{"id":9788,"date":"2021-08-22T07:30:39","date_gmt":"2021-08-22T05:30:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/les-langues-silencieuses-comment-les-traduire-2\/"},"modified":"2021-09-20T19:41:02","modified_gmt":"2021-09-20T17:41:02","slug":"les-langues-silencieuses-comment-les-traduire","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/les-langues-silencieuses-comment-les-traduire\/","title":{"rendered":"Les langues silencieuses : comment les traduire ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Du fait de leur (s) d\u00e9ficience (s), les personnes handicap\u00e9es sont diff\u00e9rentes des personnes qui ne le sont pas&nbsp;: leur particularit\u00e9 ne fait pas pour autant d\u2019elles des sous hommes d\u00e9nu\u00e9s d\u2019exp\u00e9riences. Au contraire, ces sp\u00e9cificit\u00e9s peuvent apporter leur lot de contributions utiles \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 m\u00eame si elles ne sont pas imm\u00e9diatement accessibles pour le commun des mortels. Leur diff\u00e9rence tient en plusieurs points mais un seul les r\u00e9sume tous&nbsp;: les personnes handicap\u00e9es ne parlent pas \u00e9galement les langues locales et de ce fait elles nous sont peu compr\u00e9hensibles. Sourds natifs adeptes de la langue des signes fran\u00e7aise et malentendants oralisant diff\u00e9remment, nous ne pouvons avoir avec ces deux populations les m\u00eames relations, car elles ma\u00eetrisent in\u00e9galement la langue dont nous disposons.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnes handicap\u00e9es parlent des langues&nbsp;: certaines oralisent, d\u2019autres signent, d\u2019autres enfin, et la vari\u00e9t\u00e9 est infinie parlent des langues corporelles sp\u00e9cifiques. Selon la ou les d\u00e9ficiences, l\u2019oralisation sera plus ou moins ma\u00eetris\u00e9e, le b\u00e9gaiement, l\u2019\u00e9criture plus ou moins correcte, la dyslexie, les comportements gestuels, plus ou moins adapt\u00e9s car la personne affect\u00e9e de tremblements aura des difficult\u00e9s \u00e0 r\u00e9aliser les t\u00e2ches que son employeur attend l\u00e9gitimement d\u2019elle car juridiquement le contrat de travail les lie. Et que dire de l\u2019infirme moteur c\u00e9r\u00e9bral aux gestes peu stabilis\u00e9s et \u00e0 l\u2019oralisation chaotique&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Du fait de leur ma\u00eetrise approximative des langues en vigueur \u2013 la formation g\u00e9n\u00e9rale puis professionnelle pr\u00e9parant \u00e0 l\u2019obtention d\u2019un emploi est une langue locale au pays du salariat \u2013 les personnes handicap\u00e9es appartiennent \u00e0 l\u2019ensemble flou des \u00e9trangers car ces derniers ont comme caract\u00e9ristiques de mal, et parfois pas du tout, parler les langues locales. Si les personnes handicap\u00e9es parlent bel et bien des langues qui expriment et traduisent leurs multiples exp\u00e9riences, pour qu\u2019elles soient socialis\u00e9es et comprises de nous, il convient qu\u2019elles soient traduites par une multiplicit\u00e9 de traducteurs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019exp\u00e9rience du handicap<\/h2>\n\n\n\n<p>En rien elle n\u2019est homog\u00e8ne, car les d\u00e9ficiences sont multiples et vari\u00e9es et ce, en fonction de nombreuses caract\u00e9ristiques&nbsp;: d\u00e9ficience native ou acquise, g\u00e9n\u00e9tique se d\u00e9clarant \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte ou accidentelle chez un adolescent pratiquant un sport \u00e0 risque, induite par la vie professionnelle, les troubles musculo-squeletiques par exemple, ou relevant d\u2019un cumul de comportements individuels accentuant des maladies invalidantes, tels que mal soigner un diab\u00e8te pourtant connu\u2026 Quoi qu\u2019il en soit de l\u2019ensemble des personnes connues comme handicap\u00e9es, elles pr\u00e9sentent n\u00e9anmoins et in\u00e9galement entre elles, deux caract\u00e9ristiques&nbsp;: leur corps pr\u00e9sente des d\u00e9ficiences et toutes ne sont pas visibles&nbsp;; simultan\u00e9ment, l\u2019environnement n\u2019\u00e9tant pas ou mal accessible, elles deviennent handicap\u00e9es. L\u2019exp\u00e9rience du handicap est donc double.