{"id":9736,"date":"2021-08-22T07:30:34","date_gmt":"2021-08-22T05:30:34","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/la-place-de-lanimal-dans-la-psychotherapie-de-lenfant-2\/"},"modified":"2022-06-22T10:25:43","modified_gmt":"2022-06-22T08:25:43","slug":"la-place-de-lanimal-dans-la-psychotherapie-de-lenfant","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/la-place-de-lanimal-dans-la-psychotherapie-de-lenfant\/","title":{"rendered":"La place de l&rsquo;animal dans la psychoth\u00e9rapie de l&rsquo;enfant"},"content":{"rendered":"\n<p>Chez l\u2019enfant, l\u2019animal occupe une place importance tant dans la vie r\u00e9elle que dans la vie fantasmatique. L\u2019animal n\u2019est pas dou\u00e9 de parole et cette caract\u00e9ristique le rend \u00e0 la fois proche des premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019enfance et plus facilement mall\u00e9able que l\u2019\u00eatre humain. Il peut alors devenir, pour l\u2019enfant, un support d\u2019identification et un support de projection de ses fantasmes et de ses pulsions. Ce sont telles ou telles caract\u00e9ristiques physiques de l\u2019animal qui, symbolis\u00e9es, permettent \u00e0 l\u2019enfant de projeter ses pulsions partielles. Ce processus de projection est un moyen de d\u00e9fense originaire contre la part des excitations internes qui atteint une intensit\u00e9 d\u00e9passant le seuil du supportable. Il permet d\u2019avoir un pers\u00e9cuteur substitutif, l\u2019animal, sur lequel les enfants projettent leur partie agressive. Devant une bo\u00eete de jouets contenant des animaux, un enfant (\u00e2g\u00e9 de 2 \u00e0 10 ans) va se saisir de ces animaux d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances et s\u2019approprier imm\u00e9diatement certains d\u2019entre eux, comme objet d\u2019identification ou de projection.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais essayer, ici, de d\u00e9montrer comment le choix des animaux auxquels l\u2019enfant fait appel dans ses dessins ou ses jeux, au cours d\u2019une psychoth\u00e9rapie, s\u2019est transform\u00e9 durant ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Ces modifications me semblent li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 tant dans le registre culturel que dans le changement de structures de personnalit\u00e9 des enfants que nous recevons.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais reprendre deux cures tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bres de Freud&nbsp;: <em>Analyse d\u2019une phobie chez un petit gar\u00e7on de cinq ans<\/em> et <em>L\u2019homme aux loups<\/em>, publi\u00e9es entre 1905 et 1915. J\u2019\u00e9voquerai ensuite celle tr\u00e8s connue de Carine, petite patiente dont le traitement a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1972 par R. Diatkine et J. Simon sous le titre&nbsp;: <em>La psychanalyse pr\u00e9coce<\/em>. Puis je parlerai des psychoth\u00e9rapies de ce d\u00e9but de xxi<sup>e<\/sup> si\u00e8cle pour montrer l\u2019\u00e9volution non seulement dans les animaux \u00e9voqu\u00e9s par les enfants mais aussi dans les pathologies rencontr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le petit Hans<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans la cure du petit Hans, Freud est le premier \u00e0 avoir parl\u00e9 des animaux phobog\u00e8nes. Il nous montre la fa\u00e7on dont les animaux ont servi \u00e0 Hans de lieu de d\u00e9placement et de projection de ses d\u00e9sirs et de ses craintes. Le cheval occupe une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans ses phobies, mais il est aussi question de la girafe. La cigogne sera aussi pr\u00e9sente mais uniquement parce qu\u2019elle est li\u00e9e \u00e0 la repr\u00e9sentation de la naissance chez cet enfant et n\u2019est, dans ce cas, qu\u2019une reprise du r\u00e9cit des adultes.<\/p>\n\n\n\n<p>Hans va construire sa phobie \u00e0 partir de l\u2019observation de ce qui se passe dans un hangar \u00e0 chevaux en face de chez lui. Il va utiliser ce qui est mis \u00e0 sa disposition visuelle et auditive pour projeter sur ces animaux \u00e0 la fois ses d\u00e9sirs, qui se transforment par retournement en angoisse, et \u00e9galement pour en faire, par d\u00e9placement, des supports identificatoires des imagos parentales.