{"id":9819,"date":"2021-08-22T07:30:44","date_gmt":"2021-08-22T05:30:44","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/seduction-generalisee-le-lien-passionnel-de-lartiste-a-loeuvre-2\/"},"modified":"2021-10-02T17:15:31","modified_gmt":"2021-10-02T15:15:31","slug":"seduction-generalisee-le-lien-passionnel-de-lartiste-a-loeuvre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/seduction-generalisee-le-lien-passionnel-de-lartiste-a-loeuvre\/","title":{"rendered":"S\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e ? Le lien passionnel de l&rsquo;artiste \u00e0 l&rsquo;oeuvre"},"content":{"rendered":"\n<p>Freud enracine le processus de cr\u00e9ation dans le traumatisme originaire d\u2019une s\u00e9duction, comme le montre son texte fondateur de l\u2019approche psychanalytique de la cr\u00e9ation, <em>Un souvenir d\u2019enfance de L\u00e9onard de Vinci<\/em> (1910). J. Laplanche (1980) rel\u00e8ve que le L\u00e9onard de Freud nous indique trois niveaux de s\u00e9duction, s\u00e9duction p\u00e9dophile (homosexuelle ici), s\u00e9duction pr\u00e9coce par la m\u00e8re et s\u00e9duction originaire, dont la figure est le sourire \u00e9nigmatique de la Joconde, de la Vierge ou de Saint Jean. La s\u00e9duction originaire appara\u00eet comme l\u2019essence ultime des deux autres formes de s\u00e9duction car l\u2019attentat paternel ou les soins maternels ne sont s\u00e9ducteurs que parce qu\u2019ils v\u00e9hiculent l\u2019\u00e9nigmatique. Pour J. Laplanche (1987), le langage de la passion de l\u2019adulte, selon une formulation de Ferenczi, est traumatisant car il manifeste la pr\u00e9sence de l\u2019inconscient de l\u2019adulte qui d\u00e9livre des messages sexuels \u00e9nigmatiques. Cette th\u00e9orie de la s\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, f\u00e9conde selon J. Laplanche pour analyser le processus cr\u00e9ateur de l\u2019\u0153uvre de L. de Vinci, peut-elle toutefois \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 l\u2019ensemble de la dynamique cr\u00e9atrice&nbsp;? Permet-elle par exemple de rendre compte de l\u2019importance des traumatismes primaires \u00e0 la source du processus cr\u00e9ateur&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Comment d\u00e9finir l\u2019impact du sexuel infantile dans le processus cr\u00e9ateur de l\u2019\u0153uvre&nbsp;? Freud a cherch\u00e9 \u00e0 mettre en \u00e9vidence le r\u00f4le jou\u00e9 par ce sexuel infantile dans la cr\u00e9ation artistique \u00e0 partir du concept de sublimation, d\u00e9fini comme une d\u00e9sexualisation de la pulsion. Une approche psychanalytique classique du processus cr\u00e9ateur consiste ainsi \u00e0 explorer le sexuel sublim\u00e9 \u00e0 partir des fantasmes inconscients et des d\u00e9sirs infantiles refoul\u00e9s du cr\u00e9ateur&nbsp;: Freud d\u00e9finit ce sexuel sublim\u00e9 comme un \u00e9change du \u00ab&nbsp;but originairement sexuel contre un autre qui n\u2019est plus sexuel mais psychiquement apparent\u00e9&nbsp;\u00bb (1908, OC VIII, p 203). Le probl\u00e8me est que ce type d\u2019approche de l\u2019\u0153uvre d\u2019art en termes de d\u00e9sexualisation ne rend pas compte d\u2019une grande partie de l\u2019art contemporain, au plus pr\u00e8s des processus primaires, ni du r\u00f4le primordial jou\u00e9 par la forme dans l\u2019\u0153uvre d\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais proposer et mettre au travail deux figures du processus cr\u00e9ateur en lien avec la probl\u00e9matique de la s\u00e9duction originaire, que nous explorerons d\u2019abord \u00ab&nbsp;c\u00f4t\u00e9 b\u00e9b\u00e9&nbsp;\u00bb, en interrogeant la s\u00e9duction v\u00e9hicul\u00e9e par les soins corporels pr\u00e9coces, et ensuite \u00ab&nbsp;c\u00f4t\u00e9 enfant&nbsp;\u00bb, par le biais de l\u2019\u00e9nigme de la sc\u00e8ne originaire. La premi\u00e8re figure \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez les cr\u00e9ateurs contemporains sera celle d\u2019un processus cr\u00e9ateur enracin\u00e9 dans le lien passionnel \u00e0 la m\u00e8re et dans la tentative d\u2019\u00e9chapper \u00e0 cette s\u00e9duction maternelle, v\u00e9cue comme mortif\u00e8re. Dans les \u0153uvres d\u2019Antonin Artaud et d\u2019Henri Michaux, le lien passionnel \u00e0 la m\u00e8re prend la forme du meurtre de la m\u00e8re dans l\u2019\u00e9criture et dans la corpor\u00e9it\u00e9 