019un processus th\u00e9rapeutique cela peut-il nous donner&nbsp;? Lorsque la m\u00e8re s\u2019ajuste ainsi \u00e0 &#8211; et ajuste ainsi &#8211; un \u00e9prouv\u00e9 de d\u00e9tresse du b\u00e9b\u00e9, elle transmet au b\u00e9b\u00e9, par sa r\u00e9ponse transitionnalisante, qu\u2019elle croit et qu\u2019elle ne croit pas, dans le m\u00eame mouvement, \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 traumatique, agonistique de son \u00e9prouv\u00e9. Si la m\u00e8re croit trop le b\u00e9b\u00e9, elle sera identifi\u00e9e \u00e0 sa d\u00e9tresse, elle-m\u00eame dans la d\u00e9tresse et sera en difficult\u00e9 pour l\u2019aider. Si elle ne le croit pas ou pas assez, elle disqualifie son \u00e9prouv\u00e9 et l\u2019abandonne \u00e0 sa d\u00e9tresse. La bonne position qui va consoler est celle qui contient le paradoxe selon lequel la m\u00e8re \u00e0 la fois croit et ne croit pas, ce qui introduit du jeu, du ludique, et donc du symbole. Et il y a l\u00e0 je crois un mod\u00e8le tout \u00e0 fait fondamental de la position soignante. Bien s\u00fbr, si un patient raconte une exp\u00e9rience terrifiante, traumatique, on ne va pas lui dire&nbsp;: \u201cOh l\u00e0 l\u00e0, quel gros malheur vous avez v\u00e9cu l\u00e0&nbsp;!\u201d Mais la r\u00e9ponse soignante, qui reconna\u00eet la d\u00e9tresse et la transforme activement, contiendra l\u2019id\u00e9e que l\u2019exp\u00e9rience de d\u00e9tresse, l\u2019exp\u00e9rience traumatique est bonne \u00e0 croire et ne pas croire en m\u00eame temps, et visera \u00e0 en faire un symbole, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 d\u00e9passer, surmonter la chose brute, d\u00e9bordante et ali\u00e9nante.<br>Bref, je terminerai en disant que le partage \u00e9motionnel et affectif me semble pouvoir \u00eatre l\u2019un des paradigmes du processus psychanalytique. Il repose sur et suppose l\u2019implication, contrairement \u00e0 l\u2019explication. Seule l\u2019implication permet la rencontre, le partage&nbsp;; s\u2019impliquer c\u2019est \u00eatre dans le pli, dans le rythme de l\u2019autre (comme le dit Henri Maldiney, 1973). Seule l\u2019implication permet de comprendre, et un sujet qui ne se sent pas compris d\u2019un autre ne peut pas en apprendre quelque chose. On ne peut rien apprendre de quelqu\u2019un qui ne nous comprend pas, m\u00eame s\u2019il sait tr\u00e8s bien tout nous expliquer. La position clinique, psychanalytique et ses effets de soin, supposent une implication, un accordage, un ajustement (se mettre au plus juste et renvoyer le plus juste de l\u2019exp\u00e9rience subjective, affective, \u00e9motionnelle de l\u2019autre), qui conduit \u00e0 un partage suffisant (pas trop mais suffisant) de l\u2019exp\u00e9rience subjective pour produire une compr\u00e9hension (pas une explication mais une compr\u00e9hension).<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9881?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je vais proposer quelques r\u00e9flexions concernant les processus \u00e0 l\u2019aube de la subjectivation, \u00e0 partir d\u2019une double pratique&nbsp;: une pratique psychanalytique aupr\u00e8s d\u2019adultes, d\u2019enfants, et une pratique d\u2019observation de b\u00e9b\u00e9s. Ces r\u00e9flexions s\u2019appuieront aussi sur l\u2019id\u00e9e que l\u2019exp\u00e9rience aupr\u00e8s du&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1223,1214],"thematique":[298],"auteur":[1737],"dossier":[299],"mode":[60],"revue":[300],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9881","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-perinatalite","rubrique-psychanalyse","thematique-bebe","auteur-albert-ciccone","dossier-a-laube-de-la-subjectivation","mode-payant","revue-300","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9881","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9881"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9881\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15415,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9881\/revisions\/15415"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9881"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9881"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9881"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9881"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9881"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9881"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9881"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9881"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9881"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}