{"id":9866,"date":"2021-08-22T07:30:49","date_gmt":"2021-08-22T05:30:49","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/constructions-en-analyse-constructivisme-analogies-et-differences-2\/"},"modified":"2021-10-05T18:17:46","modified_gmt":"2021-10-05T16:17:46","slug":"constructions-en-analyse-constructivisme-analogies-et-differences","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/constructions-en-analyse-constructivisme-analogies-et-differences\/","title":{"rendered":"Constructions en analyse, constructivisme, analogies et diff\u00e9rences"},"content":{"rendered":"\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la co\u00efncidence dans l\u2019utilisation du m\u00eame mot \u201cconstruction\u201d pour la d\u00e9signation de notions chez des sp\u00e9cialistes d\u2019orientations th\u00e9oriques diff\u00e9rentes. Ces notions visent la pratique th\u00e9rapeutique. Le mot construction semble se r\u00e9v\u00e9ler suggestif, il d\u00e9note un projet voulant aider les patients \u00e0 se restaurer et \u00e0 progresser. Ceux qui l\u2019utilisent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces courants de pens\u00e9e se demandent comment d\u00e9velopper la cr\u00e9ativit\u00e9 du th\u00e9rapeute mais ils y r\u00e9pondent \u00e9videmment de mani\u00e8re diff\u00e9rente. S\u2019il s\u2019agit de construction, c\u2019est nettement du c\u00f4t\u00e9 de la fa\u00e7on dont celui-ci la met en \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon E. Kant nous ne connaissons \u201cla r\u00e9alit\u00e9 si ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 travers les cat\u00e9gories de la pens\u00e9e que nous utilisons\u201d (repris par A. Vansteenwegen, 1998). Le mot d\u2019ordre a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par P. Watzlavick (1988) : <em>construire le r\u00e9el<\/em>. La r\u00e9alit\u00e9 nous \u00e9chappe, pour l\u2019approcher nous ne pouvons que b\u00e2tir des hypoth\u00e8ses approximatives. Mieux que de vrai, on parlera d\u00e9sormais de vraisemblance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Freud &#8211; 1937 ou la narrativit\u00e9 reconstructive<\/h2>\n\n\n\n<p>Freud a sugg\u00e9r\u00e9 que l\u2019analyste devrait contribuer \u00e0 la construction du souvenir des situations infantiles chez le patient, en proposant des liens, des interpr\u00e9tations, et en apportant des pi\u00e8ces manquantes. D\u2019habitude le patient ne lib\u00e8re que des fragments ou de simples indices de ce mat\u00e9riel. Autant que le patient, le psychanalyste a \u201cle droit de reconstruire en compl\u00e9tant et en assemblant les restes conserv\u00e9s\u201d (p. 271). Ce qui met l\u2019analyste sur le chemin d\u2019un indice significatif est la r\u00e9p\u00e9tition des \u00e9l\u00e9ments encore obscurs du mat\u00e9riel. L\u2019article date de la fin de la vie du ma\u00eetre viennois, Freud a 81 ans, apr\u00e8s une longue exp\u00e9rience clinique et probablement \u00e0 la suite de certaines difficult\u00e9s rencontr\u00e9es pour l\u2019acc\u00e8s au mat\u00e9riel de l\u2019enfance. Deux choses nous frappent eu \u00e9gard \u00e0 sa trajectoire pr\u00e9c\u00e9dente : l\u2019analyste propose du mat\u00e9riel, il n\u2019attend pas uniquement que ce soient les associations du patient qui nourrissent sa r\u00e9flexion, des associations qui donnent lieu \u00e0 une intervention et il accepte le principe que les deux psychismes, celui du patient et le sien, sont en r\u00e9sonance, voire interagissent. Pour que l\u2019analyste soit en mesure de saisir le souvenir que le patient ne parvient pas \u00e0 retrouver, il doit \u00eatre de m\u00eame en empathie avec celui-ci, aussi en lien \u00e9troit avec ses \u00e9motions propres et se repr\u00e9senter \u00e0 son niveau les repr\u00e9sentations du patient. C\u2019est une des rares allusions \u00e0 l\u2019intersubjectivit\u00e9 chez Freud, mais qui en dit long sur la place qu\u2019il semble lui donner. (Son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019id\u00e9e appara\u00eet dans ses travaux sur l\u2019occultisme, mais on y note que sa vision de l\u2019inter-subjectivit\u00e9 est teint\u00e9e d\u2019esprit magique, elle peut heurter notre esprit scientifique.)