<\/p>\n\n\n\n<p>Il va donner au cheval et \u00e0 la girafe une polys\u00e9mie de sens&nbsp;: le cheval est initialement un support de projection de l\u2019imago paternelle qui \u00e9voluera vers un animal m\u00e9chant qui le punit du plaisir qu\u2019il prend \u00e0 se masturber le soir. Il va dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le cheval mord et j\u2019ai peur qu\u2019il rentre dans ma chambre&nbsp;\u00bb, exprimant, par l\u00e0, sa peur d\u2019\u00eatre castr\u00e9 par son p\u00e8re. Il identifie tellement le p\u00e8re au cheval qu\u2019il dira, un jour, alors que son p\u00e8re se l\u00e8ve de table&nbsp;: \u00ab&nbsp;Papa reste&nbsp;! Ne t\u2019en va pas au galop&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis le cheval devient un objet partiel (un cheval blanc qui symbolise son p\u00e9nis) avant de devenir une imago maternelle au moment o\u00f9 il parle de sa peur que des chevaux lourdement charg\u00e9s tombent, faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa m\u00e8re enceinte qu\u2019il semble avoir eu envie d\u2019attaquer.<\/p>\n\n\n\n<p>La girafe, avec son grand cou, int\u00e9resse Hans et lui fait peur en tant que symbole phallique, mais Hans \u00e9voque aussi, un peu plus tard, une girafe chiffonn\u00e9e, symbole du sexe f\u00e9minin.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019il faut retenir dans cet exemple est que Hans apporte dans sa cure un mat\u00e9riel essentiellement \u0153dipien. Le bestiaire qu\u2019il a choisi est celui de son environnement et n\u2019\u00e9voque en aucun cas des animaux \u00e0 connotation archa\u00efque ou terrifiante comme nous le voyons dans les cures contemporaines.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019homme aux loups<\/h2>\n\n\n\n<p>Ici, le patient est un adulte qui rapporte un r\u00eave o\u00f9 il est question de loups. Freud consid\u00e8re que ce r\u00eave a eu lieu lorsque le patient avait 3 ans et demi. Le r\u00eave peut se r\u00e9sumer ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout \u00e0 coup, la fen\u00eatre s\u2019ouvre d\u2019elle-m\u00eame et, \u00e0 ma grande terreur, je vois que, sur le grand noyer en face de la fen\u00eatre, plusieurs loups blancs sont assis. Il y en avait six ou sept. Les loups \u00e9taient tout blancs et ressemblaient plut\u00f4t \u00e0 des renards ou \u00e0 des chiens de berger, car ils avaient de grandes queues comme les renards et leurs oreilles \u00e9taient dress\u00e9es comme chez les chiens quand ceux-ci sont attentifs \u00e0 quelque chose. En proie \u00e0 une grande terreur, \u00e9videmment celle d\u2019\u00eatre mang\u00e9 par les loups, je criais et m\u2019\u00e9veillais.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le patient associe sa terreur des loups au conte du <em>Petit Chaperon rouge<\/em>, mais les chiffres de six ou sept loups vont le faire associer aussi \u00e0 celui du <em>Loup et des 7 chevreaux<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud commente alors ce r\u00eave&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous nous bornerons \u00e0 la relation de ce r\u00eave avec deux contes qui ont tant de points communs, <em>Le petit Chaperon rouge<\/em> et <em>Le loup et les 7 chevreaux<\/em>&nbsp;; dans les deux contes, on retrouve le fait d\u2019\u00eatre mang\u00e9, le ventre que l\u2019on ouvre, l\u2019acte de faire ressortir les personnes mang\u00e9es et enfin, dans les deux cas, le m\u00e9chant loup p\u00e9rit&nbsp;\u00bb. L\u2019impression produite par ces contes sur celui qui n\u2019\u00e9tait alors qu\u2019un petit enfant se manifesta par une phobie classique d\u2019animaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, Freud parle du loup comme substitut du p\u00e8re mais se demande si les deux contes n\u2019ont pas un contenu occulte autre que la peur infantile du p\u00e8re. D\u2019autres fantasmes li\u00e9s \u00e0 la d\u00e9voration pourraient \u00e9voquer des attaques contre le corps maternel et la sc\u00e8ne primitive.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le cas Carine<\/h2>\n\n\n\n<p>Carine est une petite fille de 4 ans qui a fait un long traitement psychanalytique avec J. Simon. D\u00e8s la sixi\u00e8me s\u00e9ance, elle dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je vais te raconter mes mauvais r\u00eaves&nbsp;; cette nuit, j\u2019ai eu peur. J\u2019ai vu un loup, il voulait me griffer et me manger&nbsp;\u00bb, et elle passe du r\u00e9cit au jeu en essayant de griffer et mordre l\u2019analyste. Mais, un peu plus tard dans le jeu, elle explique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une autre fois, le loup n\u2019\u00e9tait pas trop m\u00e9chant, mais j\u2019avais peur que sa grande queue me fasse guili-guili sur la figure et sur les fesses.