{"id":9780,"date":"2021-08-22T07:30:39","date_gmt":"2021-08-22T05:30:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/traumatisme-une-clinique-renouvelee-2\/"},"modified":"2021-09-20T22:17:07","modified_gmt":"2021-09-20T20:17:07","slug":"traumatisme-une-clinique-renouvelee","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/traumatisme-une-clinique-renouvelee\/","title":{"rendered":"Traumatisme, une clinique renouvel\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p>Depuis plus d\u2019un si\u00e8cle, le traumatisme psychique &#8211; comme notion et comme r\u00e9alit\u00e9 clinique &#8211; a fait l\u2019objet d\u2019un grand nombre de publications. Le succ\u00e8s des premi\u00e8res \u00e9laborations th\u00e9oriques de S. Freud sur la question a contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9tendre les domaines de son application de la s\u00e9duction hyst\u00e9rique aux traumatismes de guerre (\u00e0 commencer par ceux dont souffraient les soldats de la premi\u00e8re guerre mondiale), puis \u00e0 toute situation de catastrophe impliquant pour le sujet un effet de choc. La popularisation du terme qui s\u2019en est suivie a peut-\u00eatre contribu\u00e9 \u00e0 en banaliser la port\u00e9e, voire l\u2019importance, dans l\u2019approche clinique et th\u00e9rapeutique des personnes traumatis\u00e9es. D\u2019autant qu\u2019avec l\u2019extension de l\u2019usage du terme, cette notion &#8211; issue du champ m\u00e9dical &#8211; est devenue un lieu de malentendus o\u00f9 se m\u00ealent fantasme et r\u00e9alit\u00e9, actualit\u00e9 et r\u00e9surgence du pass\u00e9, aspects quantitatifs et vuln\u00e9rabilit\u00e9, al\u00e9as de l\u2019histoire \u00e9v\u00e9nementielle et \u00e9v\u00e9nement psychique. Comment pourrait-il en \u00eatre autrement, d\u2019ailleurs, quand le traumatisme &#8211; qu\u2019il soit d\u00e9clin\u00e9 en deux temps, ou qu\u2019il se focalise sur la seule r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement actuel &#8211; mobilise et fait appel aux ressources propres \u00e0 chacun pour l\u2019int\u00e9grer, le mettre \u00e0 distance, l\u2019\u00e9laborer, rester sous le choc ou en subir les effets \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les th\u00e9ories du traumatisme, celles \u00e9labor\u00e9es par S. Freud, puis celles qui concernent essentiellement les effets de l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique r\u00e9el (effet de stress post traumatique) abordent-elles la m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 clinique ? Peut-on mettre sur le m\u00eame plan le traumatisme li\u00e9 \u00e0 la s\u00e9duction originaire et le traumatisme v\u00e9cu par une personne victime d\u2019un viol ? Les cons\u00e9quences au plan psychique sont-elles les m\u00eames ? Les voies th\u00e9rapeutiques doivent-elles \u00eatre sp\u00e9cifiques et si oui, comment ? Autant de questions qui montrent l\u2019ampleur du probl\u00e8me, son int\u00e9r\u00eat au plan clinique et th\u00e9orique, et la difficult\u00e9 de son traitement.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelles que soient les divergences qui subsistent dans l\u2019appr\u00e9ciation de la nature du traumatisme, des voies de sa compr\u00e9hension, la r\u00e9alit\u00e9 de son expression est unanimement d\u00e9crite et \u00e9prouv\u00e9e comme un exc\u00e8s : exc\u00e8s de stimulation, exc\u00e8s d\u2019image, de son, exc\u00e8s ou absence de repr\u00e9sentation, de sens, exc\u00e8s d\u2019angoisse, d\u00e9bordement des capacit\u00e9s de contenance, d\u00e9faut ou carence de protection, m\u00e9canismes de d\u00e9fense insuffisants, paralysie de la fonction de liaison, effraction du pare-excitations. Comme si l\u2019appareil psychique \u00e9tait soumis \u00e0 un bombardement (trop) intensif qui an\u00e9antissait les capacit\u00e9s vitales du sujet, ses d\u00e9fenses (trop peu solides) \u00e9tant prises en d\u00e9faut.<\/p>\n\n\n\n<p>Le traumatisme appara\u00eet aussi comme un moment de rupture : il y a le temps d\u2019avant le traumatisme et le temps d\u2019apr\u00e8s &#8211; comme si la vie du sujet se trouvait bris\u00e9e avec une difficult\u00e9 majeure \u00e0 mettre en relation ces deux temps -; mais il y a \u00e9galement \u00ab l\u2019instant \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur \u00bb<sup>1<\/sup> du traumatisme, ce temps du traumatisme devenant lui-m\u00eame un hors temps ne parvenant pas \u00e0 se constituer en souvenir et, par l\u00e0 m\u00eame, difficile \u00e0 int\u00e9grer psychiquement avec d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments de la vie. Ce hors temps n\u2019est pas sans rappeler le corps (psychique) \u00e9tranger interne, implant\u00e9 comme traumatisme originaire, corps \u00e9tranger qui ne peut s\u2019int\u00e9grer aux repr\u00e9sentations pr\u00e9- existantes et qui est au c\u0153ur de la premi\u00e8re th\u00e9orie du traumatisme \u00e9labor\u00e9e par S. Freud<sup>2<\/sup>, d\u00e8s 1895. La d\u00e9sorganisation qui s\u2019ensuit fait penser \u00e0 la gen\u00e8se des troubles psychosomatiques, telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crite par l\u2019\u00c9cole Psychosomatique de Paris et th\u00e9oris\u00e9e notamment par P. Marty<sup>3<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sentiment durable d\u2019\u00e9tranget\u00e9 &#8211; il persiste en soi sans que l\u2019on puisse jouer du registre du d\u00e9placement, de l\u2019oubli, du faire comme si cela n\u2019avait jamais exist\u00e9 -, finit par faire na\u00eetre une sorte de hantise : \u00ab pourvu que cela ne revienne pas \u00bb ; mais aussi \u00ab comment s\u2019en d\u00e9barrasser ? \u00bb. Cette pr\u00e9sence en soi, pr\u00e9sence pourtant \u00e9trang\u00e8re \u00e0 soi, focalise angoisse et attention, inhibe l\u2019action. L\u2019ennemi est int\u00e9rieur, le sujet est attaqu\u00e9 en permanence sans pouvoir se d\u00e9fendre efficacement. Le pire semble \u00eatre alors le travail destructeur et obs\u00e9dant d\u2019un \u00e9v\u00e9nement qui continue \u00e0 agir en soi par le souvenir (mais, est-ce un souvenir ?) que la personne en garde et dont la trace devient \u00e0 son tour source de traumatisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment rendre compte de cette r\u00e9alit\u00e9 clinique si pr\u00e9gnante, comment \u00e9clairer une probl\u00e9matique si complexe, si diffuse et pourtant d\u00e9j\u00e0 si travaill\u00e9e ? Comment mettre en \u00e9vidence les diff\u00e9rents registres qui sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le fait traumatique, comment faire appara\u00eetre la diversit\u00e9 de ses effets ? Jusqu\u2019o\u00f9 peut-on m\u00eame parler de traumatisme, au singulier, tant il semble y avoir de diversit\u00e9 dans son expression clinique, dans l\u2019intensit\u00e9 de ses effets ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Aux sources du d\u00e9bat<\/h2>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9bat qui opposait S. Freud et S. Ferenczi sur la question du traumatisme et de sa fonction dans la vie psychique concernait, on le sait, les places qu\u2019occupent la r\u00e9alit\u00e9 et le fantasme dans la survenue d\u2019un traumatisme psychique. Dans son article sur la confusion des langues<sup>4<\/sup>, S. Ferenczi envisage la confrontation entre le monde de l\u2019enfant et celui des adultes comme source d\u2019un traumatisme originaire. C\u2019est ce d\u00e9bat que reprendra J. Laplanche pour \u00e9laborer sa th\u00e9orie de la s\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<sup>5<\/sup>. Pour rendre compte des traumatismes et pour en proposer un traitement possible, la confrontation des mod\u00e8les constitue un autre praticable que le lecteur peut emprunter pour circuler d\u2019un article \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les cas, le d\u00e9bat est ouvert, relanc\u00e9, \u00e9largi m\u00eame aux traumatismes de l\u2019histoire r\u00e9cente ; reviennent les \u00e9vocations de Buchenwald, Dachau, Auschwitz, lieux sinistres arrach\u00e9s \u00e0 l\u2019oubli, arrach\u00e9s \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019un refoulement manqu\u00e9 qui continue \u00e0 produire ses effets traumatiques non seulement chez les survivants, mais aussi dans les g\u00e9n\u00e9rations suivantes. C\u2019est ce devoir de m\u00e9moire et cette n\u00e9cessit\u00e9 de se ressaisir comme sujet que l\u2019on rencontre tout au long des \u0153uvres des t\u00e9moins de ces chaos innommables de l\u2019histoire (shoah)<sup>6<\/sup>, comme celles de Primo Levi, Jorge Semprun ou Zoran Music. L\u2019\u00e9laboration du traumatisme prend chez eux valeur d\u2019historisation personnelle comme tentative de relier le pass\u00e9 au pr\u00e9sent pour cr\u00e9er leur histoire en lien avec l\u2019Histoire ; ou, du moins, pour tenter d\u2019en retisser la trame en reliant le <em>trauma<\/em> originaire au <em>trauma<\/em> actuel, en r\u00e9veillant les repr\u00e9sentations du pass\u00e9 pour aider \u00e0 se repr\u00e9senter l\u2019actuel, pour tenter de lui donner un sens. Donner \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, dans la cr\u00e9ativit\u00e9, un statut entre traumatisme et histoire<sup>7<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour que des situations aussi extr\u00eames que celles de la torture, de la vie apr\u00e8s les camps de la mort, apr\u00e8s une catastrophe \u00e0 laquelle on a surv\u00e9cu, puissent aujourd\u2019hui \u00eatre prises en compte par la psychanalyse, il semble en effet n\u00e9cessaire d\u2019inventer de nouveaux dispositifs th\u00e9rapeutiques, n\u00e9cessaire aussi de confronter nos mod\u00e8les \u00e0 d\u2019autres, d\u2019en discuter la pertinence. C\u2019est le cas avec les strat\u00e9gies de lutte contre le stress post traumatique, c\u2019est le cas \u00e9galement avec la notion de r\u00e9silience.