du texte. Il renvoie \u00e0 une tentative de faire advenir le non encore advenu du lien originaire, qui peut prendre la double forme d\u2019un exc\u00e8s ou d\u2019un manque de s\u00e9duction maternelle, dans les interactions pr\u00e9coces. Une partie du processus cr\u00e9ateur s\u2019enracine alors dans les exp\u00e9riences sensorimotrices pr\u00e9coces. La seconde figure du travail cr\u00e9ateur appara\u00eetra li\u00e9 \u00e0 la s\u00e9duction originaire de la sc\u00e8ne originaire, \u00e0 laquelle Laplanche donne une place de choix parmi les signifiants \u00e9nigmatiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quelques jalons dans l\u2019histoire de la psychanalyse<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de Winnicott, la conception de la cr\u00e9ation artistique n\u2019est plus exclusivement fond\u00e9e sur la pulsion comme dans la th\u00e9orie freudienne mais sur la probl\u00e9matique originaire du trouv\u00e9\/cr\u00e9\u00e9. Le sexuel appara\u00eet en effet secondaire au besoin de cr\u00e9er et il est ainsi envisag\u00e9 comme une sexualisation de la question premi\u00e8re de la cr\u00e9ation. Winnicott va mettre aussi en \u00e9vidence le r\u00f4le jou\u00e9 par les interactions premi\u00e8res entre la m\u00e8re et l\u2019enfant, en prenant l\u2019exemple de l\u2019\u0153uvre picturale de Bacon&nbsp;: par sa peinture de visages, Bacon lui semble \u00ab&nbsp;se voir lui-m\u00eame dans le visage de sa m\u00e8re, mais avec une torsion en lui ou en elle, qui nous rend fous, et lui, et nous&nbsp;\u00bb (Winnicott, 1971, p 157). D. Anzieu (1981, p 333-339) prolongera cette analyse en montrant que, dans la peinture de Bacon, la destruction des organes des sens et des organes locomoteurs met en sc\u00e8ne un univers \u00ab&nbsp;d\u2019avant la marche et les mots&nbsp;\u00bb, en \u00e9cho \u00e0 une m\u00e8re muette aux d\u00e9sirs et aux d\u00e9sespoirs de son nourrisson. Les visages terrifi\u00e9s et terrifiants des personnages de Bacon \u00e9voquent la d\u00e9tresse de b\u00e9b\u00e9s hurleurs, b\u00e9b\u00e9s gel\u00e9s et p\u00e9trifi\u00e9s, vou\u00e9s \u00e0 la rage meurtri\u00e8re et destructrice.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait avancer (Brun A., 2012) que ces v\u00e9cus corporels tr\u00e8s primitifs, pr\u00e9verbaux, v\u00e9cus d\u2019agonie primitive \u00e0 la source des peintures de l\u2019artiste, renvoient bien moins \u00e0 une quelconque d\u00e9sexualisation de la pulsion dans le processus sublimatoire qui conduit \u00e0 l\u2019\u0153uvre, qu\u2019\u00e0 une tentative de resexualisation secondaire d\u2019exp\u00e9riences traumatiques, dans la perspective freudienne d\u2019une liaison qui soit l\u2019\u0153uvre d\u2019<em>\u00c9ros.<\/em> L\u2019exp\u00e9rience cr\u00e9atrice vise ainsi \u00e0 la figuration d\u2019un traumatisme primaire, qui n\u2019a pu \u00eatre symbolis\u00e9 ni appropri\u00e9 subjectivement, elle est tentative de transitionnalisation d\u2019un traumatisme primaire, selon une expression de R. Roussillon (2008). La question du r\u00f4le jou\u00e9 par le sexuel infantile dans la cr\u00e9ation s\u2019est ainsi d\u00e9plac\u00e9e au fil du temps du c\u00f4t\u00e9 du r\u00f4le jou\u00e9 par la projection du corps r\u00e9el et imaginaire de l\u2019auteur dans son \u0153uvre, et notamment de ses exp\u00e9riences sensorimotrices pr\u00e9coces. Joyce Mc Dougall a aussi montr\u00e9 que \u00ab&nbsp;la premi\u00e8re cr\u00e9ativit\u00e9 est celle du corps \u00e9rog\u00e8ne, de sa repr\u00e9sentation et de la mani\u00e8re dont le fonctionnement somatique a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9 dans l\u2019enfance&nbsp;\u00bb (J. Mc Dougall, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p>Que peuvent donc nous apprendre les artistes contemporains sur la s\u00e9duction maternelle pr\u00e9coce&nbsp;? La po\u00e9sie contemporaine depuis Lautr\u00e9amont t\u00e9moigne de la tentation pour le cr\u00e9ateur d\u2019en revenir \u00e0 un corps \u00e0 corps avec le maternel. Alors que M. Klein place au fondement de la cr\u00e9ativit\u00e9 les pulsions r\u00e9paratrices pour recr\u00e9er l\u2019objet maternel, on verra au contraire, selon une perspective oppos\u00e9e, \u00e0 partir des exemples d\u2019Antonin Artaud et d\u2019Henri Michaux, que le combat des auteurs pour pouvoir cr\u00e9er