{"id":9741,"date":"2021-08-22T07:30:34","date_gmt":"2021-08-22T05:30:34","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/sexualite-handicap-mental-et-societe-2\/"},"modified":"2021-09-20T19:36:40","modified_gmt":"2021-09-20T17:36:40","slug":"sexualite-handicap-mental-et-societe","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/sexualite-handicap-mental-et-societe\/","title":{"rendered":"Sexualit\u00e9, handicap mental et soci\u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>Comme un aboutissement de sa grande d\u00e9marche d\u2019ouverture \u00e0 la personne en situation de handicap, notre soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9couvre une v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019elle avait un peu laiss\u00e9e de c\u00f4t\u00e9&nbsp;: la d\u00e9ficience intellectuelle n\u2019emp\u00eache pas d\u2019\u00eatre sexu\u00e9. Et m\u00eame, d\u2019une certaine mani\u00e8re, d\u2019\u00eatre normalement sexu\u00e9. Peut-\u00eatre un peu prisonni\u00e8re de son \u00e9lan int\u00e9gratif<sup>1<\/sup>, qu\u2019elle ne pourrait plus d\u00e9savouer aujourd\u2019hui, cette soci\u00e9t\u00e9 va jusqu\u2019au bout de sa logique et reconnait \u00e0 la personne handicap\u00e9e la possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la pratique du sexe comme un des \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires \u00e0 une bonne sant\u00e9, \u00e9tat dont tout citoyen doit b\u00e9n\u00e9ficier.<\/p>\n\n\n\n<p>Une telle option corrobore le fait que la personne d\u00e9ficiente rel\u00e8ve du seul droit commun, comme l\u2019affirment tr\u00e8s explicitement les lois de 2002<sup>2<\/sup> et de 2005<sup>3<\/sup> et qu\u2019\u00e0 ce titre, elle ne peut \u00eatre l\u2019objet d\u2019une restriction impos\u00e9e qui serait alors discriminatoire. Elle b\u00e9n\u00e9ficie donc de l\u2019\u00e9galitarisme qui fonde notre l\u00e9gislation et qui redistribue les rapports de pouvoir inh\u00e9rents \u00e0 toute soci\u00e9t\u00e9 en cherchant \u00e0 assoir ceux qui restent sur des bases tir\u00e9es de la raison et non plus de la force ou de la tradition.<\/p>\n\n\n\n<p>La sexualit\u00e9 a tr\u00e8s longtemps \u00e9t\u00e9 un domaine d\u2019exercice du pouvoir<sup>4<\/sup>&nbsp;: certaines personnes, fortes de leur fonction, pouvaient nagu\u00e8re encore en interdire ou en restreindre consid\u00e9rablement l\u2019acc\u00e8s \u00e0 d\u2019autres, d\u2019une mani\u00e8re qui peut para\u00eetre aujourd\u2019hui abusive. Notre soci\u00e9t\u00e9, mal \u00e0 l\u2019aise avec ces dispositifs autoritaires, s\u2019est orient\u00e9e vers leur abolition \u2013 chacun est libre de choisir sa sexualit\u00e9 \u2013 qui s\u2019av\u00e8re plut\u00f4t une r\u00e9interpr\u00e9tation adoucie et consensuelle des restrictions \u2013 puisque cette libert\u00e9 n\u2019est possible que jusqu\u2019\u00e0 un certain point. Ainsi, la France a-t-elle d\u00e9p\u00e9nalis\u00e9 l\u2019homosexualit\u00e9 \u2013 en 2001 \u2013 et maintenue la notion de majorit\u00e9 sexuelle \u2013 \u00e2ge \u00e0 partir duquel une personne est cens\u00e9e pr\u00e9senter suffisamment de discernement pour choisir d\u2019entrer dans la vie sexuelle partag\u00e9e, sans avoir de compte \u00e0 rendre \u00e0 personne&nbsp;; sauf lorsque des tiers remettent en question cette capacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La personne handicap\u00e9e mentale b\u00e9n\u00e9ficiant du droit commun, devrait l\u00e9gitimement