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9bat actuel porte aussi sur la notion de r\u00e9silience. Le terme a \u00e9t\u00e9 introduit dans la langue fran\u00e7aise en 1906. Certains auteurs d\u00e9finissent la r\u00e9silience comme \u00ab le maintien d\u2019un processus normal de d\u00e9veloppement malgr\u00e9 des conditions difficiles \u00bb (A. Guedeney, 1999<sup>8<\/sup>). D\u00e9riv\u00e9 du mot anglais <em>resilient<\/em> (1674) qui veut dire rejaillissant, rebondissant, sp\u00e9cifiant ce qui pr\u00e9sente une r\u00e9sistance aux chocs \u00e9lev\u00e9e<sup>9<\/sup>, ce terme est devenu depuis peu une fa\u00e7on de parler de l\u2019aspect dynamique du traumatisme. Il est une fa\u00e7on de faire rebondir en quelque sorte la notion de traumatisme pour montrer la dynamique positive qu\u2019il contient. Mais ce terme, dans sa d\u00e9finition et dans ce dont il est cens\u00e9 rendre compte en termes de processus, apporte-t-il quelque chose de nouveau au probl\u00e8me du traumatisme ? Par son caract\u00e8re pragmatique, n\u2019\u00e9lude-t-il pas notamment la question du sexuel pour ne retenir que l\u2019aspect fonctionnel du traumatisme, ses effets de relance de la vie psychique ? C\u2019est cette fonction qu\u2019avait remarqu\u00e9e S. Freud d\u00e8s 1895 avec ce qu\u2019il appelle l\u2019action sp\u00e9cifique ou ad\u00e9quate. Une excitation sexuelle somatique se transforme p\u00e9riodiquement en un stimulus pour la vie psychique. Il se produit un \u00e9tat psychique de tension libidinale accompagn\u00e9 de la pouss\u00e9e tendant \u00e0 supprimer cette tension. \u00ab Une telle d\u00e9charge psychique n\u2019est possible que par la voie de ce que je d\u00e9signerai, \u00e9crit S. Freud, comme action sp\u00e9cifique ou ad\u00e9quate \u00bb (S. Freud, 1895, p. 32)<sup>10<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce passage de l\u2019excitation \u00e0 l\u2019action sp\u00e9cifique nous donne \u00e0 penser le traumatisme comme un moteur de la vie psychique, \u00e0 condition que l\u2019exc\u00e8s qu\u2019il contient puisse \u00eatre \u00e9labor\u00e9 par le sujet et int\u00e9gr\u00e9 dans un minimum de continuit\u00e9 \u00e0 la vie de relation. La mise en avant du c\u00f4t\u00e9 positif du traumatisme est \u00e0 rapprocher des propri\u00e9t\u00e9s du sympt\u00f4me qui, lui aussi, renvoie \u00e0 ces deux versants &#8211; positif et mortif\u00e8re -, \u00e0 son caract\u00e8re r\u00e9p\u00e9titif et insistant qui peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une recherche insistante (elle aussi) d\u2019issue autant que comme une compulsion \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 l\u2019infini. Si le sympt\u00f4me correspond \u00e0 un refoulement qui ne r\u00e9ussit pas totalement, s\u2019il est une solution de compromis qui t\u00e9moigne d\u2019un conflit psychique, le traumatisme ne pourrait-il pas traduire, \u00e0 sa fa\u00e7on, une tentative de refoulement, pour trouver une voie de soulagement \u00e0 l\u2019angoisse d\u00e9clench\u00e9e par cette effraction dans la vie psychique ? En effet, &#8211; tout en \u00e9tant la marque de l\u2019\u00e9chec de l\u2019appareil psychique \u00e0 m\u00e9taboliser cet afflux d\u2019excitations, ne pouvant que r\u00e9p\u00e9ter la sc\u00e8ne traumatique sous la forme du r\u00eave traumatique ou sous celle de l\u2019angoisse \u00e9prouv\u00e9e \u00e0 chaque rencontre avec ce qui rappelle au sujet l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique lui-m\u00eame -, le traumatisme traduit par sa r\u00e9p\u00e9tition m\u00eame (traumatophilie) cette qu\u00eate insistante.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas du sympt\u00f4me, il s\u2019agit de relier les manifestations ind\u00e9sirables et souvent incompr\u00e9hensibles pour l\u2019int\u00e9ress\u00e9 lui-m\u00eame \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments connus de sa vie de sujet ; alors que pour le traumatisme, il convient de relancer l\u2019activit\u00e9 psychique, notamment la capacit\u00e9 de liaison, d\u2019association pour qu\u2019il n\u2019y ait plus cette panne se traduisant par un arr\u00eat sur image qui t\u00e9tanise le sujet, le paralyse et qui rend actuelle une souffrance d\u2019angoisse li\u00e9e \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement pass\u00e9, r\u00e9volu, \u00e9v\u00e9nement