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience de la d\u00e9ficience est d\u2019abord corporelle et \u00e0 ce titre ontologique. Stabilis\u00e9e ou \u00e9volutive, unique ou plurielle, moment de sa survenue quand elle est acquise\u2026 la d\u00e9ficience s\u2019impose au corps, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019\u00eatre corporel que nous sommes tous. Entre la personne et le monde la d\u00e9ficience s\u2019immisce de fa\u00e7on permanente m\u00eame si les personnes handicap\u00e9es connaissent et g\u00e8rent diff\u00e9remment inconfort, douleurs, paix relatives dues \u00e0 des traitements m\u00e9dicamenteux efficaces. Mais cette ontologie n\u2019est pas seulement construite par l\u2019aspect naturel et corporel de la d\u00e9ficience&nbsp;: elle l\u2019est aussi par la relation que les personnes handicap\u00e9es ont avec leur d\u00e9ficience. Quelle image ai-je de moi si je suis aveugle et quelle id\u00e9e de la femme vais-je me construire si je n\u2019ai comme informations que voix et parfums&nbsp;? L\u2019ontologie de la personne handicap\u00e9e r\u00e9side aussi dans l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019elle fait de sa propre d\u00e9ficience, de la gestion qu\u2019elle en aura et du rapport qu\u2019elle entretiendra avec elle&nbsp;: la masquera-t-elle ou l\u2019officialisera- t-elle&nbsp;? Fuira-t-elle le stigmate ou le revendiquera-t-elle&nbsp;? Toutes choses \u00e9gales par ailleurs en fonction des d\u00e9ficiences et de leur visibilit\u00e9, la personne handicap\u00e9e construit plus ou moins l\u2019ad\u00e9quation entre elle et le monde et ce <em>via<\/em> la pr\u00e9sentation de soi, cette carte ma\u00eetresse sans laquelle les relations sociales sont biais\u00e9es. En cons\u00e9quence, elle aura tendance \u00e0 traiter ses d\u00e9ficiences comme un objet hors d\u2019elle et dont elle pr\u00e9servera autrui&nbsp;: quelle d\u00e9licatesse que de vouloir le prot\u00e9ger d\u2019une contamination symbolique&nbsp;! Mais souvent cela se paie du silence, de l\u2019euph\u00e9misation, de l\u2019\u00e9vitement soit l\u2019absence de v\u00e9rit\u00e9 sur soi. On peut imaginer qu\u2019il n\u2019est pas facile, jour apr\u00e8s jour et du fait de la d\u00e9ficience, de faire l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019inadaptation \u00e0 l\u2019ensemble de la vie sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience de la d\u00e9ficience est aussi et simultan\u00e9ment sociale&nbsp;: de ce fait elle fait de vous une personne handicap\u00e9e. Bien que de multiples progr\u00e8s soient faits pour adapter les corps et rendre l\u2019environnement accessible, la figure \u2013 et la m\u00e9taphore \u2013 de la barri\u00e8re s\u2019impose dans sa vie. Multiples, ses barri\u00e8res, r\u00e9elles et symboliques, contreviennent toutes \u00e0 une fluidit\u00e9 des circulations&nbsp;: les voitures mal gar\u00e9es et les poubelles mal rang\u00e9es dans les espaces urbains, les d\u00e9crochages de hauteurs dans les lieux accueillant du public, les gares routi\u00e8res et ferroviaires par exemple, les enseignants mal ou peu form\u00e9s dans le dispositif \u00e9ducatif accueillant les enfants handicap\u00e9s\u2026 Malgr\u00e9 de tr\u00e8s nombreux efforts entrepris, l\u2019inaccessibilit\u00e9 de l\u2019environnement, mat\u00e9riel mais aussi humain, reste pourtant la norme. Il renforce donc le sentiment que ce monde n\u2019est pas pour moi qui suis handicap\u00e9&nbsp;: ses modalit\u00e9s d\u2019existence et son ordre interne limitent ma libert\u00e9, de circulation dans l\u2019espace par exemple, m\u00e9taphore de toutes les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience de la d\u00e9ficience, corporelle et sociale, est donc celle d\u2019une double inad\u00e9quation au monde&nbsp;: mon corps est inadapt\u00e9, d\u00e9cal\u00e9 vis-\u00e0-vis des conditions g\u00e9n\u00e9rales de circulation et d\u2019usage des corps et l\u2019environnement reste pour une tr\u00e8s large part inaccessible. En ce sens, cette inad\u00e9quation n\u2019est pas si \u00e9loign\u00e9e de celle que des valides peuvent ressentir&nbsp;: en cela, elles sont diff\u00e9rentes en degr\u00e9 et non en nature. Mais si je ne peux faire, qui suis-je alors&nbsp;? Compassionnelles et sensibles \u00e0 leurs propres id\u00e9aux d\u2019\u00e9galit\u00e9, les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques ont trouv\u00e9 la solution id\u00e9ale&nbsp;: la multiplicit\u00e9 des traducteurs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La multiplicit\u00e9 des traducteurs<\/h2>\n\n\n\n<p>Depuis