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e ma\u00eetresse reste la lev\u00e9e du refoulement de l\u2019histoire ancienne, ce qui conduit \u00e0 la disparition du sympt\u00f4me, mais l\u2019analyste est actif dans la reconstruction du souvenir ; il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la coh\u00e9rence du r\u00e9cit, \u00e0 son encha\u00eenement logique, qui permet de d\u00e9duire les fantasmes qui animent les diff\u00e9rents \u00e9v\u00e9nements. Un \u00e9pisode peut expliquer le suivant. En fait le travail de reconstruction se r\u00e9alise au pr\u00e9sent, l\u2019ici et maintenant compte et notamment le contre-transfert qui est mobilis\u00e9 par un contenu transf\u00e9rentiel d\u00e9termin\u00e9. Le contre-transfert n\u2019est pas anim\u00e9 par un fantasme adulte mais par un fantasme infantile (de l\u2019analyste). Il serait capable de le d\u00e9tecter et de l\u2019interpr\u00e9ter selon ce qu\u2019il a pu saisir lors de sa propre analyse. Plus qu\u2019un moment de son analyse, c\u2019est sa d\u00e9marche analytique personnelle qui anime ce contre-transfert. Donc, n\u2019importe quel fantasme chez le patient n\u2019est pas capable de d\u00e9clencher ce processus : il devrait r\u00e9sonner avec celui de l\u2019analyste pour que celui-ci soit le plus lucide possible et ceci afin de compl\u00e9ter les carences au niveau de la m\u00e9moire du patient.<\/p>\n\n\n\n<p>En m\u00eame temps, la reconstruction est un r\u00e9cit fait \u00e0 deux, une narration, avec ses rebondissements, ses moments forts, ses surprises. Elle comporte quelque chose de romanesque, selon certes des styles singuliers. Elle semble anim\u00e9e ou organis\u00e9e par une id\u00e9e centrale ; celle-ci d\u00e9rive \u00e0 son tour d\u2019un fantasme inconscient, reflet de la structure du patient. Freud pr\u00e9cise que la confirmation du patient est vitale, en passant par des r\u00e9sistances ou des d\u00e9n\u00e9gations ; celui-ci \u201ccompl\u00e9tera\u201d ou \u201ccorrigera\u201d la narration avec de nouveaux \u00e9l\u00e9ments. Ses souffrances sont pr\u00e9cis\u00e9es, d\u00e9voil\u00e9es, mises en sc\u00e8ne au cours des s\u00e9ances concern\u00e9es. (Cf. B. Golse et S. Missonnier, 2005.) Dans tous les cas, Freud souligne qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00e9change d\u2019autant plus fructueux que l\u2019analyste le laisse venir, alternant s\u00e9lectivement silences et prises de parole. Mais malgr\u00e9 son insistance \u00e0 dire qu\u2019il ne veut pas interf\u00e9rer sur le patient, il est \u00e9vident que la mise en narration de l\u2019analyste s\u2019y av\u00e8re essentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Des analystes classiques ont exprim\u00e9 des r\u00e9serves par rapport \u00e0 cette pratique, en arguant que l\u2019analyste ne devrait pas imposer ses points de vue. Ils ont r\u00e9agi notamment \u00e0 l\u2019encontre des id\u00e9es de Serge Viderman (1973), qui, dans le processus de construction, pr\u00f4ne l\u2019id\u00e9e que l\u2019on peut se permettre d\u2019inventer. Or, Freud reste tr\u00e8s prudent \u00e0 ce propos : il d\u00e9sire cerner la v\u00e9rit\u00e9 historique. Francis Pasche (1974) essaie de trouver une solution interm\u00e9diaire parlant de \u201cpass\u00e9 recompos\u00e9\u201d : parce que les faits sont d\u00e9form\u00e9s par leurs effets, parmi lesquels un travail de pens\u00e9e plus ou moins