{"id":9880,"date":"2021-08-22T07:30:51","date_gmt":"2021-08-22T05:30:51","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/penser-cest-penser-a-deux-yves-aulas-et-levinas-2\/"},"modified":"2021-10-03T11:41:08","modified_gmt":"2021-10-03T09:41:08","slug":"penser-cest-penser-a-deux-yves-aulas-et-levinas","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/penser-cest-penser-a-deux-yves-aulas-et-levinas\/","title":{"rendered":"Penser, c&rsquo;est penser \u00e0 deux. Yves Aulas et Levinas"},"content":{"rendered":"\n<p>Je vais laisser une large place, dans la pr\u00e9sente intervention, \u00e0 la parole d\u2019Yves Aulas, atteint d\u2019un handicap mental, que j\u2019ai rencontr\u00e9 en travaillant comme volontaire au sein de l\u2019association <em>l\u2019Arche<\/em> \u00e0 Lyon. Penseur autodidacte, Yves Aulas dit de lui-m\u00eame \u00ab&nbsp;Je suis handicap\u00e9 mental, mais je r\u00e9fl\u00e9chis&nbsp;\u00bb. Lecteur du philosophe Emmanuel Levinas que je suis, mon propos se situera dans l\u2019optique de son \u00e9thique de la parole d\u2019apr\u00e8s laquelle toute parole \u00absur\u00bb est avant tout une parole \u00abavec\u00bb. Cet expos\u00e9 ne sera donc pas un expos\u00e9 sur Yves Aulas, mais un expos\u00e9 avec Yves Aulas et sa parole propre. Ayant v\u00e9cu \u00e0 travers la collaboration avec Yves Aulas l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une pens\u00e9e qui ne se peut que comme pens\u00e9e \u00e0 deux<sup>1<\/sup>, je d\u00e9fendrai l\u2019id\u00e9e qu\u2019il n\u2019y a pas de pens\u00e9e sans interruption par la pr\u00e9sence de l\u2019interlocuteur. Autrement dit, on ne pense pas si on ne donne pas la parole \u00e0 l\u2019autre. Et afin d\u2019insister sur cette id\u00e9e de pens\u00e9e comme interruption par l\u2019autre, je me permettrai de l\u2019inscrire dans la forme m\u00eame du pr\u00e9sent expos\u00e9. La coh\u00e9rence de mon propos qui est in\u00e9vitablement un propos th\u00e9orique, c\u2019est-\u00e0-dire un propos qui th\u00e9matise un objet, se verra interrompue par la lecture et l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019un choix de textes d\u2019Yves Aulas. Mais pourquoi faire revivre une parole qui est d\u00e9sormais arr\u00eat\u00e9e et fix\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9crit&nbsp;? La raison en est simple et c\u2019est Emmanuel Levinas qui nous la donne. \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9crit &#8211; c\u2019est l\u2019absence du penseur, la lettre. La pens\u00e9e est en lutte avec la lettre.\u00bb (<em>\u0152uvres<\/em>, tome I, p. 456). Dans cette optique, le discours oral est la pl\u00e9nitude de tout discours et la pens\u00e9e est indissociable de la parole. J\u2019y reviendrai plus bas. Dans tous les cas, il est important de faire entendre la parole d\u2019Yves Aulas et d\u2019\u00e9viter que mon expos\u00e9 se contente de se produire comme un monologue sans oreilles. Avant d\u2019entrer dans cet expos\u00e9, je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser qu\u2019il s\u2019agit davantage d\u2019un t\u00e9moignage d\u2019une rencontre et d\u2019une tentative de penser \u00e0 partir de cette rencontre. La rencontre avec la singularit\u00e9 d\u2019autrui \u00e9tant \u00e0 la fois ce dont on ne peut parler et ce qui donne \u00e0 penser. C\u2019est dans cette perspective que je me permets de citer abondamment la parole singuli\u00e8re d\u2019Yves Aulas. Commen\u00e7ons par une pr\u00e9sentation de l\u2019auteur par lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La biographie (\u00e9crit)<\/em><\/strong><sup>2<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je suis n\u00e9 le 4 f\u00e9vrier 1951. Je suis n\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Grange-Blanche. J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 un r\u00eaveur. A l\u2019\u00e9cole, j\u2019\u00e9tais solitaire et je pensais \u00e0 des th\u00e9ories tout seul. Je