appara\u00eet comme une tentative de mise \u00e0 mort de la figure de la m\u00e8re, corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la tentation de se fondre en elle. Une des sources communes du processus cr\u00e9ateur de l\u2019\u0153uvre d\u2019Artaud et de Michaux peut en effet s\u2019envisager comme une tentative d\u2019\u00e9chapper, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9criture, \u00e0 la momification, \u00e0 l\u2019avalement, ou \u00e0 la fossilisation dans la langue maternelle, afin de se r\u00e9incarner dans \u00ab&nbsp;le corps neuf de l\u2019\u00e9criture&nbsp;\u00bb (Artaud). Dans l\u2019\u0153uvre d\u2019A. Artaud (1896-1948) et d\u2019H. Michaux (1889-1984), la cr\u00e9ation s\u2019enracine dans la corpor\u00e9it\u00e9 m\u00eame du texte, dans sa \u00ab&nbsp;chair phonique&nbsp;\u00bb (Artaud), au plus pr\u00e8s de la sensorialit\u00e9 et des processus primaires, de ce que Michaux nomme \u00ab&nbsp;une v\u00e9ritable tour de Babel des sensations&nbsp;\u00bb. Artaud comme Michaux tentent d\u2019entra\u00eener le lecteur en de\u00e7\u00e0 du langage et des signes, dans une \u00e9criture des rythmes, du cri, du mouvement et des gestes&nbsp;: dans ces \u0153uvres, le \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb po\u00e9tique appara\u00eet \u00e0 la fois model\u00e9 et meurtri par le corps \u00e0 corps avec le maternel, qui est au centre du processus cr\u00e9ateur et ouvre chez ces deux artistes sur l\u2019invention d\u2019une langue en de\u00e7\u00e0 de toute distinction entre corps et code.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9coutons d\u2019abord Artaud&nbsp;: le r\u00f4le jou\u00e9 par la figure maternelle dans le processus cr\u00e9ateur de son \u0153uvre se r\u00e9v\u00e8le particuli\u00e8rement dans ses derniers textes de 1945 \u00e0 1948, l\u2019ann\u00e9e de sa mort, et notamment dans son dernier recueil <em>Supp\u00f4ts et Suppliciations<\/em> (1947). La plupart de ces derniers textes r\u00e9put\u00e9s illisibles ont \u00e9t\u00e9 refus\u00e9s \u00e0 la publication et sont rest\u00e9s longtemps in\u00e9dits. Artaud annonce ces \u00e9crits comme \u00ab&nbsp;cette esp\u00e8ce d\u2019enfer incr\u00e9\u00e9 o\u00f9 le corps de l\u2019homme suffoque avant de commencer \u00e0 respirer&nbsp;\u00bb (1947, p 1235). Une partie du processus cr\u00e9ateur s\u2019enracine dans cette suffocation de l\u2019entre-deux, entre f\u0153tus et nouveau-n\u00e9, dans une tentative d\u2019arrachement \u00e0 un corps maternel mortif\u00e8re. Voici comment se pr\u00e9sente Artaud&nbsp;: \u00ab&nbsp;je suis jour et nuit inond\u00e9 de la mer de foutre des succubes\/maintenu dans le placenta gazeux du limon s\u00e9minal des eaux m\u00e8res, dont cent milliards de harpies chaque nuit me barbouillent la conscience&nbsp;\u00bb (1947, p 1416). Appara\u00eet alors un corps vampiris\u00e9, victime des succubes et des harpies, corps expos\u00e9 au viol des m\u00e8res qui se ruent sur Artaud, et violent sa pens\u00e9e, avec leurs immondes envies. Face \u00e0 ces attaques et au danger de l\u2019absorption de son corps par l\u2019Autre maternel, Artaud est contraint de pulv\u00e9riser, de lac\u00e9rer, de torturer son corps, pour \u00e9chapper \u00e0 cette emprise toute puissante et instaurer des coupures, des \u00e9carts et des diff\u00e9rences avec le corps envahissant des M\u00e8res. La figure de la m\u00e8re se trouve dans sa po\u00e9sie du c\u00f4t\u00e9 de la pestilence et la mort&nbsp;: il \u00e9voque \u00ab&nbsp;cet avant mamtram de crasse\/ de pestilence\/ et de sanie\/ par o\u00f9 a suppur\u00e9\/ la vie\/ (\u2026) r\u00e2pe \u00e0 mort&nbsp;\u00bb (1947, p 1353). R\u00e2pe \u00e0 mort, la m\u00e8re n\u2019engendre que des cadavres.