{"id":9804,"date":"2021-08-22T07:30:41","date_gmt":"2021-08-22T05:30:41","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/les-epreuves-projectives-au-service-de-la-liaison-2\/"},"modified":"2021-09-19T23:41:13","modified_gmt":"2021-09-19T21:41:13","slug":"les-epreuves-projectives-au-service-de-la-liaison","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/les-epreuves-projectives-au-service-de-la-liaison\/","title":{"rendered":"Les \u00e9preuves projectives au service de la liaison"},"content":{"rendered":"\n<p>En tant qu\u2019objets de m\u00e9diation, les m\u00e9thodes projectives poss\u00e8dent une indubitable fonction de lien&nbsp;: entre le patient et le clinicien, entre le chercheur et son objet de recherche, entre la th\u00e9orie et la pratique clinique. Espace d\u2019interactions (N. Rausch de Traubenberg), source et moyen d\u2019expression de la transitionnalit\u00e9 (C. Chabert), dispositif pour symboliser (P. Roman), elles repr\u00e9sentent un lieu de rencontre privil\u00e9gi\u00e9 au sein duquel se joue et se noue une modalit\u00e9 particuli\u00e8re de lien \u00e0 l\u2019autre susceptible de se transformer en processus de liaison. Le mod\u00e8le psychanalytique permet que ce lieu de rencontre prenne sens dans la convergence de tous les termes qui le constitue sous le primat du transfert-contretransfert. Rappelons que pour D. Anzieu (1961), une m\u00e9thode clinique consid\u00e9r\u00e9e comme scientifique \u00ab&nbsp;requiert \u00e0 l\u2019instar de la psychanalyse, la connaissance par l\u2019examinateur de son \u00e9quation personnelle et l\u2019auto-analyse de son contre-transfert sur le sujet, chose \u00e0 quoi il est n\u00e9cessaire que sa formation le pr\u00e9pare.&nbsp;\u00bb (p. 274). Ainsi, que ce soit dans le cadre d\u2019une recherche ou dans celui d\u2019un bilan psychologique, le questionnement transf\u00e9ro-contre-transf\u00e9rentiel utilis\u00e9 comme un outil dans la compr\u00e9hension du fonctionnement psychique du sujet est un proc\u00e9d\u00e9 incontournable. En d\u2019autres termes, c\u2019est par la prise en compte de la th\u00e9orie psychanalytique et des effets psychiques qu\u2019elle introduit dans le regard clinique du chercheur comme du clinicien, qu\u2019un processus de liaison est susceptible de s\u2019actualiser dans ce qui n\u2019est, au d\u00e9part, qu\u2019un lien sujet\/clinicien dans un lieu de rencontre m\u00e9diatis\u00e9. Ce processus de liaison d\u00e9coule de l\u2019ancrage de la croyance du clinicien dans une th\u00e9orie qui place le fonctionnement psychique humain, de la naissance jusqu\u2019\u00e0 la mort, au c\u0153ur d\u2019une dynamique conflictuelle \u00e0 jamais renouvel\u00e9e. C\u2019est bien de la connaissance et de la reconnaissance de ce mouvement intrapsychique, gouvern\u00e9 par l\u2019\u00e9conomie pulsionnelle, qu\u2019un processus de liaison est en mesure de s\u2019instaurer dans la rencontre projective. Comme la r\u00e9alit\u00e9 externe, chaque planche de Rorschach et de TAT contient dans son contenu manifeste mati\u00e8re \u00e0 projeter une part du pulsionnel, chaque planche du Rorschach et du TAT repr\u00e9sente un r\u00e9ceptacle autorisant un d\u00e9p\u00f4t de la r\u00e9alit\u00e9 interne, ce d\u00e9p\u00f4t \u00e9tant en attente d\u2019un receveur, d\u2019un destinataire susceptible de le r\u00e9ceptionner pour l\u2019interpr\u00e9ter. Si la pens\u00e9e de l\u2019interpr\u00e8te s\u2019ancre dans la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la psychanalyse, le mouvement qui s\u2019instaurera dans la retranscription vers le sujet ou le patient pourra aboutir \u00e0 l\u2019instauration d\u2019un