{"id":9805,"date":"2021-08-22T07:30:41","date_gmt":"2021-08-22T05:30:41","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/sur-lecriture-de-pierre-fedida-2\/"},"modified":"2021-08-22T07:30:41","modified_gmt":"2021-08-22T05:30:41","slug":"sur-lecriture-de-pierre-fedida","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/sur-lecriture-de-pierre-fedida\/","title":{"rendered":"Sur l&rsquo;\u00e9criture de Pierre F\u00e9dida"},"content":{"rendered":"<p>En trente-cinq ans de carri\u00e8re, Pierre F\u00e9dida a produit une oeuvre consid\u00e9rable, dans laquelle se dessinent, d\u00e8s les premiers textes, qui datent de 1967, les th\u00e8mes qui vont jalonner son \u00e9criture et dont les titres de ses livres portent la trace. N&rsquo;\u00e9crivait-il pas d\u00e9j\u00e0 dans <em>Corps du vide et espace de s\u00e9ance<\/em> (J.-P. Delarge, \u00e9ditions universitaires 1977) \u00ab\u00a0Que peut-il en \u00eatre du corps dont la v\u00e9rit\u00e9 &#8211; par essence voil\u00e9e &#8211; appartient au n\u00e9gatif du souvenir, de l&rsquo;inscription, de l&#8217;empreinte ou de la trace\u00a0\u00bb. Ensuite viendront <em>L&rsquo;Absence<\/em> (Gallimard, 1978), <em>Crise et contre-transfert<\/em> (PUF, 1992),<em> Le site de l&rsquo;\u00e9tranger <\/em>(PUF, 1995), <em>Par o\u00f9 commence le corps humain. Retour sur la r\u00e9gression (<\/em>PUF, 2000),<em> Des bienfaits de la d\u00e9pression. Eloge de la psychoth\u00e9rapie (<\/em>O. Jacob, 2001) et, au nombre de ses tr\u00e8s nombreux articles, on citera<em> L&rsquo;oeuvre de s\u00e9pulture <\/em>dans un forum Diderot <em>La fin de la vie qui en d\u00e9cide ?<\/em> (PUF, 1996).   <\/p>\n<p>Cette br\u00e8ve incursion dans la bibliographie de Pierre F\u00e9dida se veut surtout indicative, d\u00e9monstrative du fil rouge qui tisse l&rsquo;ensemble de ses travaux et de sa pens\u00e9e. Ce fil rouge ne saurait \u00eatre mieux d\u00e9fini qu&rsquo;en le rapportant \u00e0 un concept que Pierre F\u00e9dida affectionnait particuli\u00e8rement et qu&rsquo;il revient \u00e0 Nicolas Abraham d&rsquo;avoir introduit en 1968 : celui d&rsquo; \u00ab\u00a0anas\u00e9mie\u00a0\u00bb ( in <em>L&rsquo;\u00e9corce et le noyau,<\/em> Aubier, 1978). \u00ab\u00a0Anas\u00e9mie\u00a0\u00bb veut dire surtout d\u00e9-signification, \u00ab\u00a0remont\u00e9e \u00e0 la source du sens\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0\u00c9crire, pr\u00e9cise Pierre F\u00e9dida dans <em>Les stries de l&rsquo;\u00e9crit.<\/em> <em>L<\/em><em>a table d&rsquo;\u00e9criture<\/em>, est m\u00e9tapsychologique : il y va d&rsquo;une topique de la th\u00e9orie et avec elle, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9rosion de tout contenu de signification [.] La po\u00e9tique de l&rsquo;analyse rappelle simplement l&rsquo;origine et la destination po\u00e9tique de l&rsquo;\u00e9criture : les stries du bois\u00a0\u00bb. La th\u00e9matique du bois, \u00ab\u00a0ce bois qui est le mat\u00e9riau de construction\u00a0\u00bb se retrouve \u00e0 maintes reprises dans l&rsquo;\u00e9criture de Pierre F\u00e9dida, jusques et y compris dans l&rsquo;appel \u00e0 la philologie (Holz, Stoff, Rohstoff. Cf. <em>Par o\u00f9 commence le corps humain<\/em>).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai pens\u00e9, \u00e9crit-il, que m\u00e9tier d&rsquo;analyste \u00e9tait m\u00e9tier d&rsquo;\u00e9tabli. L&rsquo;analyste est-il menuisier ou \u00e9b\u00e9niste ?