l\u2019entre-deux-guerres, en France, le secteur du handicap s\u2019est constitu\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019activisme croissant du mouvement associatif qui a su se faire entendre de la vie collective pour qu\u2019avec lui s\u2019\u00e9laborent de multiples politiques publiques, fragment\u00e9es et nationales d\u2019abord, plus territorialis\u00e9es ensuite, notamment depuis les ann\u00e9es 1980 avec l\u2019accentuation de la d\u00e9centralisation&nbsp;: avec les Maisons d\u00e9partementales des personnes handicap\u00e9es, la loi de 2005 cr\u00e9e un guichet unique qui est un filtre d\u2019acc\u00e8s aux multiples traducteurs s\u2019adressant aux personnes handicap\u00e9es. Bien qu\u2019ils soient bien plus nombreux, trois traducteurs majeurs participent \u00e0 l\u2019effort collectif de traduction des besoins des personnes handicap\u00e9es&nbsp;: les associations, les professionnels et la loi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les associations<\/strong>. Nombreuses et diverses, elles pr\u00e9sentent deux caract\u00e9ristiques&nbsp;: elles s\u2019organisent autour d\u2019une d\u00e9ficience qu\u2019elles ont contribu\u00e9 \u00e0 faire appara\u00eetre dans l\u2019espace public, par exemple les maladies g\u00e9n\u00e9tiques dans les ann\u00e9es 1970 et suivantes&nbsp;; voulant traiter les probl\u00e8mes qu\u2019elles ont officialis\u00e9s et se pr\u00e9valant d\u2019une expertise qui leur est reconnue, pensons aux parents, elles s\u2019offrent comme gestionnaires responsables d\u2019une sp\u00e9cificit\u00e9. Occupant un vide, la puissance publique leur donne mandat de traiter des situations qu\u2019elle ne veut ni ne peut aborder, ou alors de loin, mais avec contr\u00f4le a posteriori ce qu\u2019en 1967 Fran\u00e7ois Bloch-Lain\u00e9 avait th\u00e9oris\u00e9 dans son c\u00e9l\u00e8bre rapport&nbsp;: la soci\u00e9t\u00e9 civile a n\u00e9goci\u00e9 \u00e0 son avantage l\u2019\u00e9mergence et le raffermissement du secteur. De ce fait, les associations ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res traductrices des multiples sp\u00e9cificit\u00e9s correspondant aux d\u00e9ficiences que, d\u00e8s lors, elles repr\u00e9sentaient. D\u2019une fa\u00e7on r\u00e9currente, elles mobilisent l\u2019argument des besoins insatisfaits, le manque de place dans les \u00e9tablissements par exemple, pour renforcer leur l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les professionnels<\/strong>. Le secteur du handicap s\u2019est aussi d\u00e9velopp\u00e9 car, en multipliant et diversifiant leurs activit\u00e9s, les associations ont organis\u00e9 un espace dans lequel de nombreux et divers professionnels se sont engouffr\u00e9s&nbsp;: soit qu\u2019ils exercent en foyers d\u2019h\u00e9bergement, en \u00e9tablissements de travail, pour la formation et l\u2019insertion professionnelles, dans le cadre des loisirs mais aussi pour l\u2019accompagnement\u2026 En multipliant les cat\u00e9gories et types de professionnels, le secteur du handicap a organis\u00e9 la rencontre d\u2019une action sociale dont il rel\u00e8ve et d\u2019autres parties de la vie collective qui en \u00e9taient \u00e9loign\u00e9es, le logement et les transports par exemple. En lien avec les repr\u00e9sentations syndicales traditionnelles mais aussi forts d\u2019avoir g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des repr\u00e9sentations strictement professionnelles, ils ont pes\u00e9 dans la mise en place de conventions collectives officialisant la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un secteur&nbsp;: efficaces traducteurs de terrain, ils ont, depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, acquis et renforc\u00e9 la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019outil dont on ne peut plus se passer car nul ne leur conteste leurs comp\u00e9tences \u00e9tay\u00e9es par un grand nombre de dipl\u00f4mes officiels ent\u00e9rinant leur professionnalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La loi<\/strong>. Plusieurs grands textes de loi vot\u00e9s en 1957, 1975 et 2005 par un Parlement consensuel ont signifi\u00e9 que la vie collective avait entendu les demandes \u00e9manant du secteur. Ils signalent une reconnaissance et par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019attribution de ressources diverses \u2013 allocations, cr\u00e9ation