<\/p>\n\n\n\n<p>Artaud ne cesse de mettre en sc\u00e8ne dans <em>Supp\u00f4ts et suppliciations<\/em> les morts de sa propre famille, ce qui l\u00e9gitime ici le recours \u00e0 la psychobiographie, dans la mesure o\u00f9 ses derniers \u00e9crits intriquent \u00e9troitement son histoire personnelle et la litt\u00e9rature. Artaud est l\u2019a\u00een\u00e9 et ses parents ont donn\u00e9 naissance \u00e0 huit enfants apr\u00e8s lui, dont deux seulement survivront. Entre lui et sa s\u0153ur n\u00e9e trois ans plus tard, la m\u00e8re d\u2019Artaud eut un enfant mort n\u00e9. Quand Artaud a quatre ans, deux jumeaux meurent, l\u2019un \u00e0 la naissance, l\u2019autre peu apr\u00e8s. \u00c0 huit ans, il perd sa s\u0153ur Germaine, \u00e2g\u00e9e de sept mois, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 la suite de mauvais traitements de sa nourrice et ce deuil d\u2019une s\u0153ur \u00e0 laquelle il \u00e9tait tr\u00e8s attach\u00e9 le marquera profond\u00e9ment. Enfin Artaud lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 un enfant ch\u00e9tif et fragile, tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re, qui semble avoir \u00e9t\u00e9 habit\u00e9e par la peur de le perdre. On con\u00e7oit donc que, dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Artaud, la naissance soit toujours associ\u00e9e \u00e0 l\u2019avortement et \u00e0 la mort. Son corps semble soit encrypt\u00e9 dans le corps maternel, soit condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019avortement s\u2019il tente de na\u00eetre. Un des ressorts du processus cr\u00e9ateur de l\u2019\u0153uvre d\u2019Artaud peut s\u2019envisager comme une tentative d\u2019\u00e9chapper, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9criture, \u00e0 la momification dans le corps maternel. La r\u00e9surrection de son corps emprisonn\u00e9 dans le corps mort de la langue maternelle s\u2019effectuera donc dans le corps de la langue, lieu d\u2019une nouvelle incarnation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin de son \u0153uvre, l\u2019approche du noyau maternel dans sa po\u00e9sie s\u2019effectue notamment sous la forme d\u2019un retour \u00e0 la matrice phonique originaire, selon une expression de M. Schneider, retour non pas v\u00e9cu sur le mode paradisiaque mais sur celui de la suffocation et du d\u00e9saccordage. Artaud s\u2019emploie \u00e0 faire vivre au lecteur\/auditeur le langage sur le mode de la perforation du tympan et d\u2019un v\u00e9ritable arrachage de peau. La qu\u00eate po\u00e9tique d\u2019une vocalit\u00e9 du sens, de la chair phonique des mots rel\u00e8ve alors d\u2019un \u00e9corchement de la langue, qui est \u00e9prouv\u00e9e dans sa corpor\u00e9it\u00e9 m\u00eame. C\u2019est une po\u00e9sie de jets sonores, compos\u00e9e \u00e0 partir d\u2019\u00e9missions corporelles, de souffles, de cris, de crachats, de gestes vocaux. Dans l\u2019\u00e9mission radiophonique interdite de <em>Pour en finir avec le jugement de Dieu<\/em>, Artaud \u00e9corche les mots-corps, fait r\u00e9sonner la stridence de leur timbre, il organise la production de sons insupportables &#8211; crachats, pets, d\u00e9tonations cacophoniques &#8211; il d\u00e9saccorde la langue, devenue pure dissonance.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9crivain semble particuli\u00e8rement \u00e0 la recherche d\u2019un \u00e9tat de suffocation, de hal\u00e8tement, d\u2019\u00e9tranglement. \u00ab&nbsp;et qu\u2019est-ce-qui reste&nbsp;?\/Que je suis suffoqu\u00e9&nbsp;; (\u2026)\/on m\u2019a press\u00e9\/jusqu\u2019\u00e0 la suffocation (1948, p 1651). Ou encore \u00ab&nbsp;(\u2026) je br\u00fble tous mes manuscrits et il ne reste que ceux qui me rappellent une suffocation, un \u00e9tranglement dans je ne sais quels bas-fonds parce que \u00e7a c\u2019est vrai.&nbsp;\u00bb (1947, p 1349). Les derniers \u00e9crits d\u2019Artaud provoquent ainsi chez le lecteur, confront\u00e9 \u00e0 cette lecture tr\u00e9pidante o\u00f9 il perd le souffle, un v\u00e9cu similaire de suffocation, de hal\u00e8tement. Impossible avec Artaud de ne pas engager son corps dans la lecture, le contre-transfert du lecteur se manifeste au niveau corporel, dans le corps \u00e0 corps avec le texte\u2026. En d\u00e9finitive, cette po\u00e9sie de la dissonance viserait \u00e0 rendre perceptible concr\u00e8tement, dans la r\u00e2pe des mots, le d\u00e9saccordage premier de la relation au corps \u00e0 corps avec la m\u00e8re. Le g\u00e9nie d\u2019Artaud consiste \u00e0 transposer dans la mati\u00e8re verbale, dans le concassement des mots, dans la disjonction de la syntaxe, dans les rythmes gestuels et vocaux, des v\u00e9cus de terreurs primitives, tels l\u2019\u00e9touffement ou la sensation d\u2019\u00e9corchage, qui peuvent \u00eatre \u00e9prouv\u00e9s par le nourrisson. Dans la po\u00e9sie d\u2019Artaud, la mati\u00e8re verbale devient organique, c\u2019est une \u0153uvre de chair, de sang, de souffles, de hal\u00e8tements, et aussi