&nbsp;\u00bb L\u00e0 aussi, on peut voir que le loup a plusieurs fonctions&nbsp;: imago paternelle qui fait peur, mais aussi imago paternelle plus sexuelle qui fait guili-guili.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 propos du loup, les auteurs font le commentaire suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le symbole du loup se retrouve fr\u00e9quemment en psychanalyse d\u2019enfant. Il n\u2019est pas indispensable d\u2019\u00e9voquer une trace phylog\u00e9n\u00e9tique pour expliquer cette fr\u00e9quence&nbsp;; il suffit de tenir compte de l\u2019importance de cet animal dans la culture infantile contemporaine, encore tr\u00e8s influenc\u00e9e par l\u2019h\u00e9ritage m\u00e9di\u00e9val transmis par Perrault et par Grimm, et r\u00e9cemment amplifi\u00e9 par Walt Disney et les <em>comics<\/em> contemporains. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre un enfant russe, comme le patient de Freud, pour que cette image soit famili\u00e8re, d\u2019autant plus que l\u2019homme aux loups n\u2019en avait, lui aussi, qu\u2019une exp\u00e9rience purement livresque. Son aspect et ses m\u0153urs, d\u00e9crits dans les histoires enfantines, lui conf\u00e8rent des caract\u00e9ristiques parfaitement adapt\u00e9es pour \u00eatre utilis\u00e9 comme symbole. Il est, en effet, pourvu d\u2019appendices terrifiants (son museau, ses griffes et ses dents) ou au contraire s\u00e9duisants et m\u00eame fragiles (sa queue, si souvent prise comme dans <em>Pierre et le loup<\/em>, ou coup\u00e9e comme dans l\u2019histoire du tailleur racont\u00e9e par le grand-p\u00e8re de l\u2019homme aux loups). Mais c\u2019est aussi un animal \u00e0 la gueule effrayante pouvant avaler la grand-m\u00e8re dans le <em>Petit Chaperon rouge<\/em>, six des sept chevreaux ou le canard de Pierre, tout en les gardant vivants dans son ventre, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une m\u00e8re enceinte. Animal phallique et d\u00e9vorant dont la couleur, plus souvent noire que grise, \u00e9voque l\u2019analit\u00e9, le loup est un support parfait pour repr\u00e9senter \u00e0 la fois les imagos paternelle et maternelle, dans toutes leurs versions sadiques. Cette dualit\u00e9 virtuelle de significations favorise l\u2019organisation d\u00e9fensive li\u00e9e tant aux d\u00e9placements et \u00e0 la condensation, sous l\u2019effet des processus primaires, qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9laboration coh\u00e9rente produite par les processus secondaires&nbsp;\u00bb (Diatkine et Simon, 1972).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce commentaire tr\u00e8s fin et convaincant, \u00e9crit il y a plus de trente ans, ne me semble plus tout \u00e0 fait d\u2019actualit\u00e9&nbsp;; en effet, si les trois exemples de petits patients que je viens de citer pr\u00e9sentent ind\u00e9niablement des points communs, la population d\u2019enfants que nous recevons actuellement ne correspond plus que rarement \u00e0 ces sch\u00e9mas. Dans les trois exemples cit\u00e9s, les enfants avaient entre 4 et 5 ans, \u00e9taient en pleine p\u00e9riode \u0153dipienne et poss\u00e9daient tous les trois, d\u2019apr\u00e8s les discours qu\u2019ils tenaient, de bonnes capacit\u00e9s d\u2019\u00e9laboration secondaire. D\u00e8s le d\u00e9but de la cure, ils avaient d\u00e9j\u00e0 des possibilit\u00e9s de conflictualisation et les animaux qu\u2019ils ont choisis \u00e9taient polys\u00e9miques.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le disent Freud puis Diatkine et Simon, l\u2019enfant peut projeter, sur le loup comme sur le cheval, \u00e0 la fois ses pulsions orales agressives et les imagos parentales, et construire des sc\u00e9narios autour de la sc\u00e8ne primitive. Dans son ouvrage <em>L\u2019animal d\u2019angoisse<\/em>, C. Rigaud montre bien l\u2019aspect polys\u00e9mique du loup quand on le compare aux autres animaux&nbsp;: \u00ab&nbsp;Parmi les diff\u00e9rents animaux du bestiaire enfantin, le loup semble le seul \u00e0 offrir [\u2026] une riche polyvalence projective. Les autres animaux n\u2019ont qu\u2019une seule valence pulsionnelle&nbsp;: le lion et le crocodile ont leur gueule et leurs dents, l\u2019\u00e9l\u00e9phant a la trompe, le rhinoc\u00e9ros a sa corne et la girafe a un cou exprimant le triomphalisme phallique. Le loup a la gueule, les dents, les pattes griffues, les longues oreilles, les yeux mena\u00e7ants, la queue touffue, le pelage sombre\u2026&nbsp;\u00bb (Rigaud, 1998).