cons\u00e9quent, on ne peut que reconstituer les \u00e9l\u00e9ments que le patient propose. C\u2019est aujourd\u2019hui que nous nous demandons si, pour faire progresser le patient, ce qui compte, c\u2019est l\u2019histoire ou le travail de reconstruction \u00e0 propos de cette histoire. Le patient va-t-il \u00e9merger de son exp\u00e9rience th\u00e9rapique ayant une meilleure connaissance de son pass\u00e9 (lev\u00e9e du refoulement) ou ayant acquis une nouvelle aptitude \u00e0 se raconter ? Qu\u2019est-ce qui est le plus important ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour qu\u2019il ait construction, les exp\u00e9riences vitales et professionnelles de l\u2019analyste sont sollicit\u00e9es ; il fait recours \u00e0 ses <em>liens inconscients<\/em>, b\u00e2tis en rapport avec ses objets int\u00e9rioris\u00e9s, \u00e0 partir desquels il cr\u00e9e des sc\u00e9narios (des mod\u00e8les narratifs) tout en les accommodant \u00e0 la vie du patient. On peut dire que les r\u00e9cits suivent les mani\u00e8res \u201cde se raconter\u201d employ\u00e9es par l\u2019un ou l\u2019autre des objets de l\u2019analyste (repr\u00e9sentation des personnages fondamentaux de son enfance), et qu\u2019ils sont revisit\u00e9s par son moi. Ce dernier est n\u00e9cessairement dans une synth\u00e8se ; il ne peut se passer de ce qui l\u2019a touch\u00e9 dans sa vie, des significations qu\u2019il leur a donn\u00e9es, et en m\u00eame temps il veille \u00e0 ne pas subordonner l\u2019histoire du patient \u00e0 la sienne.<br>La th\u00e9rapie familiale psychanalytique (TFP) se sert de la reconstruction de l\u2019histoire familiale et encore plus nettement de sa pr\u00e9histoire, celle de ses anc\u00eatres, de ses a\u00efeux. Le travail sur le trans-g\u00e9n\u00e9rationnel transite par diff\u00e9rentes \u00e9tapes : des secrets et non-dits reconnus, myst\u00e8res d\u00e9voil\u00e9s, r\u00e9articul\u00e9s, la d\u00e9couverte, la reconstruction, en lien avec les transferts\u2026 la th\u00e9rapie est tout un roman.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Constructivisme<\/h2>\n\n\n\n<p>Le constructivisme, l\u2019\u00e9volution la plus r\u00e9cente du courant familialiste syst\u00e9mique, mise \u00e0 son tour sur la construction d\u2019une relation th\u00e9rapeutes\/famille ou couple qui favorise le changement. Son abandon relatif du mod\u00e8le cybern\u00e9tique ancien pour celui qui (re)met l\u2019observateur au centre du syst\u00e8me de fonctionnement va de pair avec une d\u00e9fiance soutenue envers tout mod\u00e8le th\u00e9orique, car la pratique s\u2019av\u00e9rerait singuli\u00e8re et totalement impr\u00e9visible. Toute extrapolation venant des sciences ou pratiques h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes \u00e0 la th\u00e9rapie est \u00e9vit\u00e9e. Ce positionnement n\u2019est pas sans \u00e9voquer le rejet de la m\u00e9tapsychologie par certains analystes am\u00e9ricains ou la proposition de W. Bion que l\u2019analyste devrait fonctionner en s\u00e9ance sans m\u00e9moire ni d\u00e9sir. Ces co\u00efncidences ne doivent pas nous \u00e9tonner car l\u2019id\u00e9e de post-modernit\u00e9 frappe \u00e0 toutes les portes, bien que Bion ne l\u2019ait jamais \u00e9voqu\u00e9, mais il s\u2019inspire de l\u2019empirisme de Fr\u00e8ge, qui est une source commune \u00e0 bon nombre des penseurs post-modernes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9rapeute est donc invit\u00e9 \u00e0 se laisser impr\u00e9gner par les propos tenus par la famille ou le patient en s\u00e9ance et essayer de construire le champ puis ses interventions. La construction implique deux plans ou moments.<\/p>\n\n\n\n<p>1. Puisqu\u2019il ne pourra jamais saisir la r\u00e9alit\u00e9, le th\u00e9rapeute construit ce qui se passe en modifiant sa connaissance au fur et \u00e0 mesure que la famille r\u00e9agit et se d\u00e9couvre.