pourtant per\u00e7u par le sujet comme toujours actuel. La compulsion de r\u00e9p\u00e9tition vient signifier dans les deux cas (sympt\u00f4me et traumatisme) que l\u2019activit\u00e9 psychique tourne en rond, parfois \u00e0 vide, sans que se rattache \u00e0 ces manifestations qui t\u00e9moignent d\u2019un dysfonctionnement une quelconque association, une repr\u00e9sentation qui permettrait que l\u2019affect d\u2019angoisse puisse se muer en un r\u00e9cit, en un questionnement qui fasse sens pour le sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre convient-il de r\u00e9server le terme de traumatisme \u00e0 l\u2019\u00e9chec du travail de liaison, lorsque l\u2019exc\u00e8s ne peut \u00eatre int\u00e9gr\u00e9, lorsqu\u2019il d\u00e9borde de fa\u00e7on durable les capacit\u00e9s d\u2019\u00e9laboration du sujet, lorsqu\u2019il le p\u00e9trifie. Cette p\u00e9trification du corps est souvent \u00e9voqu\u00e9e dans les n\u00e9vroses de guerre, pour S. Ferenczi, par exemple, quand il d\u00e9crit les manifestations corporelles des soldats qui conservent l\u2019attitude qu\u2019ils avaient au moment du <em>trauma<\/em>. \u00ab Demandons par exemple \u00e0 cet homme qui pr\u00e9sente une contraction du c\u00f4t\u00e9 gauche de son corps comment il est tomb\u00e9 malade ; il nous racontera qu\u2019un obus a explos\u00e9 \u00e0 sa gauche et que le \u00ab souffle \u00bb l\u2019a atteint \u00e0 gauche\u2026 \u00bb<sup>11<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre a, en effet, \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la th\u00e9orie psychanalytique du traumatisme. La psychanalyse, avec S. Freud lui-m\u00eame, a \u00e9t\u00e9 au premier plan, tout pr\u00e8s de r\u00e9ussir dans l\u2019entreprise de reconnaissance sociale dont cette nouvelle science avait tant besoin. De nombreux psychanalystes travaillaient aux arm\u00e9es, faisant fonction de psychiatre, apportant leur savoir faire dans le traitement de ces n\u00e9vroses traumatiques d\u2019un genre particulier qu\u2019\u00e9taient les n\u00e9vroses de guerre. On faillit m\u00eame cr\u00e9er des centres de soin \u00e0 orientation psychanalytique au sein des arm\u00e9es autrichiennes. Mais, devant l\u2019effondrement des structures \u00e9tatiques \u00e0 la suite de la d\u00e9faite de 1918, tous ces projets furent abandonn\u00e9s. Les n\u00e9vroses de guerre finirent elles-m\u00eames par dispara\u00eetre, au fur et \u00e0 mesure que la guerre s\u2019\u00e9loignait, ne laissant pas suffisamment de temps aux psychanalystes pour affiner leurs recherches sur ces pathologies et leurs effets destructeurs pour la vie psychique. Peut-\u00eatre est-ce dans ces circonstances que s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e l\u2019id\u00e9e de la cr\u00e9ation d\u2019un Institut psychanalytique : celui qui verra le jour \u00e0 Berlin sous la direction de Eitingon<sup>12<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Curieusement, la guerre, la participation de psychanalystes au traitement des n\u00e9vroses de guerre, la nomination, en f\u00e9vrier 1920, de S. Freud en personne comme expert dans un proc\u00e8s impliquant son coll\u00e8gue viennois J. Wagner-Jauregg (1857-1940) \u00e0 propos de l\u2019existence d\u2019une n\u00e9vrose traumatique apparue chez un militaire et que J. Wagner-Jauregg aurait diagnostiqu\u00e9e comme une simulation<sup>13<\/sup>, tous ces \u00e9l\u00e9ments vont entra\u00eener S. Freud vers une r\u00e9vision de sa position ou, du moins, vont y participer. Au plan th\u00e9orique, cette r\u00e9vision est un v\u00e9ritable revirement qui allait se traduire par la publication de\u00a0<em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em>\u00a0(1920) et une nouvelle approche de la question du traumatisme. S. Freud en vient \u00e0 interroger une nouvelle fois le caract\u00e8re traumatique du sexuel en faisant du refoulement une n\u00e9vrose traumatique \u00e9l\u00e9mentaire, mais en d\u00e9pla\u00e7ant la nature du conflit qui n\u2019oppose plus le moi aux pulsions sexuelles repouss\u00e9es par lui, en postulant, \u00ab \u00e0 partir de sa r\u00e9flexion sur le facteur traumatique des n\u00e9vroses de guerre une origine traumatique au sexuel, condition d\u2019instauration du principe de plaisir \u00bb<sup>14<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>La question du traumatisme va relancer \u00e9galement le d\u00e9bat sur l\u2019opposition entre fantasme et r\u00e9alit\u00e9, sur les rapports qui existent entre monde interne et r\u00e9alit\u00e9 externe, d\u00e9bat qui s\u2019est construit \u00e0 l\u2019origine m\u00eame de la psychanalyse. Il ne s\u2019agit pas seulement de la <em>Neurotica<\/em> ou de son abandon<sup>15<\/sup>, ni