\u00a0\u00bb Le bois, toujours le bois. C&rsquo;est le mat\u00e9riau de la construction, avec une m\u00e9taphore privil\u00e9gi\u00e9e : celle de la jalousie. D\u00e9finie dans <em>Le Robert <\/em>comme un  treillis de bois au travers duquel on peut voir sans \u00eatre vu\u00a0\u00bb, la jalousie,  ce store articulable que l&rsquo;on sait \u00eatre le titre d&rsquo;un roman d&rsquo;Alain Robbe-Grillet, forme le noud d&rsquo;un tr\u00e8s bel article <em>Le narrateur mis \u00e0 mort par son r\u00e9cit<\/em>,  publi\u00e9 dans <em>L&rsquo;Absence.   <\/em><\/p>\n<p>La construction de l&rsquo;ouvre repose, quant \u00e0 elle, sur des notions essentielles, telles que l&rsquo;absence, la relique, l&rsquo;\u00e9nigme du deuil, le r\u00eave, la m\u00e9lancolie, l&rsquo;agir d\u00e9pressif, avec une place importante r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la question de l&rsquo;espace psychoth\u00e9rapeutique et du vide : celui de la m\u00e9taphore et du temps de l&rsquo;intervalle. Esprit curieux et d\u00e9pourvu de dogmatisme, Pierre F\u00e9dida, ouvert \u00e0 toutes les formes de pens\u00e9e, d\u00e9ployait son ing\u00e9niosit\u00e9 \u00e0 ins\u00e9rer la psychanalyse dans les intervalles des autres disciplines (litt\u00e9rature, art, philosophie, ph\u00e9nom\u00e9nologie, po\u00e9sie). Il s&rsquo;engagea aussi, au cours de sa pr\u00e9sidence du <em>Centre d&rsquo;\u00e9tudes du vivant<\/em>, dans la recherche d&rsquo;un \u00ab\u00a0terrain commun\u00a0\u00bb entre  la psychanalyse et les Sciences du vivant, notamment la m\u00e9decine, la biologie et l&rsquo;immunologie. Avec sa pr\u00e9face \u00e0 Harold Searles<em> L&rsquo;effort pour rendre l&rsquo;autre fou<\/em>, on d\u00e9couvre l&rsquo;engagement et la plasticit\u00e9 qui furent les siens dans ses rencontres avec les patients psychotiques, m\u00e9lancoliques et schizophr\u00e8nes. Impossible de restituer ici la diversit\u00e9 des approches de Pierre F\u00e9dida, sinon en renouvelant, pour le lire, le pari de d\u00e9-signification qu&rsquo;il livra au long de son ouvre pour remonter \u00e0 la source du sens, ce dont t\u00e9moigne \u00e9galement l&rsquo;intitul\u00e9 de son  dernier s\u00e9minaire annonc\u00e9 \u00e0 Paris 7 pour l&rsquo;ann\u00e9e en cours :<em>  L&rsquo;innommable.   <\/em><\/p>\n<p>Un mot, enfin, sur les d\u00e9buts de sa carri\u00e8re. En ao\u00fbt 1966, quelques mois apr\u00e8s la mort de L. Binswanger et alors qu&rsquo;il s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 signer aupr\u00e8s de la clinique suisse de Kreuzlingen un contrat de longue dur\u00e9e, il est appel\u00e9 par Juliette Favez-Boutonier. Elle lui propose de se porter candidat sur un poste d&rsquo;assistant \u00e0 la Sorbonne. Il accepte apr\u00e8s un temps de r\u00e9flexion et effectue dans la foul\u00e9e les deux choix majeurs de sa carri\u00e8re : l&rsquo;Universit\u00e9 Paris 7 et l&rsquo;Association Psychanalytique de France dont son psychanalyste Georges Favez est membre. Il maintiendra ces choix, habitera ces deux institutions auxquelles il apporta sa dynamique et ses projets.  <\/p>\n<p>Aupr\u00e8s  de ceux qui l&rsquo;entouraient : \u00e9tudiants, chercheurs, collaborateurs, th\u00e9sards, coll\u00e8gues -je ne parle ici que de l&rsquo;Universit\u00e9-, il manifesta toujours une pr\u00e9sence attentive, une autorit\u00e9 discr\u00e8te, des encouragements substantiels, attendant de chacun qu&rsquo;il se montr\u00e2t \u00ab\u00a0patriote\u00a0\u00bb. Se montrer \u00ab\u00a0patriote\u00a0\u00bb : c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;une de ses expressions favorites en mati\u00e8re d&rsquo;accueil de l&rsquo;un ou de l&rsquo;autre dans son \u00e9quipe ou dans son laboratoire. C&rsquo;\u00e9tait aussi sa mani\u00e8re \u00e0 lui d&rsquo;interroger la demande ainsi que le d\u00e9sir d&rsquo;appartenance du postulant au corps qu&rsquo;il se proposait de rejoindre. Mais il n&rsquo;\u00e9tait pas pour autant chauvin, n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 engager l&rsquo;autre -c&rsquo;est ce qu&rsquo;il fit pour moi r\u00e9cemment-  \u00e0 fonder sa propre \u00e9quipe. Et pour qui s&rsquo;\u00e9tonnerait du particularisme de la question de Pierre F\u00e9dida sur l&rsquo;\u00eatre  \u00ab\u00a0patriote\u00a0\u00bb, il suffira de rappeler que, dans son ouvre, notamment au regard de la psychanalyse, la place du corps s&rsquo;y pr\u00e9sente comme une constante. \u00ab\u00a0La psychanalyse est une arch\u00e9ologie du corps, dit-il en d\u00e9cembre 1970, aux <em>Entretiens de l&rsquo;A.P.F. <\/em>\u00e0 Vaucresson : c&rsquo;est \u00e0 cette condition qu&rsquo;elle peut s&rsquo;ouvrir sur une anatomie fantastique. Nous d\u00e9signons ainsi ce qui place r\u00e9solument la psychanalyse selon sa sp\u00e9cificit\u00e9 propre \u00e0 savoir son rapport au temps. Le psychanalyste est celui qui a acc\u00e8s \u00e0 la trace, \u00e0 l&rsquo;inscription du d\u00e9sir et l&rsquo;anatomie est, en dernier recours, le signe de sa transgression\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9805?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En trente-cinq ans de carri\u00e8re, Pierre F\u00e9dida a produit une oeuvre consid\u00e9rable, dans laquelle se dessinent, d\u00e8s les premiers textes, qui datent de 1967, les th\u00e8mes qui vont jalonner son \u00e9criture et dont les titres de ses livres portent la&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"rubrique":[1214],"thematique":[203],"auteur":[1715],"dossier":[317],"mode":[61],"revue":[318],"type_article":[452],"check":[],"class_list":["post-9805","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","rubrique-psychanalyse","thematique-hommages","auteur-daniele-brun","dossier-hommage-a-pierre-fedida","mode-gratuit","revue-318","type_article-dossier"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9805","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9805"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9805\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9805"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=9805"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=9805"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=9805"},{"taxonomy":"dossier","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/dossier?post=9805"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=9805"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=9805"},{"taxonomy":"type_article","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/type_article?post=9805"},{"taxonomy":"check","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/check?post=9805"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}