travaillais, mais je perturbais les autres. On ne me gardait pas. Les copains me posaient des probl\u00e8mes et je savais bien y r\u00e9pondre. On se moquait de moi. Quand Papa est mort, tous les ennuis sont arriv\u00e9s. J\u2019aime bien papa, maman, mon fr\u00e8re, ma s\u0153ur et mon cousin italien. On est tous fr\u00e8res, les \u00e9trangers aussi, la famille d\u2019abord. Je travaillais au chantier avec papa et \u00e0 la campagne. Tout \u00e7a c\u2019\u00e9tait le paradis. J\u2019ai r\u00e2t\u00e9 mon certificat d\u2019\u00e9tudes, parce que j\u2019\u00e9tais angoiss\u00e9. On m\u2019a dit que j\u2019avais le niveau avant. J\u2019ai aussi travaill\u00e9 dans une usine de biscuits et au C.A.T. Au C.A.T j\u2019ai connu ma copine, Jo\u00eblle. Je suis arriv\u00e9 au foyer de l\u2019Arche le lundi 15 janvier 1990.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 2007, nous avons men\u00e9 ensemble toute une s\u00e9rie de s\u00e9ances de dict\u00e9e et d\u2019\u00e9criture qui ont abouti \u00e0 la publication, en 2010, d\u2019une trenteine de th\u00e9ories, c\u2019est ainsi que l\u2019auteur qualifie lui-m\u00eame ses textes. Mon intervention portera d\u2019une part sur les textes eux-m\u00eames, ou pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, elle se fera avec les textes d\u2019Yves Aulas, d\u2019autre part, elle portera sur le processus qui va de l\u2019oralit\u00e9 de la parole vivante d\u2019Yves Aulas \u00e0 l\u2019\u00e9crit comme trace de cette parole, trace qui implique l\u2019absence de l\u2019auteur. Ce travail d\u2019\u00e9criture avec Yves Aulas est parti de la rencontre du visage, comme dirait Emmanuel Levinas, et donc d\u2019une exp\u00e9rience de la singularit\u00e9 absolue qui est peut-\u00eatre au fondement de toute d\u00e9marche \u00e9thique. Or, dans la mesure o\u00f9 la parole d\u2019Yves Aulas \u00e9tait peu ou mal \u00e9cout\u00e9e, et encore moins entendue, notre travail d\u2019\u00e9criture et sa publication a vite re\u00e7u une dimension politique, celle du devoir de donner la parole, et une parole publique, \u00e0 celui qui est exclu du droit \u00e0 une telle parole. Une exigence \u00e9thique et sa transposition dans l\u2019espace public<sup>3<\/sup> sont ainsi au c\u0153ur de cette entreprise. Yves Aulas le dit lui-m\u00eame dans un texte intitul\u00e9 <em>Introductions aux th\u00e9ories<\/em>, texte oral qu\u2019il m\u2019a dict\u00e9 lorsque je lui ai demand\u00e9 pourquoi il a entrepris ce travail d\u2019\u00e9criture de sa pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Introduction aux th\u00e9ories (oral)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je fais \u00e7a pour aller au paradis. Un peu d\u2019autosatisfaction, je fais quand m\u00eame \u00e7a pour marcher droit. Marcher droit pour aller au paradis. On ira tous au paradis. J\u2019ai expliqu\u00e9 hier dans mon r\u00e9sum\u00e9 qu\u2019on vient du n\u00e9ant, mais qu\u2019on n\u2019ira plus jamais dans le n\u00e9ant. Puisque \u00e9videmment, la vie \u00e9ternelle a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. Avant qu\u2019une maman accouche, on \u00e9tait dans le n\u00e9ant, plus maintenant. On n\u2019y sera plus. Donc, il faut savoir \u00e9valuer les choses et comprendre que tout le monde a le droit \u00e0 la parole. Tout le monde a le droit de dire ce qu\u2019il pense. M\u00eame si certains on ne peut pas les comprendre. Moi qui comprends pas grand chose, moi je comprends rien du tout, mais je pense qu\u2019il faut comprendre. Il faut accepter. Tout le monde a le droit de dire ce qu\u2019il pense, tout le monde a le droit \u00e0 la parole. Personne n\u2019est inutile, personne ne sert \u00e0 rien. Chacun sa sp\u00e9cialit\u00e9. Tout le monde sert \u00e0 quelque chose. Tout le monde a le droit d\u2019\u00eatre heureux sur la terre. Malgr\u00e9 les points de vue, malgr\u00e9 les sentiments pervers, personne n\u2019est bon \u00e0 rien. Accepter. Savoir rester