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La probl\u00e9matique actuelle<\/h2>\n\n\n\n<p>Depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, les enfants baignent dans une culture qui s\u2019est modifi\u00e9e de fa\u00e7on notable. Les enfants petits, qui autrefois entendaient beaucoup de r\u00e9cits de contes, se nourrissent actuellement fr\u00e9quemment de dessins anim\u00e9s dans lesquels les robots et les monstres ont supplant\u00e9 les animaux. Les personnages tout-puissants et pourvus de pouvoirs magiques ont remplac\u00e9 les h\u00e9ros de nagu\u00e8re et les loups ont disparu des for\u00eats d\u2019Europe. Qui plus est, il est vraisemblable que les adultes n\u2019ont plus ces craintes ancestrales et que cette sorte de peur n\u2019est plus transmise de la m\u00eame mani\u00e8re aux enfants. La cons\u00e9quence est que l\u2019on rencontre plus rarement des loups dans le mat\u00e9riel de psychoth\u00e9rapie, que ce soit dans les dessins ou dans les jeux. En revanche, nous entendons beaucoup parler de serpents, de requins, de crocodiles, de dinosaures et de monstres en tous genres. Il est, d\u2019autre part, tr\u00e8s peu question d\u2019animaux de ferme, de vaches, de cochons, de dindons ou d\u2019animaux apprivois\u00e9s comme des chats ou des chiens qui ne peuvent \u00eatre le support de projection des pulsions partielles agressives.<\/p>\n\n\n\n<p>Le changement dans le choix des animaux est-il d\u00fb \u00e0 cette \u00e9volution du milieu ambiant, de la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, ou faut-il y voir, comme je le disais dans mon introduction, un changement de structure mentale des enfants \u00e0 l\u2019instar de ce qui est observ\u00e9 chez l\u2019adulte&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble que les deux hypoth\u00e8ses m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre retenues et ce d\u2019autant plus qu\u2019elles sont en lien. La soci\u00e9t\u00e9 \u00e9volue vers une diminution de la symbolisation au profit de l\u2019acte&nbsp;; le surmoi culturel s\u2019est affaibli et les enfants montreraient une probl\u00e9matique o\u00f9 la structure de leur moi est plus fragile, le surmoi ne jouant plus son r\u00f4le de canalisateur des pulsions. Les analystes d\u2019enfants font le constat qu\u2019ils re\u00e7oivent de moins en moins d\u2019enfants sur un registre \u0153dipien et objectal, et que ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des enfants \u00ab&nbsp;\u00e9tats limites&nbsp;\u00bb qui pr\u00e9sentent des probl\u00e9matiques narcissiques souvent dans un registre tr\u00e8s archa\u00efque. On a vu appara\u00eetre, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, une probl\u00e9matique o\u00f9 le pr\u00e9g\u00e9nital est dominant, o\u00f9 les pulsions partielles orales et anales ne sont pas intriqu\u00e9es \u00e0 un \u0152dipe g\u00e9nital comme on peut le voir chez les trois petits patients que nous avons \u00e9voqu\u00e9s au d\u00e9but de ce chapitre. Les enfants actuels sont tr\u00e8s souvent fascin\u00e9s par les monstres et les dinosaures, animaux eux aussi plus archa\u00efques que le cheval ou la girafe. Il semble que ces monstres et ces dinosaures aient pris la place qu\u2019occupait le loup. N\u2019oublions pas non plus que, du temps de Freud, les enfants n\u2019entendaient vraisemblablement pas parler de dinosaures, de monstres ou m\u00eame de crocodiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque l\u2019enfant se trouve dans un registre narcissique, l\u2019angoisse ne se situe pas, comme l\u2019indique la qualification du registre, au niveau d\u2019une castration \u0153dipienne mais plut\u00f4t au niveau d\u2019une atteinte narcissique. Les enfants sont alors dans une probl\u00e9matique de survie o\u00f9 la castration ne correspond pas au risque de perdre une partie d\u2019eux-m\u00eames mais \u00e0 celui de perdre la vie. Leur probl\u00e8me d\u2019exister aux yeux de la m\u00e8re, mais aussi \u00e0 ceux du p\u00e8re, est