acc\u00e9der \u00e0 la pratique sexuelle dans les m\u00eames conditions que tout le monde. Pourtant, il n\u2019en est rien. Cet acc\u00e8s, quand il est possible, reste en r\u00e9alit\u00e9 sous le contr\u00f4le \u00e9troit de l\u2019entourage qui se pr\u00e9vaut implicitement pour l\u2019occasion d\u2019une autorit\u00e9 de fait. Autorit\u00e9 qui n\u2019a pas besoin de se l\u00e9gitimer pour \u00eatre reconnue tant elle s\u2019inscrit dans l\u2019\u00e9largissement de l\u2019autorit\u00e9 parentale<sup>5<\/sup> que la famille conserverait et dont h\u00e9riterait automatiquement tout professionnel impliqu\u00e9 dans la relation, fut-il inexp\u00e9riment\u00e9, tout nouveau dans cette relation ou encore nettement plus jeune que la personne handicap\u00e9e elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette situation commune illustre la contradiction qui persiste entre l\u2019\u00e9nonc\u00e9 social plut\u00f4t permissif mais g\u00e9n\u00e9raliste, et la possibilit\u00e9 r\u00e9elle laiss\u00e9e \u00e0 la personne handicap\u00e9e mentale de s\u2019engager dans une relation d\u2019ordre sexuel, exploratoire, exp\u00e9rientielle ou durable qui reste tr\u00e8s faible et tr\u00e8s surveill\u00e9e. Rappelons-le ou, peut-\u00eatre, d\u00e9couvrons-le&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>La pratique de la sexualit\u00e9 n\u2019est pas libre. Elle n\u2019est possible que quand elle s\u2019inscrit dans un ensemble de conditions valid\u00e9es par des op\u00e9rateurs sociaux reconnus&nbsp;: parents, professionnels, pairs et, en dernier recours, le juge. Tous repr\u00e9sentent le contexte dans lequel les comp\u00e9tences s\u2019acqui\u00e8rent, se d\u00e9veloppent et s\u2019expriment. La pratique de la sexualit\u00e9 ne rel\u00e8ve donc qu\u2019imaginairement du seul domaine priv\u00e9, contrairement au moment o\u00f9 elle se vit, durant le temps de la relation sexuelle proprement dite.<\/li><li>Elle n\u2019est pas donn\u00e9e&nbsp;; elle doit \u00eatre conquise et ceux qui d\u00e9sirent y acc\u00e9der ont \u00e0 laisser penser \u00e0 leur entourage qu\u2019ils ont les comp\u00e9tences idoines \u2013 celles-ci n\u2019\u00e9tant par ailleurs jamais d\u00e9finies. Une de ces comp\u00e9tences est l\u2019aptitude \u00e0 cr\u00e9er ou \u00e0 d\u00e9fendre un espace d\u2019intimit\u00e9, seul lieu effectif dans lequel peut se d\u00e9rouler la pratique de la sexualit\u00e9. Restreindre ou interdire tout lieu d\u2019intimit\u00e9 revient d\u2019ailleurs pratiquement \u00e0 interdire toute pratique sexuelle \u2013 sans avoir \u00e0 le dire ni m\u00eame \u00e0 le reconna\u00eetre.<\/li><li>L\u2019encadrement serr\u00e9 de toute pratique sexuelle s\u2019accompagne d\u2019une vue normative de celle-ci, d\u2019autant plus importante que la personne accompagn\u00e9e est d\u00e9pendante. Cette tendance s\u2019explique fort bien dans la mesure o\u00f9 l\u2019accompagnateur, pris dans une grande proximit\u00e9 avec la personne qu\u2019il accompagne, lui permet ce qui, \u00e0 ses yeux, para\u00eet licite ou correct&nbsp;; ou, plus exactement, il pourrait craindre que ce qu\u2019il autorise apparaisse aux yeux des observateurs comme le reflet de ce qu\u2019il se permet \u00e0 lui-m\u00eame. Tout \u00e9cart de la norme pouvant alors passer pour un \u00e9cart personnel, r\u00e9el ou souhait\u00e9. Peu soucieux d\u2019\u00eatre jug\u00e9 comme fantaisiste ou, pis, comme d\u00e9viant, il va donc orienter fermement la personne