<\/p>\n\n\n\n<p>2. Puisqu\u2019il ne souhaite pas imposer un point de vue pr\u00e9con\u00e7u, il essaie de co-construire avec les membres de la famille des ouvertures possibles au probl\u00e8me qui les a fait consulter. La technique dispara\u00eet au b\u00e9n\u00e9fice de la spontan\u00e9it\u00e9 et de l\u2019affectivit\u00e9 ; le th\u00e9rapeute constructiviste conduit l\u2019entretien de mani\u00e8re \u00e0 d\u00e9gager du sens, mais en faisant participer au maximum les membres de la famille car il ne peut \u00eatre s\u00fbr de sa v\u00e9rit\u00e9. Il ne souhaite pas les influencer au-del\u00e0 de ce qu\u2019ils accueillent et vont confirmer de mani\u00e8re active eux-m\u00eames. En se r\u00e9f\u00e9rant au th\u00e9rapeute, les diff\u00e9rents auteurs parlent de modalit\u00e9s de fonctionnement, de postures et de r\u00e9actions spontan\u00e9es, plus que de savoir. Son affect, son v\u00e9cu, jadis ayant \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme des artifices g\u00eanants, par les premiers syst\u00e9miciens, le guide dans sa d\u00e9marche. S. Minuchin (1991), qui d\u00e9fend le point de vue du syst\u00e9misme classique, critique l\u2019attitude passive des constructivistes non exempte de s\u00e9duction et d\u2019une certaine auto-suffisance derri\u00e8re la modestie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Constructionisme<\/h2>\n\n\n\n<p>Cette mouvance, qui s\u2019occupe de th\u00e9rapies individuelles et familiales, a d\u00e9j\u00e0 de nombreuses variantes. Elles ont en commun de renverser des id\u00e9es dominantes, se servant de paradoxes et d\u2019une certaine provocation ; cela peut susciter de la sympathie parce que l\u2019on y reconna\u00eet du courage. Par exemple : le probl\u00e8me est \u00e0 l\u2019origine du syst\u00e8me, pas le contraire (Anderson et Goolishian, 1988).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la perspective de M. White, le constructionisme se propose de d\u00e9construire les id\u00e9ologies collectives, les mentalit\u00e9s d\u2019origine sociale, qui seraient \u00e0 l\u2019origine du probl\u00e8me, afin de construire une nouvelle vision et trouver ainsi des solutions in\u00e9dites. Il s\u2019agit d\u2019une autre construction, la notion de d\u00e9construction de Jacques Derrida vient \u00e0 l\u2019aide. S\u2019il y a probl\u00e8me, c\u2019est que les personnes croient que l\u2019univers des possibles se r\u00e9duit \u00e0 leur environnement imm\u00e9diat, \u00e0 leur famille, \u00e0 leur culture, alors que bien d\u2019autres cultures ont r\u00e9ussi et cr\u00e9ent du bien-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les constructionistes d\u00e9crient les attitudes d\u2019omnipotence et d\u2019omniscience du th\u00e9rapeute, son v\u0153u d\u2019apporter des formules et des solutions, porter des jugements, pr\u00e9misses par ailleurs d\u00e9j\u00e0 d\u00e9fendues depuis longtemps par tous les th\u00e9rapeutes. Certaines id\u00e9es, qui peuvent l\u00e9gitimement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme na\u00efves, sont mises en avant : la \u201cconversation\u201d serait cens\u00e9e faire \u00e9voluer les difficult\u00e9s parce que le th\u00e9rapeute fera en sorte que la famille se d\u00e9centre des difficult\u00e9s qui l\u2019accablent. Le th\u00e9rapeute constructioniste est \u201ccoop\u00e9rant\u201d, favorise le d\u00e9ploiement des avis diff\u00e9rents m\u00eame oppos\u00e9s. L\u2019utilisation de prescriptions et de l\u2019\u00e9quipe seconde n\u2019est pas non plus originale. Certes l\u2019introduction des narrations para\u00eet dynamiser l\u2019\u00e9change. Plus encore, la m\u00e9taphore qui s\u2019en d\u00e9gage instruit les gens sur de nouvelles possibilit\u00e9s, ignor\u00e9es par eux. On peut noter que la narration pr\u00e9tend ici soustraire les personnes du conflit alors que la narrativit\u00e9 reconstructive de l\u2019analyste essaie de l\u2019int\u00e9grer.