crucial et le tiers est v\u00e9cu comme une menace d\u2019annihilation. Les m\u00e9canismes envieux et destructeurs sont au premier plan et les animaux pr\u00e9dateurs sont un bon support de projection de cette partie pr\u00e9datrice qui est en eux. Au niveau de la projection, Freud a parl\u00e9 de projection et d\u2019identification \u00e0 l\u2019agresseur&nbsp;; n\u00e9anmoins, dans les pathologies limites et la phobie, on parlerait actuellement, apr\u00e8s Melanie Klein, d\u2019identification projective. Par exemple, l\u2019enfant projette sa partie sadique orale sur l\u2019animal et imagine que l\u2019animal va ensuite l\u2019attaquer en retour avec ses attributs sadiques. C\u2019est ce que l\u2019on rencontre dans la phobie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas possible de parler de tous les animaux. Certains, comme les animaux de basse-cour et quelques insectes, n\u2019apparaissent que rarement dans les cures comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9. L\u2019\u00e9l\u00e9phant, animal phallique et protecteur, est assez d\u00e9laiss\u00e9 chez les enfants \u00ab&nbsp;\u00e9tats limites&nbsp;\u00bb. C\u2019est d\u2019ailleurs, en g\u00e9n\u00e9ral, le cas de tous les gros animaux du zoo, \u00e0 l\u2019exception des f\u00e9lins. J\u2019ai donc choisi d\u2019\u00e9voquer ceux dont on entend parler le plus fr\u00e9quemment, comme le crocodile, le requin, les dinosaures et les monstres.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le crocodile<\/h3>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s souvent pr\u00e9sent dans les repr\u00e9sentations des enfants \u00ab&nbsp;\u00e9tats limites&nbsp;\u00bb et des enfants phobiques, c\u2019est l\u2019animal carnassier pr\u00e9dateur par excellence, investi uniquement pour ses dents. Support des pulsions sadiques orales et de l\u2019avidit\u00e9, il est tr\u00e8s recherch\u00e9 comme pr\u00e9dateur de tous les rivaux avec l\u2019attaque du sein, de la sc\u00e8ne primitive orale et des b\u00e9b\u00e9s qui en d\u00e9coulent. En cela, il a une des fonctions du loup mais n\u2019en a pas la dimension libidinale.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en donnerai un exemple clinique&nbsp;: Christophe est un enfant de 8 ans qui a eu un arr\u00eat de d\u00e9veloppement, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 1 an et demi, quand son p\u00e8re est parti vivre avec une autre femme. Il refuse de manger autre chose que de la viande moulin\u00e9e depuis cet \u00e2ge-l\u00e0 et pr\u00e9sente par ailleurs une structure pr\u00e9psychotique. Au bout d\u2019un certain temps de traitement et \u00e0 chaque d\u00e9but de s\u00e9ance, Christophe sort trois crocodiles. Ces derniers d\u00e9vorent tous les b\u00e9b\u00e9s (une dizaine de petits jouets Playmobil qu\u2019il aligne sur la table) qu\u2019il imagine avoir \u00e9t\u00e9 faits par l\u2019analyste entre les s\u00e9ances (en tant qu\u2019imago maternelle). Christophe commente&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le crocodile mange tous les b\u00e9b\u00e9s, il ne recrache que les os.&nbsp;\u00bb Plus tard, la m\u00e8re sera aussi d\u00e9vor\u00e9e. Il ne manifeste aucune angoisse pendant ce jeu, n\u2019a pas peur d\u2019une quelconque r\u00e9torsion par le p\u00e8re. Il va attaquer \u00e9galement le couple de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9titive avec des crottes br\u00fblantes, mais, l\u00e0 aussi, on ne sent pas une r\u00e9elle conflictualit\u00e9 \u0153dipienne. On ressent plut\u00f4t une jouissance, un sadisme primaire froid sans aucune culpabilit\u00e9, qui \u00e9voque une toute-puissance orale et anale destructrice, li\u00e9e \u00e0 une envie pour les richesses parentales que les parents se donnent dans une sc\u00e8ne primitive orale. Il me dira d\u2019ailleurs \u00e0 cette \u00e9poque&nbsp;: \u00ab&nbsp;Avant, j\u2019\u00e9tais un b\u00e9b\u00e9 impuissant, maintenant, je suis un chevalier tout-puissant.&nbsp;\u00bb Le p\u00e8re castrateur n\u2019est pas figur\u00e9 car non reconnu&nbsp;; l\u2019animal choisi n\u2019est pas polys\u00e9mique. Chez Christophe, le risque de castration narcissique (la mort psychique l\u2019ayant menac\u00e9) emp\u00eache toute \u00e9laboration de la castration \u0153dipienne et la possibilit\u00e9 de jouer de fa\u00e7on r\u00e9ellement libidinale avec les animaux.