silencieux pour \u00eatre accept\u00e9. Savoir se retirer pour \u00eatre accept\u00e9. La modestie pour \u00eatre compris, pour que les gens nous re\u00e7oivent. Et un peu de compr\u00e9hension pour les autres, ne pas les \u00e9craser, les laisser vivre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le contexte de la gen\u00e8se des th\u00e9ories \u00e9tant rappel\u00e9, l\u2019essentiel de mon propos d\u2019aujourd\u2019hui sera situ\u00e9 ailleurs. Je me permettrai dans cet expos\u00e9 de d\u00e9fendre la th\u00e8se suivante&nbsp;: mises \u00e0 part ses dimensions \u00e9thique et politique, l\u2019\u00e9criture d\u2019Yves Aulas qui se produit comme \u00e9criture avec Yves Aulas a une dimension proprement philosophique. Pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, je soutiens l\u2019id\u00e9e que le travail que j\u2019ai pu mener avec Yves Aulas non seulement donne \u00e0 penser, mais \u00e9galement nous apporte des enseignements sur ce que l\u2019on appelle penser. Je m\u2019explique. L\u2019oralit\u00e9 de la pens\u00e9e d\u2019Yves Aulas, le fait qu\u2019elle ne peut se d\u00e9velopper sans la pr\u00e9sence de l\u2019interlocuteur nous disent des choses essentielles sur le rapport entre la pens\u00e9e et le langage d\u2019une part, et sur le rapport entre l\u2019oral et l\u2019\u00e9crit d\u2019autre part. Ces deux probl\u00e8mes, quel est le rapport entre la pens\u00e9e et le langage et quel est celui de l\u2019oral et de l\u2019\u00e9crit, sont d\u2019apr\u00e8s nous des probl\u00e8mes qu\u2019il faut poser de fa\u00e7on conjointe. Pour ne pas s\u2019y tromper, il ne s\u2019agit pas de probl\u00e8mes identiques, mais bien de deux probl\u00e8mes distincts quoique \u00e9troitement li\u00e9s. Nous verrons \u00e0 l\u2019instant comment ils sont li\u00e9s. En posant la question de la sorte, nous rejoignons la pens\u00e9e d\u2019Emmanuel Levinas.<\/p>\n\n\n\n<p>Je citerai \u00e0 plusieurs reprises, dans cet expos\u00e9, ses <em>Ecrits de captivit\u00e9<\/em>, publi\u00e9s apr\u00e8s sa mort, en 2009. Voici en quels termes Levinas expose la th\u00e8se que nous faisons n\u00f4tre et selon laquelle la pens\u00e9e ne pr\u00e9c\u00e8de pas son expression dans le langage, mais elle est langage. \u00ab&nbsp;En r\u00e9alit\u00e9 ma pens\u00e9e contient avant tout mon rapport avec autrui (\u2026). Je suis dans la pens\u00e9e &#8211; non pas parce que c\u2019est une activit\u00e9 qui implique un auteur, mais parce que en pensant je dis ma pens\u00e9e &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire parce que je suis entr\u00e9 en relation avec l\u2019autre &#8211; parce que j\u2019ai bris\u00e9 mon int\u00e9riorit\u00e9. Ce n\u2019est pas en \u00e9coutant que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 en relation avec l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9, mais d\u00e9j\u00e0 en pensant. Penser -avoir conscience- n\u2019est pas \u00eatre pour soi ni en soi, ni en dehors de soi -mais pour l\u2019autre. Dans la mesure o\u00f9 penser, c\u2019est proc\u00e9der par question et r\u00e9ponse.\u00bb (<em>\u0152uvres<\/em>, I, p. 357) Il faut imm\u00e9diatement pr\u00e9ciser que si l\u2019on prend au s\u00e9rieux cette id\u00e9e de la brisure de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, le terme autodidacte que j\u2019ai employ\u00e9 plus haut \u00e0 propos de l\u2019instruction d\u2019Yves Aulas est <em>stricto sensu<\/em> une contradiction dans les termes. Car la pens\u00e9e ne peut se passer du rapport \u00e0 un interlocuteur. La pens\u00e9e est ce rapport. Yves Aulas n\u2019est donc pas \u00e0 proprement parler un penseur autodidacte, m\u00eame s\u2019il dit qu\u2019il a pens\u00e9 \u00e0 des th\u00e9ories tout seul, mais plut\u00f4t un penseur qui n\u2019est pas all\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il n\u2019y a donc pas de pens\u00e9e sans interruption par la pr\u00e9sence de l\u2019interlocuteur et si, en m\u00eame