handicap\u00e9e dans le respect d\u2019une pratique relevant plus d\u2019un id\u00e9al absolu que de l\u2019expression d\u2019un d\u00e9sir, d\u2019un besoin ou d\u2019un souhait. On comprend que, dans ces circonstances, il attende de la personne d\u00e9ficiente qu\u2019elle s\u2019inscrive dans une pratique \u00e9troite, commun\u00e9ment admise&nbsp;: celle du couple h\u00e9t\u00e9rosexuel, fond\u00e9 solidement d\u00e8s la rencontre qui co\u00efnciderait avec l\u2019engagement, stable, harmonieux et fid\u00e8le. Curieusement, cet id\u00e9al ne tient pas jusqu\u2019au bout lorsqu\u2019il est menac\u00e9 par l\u2019expression d\u2019un d\u00e9sir d\u2019enfant \u00e9manent de la personne d\u00e9ficiente. Il arrive qu\u2019alors, l\u2019accompagnateur bouleverse ses priorit\u00e9s et pr\u00e9f\u00e8re l\u2019option homosexuelle, comme moyen de contraception, \u00e0 celle de la parentalit\u00e9 \u2013 l\u2019une et l\u2019autre ne pouvant \u00e9videmment pas \u00eatre mises en concurrence puisqu\u2019elles n\u2019ont aucun lien&nbsp;; de plus, une personne homosexuelle n\u2019a pas forc\u00e9ment renonc\u00e9 \u00e0 tout d\u00e9sir d\u2019enfant. Une telle mise en comp\u00e9tition, quand elle existe, montre bien que l\u2019accompagnateur r\u00e9agit en fonction de ses propres perceptions, de ses repr\u00e9sentations, plus que du bien \u00eatre de la personne handicap\u00e9e.<\/li><li>La normalisation excessive de la pratique sexuelle, surtout lorsqu\u2019elle est exig\u00e9e, la d\u00e9r\u00e9alise et la rend totalement inaccessible puisqu\u2019elle ne laisse aucun jeu d\u2019appropriation et que tout \u00e9cart est imm\u00e9diatement stigmatis\u00e9 en \u00e9tant interpr\u00e9t\u00e9 comme une inadaptation. Ce qui est un comble dans une soci\u00e9t\u00e9 qui, par ailleurs, affirme s\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9e du poids du moralisme et qui semble chanter les \u00ab&nbsp;vertus&nbsp;\u00bb des exp\u00e9riences faites hors des sentiers battus, \u00e0 la condition qu\u2019elles soient choisies, assum\u00e9es, et int\u00e9grables.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne, la restriction faite aux personnes handicap\u00e9es mentales dans le champ de la pratique sexuelle est assez bien dissimul\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 se confondre avec les r\u00e9ticences individuelles des personnes de leur entourage. Pourtant, elle est bien le fait d\u2019une strat\u00e9gie collective, implicite et inconsciente, discr\u00e8te et tr\u00e8s efficace.<\/p>\n\n\n\n<p>Le projet social est aussi clair que son \u00e9nonciation&nbsp;: les personnes handicap\u00e9es ont acc\u00e8s \u00e0 la sexualit\u00e9 dont la pratique, si elle est souhait\u00e9e, doit contribuer \u00e0 l\u2019instauration et au maintien d\u2019une bonne sant\u00e9. Alors, d\u2019o\u00f9 vient le probl\u00e8me&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Du fait que cet \u00e9nonc\u00e9 explicite est suivi d\u2019un autre, non formul\u00e9 mais implicite tant il para\u00eet \u00e9vident \u00e0 l\u2019\u00e9nonciateur, qui subordonne cet acc\u00e8s \u00e0 des pr\u00e9alables incontournables&nbsp;: la relation sexuelle doit \u00eatre saine, pleinement consentie, c\u2019est-\u00e0-dire totalement anticip\u00e9e, appr\u00e9hend\u00e9e et assum\u00e9e, se vivre entre personnes le plus proches possible par leurs caract\u00e9ristiques de handicap pour \u00e9viter tout d\u00e9s\u00e9quilibre patent et, donc, toute manipulation et, surtout, se r\u00e9v\u00e9ler satisfaisante et sans risque de provoquer quelque souffrance que ce soit. Autrement dit, elle doit \u00eatre r\u00e9ussie. Selon les crit\u00e8res de l\u2019observateur.