du r\u00f4le du moi et de ses limites qui viendraient d\u00e9marquer l\u2019interne de l\u2019externe ; c\u2019est la notion de r\u00e9alit\u00e9 psychique d\u00e9gag\u00e9e par S. Freud en 1916 qui vient ouvrir de nouveaux espaces \u00e0 la compr\u00e9hension de la dynamique psychique, bien au-del\u00e0 des oppositions entre interne\/ externe, r\u00e9alit\u00e9\/fantasme. L\u2019introduction de la r\u00e9alit\u00e9 psychique permet en effet d\u2019imaginer que la r\u00e9alit\u00e9 (externe, \u00e9v\u00e9nementielle) est reprise dans une subjectivit\u00e9 qui lui donne sa consistance, sa coh\u00e9rence, son sens. D\u00e8s lors que l\u2019on admet cette perspective, le monde interne et la r\u00e9alit\u00e9 externe apparaissent comme indissociables ; il semble qu\u2019elles constituent les deux faces d\u2019une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9, l\u2019\u00e9v\u00e9nement r\u00e9el ne devenant \u00ab \u00e9v\u00e9nement \u00bb que dans la mesure o\u00f9 il est per\u00e7u et interpr\u00e9t\u00e9 par le psychisme du sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce point de vue, le traumatisme (pathologique) est un \u00ab non \u00e9v\u00e9nement \u00bb, ou bien encore un \u00e9v\u00e9nement non advenu, non per\u00e7u par le sujet en tant que tel, comme si l\u2019appareil psychique ne parvenait pas \u00e0 l\u2019int\u00e9grer dans la continuit\u00e9 de l\u2019activit\u00e9 psychique du sujet, \u00e0 en faire un \u00e9v\u00e9nement psychique. L\u2019\u00e9v\u00e9nement, en effet, puise \u00e0 la source inconsciente de la vie psychique, il s\u2019organise en relation avec les traces mn\u00e9siques, les refoulements, l\u2019exp\u00e9rience subjective ; il r\u00e9sonne. C\u2019est pourquoi un m\u00eame \u00e9v\u00e9nement r\u00e9el peut avoir des r\u00e9percussions diff\u00e9rentes sur deux individus, dans la mesure o\u00f9 il fait appel \u00e0 la subjectivit\u00e9, au fond d\u2019exp\u00e9rience subjective de chacun pour obtenir son statut d\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi aussi cette r\u00e9sonance cr\u00e9e parfois un effet Larsen, lorsque l\u2019\u00e9v\u00e9nement actuel rencontre des traces d\u2019une exp\u00e9rience ancienne, traces auxquelles l\u2019actuel renvoie sans pour autant pouvoir s\u2019y associer<sup>16<\/sup>. Cette co\u00efncidence est habituellement int\u00e9gr\u00e9e par le sujet dans un registre de liaison et d\u2019association, m\u00eame si c\u2019est parfois au prix d\u2019un sentiment passager d\u2019\u00e9tranget\u00e9 ou de d\u00e9j\u00e0 vu. Dans ces cas d\u2019int\u00e9gration r\u00e9ussie, l\u2019actuel et l\u2019inactuel s\u2019entrecroisent, se m\u00ealent en se distinguant et en s\u2019enrichissant mutuellement. Les souvenirs affluent, le pr\u00e9sent s\u2019\u00e9claire \u00e0 la lumi\u00e8re du pass\u00e9 ; le pass\u00e9 se r\u00e9interpr\u00e9te \u00e0 l\u2019aide des nouvelles exp\u00e9riences du pr\u00e9sent. C\u2019est ce qui donne au sujet le sentiment d\u2019une certaine continuit\u00e9 et d\u2019une coh\u00e9rence dans sa vie psychique. C\u2019est cette facult\u00e9 de liaison qui lui procure aussi ce sentiment d\u2019\u00eatre vivant, d\u2019\u00eatre en phase avec le monde, voire d\u2019\u00eatre cr\u00e9atif.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais dans le cas o\u00f9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement r\u00e9el r\u00e9veille, sans s\u2019y associer, d\u2019autres gammes d\u2019exp\u00e9riences pass\u00e9es (celles d\u2019\u00e9v\u00e9nements qui ont laiss\u00e9 des traces d\u2019angoisse), l\u2019actuel ravive l\u2019affect d\u2019angoisse et non le sens de l\u2019exp\u00e9rience pass\u00e9e. C\u2019est l\u2019impasse qui se r\u00e9actualise et non la richesse de l\u2019exp\u00e9rience qui aurait d\u00fb lui \u00eatre associ\u00e9e. Au lieu de cr\u00e9er de nouveaux agencements, au lieu de donner jour \u00e0 de nouveaux ensembles plus larges, plus ouverts qui dynamisent le sujet, ces r\u00e9sonances \u00ab mauvaises \u00bb conduisent le sujet vers la r\u00e9p\u00e9tition, la paralysie de la capacit\u00e9 d\u2019int\u00e9grer du nouveau. Le sujet est K.O. debout. Certains boxeurs ne disent-ils pas que le <em>knock out<\/em> vient lorsqu\u2019ils ne voient pas arriver le coup, lorsqu\u2019ils ne peuvent y faire face et l\u2019int\u00e9grer dans la suite du combat ? Le temps est aplati, il n\u2019a plus sa densit\u00e9, son \u00e9paisseur. Le coup, l\u2019\u00e9v\u00e9nement, l\u2019accident &#8211; lorsqu\u2019il arrive brutalement &#8211; surprend le sujet dans ses capacit\u00e9s d\u00e9fensives. La co\u00efncidence des deux temps (l\u2019actuel et le pass\u00e9) devient alors source de traumatisme et non de cr\u00e9ativit\u00e9. La r\u00e9sonance fait du bruit et non du sens. Le sujet est assomm\u00e9, par le coup qui lui est port\u00e9, mais aussi parce qu\u2019il est surpris par ce qui lui arrive.