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le requin<\/h3>\n\n\n\n<p>Cet animal est plus \u0153dipien que le crocodile&nbsp;; il est souvent entour\u00e9 d\u2019une multitude de petits poissons et il est fr\u00e9quent qu\u2019il y ait un tr\u00e9sor gisant au fond de la mer. Le requin repr\u00e9sente soit un animal pr\u00e9dateur voulant attaquer le ventre maternel et tout ce qu\u2019il contient, soit, en tant qu\u2019imago paternelle, le gardien d\u2019un tr\u00e9sor qu\u2019un plongeur veut r\u00e9cup\u00e9rer. On retrouve tr\u00e8s souvent des requins dans les cures d\u2019enfants phobiques qui sont plus \u0153dipiens que les enfants \u00ab&nbsp;\u00e9tats limites&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les dinosaures<\/h3>\n\n\n\n<p>Les dinosaures sont li\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9histoire. Au fil du temps et des cures que j\u2019ai conduites ou qui m\u2019ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9es en tant que superviseur, il m\u2019a sembl\u00e9 que l\u2019on pouvait faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 deux types de pr\u00e9histoire&nbsp;: soit, tout d\u2019abord, \u00e0 une pr\u00e9histoire transg\u00e9n\u00e9rationnelle si elle est omnipr\u00e9sente dans le psychisme de l\u2019enfant. Souvent, dans ce cas-l\u00e0, le petit patient est passionn\u00e9, voire enferm\u00e9 dans ce monde de dinosaures&nbsp;; il conna\u00eet tous leurs noms, leurs attributs et leurs caract\u00e9ristiques, qu\u2019ils soient herbivores ou carnivores.<\/p>\n\n\n\n<p>Soit il s\u2019agit de la pr\u00e9histoire de l\u2019enfant, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019\u00e9poque o\u00f9, comme les animaux, il \u00e9tait lui-m\u00eame sans langage et a v\u00e9cu des traumatismes qu\u2019il n\u2019a pas pu d\u00e9passer. Il n\u2019avait \u00e0 cette p\u00e9riode, pour se d\u00e9fendre et pour attaquer, que ses dents, ses ongles et ses mati\u00e8res corporelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble que le dinosaure est tout \u00e0 la fois une partie de l\u2019enfant avec ses attributs dangereux et un animal gigantesque identifi\u00e9 au parent que le b\u00e9b\u00e9 per\u00e7oit comme un g\u00e9ant. Contrairement au loup ou au cheval du petit Hans, le dinosaure n\u2019est pas un animal qui semble leur faire peur mais plut\u00f4t qui les attire.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, le dinosaure peut \u00eatre herbivore ou carnivore. Herbivore, il est associ\u00e9 au stade oral de succion, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 un animal gentil. Carnivore, il devient un carnassier aux dents tranchantes en lien avec un sadisme oral, p\u00e9riode de d\u00e9couverte de la morsure et de la mastication. Tr\u00e8s souvent, le dinosaure pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 est le tyrannosaure, qui porte bien son nom, car il \u00e9voque la partie tyrannique du b\u00e9b\u00e9. J\u2019ai constat\u00e9 que la plupart du temps, quand un enfant s\u2019int\u00e9resse au tyrannosaure, il exprime l\u2019emprise et la tyrannie qu\u2019il aurait souhait\u00e9 exercer sur une m\u00e8re d\u00e9prim\u00e9e ou mentalement absente, telles que certaines m\u00e8res peuvent l\u2019\u00eatre dans les premiers mois apr\u00e8s l\u2019accouchement, durant la p\u00e9riode d\u2019allaitement.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 encore, je vous propose un exemple clinique&nbsp;: Hugo, \u00e2g\u00e9 de 8 ans, consulte pour un repli sur lui-m\u00eame et des difficult\u00e9s scolaires. Il m\u2019appara\u00eet comme un enfant tr\u00e8s phobique, allant jusqu\u2019\u00e0 avoir des retraits autistiques o\u00f9 il parle tout seul en d\u00e9ambulant de long en large. Dans son histoire, on retrouve \u00e0 la fois un probl\u00e8me transg\u00e9n\u00e9rationnel \u2013 un de ses grands-p\u00e8res a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 \u2013 et un probl\u00e8me d\u00fb \u00e0 une s\u00e9paration difficile d\u2019avec sa m\u00e8re quand il a \u00e9t\u00e9 mis en cr\u00e8che \u00e0 9 mois, ce qui a entra\u00een\u00e9 probablement une d\u00e9pression et un retrait libidinal. Une psychoth\u00e9rapie est mise en place au rythme de deux fois par semaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir exprim\u00e9 au travers de jeux ce qu\u2019il savait de la mort de son grand-p\u00e8re, il s\u2019est mis \u00e0 