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit bien que r\u00e9unir tous ces crit\u00e8res est impossible, notamment quand s\u2019amorce une relation. Y arriver rel\u00e8ve de l\u2019imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<p>La personne handicap\u00e9e d\u00e9sireuse de s\u2019aventurer dans une relation sexuelle se trouve plong\u00e9e dans une situation paradoxale&nbsp;: en m\u00eame temps, on l\u2019encourage \u00e0 y penser et on rend cette relation impossible ou, pour le moins, inaccessible. Parce qu\u2019on consid\u00e8re qu\u2019elle est trop fragile pour la supporter, du fait de sa vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 que ce situe le tour de force de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;: elle propose un acc\u00e8s \u00e0 la sexualit\u00e9, qu\u2019elle favorise dans le discours, et le rend improbable en d\u00e9cr\u00e9tant la personne handicap\u00e9e vuln\u00e9rable, c\u2019est-\u00e0-dire ici inapte \u00e0 affronter la sexualit\u00e9 qu\u2019elle pr\u00e9sente parall\u00e8lement comme dangereuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, il est quand m\u00eame difficile d\u2019admettre que la sexualit\u00e9 est si dangereuse que cela si l\u2019on en juge par le nombre de gens, dans n\u2019importe quelle soci\u00e9t\u00e9, qui semblent se porter bien de la pratiquer. Ce qui ne veut pas dire qu\u2019elle ne les fait pas souffrir par ailleurs. Et, pour l\u2019instant, aucune \u00e9tude s\u00e9rieuse n\u2019a d\u00e9montr\u00e9 que les personnes handicap\u00e9es seraient particuli\u00e8rement mises \u00e0 mal, ou m\u00eame en difficult\u00e9 particuli\u00e8re, quand elles r\u00e9ussissent \u00e0 vivre certaines exp\u00e9riences sexuelles, y compris lorsqu\u2019elles nous paraissent insatisfaisantes. Ce qui ne veut pas dire qu\u2019elles ne p\u00e2tissent pas, comme tout le monde, d\u2019abus intol\u00e9rables quand ils existent.<\/p>\n\n\n\n<p>Postuler que les personnes handicap\u00e9es mentales sont vuln\u00e9rables face \u00e0 la sexualit\u00e9 et qu\u2019elles m\u00e9ritent syst\u00e9matiquement notre protection nous autorise \u00e0 les maintenir dans un statut voisin de celui de l\u2019enfance ou, au mieux, de la pr\u00e9adolescence en leur interdisant tout acc\u00e8s \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la d\u00e9couverte progressive d\u2019une pratique qui, comme les autres, s\u2019apprend.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on rep\u00e8re que cette strat\u00e9gie s\u2019accompagne de l\u2019id\u00e9e que l\u2019exp\u00e9rience, pour \u00eatre admise, doit se faire entre personnes plut\u00f4t semblables en termes de handicap<sup>6<\/sup>, on d\u00e9couvre que les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la rencontre de l\u2019autre diff\u00e9rent persistent chez nous lorsqu\u2019il grandit, qu\u2019elle nous d\u00e9range<sup>7<\/sup> et nous poussent \u00e0 l\u2019\u00e9carter de nous. Nous dissimulons, mal, ce rejet, en conditionnant et r\u00e9duisant notre acceptation \u00e0 l\u2019association de (faux) semblables que rien ne fonde. Finalement, c\u2019est comme si notre soci\u00e9t\u00e9 acceptait, valorisait m\u00eame l\u2019id\u00e9e que les personnes handicap\u00e9es mentales aient une sexualit\u00e9 comme tout le monde, pourvu qu\u2019elle reste dans le champ de l\u2019infantile et, plus encore, du handicap. Or, la sexualit\u00e9 ne peut pas \u00eatre handicap\u00e9e. Elle est humaine&nbsp;; elle rel\u00e8ve de l\u2019instauration d\u2019une relation qui la rend possible. \u00c0 chacun alors de s\u2019y retrouver.