<\/p>\n\n\n\n<p>K. Gergen (2005) ne cesse pas de dire que toute conception, toute id\u00e9e, est une production \u00e0 plusieurs et donc tout travail en th\u00e9rapie. Le lien est primordial. \u201cRestez reli\u00e9s\u201d est le mot d\u2019ordre (p. 34). Il avance des critiques sur le fait que le constructivisme retombe dans des causalit\u00e9s des individus (syst\u00e8me auto-g\u00e9r\u00e9) alors qu\u2019il cherchait \u00e0 les d\u00e9passer. Raconter un \u00e9pisode de sa vie, \u00e9noncer une d\u00e9couverte, les transforme. La communication a de ses virtualit\u00e9s d\u2019autant plus significatives que les personnes les ignorent. Ce sont les croyances sur soi, sur les autres qui se modifient ; le th\u00e9rapeute constructioniste attend que le changement vienne de l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Discussion<\/h2>\n\n\n\n<p>La pratique \u00e9vanescente ou ind\u00e9termin\u00e9e pr\u00e9conis\u00e9e par les th\u00e9rapeutes constructionistes ne produit-elle pas un effet oppos\u00e9 \u00e0 celui qui est recherch\u00e9 ? C\u2019est-\u00e0-dire une interf\u00e9rence marqu\u00e9e des th\u00e9rapeutes sur la vie des patients ? Cette induction serait d\u2019autant plus forte que les th\u00e9rapeutes se veulent avenants et consensuels et qu\u2019ils se montrent en fait tr\u00e8s s\u00e9duisants. Je reste favorable \u00e0 l\u2019id\u00e9e de dissym\u00e9trie entre patients et th\u00e9rapeutes. Elle est n\u00e9cessaire pour qu\u2019un gradient diff\u00e9rentiel s\u2019\u00e9tablisse entre leurs deux champs, favorisant ainsi chez les patients le souhait d\u2019avancer. Rassurante, cette dissym\u00e9trie souligne que la diff\u00e9rence entre g\u00e9n\u00e9rations ne sera pas oubli\u00e9e lors du processus. \u201cPour que le fleuve coule vers la mer sa source sera dans la montagne.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Par contre les constructionistes, en mettant l\u2019accent sur ce que l\u2019on peut appeler une renarcissisation, \u00e9vitent le conflit ; or comment peut-on avancer sans faire des interventions qui provoquent une r\u00e9action, un mouvement, l\u2019\u00e9mergence des r\u00e9sistances ? Le dicton dit : \u201cOn ne peut faire d\u2019omelettes sans casser d\u2019\u0153ufs.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons \u00e0 notre premi\u00e8re interrogation sur l\u2019utilisation du mot construire. Son objet diff\u00e8re selon le courant : construire le pass\u00e9 (analyse), l\u2019espace de la s\u00e9ance (constructivisme) et une mentalit\u00e9 alternative (constructionisme). Chacun se sert d\u2019outils diff\u00e9rents. Mais malgr\u00e9 les diff\u00e9rences entre les strat\u00e9gies th\u00e9rapeutiques pr\u00f4n\u00e9es par l\u2019analyse, le constructivisme et le constructionisme, l\u2019objectif reste semblable : la recherche que le patient, le couple ou la famille devienne sujet actif et prenne en charge son avenir. Les solutions restent ouvertes, le th\u00e9rapeute ne sait rien concernant le travail \u00e0 r\u00e9aliser. M\u00eame le psychanalyste accepte cette dimension impr\u00e9visible. Ainsi la s\u00e9ance sera-t-elle un bouillon de culture o\u00f9 bien des choses sont possibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois la psychanalyse et ses applications, dont la th\u00e9rapie familiale psychanalytique, tient la question de la d\u00e9couverte sur soi comme centrale : elle pense que l\u2019\u00eatre humain est pour l\u2019essentiel un <em>chercheur d\u2019\u00e9nigmes<\/em>. Ce dernier d\u00e9sire approcher <em>la v\u00e9rit\u00e9<\/em> ; la conna\u00eetre n\u2019est pas pour lui un jeu de l\u2019esprit, mais un besoin vital. Ceci dit la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas n\u00e9cessairement un objectif du th\u00e9rapeute, c\u2019est un port de destination pour la famille, c\u2019est un voyage.