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Traumatisme de vie, traumatisme de mort<\/h2>\n\n\n\n<p>Mais alors, y aurait-il plusieurs sortes de traumatismes : ceux, les f\u00e9conds, qui sont porteurs de la dynamique psychique et ceux, les st\u00e9riles, les destructeurs, qui ne font que r\u00e9p\u00e9ter l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique et l\u2019angoisse qui l\u2019accompagne ? Ou bien s\u2019agit-il, dans les deux cas, de deux versants d\u2019une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 psychique ? Le traumatisme s\u2019offre \u00e0 nous comme une notion fertile qui rend compte de la bipolarit\u00e9 psychique, de la capacit\u00e9 transformationnelle de l\u2019activit\u00e9 psychique quand le sujet peut utiliser une difficult\u00e9 pour rebondir et acc\u00e9der \u00e0 de nouveaux champs de conscience. Le traumatisme, \u00e0 ce titre, est un paradigme de l\u2019activit\u00e9 psychique, rendant compte de celle qui s\u2019exerce d\u00e8s l\u2019origine avec la s\u00e9duction originaire et de celle, plus \u00e9v\u00e9nementielle (ou accidentelle) qui, tout en faisant effraction dans le pare-excitations, se pr\u00e9sente aussi comme une deuxi\u00e8me chance pour le sujet. En effet, ce qui fait traumatisme dans l\u2019accident r\u00e9v\u00e8le la pr\u00e9sence d\u2019une difficult\u00e9 pass\u00e9e et rest\u00e9e inaper\u00e7ue pour le sujet en m\u00eame temps qu\u2019elle offre la possibilit\u00e9 de revenir sur cet \u00e9pisode ancien qui n\u2019a pas encore trouv\u00e9 de d\u00e9nouement heureux jusqu\u2019\u00e0 ce traumatisme actuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019\u00e9v\u00e9nement du pass\u00e9 (premier temps du traumatisme) est rest\u00e9 en souffrance, non \u00e9labor\u00e9, non int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la dynamique de la vie psychique, il n\u2019est pas pour autant en latence, au sens o\u00f9 la latence a pour fonction de s\u00e9parer deux moments, de mettre \u00e0 distance deux \u00e9v\u00e9nements l\u2019un de l\u2019autre, mais aussi de permettre au moi d\u2019int\u00e9grer le sens \u00e9nigmatique de ce qui effracte. La latence, elle, cr\u00e9e un espace temps, celui qui s\u00e9pare et tient \u00e9loign\u00e9 l\u2019un de l\u2019autre les deux \u00e9v\u00e9nements que constituent, dans le d\u00e9veloppement de la libido, sexualit\u00e9s infantile et pubertaire. Elle \u00e9vite qu\u2019il y ait co\u00efncidence entre eux et introduit, au contraire, un d\u00e9calage qui s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9laboration psychique de la nouveaut\u00e9 qui fait intrusion, voire effraction. C\u2019est lorsque ce travail de latence est absent (latence blanche), ou en d\u00e9faut, que le risque de survenue d\u2019un traumatisme aux effets destructeurs est le plus \u00e9lev\u00e9. C\u2019est dans ce type de situation que le risque de la violence surgit.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tymologie \u00e9claire de fa\u00e7on inattendue notre propos s\u2019agissant de l\u2019aspect bipolaire du traumatisme. Le mot \u00ab traumatique \u00bb vient du grec tardif <em>traumatikos<\/em> qui veut dire \u00ab qui concerne les blessures, bon pour les blessures \u00bb ; ce qui donnera en bas latin <em>traumaticus<\/em> qui signifie \u00ab efficace contre les blessures \u00bb<sup>17<\/sup>. Mais <em>traumatikos<\/em> est aussi d\u00e9riv\u00e9 de <em>trauma<\/em> qui signifie blessure et au figur\u00e9 dommage, d\u00e9sastre, d\u00e9route. C\u2019est ce mot de <em>trauma<\/em> qui a \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9 par les m\u00e9decins au XVI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle pour d\u00e9signer une \u00ab l\u00e9sion ou une blessure produite par un agent ext\u00e9rieur agissant m\u00e9caniquement \u00bb<sup>18<\/sup>. Ces r\u00e9f\u00e9rences \u00e9tymologiques nous donnent donc bien \u00e0 penser le traumatisme sous sa double face, c\u00f4t\u00e9 effraction et c\u00f4t\u00e9 rem\u00e8de. L\u2019\u00e9volution de la langue n\u2019a retenu qu\u2019un aspect de l\u2019origine latine du terme, en l\u2019amputant de son autre sens. De m\u00eame, dans le sens m\u00e9dical du terme, la notion de rem\u00e8de contre les blessures a disparu. D\u00e8s la fin du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> et au d\u00e9but du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le terme fait son apparition en psychologie, puis en psychanalyse, avec un sens sensiblement diff\u00e9rent : \u00ab Ev\u00e9nement de