dessiner des animaux \u00e0 chaque s\u00e9ance. Son graphisme de tr\u00e8s bonne facture montrait un bon niveau intellectuel, mais il ne dessinait qu\u2019un animal par feuille, ne faisait aucun commentaire et ne racontait aucune histoire. Dessin\u00e9s d\u2019abord au feutre noir sans \u00eatre colori\u00e9s, ses animaux repr\u00e9sentaient soit des f\u00e9lins, soit des dinosaures. Les dinosaures \u00e9taient gentils et n\u2019avaient pas de dents apparentes. Dans la vie r\u00e9elle, il connaissait en d\u00e9tail tout ce qui concernait les dinosaures et les grands animaux sauvages, avec une pr\u00e9dilection pour les f\u00e9lins qui vivent isol\u00e9s dans le froid ou les montagnes. Il lisait fr\u00e9quemment des livres \u00e0 ce sujet. Ces animaux solitaires semblaient \u00eatre une repr\u00e9sentation de lui-m\u00eame. Au fil du temps, les dinosaures qui revenaient de fa\u00e7on r\u00e9currente avaient des griffes et des dents de plus en plus importantes. L\u2019agressivit\u00e9 orale dans ses dessins contrastait avec son comportement \u00e0 mon \u00e9gard qui restait partiellement phobique. Mes interpr\u00e9tations aux deux niveaux de sa pr\u00e9histoire, transg\u00e9n\u00e9rationnelle et personnelle, ont alors amen\u00e9 un changement dans ses dessins et dans son comportement. J\u2019ai tour \u00e0 tour \u00e9voqu\u00e9 les imagos parentales et grand-parentales et les m\u00e9canismes d\u2019identification projective o\u00f9, ces animaux dangereux attaquant les imagos, il risquait d\u2019\u00eatre attaqu\u00e9 par elles en retour. Les dessins se firent plus color\u00e9s et les attributs (les griffes et les dents) de plus en plus terrifiants&nbsp;: un jour, Hugo a m\u00eame dessin\u00e9 un \u00e9norme dragon qui crachait du feu. Ce dragon \u00e9tait rempli de couleurs vives laissant appara\u00eetre ainsi une \u00e9mergence pulsionnelle vraisemblablement dirig\u00e9e contre moi dans le transfert, mais aucun ennemi n\u2019apparaissait sur le dessin.<\/p>\n\n\n\n<p>En s\u00e9ance, les pulsions agressives de Hugo \u00e9mergeaient de plus en plus et modifiaient notre relation, car il devenait beaucoup plus proche de moi, souhaitait faire des combats de coussins o\u00f9 il \u00e9tait capable de m\u2019attaquer sans \u00eatre d\u00e9bord\u00e9 par l\u2019angoisse tout en parlant de faire semblant. Parall\u00e8lement, dans la r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019est ouvert aux autres, \u00e0 d\u2019autres choses que les animaux et a fait de gros progr\u00e8s scolaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout de deux ans de traitement, est apparu le premier dessin de personnage et, au travers de ce personnage, l\u2019enfant a commenc\u00e9 \u00e0 montrer un int\u00e9r\u00eat pour la sexualit\u00e9 accompagn\u00e9 cette fois-ci d\u2019attaques contre la sc\u00e8ne primitive. Les pets, les envies d\u2019aller aux toilettes, de d\u00e9f\u00e9quer ont \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9s d\u2019un dessin de phacoch\u00e8re qui, d\u2019apr\u00e8s ses dires, empuantissait mon bureau. R\u00e9cemment, alors qu\u2019\u00e0 chaque s\u00e9ance pr\u00e9c\u00e9dant des vacances scolaires il partait quinze minutes avant comme pour me prot\u00e9ger de ses attaques orales (ne pas d\u00e9truire le sein pour ne pas \u00eatre d\u00e9truit en retour), il me dit cette fois-ci \u00e0 deux reprises&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu vas me manquer pendant les vacances.&nbsp;\u00bb Cette remarque m\u2019a sembl\u00e9 une \u00e9volution positive o\u00f9 l\u2019on peut voir appara\u00eetre une pr\u00e9occupation pour l\u2019objet et l\u2019amorce de la position d\u00e9pressive qui va permettre une \u00e9volution vers l\u2019\u0152dipe.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Les monstres<\/h3>\n\n\n\n<p>Ils sont, eux aussi, porteurs d\u2019une agressivit\u00e9 d\u2019origine pr\u00e9g\u00e9nitale et d\u2019une toute-puissance entretenue par les jouets et les jeux de cartes, le plus souvent d\u2019origine japonaise. Soit ils fascinent (le plus souvent les enfants \u00ab&nbsp;\u00e9tats limites&nbsp;\u00bb ou psychotiques), soit ils apparaissent dans les cauchemars chez les enfants n\u00e9vros\u00e9s. Chez ces derniers, le monstre me semble avoir le m\u00eame r\u00f4le que le loup. C\u2019est un animal polys\u00e9mique porteur d\u2019angoisse, et son choix est motiv\u00e9 par les supports culturels du moment. Il a une fonction diff\u00e9rente chez l\u2019enfant psychotique ou \u00ab&nbsp;\u00e9tat limite&nbsp;\u00bb chez qui, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit pour le crocodile, il est essentiellement porteur de la toute-puissance archa\u00efque de l\u2019enfant. Plus l\u2019enfant aura des fixations archa\u00efques et plus les monstres seront pr\u00e9sents dans le traitement.