temps, les textes d\u2019Yves Aulas, malgr\u00e9 leur fixation \u00e0 l\u2019\u00e9crit, donnent \u00e0 penser, c\u2019est que, paradoxalement, ils contiennent une interruption de l\u2019ordre de l\u2019\u00e9crit. Cette interruption est en quelque sorte inscrite en eux. Et le sens de notre propos consiste \u00e0 montrer comment. A la mani\u00e8re d\u2019une parole orale, o\u00f9 l\u2019interlocuteur co-produit le sens de la parole de celui qui parle, les textes d\u2019Yves Aulas sollicitent directement le lecteur afin qu\u2019il participe \u00e0 la production du sens du texte. Autrement dit&nbsp;: la sollicitation de l\u2019interlocuteur, voire du lecteur, est une mani\u00e8re de remettre en question le sujet parlant et sa pr\u00e9tention \u00e0 constituer le seul principe de la signifiance de son discours et par l\u00e0, une mani\u00e8re de mettre en cause la possibilit\u00e9 d\u2019un discours mono-logique. Or, et par l\u00e0 nous revenons \u00e0 notre th\u00e8se selon laquelle la pens\u00e9e est un rapport avec l\u2019ext\u00e9rieur, ce d\u00e9centrement du sujet parlant dans les th\u00e9ories, va de pair avec un recentrement sur l\u2019instance relationnelle comme origine de la signifiance de tout discours, donc y compris du discours th\u00e9orique. Si ce constat ne peut s\u2019appliquer \u00e0 tout discours th\u00e9orique, il concerne tout au moins un discours th\u00e9orique ouvert \u00e0 l\u2019interruption qu\u2019est celui d\u2019Yves Aulas. Peut-\u00eatre faut-il pr\u00e9ciser que lorsque je dis th\u00e9orie, j\u2019entends par l\u00e0 le sens le plus g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 la fois le sens \u00e9tymologique de ce terme, \u00e0 savoir l\u2019observation ou la contemplation d\u2019un objet. Autrement dit&nbsp;: la th\u00e9orie en tant qu\u2019observation ou contemplation est par d\u00e9finition pratiqu\u00e9e par un sujet qui observe ou contemple un objet sans forc\u00e9ment remettre en question l\u2019activit\u00e9 qu\u2019il exerce sur son objet. Quant \u00e0 la philosophie, elle est bien \u00e9videmment une forme de th\u00e9orie. Mais en m\u00eame temps, elle n\u2019est pas une pure th\u00e9orie, puisqu\u2019en elle s\u2019op\u00e8re un d\u00e9passement de l\u2019ordre de la th\u00e9orie. La philosophie pourrait ainsi, paradoxalement \u00eatre d\u00e9finie comme l\u2019unit\u00e9 de la th\u00e9orie et de son d\u00e9passement. Je m\u2019explique. L\u2019originalit\u00e9 de la philosophie, du moins de la philosophie \u00e0 la mani\u00e8re de Levinas et d\u2019Yves Aulas, c\u2019est d\u2019\u00eatre une th\u00e9orie sans cesse interrompue par le souci de l\u2019autre, ce souci de l\u2019autre \u00e9tant l\u2019essence du langage et de la pens\u00e9e. C\u2019est ainsi que Levinas d\u00e9finit la philosophie non pas, traditionnellement, comme l\u2019amour de la sagesse, mais comme sagesse de l\u2019amour, au service de l\u2019amour et qu\u2019il affirme que le d\u00e9dire du dit est sa m\u00e9thode propre. En cela, Yves Aulas est levinassien et la conviction que \u00ab&nbsp;ma propre pens\u00e9e me vient de l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;\u00bb (<em>\u0152uvres<\/em>, I, p. 458) n\u2019est pas pour lui seulement une id\u00e9e ou une th\u00e9orie parmi d\u2019autres, mais elle joue le r\u00f4le \u00e0 la fois du principe et de la m\u00e9thode de son \u00e9criture. Nous verrons plus bas comment mon rapport \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 peut \u00eatre \u00e0 l\u2019origine d\u2019une m\u00e9thode de composition d\u2019un texte. L\u2019id\u00e9e que \u00ab&nbsp;penser, c\u2019est penser \u00e0 deux&nbsp;\u00bb est ainsi mise en \u0153uvre dans les th\u00e9ories et cela \u00e0 plusieurs \u00e9gards.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8rement, l\u2019\u00e9criture de l\u2019auteur des th\u00e9ories est rythm\u00e9e par des perc\u00e9es interpersonnelles du discours impersonnel qu\u2019est celui de la th\u00e9orie. Citons des exemples. La question \u00ab&nbsp;\u00e7a te va&nbsp;?