la vie du sujet qui se d\u00e9finit par son intensit\u00e9, l\u2019incapacit\u00e9 o\u00f9 se trouve le sujet d\u2019y r\u00e9pondre ad\u00e9quatement, le bouleversement et les effets pathog\u00e8nes durables qu\u2019il provoque dans l\u2019organisation psychique \u00bb<sup>19<\/sup>. Que ce soit un \u00e9v\u00e9nement actuel, produisant des effets traumatiques pathologiques, que ce soit un \u00e9v\u00e9nement pass\u00e9 inaper\u00e7u dans l\u2019enfance qui \u00ab d\u00e9\u00adclen\u00adche \u00bb un traumatisme dans l\u2019actuel, que ce soit un traumatisme originaire, un de ceux dont on peut penser qu\u2019ils sont \u00e0 l\u2019origine m\u00eame de la vie psychique, dans tous ces cas de figure, le traumatisme bouscule et le patient et le th\u00e9rapeute. Le patient parce qu\u2019il vient chercher une aide pour faire en sorte qu\u2019il y ait du changement, qu\u2019il n\u2019y ait plus r\u00e9p\u00e9tition ; le th\u00e9rapeute, parce qu\u2019il doit \u00eatre avec le patient de telle fa\u00e7on qu\u2019il donne tort \u00e0 une th\u00e9orie d\u00e9terministe, la r\u00e9p\u00e9tition trouvant \u00e0 se muer en cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les cas, est en cause la capacit\u00e9 de changement du patient, capacit\u00e9 pour le th\u00e9rapeute, aussi, \u00e0 devenir un objet transformationnel<sup>20<\/sup> pour le patient. Que ce soit affaire de transfert, c\u2019est entendu ; mais ce qui est mobilis\u00e9 dans cette relation ne rel\u00e8ve pas seulement du registre du maternel, de la capacit\u00e9 empathique du th\u00e9rapeute. Il s\u2019agit de faire en sorte que le traumatisme ne fasse pas \u00e9cran \u00e0 ce qui est vivant (vivant et fig\u00e9) chez le patient, en panne, en souffrance. Il suffit de rappeler que souffrance vient du latin <em>sufferentia<\/em>, mot qui signifie \u00ab action de supporter \u00bb, avec la notion de faire une tr\u00eave (on retrouve ce sens dans l\u2019expression \u00ab mettre en souffrance \u00bb), voire de faire cesser une action. La souffrance psychique du patient traumatis\u00e9 est-elle un appel \u00e0 la tr\u00eave, appel adress\u00e9 au th\u00e9rapeute en vue d\u2019une reconnaissance, d\u2019un statut (de cette souffrance) pour que la vie psychique du patient soit r\u00e9anim\u00e9e ? Si la rencontre avec le th\u00e9rapeute se noue dans l\u2019attente croyante qu\u2019elle fera \u0153uvre de transformation, si le th\u00e9rapeute a la capacit\u00e9 de se laisser affecter, de ressentir profond\u00e9ment ce que vit le patient, s\u2019il accepte de se perdre &#8211; un temps &#8211; avec lui, alors s\u2019ouvre pour le patient un au-del\u00e0 du traumatisme. Pour la th\u00e9orie psychanalytique, il reste \u00e0 poursuivre l\u2019entreprise freudienne au-del\u00e0 de la th\u00e9orie psychopathologique, vers une th\u00e9orie du traitement qui explore m\u00e9thodiquement les voies qu\u2019emprunte la relation (transf\u00e9rentielle) pour qu\u2019advienne la transformation.<\/p>\n\n\n\n<p>La prise en charge de la souffrance traumatique n\u00e9cessite de repenser le cadre habituel du traitement des n\u00e9vroses. Le trauma pousse les th\u00e9rapeutes \u00e0 davantage de cr\u00e9ativit\u00e9 pour penser la continuit\u00e9 de la vie psychique &#8211; malgr\u00e9 le risque de la rupture du temps psychique qu\u2019induit tout traumatisme -, pour r\u00e9am\u00e9nager l\u2019\u0153uvre protectrice autant que mortif\u00e8re qu\u2019accomplit le clivage, pour transformer la sc\u00e8ne traumatique en souvenir, pour l\u2019int\u00e9grer dans le travail de m\u00e9moire qui fait qu\u2019un sujet peut se penser et se projeter dans l\u2019avenir parce qu\u2019il est psychiquement vivant en reliant le pr\u00e9sent \u00e0 son pass\u00e9. Ce sont ces perspectives au caract\u00e8re novateur et dynamique que d\u00e9veloppent les diff\u00e9rents auteurs au fil des textes qui suivent. C\u2019est \u00e0 une lecture cr\u00e9ative que sont donc convi\u00e9s tous ceux qu\u2019int\u00e9resse l\u2019exploration de la vie psychique, \u00e0 partir de ses al\u00e9as, de ses points de but\u00e9e comme ici, les traumatismes psychiques, le traumatique, au double sens du\u00a0<em>traumatikos<\/em>\u00a0grec et de ses d\u00e9riv\u00e9s latins.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wrapper-children-grnote wp-block-list\"><li id=\"no1\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Nous paraphrasons ici l\u2019expression titre de P. Fedida,&nbsp;<em>Ce peu de temps \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur<\/em>, in pp. 102-105<\/li><li id=\"no2\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Freud S., Breuer J., 1895,&nbsp;<em>Etudes sur l\u2019hyst\u00e9rie<\/em>, PUF, 1978.