processus de liaison. C\u2019est en ce sens que les m\u00e9thodes projectives sont cr\u00e9atrices, non pas uniquement de liens, mais d\u2019un processus de liaison, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un mouvement qui engendre lui-m\u00eame sa propre dynamique. Ainsi, les m\u00e9thodes projectives ont \u00e0 voir avec la psychanalyse et avec le but d\u2019une psychanalyse, mais elles ne sont pas \u00e0 confondre avec la cure psychanalytique (D. Anzieu, 1961), ni avec une quelconque forme de traitement psychanalytique, ni avec la th\u00e9orisation de la psychanalyse. Leurs limites sont \u00e0 entendre dans ce qui fait leur sp\u00e9cificit\u00e9 et leur originalit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire dans ce que la psychologie projective appelle la situation projective. C\u2019est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce cadre que peuvent se limiter et se d\u00e9limiter leurs usages, c\u2019est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce cadre que l\u2019on peut en \u00e9viter les abus. R\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 la m\u00e9tapsychologie freudienne et sp\u00e9cifi\u00e9e dans un cadre rigoureux qui jalonne son utilisation, la psychologie projective pr\u00f4n\u00e9e par l\u2019<em>\u00c9cole de Paris<\/em> assure ainsi \u00e0 la m\u00e9thodologie de la recherche la garantie de la pertinence et du s\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous avons commenc\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir ce dossier, nous n\u2019avions pas pr\u00e9vu d\u2019y consacrer deux num\u00e9ros. Le nombre de coll\u00e8gues ayant r\u00e9pondu positivement \u00e0 notre proposition d\u2019article nous a convaincues de l\u2019int\u00e9r\u00eat de la publication d\u2019un second volet. C\u2019est ainsi que l\u2019ensemble des articles condense (sans exhaustivit\u00e9 pour autant, certains coll\u00e8gues \u00e9minents n\u2019y sont pas) ce que l\u2019<em>\u00c9cole de Paris<\/em> comprend comme \u00ab&nbsp;forces vives&nbsp;\u00bb, cliniciens, psychanalystes, universitaires, impliqu\u00e9s dans l\u2019enseignement, la formation et la recherche en psychologie projective et avec la psychologie projective. Mich\u00e8le Emmanuelli et moi-m\u00eame avons souhait\u00e9 t\u00e9moigner du dynamisme de la psychologie projective de l\u2019<em>\u00c9cole de Paris<\/em>, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 la psychologie clinique d\u2019orientation psychanalytique est r\u00e9guli\u00e8rement attaqu\u00e9e dans les lieux o\u00f9 elle s\u2019exerce et o\u00f9 elle s\u2019apprend (institutions de soins psychiques, facult\u00e9s de psychologie) par les tenants d\u2019une psychologie dite scientifique fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9tude des comportements externes et des activit\u00e9s c\u00e9r\u00e9brales cens\u00e9s les expliquer. D\u2019une fa\u00e7on quelque peu militante, nous avons voulu montrer que la psychologie projective de l\u2019<em>\u00c9cole de Paris<\/em> participe de la vitalit\u00e9 de l\u2019enseignement universitaire de la psychanalyse, o\u00f9 elle puise ses ressources et sa stimulation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, depuis Rorschach<sup>1<\/sup>, la psychologie projective, branche de la psychologie clinique, se voit solidement arrim\u00e9e \u00e0 la psychanalyse et, comme un arbre aux racines profondes d\u00e9ploie davantage ses branches, c\u2019est ce qui la nourrit et la fait fructifier. Toutefois, la discipline est exigeante car elle demande un long apprentissage, fond\u00e9 sur une formation universitaire en psychologie clinique et en psychopathologie incluant la th\u00e9orie et la pratique, estim\u00e9 \u00e0 trois ann\u00e9es minimum (de la Licence 3 au Master 2, un DU \u00e9tant recommand\u00e9 pour compl\u00e9ter la formation). Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 l\u2019issue de cette formation que les psychologues cliniciens d\u2019orientation psychanalytique peuvent pr\u00e9tendre utiliser les \u00e9preuves projectives en pla\u00e7ant le sujet dans les meilleures conditions pour sa s\u00e9curit\u00e9 psychique, contribuer utilement \u00e0 la compr\u00e9hension de ses troubles et proposer des modalit\u00e9s d\u2019aide et de prise en charge. Dans les universit\u00e9s offrant cette formation, nombreux sont les \u00e9tudiants de psychologie qui se d\u00e9couvrent un int\u00e9r\u00eat enthousiaste pour la psychologie projective et se plongent dans la discipline avec ardeur. Certains d\u2019entre eux vont avoir la chance d\u2019effectuer des passations de tests projectifs dans le cadre de leur stage de Master 1 ou 2 avec leur ma\u00eetre de stage, d\u2019autres vont utiliser la m\u00e9thodologie projective dans leur recherche de Master ou de Doctorat. Face \u00e0 un fort engouement, les praticiens comme les enseignants doivent permettre aux \u00e9tudiants d\u2019\u00e9viter le pi\u00e8ge de la fascination en indiquant aussi des limites propres \u00e0 ces tests, instruments cliniques d\u2019une grande richesse, recelant des tr\u00e9sors intellectuels pour la pens\u00e9e, mais, nous le redisons, avec des limites indispensables \u00e0 poser pour qu\u2019ils demeurent des objets au service de la pens\u00e9e et non pas l\u2019inverse<sup>2<\/sup>. Dans le domaine de la recherche en psychologie clinique et en psychopathologie, l\u2019utilisation des \u00e9preuves projectives offre une m\u00e9thodologie extr\u00eamement pr\u00e9cieuse et f\u00e9conde. Leur passation s\u2019inscrit dans une situation clinique relativement stable et contr\u00f4l\u00e9e (le mat\u00e9riel propos\u00e9 aux sujets est le m\u00eame pour tous, les conditions de passation r\u00e9glement\u00e9es), si bien que l\u2019on est en mesure d\u2019attendre que se d\u00e9gagent un certain nombre de constantes caract\u00e9ristiques de telle ou telle population. Enfin, le syst\u00e8me d\u2019analyse des protocoles par le recours \u00e0 des grilles de cotation en permet un traitement \u00e0 la fois quantitatif et qualitatif. Cela \u00e9tant dit, il me semble indispensable de se d\u00e9partir de l\u2019id\u00e9e illusoire d\u2019une objectivation des r\u00e9sultats des tests dans la mesure o\u00f9 le fonctionnement psychique humain ne peut r\u00e9pondre aux m\u00eames lois que celles qui r\u00e9gissent les sciences physiques ou math\u00e9matiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des normes valid\u00e9es statistiquement est ce qui justifie l\u2019appellation m\u00eame de tests&nbsp;: chaque test est construit et \u00e9talonn\u00e9 selon des crit\u00e8res tr\u00e8s codifi\u00e9s de sensibilit\u00e9, fid\u00e9lit\u00e9 et validit\u00e9 en appui sur une exp\u00e9rimentation sur un \u00e9chantillonnage repr\u00e9sentatif de la population g\u00e9n\u00e9rale. En ce sens, le test poss\u00e8de une valeur qui peut sembler opposer la normalit\u00e9 \u00e0 la pathologie d\u2019une fa\u00e7on rigide. N\u00e9anmoins, la psychanalyse l\u2019a parfaitement montr\u00e9, le sujet n\u2019existe que dans et gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9cart par rapport \u00e0 la norme&nbsp;: c\u2019est l\u00e0, dans ce mouvement m\u00eame qui le rapproche et l\u2019\u00e9loigne tout \u00e0 la fois d\u2019une position m\u00e9diane, dirons-nous, c\u2019est-\u00e0-dire