&nbsp;\u00bb concluant le texte intitul\u00e9 <em>L\u2019espoir<\/em> sur lequel s\u2019ach\u00e8ve le petit film sur Yves Aulas, s\u2019adresse \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019auditeur pr\u00e9sent lors de la dict\u00e9e du texte et au lecteur qui se trouve ainsi explicitement appel\u00e9 \u00e0 co-produire le sens du texte lors de sa lecture. Inutile de rappeler que le texte n\u2019a pas un sens donn\u00e9 \u00e0 l\u2019avance qu\u2019il faudrait d\u00e9crypter, mais que la lecture constitue une \u00e9tape du processus du sens lui-m\u00eame. Le lecteur devient ainsi interlocuteur&nbsp;! Un autre exemple d\u2019une interpellation directe du lecteur nous est fourni par le texte intitul\u00e9 <em>La d\u00e9rive compr\u00e9hensive<\/em>. Le texte s\u2019ouvre sur un lieu commun qui \u00e9nonce en d\u2019autres termes la th\u00e8se que nous essayons de d\u00e9fendre dans cet expos\u00e9, \u00e0 savoir que penser, avant de penser \u00e0 quelque chose, c\u2019est penser avec quelqu\u2019un. Ensuite, proc\u00e8de de ce lieu commun d\u2019autres lieux communs et des consid\u00e9rations th\u00e9oriques plus ou moins coh\u00e9rentes. Et enfin, le texte s\u2019ach\u00e8ve sur une question adress\u00e9e directement au lecteur-interlocuteur, question qui remet pr\u00e9cis\u00e9ment en question la th\u00e9orie et celui qui l\u2019\u00e9crit et invite l\u2019interlocuteur \u00e0 prendre part au sens du texte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La d\u00e9rive compr\u00e9hensive (\u00e9crit)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Savoir comprendre, c\u2019est savoir aimer. Il faut chercher plus loin. Plus loin, dans les astres. Le moyen de locomotion est primordial pour d\u00e9passer la vitesse. L\u2019attitude diff\u00e9rente et cat\u00e9gorique de la progression. L\u2019imagination d\u00e9rive. La sophistique est prioritaire. Le calcul mental est bon pour le syst\u00e8me nerveux. On y arrivera demain. Si on abandonne aujourd\u2019hui, on fera demain. La d\u00e9rive n\u2019exclue pas la compr\u00e9hension. L\u2019\u00e9v\u00e9nement final, c\u2019est le commencement mill\u00e9naire. Un chantier naval n\u2019a pas de base. Une base n\u2019a pas de forme. Une base carr\u00e9e, c\u2019est autre chose. Je pense qu\u2019il faut accepter les autres comme ils sont. C\u2019est bon&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je propose, \u00e0 la suite d\u2019Emmanuel Levinas, d\u2019appeler ce rapport \u00e0 autrui constitutif de ma pens\u00e9e, signifiance \u00e9thique. Si l\u2019on se pose la question de l\u2019articulation qu\u2019il y a entre l\u2019ordre de l\u2019\u00e9thique qui est explicite dans le texte cit\u00e9 dans la question \u00ab&nbsp;c\u2019est bon&nbsp;?\u00bb et l\u2019ordre impersonnel de la th\u00e9orie qui parle pour ainsi dire tout seul, comme si autrui n\u2019\u00e9tait pas devant moi et comme si le sujet parlant n\u2019\u00e9tait pas un je unique, nous avons \u00e9voqu\u00e9 plus haut, le rapport d\u2019interruption, de brisure, voire celui de perc\u00e9e. Nous avons m\u00eame d\u00e9fini la pens\u00e9e en tant que telle comme l\u2019interruption de mon discours par la pr\u00e9sence d\u2019autrui. Levinas parle \u00e0 ce propos d\u2019une alternance entre un je unique qui est celui de la signifiance \u00e9thique, celui qui se soucie d\u2019autrui et un je universel, qui est le sujet dans la th\u00e9orie, le corr\u00e9latif d\u2019un objet. Cette alternance se produit dans le texte philosophique en tant qu\u2019il constitue un syst\u00e8me ouvert \u00e0 l\u2019interruption par la pr\u00e9sence d\u2019autrui. \u00ab&nbsp;Ce je, certes, dans le pr\u00e9sent expos\u00e9 m\u00eame, se fait d\u00e9j\u00e0 universel, mais universel dont je suis capable de penser la rupture, et l\u2019apparition du je unique devan\u00e7ant toujours la r\u00e9fl\u00e9xion qui, de nouveau (\u2026) viendra m\u2019enfermer dans le concept, dont \u00e0 nouveau je m\u2019\u00e9vade ou suis arrach\u00e9.