une \u00e9criture du tripal et de l\u2019excr\u00e9mentiel. Le processus sublimatoire ne provient-il pas l\u00e0 d\u2019une sexualisation secondaire du traumatisme par l\u2019activit\u00e9 artistique, qui se manifeste dans la possibilit\u00e9 m\u00eame de transposer ces \u00e9tats originaires catastrophiques, dans une \u0153uvre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Artaud appara\u00eet ainsi comme l\u2019annonciateur du traitement du corps dans l\u2019art contemporain, corps extr\u00eames, selon l\u2019expression de S. Korff-Sausse (2006), soumis par les artistes \u00e0 des traitements extr\u00eames, corps f\u00e9calis\u00e9s, \u00e9visc\u00e9r\u00e9s, d\u00e9pec\u00e9s, tortur\u00e9s et aussi d\u00e9vitalis\u00e9s, voire cadav\u00e9ris\u00e9s. Ainsi, l\u2019ancrage corporel du processus cr\u00e9ateur appara\u00eet primordial et convoque tous les registres sensoriels, le visuel, l\u2019auditif, la saveur, l\u2019odeur, des sensations d\u2019ordre kinesth\u00e9sique ou c\u00e9nesth\u00e9sique, et le mimogestuopostural\u2026.. Cette dimension sensorielle \u00e0 l\u2019origine du processus cr\u00e9ateur, Henri Michaux va particuli\u00e8rement l\u2019explorer dans son \u0153uvre hallucinog\u00e8ne (1956, 1961), \u00e9crite dans les ann\u00e9es soixante \u00e0 la suite d\u2019exp\u00e9riences de drogue, et notamment d\u2019un d\u00e9riv\u00e9 du peyotl, la mescaline. Michaux va mettre en sc\u00e8ne dans ses livres de la drogue un v\u00e9ritable combat pour la cr\u00e9ation contre une mescaline personnifi\u00e9e, \u00e0 la fois une mescaline qui le c\u00e2line et correspond \u00e0 un fantasme de retrouvailles avec le corps maternel, \u00e0 la fois une sorte de Messaline apparent\u00e9e \u00e0 une figure maternelle mortif\u00e8re, qui lui fait perdre toute capacit\u00e9 cr\u00e9atrice&nbsp;: le miracle s\u2019av\u00e8re alors mis\u00e9rable, selon le titre d\u2019un ouvrage, <em>Mis\u00e9rable miracle<\/em> (1956).<\/p>\n\n\n\n<p>Michaux d\u00e9crit son v\u00e9cu de la drogue comme une tour de Babel des sensations&nbsp;\u00bb, qui lui parlent \u00ab&nbsp;\u00e0 tort et \u00e0 travers, dans la langue sp\u00e9cifique de chacun des sens, en odeurs, en sons, en frottements, en fourmillements, en lueurs&nbsp;\u00bb. Il va composer son \u0153uvre \u00e0 partir des \u00e9prouv\u00e9s corporels qui lui sont donn\u00e9s par les toxiques, \u00e9prouv\u00e9s corporels v\u00e9cus comme irrepr\u00e9sentables et indicibles, qui se pr\u00e9sentent sous cette forme de sensations hallucin\u00e9es (Brun A., 1999). L\u2019\u0153uvre hallucinog\u00e8ne de Michaux montre particuli\u00e8rement comment la dynamique de l\u2019acte cr\u00e9ateur s\u2019enracine en partie dans la r\u00e9actualisation de ces sensations hallucin\u00e9es. Cette Tour de Babel des sensations \u00e0 partir de laquelle Michaux compose son \u0153uvre rentre en \u00e9cho avec le t\u00e9moignage des artistes contemporains sur leur processus de cr\u00e9ation, par exemple les cr\u00e9ateurs interrog\u00e9s par M. Ledoux (1992) dans son ouvrage <em>Corps cr\u00e9ation<\/em> mettent en \u00e9vidence l\u2019importance d\u2019un vu, d\u2019un entendu, d\u2019un senti, d\u2019un v\u00e9cu c\u00e9nesth\u00e9sique ou kinesth\u00e9sique \u00e0 la source du processus cr\u00e9ateur, tant dans la litt\u00e9rature que dans la peinture, la musique ou la danse\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019approche psychanalytique d\u2019Artaud comme de Michaux montre en d\u00e9finitive que leur processus cr\u00e9ateur est anim\u00e9 par la probl\u00e9matique narcissique de la m\u00e9lancolie&nbsp;: pour faire \u00e9cho \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre formule de Freud, l\u2019ombre de la m\u00e8re est tomb\u00e9e sur l\u2019\u00e9criture. Dans cette perspective, le lien passionnel \u00e0 l\u2019\u0153uvre ne rel\u00e8verait-il pas de l\u2019imp\u00e9ratif d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la m\u00e9lancolie et \u00e0 l\u2019emprise maternelle&nbsp;? Seconde figure maintenant du travail cr\u00e9ateur, le r\u00f4le jou\u00e9 par l\u2019\u00e9nigme de la sc\u00e8ne primitive dans le processus cr\u00e9ateur, que l\u2019\u0153uvre de Michel Leiris va nous permettre d\u2019interroger. Michel Leiris, mort en 1990, est consid\u00e9r\u00e9 comme un des \u00e9crivains majeurs