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Et les serpents, les araign\u00e9es et les pieuvres&nbsp;?<\/h3>\n\n\n\n<p>Les serpents sont \u00e9videmment porteurs d\u2019un symbole phallique mais ils peuvent aussi attaquer gr\u00e2ce \u00e0 leur venin. On peut se poser la question de l\u2019attirance des enfants passionn\u00e9s de reptiles et de batraciens pour ces animaux \u00e0 sang froid. L\u2019un de ces enfants avait un p\u00e8re violent et je me suis demand\u00e9 si son int\u00e9r\u00eat pour ces animaux ne venait pas d\u2019une volont\u00e9 de se prot\u00e9ger du sang chaud de son p\u00e8re. Ce m\u00eame enfant s\u2019est mis \u00e0 dessiner des ours et des autruches au d\u00e9but de son adolescence, des animaux qui se caract\u00e9risent par leurs plumes et leurs poils\u2026 Notons que les serpents sont beaucoup plus fr\u00e9quents chez les gar\u00e7ons que chez les filles, contrairement \u00e0 l\u2019araign\u00e9e. En fait, l\u2019araign\u00e9e, souvent consid\u00e9r\u00e9e comme une expression d\u2019imago maternelle dangereuse car captatrice, pourrait bien \u00eatre un exemple illustrant l\u2019identification projective&nbsp;: la partie captatrice de l\u2019enfant, projet\u00e9e dans l\u2019araign\u00e9e, va l\u2019attaquer en retour. Par exemple, une enfant autiste adopt\u00e9e, dont l\u2019autisme \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 une tr\u00e8s importante carence pr\u00e9coce, dessinait et \u00e9voquait, apr\u00e8s les s\u00e9parations, soit des araign\u00e9es, soit des pieuvres, comme si elle avait voulu me garder dans sa toile ou dans ses tentacules\u2026.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le loup aurait perdu sa place pr\u00e9pond\u00e9rante&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019analogie entre les caract\u00e9ristiques physiques des animaux et celles de l\u2019homme les rend particuli\u00e8rement propres \u00e0 devenir des supports de projection et d\u2019identification. Les poils, les dents, les griffes, la queue, les oreilles et les yeux du loup l\u2019ont longtemps mis en situation de chef de file. Il occupait ainsi une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans les repr\u00e9sentations du sc\u00e9nario \u0153dipien et des imagos parentales. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, une \u00e9volution tant culturelle et psychique que soci\u00e9tale a fait appara\u00eetre de nouveaux m\u00e9diateurs tels que les dinosaures, les robots et les monstres, qui se partagent maintenant les \u00e9l\u00e9ments polys\u00e9miques que le loup v\u00e9hiculait. L\u2019utilisation qui est faite de leurs caract\u00e9ristiques, moins contraignantes mais aussi moins humaines, est peut-\u00eatre le reflet de l\u2019\u00e9volution de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>Diatkine, R.&nbsp;; Simon, J. 1972. <em>La psychanalyse pr\u00e9coce<\/em>, Paris, puf, coll. \u00ab&nbsp;Le fil rouge&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;37-38.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S. 1909. \u00ab&nbsp;Analyse d\u2019une phobie chez un petit gar\u00e7on de cinq ans (le petit Hans)&nbsp;\u00bb, dans <em>Les cinq psychanalyses<\/em>, Paris, puf.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud, S. 1915. \u00ab&nbsp;Extrait de l\u2019histoire d\u2019une n\u00e9vrose infantile (l\u2019homme aux loups)&nbsp;\u00bb, dans <em>Les cinq psychanalyses<\/em>, Paris, puf, p.&nbsp;342-343.<\/p>\n\n\n\n<p>Rigaud, C. 1998. <em>L\u2019animal d\u2019angoisse&nbsp;: aux origines de la phobie infantile<\/em>, Toulouse, \u00e9r\u00e8s, coll. \u00ab&nbsp;Actualit\u00e9 de la psychanalyse&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9736?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chez l\u2019enfant, l\u2019animal occupe une place importance tant dans la vie r\u00e9elle que dans la vie fantasmatique. 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