\u00bb(AE, p. 218) C\u2019est ainsi que nous pouvons affirmer que dans les th\u00e9ories alternent pr\u00e9sence et absence de l\u2019interlocuteur, ainsi que je unique (qui d\u00e9tient son unicit\u00e9 de son rapport \u00e0 autrui) et je universel (qui parle comme s\u2019il n\u2019avait pas d\u2019interlocuteur). Cela dit, le sens de notre propos est de montrer qu\u2019une absence totale de l\u2019autre dans la th\u00e9orie n\u2019est qu\u2019illusion et qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 avant de penser quelque chose, avant d\u2019\u00eatre un rapport d\u2019un sujet \u00e0 un objet, la pens\u00e9e est un rapport avec quelqu\u2019un.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Yves Aulas donc, penser, c\u2019est penser \u00e0 deux, tout d\u2019abord parce que lorsqu\u2019il pense, il demande de l\u2019aide \u00e0 son interlocuteur. Et nous revenons ainsi \u00e0 la question initiale, \u00e0 savoir \u00e0 celle du rapport entre la pens\u00e9e et le langage. Dans la mesure o\u00f9 penser, c\u2019est proc\u00e9der par questions et r\u00e9ponses, nous ne pouvons \u00e0 proprement parler dissocier la pens\u00e9e et le langage, la pens\u00e9e se fait dans la parole. Or, si le \u00ab&nbsp;discours int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb est ainsi une <em>contradictio in adiecto<\/em>, alors penser, c\u2019est forc\u00e9ment penser avec autrui et il n\u2019est d\u00e8s lors pas \u00e9vident de d\u00e9limiter o\u00f9 finit la question et o\u00f9 commence la r\u00e9ponse. Autrement dit, s\u2019il n\u2019y a pas de discours int\u00e9rieur, si l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 est toujours d\u00e9j\u00e0 bris\u00e9e, alors la question fait partie de la r\u00e9ponse de m\u00eame que la r\u00e9ponse fait partie de la question. \u00ab&nbsp;Penser (c\u2019est) poser une question \u00e0 quelqu\u2019un. Toute pens\u00e9e est langage. Penser (c\u2019est) exprimer une pens\u00e9e et la question de celui qui \u00e9coute fait partie de l\u2019expression de celui qui parle et de celui qui pense. On peut aller par une autre voie encore &#8211; \u00e0 la th\u00e8se d\u2019apr\u00e8s laquelle la question de celui qui \u00e9coute fait partie de l\u2019expression&nbsp;: en parlant de l\u2019insuffisance de l\u2019\u00e9crit qui ne peut se porter secours &#8211; Elle ne tient pas \u00e0 la m\u00e9diocrit\u00e9 de la pens\u00e9e &#8211; car alors la pr\u00e9sence de l\u2019auteur n\u2019y changerait rien. Il y a donc une insuffisance dans la pens\u00e9e arr\u00eat\u00e9e &#8211; dans l\u2019affirmation. Elle est enti\u00e8rement pens\u00e9e dans le probl\u00e8me et dans l\u2019aide qu\u2019on demande \u00e0 autrui.\u00bb (I, p. 359-360). Pour revenir \u00e0 la question du rapport entre l\u2019oral et l\u2019\u00e9crit, que nous annoncions proche de celle que nous venons de traiter, la pens\u00e9e est enti\u00e8rement pens\u00e9e \u00e0 l\u2019oral puisque l\u2019interlocuteur, qui est co-auteur de l\u2019expression qui sort de mes l\u00e8vres, y est pleinement pr\u00e9sent et ainsi se porte secours \u00e0 lui-m\u00eame. A l\u2019\u00e9crit par contre, la pens\u00e9e est arr\u00eat\u00e9e et l\u2019interlocuteur est relativement absent et donc il est dans l\u2019impossibilit\u00e9 de se porter secours. Nous pouvons le conceptualiser, r\u00e9duire son alt\u00e9rit\u00e9 au m\u00eame, en un mot, le m\u00e9dire. En cela, la pens\u00e9e est bien une lutte contre la lettre qui tue. Cette insuffisance de l\u2019\u00e9crit par rapport \u00e0 l\u2019oral est donc un fait. N\u00e9anmoins, et l\u00e0 se situe le sens de notre propos, il existe des modalit\u00e9s de l\u2019\u00e9crit qui permettent de mettre en question son insuffisance et ainsi de renouer avec ce rapport originaire avec