<\/li><li id=\"no3\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Marty P.,&nbsp;<em>Les mouvements individuels de vie et de mort<\/em>, Paris, Payot, 1976.<\/li><li id=\"no4\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Ferenczi S., 1933, \u00ab Confusion de langue entre les adultes et l\u2019enfant. Le langage de la tendresse et de la passion \u00bb, in&nbsp;<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, T. IV, Paris, Payot, 1982, pp. 125-135.<\/li><li id=\"no5\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Laplanche J.,&nbsp;<em>Nouveaux fondements pour la psychanalyse<\/em>, Paris, PUF, 1987.<\/li><li id=\"no6\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Lanzman, auteur du film Shoah, ne disait-il pas \u00e0 un journaliste qui l\u2019interrogeait que son film avait failli ne pas avoir de titre, tant aucun mot ne pouvait rendre compte d\u2019une telle horreur. Il lui avait fallu aller voir comment les rabbins nommaient, en h\u00e9breu, pareilles catastrophes pour finalement choisir le mot Shoah, mot auquel aucune repr\u00e9sentation particuli\u00e8re n\u2019\u00e9tait attach\u00e9e pour Lanzman.<\/li><li id=\"no7\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Cf. \u00e0 ce sujet l\u2019article de C. Janin, \u00ab La r\u00e9alit\u00e9 entre traumatisme et histoire \u00bb, in&nbsp;<em>Revue Fran\u00e7aise de Psychanalyse<\/em>, 1995, 59, 1, pp. 115-131.<\/li><li id=\"no8\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Guedeney A., \u00ab Les d\u00e9terminants de la r\u00e9silience \u00bb, in Cyrulnik B. (sous la direction de)&nbsp;<em>Ces enfants qui tiennent le coup<\/em>, Paris, Hommes et perspectives, 1999, pp. 13-26.<\/li><li id=\"no9\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>Dictionnaire historique de la langue fran\u00e7aise<\/em>, sous la direction de Alain Rey, Paris, Le Robert, 1998, p. 3204.<\/li><li id=\"no10\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Freud S. (1895), \u00ab Qu\u2019il est justifi\u00e9 de s\u00e9parer de la neurasth\u00e9nie un certain complexe symptomatique sous le nom de n\u00e9vrose d\u2019angoisse \u00bb, in&nbsp;<em>N\u00e9vrose, psychose et perversion<\/em>, Paris, PUF, 1978, pp. 15-38.<\/li><li id=\"no11\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Ferenczi S.,&nbsp;<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t. II, Paris, Payot, 1970, p. 238 et suivantes.<\/li><li id=\"no12\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Sur ces questions, on peut se r\u00e9f\u00e9rer au texte d\u2019Erik Porge en pr\u00e9face du livre de K.R. Eissler (1979),&nbsp;<em>Freud sur le front des n\u00e9vroses de guerre<\/em>, Paris, PUF, 1992.<\/li><li id=\"no13\" class=\"note renvoi-in-alinea\">C\u2019est l\u2019argument central du livre de K.R. Eissler,&nbsp;<em>Freud sur le front des n\u00e9vroses de guerre<\/em>, op. cit.<\/li><li id=\"no14\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Porge E., Pr\u00e9face au livre de K.R. Eissler,&nbsp;<em>Freud sur le front des n\u00e9vroses de guerre<\/em>, op. cit., p. XVIII.<\/li><li id=\"no15\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Cf. Freud S., 1950,&nbsp;<em>La naissance de la psychanalyse<\/em>, Paris, PUF, 1979.<\/li><li id=\"no16\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Dans son article \u00ab La r\u00e9alit\u00e9 entre traumatisme et histoire \u00bb (op. cit.), C. Janin parle de situations de collapsus, situations dans lesquelles le sujet ne sait plus quelle est la source de son excitation (interne ou externe).<\/li><li id=\"no17\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>Dictionnaire historique de la langue fran\u00e7aise<\/em>, Alain Rey (sous la direction de), Paris, Le Robert, 1998, p. 3899.<\/li><li id=\"no18\" class=\"note renvoi-in-alinea\"><em>Le petit Robert, Dictionnaire de la langue fran\u00e7aise<\/em>, Paris, Robert, 1981.<\/li><li id=\"no19\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Laplanche J. et Pontalis, J.B.,&nbsp;<em>Vocabulaire de la psychanalyse<\/em>, Paris, PUF, 1967, p. 499.<\/li><li id=\"no20\" class=\"note renvoi-in-alinea\">Je pense bien s\u00fbr au tr\u00e8s beau texte de C. Bollas, \u00ab L\u2019objet transformationnel \u00bb, in&nbsp;<em>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/em>, 1989, 4, pp.1181-1199.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9780?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis plus d\u2019un si\u00e8cle, le traumatisme psychique &#8211; comme notion et comme r\u00e9alit\u00e9 clinique &#8211; a fait l\u2019objet d\u2019un grand nombre de publications. Le succ\u00e8s des premi\u00e8res \u00e9laborations th\u00e9oriques de S. 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