normative, que le sujet se d\u00e9finit, se diff\u00e9rencie, se singularise. La fonction des \u00e9preuves projectives, et par cons\u00e9quent celle du psychologue qui les manie, est avant tout de saisir cette singularit\u00e9 et donc, de mettre cette r\u00e9f\u00e9rence normative au service de l\u2019individu et non pas le contraire, l\u2019individu au service de la norme. A partir de l\u00e0, les \u00e9preuves projectives peuvent assurer une r\u00e9elle fonction de m\u00e9diation et occuper une vraie place m\u00e9thodologique au sein de la recherche en psychologie clinique et en psychopathologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dossier le montre bien, qui met \u00e0 l\u2019honneur la recherche utilisant la m\u00e9thodologie projective dans diff\u00e9rents champs de la clinique et de la psychopathologie et aux diff\u00e9rents \u00e2ges de la vie. Ce second volet prolonge le pr\u00e9c\u00e9dent avec des textes relevant de la psychopathologie de l\u2019enfant jusqu\u2019\u00e0 la clinique du vieillissement, en passant par des probl\u00e9matiques sp\u00e9cifiques du processus adolescent et des aspects particuliers du fonctionnement adulte. S\u2019agissant de la psychopathologie de l\u2019enfant, les apports r\u00e9cents et extr\u00eamement novateurs des \u00e9tudes avec la m\u00e9thodologie projective sur les enfants relevant de troubles autistiques sont l\u2019objet d\u2019un article dense et pointu. Dans le domaine de l\u2019adolescence, ce sont cinq articles qui traitent, sous le couvert des sp\u00e9cificit\u00e9s propres au fonctionnement adolescent, de recherches pass\u00e9es, actuelles et futures sur la clinique des processus de pens\u00e9e, la question des probl\u00e9matiques limites relatives aux troubles des conduites alimentaires et aux recours aux scarifications et les aspects interrogeant la psychose et ses contours &#8211; troubles bi-polaires et schizophr\u00e9nie. L\u2019apport de la m\u00e9thodologie projective \u00e0 l\u2019\u00e9tude du champ du fonctionnement psychique adulte est abord\u00e9 sous l\u2019angle de la souffrance corporelle dans le cadre de la clinique somatique ainsi que dans l\u2019approche d\u2019auteurs d\u2019agressions sexuelles, et se conclut par l\u2019int\u00e9r\u00eat de la clinique du vieillissement. Nous esp\u00e9rons que ce dossier sur la psychologie projective de l\u2019<em>\u00c9cole de Paris<\/em>, riche de ses fondements et de ses fondateurs, de la cr\u00e9ativit\u00e9 et de la diversit\u00e9 de ses approches comme de ses promesses de prolongements, permette \u00e0 chacun, clinicien projectiviste comme non-projectiviste de puiser des occasions de questionnements et de r\u00e9flexions f\u00e9conds pour sa propre pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>H. Rorschach fut un temps vice-pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9 psychanalytique suisse \u00e0 Zurich.<\/li><li>J\u2019ai pu constater chez certains \u00e9tudiants, mais aussi parfois chez des coll\u00e8gues cliniciennes, une tendance \u00e0 la f\u00e9tichisation des m\u00e9thodes projectives, emp\u00eachant la pens\u00e9e d\u2019\u00e9voluer librement avec ou sans leur utilisation.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9804?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En tant qu\u2019objets de m\u00e9diation, les m\u00e9thodes projectives poss\u00e8dent une indubitable fonction de lien&nbsp;: entre le patient et le clinicien, entre le chercheur et son objet de recherche, entre la th\u00e9orie et la pratique clinique. Espace d\u2019interactions (N. 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