l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 que nous nommons pens\u00e9e. Dans les th\u00e9ories d\u2019Yves Aulas, cette pr\u00e9sence originaire de l\u2019autre est tout d\u2019abord explicite, comme nous l\u2019avons montr\u00e9 plus haut, dans les invocations de l\u2019interlocuteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure, nous voudrions \u00e9voquer que cette prise en compte de l\u2019interlocuteur est pr\u00e9sente dans les th\u00e9ories \u00e9galement \u00e0 un niveau en quelque sorte encore plus profond. Le souci de l\u2019autre ne se limite pas ainsi \u00e0 un th\u00e8me, comme c\u2019est le cas par exemple si nous consid\u00e9rons la reprise du lieu commun \u00ab&nbsp;Savoir comprendre, c\u2019est savoir aimer.\u00bb, ni \u00e0 la simple interruption de l\u2019expos\u00e9 par une invocation du lecteur, comme c\u2019est le cas dans les questions \u00ab&nbsp;\u00e7a te va&nbsp;?\u00bb ou \u00ab&nbsp;c\u2019est bon&nbsp;?&nbsp;\u00bb qui ouvrent la th\u00e9orie \u00e0 la pens\u00e9e comme pluralit\u00e9 des penseurs. Mis \u00e0 part ces deux points indiscutables, l\u2019originalit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture d\u2019Yves Aulas r\u00e9side dans le fait que la signifiance \u00e9thique, la pens\u00e9e \u00e0 deux, oriente jusqu\u2019\u00e0 la composition de ses textes. Le travail d\u2019\u00e9criture que j\u2019ai pu mener avec Yves Aulas atteste ainsi que la pens\u00e9e consid\u00e9r\u00e9e comme mon rapport \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et au seul \u00eatre qui peut m\u2019\u00eatre pleinement ext\u00e9rieur, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 autrui, pr\u00e9c\u00e8de tout rapport d\u2019un sujet universel \u00e0 un objet dans la th\u00e9orie. Le texte que vous allez entendre dans un instant commence par la pr\u00e9sentation d\u2019une th\u00e9orie, la d\u00e9formalise par la suite et montre que le probl\u00e8me th\u00e9orique qu\u2019elle \u00e9voque est sous-tendu par la concr\u00e9tude d\u2019une question \u00e9thique. Ce texte, intitul\u00e9 <em>L\u2019\u00e9volution totale<\/em>, est donc parfaitement fid\u00e8le \u00e0 l\u2019acception levinassienne de la philosophie, dans la mesure o\u00f9 la \u00ab&nbsp;sagesse&nbsp;\u00bb est ici pr\u00e9cis\u00e9ment \u00ab&nbsp;au service de l\u2019amour&nbsp;\u00bb. Dans le dernier texte que nous vous proposerons en guise de conclusion, il y va \u00e9galement de sagesse et de rapport \u00e0 autrui, mais cette fois-ci dans une perspective plus large, celle de la vision aulasienne de l\u2019humain. Son titre est <em>Arguments divers<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L\u2019\u00e9volution totale (oral)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le principe de Descartes, c\u2019est l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la logique gouvern\u00e9e par Dieu. La perpendiculaire d\u2019une autre perpendiculaire, c\u2019est une parall\u00e8le. Tout est logique. Tout est sym\u00e9trique. Tout se transforme. Rien ne dispara\u00eet. Quand on dit qu\u2019un corps plong\u00e9 dans l\u2019eau est perdu, c\u2019est une blague, parce qu\u2019il est mort. Mais tout se transforme, rien ne dispara\u00eet. Quand on fait une b\u00eatise, malheureusement, les gens ils r\u00e9p\u00e8tent tout. Puisque tout ce qu\u2019on fait, tout ce qui se passe, \u00e7a revient toujours \u00e0 la surface, comme le bouchon. Pour moi, ce sont des balances, pour moi, c\u2019est des hypocrites. Parce que moi aussi, je fais des b\u00eatises, comme tout le monde, mais je dis pas toujours ce que je fais et quand quelqu\u2019un fait des b\u00eatises, je n\u2019irais pas dire monsieur, monsieur, pour moi, c\u2019est encore pire, \u00e7a. C\u2019est encore pire, parce qu\u2019il se sent le dernier de tous. Un autre le d\u00e9nonce, il se sent compl\u00e8tement \u00e9cras\u00e9. Il sera encore pire. Avant de revenir \u00e0 la surface, il sera encore pire. \u00c7a me para\u00eet vraiment tra\u00eetre de dire monsieur, il a fait une b\u00eatise. Moi, j\u2019agresse les autres, mais je ne les d\u00e9noncerais pas. C\u2019est plus humain.