<\/p>\n\n\n\n<p>Non seulement il n\u2019est pas dit que les personnes handicap\u00e9es soient particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables \u00e0 ce que la sexualit\u00e9 peut faire vivre, y compris de d\u00e9sagr\u00e9ment et de d\u00e9sillusion, mais l\u2019observation de leur d\u00e9veloppement ces derni\u00e8res ann\u00e9es peut laisser pr\u00e9sager le contraire.<\/p>\n\n\n\n<p>Profitant pleinement des effets de l\u2019int\u00e9gration, c\u2019est-\u00e0-dire de la disponibilit\u00e9 continue et intense de nombreux mod\u00e8les identificatoires, d\u2019une source enrichie de stimuli sociaux (contacts, m\u00e9dias, apprentissages formels, d\u00e9placements autonomes\u2026), d\u2019une \u00e9ducation pr\u00e9coce bien men\u00e9e, les personnes handicap\u00e9es mentales ont \u00e9volu\u00e9 au point de marquer des \u00e9tapes importantes dans leur d\u00e9veloppement, notamment \u00e0 l\u2019adolescence<sup>8<\/sup> qui suppose l\u2019existence de r\u00e9els conflits psychiques et l\u2019\u00e9laboration d\u2019une identit\u00e9 sexu\u00e9e bien diff\u00e9renci\u00e9e, apte \u00e0 se situer dans la cha\u00eene g\u00e9n\u00e9rationnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans les freins qu\u2019on leur oppose, notamment en refusant encore de leur laisser des espaces d\u2019intimit\u00e9, il est vraisemblable que les jeunes handicap\u00e9s mentaux qui se d\u00e9battent dans leur probl\u00e9matique adolescente, seraient capables aussi bien que les autres, ou peu s\u2019en faut, d\u2019exp\u00e9rimenter leur sexualit\u00e9 en la partageant&nbsp;; en supportant le risque de la souffrance qu\u2019elle peut induire&nbsp;; en en ressortant plus forts. Ils se sont d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9s de tant de d\u00e9boires et de tant de rejets&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines personnes handicap\u00e9es mentales sont et restent vuln\u00e9rables&nbsp;; elles doivent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une attention \u00e0 la hauteur de leurs besoins r\u00e9els pour \u00eatre prot\u00e9g\u00e9es des abus qui pourraient leur \u00eatre n\u00e9fastes. Mais il faut prendre l\u2019habitude de consid\u00e9rer nos interventions intempestives et inappropri\u00e9es aussi comme des abus dont la plupart des personnes d\u00e9ficientes ont \u00e0 souffrir et que la trop grande fr\u00e9quence maintient dans une d\u00e9pendance accrue.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre soci\u00e9t\u00e9 se veut libre face au sexuel et cherche curieusement \u00e0 s\u2019affranchir des tabous. Elle affirme qu\u2019un \u00e9galitarisme est possible dans ce domaine et ouvre la pratique \u00e0 tous ses membres, uniform\u00e9ment. Mais, parall\u00e8lement, elle doute que chacun puisse tirer profit de cette libert\u00e9 nouvelle sans dommage et tisse discr\u00e8tement un faisceau de surveillance justifi\u00e9 par la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des plus faibles (qui ont tendance \u00e0 devenir de plus en plus nombreux). Ceux-ci pourront donc acc\u00e9der \u00e0 une