du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, et il est r\u00e9put\u00e9 notamment pour avoir r\u00e9volutionn\u00e9 le genre autobiographique, en s\u2019inspirant dans son \u00e9criture des apports de la psychanalyse. Il \u00e9crit sa premi\u00e8re autobiographie, <em>L\u2019\u00e2ge d\u2019homme<\/em>, pendant son analyse dans les ann\u00e9es 30, puis il publie quatre ouvrages, regroup\u00e9s sous le titre <em>La r\u00e8gle du jeu<\/em>, qui s\u2019\u00e9chelonne sur 30 ans. Le but initial de son autobiographie consistait pour Leiris \u00e0 changer la vie par l\u2019\u00e9criture, \u00e0 trouver \u00ab&nbsp;une r\u00e8gle de mieux vivre&nbsp;\u00bb, d\u2019o\u00f9 le titre de <em>La r\u00e8gle du jeu<\/em>. Mais ce r\u00eave de changer la vie gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9criture s\u2019est renvers\u00e9 au fil du temps en son contraire, l\u2019\u00e9criture tendant \u00e0 envahir la vie de l\u2019\u00e9crivain. La passion de l\u2019\u00e9criture s\u2019est substitu\u00e9e \u00e0 la vie r\u00e9elle, pour un \u00e9crivain sans cesse confront\u00e9 \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif de la ressaisir dans l\u2019\u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel Leiris s\u2019est dit \u00ab&nbsp;d\u00e9\u00e7u par la cure&nbsp;\u00bb, dans un entretien avec P. Lejeune, parce qu\u2019\u00ab&nbsp;il regrettait de n\u2019\u00eatre pas remont\u00e9 jusqu\u2019au trauma originel &#8211; ce que vous appelez la sc\u00e8ne primitive&nbsp;\u00bb pr\u00e9cise-t-il &#8211; \u00ab&nbsp;de n\u2019avoir pas atteint une origine ou un secret, de n\u2019avoir pas d\u00e9couvert quelque chose. (\u2026) Et Leiris affirme que \u00ab&nbsp;c\u2019est dans l\u2019espace ouvert par cette d\u00e9ception, pour combler ce vide&nbsp;\u00bb qu\u2019il a compos\u00e9 son premier ouvrage autobiographique, <em>L\u2019\u00e2ge d\u2019homme<\/em>. Dans <em>L\u2019\u00c2ge d\u2019homme<\/em>, Leiris (1939, p 63-66) d\u00e9crit une sc\u00e8ne r\u00e9p\u00e9titive de son enfance, comment il observait et \u00e9coutait ce qui se passait dans la chambre de ses parents, dont la porte pouvait rester ouverte, et comment il s\u2019\u00e9veillait la nuit avec des acc\u00e8s de toux violente. Ses parents se levaient, sa m\u00e8re l\u2019asseyait sur ses genoux et son p\u00e8re lui administrait un rem\u00e8de, un liquide brun\u00e2tre, qui, disait-il, contenait une plume qui lui chatouillait la gorge. M. Leiris \u00e9crit que cette id\u00e9e de plume l\u2019amusait, comme celle \u00ab&nbsp;d\u2019\u00eatre le personnage central du drame qui se jouait, au milieu de la nuit&nbsp;\u00bb. Leiris n\u2019est-il pas d\u2019ailleurs devenu un homme de plume&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce souvenir, l\u2019enfant d\u2019abord exclu renverse la situation en devenant le h\u00e9ros de la sc\u00e8ne, l\u2019acteur principal au centre de l\u2019attention des parents. L\u2019administration du m\u00e9dicament par le p\u00e8re mime une sc\u00e8ne sexuelle \u00e0 fantasmatique orale, l\u2019enfant absorbant le liquide brun\u00e2tre associ\u00e9 \u00e0 une plume. L\u2019\u00e9l\u00e9ment organisateur de la sc\u00e8ne est le d\u00e9placement du spectateur exclu, soit l\u2019enfant qui observe de son lit ce qui se passe dans la chambre des parents, d\u00e9placement vers le centre de la sc\u00e8ne, avec une inversion des regards, l\u2019enfant voyeur devenant le vu et participant en quelque sorte \u00e0 la sc\u00e8ne primitive avec les parents. Comme dans ce souvenir fondateur, Leiris ne s\u2019est-il pas promu dans son autobiographie \u00ab&nbsp;le personnage central du drame qui se joue&nbsp;\u00bb, qui s\u2019identifie \u00e0 la plume effleurant le papier&nbsp;? Leiris \u00e9voque souvent dans son \u0153uvre un \u00ab&nbsp;souvenir qu\u2019il aimerait avoir mais ne retrouve pas&nbsp;\u00bb et il est convaincu que cet \u00ab&nbsp;\u00e9v\u00e9nement capital qu\u2019il a toujours \u00e9t\u00e9 dans l\u2019incapacit\u00e9 de retrouver&nbsp;\u00bb est associ\u00e9 \u00e0 sa \u00ab&nbsp;prise de conscience de la mort&nbsp;\u00bb. Je propose de formuler ainsi le lien pour Leiris entre mort, fantasme de sc\u00e8ne primitive et \u00e9criture autobiographique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au moment o\u00f9 mes parents sont r\u00e9unis sans moi, je disparais, je