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Arguments divers (oral)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le rire, c\u2019est le propre de l\u2019homme. Il suffit de l\u2019humour pour apporter de la bonne humeur aux gens. Parce que la maturit\u00e9, c\u2019est l\u2019humour. Je pense que chacun a droit \u00e0 \u00eatre aim\u00e9, chacun a le droit d\u2019\u00eatre accept\u00e9, quelle que soit sa diff\u00e9rence. Si on n\u2019avait pas un syst\u00e8me rus\u00e9, si on n\u2019\u00e9tait pas manipulateur, absolument rien du tout, on ne pourrait m\u00eame pas vivre, ni m\u00eame penser, ni m\u00eame exister. S\u2019il n\u2019y a pas manipulation, \u00e7a tomberait au n\u00e9ant, n\u00e9ant qui n\u2019existe pas. Pour emp\u00eacher le n\u00e9ant, il faut toujours un peu de manipulation. On ne peut pas avoir ses propres moyens, puisque ses propres moyens sont d\u00e9j\u00e0 pleins de manipulation. C\u2019est la g\u00e9om\u00e9trie. C\u2019est l\u2019intuition. La logique. Pas jusqu\u2019au principe de Descartes, parce que le principe de Descartes, l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la logique gouvern\u00e9e par Dieu, c\u2019est pas l\u2019absolu, c\u2019est pas la totale, mais presque. Si on n\u2019avait pas l\u2019intuition, on n\u2019\u00e9tait pas manipulateur, on ne pourrait ni vivre, ni penser, ni exister. On sort du n\u00e9ant, mais on n\u2019ira plus jamais dans le n\u00e9ant. La vie \u00e9ternelle a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. J\u00e9sus a dit&nbsp;: tendez l\u2019autre joue \u00e0 ceux qui vous ont fait du mal. Peut-\u00eatre pas l\u2019autre joue, mais quand on vous fait quelque chose de mal, il ne faut pas \u00eatre rancunier, il ne faut pas en vouloir aux autres. Qui pardonne, pardonnez 7 fois, 77 fois, 717 fois, il faut pardonner toujours \u00e0 son fr\u00e8re. Il faut, c\u2019est une base, c\u2019est une base comme une autre le rire. C\u2019est une base parmi les autres. Parce que l\u2019\u00e9volution totale n\u2019est pas forc\u00e9ment une base. C\u2019est plut\u00f4t, \u00e7a touche l\u2019\u00e9ternit\u00e9. \u00c7a touche le d\u00e9sir de vivre, le d\u00e9sir d\u2019avancer, le d\u00e9sir de pas se sentir \u00e9cras\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>\u00ab&nbsp;Penser, c\u2019est penser \u00e0 deux.\u00bb (I, p. 458)<\/li><li>Toutes les Th\u00e9ories d\u2019Yves Aulas cit\u00e9e dans cet article sont extraites de&nbsp;: Aulas 2010.<\/li><li>Nous abordons cette question plus en d\u00e9tail dans Bierhanzl 2011.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Aulas, Y. (2010). \u00ab&nbsp;Th\u00e9ories&nbsp;\u00bb. In Bierhanzl, J. &amp; Foletti, I. (Eds.), <em>Je ne suis pas fou. La cr\u00e9ation comme relation \u00e0 l\u2019autre<\/em> (pp.). Lyon: Chronique sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Bierhanzl, J. (2011). \u00ab&nbsp;Ethique et institution dans les th\u00e9ories d\u2019Yves Aulas&nbsp;\u00bb. In Mazen, N.-J. &amp; Ancet, P. (Eds.), <em>Ethique et handicap<\/em> (pp.). Bordeaux: Les Etudes Hospitali\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Levinas, E. (2004). <em>Autrement qu\u2019\u00eatre ou au-del\u00e0 de l\u2019essence<\/em>. Paris: Le Livre de Poche.<\/p>\n\n\n\n<p>Levinas, E. (2009). \u0152uvres 1. <em>Les carnets de captivit\u00e9<\/em>. Paris: Grasset\/Imec.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9880?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je vais laisser une large place, dans la pr\u00e9sente intervention, \u00e0 la parole d\u2019Yves Aulas, atteint d\u2019un handicap mental, que j\u2019ai rencontr\u00e9 en travaillant comme volontaire au sein de l\u2019association l\u2019Arche \u00e0 Lyon. 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