pratique, mais bien encadr\u00e9e et contr\u00f4l\u00e9e. Autrement dit, leur sexualit\u00e9 sera g\u00e9r\u00e9e, au sens propre. Se faisant, elle \u00e9chappera au sexuel pour se r\u00e9duire \u00e0 une pratique hygi\u00e9niste, ne relevant plus du tout du d\u00e9sir mais du seul besoin. Si l\u2019ensemble des pratiques s\u2019inscrivait dans ce sch\u00e9ma, ce serait la fin du sexuel en tant que lieu du myst\u00e8re de l\u2019autre, de celui dont la jouissance, \u00e0 tout jamais, est vou\u00e9e \u00e0 nous \u00e9chapper. Ce serait le r\u00e8gne de la transparence, le plus grand des fantasmes actuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Les personnes handicap\u00e9es mentales sont toute d\u00e9sign\u00e9es pour jouer ce r\u00f4le d\u2019automate du plaisir auquel on aimerait les r\u00e9duire. Elles semblent pourtant, et tr\u00e8s heureusement, ne pas s\u2019en contenter. Elles auraient plut\u00f4t tendance \u00e0 s\u2019engouffrer dans la br\u00e8che entrouverte pour elles et donnant acc\u00e8s au champ du sexuel pour l\u2019investir et continuer \u00e0 s\u2019y structurer, en revendiquant de plus en plus haut une place de sujet, de sujet d\u00e9sirant, de sujet sexu\u00e9 et donc construit sous l\u2019\u00e9gide de la castration symbolique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li>Loi d\u2019orientation en faveur des personnes handicap\u00e9es du 30 juin 1975.<\/li><li>Loi du 2 janvier 2002 r\u00e9novant l\u2019action sociale et m\u00e9dico-sociale.<\/li><li>Loi du 11 f\u00e9vrier 2005 pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits et des chances, la participation et la citoyennet\u00e9 des personnes handicap\u00e9es.<\/li><li>Cf. M. Foucault, \u00abHistoire de la sexualit\u00e9\u00bb&nbsp;; Tome I, <em>La volont\u00e9 de savoir<\/em>, 1976&nbsp;; Tome II, <em>L\u2019usage des plaisirs<\/em>, 1984&nbsp;; Tome III, Le souci de soi, 1984&nbsp;; Ed. Gallimard.<\/li><li>L\u2019autorit\u00e9 parentale disparait pourtant d\u00e8s qu\u2019un enfant atteint la majorit\u00e9. Elle n\u2019est pas remplac\u00e9e et le lien qui unit un tuteur \u00e0 la personne qu\u2019il doit prot\u00e9ger n\u2019est pas d\u2019ordre autoritaire. La persistance d\u2019une autorit\u00e9 morale ou d\u2019une influence qui peut aller jusqu\u2019\u00e0 la manipulation rel\u00e8ve d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 affective ou clinique.<\/li><li>On se demande ce que pourrait bien \u00eatre cette identit\u00e9 commune issue de handicap commun&nbsp;?<\/li><li>S. Sausse, <em>Le miroir bris\u00e9<\/em>, Ed. Calmann Levy, 1996<\/li><li>D. Vaginay, \u00ab&nbsp;L\u2019adolescence&nbsp;: processus psychique ou simple moment biologique&nbsp;?\u00bb in <em>La vie psychique des personnes handicap\u00e9es<\/em>&nbsp;; Ce qu\u2019elles ont \u00e0 nous dire, ce que nous avons \u00e0 entendre. Sous la direction de Simone Korff-Sausse, Er\u00e8s, 2009.<\/li><\/ol>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9741?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme un aboutissement de sa grande d\u00e9marche d\u2019ouverture \u00e0 la personne en situation de handicap, notre soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9couvre une v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019elle avait un peu laiss\u00e9e de c\u00f4t\u00e9&nbsp;: la d\u00e9ficience intellectuelle n\u2019emp\u00eache pas d\u2019\u00eatre sexu\u00e9. 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