<br>Entre la famille et les th\u00e9rapeutes, le pass\u00e9 historique et pr\u00e9historique fait toutefois office de tiers (J. Guillaumin, 1979), une base \u00e0 propos de laquelle se d\u00e9veloppe le travail th\u00e9rapeutique et prend place un dialogue cr\u00e9ateur. Sans ce tiers, le climat deviendrait \u00e9touffant. \u201cDonnez moi une sc\u00e8ne et un ou plusieurs acteurs et je vous cr\u00e9erais du th\u00e9\u00e2tre\u201d, disait Bertold Brecht. La qu\u00eate de savoir sur le pass\u00e9 de la famille est comme la sc\u00e8ne sur laquelle se d\u00e9ploiera le drame. Les acteurs seraient les objets internes de l\u2019analyste. Le th\u00e9rapeute est un joueur. La seule chose qu\u2019on lui demande est de n\u2019oublier jamais de laisser jouer les autres.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Anderson H., Goolishian H.<\/strong> (1988). \u201cLes syst\u00e8mes humains comme syst\u00e8mes linguistiques\u201d, <em>Family process<\/em>, 27, 4, 371-393.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bion W.<\/strong> (1968). <em>Transformations<\/em>, 1968, tr. fr. Paris, PUF, 1982.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Eiguer A.<\/strong> (2001). <em>La famille de l\u2019adolescent, le retour des anc\u00eatres<\/em>, Paris, In Press, 2001.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Freud S.<\/strong> (1937). \u201cConstruction dans l\u2019analyse\u201d, tr. fr. in <em>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes<\/em>, PUF, 1985, 269-281.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Gergen K.<\/strong> (2005). <em>Construire la r\u00e9alit\u00e9<\/em>, tr. fr. Paris, Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Golse B., Missonnier S.<\/strong> (dir.) (2005). <em>R\u00e9cit, attachement et psychanalyse<\/em>, Toulouse, Er\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Guillaumin J.<\/strong> (1979). \u201c Transitivit\u00e9 de la m\u00e9moire et r\u00e9int\u00e9riorisation du souvenir\u201d, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 43, 4, 715-724.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Minuchin S.<\/strong> (1991). \u201cThe seduction of constructivism\u201d, <em>Family therapy networker<\/em>, 15, 47-50.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pasche F.<\/strong> (1974). \u201cLe pass\u00e9 recompose\u201d, <em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 38, 2-3.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vansteenwegen A.<\/strong> (1998). \u201cTh\u00e9ories et pratiques post-modernes : lecture critique\u201d, <em>Cahiers critiques de th\u00e9rapie familiale<\/em>, 19, 229-243.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Viderman S.<\/strong> (1973). <em>La construction de l\u2019espace analytique<\/em>, Paris, Deno\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Watzlavick P.<\/strong> (1988). <em>L\u2019invention de la r\u00e9alit\u00e9<\/em>, 1984, tr. fr. Paris, Le Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>White M.<\/strong> (1991). \u201cTh\u00e9rapie et d\u00e9construction\u201d, tr. fr. <em>Cahiers critiques de th\u00e9rapie familiale<\/em>, 1998, 19, 153-188.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9866?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la co\u00efncidence dans l\u2019utilisation du m\u00eame mot \u201cconstruction\u201d pour la d\u00e9signation de notions chez des sp\u00e9cialistes d\u2019orientations th\u00e9oriques diff\u00e9rentes. Ces notions visent la pratique th\u00e9rapeutique. 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