d\u2019\u00e9tablissements et de services sp\u00e9cialis\u00e9s et g\u00e9n\u00e9ralistes \u2013 traduisent budg\u00e9tairement une option de solidarit\u00e9. Alors que la traduction juridique existant depuis l\u2019entre-deux-guerres a \u00e9t\u00e9 celle de la discrimination positive, elle prend aujourd\u2019hui deux formes nouvelles&nbsp;: la non discrimination et l\u2019accessibilit\u00e9 d\u2019ailleurs diversement applicables et appliqu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant multipli\u00e9 et diversifi\u00e9 les traducteurs destin\u00e9s \u00e0 mieux assurer la rencontre entre les personnes handicap\u00e9es et nous, ne sont pas pour autant r\u00e9solues les difficult\u00e9s pos\u00e9es par la traduction des langues de la d\u00e9ficiences. La langue de l\u2019autiste est-elle traduisible d\u2019une part et d\u2019autre part la multiplication des traducteurs d\u00e9di\u00e9s \u00e0 cette d\u00e9ficience contribueront-ils \u00e0 la mieux conna\u00eetre et comprendre&nbsp;? Poser ces deux questions revient alors \u00e0 poser celle de la traductibilit\u00e9 de cette langue, m\u00e9taphore de toutes les autres langues parl\u00e9es par les personnes handicap\u00e9es, sans parler de la question de nos capacit\u00e9s et volont\u00e9s d\u2019\u00e9coute&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>La traduction pose donc la redoutable question du contenu m\u00eame des langues parl\u00e9es par les personnes handicap\u00e9es&nbsp;: l\u2019onomatop\u00e9e de l\u2019autiste a-t-elle sens pour lui et si oui comment nous est-il accessible&nbsp;? Confront\u00e9s \u00e0 sa mati\u00e8re, comment l\u2019interpr\u00e9tons-nous et avec quel bagage&nbsp;? Face \u00e0 cette \u00e9nigme \u2013 qu\u2019est-ce qu\u2019il dit&nbsp;? \u2013 nous rencontrons notre propre incapacit\u00e9 face au silence de la langue. D\u00e9munis, nous prenons le risque, mais -que faire&nbsp;?-, de puiser dans nos savoirs et exp\u00e9riences pour donner forme et sens \u00e0 ce qui n\u2019en a pas. Alors que la traduction se pr\u00e9sente comme accessibilit\u00e9 au sens et transfert dans la langue d\u2019accueil, la n\u00f4tre, de ce qui est communicable dans la langue originale, la langue de la d\u00e9ficience, elle, r\u00e9v\u00e8le en m\u00eame temps son incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser son programme. Sinc\u00e8rement d\u00e9sol\u00e9s de ne pouvoir comprendre ces langues \u00e9trang\u00e8res parl\u00e9es par les personnes handicap\u00e9es, nous n\u2019avons que deux solutions&nbsp;: multiplier les traducteurs dans l\u2019espoir qu\u2019ils acc\u00e9deront au contenu de la langue, ce qui est bien improbable mais qui conforte notre volont\u00e9 d\u2019inclusion et de proximit\u00e9&nbsp;; au nom de l\u2019argument que toute paix r\u00e9side dans la s\u00e9paration, pour eux et pour nous, maintenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart ces \u00e9trangers trop \u00e9loign\u00e9s de nous car leur exp\u00e9rience n\u2019est pas, mal ou peu traduisible.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>La multiplication des traducteurs repose sur l\u2019argument implicite de notre accessibilit\u00e9 aux langues parl\u00e9es par les personnes handicap\u00e9es. Quand l\u2019enfant sourd natif est scolaris\u00e9 dans le dispositif scolaire de droit commun, nous donnons naissance \u00e0 une nouvelle profession, celle d\u2019auxiliaire de vie scolaire qui traduit les consignes du ma\u00eetre et les demandes de l\u2019enfant. Mais cet effort collectif de traduction, outre qu\u2019il est co\u00fbteux, rencontre le d\u00e9licat probl\u00e8me de la traduisibilit\u00e9 des langues silencieuses. La socialisation voulue par la traduction des langues \u00e9trang\u00e8res produites par les d\u00e9ficiences devient d\u00e8s lors une impossibilit\u00e9 logique. La r\u00e9it\u00e9ration de nos efforts mat\u00e9riels traduit et illustre notre mani\u00e8re de nous rapporter \u00e0 ce qui pour nous reste insens\u00e9.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9788?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du fait de leur (s) d\u00e9ficience (s), les personnes handicap\u00e9es sont diff\u00e9rentes des personnes qui ne le sont pas&nbsp;: leur particularit\u00e9 ne fait pas pour autant d\u2019elles des sous hommes d\u00e9nu\u00e9s d\u2019exp\u00e9riences. 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