meurs au moment m\u00eame o\u00f9 ils me fondent, je suis an\u00e9anti, mais je r\u00e9apparais dans mon \u0153uvre en occupant le centre de la sc\u00e8ne, je survis par la recr\u00e9ation de ma propre gen\u00e8se, \u00e0 la fois auteur spectateur de ma vie et personnage acteur au centre de la sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb. Dans ce processus, le fantasme d\u2019auto-engendrement et le fantasme de la sc\u00e8ne originaire paraissent intriqu\u00e9s, et cette intrication se trouve donc \u00e0 l\u2019origine du processus cr\u00e9ateur chez Leiris. L\u2019\u00e9crivain \u00e9voque d\u2019ailleurs souvent son refus de la procr\u00e9ation et de la filiation, qui lui permet d\u2019\u00e9chapper au temps, et, pourrait-on ajouter, de s\u2019auto-engendrer dans l\u2019\u00e9criture. L\u2019\u00e9criture de Leiris se pr\u00e9sente souvent comme une tentative d\u2019exploration d\u2019\u00e9nigmes originaires (Brun A., 2007). Mais il ne s\u2019agit pas de reconstruire dans l\u2019\u00e9criture une sc\u00e8ne r\u00e9elle, un souvenir traumatique qui correspondrait \u00e0 un cha\u00eenon originaire manquant, comme le r\u00eave Leiris en qu\u00eate d\u2019un souvenir manquant&nbsp;; il s\u2019agit au contraire, de remettre en jeu dans l\u2019\u00e9criture des traces perceptives sensorielles, visuelles ou auditives, non li\u00e9es \u00e0 des repr\u00e9sentations, pour non pas reconstruire une sc\u00e8ne pr\u00e9existante mais construire un fantasme originaire. C\u2019est bien ce que montre ces souvenirs d\u2019enfance, qui t\u00e9moignent du travail d\u2019int\u00e9gration cr\u00e9atrice, op\u00e9r\u00e9 par l\u2019\u00e9crivain, \u00e0 partir de traces d\u2019exp\u00e9riences relatives au fantasme de la sc\u00e8ne originaire, \u00e0 partir donc d\u2019indices perceptifs, bruits venant de la chambre des parents mais aussi dans d\u2019autres souvenirs, bruit d\u2019insecte ou de voiture \u00e0 cheval. La sc\u00e8ne primitive reste fondamentalement indicible et irrepr\u00e9sentable, elle relance perp\u00e9tuellement le processus cr\u00e9ateur, activ\u00e9 par l\u2019irrepr\u00e9sentabilit\u00e9 de cette sc\u00e8ne que l\u2019\u00e9crivain tente d\u2019approcher par des mots ou des images qui pourraient rendre compte de cette \u00e9nigme primordiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques mots pour finir sur la port\u00e9e clinique de ce lien passionnel de l\u2019artiste \u00e0 son \u0153uvre&nbsp;: c\u2019est un lien passionnel analogue que l\u2019on peut observer quand on travaille avec des enfants psychotiques dans le cadre de m\u00e9diations th\u00e9rapeutiques artistiques, comme la peinture ou le modelage&nbsp;: les enfants s\u2019acharnent durant des heures, des mois, des ann\u00e9es, \u00e0 mettre en forme un mat\u00e9riau, \u00e0 l\u2019appui du lien transf\u00e9rentiel aux cliniciens, qui prend souvent des formes passionnelles. La sensorialit\u00e9 du <em>m\u00e9dium mall\u00e9able<\/em> r\u00e9actualise chez l\u2019enfant des sensations hallucin\u00e9es, qui correspondent \u00e0 des exp\u00e9riences sensorimotrices pr\u00e9coces que l\u2019enfant va pouvoir mettre en forme, amener \u00e0 la figuration&nbsp;: de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment des v\u00e9cus traumatiques en souffrance d\u2019int\u00e9gration dans la vie psychique, des exp\u00e9riences primitives catastrophiques, qui n\u2019ont pas pu \u00eatre r\u00e9fl\u00e9chies, reconnues et transform\u00e9es dans l\u2019interrelation avec l\u2019environnement premier, qui vont tenter de se faire r\u00e9fl\u00e9chir dans le transfert sur le <em>m\u00e9dium<\/em>. Les enfants vont utiliser diff\u00e9rents registres d\u2019expressivit\u00e9 non verbale, corporels, sensori-moteurs, mimogestuoposturaux, pour tenter de faire reconna\u00eetre ces exp\u00e9riences subjectives traumatiques, qui sont des traces d\u2019exp\u00e9riences de non rencontre avec l\u2019objet ou de rencontres insatisfaisantes. L\u2019\u00e9nigme n\u2019est pas d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, l\u2019\u00e9nigme est plut\u00f4t \u00e0 construire dans le lien au <em>m\u00e9dium mall\u00e9able<\/em>, \u00e0 la fois mati\u00e8re et th\u00e9rapeute, et au fil du travail th\u00e9rapeutique apparaissent peu \u00e0 peu des fantasmes relatifs \u00e0 la sc\u00e8ne originaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce processus de m\u00e9diation artistique met beaucoup moins en jeu une probl\u00e9matique de s\u00e9duction que des messages non encore advenus\u00a0: dans le transfert, les cliniciens transformeront en messages signifiants et en messages relationnels ces exp\u00e9riences premi\u00e8res non encore advenues, mises en forme gr\u00e2ce au <em>m\u00e9dium<\/em>. On n\u2019est plus d\u00e8s lors dans la passion du non r\u00e9fl\u00e9chi, du non transform\u00e9, du non symbolis\u00e9 mais dans un lien qui vise \u00e0 \u00eatre suffisamment \u00e9rotis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Anzieu D. (1981). <em>Le corps de l\u2019\u0153uvre<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Artaud A. (1947), <em>Supp\u00f4ts et suppliciations<\/em>, et \u00ab&nbsp;Textes \u00e9crits en 1947&nbsp;\u00bb, in Antonin Artaud, \u0152uvres, Paris, Quarto Gallimard, \u00e9d. \u00e9tablie par E. Grossman, 2004.<\/p>\n\n\n\n<p>Brun A. (1999), <em>Henri Michaux ou le corps hallucin\u00e9<\/em>, coll. \u00ab&nbsp;Les emp\u00eacheurs de penser en rond&nbsp;\u00bb, Paris, Sanofi-Synth\u00e9labo, repris par Le Seuil, 334 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Brun A. (2007), \u00ab&nbsp;\u00c9criture de soi et temporalit\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019\u0153uvre de M. Leiris (1901-1990)&nbsp;\u00bb, in A. Brun, J-M. Talpin (sous dir. de), <em>Cliniques de la cr\u00e9ation<\/em>, Bruxelles, De Boeck, 7-22.<\/p>\n\n\n\n<p>Brun A. (2012), \u00ab&nbsp;Approche des processus cr\u00e9ateurs dans le domaine artistique&nbsp;\u00bb, in <em>Trait\u00e9 sur la sublimation<\/em>, Dir. S. 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(1992). <em>Corps, cr\u00e9ation<\/em>, Paris, Les Belles lettres.<\/p>\n\n\n\n<p>Leiris M. (1939, <em>L\u2019\u00e2ge d\u2019homme<\/em>, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Leiris M. \u00ab&nbsp;La r\u00e8gle du jeu&nbsp;\u00bb. <em>OC<\/em>., La Pl\u00e9iade, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>McDougall J. (2008), \u00ab&nbsp;L\u2019artiste et le psychanalyste&nbsp;\u00bb, in J. Andr\u00e9 et al., <em>L\u2019Artiste et le psychanalyste<\/em>, Paris, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Michaux H., (1956), Mis\u00e9rable miracle, La Pl\u00e9iade, <em>OC<\/em>, tome II.- (1961), Connaissance par les gouffres, Gallimard, 1967.<\/p>\n\n\n\n<p>Roussillon R. (2008). <em>Le transitionnel, le sexuel et la r\u00e9flexivit\u00e9<\/em>, Paris, Dunod.<\/p>\n\n\n\n<p>Winnicott D. W. (1971). <em>Jeu et R\u00e9alit\u00e9. L\u2019espace potentiel<\/em>, trad.fr., Paris, NRF, Gallimard, 1975.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9819?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Freud enracine le processus de cr\u00e9ation dans le traumatisme originaire d\u2019une s\u00e9duction, comme le montre son texte fondateur de l\u2019approche psychanalytique de la cr\u00e9ation, Un souvenir d\u2019enfance de L\u00e9onard de Vinci (1910). J. Laplanche (1980) rel\u00e8ve que le L\u00e9onard de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[396,210],"auteur":[1477],"dossier":[838],"mode":[60],"revue":[855],"type_article":[452],"check":[2023],"class_list":["post-9819","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-art","thematique-sexualite","auteur-anne-brun","dossier-sexe-sexuel-sexualites","mode-payant","revue-855","type_article-dossier","check-ok"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9819","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9819"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9819\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16472,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9819\/revisions\/16472"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9819"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9819"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9819"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9819"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9819"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9819"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9819"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9819"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9819"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}